Dans l’ombre du paradis – Viveca Sten

81ff9zlGX-L Albin Michel – mai 2019 – 432 pages

traduit du suédois par Rémi Cassaigne

Titre original : I maktens skugga, 2014

Quatrième de couverture :
Nora Linde, désormais en poste à l’Agence de Lutte contre la Criminalité Financière,  profite de ses vacances à Sandhamn avec son compagnon Jonas et leur fille de quatre ans Julia. Mais l’idylle estivale est vite troublée par l’arrivée de Carsten Larsson, un requin de la finance engagé dans des affaires troubles en Russie. Larsson a acheté la belle et grande plage au sud de l’île, et la villa de luxe qu’il y a fait bâtir éveille les rancœurs des insulaires. Le soir de la pendaison de crémaillère, une partie de la villa prend feu et on découvre un cadavre dans les décombres. Nora Linde n’a d’autre choix que de solliciter son meilleur ami et collaborateur,  Thomas Andreasson, pourtant en plein doute après vingt ans de métier. Incapable de lui refuser son aide, Thomas s’attaque à une nouvelle affaire…

Auteur : Viveca Sten vit près de Stockholm avec son mari et leurs trois enfants. Après une brillante carrière juridique, elle s’est lancée dans l’écriture. Sa série mettant en scène l’inspecteur Thomas Andreasson et Nora Linde sur l’île de Sandhamn connaît un immense succès en Suède et est traduite dans une douzaine de langues à travers 25 pays. L’adaptation télévisée de la série a été un des plus forts taux d’audience en Suède, et les premières saisons diffusées sur Arte ont réuni des millions de téléspectateurs.

Mon avis : (lu en juillet 2019)
J’ai toujours plaisir à retrouver l’île de Sandhamn, et le duo formé par Nora Linde et l’inspecteur Thomas Andreasson. Pour « cet épisode », contrairement à d’habitude, j’ai vu sa version télévisée début avril sur Arte avant de me plonger dans le livre…
Carsten Jonsson, homme d’affaires suédois vivant à l’étranger, vient de construire une magnifique maison au bord de l’eau, sans respecter les règles ancestrales de l’île de Sandhamn et ses voisins. Riche et sans scrupule, il organise une grosse fête bien arrosée pour la pendaison de crémaillère et il invite plus de 150 personnes, ceux qui comptent sur Sandham. Dans la nuit suivant la fête, une dépendance de la villa part en fumée et l’on découvre sur les lieux du sinistre un corps carbonisé… Thomas Andreasson et Aram sont appelés pour l’enquête. Nora qui a participé à la fête avec Jonas, son compagnon, va être d’une grande aide pour faire avancer l’enquête. Mais après vingt ans de métier, Thomas est en plein doute qu’en à son avenir dans la police.
L’arrogance de Carsten Jonsson n’est pas du goût de tout le monde, certains voisins souhaiteraient vraiment qu’il quitte l’Île avec sa famille… Sans compter les affaires, Carsten Jonsson n’a-t-il pas été imprudent de faire appel à des Russes ?
L’enquête bien construite va permettre au lecteur de découvrir les différents protagonistes et d’avancer vers sa résolution. L’ambiance insulaire est toujours très plaisante, je suis devenue une inconditionnelle de cette série !

Extrait : (début du livre)
Maria Svedin attendait dans le spacieux vestibule, tandis que Celia Jonsson aidait Oliver à enfiler la veste de l’uniforme bleu marine de l’école. Maria dansait d’un pied sur l’autre, inquiète. Fallait-il aller chercher le cartable d’Oliver, resté dans sa chambre ? Difficile de savoir ce que voulait Celia.
Celia vint à bout du dernier bouton luisant de la veste d’Oliver et chassa une mèche sombre de son visage avant de se redresser.
« Maria, dit-elle avec son fort accent. Tu conduiras Oliver à l’école ? J’ai autre chose à faire aujourd’hui. Tu peux prendre la voiture de Carsten, il est allé à pied au bureau. »
Cette demande surprit Maria. D’habitude, Celia déposait toujours son fils à l’école le matin, mais on voyait qu’elle était tendue, des poches sombres cernaient ses yeux et sa bouche était crispée.
Hier soir, Maria avait entendu des éclats de voix. L’appartement avait beau être vaste et sa chambre à l’opposé de celles de la famille, elle n’avait pas pu éviter d’entendre leur colère à travers les cloisons. La dispute semblait porter sur le projet de Carsten d’avoir une maison de vacances en Suède.
« Maria ? » fit à nouveau Celia.
La jeune fille hocha la tête et se dirigea vers l’entrée de l’appartement. L’ascenseur montait jusqu’à l’étage de la famille. Elle appuya plusieurs fois sur le bouton pour montrer à Celia qu’elle s’activait.
Elle aurait préféré être dispensée de conduire Oliver, pas encore très à l’aise avec la conduite à gauche dans Londres. Et les ronds-points la rendaient nerveuse.
Celia ne remarqua pas ses hésitations. Ou ne s’en soucia pas.
« Si tu vas chercher la voiture au garage, je descends avec Oliver d’ici quelques minutes, continua-t-elle. Je veux chercher ses nouveaux gants. »
On dit : « Je vais chercher », pas : « Je veux chercher », pensa Maria, sans rien faire pour la corriger.
Elle enfila son blouson et se tourna vers l’entrée.

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Déjà lu du même auteur :

la_reine_de_la_baltique La Reine de la Baltique 9782226259776g Du sang sur la Baltique

9782226317148g Les nuits de la Saint-Jean 110752618 Les secrets de l’île
116631134 Au cœur de l’été 51zvmU31TnL Retour sur l’île

 

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Octobre – Søren Sveistrup

71hvONnWQ3L Albin Michel – février 2019 – 640 pages

traduit du danois par Caroline Berg

Titre original : Kastanjemanden, 2018

Quatrième de couverture :
Début octobre, dans la banlieue de Copenhague, la police découvre le cadavre d’une femme amputée d’une main. À côté du corps, un petit bonhomme fabriqué à partir de marrons et d’allumettes. Chargés de l’enquête, la jeune inspectrice Naia Thulin et l’inspecteur Mark Hess découvrent vite que cette figurine est porteuse de mystérieuses empreintes : celles de la fille de Rosa Hartung, ministre des Affaires Sociales, enlevée un an plus tôt et présumée morte.
Thulin et Hess explorent toutes les pistes qui leur révéleraient un lien entre la disparition de la fille de la ministre et la victime à la main coupée. Lorsqu’une autre femme est tuée, selon le même mode opératoire, ils comprennent que le cauchemar ne fait que commencer…

Auteur : Né en 1968, Søren Sveistrup est le créateur, scénariste et producteur de plusieurs séries, dont la série culte The Killing qui a notamment reçu le BAFTA 2011 de la meilleure série internationale et qui a réuni près de 600 000 téléspectateurs français lors de sa diffusion.Il a plus récemment écrit des scripts pour des longs métrages, par exemple pour l’adaptation de Le Bonhomme de neige de Jo Nesbø.

Mon avis : (lu en juin 2019)
« Octobre » est le premier roman de Søren Sveistrup, le créateur de la série « The Killing » que j’avais beaucoup aimé.
Un corps amputé d’une main est découvert avec à côté la présence d’un petit bonhomme en marrons et allumettes. La police scientifique découvre sur le bonhomme en marron les empreintes digitales de Kristin Hartung, la fille de Rosa Hartung, ministre des Affaires Sociales, enlevée un an plus tôt et présumée morte. Linus Bekker a été arrêté et a avoué le meurtre, mais le corps de la fillette n’a jamais été retrouvé. L’enquête a pourtant été close.
La nouvelle enquête est donnée à Naia Thulin et Mark Hess, un duo qui se trouvent associés malgré eux.  Naia Thulin est une jeune inspectrice ambitieuse, qui rêve d’intégrer le NC3, service d’élite spécialisé dans la cybercriminalité. Mark Hess travaille pour Europol à La Haye, il se trouve sous le coup d’une suspension, il est donc « puni » dans ce commissariat de la banlieue de Copenhague. Ils sont sous l’autorité de Nylander, qui a « résolu » l’affaire Kristin Hartung et qui n’a aucune envie que cette précédente enquête soit ré-ouverte…
Une intrigue construite avec beaucoup d’intelligence et de précision, ancrée dans l’actualité politique et sociale du Danemark.
Une enquête captivante avec de nombreux rebondissements, plusieurs autres meurtres, peut-être un peu trop sanguinolent à mon goût mais le duo d’inspecteurs est attachant et j’espère les retrouver dans de nouvelles enquêtes…

Extrait : (début du livre)
Les feuilles mortes tombent doucement dans la lumière du soleil, sur la route humide qui coule au milieu de la forêt comme un fleuve à la surface noire et lisse. Elles s’élèvent en un bref tourbillon au passage de l’éclair blanc de la voiture de police, puis se posent sur les tas agglutinés de part et d’autre de la route.
Marius Larsen lève le pied dans le virage, notant au passage qu’il va devoir rappeler au service de la voirie d’envoyer la balayeuse jusqu’ici. Quand les feuilles restent trop longtemps sur la chaussée, elles réduisent l’adhérence des véhicules et cela peut coûter des vies. Marius le leur a dit et répété. Il est dans la police depuis quarante et un ans, à la tête du commissariat depuis dix-sept, et tous les ans, quand l’automne arrive, il est obligé de le leur redire. Mais ce ne sera pas pour aujourd’hui, parce que aujourd’hui, il doit se concentrer sur la conversation.
Marius Larsen tripote, agacé, les boutons du poste de radio sans parvenir à trouver la station qu’il cherche. Il tombe uniquement sur des émissions d’information, dans lesquelles on ne parle que de Gorbatchev, de Reagan et de la potentielle chute du mur de Berlin. Il paraît que c’est imminent et que l’événement marquera peut-être le commencement d’une nouvelle ère.
Il y a longtemps qu’il aurait dû lu parler, mais il ne pouvait pas s’y résoudre. Sa femme pense qu’il va prendre sa retraite dans une semaine. Il est temps qu’il lui dise la vérité. À savoir qu’il ne peut pas se passer de son travail. Il a réglé toutes les questions administratives, mais reporté la date. Il n’est pas encore prêt à prendre racine sur le canapé d’angle devant La Roue de la fortune, à ratisser le jardin avec elle et à jouer à la bataille avec leurs petits-enfants.
Marius n’est pas inquiet à l’idée de lui avouer sa décision, mais il sait qu’elle aura de la peine. Elle se sentira trahie et se lèvera de table pour aller récurer les fourneaux dans la cuisine, puis elle lui tournera le dos pour lui dire qu’elle comprend. Alors que ce n’est pas vrai. C’est pour différer un peu cette conversation avec sa femme que, lorsqu’il a entendu l’appel sur le canal de la police, il y a dix minutes, il a dit qu’il s’en chargerait. En temps normal, il aurait fait à contrecœur ce long trajet dans les bois jusqu’à la ferme d’Ørum pour lui demander de tenir ses bêtes. Ce n’est pas la première fois que ses vaches et ses porcs défoncent les clôtures et s’égaillent dans les champs du voisin jusqu’à ce que Marius ou l’un de ses collègues vienne lui remonter les bretelles. Mais cette fois, il était plutôt content de la diversion. Il a bien sûr commencé par demander au poste de garde qu’on prévienne Ørum chez lui ainsi que sur son deuxième lieu de travail, au débarcadère du ferry-boat, mais comme le fermier ne répondait ni à un endroit ni à l’autre, il a pris la route.

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La cage dorée – Camilla Läckberg

81I8cUUwywL Actes Sud – avril 2019 – 343 pages

traduit du suédois par Rémi Cassaigne

Titre original : En bur av guld, 2019

Quatrième de couverture :
Un mari parfait, une fille adorable et un appartement de luxe dans l’un des quartiers les plus chics de Stockholm, Faye semble tout avoir. Mais de sombres souvenirs de son enfance à Fjällbacka la hantent et elle se sent chaque jour un peu plus prisonnière d’une cage dorée. La femme forte et ambitieuse qu’elle était autrefois a tout abandonné pour Jack. Lorsqu’il la trahit, son univers s’effondre. Du jour au lendemain, elle se retrouve sans rien. D’abord complètement anéantie, elle décide de rendre coup pour coup et se met à échafauder une vengeance impitoyable. Retraçant le destin poignant d’une femme trompée et exploitée qui prend sa vie en main, La Cage dorée est un cocktail palpitant de trahison, de rédemption et de vengeance.

Auteur : Camilla Läckberg est l’une des auteures les plus lues au monde. Les dix livres de la série Fjällbacka se sont vendus à plus de vingt-trois millions d’exemplaires dans soixante pays. C’est également une femme d’affaires et l’une des fondatrices de la société d’investissement Invest in Her qui lutte contre les écarts de salaires entre hommes et femmes et s’engage auprès de femmes entrepreneuses. Avec La Cage dorée, Camilla Läckberg franchit un nouveau palier dans sa carrière d’écrivaine en menant en scène une protagoniste inoubliable et en délivrant un message ouvertement féministe.

Mon avis : (lu en juin 2019)
J’ai été déçue par cette lecture car j’avais l’impression d’avoir déjà lu cette histoire ou d’autres très proches…
Faye vit avec Jack, un mari parfait et son adorable petite fille à Stockholm dans l’un des quartiers les plus chics. Jeune femme intelligente et ambitieuse, elle s’est sacrifiée pour Jack, elle a abandonné ses études pour travailler et permettre à son mari de créer son entreprise, elle s’y ait également investie. Puis, à la naissance de leur fille, elle s’est totalement consacrée à élever son enfant et à tenir son foyer. Faye commence à se sentir à l’étroit dans sa « cage dorée », totalement dépendante de son mari…  Et voilà, que Faye découvre que Jack la trompe et Jack demande alors le divorce et abandonne son épouse sans aucune ressource. Après une profonde dépression, Faye réagit et reprend sa vie en main, bien décidée à  se venger… 
Cette lecture n’a pas été désagréable, mais je n’ai pas été surprise par cette intrigue caricaturale et le personnage de Faye ne m’a pas touché… Je regrette Erica Falk et Fjällbacka. 

Extrait : (début du livre)
Julienne dormait enfin. Ses cheveux étalés sur l’oreiller rose. La respiration calme. Faye lui caressa la joue doucement pour ne pas la réveiller.
Jack devait rentrer ce soir de son voyage d’affaires à Londres. Ou Hambourg ? Faye ne se souvenait plus. Il rentrerait fatigué et stressé, mais elle veillerait à ce qu’il se détende comme il faut.
Elle referma précautionneusement la porte de la chambre de Julienne, se glissa dans l’entrée pour vérifier si la porte était verrouillée. Dans la cuisine, elle passa la main sur la surface du plan de travail. Trois mètres de marbre veiné de vert. Carrare, bien sûr. Malheureusement très peu pratique : la surface poreuse du marbre absorbait tout comme une éponge, et présentait déjà quelques vilaines taches. Mais pour Jack, il n’avait pas été question de choisir plus fonctionnel. La cuisine de l’appartement de Narvavägen avait coûté presque un million, et on n’avait mégoté sur rien.
Faye attrapa une bouteille d’amarone et posa un verre sur le plan de travail. Bruit du verre sur le marbre, glouglou du vin – un concentré de ses soirées à la maison, quand Jack n’était pas là. Elle versa le vin précautionneusement, pour qu’il n’y ait pas de nouvelles taches à la surface blanche du marbre, et ferma les yeux en portant le verre à sa bouche.
Elle baissa la lumière et gagna l’entrée, où trônaient les portraits en noir et blanc de Jack, Julienne et elle. Pris par Kate Gabor, la photographe officieuse de la cour, qui, chaque année, faisait de fabuleuses images des enfants de la famille royale jouant dans les feuilles mortes en habits blancs amidonnés. Jack et elle avaient choisi des photos estivales. Ils étaient gais et détendus, au bord de l’eau. Julienne entre eux, ses cheveux blonds au vent. Vêtements blancs, bien sûr. Elle une simple robe en coton Armani, Jack chemise et pantalon retroussé Hugo Boss, Julienne une robe en dentelle de la collection enfants de Stella McCartney. Ils s’étaient disputés juste avant de prendre ces photos. Elle ne se rappelait pas à quel sujet, juste que c’était sa faute. Mais rien de leur mésentente ne transparaissait sur le portrait.
Faye monta l’escalier. Hésita devant la porte du bureau de Jack, puis l’ouvrit. La pièce était située dans une tour, avec vue panoramique. Un agencement unique pour un bien unique, comme l’avait dit l’agent immobilier en leur faisant visiter l’appartement, cinq ans plus tôt. Elle avait alors Julienne dans le ventre et la tête pleine d’espoirs lumineux pour l’avenir.

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Déjà lu du même auteur :

la_princesse_des_glaces La Princesse des glaces  le_pr_dicateur Le Prédicateur

le_tailleur_de_pierre Le Tailleur de pierre l_oiseau_de_mauvais_augure L’Oiseau de mauvais augure

l_enfant_allemand L’Enfant allemand cyanure Cyanure la_sir_ne La Sirène

9782330018962  Le gardien de phare  la faiseuse d'ange La faiseuse d’anges

le dompteur des lions Le dompteur de lions  La_sorciere La sorcière

Derniers mètres jusqu’au cimetière – Antti Tuomainen

71Sg3yS3UVL Fleuve éditions – février 2019 – 320 pages

traduit du finnois par Alexandre André

Titre original : Mies joka kuoli, 2016

Quatrième de couverture :
À 37 ans, Jaakko a tout pour être heureux.
Jusqu’au jour où, lors d’une simple visite médicale, il apprend qu’il va bientôt mourir. La raison de ce triste verdict : quelqu’un l’empoisonne depuis longtemps à son insu.
Alors que cette annonce aurait suffi pour faire de cette journée la pire de sa vie, Jaakko n’est pas au bout de ses surprises.
En rentrant chez lui, il découvre sa femme sur la chaise longue du jardin en plein ébat avec le livreur de leur entreprise. Trop, c’est trop !
Jaakko décide d’utiliser les derniers jours qui lui restent pour enquêter lui-même sur son empoisonnement. Et nombreux sont ceux à avoir un mobile pour tuer celui qui est l’heureux propriétaire d’une société hautement rentable et spécialisée dans la culture d’un champignon : le matsutake. Une espèce particulière qui pousse en Finlande et dont les Japonais raffolent au point de l’acheter à des prix déraisonnables !
Le chemin de la vérité sera parsemé de morts, qui n’empêcheront pas Jaakko de garder en tête le plus important : c’est surtout dans les derniers mètres jusqu’au cimetière qu’il faut profiter de chaque instant.

Auteur : Antti Tuomainen, né en 1971, est l’un des auteurs les plus lus en Finlande. Ses romans ont été traduits dans plus de 25 langues. Couronné « Le Roi d’Helsinki Noir », il a gagné le cœur des lecteurs et des critiques avec ce dernier roman, au style perçant et évocateur.

Mon avis : (lu en juin 2019)
Digne compatriote d’Arto Paasilinna, Antti Tuomainen nous entraîne dans une intrigue originale, palpitante et déjantée…
Jaakko, le narrateur de cette histoire, le propriétaire d’une société spécialisée dans la culture d’un champignon : le matsutake. Une espèce qui pousse en Finlande et dont les Japonais sont très friands et qui l’achètent à des prix déraisonnables !
Jakko vient d’apprendre qu’il va bientôt mourir, car il est empoisonné à son insu depuis quelques temps. Jakko est sonné par cette mauvaise nouvelle et doit l’annoncer au plus vite à sa femme. Mais lorsqu’il arrive chez lui, il surprend sa femme dans les bras de son employé. Qui donc a intérêt à le voir mourir ? Jakko est bien décidé à découvrir qui cherche à l’assassiner et il va profiter de ces derniers jours pour mener l’enquête… En polar et humour noir, le lecteur n’est pas au bout de ses surprises et même si certaines situations sont parfois un peu exagérées et pas toujours crédibles, j’ai passé un très bon moment de lecture !

Extrait : (début du livre)
— Vous avez bien fait de nous fournir un échantillon d’urine.
Le visage allongé du médecin assis derrière le bureau respire le sérieux et la gravité. La monture sombre de ses lunettes souligne le bleu de ses yeux et sa manière de fixer son interlocuteur.
— Cela…, commence-t-il, cela requiert quelques explications. J’ai été en contact avec mes collègues de Kotka et de Helsinki. Ce qu’ils disent correspond sur toute la ligne à ce que nous pouvons déjà en conclure. Nous n’aurions rien pu faire, même si nous l’avions décelé lors de votre visite précédente. Comment vous sentez-vous ?
Je hausse les épaules. Je répète les mêmes informations que la fois précédente, en y ajoutant les derniers symptômes. Tout a commencé subitement avec de fortes nausées qui m’ont littéralement fauché. Mon état s’est ensuite amélioré, mais pour un instant seulement. Par moments, je me sens si faible que je crains de m’évanouir. Je suis pris de quintes de toux. La nuit, le stress me tient éveillé. Quand je m’endors enfin, je fais des cauchemars. J’ai souvent mal à la tête, comme si je me prenais des coups de couteau derrière les yeux. J’ai la gorge sèche en permanence. Les vomissements ont repris et surgissent sans crier gare.
Et ce, au moment précis où notre entreprise se prépare à la période la plus cruciale de l’année, au plus grand défi et à l’effort le plus important de son existence.
— En effet, dit le praticien en hochant la tête. En effet.
Je ne relève pas. Il marque une pause avant de poursuivre.
— Il ne s’agit pas des symptômes d’une méchante grippe qui se serait éternisée, comme nous l’avions supposé au début. Sans l’échantillon urinaire, nous n’aurions rien pu élucider. Il nous a beaucoup appris et nous a poussés à faire une IRM. Le résultat nous a permis d’avoir une vision d’ensemble. Il se trouve que vos reins, votre foie et votre pancréas, autrement dit, vos organes vitaux, sont gravement endommagés. D’après ce que vous me dites, j’en conclus aussi que votre système nerveux central est déjà atteint. Il se peut que vous souffriez de lésions cérébrales. Tout cela est la conséquence directe de l’empoisonnement que nous avons décelé grâce à l’analyse d’urine. La toxicité, à savoir, la quantité de poison, est telle qu’elle rendrait malade même un hippopotame.

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Hamish Macbeth, tome 1 : Qui prend la mouche – M.C. Beaton

81OT4JnMMqL Albin Michel – avril 2019 – 252 pages

traduit de l’anglais par Karine Guerre

Titre original : Death of a Gossip, 1985

Quatrième de couverture :
Policier du petit village de Lochdubh situé au beau milieu des Highlands en Écosse, Hamish Macbeth manque totalement d’ambition professionnelle mais il peut cependant compter sur son intuition naturelle pour mener à bien ses enquêtes. Ses qualités lui seront bien utiles quand le corps sans vie de Lady Jane Winters, langue de vipère notoire et participante au stage de pêche à la mouche du village, est retrouvé dans la rivière.
Secondé par la délicieuse Priscilla Halburton-Smythe, Hamish s’immerge en eaux troubles pour démasquer l’assassin.

Auteur : Née en 1936 à Glasgow, M.C. Beaton, après avoir été libraire puis critique de théâtre, journaliste et éditrice, a finalement pris la plume pour devenir auteur à succès figurant parmi les plus lus de Grande Bretagne. Elle a notamment écrit deux séries de romans policiers best-seller, la saga des Hamish MacBeth et la série des Agatha Raisin.  

Mon avis : (lu en juin 2019)
Une nouvelle série de M.C. Beaton avec Hamish MacBeth, une série antérieure à la série Agatha Raisin. Hamish Macbeth est l’unique policier du petit village de Lochdubh situé à l’extrême nord-ouest de l’Écosse, dans les Highlands. Un policier qui n’a pas beaucoup de travail, en général, le braconnage et les beuveries du week-end. Et avec diplomatie, Hamish règle la plupart des conflits à l’amiable. Physiquement Hamish MacBeth est grand, maigre, son uniforme est trop court et ses cheveux roux flamboyant dépassent de son képi… C’est l’aîné d’une fratrie de sept enfants, et Hamish était devenu policier non pas par vocation, mais pour aider financièrement ses parents agriculteurs.
Ce premier tome nous fait découvrir la pêche à la mouche lors du stage organisé John Cartwright et son épouse Heather. Pour cette cession les participants sont très variés, un couple de New-Yorkais, Mr et Mrs Roth, une jeune fille londonienne, Alice Wilson, lady Winters, veuve, Charlie Baxter, un garçon de douze ans, hébergé chez sa tante pendant la durée du stage, Jeremy Blyth venant de Londres, Daphné Gore d’Oxford et un commandant à la retraite, le major Peter Frame. Nous allons suivre avec eux les différents apprentissages et les relations qui se nouent entre les stagiaires… En particulier, le caractère fort et désagréable de lady Winters avec à peu près tout le monde… Chacun à ses petits secrets et lorsqu’un beau matin, le corps sans vie de Lady Jane Winters est découvert dans un étang, de nombreux présumés coupables sont possibles…
Hamish n’est pas dépourvu d’intuition et son sens de l’observation va l’aider à découvrir le coupable.
Cette nouvelle série est très amusante, Hamish MacBeth est un personnage attachant et j’ai très envie de continuer à le découvrir un peu plus dans les futurs tomes de la série…

Extrait : (début du livre)
« Je déteste les lundis, déclara John Cartwright d’un ton plaintif. Accueillir un nouveau groupe de stagiaires me fait l’effet de monter sur scène. Et puis, j’ai toujours l’impression de devoir m’excuser d’être anglais. Les gens qui viennent jusqu’au fin fond des Highlands s’attendent forcément à ce que l’animateur du stage de pêche à la mouche soit un grand roux en kilt avec un accent écossais à couper au couteau et des formules poétiques plein la bouche, tu ne crois pas ?
– Calme-toi, répliqua Heather, son épouse, avec placidité. Tout se passe toujours à merveille. Depuis trois ans que nous dirigeons cette école, aucun client n’a jamais été déçu. »
Elle couva son mari d’un regard affectueux. Petit, sec et nerveux, John Cartwright avait de grands yeux bleu pâle assez proéminents, et des cheveux fins d’un blond tirant sur le roux. Avant de l’épouser, Heather avait été l’une de ses premières stagiaires à la Lochdubh School of Casting, l’école de pêche à la truite et au saumon qu’il avait fondée à Lochdubh, au nord de l’Écosse.
Séduit par la beauté de son lancer arrière, John avait néanmoins dû attendre qu’ils soient mariés pour profiter des autres attraits de son anatomie.
Sensiblement plus douée que lui, Heather dissimulait avec tact ses compétences sous des manières affables et maternelles. En dépit d’un tempérament très différent, ils se vouaient tous deux à l’art de la pêche à la mouche avec une égale ferveur. C’était leur hobby, leur métier, leur obsession.
Durant la saison estivale, un nouveau groupe de stagiaires arrivait chaque lundi au Lochdubh Hotel. Il était rare que le groupe soit uniquement constitué de débutants : l’école attirait également des moucheurs expérimentés, ravis de pouvoir pêcher dans d’excellentes eaux à des tarifs raisonnables. John s’occupait des experts, Heather maternait les amateurs.
Les groupes n’excédaient jamais dix participants. Cette semaine-là, suite à deux annulations de dernière minute, John et Heather n’en attendaient que huit.
« Voyons voir, murmura John en se penchant sur la liste des stagiaires. J’imagine qu’ils sont tous à l’hôtel depuis hier soir. Nous avons Mr et Mrs Roth, un couple de New-Yorkais ; une certaine lady Winters, veuve d’un pair du parti travailliste ; un Londonien du nom de Jeremy Blythe ; Alice Wilson, de Londres, également ; Charlie Baxter, un gamin de douze ans, originaire de Manchester, hébergé chez sa tante pendant la durée du stage ; un commandant à la retraite, le major Peter Frame… Oh, non ! Il a déjà fait un stage chez nous, celui-là. Incontrôlable, si je me souviens bien. Ces types qui s’accrochent à leurs titres militaires semblent incapables de s’adapter à la vie civile. La dernière de la liste s’appelle Daphné Gore et nous arrive d’Oxford. Je tâcherai de me débarrasser du major au plus vite : il est parfaitement capable d’aller pêcher tout seul. Le gamin, en revanche, aura sans doute besoin d’attention. Tu voudras bien t’en charger ? »

Déjà lu du même auteur :

Série Agatha Raisin

111279972  tome 1 : La quiche fatale  112115556 tome 2 : Remède de cheval

511YgPvGkHL tome 4 : Randonnée mortelle 

117060981 tome 3 : Pas de pot pour la jardinière 

Agatha_5 tome 5 : Pour le meilleur et pour le pire

51Pj39OW2mL tome 6 : Vacances tous risques : Bons baisers de Chypre 

91fUANd3KcL tome 7 : A la claire fontaine 

A1pFloaMoOL tome 8 : Coiffeur pour dames

voisinsvoisines2019_2Écosse

petit bac 2019(5) Animal

Les Mafieuses – Pascale Dietrich

41ZXkEHBzpL Liana Levi – février 2019 – 160 pages

Quatrième de couverture :
Il y a toujours moyen de s’arranger avec la réalité chez les gangsters. A condition de respecter le code d’honneur, on peut même mener une vie formidable ! C’est en tout cas ce que Leone Acampora, vieux mafioso grenoblois, a enseigné à sa famille. Michèle et ses deux filles ont donc appris à fermer les yeux lorsqu’elles trébuchaient sur un cadavre ou une valise de cocaïne dans leur joli salon en marbre. Et si, aujourd’hui, Dina a parfois mauvaise conscience, elle espère se racheter en travaillant dans l’humanitaire. Quant à Alessia, pharmacienne inspirée, elle a pas mal d’idées pour moderniser le business paternel. Ainsi va la vie chez les femmes Acampora, entre coups de fusil à pompe et séances de tai-chi. Jusqu’à ce que le vieux Leone perde les pédales. Car avant de mourir, il a laissé une dernière instruction : lancer un tueur à gages aux trousses de sa femme… L’occasion pour les mafieuses de déboulonner un vieux monde machiste et ringard.

Auteur : Pascale Dietrich est née à Tours en 1980. Sociologue à l’Ined à Paris, ses travaux portent sur les populations précaires et les inégalités. Côté écriture, elle est l’auteur de nouvelles et de courts romans flirtant avec le polar, dont Le Homard (2013) et Une île bien tranquille (2016).

Mon avis : (lu en mai 2019)
Ce roman policier, où les femmes prennent le pouvoir, est inattendu et plein d’humour…
Leone Acampora est un vieux mafioso grenoblois, dont la fin est proche et qui se trouve à l’hôpital dans le coma. Il a deux filles très différentes, Dina, qui travaille dans l’humanitaire et Alessia, qui est pharmacienne, parfaite couverture pour s’adonner au trafic de drogues…
Avant de mourir, Leone a laissé une lettre à sa femme avec ces mots : « Michèle, nous sommes inséparables, dans la vie comme dans la mort. J’ai décidé que nous partirions ensemble. J’ai trouvé quelqu’un qui va s’occuper de tout. J’ai l’assurance que tu ne souffriras pas. »
Michèle est bien décidée à ne pas se laisser tuer et avec ses filles, elle va tenter de retrouver celui qui doit l’exécuter avant qu’il soit trop tard…
Un roman noir rythmé, très amusant et original où les femmes malignes et subtiles prennent les meilleurs rôles !

Extrait : (début du livre)
La sonnerie du téléphone l’arracha brutalement à ses rêves. Les trois bips résonnaient dans le silence, marquaient une pause, puis reprenaient. Michèle resta quelques secondes immobile, une joue enfoncée dans l’oreiller. Le reflet clair du miroir se détachait dans l’obscurité et, sur la table de nuit, les chiffres lumineux du réveil indiquaient six heures cinquante-trois. Elle tâta la place vide à côté d’elle et son estomac se noua. Qui pouvait appeler si tôt, en dehors des médecins ? Saisie d’un mauvais pressentiment, elle se leva, tremblante dans sa chemise de nuit. Elle avait un furieux mal de crâne à cause du vin de la veille. Lorsqu’elle aperçut le téléphone sur la commode au bout du couloir, elle eut tout à coup la certitude que la personne à l’autre bout du fil allait lui annoncer la mort de son mari. Elle s’avança vers le combiné et, retenant son souffle, le porta à son oreille.
– Allô ?
– Madame Acampora, ici le docteur Samuel. J’espère que je ne vous réveille pas.
– Non, mentit-elle.
– J’ai pensé que vous voudriez être tenue au courant sans tarder. Votre mari est tombé dans le coma.
Le cœur de Michèle se serra dans sa poitrine. Pas mort, mais presque.
– Vu sa maladie, c’est ce qui pouvait lui arriver de mieux, enchaîna le médecin. Il partira sans souffrir.
Pour qui se prenait-il pour juger de ce qui était bien ou mal pour Leone ? Ses doigts se crispèrent autour du plastique chaud. Elle avait la sensation étrange que ses jambes se réduisaient à deux bâtons osseux aussi secs que des pattes de flamant rose.
– Je peux le voir ? murmura-t-elle.
– Bien entendu. Il a été placé en soins intensifs.
Michèle raccrocha, puis, tel un automate, s’avança vers la cuisine et se laissa tomber sur la première chaise venue. Dehors, le jour commençait à se lever, perçant une lueur rosâtre derrière les Alpes. On entendait au loin le discret roulis d’un train de marchandises qui passait sur la voie ferrée, le premier de la journée.
Elle vida dans un verre le fond de vin qui restait dans la bouteille. Depuis l’hospitalisation de Leone, elle s’était mise à boire, se promettant d’arrêter s’il revenait à la maison.

Agatha Raisin, tome 8 : Coiffeur pour dames – M.C. Beaton

A1pFloaMoOL Albin Michel – novembre 2017 – 288 pages

traduit de l’anglais par Marina Boraso

Titre original : Agatha Raisin and the Wizard of Evesham, 1999

Quatrième de couverture :
Pour toutes ses clientes, Mr John est un magicien : un coiffeur aux doigts d’or qu’elles adorent ! Mais, peu après avoir confirmé ses talents auprès d’Agatha Raisin qui voit poindre ses premiers cheveux blancs, Mr John meurt dans son salon, victime d’un empoisonnement, sous les yeux de la détective. Voici Agatha embringuée dans une drôle d’enquête. Qui en effet pouvait en vouloir à Mr John, adulé par ses nombreuses clientes qui lui confiaient leurs plus troubles secrets ?

Auteur : Née en 1936 à Glasgow, M.C. Beaton a été successivement libraire, critique de théâtre, journaliste et éditrice, avant de devenir un des auteurs de best-sellers les plus lus de Grande-Bretagne. Sa série Agatha Raisin a été adaptée à la télévision et a été diffusée en France en 2017.

Mon avis : (lu en juin 2019)
Je continue toujours avec plaisir à suivre les aventures et enquêtes rocambolesques d’Agatha Raisin, au rythme de 2 à 3 par an…
Les relations entre Agatha et James Lacey sont toujours au point mort. Dans cet épisode, James a quitté Carsely pour une destination qu’Agatha ignore…
Parce qu’Agatha Raisin découvre avec horreur ses premiers cheveux blancs, sur les conseils de Mrs Blobxy, elle se rend à Evesham chez Mr John, un jeune coiffeur à la mode. Elle tombe sous le charme de ce magicien des ciseaux… et accepte même de dîner avec lui. Mais quelques jours plus tard, Mr John meurt empoisonné dans son salon de coiffure, sous les yeux d’Agatha… Il est victime d’un empoisonnement à la ricine. Il n’en fallait pas plus pour qu’Agatha se lance dans une enquête ! Elle aura l’appui de Sir Charles…
Et comme le résumait assez bien James  : Agatha « résolvait une affaire en faisant boulette sur boulette, jusqu’au jour où le coupable se trahissait tout seul. » Ignorant le danger, Agatha n’hésite pas à donner de sa personne… Elle est toujours autant imprévisible et gaffeuse malgré elle !
Le hasard fait, que ce dimanche 23 juin, à la télévision, France 3, diffuse le 1er épisode de la saison 2 de la série Agatha Raisin : « le magicien des ciseaux », l’adaptation de ce tome 8 !

Extrait : (début du livre)
On se serait cru sous les Tropiques. Pourtant ce n’était qu’Evesham en Angleterre, dans la région des Cotswolds. Agatha Raisin alla se garer sur le parking de Merstow Green, éteignit la climatisation et se prépara à affronter l’épais rempart de chaleur moite qui ne manquerait pas de l’accueillir dès qu’elle descendrait de voiture.

Agatha, à l’instar de beaucoup d’autres, avait décrété que l’effet de serre et son cortège de menaces n’étaient qu’un tissu de mensonges propagé par les écolo-terroristes. Pourtant, les journées étouffantes et poisseuses s’étaient succédé pendant ce mois d’août, ponctuées de violents orages nocturnes qui ressemblaient à un temps de mousson. C’était décidément bizarre.
Agatha s’éloigna de la voiture en maugréant pour prendre un ticket à la machine. Franchement, elle avait bien choisi son jour pour aller se faire faire une couleur !
En allant coller son ticket sur le pare-brise, elle se pencha pour inspecter rapidement son reflet dans le rétroviseur. Ses cheveux avaient toujours une teinte sombre, mais il s’y mêlait des mèches violettes.
Suite à sa dernière « affaire », Agatha avait plongé dans une légère dépression. Mrs Agatha Raisin caressait le rêve de rivaliser avec les plus fameux détectives de roman, de l’envergure d’Hercule Poirot et de lord Peter Wimsey. C’était une femme entre deux âges, avec une silhouette trapue mais de jolies jambes, un visage rond et de petits yeux d’ourse qui posaient sur le monde un regard soupçonneux. Jusque-là, elle avait tiré une grande fierté de sa chevelure châtain foncé, épaisse et brillante.
Malheureusement, elle y avait repéré au cours de la semaine de vilains fils gris qui s’installaient un peu partout. Elle avait aussitôt acheté une teinture, mais le produit n’avait réussi qu’à changer le gris en violet. « Allez donc chez Mr John », lui conseilla alors Mrs Bloxby, l’épouse du pasteur. « Son salon se trouve à Evesham, dans la grand-rue. Il passe pour un vrai magicien de la coloration. »

Déjà lu du même auteur :

Série Agatha Raisin

111279972  tome 1 : La quiche fatale  112115556 tome 2 : Remède de cheval

511YgPvGkHL tome 4 : Randonnée mortelle 

117060981 tome 3 : Pas de pot pour la jardinière 

Agatha_5 tome 5 : Pour le meilleur et pour le pire

51Pj39OW2mL tome 6 : Vacances tous risques : Bons baisers de Chypre

91fUANd3KcL tome 7 : A la claire fontaine 

voisinsvoisines2019_2Écosse

petit bac 2019(4) Métier

Boréal – Sonja Delzongle

Lu en partenariat avec Folio

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Folio – avril 2019 – 512 pages

Denoël – mars 2018 – 448 pages

Quatrième de couverture : Janvier 2017, au Groenland. Là, dans le sol gelé, un œil énorme fixe le ciel. On peut y lire une peur intense. C’est ainsi que six scientifiques en mission de reconnaissance découvrent avec stupeur un bœuf musqué pris dans la glace. Puis un autre, et encore un autre. Autour d’eux, des centaines de cadavres sont prisonniers du permafrost devenu un immense cimetière. Pour comprendre cette hécatombe, le chef de la mission fait appel à une spécialiste, Luv Svendsen. Empêtrée dans une vie privée compliquée, et soulagée de pouvoir s’immerger dans le travail, Luv s’envole vers le Groenland. Ils sont maintenant sept hommes et femmes, isolés dans la nuit polaire. Le lendemain a lieu la première disparition.

Auteur : Née en 1967 d’un père français et d’une mère serbe, Sonja Delzongle a grandi entre Dijon et la Serbie. Après un DEUG en Langues et Lettres Modernes, elle s’attaque au concours de l’École des Beaux-Arts de Dijon et obtient un diplôme au bout de six ans. Elle peint et expose durant une quinzaine d’années, puis devient journaliste en presse écrite à Lyon… Après l’écriture d’une nouvelle devenue depuis un roman court, La Journée d’un Sniper, elle publie un premier thriller À titre posthume, puis Le Hameau des Purs, en 2011. La lecture d’ouvrages sur les serials killers combinée avec sa passion pour le continent africain, également visible sur ses toiles, l’incite à s’engager dans l’écriture de son roman Dust qui paraît en 2015 chez Denoël. L’ouvrage connait un succès éditorial et public. En 2016, paraît Quand la neige danse, toujours chez Denoël, qui met également en scène la profileuse Hanah Baxter et dont l’action se passe non plus au Kenya mais dans le froid nord-américain. Récidive paru en 2017 nous offre une troisième enquête… Sonja Delzongle vit toujours à Lyon.

Mon avis : (lu en 2019)
Six scientifiques sont rassemblés dans la base Arctica, près de Thulé au Groenland pour une mission de veille sur les conséquences du réchauffement climatique et de la pollution sur l’inlandsis. Par moins 35 degrés, les conditions de vie y sont extrêmes.
Il y a deux femmes Anita Whale, britannique et Atsuko Murata, japonaise, et quatre hommes Dick Malte, canadien, Akash Mouni, le cuisinier Réunionnais de la mission, Roger Ferguson, le chef de mission danois et Mathieu Desjours, stagiaire français, et son chien-loup Lupin. Lors d’une sortie sur l’islandis, ils découvrent un cimetière de bœufs musqués prisonniers des glaces éternelles. Une hécatombe animale inexpliquée. Ferguson va donc faire appel à une spécialiste, Luv Svenden, norvégienne, qui répertorie et étudie les hécatombes inexpliquées d’animaux dans le monde entier. Malgré quelques soucis personnels, celle-ci accepte de rejoindre la mission en compagnie de Niels un ami journaliste. Et voilà que ce huis clos devient de plus en plus oppressant, l’équipe va devoir faire face à différents événements inquiétants, mort, disparitions… La nature est hostile, l’ambiance est glacée et un ennemi invisible rode dans l’obscurité polaire.
Ce roman est prenant, exaltant et donne également envie de mieux connaître l’histoire de ce désert blanc et de ses habitants…

Merci Folio pour cette lecture glaçante et pleine de surprises…

Extrait : (début du livre)
Base ARCTICA, région de Thulé, Groenland, janvier 2017, jour 3
— Aujourd’hui, on a des esquimaux en dessert ! Ça vous va, les filles ? claironne Malte en servant le café.

— Très drôle, grogne Anita Whale en touillant sa tasse après y avoir balancé une sucrette.
— Et quoi ? Sucer un esquimau ne peut que faire du bien !
Quand Dick Malte sourit, on ne voit plus que ses dents, aussi blanches que la banquise, et la couleur de ses mains se fond avec la teinte brune du breuvage. L’harmonie de ses traits fins est rompue par une cicatrice sur tout le côté gauche du visage, souvenir d’une expédition polaire durant laquelle une mauvaise chute face la première l’a laissé inconscient, assez longtemps pour que la glace lui brûle la joue. Lorsqu’il évoque l’incident, Malte l’appelle le « baiser de glace ».
— On dirait que t’es en manque, Black Dick…
La voix d’Akash, le cuisinier de la mission, est en partie couverte par la tempête qui souffle depuis leur arrivée, il y a trois jours, contraignant les membres de l’expédition à rester à l’intérieur du baraquement. Ici, les vents peuvent atteindre trois cent vingt kilomètres/heure.
Bâtie en bois résistant et isolant avec une charpente en poutrelles de titane et acier inoxydable, l’unité centrale d’Arctica est constituée d’une partie cuisine, d’une chambre froide, d’une pièce principale servant de salle de repas, de deux laboratoires, d’une cellule de repos et de trois chambres doubles. Anita Whale et Atsuko Murata, les deux femmes de la mission, partagent la même et les hommes se sont répartis dans les deux autres, Roger Ferguson avec Dick Malte, et Akash Mouni avec Mathieu Desjours et son chien Lupin, un loup tchèque dont les gènes inspirent une certaine méfiance au reste du groupe. Une petite salle de musculation et un sauna sont les seuls loisirs qui leur seront proposés pendant les quelques mois de la mission, avec la lecture et les parties d’échecs sur PC. La température ambiante dans toute la base, sauf dans le sauna et la chambre froide, est de 19 °C.
— Au lieu de mettre ton grain de sel partout, si tu retournais à ton curry, Bollywood ? Ça sent le brûlé… C’est sûr qu’avec ta cuisine, tu ne risques pas de les faire grimper aux rideaux, les nanas !
— Du calme, les enfants, un peu de tenue, nous avons deux dames, ici, au cas où vous l’auriez oublié ! gronde Roger Ferguson de retour du labo 1, la barbe hirsute qui couvre un ancien bec-de-lièvre et les cheveux grisonnants en bataille. Qu’est-ce qu’on mange de bon ?
— Des esquimaux…, siffle Malte. Pour le déjeuner, tu arrives un peu tard.
— Vous auriez besoin de sortir prendre l’air, les enfants…, dit Ferguson en attrapant l’assiette de restes que lui tend Akash. Ça tombe bien, j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer. Demain, on a une excellente fenêtre météo, on va en profiter pour récupérer des échantillons sur l’inlandsis et faire une reconnaissance. Il faut vérifier les motoneiges et mettre de l’essence. Sans oublier les pulkas. L’inlandsis est par endroits presque impraticable à motoneige. Donc chacun va tirer sa luge, tel un brave chien de traîneau. Akash, tu veux bien t’en occuper ?
— Je suis là aussi pour ça, Fergus.

Déjà lu du même auteur :
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petit bac 2019(5) Adjectif

 

 

Le Magicien – Magdalena Parys

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

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LeMagicien Agullo – janvier 2019 – 499 pages

traduit du polonais par Margot Carlier et Caroline Raszka-Dewez

Titre original : Magik, 2016

Quatrième de couverture :
En 2011, dans un immeuble abandonné de Berlin, on retrouve le cadavre atrocement mutilé de Frank Derbach, employé aux archives de la Stasi.
Au même moment, Gerhard Samuel, photo-reporter, meurt dans d’étranges circonstances à Sofia, où il enquêtait sur la mort d’un de ses amis, disparu en 1980 à la frontière entre la Bulgarie et la Grèce.
Kowalski, le commissaire chargé de l’enquête berlinoise, est rapidement écarté au profit de la police fédérale et des services secrets. Mais Kowalski est un rebelle et il décide de poursuivre ses investigations discrètement, aidé par la belle-fille de Gerhard. Ce qu’ils vont découvrir pourrait mettre en cause un homme politique allemand très en vue…
Opérations secrètes, chantage et vengeance personnelle s’entrelacent dans ce roman à mi-chemin entre « noir » et roman historique, qui entremêle habilement réalité et fiction.

Auteur : Magdalena Parys est née en 1971 à Gdansk. À l’âge de 12 ans, elle émigre avec sa famille en Allemagne. Diplômée de pédagogie et de littérature polonaise à l’université Humboldt, elle vit à Berlin, où elle a fondé la revue littéraire polonaise-allemande Squaws. Le Magicien est son deuxième roman. Il a reçu le Prix de littérature de l’Union européenne en 2015.

Mon avis : (lu en avril 2019)
J’ai choisi ce roman policier à Masse Critique Babelio parce que l’auteure était polonaise et c’était donc une lecture supplémentaire pour mon Challenge Voisins Voisines…
En 2011, Frank Derbach, employé aux archives de la Stasi, est retrouvé sauvagement mutilé dans un immeuble abandonné à Berlin. Le commissaire Kowalski est rapidement et officiellement écarté de cette enquête jugée bien trop sensible. Il fera donc son enquête hors des circuits normaux.
Au même moment, Gérhard Samuel, reporter-photographe, meurt dans une rue de Sofia alors qu’il avait rendez-vous avec son ami Franck. Tout deux enquêtaient sur des disparitions à la frontière bulgare en 1980.
Siedel est un vieil homme, ses deux fils ont été abattus à la frontière bulgare alors qu’ils tentaient de passer à l’Ouest. Depuis, il a récolté de nombreux documents et photographies et constitué des archives, musée à la mémoire des victimes disparues en tentant de fuir les pays du bloc de l’est.
Depuis quelques semaines, Christian Schlangenberger, homme politique allemand bien en vue, est inquiet. Il reçoit anonymement des photos datant des années 80, où on le voit exécuter un opposant politique dans le cadre de l’opération secrète « le Magicien » visant à éliminer les dissidents du régime communiste…
Des faits, des questions et de nombreuses surprises et rebondissements attendent le lecteur.
Cette histoire est l’occasion de découvrir des faits réels au travers de personnages fictifs et d’une enquête policière et d’espionnage autour de la Stasi, la « police politique » de la RDA (République Démocratique Allemande – ex-Allemagne de l’Est).
En effet, à la fin des années soixante-dix, une série de disparitions avait été programmée pour tous ceux qui tentaient de fuir à l’Ouest. Ainsi vingt-sept opposants tchèques, polonais et hongrois ont été supprimés. Chaque opération était soigneusement planifiée et menée à la perfection : un « malheureux accident » par ville et les éventuels témoins étaient systématiquement liquidés…
Ce roman policier est passionnant historiquement, j’ai beaucoup appris sur l’histoire européenne de cette époque de la Guerre Froide. J’ai cependant trouvé l’intrigue un peu longue et confuse dans la forme de narration.

Merci Babelio et les éditions Agullo pour cette découverte polonaise.

 

Extrait : (début du livre)
Gerhard éteignit son portable. C’était la troisième fois que Frank Derbach essayait de le joindre. Il semblait très nerveux et voulait le voir immédiatement. Gerhard lui promit de passer à son hôtel dès qu’il le pourrait, mais il avait d’abord quelques affaires à régler.
— Non, pas ici.
— Pourquoi ?
— Parce que.
— Tu as bu ?
— Non.
Finalement, ils se donnèrent rendez-vous dans un café proche de l’hôtel de Gerhard.
— Mais tu viendras, sans faute ! insista Derbach.
— Oui, bien sûr, confirma Gerhard, agacé par tant d’obstination.
— Je t’attends, dit Frank Derbach en raccrochant.
Le taxi avançait péniblement dans la file de voitures coincées dans l’embouteillage matinal. Gerhard observait les larges artères monotones. La ville de Sofia lui rappelait le Varsovie des années quatre-vingt-dix. On construisait d’abord des hôtels de luxe, puis des banques, des pharmacies… et tout le reste venait après. Tout le reste pouvait attendre.
Il se retrouva bientôt dans les bureaux d’une administration où, assis sur une chaise inconfortable, il dut attendre que l’employée se mette du rouge à lèvres et passe quelques coups de fil avant de daigner enfin le regarder. L’endroit était à la fois une salle d’attente et un espace d’accueil du public.
Malgré l’amabilité apparente de l’employée, Gerhard avait vite compris qu’elle lui fournissait des réponses évasives et sans intérêt. Il décida donc d’exposer sans détour l’objet de ses recherches.
— Un Polonais, un ingénieur de Wrocław, Piotr Boszewski. Disparu en Bulgarie en 1980. Personne ne sait ce qui lui est arrivé. Il est parti en vacances avec sa femme et n’est jamais revenu.
— Vous devriez plutôt chercher du côté des archives polonaises, fit l’employée en haussant les épaules.
— Et moi, je pense qu’il faut chercher ici. J’en suis même certain, insista-t-il.
— Un tas de gens ont disparu, soupira-t-elle. Des Allemands, des Bulgares, des Polonais aussi.
— Je ne m’intéresse qu’à ce seul Polonais.
— Pourquoi croyez-vous qu’il ait disparu chez nous précisément ? demanda-t-elle.Elle essuya ses lunettes et fixa Gerhard de ses yeux fatigués de myope. Ce dernier lui montra une photo.
— Qu’est-ce que c’est ? Qui vous a donné ça ? murmura-t-elle, incrédule.

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petit bac 2019(3) Métier

La Daronne – Hannelore Cayre

logo prix audiolib 2019

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Audiolib – juillet 2018 – 4h43 – Lu par Isabelle de Botton

Métailié – mars 2017 – 176 pages

Points – mars 2018 – 192 pages

Quatrième de couverture :
« Alors que j’entamais ma nouvelle carrière, Philippe, mon fiancé flic, prenait son poste comme commandant aux stups de la 2e DPJ.
— Comme ça on se verra plus souvent, m’a-t-il dit, réjoui, en m’annonçant la nouvelle deux mois auparavant, le jour de sa nomination.
J’étais vraiment contente pour lui, mais à cette époque je n’étais qu’une simple traductrice-interprète judiciaire et je n’avais pas encore une tonne deux de shit dans ma cave. »
Comment, lorsqu’on est une femme seule, travailleuse avec une vision morale de l’existence… qu’on a trimé toute sa vie pour garder la tête hors de l’eau… qu’on a servi la justice sans faillir, traduisant des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques avec un statut de travailleur au noir… on en arrive à franchir la ligne jaune ? Rien de plus simple, on détourne une montagne de cannabis d’un Go Fast et on le fait l’âme légère, en ne ressentant ni culpabilité ni effroi, mais plutôt… disons… un détachement joyeux. Et on devient la Daronne.

Auteur : Hannelore Cayre est avocate pénaliste, elle est née en 1963 et vit à Paris. Elle est l’auteure, entre autres, de Commis d’office, Toiles de maître et Comme au cinéma. Elle a réalisé plusieurs courts métrages, et l’adaptation de Commis d’office est son premier long métrage.

Lecteur : Comédienne, révélée au grand public par le Théâtre de Bouvard, Isabelle de Botton a débuté au café-théâtre. Au théâtre on a pu la voir dans L’Intoxe, C’est encore mieux l’après-midi, Existe en trois tailles ou Le Gros n’Avion. Elle a également interprété Maupassant, Jules Renard, ou des textes contemporains comme Brèves de Comptoir, Après la Pluie, Les Monologues du Vagin, ou La Parisienne d’Alexandrie, relatant son enfance égyptienne sous Nasser. Au cinéma, elle a notamment tourné dans L’An 01, Les Bronzés font du ski et Merci la Vie de Bertrand Blier. Elle a aussi écrit pour le théâtre, la radio et a été scénariste de plusieurs téléfilms.

Mon avis : (relu en avril 2019)
Patience Portefeux, 53 ans, est veuve, ses deux filles sont adultes mais elle doit assumer financièrement sa mère qui vit en EPHAD.
Patience est une employée modèle auprès du ministère de la justice, elle est traductrice-interprète judiciaire en langue arabe pour les prévenus ou pour des écoutes téléphoniques. Mal payée et surtout sans être déclarée, Patience réalise qu’elle n’aura pas de retraite aussi, lorsque l’occasion se présente de pouvoir récupérer un stock de cannabis, elle va devenir « la Daronne »…
Voilà un polar social, très original et plein d’humour. C’est vraiment savoureux à écouter car politiquement incorrect, la Daronne réussit à se retrouver dans des situations impossibles mais la chance est avec elle ! Personnage attachant, le lecteur suit ses aventures en espérant qu’elle ne se fasse pas attraper ni par les gendarmes ou la police, ni par les trafiquants de drogues… Vous n’êtes pas au bout de vos surprises !

Extrait : (début du livre)
Mes fraudeurs de parents aimaient viscéralement l’argent. Pas comme une chose inerte qu’on planque dans un coffre ou que l’on possède inscrit sur un compte. Non. Comme un être vivant et intelligent qui peut créer et tuer, qui est doué de la faculté de se reproduire. Comme quelque chose de formidable qui forge les destins. Qui distingue le beau du laid, le loser de celui qui a réussi. L’argent est le Tout ; le condensé de tout ce qui s’achète dans un monde où tout est à vendre. Il est la réponse à toutes les questions. Il est la langue d’avant Babel qui réunit tous les hommes.
Il faut dire qu’ils avaient tout perdu, y compris leur pays. Il ne restait plus rien de la Tunisie française de mon père, rien de la Vienne juive de ma mère. Personne avec qui parler le pataouète ou le yiddish. Pas même des morts dans un cimetière. Rien. Gommé de la carte, comme l’Atlantide. Ainsi avaient-ils uni leur solitude pour aller s’enraciner dans un espace interstitiel entre une autoroute et une forêt afin d’y bâtir la maison dans laquelle j’ai grandi, nommée pompeusement La Propriété. Un nom qui conférait à ce bout de terre sinistre le caractère inviolable et sacré du Droit ; une sorte de réassurance constitutionnelle qu’on ne les foutrait plus jamais dehors. Leur Israël.
Mes parents étaient des métèques, des rastaquouères, des étrangers. Raus. Une main devant, une main derrière. Comme tous ceux de leur espèce, ils n’avaient pas eu beaucoup le choix. Se précipiter sur n’importe quel argent, accepter n’importe quelles conditions de travail ou alors magouiller à outrance en s’appuyant sur une communauté de gens comme eux ; ils n’avaient pas réfléchi longtemps.