Mon classement des dix livres Audiolib

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Après l’écoute des 10 livres audio sélectionnés depuis mi-février,
il est l’heure de donner son classement.
Voici le mien :

1

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2

9782367625751-001-T

3

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4

9782367624648-001-T

5

9782367624631-001-T

6

9782367626598-001-T

7

9782367624617-001-T

8

9782367624112-001-T

9

9782367625836-001-T

10

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Prochaine étape : 13 JUIN 2018

Pour découvrir la Sélection Finale des Blogueurs de 5 Audiolib

Vous pourrez alors voter pour votre préféré !

 

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En sacrifice à Moloch – Åsa Larsson

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Audiolib – avril 2018 – 10h58 – Lu par Odile Cohen

Albin Michel – août 2017 – 448 pages

traduit du suédois par Caroline Berg

Titre original : Till offer åt Moloch, 2012

Quatrième de couverture :
Au terme d’une traque impitoyable dans les forêts de Lainio, en Laponie suédoise, un ours féroce est abattu. Dans sa panse : les restes d’un homme…
Cette macabre découverte est suivie quelques mois plus tard par l’assassinat d’une femme à coups de fourche. Chargée de l’enquête, la procureure Rebecka Martinsson ne tarde pas à recouper ces faits a priori sans rapport : les deux victimes avaient un lien de parenté ; ils étaient père et fille. Mais ils ne sont ni les premiers ni les derniers à disparaître, comme si une étrange malédiction frappait leur famille…
Åsa Larsson, star du polar scandinave, part sur les traces d’un terrible et lointain secret, dans les paysages crépusculaires et inquiétants du Grand Nord suédois.

Auteur : Åsa Larsson a grandi à Kiruna, au-dessus du cercle polaire arctique, où se déroulent tous ses romans. Avocate comme son héroïne Rebecka Martinsson, elle se consacre désormais à l’écriture. Devenue l’auteure de romans policiers la plus aimée des Scandinaves, elle compte désormais des millions de lecteurs à travers le monde. Déjà publiés en France : En sacrifice à Moloch, Le sang versé, La piste noire et Tant que dure ta colère.

Lecteur : Odile Cohen a commencé sa carrière au théâtre sous la direction de Robert Hossein et Daniel Mesguich. Elle est la voix française attitrée de Renée Zellweger, qui a incarné Bridget Jones au cinéma.

Mon avis : (écouté en mai 2018)
C’est le cinquième roman de la série avec la procureur Rebecka Martinsson qui se situe dans le Grand Nord suédois dans la région de Kiruna en Laponie. C’est une série que je suis depuis quelques années (j’ai déjà lu les tomes 2 à 4), donc j’étais ravie de découvrir ce nouvel épisode. Tout commence par une chasse à l’ours et la découverte des restes d’un homme dans sa panse… Quelques mois après, une femme, Sol-Britt, est sauvagement assassinée à coups de fourche. Ces deux morts ont un lien de parenté, ils sont père et fille… Rebecka Martinsson va vite découvrir qu’ils ne sont pas les seuls victimes d’une malédiction familiale. En effet, trois ans plus tôt, le fils de Sol-Britt a été renversé par une voiture avec un délit de fuite et le coupable n’a jamais été retrouvé. Et à travers un récit parallèle à l’enquête, le lecteur va découvrir l’histoire d’Elena, la grand-mère de Sol-Britt, Elena, qui a été elle aussi assassinée, presque un siècle plus tôt…
Le meurtre de Sol-Britt ayant lieu dans le village où habite Rebecka Martinsson, elle va être dessaisie de l’affaire au profit de l’affreux magistrat von Post, un collègue envieux et incompétent… Rebecka mènera cependant sa propre enquête avec l’aide de Krister, le maître chien, et leurs chiens à tous deux : Vera, le Morveux, Tintin ou Roy…
Une enquête passionnante et rythmée que j’ai beaucoup aimé découvrir.

Avec ce livre audio, s’achève mes écoutes pour le Prix Audiolib 2018 et dès la fin du mois, je publierai mon classement pour cette sélection qui m’a beaucoup plu.

Extrait : (début du livre)
Qu’est-ce qui peut bien faire hurler un chien de la sorte ? Samuel Johansson n’a encore jamais entendu son chien donner de la voix de cette façon.
Il est là, dans sa cuisine, en train de beurrer tranquillement une tartine. Son chien d’élan norvégien est attaché à sa chaîne dans la cour. Le calme règne alentour.
Le chien se met à aboyer. Un aboiement sonore et furieux, pour commencer.
Qu’est-ce qui le fait aboyer comme ça ? Pas un écureuil, en tout cas. Le fermier connaît sa manière d’aboyer quand il voit un écureuil. Un élan ? Non, sa voix est plus grave et plus pleine quand il a senti la piste d’un élan.
Soudain, il doit se passer quelque chose parce que le chien pousse un hurlement. Il hurle comme si les portes de l’Enfer venaient de s’ouvrir sous son nez. Le bruit réveille chez Samuel Johansson une terreur ancestrale.
Puis c’est le silence.
Samuel sort de chez lui en courant. Sans veste. Sans souliers. Sans réfléchir.
Il trébuche dans l’obscurité de l’automne vers le garage et le chenil.
L’ours est là, debout dans le halo de l’éclairage extérieur. Il tire sur le chien pour l’emporter, mais le corps sans vie de l’animal est toujours accroché à la chaîne. L’ours tourne sa gueule ensanglantée vers Samuel et rugit.
Samuel recule, manque de tomber. Mais tout à coup, il sent grandir en lui une force surnaturelle et il court, plus vite qu’il n’a jamais couru, retournant vers la maison pour aller chercher la carabine. L’ours ne le suit pas et pourtant Johansson a l’impression de sentir sur sa nuque le souffle chaud de l’énorme bête.
Il charge l’arme, les mains moites, avant de rouvrir sa porte avec précaution. Il doit garder son calme et viser juste. S’il le manque, tout peut aller très vite. L’ours blessé pourrait bondir sur lui en quelques secondes.
Il avance dans le noir. Un pas à la fois. Les poils dressés sur sa nuque comme de petites épingles.
L’ours est toujours là. Occupé à dévorer ce qui reste du chien. Il lève la tête quand Samuel retire la sécurité de la carabine.
Samuel n’a jamais autant tremblé qu’à présent. Il faut faire vite. Il essaye de garder son calme sans y parvenir.
L’ours balance la tête, menaçant. Grogne. Respire comme un soufflet de forge. Il fait démonstrativement un pas en avant. Samuel tire. Touche. L’ours tombe. Mais il se relève aussitôt. Et disparaît dans l’obscurité de la forêt.

À présent, il est introuvable. La lumière du garage n’éclaire pas assez loin.
Samuel rentre chez lui à reculons, pointant la carabine ici et là. L’oreille tendue vers les arbres. Il s’attend à chaque instant à voir l’ours revenir pour l’attaquer. Il n’y voit qu’à quelques mètres.
Encore vingt pas pour atteindre la porte. Son cœur bat fort. Cinq mètres. Trois. Ouf !
Il tremble à présent de tous ses membres. Il doit poser le téléphone portable sur la table et le tenir fermement de la main gauche pour pouvoir taper le numéro. Le président de la chasse décroche à la première sonnerie. Ils conviennent de lancer une battue dès le lever du jour. Ils ne peuvent rien faire dans le noir.

Déjà lu du même auteur :

9782226256096g Le sang versé 9782226318176m La piste noire

tant que dure ta colère Tant que dure ta colère

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La ferme du bout du monde – Sarah Vaughan

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Audiolib – avril 2018 – 12h43 – Lu par Julie Pouillon

Préludes – avril 2017 – 448 pages

traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Alice Delarbre

Titre original : The farm at the edge of the world, 2016

Quatrième de couverture :
Cornouailles, une ferme isolée au sommet d’une falaise. Battus par les vents de la lande et les embruns, ses murs abritent depuis trois générations une famille… et ses secrets.
1939. Will et Alice trouvent refuge auprès de Maggie, la fille du fermier. Ils vivent une enfance protégée des ravages de la guerre. Jusqu’à cet été 1943 qui bouleverse leur destin.
Été 2014. La jeune Lucy, trompée par son mari, rejoint la ferme de sa grand-mère Maggie. Mais rien ne l’a préparée à ce qu’elle va y découvrir.
Deux étés, séparés par un drame inavouable. Peut-on tout réparer soixante-dix
ans plus tard ?

Auteur : Après des études d’anglais à Oxford, Sarah Vaughan s’est consacrée au journalisme. Elle a travaillé pendant onze ans au Guardian avant de publier La Meilleure d’entre nous. Elle vit près de Cambridge avec son époux et leurs deux enfants. La Ferme du bout du monde, son deuxième roman, est dans tous les classements de meilleures ventes en France depuis sa sortie.

Lecteur : Après des études littéraires, Julie Pouillon s’est formée à l’École du Théâtre d’Art de Moscou et au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris. Elle a notamment travaillé sous la direction de Bernard Sobel, Stanislas Nordey, Georges Lavaudant et David Lescot. Au cinéma, elle tourne dans La frontière de l’aube de Philippe Garrel et Une fois comme jamais de Céline Pouillon. Lectrice pour Le train des écrivains – Blaise Cendrars, Julie Pouillon est aussi l’interprète de fictions et nombreuses lectures radiophoniques pour France Culture.

Mon avis : (lu en juillet 2017 et écouté en mai 2018)
J’ai découvert ce livre en version papier l’été dernier, le titre et la couverture de ce roman m’avait fait très envie, d’autant que j’avais beaucoup aimé le premier livre de Sarah Vaughan.
La ferme du bout du monde est située dans les Cornouailles, au sommet d’une falaise et les premières phrases du livre nous plante un superbe décor propice au dépaysement. Dans cette ferme, il y a Maggy, sa fille Judith et Tom, le fils de Judith, qui tentent tant bien que mal de vivre des revenus de la ferme. C’est difficile, ils ont de nombreuses dettes et ils commencent sérieusement à envisager de vendre. 
Lucy, la fille de Judith, vient les rejoindre à la ferme. Elle a besoin de se ressourcer après avoir été trompée par son mari et, dans son travail d’infirmière, avoir failli tuer un bébé en lui administrant une mauvaise dose d’un médicament. Elle est effondrée et en revenant à la ferme, elle espère se reconstruire.
L’histoire ne se situe pas simplement de nos jours… il y a également des retours dans le passé, dans les années 40, avec Maguy jeune, et le lecteur va petit à petit découvrir un secret de famille enfouit dans le passé…
J’ai passé un très bon moment de lecture avec cette histoire touchante et palpitante avec des personnages attachants dans de merveilleux paysages.

Extrait : (début du livre)
La ferme tourne le dos à l’océan et aux vents violents qui en montent par bourrasques : une longue bâtisse de granit tapie sur sa falaise. Depuis plus de trois cents ans elle est là, surveillant les champs d’orge et les troupeaux de vaches Ayrshire, qui paissent lentement, déplacent avec langueur leur masse d’un brun-roux tranchant sur le vert luxuriant.
Elle monte la garde, cette ferme, aussi immuable que les rochers, bien plus que les dunes mouvantes, elle regarde la haie débordant sur la route et prenant au piège les rares automobilistes – car peu s’aventurent jusqu’à ce lieu, qui surplombe, de très haut, la mer. Les détails changent avec les saisons – l’aubépine qui fleurit puis se dépouille, le ciel meurtri par la pluie qui s’illumine ensuite, la récolte rassemblée en meules hirsutes qui seront entreposées dans la grange… La vue, elle, reste la même : un ruban de route, s’éloignant de cette portion isolée de la côte, montant vers la tapisserie de champs pour rejoindre le cœur de la Cornouailles et le reste de la Grande-Bretagne. Et, au-delà, toujours, la lande domine la région, tout en tourbe menaçante, ocre et grise.
Au soleil, ce décor paraît idyllique. C’est une ferme qu’un enfant pourrait dessiner : un toit d’ardoises, un porche blanchi à la chaux, des fenêtres disposées avec une rigueur presque mathématique : une de chaque côté de la porte, et une troisième ajoutée au XVIIIe siècle, lors de l’agrandissement de la maison. Les proportions sont bonnes. Une construction sûre d’elle, bâtie pour résister au vent qui incline les arbres à angle droit, qui fouette les carreaux à coups de grosses gerbes de pluie, pour supporter hiver sur hiver. Deux cheminées la coiffent et, d’octobre à mai, l’odeur âcre du feu de bois se mêle aux relents puissants de la cour et aux parfums plus délicats de la côte : la puanteur fruitée du fourrage, l’odeur miellée des ajoncs et celle, salée, de l’eau, herbe humide et bouses de vaches, camomille et vesce pour le bétail.
Les jours de beau temps, les murs de granit de la maison, des granges et des dépendances brillent d’une douce lueur chaleureuse, la pierre scintillante ressort sur le bleu de l’eau. Des marcheurs, à la recherche d’un salon de thé, se délectent du spectacle qu’offre le jardin à l’arrière – les champs de céréales touffues, les vaches au ventre bien rond, les surfeurs chevauchant des moutons dans la baie. Puis ils entendent le chant. Une mélodie sublime, si constante et si irrépressible qu’elle a donné au lieu son surnom. Ce n’est plus Polblazey, mais Skylark Farm, la « ferme de l’alouette ».

Déjà lu du même auteur :

la meilleure d'entre nous La meilleure d’entre nous

voisinsvoisines2_2018Angleterre

 Petit bac 2018Lieu (4)

Les loyautés – Delphine de Vigan

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – mars 2018 – 4h07 – Lu par Marie Bouvier, Odile Cohen, Olivier Martinaud

JC Lattès – janvier 2018 – 208 pages

Quatrième de couverture :
« Chacun de nous abrite-t-il quelque chose d’innommable susceptible de se révéler un jour, comme une encre sale, antipathique, se révélerait sous la chaleur de la flamme ? Chacun de nous dissimule-t-il en lui-même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ? »

Auteur : Delphine de Vigan est notamment l’auteure de No et moi et de Rien ne s’oppose à la nuit. Son dernier roman, D’après une histoire vraie, a obtenu le Prix Renaudot et le Prix Goncourt des lycéens et la version audio, lue par Mariane Épin, a été récompensée par le Prix Audiolib 2016. Ses livres sont traduits dans le monde entier.

Lecteurs : Marie Bouvier est une comédienne éclectique que l’on peut voir au théâtre, au cinéma, où à la télévision. En 2009, elle a commencé à prêter sa voix pour l’émission Métropolis d’Arte, puis à de nombreux autres documentaires. On peut également l’entendre régulièrement dans les dramatiques de France Culture. Entré dans sa palette depuis 2015, le livre audio est devenu son pêché mignon.
Odile Cohen a commencé sa carrière au théâtre sous la direction de Robert Hossein et Daniel Mesguich. Elle est la voix française attitrée de Renée Zellweger, qui a incarné Bridget Jones au cinéma.
Comédien et metteur en scène, Olivier Martinaud a été formé au Conservatoire supérieur d’art dramatique. On le retrouve au cinéma, à la télévision pour Arte, et à la radio pour France Inter et France Culture, il prête également sa voix pour des émissions, documentaires et fictions.

Mon avis : (écouté en avril 2018)
J’ai écouté ce livre audio d’une traite, un dimanche après-midi. Cette histoire est dite à 4 voix. Celles d’Hélène Destrée, professeur principale dans un collège, ses élèves Théo Lubin et Mathis Guillaume âgés de 12 ans et demi et Cécile Guillaume, la mère de Mathis.
Hélène s’est aperçu que Théo allait de plus en plus mal. Ayant été elle-même battue dans son enfance, le comportement de Théo la renvoie à son enfance, elle est persuadée que Théo est victime de maltraitance. Sans preuve, sa hiérarchie lui interdit d’intervenir…
Théo est en garde alternée chez des parents qui ne communiquent plus du tout. Sa mère est toujours en colère contre son père. Son père n’a plus de travail et est en pleine dépression.
Mathis, le meilleur ami de Théo, vit dans un foyer uni.
Cécile est une femme traumatisée par ses origines et après 20 ans de mariage, elle découvre une part d’ombre de son mari.
Le lecteur est spectateur de cette histoire et de la détresse de ses différents personnages et des « loyautés » qui lient entre eux et les empêchent d’agir : loyauté de Théo vis à vis de son père, loyauté de Mathis pour Théo, loyauté de Cécile vis à vis de son fils, loyauté d’Hélène vis à vis de ses élèves ou de son travail…
L’histoire est forte et dérangeante, on ne peut qu’avoir de l’empathie pour Théo, Mathis, Hélène et Cécile.
Je regrette une conclusion de l’histoire un peu brutale, en plein action et je suis restée sur sa faim tellement la fin est ouverte…

Merci Pauline et Audiolib pour cette lecture inoubliable.

 

Extrait : (début du livre)
Les loyautés.
Ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres – aux morts comme aux vivants –, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d’ordre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de nos mémoires.
Ce sont les lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps, les valeurs au nom desquelles nous nous tenons droits, les fondements qui nous permettent de résister, les principes illisibles qui nous rongent et nous enferment. Nos ailes et nos carcans.
Ce sont les tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves.

HÉLÈNE

J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon de se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas. Les coups je les ai reçus quand j’étais gosse et les marques je les ai cachées jusqu’au bout, alors à moi, on ne me la fait pas. Je dis le gamin parce que franchement il faut les voir, les garçons, à cet âge-là, avec leurs cheveux fins comme ceux des filles, leur voix de petit poucet, et cette incertitude qui colle à leurs mouvements, il faut les voir s’étonner grands yeux écarquillés, ou se faire engueuler, mains nouées derrière le dos, la lèvre tremblotante, on leur donnerait le bon Dieu sans confession. Pourtant, il n’y a aucun doute, c’est à cet âge-là que ça commence, les vraies conneries.

Quelques semaines après la rentrée, j’ai demandé un entretien avec le Principal au sujet de Théo Lubin. Il a fallu que j’explique plusieurs fois. Non, pas de traces ni de confidences, c’était quelque chose dans l’attitude de l’élève, une sorte de claustration, une manière particulière de fuir l’attention. Monsieur Nemours a commencé par rire : fuir l’attention, mais n’était-ce pas le cas de la moitié de la classe ? Oui, bien sûr que je savais de quoi il parlait : cette habitude qu’ils ont de se tasser sur leur chaise pour ne pas être interrogés, de plonger dans leur sac ou de s’absorber soudain dans la contemplation de leur table comme si la survie de tout l’arrondissement en dépendait. Ceux-là, je les repère sans même relever les yeux. Mais cela n’avait rien à voir avec ça. J’ai demandé ce qu’on savait de l’élève, de sa famille. On devait bien pouvoir trouver quelques éléments dans le dossier, des remarques, un signalement antérieur. Le Principal a repris avec attention les commentaires rédigés sur les bulletins, plusieurs professeurs ont en effet observé son mutisme l’année dernière, mais rien de plus. Il me les a lus à voix haute, « élève très introverti », « il faut participer en classe », « bons résultats mais élève trop silencieux », et j’en passe. Les parents sont séparés, le gamin en garde alternée, rien que de très banal. Le Principal m’a demandé si Théo était lié avec d’autres garçons de la classe, je ne pouvais pas dire le contraire, ils sont toujours fourrés ensemble, tous les deux, ils se sont bien trouvés, même figure d’ange, même couleur de cheveux, même carnation claire, on croirait des jumeaux. Je les observe par la fenêtre quand ils sont dans la cour, ils forment un seul corps, farouche, une sorte de méduse qui se rétracte d’un coup lorsqu’on l’approche, puis s’étire de nouveau une fois le danger passé. Les rares moments où je vois Théo sourire, c’est quand il est avec Mathis Guillaume et qu’aucun adulte ne franchit leur périmètre de sécurité.

 

 

 

 

Ma Reine – Jean-Baptiste Andrea

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Audiolib – mars 2018 – 3h48 – Lu par Guillaume Jacquemont

L’Iconoclaste – août 2017 – 230 pages

Quatrième de couverture :
Shell n’est pas un enfant comme les autres. Il vit seul avec ses parents dans une station-service. Après avoir manqué mettre le feu à la garrigue, ses parents décident de le placer dans un institut. Mais Shell préfère partir faire la guerre, pour leur prouver qu’il n’est plus un enfant. Il monte le chemin en Z derrière la station. Arrivé sur le plateau derrière chez lui, la guerre n’est pas là. Seuls se déploient le silence et les odeurs de maquis. Et une fille, comme un souffle, qui apparaît devant lui : Viviane, la reine. Avec elle, tout s’invente et l’impossible devient vrai.

Auteur : Jean-Baptiste Andrea est né en 1971. Il est réalisateur et scénariste. Ma reine, publié chez L’Iconoclaste, est son premier roman.

Lecteur : Après une formation de comédien à l’E.S.C.A. du studio d’Asnières de 2014 à 2017, Guillaume Jacquemont joue dans Beaucoup de bruit pour rien de William Shakespeare mis en scène par Hervé Van der Meulen. En 2017, il reprend le rôle de Chérubin dans Le Mariage de Figaro, mis en scène par Jean-Paul Tribout, et joue dans Palestro mis en scène par Bruno Boulzaguet.

Mon avis : (écouté en avril 2018)

Shell est un garçon de 12 ans, « différent ». Il ne va plus à l’école et il vit avec ses parents qui tiennent une station service. Après avoir fait une grosse bêtise et faillit mettre le feu, il comprend que ses parents veulent l’éloigner. Aussi, pour prouver sa bravoure et qu’il est un homme, Shell décide de partir de chez lui vers les hauts plateaux situés autour de chez ses parents, pour aller faire la guerre. Mais nous sommes en 1965, en Provence, et derrière la montagne, il n’y a ni guerre, ni ennemi… Il fait seulement la rencontre de Viviane, une jeune fille mystérieuse, qui sera sa reine… Entre conte et poésie, cette histoire m’a laissée sur ma faim… Shell est un personnage attachant, mais j’ai fréquemment perdu le fil de l’histoire et j’étais perdue par certains passages que je ne reliais pas à l’histoire…
Cette lecture a donc été mitigée…

Extrait : (début du livre)
C’est le soleil qui m’a réveillé, il appuyait sur mes paupières avec ses pouces chauffés à blanc. J’ai mis un bras en travers de mes yeux pour continuer à dormir. Il y avait un grand calme autour de moi, juste le bruit de l’air qui poussait sur la terre, mais au milieu de ce calme, il y avait quelque chose d’autre, une forme sculptée par le vent, et j’ai fini par ouvrir les yeux.
Elle me regardait, assise sur le rocher, le menton sur les genoux et les bras autour. J’ai sursauté et elle aussi. On s’est regardés sans trop savoir quoi faire.
– J’ai cru que t’étais mort, elle a fini par dire.
Elle avait une drôle de voix rauque, une voix de femme qui n’allait pas avec son corps de fille. Elle était très mince, tellement qu’elle avait l’air de pouvoir se glisser entre deux rafales de vent sans déranger personne. Ses cheveux étaient courts et blonds avec une longue mèche sur le front, un genre de coupe de garçon. Mais ce sont ses yeux qui m’ont frappé, et quand je dis frappé j’ai vraiment eu l’impression de recevoir un coup, parce qu’ils avaient l’air en colère et que je n’avais rien fait.
J’ai répondu que non, je n’étais pas mort. Je voulais qu’elle me laisse tranquille, j’avais besoin de penser, c’était la première fois de ma vie que j’avais dormi loin de mes parents et il fallait que je réfléchisse pour comprendre ce que ça voulait dire, j’étais sûr que c’était important. Au lieu de me laisser tranquille, elle m’a regardé en fronçant les sourcils mais pas tout à fait comme le font les gens à qui je parle pour la première fois et qui ont toujours l’air étonné. Ça m’a énervé parce que c’était nouveau et que je n’aime pas trop ce qui est nouveau.
Elle m’a dit son nom alors que je ne lui avais rien demandé. Viviane. Quand j’ai voulu lui dire le mien, elle ne m’a pas laissé parler.
– Ça fait mal, ta figure ?
J’ai touché ma joue, c’était dur et râpeux là où j’avais frotté la falaise, ça piquait juste un peu. J’ai grogné. Ensuite elle a désigné mon blouson, mon beau blouson jaune avec les lettres rouges dans le dos.
– Shell, c’est un drôle de nom.
Et elle a éclaté de rire. C’était quelque chose de chouette, son rire, c’était frais et c’était agréable. Mais bon, je ne m’appelais pas Shell. Shell, c’est une marque d’essence et je lui ai dit. Elle s’en fichait, elle aimait Shell, n’importe quel autre nom m’irait moins bien, ce serait moche. Après ça je me voyais mal lui dire comment je m’appelais.
– C’est toi qui es moche, j’ai répondu à la place.
Sur le coup je n’ai pas trouvé mieux, et franchement c’était déjà bien envoyé. Tellement bien envoyé que Viviane a serré les dents, elle est descendue du rocher. J’ai cru qu’elle allait me sauter dessus. Je suis fort mais elle avait l’air vraiment en colère. Je n’étais pas très rassuré. Quand elle a parlé, sa voix m’a fait penser au vent.
– Je t’ai pas autorisé à parler, elle a dit.
– Je parle si je veux.
– Je te déteste.
– Moi aussi.
Elle a eu l’air de réfléchir, elle a regardé le ciel, puis la terre. Du bout du pied, elle a fait un petit trou dans la poussière.
– Tu fais quoi ?
J’ai respiré de toutes mes forces pour me faire plus gros.
– Je vais à la guerre.
– Quelle guerre ?
J’ai ricané. Quelle guerre? Elle ne regardait jamais la télé ?
– Celle de la télé.
– Pourquoi ?
Toutes ces questions, ça me fatiguait, j’avais l’impression de prendre une raclée sans qu’elle me touche.
– C’est comme ça, je lui ai répondu. Les hommes, ça va à la guerre.
Elle a craché par terre, et là non plus ça n’allait pas avec son corps de fille, mais ça allait avec la rage dans ses yeux. Elle m’a encore demandé :
– Pourquoi ?
– Pourquoi quoi ?
– Tu veux être un homme.
Je n’ai pas su quoi répondre. Ça n’a pas dérangé Viviane, elle a répondu pour moi.
– T’es un grand échalas d’imbécile. Voilà pourquoi.
Je ne connaissais pas échalas mais je connaissais imbécile, et ça ne m’a pas fait plaisir. J’ai serré les poings.
J’ai vu tout de suite que je lui avais fait peur. Autrefois j’allais à la chasse avec mon père, jusqu’au jour où le fils Martel avait été tué d’un mauvais coup de fusil parce qu’on l’avait pris pour un sanglier, et ma mère avait dit qu’elle ne voulait plus que j’y aille. Mais je me rappelais la tête d’un renard que les chiens avaient acculé, et Viviane faisait la même. J’ai tout de suite défait mes poings. Elle avait les larmes aux yeux. C’est idiot, mais ça m’a donné envie de pleurer aussi.
– Je te déteste, elle a répété.
– Je te déteste encore plus.
Elle a tourné le dos et elle est partie, et ça m’a presque soulagé de ne plus voir ses yeux. Plus loin, elle s’est retournée.
– Je reviendrai demain.
Je me suis mis à rire, des fois ça effrayait les gens quand je riais comme ça tellement c’était fort. Qu’est-ce qu’elle croyait ? Demain, je serais loin d’ici, je serais de l’autre côté du plateau, peut-être même déjà à la guerre. J’ai ouvert la bouche pour me moquer d’elle et j’ai dit :
– D’accord.

Petit bac 2018Animal (3)

Bakhita – Véronique Olmi

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Audiolib – mars 2018 – 13h11 – Lu par Véronique Olmi

Albin Michel – août 2017 – 464 pages

Quatrième de couverture :
Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion. Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres.  Bakhita  est le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte. Avec une rare puissance d’évocation, Véronique Olmi en restitue le destin, les combats incroyables, la force et la grandeur d’âme dont la source cachée puise au souvenir de sa petite enfance avant qu’elle soit razziée.

Auteur : Dramaturge, comédienne, nouvelliste et romancière, Véronique Olmi est l’auteure de nombreux succès, dont Bord de mer, Le Premier amour ou Cet été-là. Les Éditions Albin Michel ont publié trois de ses romans, Nous étions faits pour être heureuxLa nuit en vérité, J’aimais mieux quand c’était toi et deux pièces de théâtre, Une séparation et Un autre que moi. 

Mon avis : (écouté et lu en avril 2018)
Quelle histoire poignante que celle de Bakhita, esclave soudanaise devenue religieuse, et qui a été canonisée par le pape Jean-Paul II en 2000.
Bakhita est née au Darfour vers 1869. Elle avait alors un autre prénom dont elle n’a pas gardé le souvenir. A cinq ans, elle est confrontée pour la première fois à la violence lorsque sa sœur aînée est enlevée dans son village. Quelques années plus tard, c’est elle-même qui subit le même sort. Elle a sept ans, alors qu’elle s’est écartée de son village, elle est enlevée par deux hommes qui la vendront à des négriers, elle découvre alors la violence, les coups, les humiliations du monde des esclaves… Les premiers jours, elle espère que son père viendra la sauver, puis elle se raccroche à ses souvenirs de la vie d’avant pour résister et espérer un avenir meilleur. Il lui faudra attendre six années avant d’être acheté par Calisto Legnani, un Italien, consul à Khartoum. Elle arrivera à le convaincre de l’emmener en Italie où une nouvelle vie va s’ouvrir à elle.
L’histoire de Bakhita est une histoire vraie, l’auteur a su nous la raconter avec simplicité et beaucoup de sensibilité. Bakhita est admirable de bonté et d’amour. Dans sa simplicité d’âme, et malgré les horreurs qu’elle a du subir et traverser, elle a toujours gardé espoir et fait le bien autour d’elle. Son histoire a encore une résonance avec ce qui se passe de nos jours, migrants, esclavage moderne…
J’ai écouté ce livre en parti en version audio et en version papier. J’ai eu un peu de mal au départ avec le ton pris par l’auteur dans la version audio et en même temps j’étais captivé par le texte et l’histoire de Bakhita que je ne voulais pas lâcher.
J’ai beaucoup aimé l’entretien avec l’auteur en bonus du livre audio, c’est un complément formidable à la lecture du livre.

 

Extrait : (début du livre)
Elle ne sait pas comment elle s’appelle. Elle ne sait pas en quelle langue sont ses rêves. Elle se souvient de mots en arabe, en turc, en italien, et elle parle quelques dialectes. Plusieurs viennent du Soudan et un autre, de Vénétie. Les gens disent : « un mélange ». Elle parle un mélange et on la comprend mal. On doit tout redire avec d’autres mots. Qu’elle ne connaît pas. Elle lit avec une lenteur passionnée l’italien, et elle signe d’une écriture tremblante, presque enfantine. Elle connaît trois prières en latin. Des chants religieux qu’elle chante d’une voix basse et forte.

On lui a demandé souvent de raconter sa vie, et elle l’a racontée encore et encore, depuis le début. C’est le début qui les intéressait, si terrible. Avec son mélange, elle leur a raconté, et c’est comme ça que sa mémoire est revenue. En disant, dans l’ordre chronologique, ce qui était si lointain et si douloureux. Storia meravigliosa. C’est le titre de la brochure sur sa vie. Un feuilleton dans le journal, et plus tard, un livre. Elle ne l’a jamais lue. Sa vie, à eux racontée. Elle en a été fière et honteuse. Elle a craint les réactions et elle a aimé qu’on l’aime, pour cette histoire, avec ce qu’elle a osé et ce qu’elle a tu, qu’ils n’auraient pas voulu entendre, qu’ils n’auraient pas compris, et qu’elle n’a de toute façon jamais dit à personne. Une histoire merveilleuse. Pour ce récit, sa mémoire est revenue. Mais son nom, elle ne l’a jamais retrouvé. Elle n’a jamais su comment elle s’appelait. Mais le plus important n’est pas là. Car qui elle était, enfant, quand elle portait le nom donné par son père, elle ne l’a pas oublié. Elle garde en elle, comme un hommage à l’enfance, la petite qu’elle fut. Cette enfant qui aurait dû mourir dans l’esclavage a survécu, cette enfant était et reste ce que personne jamais n’a réussi à lui prendre.

Petit bac 2018Mot unique (3)

Couleurs de l’incendie – Pierre Lemaitre (livre audio)

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – janvier 2018 – 14h10 – Lu par Pierre Lemaitre

Albin Michel – janvier 2018 – 544 pages

Quatrième de couverture :
Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe.
Avec la participation de Zygmunt Mioszewski pour les mots lus en polonais.

Auteur : De Travail soigné à Sacrifices, ses cinq romans noirs couronnés par de nombreux prix ont valu à Pierre Lemaitre un succès critique et public exceptionnel. Avec Au revoir là-haut, Prix Goncourt 2013, puis Trois jours et une vie, il continue une œuvre littéraire qui confirme un grand écrivain. Il maîtrise l’art de construire des intrigues tenues par d’invisibles fils et des retournements spectaculaires.

Mon avis : (écouté en mars 2018)
J’ai adoré lire Couleurs de l’incendie, le deuxième tome de la trilogie commencée avec Au revoir là-haut, en version papier. La relecture en livre audio a été aussi plaisante que la première lecture, et lu par Pierre Lemaitre c’est un vrai plus !
Le personnage principal de cette histoire est Madeleine Péricourt. Nous sommes en février 1927 alors que les obsèques de Marcel Péricourt sont sur le point d’être célébrées. Dès les premières pages, Paul, le fils de Madeleine âgé de sept ans, va être l’acteur principal d’un événement spectaculaire… Madeleine va se retrouver seule à la tête des affaires de son père, mais étant une femme, elle n’a même pas le droit de signer un chèque. Elle est doit faire confiance aux banquiers proche de son père. Malheureusement, ceux-ci vont profiter de sa naïveté et rapidement elle sera trahie et perdra toute sa fortune. Lorsqu’elle va comprendre comment et par qui elle a été bernée, elle n’aura plus qu’une idée, se venger…
J’ai adoré lire ce roman d’aventure. Le contexte historique est évoqué avec le krach boursier, la montée du fascisme, les débuts de l’aviation, l’évasion fiscale, la situation de la femme dans les années 30…
Il y a une galerie de personnages des plus originaux et variés comme Joubert, le fondé de pouvoir et directeur de la banque, Léonce, l’employée de maison proche de Madeleine,  oncle Charles, le frère de Monsieur Péricourt, Vlady, la nurse polonaise de Paul, Solange, la diva italienne…
L’intrigue se construit comme un suspens avec des histoires parallèles et des rebondissements qui surprennent le lecteur, difficile de lâcher le roman…
Un troisième épisode est prévu pour achever cette trilogie, et j’en suis ravie !
La lecture de Pierre Lemaitre est vraiment réussie et son entretien en bonus est vraiment intéressant.

Merci Pauline et Audiolib pour ce livre audio épique et palpitant !

Extrait : (début du livre)
Si les obsèques de Marcel Péricourt furent perturbées et s’achevèrent même de façon franchement chaotique, du moins commencèrent-elles à l’heure. Dès le début de la matinée, le boulevard de Courcelles était fermé à la circulation. Rassemblée dans la cour, la musique de la garde républicaine bruissait des essais feutrés des instruments, tandis que les automobiles déversaient sur le trottoir ambassadeurs, parlementaires, généraux, délégations étrangères qui se saluaient gravement. Des académiciens passaient sous le grand dais noir à crépines d’argent portant le chiffre du défunt qui couvrait le large perron et suivaient les discrètes consignes du maître de cérémonie chargé d’ordonner toute cette foule dans l’attente de la levée du corps. On reconnaissait beaucoup de visages. Des funérailles de cette importance, c’était comme un mariage ducal ou la présentation d’une collection de Lucien Lelong, le lieu où il fallait se montrer quand on avait un certain rang.
Bien que très ébranlée par la mort de son père, Madeleine était partout, efficace et retenue, donnant des instructions discrètes, attentive aux moindres détails. Et d’autant plus soucieuse que le président de la République avait fait savoir qu’il viendrait en personne se recueillir devant la dépouille de « son ami Péricourt ». À partir de là, tout était devenu difficile, le protocole républicain était exigeant comme dans une monarchie. La maison Péricourt, envahie de fonctionnaires de la sécurité et de responsables de l’étiquette, n’avait plus connu un instant de repos. Sans foule des ministres, des courtisans, des conseillers. Le chef de l’État était une sorte de navire de pêche suivi en permanence de nuées d’oiseaux qui se nourrissaient de son mouvement.
À l’heure prévue, Madeleine était en haut du perron, les mains gantées de noir sagement croisées devant elle.
La voiture arriva, la foule se tut, le président descendit, salua, monta les marches et pressa Madeleine un instant contre lui, sans un mot, les grands chagrins sont muets. Puis il fit un geste élégant et fataliste pour lui céder le passage vers la chapelle ardente.

Déjà lu du même auteur : 

 robe_de_mari__ Robe de marié  Alex_cd Alex  9782226249678g Au revoir là-haut

114535989 Trois jours et une vie 81CwwZlg2xL Couleurs de l’incendie

Le jour d’avant – Sorj Chalandon

logoprixaudiolib2018

9782367624631-001-T 71vO6XPK27L

Audiolib – novembre 2017 – 7h59 – Lu par Stéphane Boucher

Grasset – août 2017 – 336 pages

Quatrième de couverture :
« Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

Auteur : Après trente-quatre ans à Libération, Sorj Chalandon est aujourd’hui journaliste au Canard enchaîné. Ancien grand reporter, prix Albert-Londres (1988), il est aussi l’auteur de sept romans, tous parus chez Grasset. Le Petit Bonzi (2005), Une promesse (2006 – prix Médicis), Mon traître (2008), La Légende de nos pères (2009), Retour à Killybegs (2011 – Grand Prix du roman de l’Académie française), Le Quatrième Mur (2013 – prix Goncourt des lycéens) et Profession du père (2015).

Lecteur : Stéphane Boucher est un comédien présent à la fois au cinéma, au théâtre et à la télévision. Il a notamment tourné avec Jacques Rivette, Jim Jarmush, Francis Veber… Au théâtre, il a travaillé entre autres avec Didier Long et John Malkovich.

Mon avis : (écouté en 2018)
Cette écoute est une relecture, en effet j’ai déjà lu en version papier le dernier roman de Sorj Chalandon.
Dans ce roman, l’auteur a voulu rendre hommage aux victimes de la catastrophe minière de Liévin dans le Pas de Calais en décembre 1974 où 42 mineurs ont trouvé la mort. Ils ne sont pas morts à cause de la fatalité mais à cause du profit.
Le narrateur, Michel, est frère de mineur, quarante ans après il veut venger les 42 morts et toutes les victimes de la mine. Il a vécu sa vie tout en gardant en lui cette colère et cette haine. Aussi, après la mort de sa femme, plus rien ne le retient, il va quitter son travail, vendre son logement et il revient chez lui, près de Lens et il se met à chercher l’homme dont il est persuadé qu’il est responsable de la mort de son frère. Un certain Lucien Dravel, responsable de la sécurité dans la mine et dont il a gardé une photo découpée dans le journal.
Michel est bien décidé à venger son frère et à punir cet homme. Et tant pis s’il a 80 ans, s’il est impotent et s’il est malade de silicose, il faut que justice soit faite.
Michel va surprendre le lecteur, le décevoir aussi… Il nous raconte une belle histoire, mais les belles histoires peuvent être trompeuses, car il y a également des parts d’ombres dans une belle histoire.
Vu la construction du roman et le retournement inattendu de la mi-roman, j’ai fait cette relecture avec un nouveau point de vue… J’ai cherché les indices annonciateurs, les détails que je n’avais pas vu à la première lecture…
J’ai autant aimé ce roman qu’à ma première lecture.
J’ai regretté l’absence d’entretien avec l’auteur en bonus du livre audio.

Extrait : (début du livre)
(Liévin, jeudi 26 décembre 1974)
Joseph, serré tout contre moi. Lui sur le porte-bagages, jambes écartées par les sacoches comme un cow-boy de rodéo. Moi penché sur le guidon, main droite agaçant la poignée d’accélération. Il était bras en l’air. Il chantait fort. Des chansons à lui, sans paroles ni musique, des mots de travers que la bière lui soufflait.
Les hurlements de notre moteur réveillaient la ville endormie.
Mon frère a crié.
— C’est comme ça la vie !
Jamais je n’avais été aussi fier.

*

J’avais conduit la mobylette de Jojo une seule fois avant cette nuit-là. En rond dans notre cour de ferme, comme un cheval de manège empêché par sa longe. Il avait acheté cette Motobécane pour remplacer la vieille Renault qu’il n’utilisait plus. Il ne réparait pas sa voiture, il la ranimait. Et la laissait vieillir le long du trottoir.
— On s’en servira le dimanche.

À vingt-sept ans, mon frère avait aussi abandonné son vieux vélo pour le cyclomoteur.
— La Rolls des gens honnêtes, disait-il aussi.
Contre une pièce de monnaie, je frottais les chromes, j’enlevais la boue qui piquetait les fourches, j’essuyais les phares, je graissais le pédalier. J’avais le droit de ranger les outils sous la selle. Tout le monde l’appelait « la Bleue ». Mon frère l’avait baptisée la Gulf, comme la Porsche 917 conduite par Steve McQueen dans Le Mans, un film que Jojo m’avait emmené voir en français au Majestic.
Steve McQueen jouait le pilote automobile Michael Delaney.
— Chez nous, Michael Delaney se dit Michel Delanet, m’avait expliqué mon frère.
J’étais sidéré. Delanet et moi avions le même prénom.
Steve McQueen était le héros américain de mon enfance. Je l’avais vu dans Les Sept Mercenaires, La Grande Évasion, Bullitt. J’imitais son sourire dans la glace, sa façon de froncer les sourcils. Au collège, lorsque quelqu’un me provoquait, je fermais les lèvres, comme lui. Je lui empruntais un peu de sa moue. Mon frère jurait que Steve McQueen et moi avions la même ombre sur le visage. Et que mon silence ressemblait au sien.
— C’est fou, il a tes yeux, avait-il encore murmuré.

Le Mans était un film étrange. Aucun scénario, une musique énervée. Cela ne ressemblait pas à du cinéma. Sauf le début. Une minute de silence, juste avant la course.

Déjà lu du même auteur :

Retour___Killybegs  Retour à Killybegs  mon_traitre_p Mon traître  le_petit_bonzi_p Le petit Bonzi  

la_l_gende_de_nos_p_res_p La légende de nos pères  sorj_chalandon_le_quatrieme_mur Le quatrième mur 

95082944 Le quatrième mur (audio) profession du père Profession du père

71vO6XPK27L Le jour d’avant (version papier)

Petit bac 2018Passage du temps (3)

La vie secrète des arbres – Peter Wohlleben

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Audiolib – novembre 2017 – 7h06 – Lu par Thibault de Montalembert

Les Arènes – mars 2017 – 260 pages

Les Arènes – octobre 2017 – 366 pages (édition illustrée)

Quatrième de couverture :
Dans ce livre plein de grâce, acclamé dans le monde entier, le forestier Peter Wohlleben nous apprend comment s’organise la société des arbres. Les forêts ressemblent à des communautés humaines. Les parents vivent avec leurs enfants, et les aident à grandir. Les arbres répondent avec ingéniosité aux dangers. Leur système radiculaire, semblable à un réseau internet végétal, leur permet de partager des nutriments avec les arbres malades mais aussi de communiquer entre eux. Et leurs racines peuvent perdurer plus de dix mille ans… Prodigieux conteur, Wohlleben s’appuie sur les dernières connaissances scientifiques et multiplie les anecdotes fascinantes pour nous faire partager sa passion des arbres.
Après avoir découvert les secrets de ces géants terrestres, par bien des côtés plus résistants et plus inventifs que les humains, votre promenade dans les bois ne sera plus jamais la même.

Auteur : Peter Wohlleben a passé plus de vingt ans comme forestier en Allemagne. Il dirige maintenant une forêt écologique. Son livre a été numéro un des ventes en Allemagne avec plus de 650 000 exemplaires vendus et est devenu un étonnant best-seller aux États-Unis, et maintenant en France. Il est traduit en 32 langues.

Lecteur : L’acteur Thibault de Montalembert, s’est illustré au cinéma dans des réalisations de B. Bonello, A. Desplechin, R. Bouchareb ou R. Warnier, au théâtre sous la direction de metteurs en scène tels que P. Chereau, L. Bondy et R. Planchon, ainsi qu’à la télévision, notamment dans la série Dix pour cent. Grand lecteur il a enregistré de nombreux titres pour Audiolib, dont Le Meilleur des mondes, Canada, Parle leur de batailles, de rois et d’éléphants (Grand Prix du livre audio Plume de Paon 2012) ou encore La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, Prix Audiolib 2013, Le Livre des Baltimore et Le Meurtre de Roger Ackroyd.

Mon avis : (écouté de février à mars 2018)
J’ai vraiment eu du mal à écouter dans la continuité ce livre audio. Les premières tentatives dans le train le matin ou dans mon lit le week-end ont eu pour résultats de me plonger dans le sommeil assez rapidement…
J’ai voulu persévérer car j’étais convaincue que le sujet du livre était intéressant. J’ai donc décidé de l’écouter de temps en temps pendant de courtes périodes, car si je ne suis pas dans les bonnes conditions (avec une attention maximum), je décroche très rapidement…
L’auteur nous transmet avec passion toutes ses connaissances sur la forêt et les arbres. Un monde très surprenant, on apprend que les arbres communiquent entre eux par les racines, ils s’entraident, ils se défendent contre les prédateurs en émettant des substances désagréables ou toxiques… « Les forêts ressemblent à des communautés humaines ».
Le contenu de ce livre est très intéressant, mais je ne conseillerai pas la version audio pour le découvrir…
J’aurai voulu faire tester ce livre audio à mon fils aîné passionné de nature, mais à ce jour, il n’a pas encore eu le temps de l’écouter…

 

 

Extrait : (début du livre)
Il y a longtemps de cela, alors que je parcourais l’une des anciennes réserves de hêtres de ma forêt, de curieuses pierres moussues ont attiré mon attention. J’étais assurément passé maintes fois à côté sans les remarquer, jusqu’à ce jour où je me suis arrêté et accroupi. Leur forme, en léger arc de cercle, était peu ordinaire. En soulevant un peu la mousse, je mis au jour de l’écorce. Ce que je croyais être des pierres était en fait du vieux bois. Le bois de hêtre pourrissant habituellement en l’espace de quelques années sur un sol humide, la dureté du morceau que j’examinais m’étonna. Surtout, je ne pouvais pas le soulever, il était solidement ancré dans le sol. Je grattai alors un petit morceau de cette écorce avec un canif et découvris une couche verte. Verte ? Cette couleur n’apparaît que lorsqu’il y a présence de chlorophylle, soit dans les feuilles fraîches, soit stockée sous forme de réserve dans les troncs des arbres vivants. Une seule explication était possible : ce morceau de bois n’était pas mort ! À y regarder de plus près, les autres « pierres » n’étaient pas disposées au hasard, mais formaient un cercle de 1,50 mètre de diamètre. Je me trouvais en présence des très anciens vestiges d’une immense souche d’arbre. Il ne subsistait que quelques fragments de ce qui avait jadis été l’écorce tandis que l’intérieur s’était depuis longtemps décomposé et transformé en humus, deux indices qui permettaient de conclure que l’arbre avait dû être coupé entre 400 et 500 ans auparavant. Mais comment était-il possible que des vestiges survivent aussi longtemps ? Les cellules se nourrissent de sucres, elles doivent respirer, se développer, ne serait-ce qu’un minimum. Or, sans feuilles, donc sans photosynthèse, c’est impossible. Aucun des êtres vivants de notre planète ne résiste à une privation de nourriture de plusieurs centaines d’années, et cela vaut aussi pour les vestiges d’arbres, du moins pour les souches qui ne peuvent compter que sur elles-mêmes. À l’évidence, ce n’était pas le cas de celle-ci.

Petit bac 2018Passage du Temps (2)

Underground Railroad – Colson Whitehead

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Audiolib – novembre 2017 – 10h45 – Lu par Aïssa Maïga

Albin Michel – août 2017 – 416 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Serge Chauvin

Titre original : The Underground Railroad, 2016

Quatrième de couverture :
Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord. De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, elle fera tout pour conquérir sa liberté. L’une des prouesses de Colson Whitehead est de matérialiser l’« Underground Railroad », le célèbre réseau clandestin d’aide aux esclaves en fuite qui devient ici une véritable voie ferrée souterraine, pour explorer, avec une originalité et une maîtrise époustouflantes, les fondements et la mécanique du racisme. À la fois récit d’un combat poignant et réflexion saisissante sur la lecture de l’Histoire, ce roman est une oeuvre politique aujourd’hui plus que jamais nécessaire.

Auteur : Né à New York en 1969, Colson Whitehead a été découvert en France avec la traduction de son premier roman, L’Intuitionniste. Ont suivi notamment Ballades pour John HenryLe Colosse de New York ou encore Apex ou le cache-blessure (publiés aux Éditions Gallimard), qui tous ont confirmé l’exceptionnel talent de Colson Whitehead à inventer de véritables machines romanesques, irriguées par une méditation sur les mythologies américaines, ainsi que par une réflexion très politique sur la question raciale. Avant d’être distingué par le prix Pulitzer, Underground Railroad avait déjà été récompensé par le National Book Award et élu « Meilleur roman de l’année 2016 » par la presse américaine. Salué par Barack Obama, le livre connaît depuis sa parution un succès phénoménal dans le monde entier comme en France.

Lecteur : Née à Dakar, Aïssa Maïga arrive en France à l’âge de quatre ans et demi. Elle s’intéresse très jeune au cinéma et fait ses premiers pas sur les planches à quinze ans. Après une formation théâtrale elle se distingue dans de nombreux films tels que Les Poupées russes de Cédric Klapisch, L’un reste, l’autre part de Claude Berri, ou Je vais bien, ne t’en fais pas. Son rôle dans Bamako d’Abderrahmane Sissako, lui permet de décrocher une nomination pour le Meilleur Espoir Féminin aux Césars 2007. Récemment, on a pu la voir dans des films d’auteurs (L’Écume des jours, de Michel Gondry ; Code inconnu de Michael Haneke) ou dans des comédies (Prêt à tout, Il a déjà tes yeux).

Mon avis : (écouté en février 2017)
J’ai trouvé cette lecture passionnante et palpitante. Elle raconte l’histoire de Cora, une jeune esclave que 16 ans, qui vit depuis sa naissance dans une plantation de coton propriété des frères Randall, des maître blancs cruels et brutaux. Alors qu’elle n’avait que 10 ans, sa mère, Mabel, s’est enfuie du domaine en la laissant seule. Mabel n’a jamais été retrouvée. Cora a la rage de vivre et finit par accepter de s’évader avec un autre esclave Caesar pour emprunter « l’Underground Railroad », espoir de liberté.
Le lecteur suit le périple de Cora de la Georgie en Caroline du Sud, puis en Caroline du Nord, puis le Tennessee et l’Indiana, fuyant un chasseur d’esclaves lancé à ses trousses…
L’auteur est très bien documenté : il est question des mauvais traitements fait aux esclaves, les divers châtiments et humiliations, le racisme, les campagnes de stérilisation ou expérimentations médicales sur la population noire, des chasseurs d’esclaves, des affranchis…
C’est avec l’écriture de ce billet et en allant me documenter sur internet à propos du « chemin de fer clandestin », que j’ai découvert que l’auteur m’avait mystifiée en imaginant dans son histoire un vrai réseau ferrée souterrain et ses trains…
En réalité, le « chemin de fer clandestin » est mis sur pied au début du XIXe siècle par une communauté d’abolitionnistes établis surtout à Philadelphie. En quelques décennies, il devient un réseau dynamique bien organisé. C’est un réseau clandestin complexe de personnes et de refuges visant à aider les esclaves des plantations du Sud à recouvrer leur liberté au Nord.
Encore une fois, j’aurai dû mieux lire la quatrième de couverture pour comprendre que ce réseau ferrée souterrain était comme une parabole sortie de l’imagination de l’auteur…
La lectrice a une voix douce et très agréable qui contraste avec la violence de cette histoire. Une belle histoire bien documentée qui donne à réfléchir et à ne pas oublier. Malheureusement, il y a également une résonance avec l’actualité puisque encore aujourd’hui il existe des esclaves…

Extrait : (début du livre)
La première fois que Caesar proposa à Cora de s’enfuir vers le Nord, elle dit non.

C’était sa grand-mère qui parlait à travers elle. La grand-mère de Cora n’avait jamais vu l’océan jusqu’à ce jour lumineux, dans le port de Ouidah, où l’eau l’avait éblouie après son séjour dans les cachots du fort. C’est là qu’ils avaient été parqués en attendant les navires. Des razzieurs dahoméens avaient d’abord kidnappé les hommes, puis étaient revenus au village à la lune suivante rafler les femmes et les enfants, qu’ils avaient fait marcher de force jusqu’à la mer, enchaînés deux par deux. En fixant le seuil noir, Ajarry crut qu’elle allait retrouver son père dans ce puits de ténèbres. Les survivants de son village lui expliquèrent que lorsque son père n’était plus parvenu à tenir le rythme, les marchands d’esclaves lui avaient défoncé la tête et avaient abandonné son corps sur le bord de la piste. Sa mère était morte bien des années plus tôt.
La grand-mère de Cora fut revendue plusieurs fois sur le chemin du fort, passant d’un marchand à un autre, troquée contre des cauris et de la verroterie. Impossible de dire combien on paya pour elle à Ouidah, car elle fit partie d’une vente en gros, quatre-vingt-huit âmes contre soixante caisses de rhum et de poudre, un prix arrêté après les marchandages habituels en sabir d’anglais. Les hommes valides et les femmes fertiles rapportaient plus que les juvéniles, ce qui rendait difficile une estimation individuelle.
La Nanny, en provenance de Liverpool, avait déjà fait deux escales sur la Côte-de-l’Or. Le capitaine échelonnait ses achats pour ne pas se retrouver confronté à une cargaison d’origine et de mentalité identiques. Dieu sait quelle mutinerie ses captifs risqueraient de concocter s’ils partageaient une langue commune. C’était la dernière escale du navire avant sa traversée de l’Atlantique. Les marins aux cheveux jaunes y conduisirent Ajarry à la rame en fredonnant. La peau blanche comme de l’os.

Petit bac 2018Moyen de Transport (2)