L’intérêt de l’enfant – Ian McEwan

l'interetdel'enfant 81L6I5BzsxL 51nmcv7j9dl._aa300_

Gallimard – octobre 2015 – 240 pages

Folio – avril 2017 – 240 pages

Gallimard – décembre 2018 – 6h05 – Lu par Marie-Christine Barrault

traduit de l’anglais par France Camus-Pichon

Titre original : The Children Act, 2014

Quatrième de couverture :
À l’âge de cinquante-neuf ans, Fiona Maye est une brillante magistrate spécialiste du droit de la famille. Passionnée, parfois même hantée par son travail, elle en délaisse sa vie personnelle et son mari Jack. Surtout depuis cette nouvelle affaire : Adam Henry, un adolescent de dix-sept ans atteint de leucémie, risque la mort. Les croyances religieuses de ses parents interdisant la transfusion sanguine qui pourrait le sauver, les médecins s’en remettent à la cour. Après avoir entendu les deux parties, Fiona décide soudainement de se rendre à l’hôpital, auprès du garçon. Mais cette brève rencontre s’avère troublante et, indécise, la magistrate doit pourtant rendre son jugement. Dans ce court roman, Ian McEwan allie avec justesse la froideur de la justice à la poésie et à la musicalité qui imprègnent la vie des personnages. Dans un style limpide, il crée une ambiance oppressante et fait preuve d’une complexité thématique impressionnante. Les certitudes se dérobent : où s’arrête et où commence l’intérêt de l’enfant ?

Auteur : Ian McEwan a passé une grande partie de sa jeunesse en Extrême-Orient, en Afrique du Nord (en Libye), et en Allemagne, où son père, officier dans l’armée britannique, était envoyé. Il a fait ses études à l’université du Sussex et l’université d’East Anglia, où il a été le premier diplômé du cours d’écriture créative créé par Malcolm Bradbury. Insolite et insolente, provocatrice, hautement originale, l’œuvre de Ian McEwan surprend par ses tours de force de concision et d’humour. L’auteur joue avec les énigmes qui sont l’essence de la narration. Tous ses romans affichent une parenté lointaine, sous forme de simulacre, avec l’énigme policière. Il a publié plusieurs nouvelles et romans pour adultes et, en 1994, «Le Rêveur», un recueil de nouvelles pour la jeunesse.

Lecteur : En quarante ans d’une brillante carrière au théâtre, au cinéma et à la télévision, Marie-Christine Barrault a combiné tous les genres, de la comédie au drame. C’est d’abord le cinéma qui la fait connaître avec Ma nuit chez Maud de Rohmer. Au théâtre, elle incarne les héroïnes de Tchékov, Claudel ou Duras et la télévision fait d’elle une inoubliable Marie Curie. Elle a brillé sur scène avec L’Allée du Roi de Françoise Chandernagor, ou Opening Night de John Cromwell.

Mon avis : (lu en décembre 2018)
C’est après avoir vu le film My Lady, que j’ai beaucoup aimé que j’ai eu envie de découvrir le livre dont c’est l’adaptation. Le scénario a également été écrit par l’auteur.
Le titre du livre, fait référence à une loi datant de 1989, The Children Act, qui définit les modalités de protection des enfants.
Fiona Maye, juge des affaires familiales à la Haute Cour de Londres. Sa charge aussi passionnante lui demande beaucoup de travail et d’énormes responsabilités.
Toute à son travail, Fiona délaisse peu à peu sa vie personnelle et son mari.
Lorsque l’histoire commence, Jack, son mari, pour la faire réagir, provoque une crise conjugale en lui annonçant qu’il va avoir une liaison…
Elle n’a pas le temps de s’effondrer car au même moment, elle est appelée pour une urgence, le cas complexe d’un jeune garçon, mineur, âgé de 17 ans et 9 mois, atteint de leucémie. Pour son traitement, il aurait besoin d’une transfusion sanguine mais lui et ses parents le refusent car ils sont témoins de Jéhovah. Fiona doit prendre une décision juste et rapide car la vie d’Adam est en jeu. Après avoir entendus les différentes parties au tribunal, fait exceptionnel, Fiona décide de rendre visite à Adam à l’hôpital.
Fiona découvre un adolescent intelligent, malicieux, plein de fraîcheur et enthousiaste. Elle est touchée par sa poésie, ses projets de musique.
Adam a grandi dans un environnement fermé et strict, il est reconnaissant d’être consulté, écouté par cette juge qui connaît tellement de choses. Elle lui ouvre une porte vers la liberté, vers des perspectives d’avenir…
La visite se conclue par une mélodie mélancolique irlandaise jouée au violon par Adam et chantée par Fiona avec les paroles du poème de Yeats, « Down by the Salley Gardens ».
Cette rencontre va les lier à jamais.
Adam voudra garder contact avec Fiona, pour la remercier. Il voit en elle un exemple, un modèle, une personne qui pourrait répondre aux nombreuses questions qu’il se pose sur la vie…

Fiona est un très beau personnage de juge, forte dans son travail, qui cache aux autres toute sa sensibilité. Elle exprime ses sentiments profonds, toute sa fragilité, en jouant du piano et lorsqu’elle se retrouve seule avec elle-même.
J’ai autant aimé les deux personnages de Fiona et Adam dans le film comme dans le livre, leur humanité authentique. La fine description psychologique de cette juge aux affaires familiales qui doit prendre et argumenter des décisions aux enjeux importants, sans se laisser influencer par sa vie personnelle. Et le portrait magnifique de cet adolescent honnête, vulnérable, pleins de questionnements.
J’ai retrouvé beaucoup d’images du film dans les descriptions précises de Ian McEwan, une exception, il pleut beaucoup à Londres dans le livre contrairement au film !

Dans la version audio, Marie-Christine Barrault incarne avec justesse et sensibilité Fiona.

Film : sortie en août 2018
réalisé par Richard Eyre avec Emma Thompson, Stanley Tucci, Fionn Whitehead
avec un scénario de Ian McEwan

3333197.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Extrait : (début du livre)
Londres. Une semaine après la Pentecôte. Pluie implacable de juin. Fiona Maye, juge aux affaires familiales, un dimanche soir, chez elle, allongée sur une méridienne, regardant fixement, au-delà de ses pieds gainés par un collant, le fond de la pièce, un pan de la bibliothèque installée en retrait de la cheminée, et de l’autre côté, près d’une haute fenêtre, la minuscule lithographie de Renoir représentant une baigneuse, achetée trente ans plus tôt pour cinquante livres. Sans doute un faux. Dessous, au centre d’une table ronde en noyer, un vase bleu. Aucun souvenir des circonstances de son acquisition. Ni de la dernière fois où elle y a mis des fleurs. Pas de feu dans la cheminée depuis un an. Le tic-tac irrégulier des gouttes de pluie noirâtres tombant dans l’âtre sur des feuilles de papier journal jauni roulées en boule. Un tapis de Boukhara sur le parquet ciré à larges lames. En lisière de son champ de vision, un piano demi-queue avec plusieurs photos de famille à cadre d’argent posées sur sa laque d’un noir profond. Par terre, au pied de la méridienne et à portée de main, la copie d’un jugement. Et Fiona couchée sur le dos, rêvant de tout envoyer par dix mètres de fond.
Dans sa main droite, son deuxième scotch coupé d’eau. Elle était encore sous le choc, mal remise d’un moment difficile avec son mari. Elle buvait rarement, mais le Talisker à l’eau du robinet l’apaisait, et elle n’excluait pas de retraverser la pièce pour s’en servir un troisième. Moins de whisky, plus d’eau, car elle siégeait au tribunal le lendemain, et là elle était d’astreinte, à disposition en cas de requête urgente, alors même qu’elle essayait de récupérer. Il avait tenu des propos choquants et placé un fardeau insupportable sur ses épaules. Pour la première fois depuis des années, elle avait crié, et un vague écho résonnait encore à ses oreilles. « Quel con ! Quel pauvre con ! » Elle n’avait pas juré à voix haute depuis ses virées d’adolescente à Newcastle, même si un gros mot lui venait parfois à l’esprit lorsqu’elle entendait un témoignage complaisant ou un argument irrecevable.

Déjà lu du même auteur :

35457286_p Sur la plage de Chesil

voisinsvoisines2019_2Angleterre

Publicités

Passage des ombres – Arnaldur Indridason

Lu en partenariat avec Audiolib

9782367627595-001-T Audiolib – octobre 2018 – 8h27 – Lu par Philippe Résimont

traduit de l’islandais par Eric Boury

Titre original : Skuggasund, 2013

Quatrième de couverture :
Un vieil homme solitaire est retrouvé mort dans son lit. Il semble avoir été étouffé sous son oreiller. Dans ses tiroirs, des coupures de presse sur la découverte du corps d’une jeune couturière dans le passage des Ombres en 1944, pendant l’occupation américaine. Pourquoi cet ancien crime refait-il surface après tout ce temps ? La police a-t-elle arrêté un innocent ? Soixante ans plus tard, l’ex-inspecteur Konrad décide de mener une double enquête. Jumeau littéraire d’Erlendur, il a grandi en ville, dans ce quartier des Ombres si mal famé, avec un père escroc, vraie brute et faux spirite. Il découvre que l’Islande de la « situation » n’est pas tendre avec les jeunes filles, trompées, abusées, abandonnées, à qui on souffle parfois, une fois l’affaire consommée, « Tu diras que c’était les elfes ».
Un polar prenant qui mêle avec brio deux époques et deux enquêtes dans un vertigineux jeu de miroirs. Où l’on découvre que les elfes n’ont peut-être pas tous les torts et que les fééries islandaises ont bon dos…

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavik en 1961. Diplômé en Histoire, il est journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs couronnés de nombreux prix prestigieux, publiés dans trente-sept pays.

Lecteur : Philippe Résimont brûle les planches depuis plus de vingt ans dans des registres très différents (Cyrano de Bergerac, Le Misanthrope, Ladies Night, Littoral). Il participe également à quelques aventures cinématographiques (Les convoyeurs attendent, Maternelle, Une nuit).

Mon avis : (écouté en novembre 2018)
J’ai accepté de recevoir ce livre audio pour l’épisode 3 de la Trilogie des Ombres sans avoir lu les deux épisodes précédents… Cela ne m’a pas gênée dans ma lecture.
De nos jours, un vieux monsieur est retrouvé mort dans son lit. Lors de l’autopsie le médecin constate que la mort n’est pas naturelle et que l’homme a été étouffé avec un oreiller. La police est surpris également de trouver dans l’appartement, des vieux articles de presse concernant le meurtre d’une jeune fille, en 1944.

Konrad, policier en retraite, va mener cette double enquête concernant des faits ayant eu lieu avec près de soixante-dix ans d’écart.
En 1944, les troupes américaines sont installées en Islande. Le corps d’une jeune fille, Rosamunda, a été trouvé derrière le Théâtre National à Reykjavik.
Les deux enquêteurs Flovent et Thorson, vont assez rapidement trouver un coupable idéal pour ce meurtre. Et pourtant, cette enquête leur laissera un goût d’inachevée…
La grande Histoire et l’histoire intime de l’Islande se mêle adroitement, on découvre la condition féminine de l’époque, ce pays à la situation stratégique occupée par les Américains sans oublier les croyances et les légendes populaires islandaises…
Cela m’a donnée vraiment envie de découvrir les deux premiers tomes de la Trilogie !
Merci Pauline et Audiolib pour cette belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Les policiers firent venir un serrurier plutôt que de défoncer la porte. Quelques minutes de plus ou de moins ne changeaient pas grand-chose.
Au lieu d’appeler la Centrale d’urgence, la voisine s’était directement adressée au commissariat principal. Le standard l’avait mise en relation avec un policier à qui elle avait expliqué qu’elle n’avait pas vu l’homme qui occupait le logement à côté de chez elle depuis plusieurs jours.
– Il passe parfois chez moi quand il revient de faire ses courses. Normalement, je l’entends marcher dans son appartement et je le vois de ma fenêtre quand il descend au magasin. Et là, je ne l’ai ni vu ni entendu depuis un moment.
– Il est peut-être parti en voyage ?
– En voyage ? Il ne quitte jamais Reykjavík.
– Et qui vous dit qu’il n’est pas allé dans sa famille ou chez des amis ?
– Je ne crois pas qu’il ait beaucoup d’amis, et il ne m’a jamais parlé de sa famille.
– Quel âge a-t-il ?
– Plus de quatre-vingt-dix ans, mais il est robuste et complètement autonome.
– On a pu l’hospitaliser ?
– Non… je m’en serais rendu compte. Je suis sa voisine.
– Il est peut-être parti en maison de retraite. À son âge…
– Je… Vous avez de ces questions ! Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Tout le monde n’a pas envie d’aller en maison de retraite. Et il est en très bonne santé.
– Merci de nous avoir prévenus, je vous envoie quelqu’un.
Les deux policiers patientaient devant la porte du vieil homme en compagnie de sa voisine Birgitta. Le premier avait une énorme bedaine et le second, beaucoup plus jeune, était si maigre qu’il flottait dans son uniforme. Tous deux formaient un couple un peu comique. Plus expérimenté, le plus âgé avait souvent dû faire appel à un serrurier pour pénétrer chez des gens. La police devait régulièrement s’assurer que tout allait bien chez des gens qui n’avaient pas de famille et avaient échappé à la vigilance des services sociaux. Omar, le serrurier, cousin du policier obèse, ouvrait les portes en un tournemain.
Ils se donnèrent l’accolade quand ce dernier arriva. Omar força sans difficulté la serrure.

voisinsvoisines2_2018Islande

 

Nos richesses – Kaouther Adimi

Lu en partenariat avec Audiolib

9782367626604-001-T 51UbUf-BE8L 714apa5xaGL

Audiolib – octobre 2018 – 3h49 – Lu par Jean-Paul Bordes

Seuil – août 2017 – 224 pages

Points – septembre 2018 – 192 pages

Prix Renaudot des Lycéens 2017

Quatrième de couverture :
En 1935, Edmond Charlot a vingt ans et il rentre à Alger avec une seule idée en tête : ouvrir une librairie. Placée sous l’égide de Giono, sa minuscule boutique est baptisée Les Vraies Richesses. Et pour inaugurer son catalogue, il publie le premier texte d’un inconnu : Albert Camus. Charlot exulte, ignorant encore que vouer sa vie aux livres, c’est aussi la sacrifier aux aléas de l’infortune et de l’Histoire. Car la révolte gronde en Algérie en cette veille de Seconde Guerre mondiale.
En 2017, Ryad n’éprouve qu’indifférence pour la littérature. Étudiant à Paris, il arrive à Alger avec la charge de repeindre une librairie poussiéreuse, où les livres céderont bientôt la place à des beignets. Pourtant, vider ces lieux se révèle étrangement compliqué par la surveillance du vieil Abdallah, le gardien du temple.

Auteur : Née en 1986 à Alger, Kaouther Adimi vit et travaille à Paris. Son premier roman, L’Envers des autres (Actes Sud, 2011) a obtenu le prix de la Vocation ; le suivant, Des pierres dans ma poche, publié au Seuil en 2016, a bénéficié d’un succès critique et de sélections sur de nombreuses listes de prix.

Lecteur : Comédien, acteur, auteur, metteur en scène, Jean-Paul Bordes est à l’aise dans tous les registres ; on a pu le voir dans des pièces traditionnelles, mais aussi à l’opéra et dans des productions musicales. Pensionnaire à la Comédie-Française, il a été nommé à de nombreuses reprises aux Molières : en 1997 dans la catégorie Meilleur Comédien dans un second rôle, pour La puce à l’oreille de Feydeau mis en scène par Bernard Murat, ou en 2017 pour Vient de paraître, d’Édouard Bourdet. En 2018 il reçoit également 3 nominations aux Molières pour sa pièce Michel-Ange et les fesses de Dieu.

Mon avis : (écouté en novembre 2018)
Cette lecture a été une très belle découverte. Ce roman nous raconte l’histoire d’une librairie « Les vraies richesses » créée à Alger, dans les années 30, par Edmond Charlot.
Pour partager sa passion pour les livres, Edmond Charlot était à la fois libraire, imprimeur et éditeur. Dans les années 90, la librairie est devenue une bibliothèque de quartier tenue par Abdallah, un vieil homme veillant jalousement sur les livres comme sur un trésor.
Lorsque le livre commence, nous sommes en 2017 et Ryad, venu de Paris pour un stage « ouvrier », a été missionné pour vider la bibliothèque et la repeindre pour l’installation prochaine d’une boutique de beignets…
Le lecteur va découvrir l’histoire de ce lieu à travers ces trois personnages, Ryad, Abdallah et Edmond.
Ryad est étudiant mais complètement indifférent à la littérature et aux livres.
Abdallah est très respectueux des livres et du passé de « Les Vraies Richesses » et pourtant, il ne sait pas lire…
Edmond Charlot est un personnage ayant réellement existé et qui a traversé l’Histoire et la Littérature, nous découvrons son œuvre, sa vie et ses combats à travers ses carnets intimes.
La lecture de Jean-Paul Bordes est très agréable, son rythme et la chaleur de la voix sont en harmonie avec Alger.

Merci Pauline et Audiolib pour cette très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Alger, 2017
Dès votre arrivée à Alger, il vous faudra prendre les rues en pente, les monter puis les descendre. Vous tomberez sur Didouche-Mourad, traversée par de nombreuses ruelles comme par une centaine d’histoires, à quelques pas d’un pont que se partagent suicidés et amoureux.
Descendre encore, s’éloigner des cafés et bistrots, boutiques de vêtements, marchés aux légumes, vite, continuer, sans s’arrêter, tourner à gauche, sourire au vieux fleuriste, s’adosser quelques instants contre un palmier centenaire, ne pas croire le policier qui prétendra que c’est interdit, courir derrière un chardonneret avec des gosses, et déboucher sur la place de l’Émir-Abdelkader. Vous raterez peut-être le Milk Bar tant les lettres de la façade rénovée récemment sont peu visibles en plein jour : le bleu presque blanc du ciel et le soleil aveuglant brouillent les lettres. Vous observerez des enfants qui escaladent le socle de la statue de l’émir Abdelkader, souriant à pleines dents, posant pour leurs parents qui les photographient avant de s’empresser de poster les photos sur les réseaux sociaux. Un homme fumera sur le pas d’une porte en lisant le journal. Il faudra le saluer et échanger quelques politesses avant de rebrousser chemin, sans oublier de jeter un coup d’œil sur le côté : la mer argentée qui pétille, le cri des mouettes, le bleu toujours, presque blanc. Il vous faudra suivre le ciel, oublier les immeubles haussmanniens et passer à côté de l’Aéro-habitat, barre de béton au-dessus de la ville.
Vous serez seul, car il faut être seul pour se perdre et tout voir. Il y a des villes, et celle-ci en fait partie, où toute compagnie est un poids. On s’y balade comme on divague, les mains dans les poches, le cœur serré.
Vous grimperez les rues, pousserez les lourdes portes en bois qui ne sont jamais fermées à clé, caresserez l’impact laissé sur les murs par des balles qui ont fauché syndicalistes, artistes, militaires, enseignants, anonymes, enfants. Des siècles que le soleil se lève au-dessus des terrasses d’Alger et des siècles que nous assassinons sur ces mêmes terrasses.
Prenez le temps de vous asseoir sur une des marches de la Casbah. Écoutez les jeunes musiciens jouer du banjo, devinez les vieilles femmes derrière les fenêtres fermées, regardez les enfants s’amuser avec un chat à la queue coupée. Et le bleu au-dessus des têtes et à vos pieds, le bleu ciel qui plonge dans le bleu marine, tache huileuse s’étirant à l’infini. Que nous ne voyons plus, malgré les poètes qui veulent nous convaincre que le ciel et la mer sont une palette de couleurs, prêts à se parer de rose, de jaune, de noir.

Petit bac 2018Mot Positif (7)

Marx et la poupée – Maryam Madjidi

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

Remportez-un-livre-avec-Masse-Critique-Litterature

9782367626802-001-T 71LGDaNXEfL 91WIpsuS8bL

Audiolib – octobre 2018 – 4h46 – Lu par l’auteure

J’ai Lu – septembre 2018 – 220 pages

Le nouvel Attila – janvier 2017 – 202 pages

Quatrième de couverture : 
Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris. À travers les souvenirs de ses premières années, Maryam raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, la perte de ses jouets donnés aux enfants de Téhéran sous l’injonction de ses parents communistes, l’effacement progressif du persan au profit du français, qu’elle va tour à tour rejeter, puis adopter frénétiquement, au point de laisser enterrée de longues années sa langue natale. Dans ce récit qui peut être lu comme une fable autant que comme un journal, Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, rempart, moyen de socialisation, et même arme de séduction massive.

Auteur : Maryam Madjidi est née en 1980 à Téhéran, et quitte l’Iran à l’âge de 6 ans pour vivre à Paris puis à Drancy. Aujourd’hui, elle enseigne le français à des mineurs étrangers isolés, après l’avoir enseigné à des collégiens et lycéens de banlieue puis des beaux quartiers, des handicapés moteur et psychiques, des étudiants chinois et turcs, et des détenus. Elle a vécu quatre ans à Pékin et deux ans à Istanbul.

Mon avis : (écouté en octobre 2018)
Déjà dans le ventre de sa mère, Maryam, vit en direct les troubles de la Révolution Iranienne… Puis à peine née, elle sert d’alibi à ses parents et à leurs amis communistes, pour transporter les tracts… Jusqu’à six ans, elle grandit dans une belle maison à Téhéran avec tout l’amour de ses parents et de sa grand-mère qui lui offre de nombreuses poupées. Opposants au nouveau régime politique de l’ayatollah Khomeyni, ses parents sont contraints à l’exil. Avant le départ, Maryam va devoir donner ses jouets et ses poupées aux enfants du quartier… Maryam préfère les enterrer dans le jardin pour pouvoir les retrouver à son retour… 
A six ans, Maryam découvre une nouvelle vie à Paris, dans un nouveau pays dont elle ne connaît ni la langue, ni les coutumes… Avec ses parents, elle vit dans une chambre de bonne avec les WC sur le palier, la nourriture est différente de celle de l’Iran, sa grand-mère lui manque. Maryam va aller à l’école et apprendre le français. 
A travers de souvenirs d’enfance, de contes persans, d’anecdotes et de moments de poésie, nous voilà avec un très beau roman sur l’exil. Maryam Madjidi s’interroge sur sa double culture, car enfant, elle a d’abord rejeté la langue persane de ses parents avant de renouer avec ses origines lorsqu’elle est devenue adulte.
La version audio de ce livre est un plus puisqu’elle est lue par l’auteur elle-même. 
Il y a même en bonus, à la fin du roman, un entretien avec l’auteur toujours très intéressant !
Merci Babelio et Masse Critique pour cette belle découverte !

Extrait : (début du livre)
La pierre
Un homme est assis, seul, dans une cellule.
Il tient dans une main une pierre, dans l’autre une aiguille à coudre.
Il creuse la pierre avec la pointe de l’aiguille.
Il grave un nom.

Chaque jour, il taille, il sculpte ce nom dans la pierre. Ça lui évite de perdre la raison dans sa prison.
Ce nom, c’est Maryam. Elle vient de naître et pour tenter de combler son absence auprès d’elle, il lui fabrique un cadeau qu’il espère lui donner un jour.
Il a trouvé cette pierre dans la cour de la prison et en cachette, il a réussi à dérober une petite aiguille à coudre.
Une manière de dire qu’il pense à elle, à ce bébé qui n’a que quelques jours et la vie devant soi.

Il était une fois le ventre de la mère
Une fille pousse dans le ventre d’une femme.
— Non, tu n’iras pas manifester, t’es une femme et c’est dangereux.

Son frère aîné vient de lui flanquer une grosse gifle. Elle ne dit rien mais elle plante son regard noir de femme obstinée dans ses yeux et elle part lever fièrement le poing dans la rue et mêler sa voix à la voix de la foule en colère. Elle recevra bien des gifles encore et des insultes aussi mais rien ne peut l’arrêter à vingt ans, ni les gifles du frère ni sa grossesse ni même la peur d’être tuée.

1980 – Université de Téhéran

Un nuage de fumée au loin, des coups de feu, des cris.
J’ai peur, je sens le danger et je me recroqueville un peu plus au fond du ventre mais ce ventre va vers la mort, poussé par une force irrépressible.
La jeune mère court dans les couloirs d’une université. Elle manque de tomber: elle a failli glisser sur une flaque de sang dont la trace mène jusqu’à une salle de cours d’où sortent des hurlements déchirants.
Elle s’approche et regarde. À travers la porte entrouverte, elle voit une jeune fille allongée sur une table, un homme tente de la violer. À côté d’elle, par terre, un jeune homme à qui on brise le crâne à coups de bâton. Elle met la main sur sa bouche pour étouffer un cri d’épouvanté.
Elle est affolée et ses jambes tremblent.
Des feuilles volent partout, des feuilles de cours, des fiches d’inscription, des dossiers. Les pages des livres sont déchirées ; des étagères entières sont renversées ; des mains fouillent dans les tiroirs; des bouches hurlent. Les voiles des femmes sont piétinés ; des mains arrachent leurs cheveux. Les femmes sont traînées par terre, elles se débattent comme elles peuvent et les hommes qui les traînent les traitent de sales putes. Ces hommes ont les yeux injectés de sang et brandissent des bâtons plantés de clous. Ils hurlent « Allah Akbar ».
Le bruit d’un crâne qu’on brise.
Elle court toujours mais ne parvient pas à trouver la sortie. Elle voit des jeunes tomber par terre ; elle entend des cris, ses oreilles saignent ; elle voudrait disparaître – devenir aussi petite qu’une fourmi – et se faufiler dans un coin avec son bébé.
Son bébé. Soudain, elle prend conscience qu’elle est enceinte.
Ma mère porte ma vie mais la Mort danse autour d’elle en ricanant, le dos courbé ; ses longs bras squelettiques veulent lui arracher son enfant ; sa bouche édentée s’approche de la jeune femme enceinte pour l’engloutir.
Deux hommes l’ont vue, au bout de leurs bras pendent des bâtons cloutés, ils avancent vers elle. Une fenêtre est ouverte.
Enceinte d’un bébé de sept mois, elle doit sauter du second étage, hésite, se retourne et son regard se fixe sur ces bâtons ; elle sent déjà les clous s’enfoncer dans sa chair.
Elle saute.

Petit bac 2018Objet (7)

Résultat du Prix Audiolib 2018

logoprixaudiolib2018

Hier soir, on fêtait les 10 ans d’Audiolib et c’était la remise du Prix Audiolib 2018
dans le cadre du « Le Grand Bréguet » (Paris 11ème).

P1040561

 P1040563 P1040562 P1040564

P1040560

Accueil avec une flûte de Champagne pour les nombreux invités : auteures et auteurs, comédiennes et comédiens, éditeurs, partenaires, journalistes, blogueurs…

P1040565

19h30 : Valérie Lévy Soussan lance la soirée des 10 ans d’Audiolib, elle rappelle en chiffres le bilan de ces 10 ans, et le succès du développement de la lecture audio pour preuve, son équipe est passée de 2 personnes à 8 aujourd’hui. Remerciements aux auteurs, lecteurs, éditeurs, partenaires…

Pour fêter cela, 3 comédiens lecteurs sont invités à nous faire une lecture en direct…

P1040567
Cela commence avec Thibault de Montalembert, qui nous lit un extrait
de « Le meilleur des mondes » de Aldous Huxley.
Une lecture très expressive.

P1040569
Puis c’est Marie-Christine Barrault, qui nous lit un extrait
de « Joseph » de Marie-Hélène Lafon

P1040573
C’est grâce à Audiolib que Marie-Christine Barrault a découvert
l’auteure Marie-Hélène Lafon et depuis elle suit tout ce qu’elle fait…

P1040578
Enfin, c’est Feodor Akine qui nous lit un extrait
de « L’Archipel du chien » de Philippe Claudel.
Une lecture, non seulement avec la voix, mais également avec des gestes !

logoprixaudiolib2018

Et c’est le moment tant attendu et la révélation du résultat du vainqueur du 6ème Prix Audiolib : « Quand sort la recluse » de Fred Vargas, lu par Thierry JanssenP1040582
Fred Vargas n’a pas là pour recevoir son prix, elle fuit la notoriété.

P1040585
Le Prix est donné conjointement à l’auteure et au lecteur, l’absence de Fred Vargas permet à Thierry Janssen d’être au premier rang et de nous faire un discours plein d’humour. Puis il nous fait le plaisir de nous lire un extrait de « Quand sort la recluse » Une lecture très expressive, il interprète tour à tour les voix du commissaire Adamsberg, celle d’une vieille dame et celle d’un prestigieux arachnologue… Bravo !

***

Je suis très contente pour le résultat du Prix Audiolib 2018, c’était mon premier choix !
Et comme lectrice inconditionnelle de Fred Vargas,  dans ce roman policier, j’ai retrouvé l’esprit et le rythme des premières enquêtes du commissaire Adamsberg !

La Daronne – Hannelore Cayre

Lu en partenariat avec Audiolib

81c6TEpteAL 71KGYNCL-bL daronne_points

Audiolib – juillet 2018 – 4h43 – Lu par Isabelle de Botton

Métailié – mars 2017 – 176 pages

Points – mars 2018 – 192 pages

Quatrième de couverture :
« Alors que j’entamais ma nouvelle carrière, Philippe, mon fiancé flic, prenait son poste comme commandant aux stups de la 2e DPJ.
— Comme ça on se verra plus souvent, m’a-t-il dit, réjoui, en m’annonçant la nouvelle deux mois auparavant, le jour de sa nomination.
J’étais vraiment contente pour lui, mais à cette époque je n’étais qu’une simple traductrice-interprète judiciaire et je n’avais pas encore une tonne deux de shit dans ma cave. »
Comment, lorsqu’on est une femme seule, travailleuse avec une vision morale de l’existence… qu’on a trimé toute sa vie pour garder la tête hors de l’eau… qu’on a servi la justice sans faillir, traduisant des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques avec un statut de travailleur au noir… on en arrive à franchir la ligne jaune ? Rien de plus simple, on détourne une montagne de cannabis d’un Go Fast et on le fait l’âme légère, en ne ressentant ni culpabilité ni effroi, mais plutôt… disons… un détachement joyeux. Et on devient la Daronne.

Auteur : Hannelore Cayre est avocate pénaliste, elle est née en 1963 et vit à Paris. Elle est l’auteure, entre autres, de Commis d’office, Toiles de maître et Comme au cinéma. Elle a réalisé plusieurs courts métrages, et l’adaptation de Commis d’office est son premier long métrage.

Lecteur : Comédienne, révélée au grand public par le Théâtre de Bouvard, Isabelle de Botton a débuté au café-théâtre. Au théâtre on a pu la voir dans L’Intoxe, C’est encore mieux l’après-midi, Existe en trois tailles ou Le Gros n’Avion. Elle a également interprété Maupassant, Jules Renard, ou des textes contemporains comme Brèves de Comptoir, Après la Pluie, Les Monologues du Vagin, ou La Parisienne d’Alexandrie, relatant son enfance égyptienne sous Nasser. Au cinéma, elle a notamment tourné dans L’An 01, Les Bronzés font du ski et Merci la Vie de Bertrand Blier. Elle a aussi écrit pour le théâtre, la radio et a été scénariste de plusieurs téléfilms.

Mon avis : (lu en août 2018)
Patience Portefeux, 53 ans, est veuve, ses deux filles sont adultes mais elle doit assumer financièrement sa mère qui vit en EPHAD .
Patience est une employée modèle auprès du ministère de la justice, elle est traductrice-interprète judiciaire en langue arabe pour les prévenus ou pour des écoutes téléphoniques. Mal payée et surtout sans être déclarée, Patience réalise qu’elle n’aura pas de retraite et grâce à ses écoutes, lorsque l’occasion se présente de pouvoir récupérer un stock de cannabis, elle va devenir « la Daronne »…
Voilà un polar social, très original et plein d’humour. C’est vraiment jubilatoire à écouter car souvent politiquement incorrect, la Daronne réussit à se trouver dans des situations impossibles mais la chance est souvent avec elle ! Personnage attachant, le lecteur suit ses aventures en espérant qu’elle ne se fasse pas attraper ni par les gendarmes ou la police, ni par les trafiquants de drogues…

Merci Pauline et Audiolib pour cette écoute savoureuse et pleine de surprises.

Extrait : (début du livre)
Mes fraudeurs de parents aimaient viscéralement l’argent. Pas comme une chose inerte qu’on planque dans un coffre ou que l’on possède inscrit sur un compte. Non. Comme un être vivant et intelligent qui peut créer et tuer, qui est doué de la faculté de se reproduire. Comme quelque chose de formidable qui forge les destins. Qui distingue le beau du laid, le loser de celui qui a réussi. L’argent est le Tout ; le condensé de tout ce qui s’achète dans un monde où tout est à vendre. Il est la réponse à toutes les questions. Il est la langue d’avant Babel qui réunit tous les hommes.
Il faut dire qu’ils avaient tout perdu, y compris leur pays. Il ne restait plus rien de la Tunisie française de mon père, rien de la Vienne juive de ma mère. Personne avec qui parler le pataouète ou le yiddish. Pas même des morts dans un cimetière. Rien. Gommé de la carte, comme l’Atlantide. Ainsi avaient-ils uni leur solitude pour aller s’enraciner dans un espace interstitiel entre une autoroute et une forêt afin d’y bâtir la maison dans laquelle j’ai grandi, nommée pompeusement La Propriété. Un nom qui conférait à ce bout de terre sinistre le caractère inviolable et sacré du Droit ; une sorte de réassurance constitutionnelle qu’on ne les foutrait plus jamais dehors. Leur Israël.
Mes parents étaient des métèques, des rastaquouères, des étrangers. Raus. Une main devant, une main derrière. Comme tous ceux de leur espèce, ils n’avaient pas eu beaucoup le choix. Se précipiter sur n’importe quel argent, accepter n’importe quelles conditions de travail ou alors magouiller à outrance en s’appuyant sur une communauté de gens comme eux ; ils n’avaient pas réfléchi longtemps.

Petit bac 2018Gros mot (2)

Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens – Becky Albertalli

Lu en partenariat avec Audiolib

9782367626918-001-T 81XzuFNaWSL

Audiolib – juin 2018 – 5h51 – Lu par Gauthier Battoue

Hachette – avril 2015 – 320 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Mathilde Tamae-Bouhon

Titre original : Simon vs. the Homo Sapiens Agenda, 2015

Quatrième de couverture :
Moi, c’est Simon. Simon Spier. Je vis dans une petite ville en banlieue d’Atlanta (traduisez : un trou paumé). J’ai deux soeurs, un chien et les trois meilleurs amis du monde. Je suis fan d’Harry Potter, j’ai une passion profonde pour les Oréos, je fais du théâtre. Et je suis raide dingue de Blue.
Blue, c’est un garçon que j’ai rencontré sur le Tumblr du lycée. On se dit tout, sauf notre nom. Je le croise peut-être tous les jours dans le couloir, mais je ne sais pas qui c’est. En fait, ça me plaît bien : je ne suis pas du tout pressé d’annoncer à tout le monde que je suis gay. Personne n’est au courant, à part Blue… et maintenant cette fouine de Martin Addison, qui a lu mes e-mails et menace de tout révéler…
Un héros irrésistible, un style plein d’humour et une histoire d’amour captivante : voilà le roman inoubliable qui a inspiré le film Love, Simon. Lu par la voix française de Simon au cinéma.

Auteur : Becky Albertali est née dans la banlieue d’Atlanta. L’écriture et la lecture ont toujours été importantes pour elle. Elle suit des études de psychologie dans une université du Connecticut et passe un an en Écosse, à l’université de Saint Andrews. Elle déménage ensuite à Washington pour y passer son doctorat. Après avoir été psychologue, elle se consacre désormais à l’écriture.

Lecteur : Comédien depuis ses 16 ans, Gauthier Battoue a joué pour le théâtre (Chère Elena, mis en scène par Didier Long), la télévision et le cinéma (Bonne Pomme avec Gérard Depardieu). Il est le doubleur de Zach Efron, Ezra Miller et Dylan Minette (Clay dans la série).

Mon avis : (écouté en juillet 2018)
Simon vit dans une petite ville de banlieue d’Atlanta. Il a seize ans et se sait homosexuel depuis plusieurs années mais n’a encore jamais osé en parler avec ses amis ou sa famille. Une seule personne le sait : Blue. Blue est un garçon du lycée que Simon a rencontré sur le réseau social Tumblr. Tous deux s’échangent des mails où ils se racontent tout mais sans s’être donné leur vraie identité : ils sont l’un pour l’autre Jack et Blue.
Et voilà que Martin Addison, un camarade de classe, a lu les mails de Simon et le menace de tout révéler.
Simon est un garçon attachant et touchant.
 Le lecteur pris par l’histoire, cherche à reconnaître parmi les garçons du lycée qui pourrait bien être Blue et espère que Simon va pouvoir surmonter ses peurs et s’accepter tel qu’il est.
Le livre est construit avec le récit de Simon et en alternance les mails que s’échangent Blue et Jack (Simon). En audio, ce n’est pas toujours facile de suivre la lecture des mails, si on n’est pas spécialement attentif,  on perd vite le fil, surtout on ne sait plus qui écrit…

Une adaptation de ce livre a été faite au cinéma par le réalisateur Greg Berlanti, avec le film « Love, Simon » .
Merci Pauline et Audiolib pour m’avoir permis de découvrir cette histoire d’adolescents originale et touchante.

Extrait : (début du livre)
C’est une conversation étrangement subtile. Tout juste si je m’aperçois du chantage.
Nous sommes dans les coulisses, assis sur des chaises pliantes en métal, quand Martin Addison m’annonce :
— J’ai lu tes mails.
— Quoi ?
Je lève la tête.
— Tout à l’heure. À la bibliothèque. Sans le faire exprès, bien sûr.
— Tu as lu mes mails ?
— Disons que j’ai utilisé l’ordi juste après toi, et quand je suis allé sur Gmail, ton compte s’est ouvert. Tu aurais dû te déconnecter.
Je le dévisage, médusé.
— Pourquoi ce pseudo ? demande-t-il en martelant le pied de sa chaise.
Merde, excellente question. À quoi bon utiliser un pseudonyme si le premier clown venu perce à jour mon identité secrète ?
Il a dû me voir devant l’ordinateur, je suppose.
Et je suppose que je suis le roi des crétins.
C’est qu’il sourit, en plus.
— Enfin bref, ça t’intéressera sans doute de savoir que mon frère est gay.
— Euh, pas particulièrement.
Il me fixe. Je demande :
— Qu’est-ce que tu essaies de me dire ?
— Rien. Écoute, Spier, ça ne me pose aucun problème, à moi. Disons que je m’en contrefiche.
Sauf que c’est quand même une petite catastrophe. Voire un foutu cataclysme, suivant la capacité de Martin à la fermer.
— C’est vraiment gênant, dit-il.
Je ne sais même pas quoi répondre.
— Enfin, reprend-il, tu n’as clairement pas envie que ça se sache.
Franchement… Je suppose que non. Même si le coming out ne me fait pas peur. Oui, bien sûr, plus gênant tu meurs, et on ne va pas se leurrer, je ne suis pas pressé d’y être. Mais ça ne sera pas la fin du monde. Pas pour moi.
Le problème, c’est que ça serait délicat pour Blue. Si jamais Martin venait à parler.
Martin Addison. Il fallait que ce soit lui qui se connecte à Gmail après moi ! Comprenez : jamais je n’aurais utilisé l’ordi de la bibliothèque si j’avais pu me connecter au Wi-Fi depuis mon portable. Or c’était un de ces jours où je n’avais pas la patience d’attendre d’être rentré pour lire mes messages. Je ne pouvais même pas attendre de sortir sur le parking pour consulter mon téléphone.
Parce que j’avais écrit à Blue depuis ma boîte secrète le matin même. Un mail plutôt important.
Je voulais simplement voir s’il m’avait répondu.
— Perso, je pense que tout le monde réagirait plutôt bien, poursuit Martin. Tu devrais être toi-même.
Que voulez-vous répondre à ça ? Un gamin hétéro, qui me connaît à peine et qui me conseille de sortir du placard. Je lève les yeux au ciel, obligé.
— Okay, enfin, comme tu voudras. Je garderai tout ça pour moi, dit-il.
L’espace d’une minute, je me sens bêtement soulagé. Avant de saisir.
— Garder quoi pour toi ?
Il rougit, triture l’ourlet de sa manche. Quelque chose dans son expression me tord l’estomac.
— Est-ce que… tu aurais fait une capture d’écran, par hasard ?
— Ben, dit-il, j’allais justement t’en parler.
— Minute – tu as fait une putain de capture d’écran ?

Petit bac 2018Animal (4)

La Chambre des merveilles – Julien Sandrel

Lu en partenariat avec Audiolib

9782367626550-001-T 51-JS4IypYL

Audiolib – mai 2018 – 5h13 – Lu par Sophie Duez

Calmann-Levy – mars 2018 – 272 pages

Quatrième de couverture :
Bouleversant et drôle, le pari un peu fou d’une mère qui tente de sortir son fils du coma en réalisant chacun de ses rêves.
Louis a 12 ans. Ce matin, alors qu’il veut confier à sa mère, Thelma, qu’il est amoureux pour la première fois, il voit bien qu’elle pense à autre chose, à son travail sûrement. Alors il part, fâché et déçu, avec son skate, et traverse la rue à fond. Un camion le percute de plein fouet.
Le pronostic est sombre. Dans quatre semaines, s’il n’y a pas d’amélioration, il faudra débrancher le respirateur de Louis. En rentrant de l’hôpital, désespérée, Thelma trouve un carnet sous le matelas de son fils. À l’intérieur, il a dressé la liste de toutes ses « merveilles », c’est-à-dire les expériences qu’il aimerait vivre au cours de sa vie.
Thelma prend une décision : page après page, ces merveilles, elle va les accomplir à sa place. Si Louis entend ses aventures, il verra combien la vie est belle. Peut–être que ça l’aidera à revenir. Et si dans quatre semaines Louis doit mourir, à travers elle il aura vécu la vie dont il rêvait.
Mais il n’est pas si facile de vivre les rêves d’un ado, quand on a presque quarante
ans.

Auteur : Julien Sandrel est né en 1980 dans le sud de la France, est marié et père de deux enfants. Aujourd’hui il réalise son rêve d’enfant en publiant son premier roman, La Chambre des merveilles.

Lecteur : Après des études littéraires, Sophie Duez débute sa carrière au cinéma dans le film Marche à l’ombre de Michel Blanc. Elle alterne ensuite les tournages (Quai numéro 1) et le théâtre (Ruy BlasLes monologues du vagin). En 2002 elle devient sociétaire du Théâtre National de Nice : du théâtre classique au plus contemporain elle est dirigée notamment par Daniel Mesguich, Krzysztof Warlikowski, Daniel Benoin, Alfredo Arias ou encore Jérôme Savary, et fait ses premières mises en scène. Elle sera ensuite chargée de mission par la Ville de Nice sur de grands projets culturels et, depuis 2017, mène de front ses activités de comédienne et de conseil en ingénierie culturelle.

Mon avis : (écouté en juillet 2018)
Un très jolie titre pour cette histoire forte et émouvante. Thelma est une mère célibataire très occupée par son travail et par son fils Louis âgé de 12 ans. Ce matin de ce samedi 7 janvier, Louis voudrait confier à sa mère qu’il est amoureux pour la première fois, mais celle-ci est trop préoccupée par son travail… Déçu et furieux, il accélère sur son skate et descend la rue trop vite, il est 10 h 32  et c’est l’accident ! Louis se retrouve dans le coma et Thelma se sent coupable et impuissante face à son fils accidenté.
Quelques jour plus tard, alors que l’état de Louis ne s’améliore pas, Thelma trouve dans la chambre de son fils un petit carnet où Louis a dressé une liste des expériences qu’il voudrait vivre pendant sa vie.
Pour rester auprès de son fils et l’aider à se réveiller, Thelma décide de quitter son travail et de réaliser, par procuration, les rêves de son fils… Elle filmera ses exploits pour les diffuser dans la chambre d’hôpital n°405 qui va devenir « la chambre des merveilles ». C’est un récit à deux voix, car Louis intervient ponctuellement pour raconter ce qu’il ressent, il donne ainsi l’espoir qu’un jour il pourra se réveiller et cela confirme l’intuition de Thelma. Ainsi, même s’il ne réagit pas, il entend ce qui se passe autour de lui.
Un roman à la fois, triste, drôle, pleine d’espoir et d’amour. J’aime également beaucoup la couverture du livre !
La lectrice est très agréable à écouter. A découvrir !

Merci Pauline et Audiolib pour ce livre émouvant et fort.

Extrait : (début du livre)
— Louis, c’est l’heure ! Allez, je ne le répète plus, s’il te plaît lève-toi et habille-toi, on va être à la bourre, il est déjà 9 h 20.
C’est à peu près comme ça qu’a commencé ce qui allait devenir la pire journée de toute mon existence. Je ne le savais pas encore, mais il y aurait un avant et un après ce samedi 7 janvier 2017, 10 h 32. Pour toujours il y aurait cet avant, cette minute précédente que je désirerais figer pour l’éternité, ces sourires, ces bonheurs fugaces, ces photographies gravées à jamais dans les replis sombres de mon cerveau. Pour toujours il y aurait cet après, ces “ pourquoi ”, ces “ si seulement ”, ces larmes, ces cris, ce mascara hors de prix sur mes joues, ces sirènes hurlantes, ces regards remplis d’une compassion dégueulasse, ces soubresauts incontrôlables de mon abdomen refusant d’accepter. Tout ça, bien sûr, m’était alors inaccessible, un secret que seuls les dieux – s’il en existait, ce dont je doutais fort – pouvaient connaître. Que se disaient-elles alors, à 9 h 20, ces divinités ? Un de plus, un de moins, qu’est-ce que ça peut bien faire ? Tu es sûr de toi ? Pas forcément, mais pourquoi pas ? C’est vrai après tout pourquoi pas, ça ne changera pas la face du monde. J’étais loin de tout ça, loin des dieux, loin de mon cœur. J’étais juste moi, à cet instant précis si proche du point de basculement, de rupture, de non-retour. J’étais moi, et je pestais contre Louis qui décidément ne faisait aucun effort.

Petit bac 2018Mot positif (5)

En sacrifice à Moloch – Åsa Larsson

logoprixaudiolib2018

9782367626598-001-T 51S79mHRMML

Audiolib – avril 2018 – 10h58 – Lu par Odile Cohen

Albin Michel – août 2017 – 448 pages

traduit du suédois par Caroline Berg

Titre original : Till offer åt Moloch, 2012

Quatrième de couverture :
Au terme d’une traque impitoyable dans les forêts de Lainio, en Laponie suédoise, un ours féroce est abattu. Dans sa panse : les restes d’un homme…
Cette macabre découverte est suivie quelques mois plus tard par l’assassinat d’une femme à coups de fourche. Chargée de l’enquête, la procureure Rebecka Martinsson ne tarde pas à recouper ces faits a priori sans rapport : les deux victimes avaient un lien de parenté ; ils étaient père et fille. Mais ils ne sont ni les premiers ni les derniers à disparaître, comme si une étrange malédiction frappait leur famille…
Åsa Larsson, star du polar scandinave, part sur les traces d’un terrible et lointain secret, dans les paysages crépusculaires et inquiétants du Grand Nord suédois.

Auteur : Åsa Larsson a grandi à Kiruna, au-dessus du cercle polaire arctique, où se déroulent tous ses romans. Avocate comme son héroïne Rebecka Martinsson, elle se consacre désormais à l’écriture. Devenue l’auteure de romans policiers la plus aimée des Scandinaves, elle compte désormais des millions de lecteurs à travers le monde. Déjà publiés en France : En sacrifice à Moloch, Le sang versé, La piste noire et Tant que dure ta colère.

Lecteur : Odile Cohen a commencé sa carrière au théâtre sous la direction de Robert Hossein et Daniel Mesguich. Elle est la voix française attitrée de Renée Zellweger, qui a incarné Bridget Jones au cinéma.

Mon avis : (écouté en mai 2018)
C’est le cinquième roman de la série avec la procureur Rebecka Martinsson qui se situe dans le Grand Nord suédois dans la région de Kiruna en Laponie. C’est une série que je suis depuis quelques années (j’ai déjà lu les tomes 2 à 4), donc j’étais ravie de découvrir ce nouvel épisode. Tout commence par une chasse à l’ours et la découverte des restes d’un homme dans sa panse… Quelques mois après, une femme, Sol-Britt, est sauvagement assassinée à coups de fourche. Ces deux morts ont un lien de parenté, ils sont père et fille… Rebecka Martinsson va vite découvrir qu’ils ne sont pas les seuls victimes d’une malédiction familiale. En effet, trois ans plus tôt, le fils de Sol-Britt a été renversé par une voiture avec un délit de fuite et le coupable n’a jamais été retrouvé. Et à travers un récit parallèle à l’enquête, le lecteur va découvrir l’histoire d’Elena, la grand-mère de Sol-Britt, Elena, qui a été elle aussi assassinée, presque un siècle plus tôt…
Le meurtre de Sol-Britt ayant lieu dans le village où habite Rebecka Martinsson, elle va être dessaisie de l’affaire au profit de l’affreux magistrat von Post, un collègue envieux et incompétent… Rebecka mènera cependant sa propre enquête avec l’aide de Krister, le maître chien, et leurs chiens à tous deux : Vera, le Morveux, Tintin ou Roy…
Une enquête passionnante et rythmée que j’ai beaucoup aimé découvrir.

Avec ce livre audio, s’achève mes écoutes pour le Prix Audiolib 2018 et dès la fin du mois, je publierai mon classement pour cette sélection qui m’a beaucoup plu.

Extrait : (début du livre)
Qu’est-ce qui peut bien faire hurler un chien de la sorte ? Samuel Johansson n’a encore jamais entendu son chien donner de la voix de cette façon.
Il est là, dans sa cuisine, en train de beurrer tranquillement une tartine. Son chien d’élan norvégien est attaché à sa chaîne dans la cour. Le calme règne alentour.
Le chien se met à aboyer. Un aboiement sonore et furieux, pour commencer.
Qu’est-ce qui le fait aboyer comme ça ? Pas un écureuil, en tout cas. Le fermier connaît sa manière d’aboyer quand il voit un écureuil. Un élan ? Non, sa voix est plus grave et plus pleine quand il a senti la piste d’un élan.
Soudain, il doit se passer quelque chose parce que le chien pousse un hurlement. Il hurle comme si les portes de l’Enfer venaient de s’ouvrir sous son nez. Le bruit réveille chez Samuel Johansson une terreur ancestrale.
Puis c’est le silence.
Samuel sort de chez lui en courant. Sans veste. Sans souliers. Sans réfléchir.
Il trébuche dans l’obscurité de l’automne vers le garage et le chenil.
L’ours est là, debout dans le halo de l’éclairage extérieur. Il tire sur le chien pour l’emporter, mais le corps sans vie de l’animal est toujours accroché à la chaîne. L’ours tourne sa gueule ensanglantée vers Samuel et rugit.
Samuel recule, manque de tomber. Mais tout à coup, il sent grandir en lui une force surnaturelle et il court, plus vite qu’il n’a jamais couru, retournant vers la maison pour aller chercher la carabine. L’ours ne le suit pas et pourtant Johansson a l’impression de sentir sur sa nuque le souffle chaud de l’énorme bête.
Il charge l’arme, les mains moites, avant de rouvrir sa porte avec précaution. Il doit garder son calme et viser juste. S’il le manque, tout peut aller très vite. L’ours blessé pourrait bondir sur lui en quelques secondes.
Il avance dans le noir. Un pas à la fois. Les poils dressés sur sa nuque comme de petites épingles.
L’ours est toujours là. Occupé à dévorer ce qui reste du chien. Il lève la tête quand Samuel retire la sécurité de la carabine.
Samuel n’a jamais autant tremblé qu’à présent. Il faut faire vite. Il essaye de garder son calme sans y parvenir.
L’ours balance la tête, menaçant. Grogne. Respire comme un soufflet de forge. Il fait démonstrativement un pas en avant. Samuel tire. Touche. L’ours tombe. Mais il se relève aussitôt. Et disparaît dans l’obscurité de la forêt.

À présent, il est introuvable. La lumière du garage n’éclaire pas assez loin.
Samuel rentre chez lui à reculons, pointant la carabine ici et là. L’oreille tendue vers les arbres. Il s’attend à chaque instant à voir l’ours revenir pour l’attaquer. Il n’y voit qu’à quelques mètres.
Encore vingt pas pour atteindre la porte. Son cœur bat fort. Cinq mètres. Trois. Ouf !
Il tremble à présent de tous ses membres. Il doit poser le téléphone portable sur la table et le tenir fermement de la main gauche pour pouvoir taper le numéro. Le président de la chasse décroche à la première sonnerie. Ils conviennent de lancer une battue dès le lever du jour. Ils ne peuvent rien faire dans le noir.

Déjà lu du même auteur :

9782226256096g Le sang versé 9782226318176m La piste noire

tant que dure ta colère Tant que dure ta colère

voisinsvoisines2_2018Suède