Husbands – Rebecca Lighieri

Lu en partenariat avec Folio

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Folio – octobre 2018 – 448 pages

P.O.L – avril 2013 – 448 pages

Quatrième de couverture :
Trois hommes au bord de la crise de nerfs se rencontrent à Marseille. Laurent, agent immobilier cynique et séducteur, n’ose pas annoncer son licenciement à son épouse, et encore moins à sa belle-famille bourgeoise. Farouk, père de famille et professeur dévoué, voit son monde voler en éclats après une découverte macabre dans son congélateur. Reynald, producteur de musique vieillissant, redoute de perdre sa femme, dont il gère la carrière et le corps avec un soin paranoïaque. Sur un forum échangiste, les trois maris se lient. Dans le déballage des humiliations et des fantasmes de ces mâles blessés, quelque chose se libère. Et l’irréparable se produit…

Auteur : Rebecca Lighieri est écrivain. Elle a reçu le Prix Littéraire de la ville d’Arcachon en 2017 pour son livre Les Garçons de l’été. Rebecca Lighieri écrit aussi sous le nom d’Emmanuelle Bayamack-Tam

Mon avis : (lu en décembre 2018)
Voilà un roman policier surprenant et très original qui met en scène trois hommes, trois maris.
Il y a Farouk, père de famille amoureux de sa femme comme au premier jour mais qui découvre sa trahison. Puis Laurent, enfant des cités, qui a épousé Delphine issue d’une famille bourgeoise et qui vit au-dessus de ses moyens depuis qu’il a été licencié et qu’il n’a pas osé le dire à sa famille. Enfin, le vieux beau Reynal, quinquagénaire, consacre sa vie à la réussite de Lauriane, sa trop jeune et trop voluptueuse épouse qui est sur le point de le quitter…
Tous les trois traversent une crise au sein de leur couple et c’est par intermédiaire d’un forum internet qu’ils vont se rencontrer, d’abord virtuellement puis dans la vraie vie.
Une rencontre qui va déraper… sinon cela ne serait pas un thriller…
Au début j’ai trouvé ma lecture dérangeante car il était question de candaulisme (je vous laisse aller voir la définition de ce mot), mais peu à peu je me suis attachée aux différents personnages et lorsque tout bascule, le suspens est à son comble. L’intrigue est vraiment bien construite…
Merci Folio pour ce thriller surprenant.

Extrait : (début du livre)
Farouk 
11 mai

Mes mains tremblent, mon coeur cogne, une main aussi immatérielle qu’implacable enserre ma nuque. Je ne sais pas comment je trouve la force de monter au premier et de m’asseoir devant l’ordinateur, mais j’ai cette force. Je dois absolument me soustraire à la rumeur paisible du rez-de-chaussée, à tous ces bruits familiers et rassurants : la radio en sourdine dans la chambre de Lila, les voix de Farès et Chloé dans la cuisine, les miaulements insistants du chat, la porte du frigo, ouverte puis refermée. Je me sens brusquement indigne de tout ce bonheur domestique. Indigne alors même que je suis la victime et non l’auteur de la trahison. Mais voilà, on ne se refait pas, on ne passe pas trente-huit ans à éprouver un sentiment d’illégitimité et d’imposture sans que ça laisse des traces.
Je me connecte, machinalement. Mes doigts effleurent les touches sans idée préconçue. Je cherche l’apaisement, l’échappatoire, l’arrêt de la souffrance, l’amnésie momentanée – car je sais bien que je ne pourrai jamais oublier. Je pourrais tout aussi bien prendre une douche, enfiler des baskets et sortir courir, ou boire jusqu’au coma éthylique, mais finalement, je cherche refuge dans ma routine : ouvrir ma boîte e-mail où aucun message intéressant ne m’attend, naviguer de site en site, la page du Monde, le site de Darty…
Car il n’y a pas si longtemps, j’étais un homme normal, un père de famille qui envisageait l’achat d’une nouvelle plaque de cuisson pour remplacer nos brûleurs traditionnels, que Chloé trouvait dépassés, peu pratiques, encrassés, impossibles à nettoyer. Chloé, mon amour, ma jeunesse… Chloé, mon beau souci… Chloé, tu vois, quand je te parle, ce sont les mots des autres qui me viennent à l’esprit, les mots les plus beaux, ceux des poètes. Chloé, comment as-tu pu me faire ça ?
Je finis par taper «maris». Je ne sais pas ce que j’espère exactement. Tomber sur mes frères, peut-être, sur une communauté d’hommes se définissant d’abord et avant tout par leur statut d’époux, par leur appartenance, voire leur allégeance à une femme, l’engagement total de tout leur être dans cette grande affaire : le mariage. Les larmes brouillent ma vue tandis que je fais défiler les sites. Suis-je ridicule d’avoir cru que mon union avec Chloé était d’une autre nature que le mariage des autres, ces petits arrangements aussi pitoyables que provisoires ? Suis-je ridicule d’avoir cherché à rendre ma femme heureuse, d’avoir employé toute mon énergie et tous mes efforts à lui rendre la vie plus douce et plus facile ? Suis-je ridicule de l’avoir aimée aussi éperdument et aussi exclusivement ?

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Je me souviens – Martin Michaud

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Kennes Editions – octobre 2017 – 688 pages

Les éditions Coup d’œil – mars 2017 – 648 pages

Les éditions Goélette – septembre 2012 – 636 pages

Quatrième de couverture :
À Montréal, juste avant Noël, un homme et une femme meurent le cou transpercé par ce qui semble être un instrument de torture sorti tout droit du Moyen Âge. Auparavant, ils ont entendu la voix de Lee  Harvey Oswald, l’assassin présumé du président Kennedy. Un sans-abri se jette du haut d’un édifice de la place d’Armes. Ayant séjourné à plusieurs reprises en psychiatrie, il prétendait avoir participé, avec le FLQ, à l’assassinat de Pierre Laporte. Sur le toit, avant de sauter, il laisse deux portefeuilles, ceux des victimes. La série de meurtres se poursuit, les cadavres s’empilent… De retour à la section des crimes majeurs, le sergent-détective Victor Lessard mène l’enquête avec, pour le meilleur et pour le pire,  la truculente Jacinthe Taillon. Je me souviens parle d’identité à bâtir, de mémoire à reconstituer et de soif d’honneur.

Auteur : « Le maitre du polar québecois ». Né en 1970, établi à Montréal depuis plus de vingt ans, Martin Michaud a longuement pratiqué le métier d’avocat d’affaires avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Reconnu par la critique comme le chef de file des écrivains de romans policiers québécois, il a obtenu un succès sans cesse grandissant avec ses sept thrillers, qui lui ont valu la reconnaissance du public et de nombreux prix littéraires. Il scénarise en outre d’après son oeuvre une série télé intitulée Victor Lessard qui connaît un succès retentissant au Québec.

Mon avis : (lu en octobre 2018)
C’est la troisième enquête de la série Victor Lessard. Victor est de retour après sa dernière enquête qui s’était mal terminée. Avec sa coéquipière haute en couleur, Jacinthe Taillon, il doit élucider le suicide d’un sans-abri et le meurtre particulièrement cruel d’une femme. Cette dernière a été torturée avec un étrange instrument inspiré de ceux utilisés à l’époque du Moyen Âge… Les enquêteurs découvrent des portefeuilles sur les lieux du suicide du sans-abri, en particulier celui de la femme mortellement torturée…
Plusieurs pistes se dessinent, des fausses, des bonnes… et alors que l’enquête progresse, d’autres meurtres ritualisés sont commis. Victor Lessard va devoir résoudre au plus vite son enquête…
L’intrigue, bien construite, est complexe et prenante à souhait. Le travail d’équipe Victor et Jacinthe est jouissif à observer par le lecteur qui a quelques informations d’avance sur la police… Voilà un roman policier réussi !
Martin Michaud a adapté, en série télévisée de 10 épisodes, diffusée au Québec, cette enquête en 2017.

Extrait : (début du livre)
Montréal
Plus tôt dans la journée, jeudi 15 décembre

Miss météo pencha la tête sur le côté en posant deux doigts contre son oreille, l’air morose. Puis, quand la voix dans son oreillette lui cracha qu’elle entrait en ondes, son regard s’illumina et elle se mit à déclamer sa prophétie avec assurance :
«Tempête de neige. Accumulation de trente centimètres. Poudrerie. Vents violents.»
La femme se leva et éteignit le téléviseur ; un sourire impétueux, presque sauvage, passa sur son visage raviné. Elle rinça le bol ayant contenu ses céréales dans l’évier, puis le déposa sur le comptoir.
Les cristaux liquides de la cuisinière indiquaient 6h.

Il n’y avait pas de meilleur moment pour faire une promenade que dans le blizzard du matin. Le temps se suspendait et, sous le dôme laiteux qui la purifiait de ses souillures, la ville reprenait son souffle.

La femme empruntait toujours le même trajet.
Emmitouflée dans un manteau de duvet, elle quitta l’immeuble qu’elle habitait, rue Sherbrooke, tout près du Musée des beaux-arts, et descendit Crescent. Là où, l’été, la nuit, une faune bling-bling et m’as-tu-vu se pressait à la sortie des bars, elle ne rencontra que son reflet dans les vitrines. Elle remonta ensuite de Maisonneuve et passa devant le club de danseuses nues Wanda’s.
Coin Peel, la femme traversa au feu de circulation en suivant, d’un regard amusé, les embardées d’une voiture qui patinait en essayant de tourner le coin.
La neige s’accumulait déjà sur les trottoirs, le vent hurlait dans ses oreilles, les flocons tourbillonnaient dans l’air.

Elle s’était arrêtée sur l’esplanade du 1981, avenue McGill College ; décorés de lumières, les arbres bordant l’artère luttaient contre les rafales.
Elle admirait la statue La foule illuminée, lorsqu’une main posée sur son épaule la fit sursauter. Survêtement de laine polaire, pantalon de treillis glissé dans des Doc Martens à quatorze œillets, multiples piercings, yeux fardés de noir, dreadlocks émergeant d’une tuque ornée d’une tête de mort, la jeune punk semblait tout droit sortie d’un concert des Sex Pistols.
Effrayée, la femme recula brusquement lorsque, les mains en porte-voix devant ses lèvres noires, l’ange des ténèbres s’approcha et lui dit à l’oreille:
– I didn’t shoot anybody, no sir!
Se demandant si elle avait bien entendu, la femme voulut faire répéter la vampire, mais avant qu’elle ne puisse réagir, celle-ci tourna les talons, enfourcha sa bicyclette et fut avalée par la tempête. La femme écarquilla les yeux, resta un moment immobile à scruter la rue, le corps ballotté par la bourrasque.

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Déjà lu du même auteur :

Il ne faut pas parler dans l'ascenseur Il ne faut pas parler dans l’ascenseur

La-chorale-du-diable La chorale du diable

Retour sur l’île – Viveca Sten

51zvmU31TnL Albin Michel – mai 2018 – 448 pages

traduit du suédois par Rémi Cassaigne

Titre original : I farans riktning, 2013

Quatrième de couverture :
C’est l’hiver sur l’île de Sandhamn. La tempête de neige qui fait rage contraint les habitants à rester chez eux. Un matin, on découvre le cadavre d’une femme sur la plage : la célèbre correspondante de guerre Jeanette Thiels était connue pour son franc-parler avec certaines personnalités influentes, issues notamment du parti xénophobe Nouvelle Suède.
Crime politique ou vengeance personnelle masquée ? L’inspecteur Thomas Andreasson n’a pas le temps de répondre qu’un nouveau meurtre a lieu.

Auteur : Viveca Sten vit près de Stockholm avec son mari et leurs trois enfants. Après une brillante carrière juridique, elle s’est lancée dans l’écriture. Sa série mettant en scène l’inspecteur Andreasson et Nora Linde sur l’île de Sandhamn connaît un immense succès en Suède et est traduite dans une douzaine de pays. L’adaptation télévisée de la série a été un des plus forts taux d’audience en Suède, et les deux premières saisons diffusées sur Arte ont réuni plus d’un million et demi de spectateurs.

Mon avis : (lu en septembre 2018)
C’est la sixième enquête de la série mettant en scène l’inspecteur Thomas Andreasson et Nora Linde sur l’île de Sandhamn. C’est la période de Noël, la tempête de neige fait rage et au petit matin, la célèbre correspondante de guerre Jeanette Thiels est retrouvée morte sur la plage, devant l’hôtel où elle est arrivée la veille. Il s’avère que cette journaliste était en train d’enquêter sur l’extrême droite suédoise… Les pistes sont nombreuses et beaucoup n’aboutissent à rien de concret… Et voilà qu’un nouveau meurtre à lieu…

Thomas a comme nouveau collègue, Aram, un policier d’origine assyrienne qui a immigré en Suède lorsqu’il était enfant. C’est un personnage humain et touchant par son histoire qui tient une place importante dans cette enquête… et que j’espère retrouver dans les prochaines.
J’ai toujours du plaisir à retrouver l’île de Sandham et ses habitants, dans cet épisode, j’ai regretté la très faible présence de Nora Linde…

Extrait : (début du livre)
Pourvu qu’elle arrive à Sandhamn, tout irait bien. Nulle part elle ne se sentait plus en sécurité.

Jeanette se le répétait comme un mantra tandis qu’elle roulait dans la neige fondue sur l’autoroute. Plusieurs fois, elle dut chasser ses larmes en clignant des yeux pour voir la route. Sur le pont de Skurubron, elle faillit déraper.
Elle dépassa le golf au niveau du pont de Fågelbro sur le canal Strömma. Le ferry partait dans quelques minutes, à trois heures moins le quart. Il fallait qu’elle arrive à temps, c’était le dernier de la journée.
Au bout d’une éternité, le port de Stavsnäs s’ouvrit devant elle. Elle s’engagea sur le parking à moitié plein. Elle dut s’y reprendre à plusieurs fois, mais finit par réussir à fermer la porte de sa Ford.
Le vent lui mordit les joues, la température avait fortement chuté, il devait bien faire moins dix, voire plus froid. Un peu plus loin claquaient les filins d’un mât sans drapeau et, dans la baie, des crêtes d’écume couronnaient les vagues.
Une légère aigreur lui montait dans la gorge, mais elle n’avait pas le temps de s’en inquiéter.
Tête baissée, elle se précipita vers le quai où le gros bateau attendait dans la pénombre grise. Elle était la dernière à embarquer : on remonta la passerelle après elle et, quelques secondes plus tard seulement, le ferry appareilla. Elle ne put s’empêcher de se retourner pour voir s’il y avait quelqu’un derrière elle.
Jeanette se blottit dans un coin à l’arrière du ferry, et rabattit sa capuche, cachant presque totalement son visage. Elle aurait dû manger quelque chose, mais était trop fatiguée pour monter à la cafétéria, au pont supérieur : elle s’abandonna à une sorte de somnolence dans le grondement du moteur. Ce son régulier l’apaisait.
Son portable vibra dans sa poche. Elle y plongea machinalement la main, mais l’ôta aussitôt : elle ne voulait pas savoir qui cherchait à la joindre.
« Prochain arrêt Sandhamn, entendit-on grésiller dans un haut-parleur, le capitaine et l’équipage en profitent pour vous souhaiter un joyeux Noël. »

 

Déjà lu du même auteur :

la_reine_de_la_baltique La Reine de la Baltique 9782226259776g Du sang sur la Baltique

9782226317148g Les nuits de la Saint-Jean 110752618 Les secrets de l’île
116631134 Au cœur de l’été

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Code 93 – Olivier Norek

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Michel Lafon – avril 2013 – 363 pages

Pocket – octobre 2014 – 360 pages

Quatrième de couverture :
Un cadavre, émasculé, qui rouvre les yeux sur la table d’autopsie. Un portable qui se met à sonner dans le corps d’un jeune toxico, mort de brûlures inexplicables. Malgré quinze ans de terrain en Seine-Saint-Denis, Victor Coste, capitaine de police, se prépare au pire.
Et que penser de ces lettres anonymes qui dessinent une première piste : celle d’un mystérieux dossier, le  » Code 93  » ?
Une piste qui, des cercles huppés parisiens aux quartiers déshérités, fera franchir à Coste les limites du périphérique, et de la raison…

Auteur : Olivier Norek est lieutenant de police à la section Enquête et Recherche du SDPJ 93 depuis quatorze ans. Code 93 est son premier livre.

Mon avis : (lu en août 2018)
C’est le premier roman policier d’Olivier Norek qui est lui-même lieutenant de police dans le 93.
Un premier roman qui n’hésite pas à évoquer les difficultés des policiers dans leur travail : le manque de moyens matériels, les sous effectifs, les réactions négatives d’une partie de la population… Olivier Norek décrit avec beaucoup de justesse la réalité du 93, un département coupé de ses voisins, notamment de Paris, qui est laissé dans une grande précarité. Il nous entraîne dans une enquête sordide où la misère sociale se confronte aux hautes sphères du pouvoir, il est question de sexe, de drogues, de règlements de compte. L’intrigue est convaincante et rythmée. Le capitaine Victor Costes et son équipe de policiers haut en couleurs sont attachants et soudés. Et je n’hésiterai pas à découvrir les autres enquêtes de Costes !

Extrait : (début du livre)
Mars 2011
La taille pouvait correspondre. L’âge certainement. Quant au physique, il était difficile d’être affirmatif. Le vieux Simon décrocha son téléphone et, avec toutes les précautions nécessaires pour ne pas faire naître trop d’espoir, annonça :
– J’ai peut-être une piste.
À l’autre bout du fil, la voix de la vieille dame ne se fit pas plus forte qu’un souffle.
– Camille ?
– Sans certitude, madame.
Avant de raccrocher, Simon indiqua à son interlocutrice l’heure et l’adresse du rendez-vous, à la morgue de l’Institut médico-légal de Paris.
Découverte à moitié nue, sans vie et sans identité dans un squat de la commune des Lilas, en Seine-Saint-Denis, elle devait avoir vingt ans. Au maximum. À l’autopsie, le docteur Léa Marquant l’avait entaillée de la base du cou au pubis, d’un trait de scalpel, sans forcer plus qu’une caresse. Dans son corps ouvert se lisaient les effets d’une consommation abusive de drogues et d’alcool ainsi que le résultat de relations sexuelles si violentes qu’on ne pouvait les imaginer consenties. Jamais auparavant dans sa carrière de médecin légiste elle n’avait utilisé l’expression de « délabrement périnéal massif ». Comment en était-on arrivé là ? Quelles barbaries avait-elle dû subir pour qu’il n’y ait littéralement plus de paroi entre le vagin et l’anus ?
Dans les siennes elle avait pris ses mains salies, frôlé ses cheveux puis passé le bout des doigts sur les blessures de son visage. Elle avait regardé alentour, car ces choses-là ne se font pas. Elle avait ôté ses gants en latex et recommencé les mêmes gestes. Elle s’était laissée aller au pire des maux de son métier, l’empathie.
Alors quand, au hasard de sa lecture, elle avait vu quelques jours plus tard sur l’agenda de l’IML(1) qu’une reconnaissance par un membre de la famille était prévue, Léa Marquant avait voulu en assurer le déroulement. Rien n’obligeait la légiste mais elle y tenait. Pour elle. Et pour Elle aussi.

(1) Institut médico-légal

Déjà lu du même auteur :

516JqzfGETL Entre deux mondes

 

N’éteins pas la lumière – Bernard Minier

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XO édition – février 2014 – 612 pages

Pocket – février 2015 – 704 pages

Quatrième de couverture :
 » Tu l’as laissée mourir… « 

Le soir de Noël, Christine Steinmeyer, animatrice radio à Toulouse, trouve dans sa boîte aux lettres le courrier d’une femme qui annonce son suicide. Elle est convaincue que le message ne lui est pas destiné. Erreur ? Canular ? Quand le lendemain, en direct, un auditeur l’accuse de n’avoir pas réagi, il n’est plus question de malentendu. Et bientôt, les insultes, les menaces, puis les incidents se multiplient, comme si quelqu’un cherchait à prendre le contrôle de son existence. Tout ce qui faisait tenir Christine debout s’effondre. Avant que l’horreur fasse irruption.
Dans les ténèbres qui s’emparent de sa vie, la seule lueur d’espoir pourrait bien venir d’un certain Martin Servaz.

Auteur : Bernard Minier, né en 1960, originaire de Béziers, a grandi au pied des Pyrénées. Contrôleur principal des douanes, marié et père de deux enfants, il vit aujourd’hui en région parisienne. Son premier roman, Glacé (2011), a reçu le prix du meilleur roman français du Festival Polar de Cognac. Le succès de ses romans suivants, Le Cercle (2012, prix 2013 des bibliothèques et médiathèques de Cognac) et N’éteins pas la lumière (2014), qui mettent à nouveau en scène Martin Servaz, fait de lui un auteur incontournable du polar français. En 2015, il accorde un peu de répit à son héros et publie un thriller indépendant, Une putain d’histoire, qui reçoit le Prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac 2015. En 2017, Martin Servaz reprend du service avec l’angoissant Nuit, suivi en 2018 par Sœurs, « un cauchemar écrit à l’encre noire ».

Mon avis : (lu en août 2018)
J’ai décidé de lire ce livre pour le « Challenge Pavé de l’été ». C’est une histoire de manipulations et de harcèlement.
Christine Steinmeyer est une animatrice radio à Toulouse et le soir de Noël, elle trouve dans sa boîte aux lettres la lettre d’une femme qui annonce son suicide. C’est sans doute une erreur, cette lettre n’est pas pour elle. Le lendemain, en direct à la radio, un auditeur l’accuse de n’avoir pas agi pour empêcher une femme de mourir. C’est troublant et peu à peu, Christine devient de plus en plus mal à l’aise…
Et Matin Servaz ? Suite à sa dernière enquête ( que j’ai lu depuis plus de 5 ans…), il est en convalescence dans une maison de repos… Donc, à mon grand regret, absent du livre durant près de la moitié de ce roman policier. L’intrigue très psychologique ne m’a pas convaincue plus que cela, j’ai trouvé beaucoup de longueurs dans cette première partie du livre, et pour moi qui me réjouissais de retrouver le personnage de Martin Servaz et son équipe, c’est un peu décevant…

Extrait  : (début du livre)
IL MARCHAIT AU CŒUR de la forêt. Dans la neige et le blizzard. Il avait tellement froid qu’il claquait des dents. Des cristaux de glace s’accrochaient à ses sourcils et à ses cils ; la neige adhérait par croûtes à sa veste de ski matelassée et à la laine humide de son bonnet – et Rex lui-même avait du mal à progresser dans l’épais manteau neigeux, dans lequel il enfonçait jusqu’au garrot à chaque saut. L’animal aboyait à intervalles réguliers, sans doute pour lui faire part de sa désapprobation, et ses aboiements étaient renvoyés par l’écho. De temps en temps, il s’arrêtait pour s’ébrouer comme s’il sortait de l’eau, envoyant valser autour de son pelage fauve et noir un nuage de poudreuse et d’aiguilles de glace. Ses pattes fines et musclées imprimaient de profondes traces dans le linceul blanc, son ventre laissait une empreinte incurvée à sa surface, comme celle d’une luge en plastique.

La nuit commençait à tomber. Le vent se levait. Où était-elle ? Où était la cabane ? Il s’arrêta et reprit sa respiration. Il ahanait, un souffle rauque jaillissant de ses poumons, le dos trempé de sueur sous sa veste de ski et son sweat. La forêt lui faisait l’effet d’un organisme vivant – froissements des branches alourdies par la neige qui bougeaient sous le vent, craquements secs quand l’écorce se fendait sous la morsure du froid, chuchotements de la bise qui, par moments, enflait démesurément à ses oreilles, babil cristallin d’un ruisseau proche, pas encore tout à fait gelé. Et puis le craquement soyeux de ses pas, scandant le rythme de sa progression, tandis qu’il levait haut les genoux et devait fournir de plus en plus d’efforts pour s’extraire de l’emprise de la neige. Et du froid. Bon Dieu ce qu’il faisait froid ! Il n’avait jamais eu aussi froid de toute sa vie.

Il aperçut quelque chose à travers la grisaille du crépuscule et les flocons qui lui piquaient les yeux, quelque chose dans la neige devant. Des reflets métalliques, deux cerceaux crénelés… Un piège… Une forme sombre était prise entre ses mâchoires d’acier.

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Déjà lu du même auteur :

glac_  Glacé le_cercle Le cercle

 

Cadres noirs – Pierre Lemaître

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Calmann-Lévy – février 2010 – 352 pages

Livre de Poche – mars 2011 – 448 pages

Quatrième de couverture :
Alain Delambre est un cadre de cinquante-sept ans complètement usé par quatre années de chômage. Ancien DRH, il accepte des petits jobs qui le démoralisent. Au sentiment d’échec s’ajoute bientôt l’humiliation de se faire botter les fesses pour cinq cents euros par mois… Aussi quand un employeur, divine surprise, accepte enfin d’étudier sa candidature, Alain Delambre est prêt à tout, à emprunter de l’argent, à se disqualifier aux yeux de sa femme et de ses filles, et même à participer à l’ultime épreuve de recrutement : un jeu de rôle sous la forme d’une prise d’otages. Il s’engage corps et âme dans cette lutte pour retrouver sa dignité. S’il se rendait compte que les dés sont pipés, sa fureur serait sans limite. Et le jeu de rôle pourrait alors tourner au jeu de massacre…

Auteur : Pierre Lemaitre est l’auteur de Travail soigné (2006) prix du premier roman du festival de Cognac, Robe de marié (2008) prix du Meilleur polar francophone, Cadres noirs (2010) prix du Polar européen du Point, Alex (2010), Dagger international (2012), Sacrifices (2012) et Rosy & John (2013). Au revoir là-haut a reçu le prix France-Télévisions et le prix Goncourt 2013. Ses romans sont traduits en trente langues et plusieurs sont en cours d’adaptation au cinéma et au théâtre.

Mon avis : (lu en juillet 2018)
Voilà un roman noir qui tient le lecteur en haleine. Parfaitement écrit et construit.
Le monde de l’entreprise y est décrit sans concession avec une vraie férocité.
Alain Delambre, 57 ans, est un chômeur de longue durée. Ce cadre supérieur tente à tout prix de retrouver un emploi et il va accepter de participer à jeux de rôle pour tester d’autres employés et espérer un poste dans une grosse entreprise. Mais les dés sont pipés et Alain Delambre ne va pas se laisser faire…
Je n’en raconte pas plus car le lecteur doit découvrir par lui-même cette intrigue efficace avec ses trahisons, chantages, manipulations…
Une adaptation de ce roman policier en série de 6 x 52 minutes, est prévue prochainement sur Arte.  

Extrait : (début du livre)
Je n’ai jamais été un homme violent. Du plus loin que je remonte, je n’ai jamais voulu tuer personne. Des coups de colère par-ci par-là, oui, mais jamais de volonté de faire mal vraiment. De détruire. Alors là, forcément, je me surprends. La violence c’est comme l’alcool ou le sexe, ce n’est pas un phénomène, c’est un processus. On y entre sans presque s’en apercevoir, simplement parce qu’on est mûr pour ça, parce que ça arrive juste au bon moment. Je savais bien que j’étais en colère, mais jamais je n’aurais pensé que ça se transformerait en fureur froide. C’est ça qui me fait peur.
Et que ça se porte sur Mehmet, franchement…
Mehmet Pehlivan.
C’est un Turc.
Il est en France depuis dix ans, mais il a moins de vocabulaire qu’un enfant de dix ans. Il n’a que deux manières de s’exprimer : il gueule ou il fait la gueule. Et quand il gueule, il mélange du français et du turc. Personne ne comprend rien, mais tout le monde voit très bien pour qui il nous prend. Aux Messageries pharmaceutiques, où je travaille, Mehmet est « superviseur » et, selon une règle vaguement darwinienne, chaque fois qu’il monte en grade, il se met aussitôt à mépriser ses anciens collègues et à les considérer comme des sortes de lombrics. J’ai souvent rencontré ça dans ma carrière, et pas seulement avec des travailleurs migrants. Avec beaucoup de gens qui venaient du bas de l’échelle, en fait. Dès qu’ils montent, ils s’identifient à leurs patrons avec une force de conviction dont les patrons ne rêveraient même pas. C’est le syndrome de Stockholm appliqué au monde du travail. Attention : Mehmet ne se prend pas pour le patron. C’est presque mieux, il l’incarne. Il « est » le patron dès que le patron n’est pas là. Évidemment, ici, dans une entreprise qui doit employer deux cents salariés, il n’y a pas de patron à proprement parler, il n’y a que des chefs. Or Mehmet se sent trop important pour s’identifier à un simple chef. Lui, il s’identifie à une sorte d’abstraction, un concept supérieur qu’il appelle la Direction, ce qui est vide de contenu (les directeurs, ici, personne ne les connaît) mais lourd de sens : la Direction, autant dire le Chemin, la Voie. À sa façon, en montant l’échelle de la responsabilité, Mehmet se rapproche de Dieu.

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La Daronne – Hannelore Cayre

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – juillet 2018 – 4h43 – Lu par Isabelle de Botton

Métailié – mars 2017 – 176 pages

Points – mars 2018 – 192 pages

Quatrième de couverture :
« Alors que j’entamais ma nouvelle carrière, Philippe, mon fiancé flic, prenait son poste comme commandant aux stups de la 2e DPJ.
— Comme ça on se verra plus souvent, m’a-t-il dit, réjoui, en m’annonçant la nouvelle deux mois auparavant, le jour de sa nomination.
J’étais vraiment contente pour lui, mais à cette époque je n’étais qu’une simple traductrice-interprète judiciaire et je n’avais pas encore une tonne deux de shit dans ma cave. »
Comment, lorsqu’on est une femme seule, travailleuse avec une vision morale de l’existence… qu’on a trimé toute sa vie pour garder la tête hors de l’eau… qu’on a servi la justice sans faillir, traduisant des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques avec un statut de travailleur au noir… on en arrive à franchir la ligne jaune ? Rien de plus simple, on détourne une montagne de cannabis d’un Go Fast et on le fait l’âme légère, en ne ressentant ni culpabilité ni effroi, mais plutôt… disons… un détachement joyeux. Et on devient la Daronne.

Auteur : Hannelore Cayre est avocate pénaliste, elle est née en 1963 et vit à Paris. Elle est l’auteure, entre autres, de Commis d’office, Toiles de maître et Comme au cinéma. Elle a réalisé plusieurs courts métrages, et l’adaptation de Commis d’office est son premier long métrage.

Lecteur : Comédienne, révélée au grand public par le Théâtre de Bouvard, Isabelle de Botton a débuté au café-théâtre. Au théâtre on a pu la voir dans L’Intoxe, C’est encore mieux l’après-midi, Existe en trois tailles ou Le Gros n’Avion. Elle a également interprété Maupassant, Jules Renard, ou des textes contemporains comme Brèves de Comptoir, Après la Pluie, Les Monologues du Vagin, ou La Parisienne d’Alexandrie, relatant son enfance égyptienne sous Nasser. Au cinéma, elle a notamment tourné dans L’An 01, Les Bronzés font du ski et Merci la Vie de Bertrand Blier. Elle a aussi écrit pour le théâtre, la radio et a été scénariste de plusieurs téléfilms.

Mon avis : (lu en août 2018)
Patience Portefeux, 53 ans, est veuve, ses deux filles sont adultes mais elle doit assumer financièrement sa mère qui vit en EPHAD .
Patience est une employée modèle auprès du ministère de la justice, elle est traductrice-interprète judiciaire en langue arabe pour les prévenus ou pour des écoutes téléphoniques. Mal payée et surtout sans être déclarée, Patience réalise qu’elle n’aura pas de retraite et grâce à ses écoutes, lorsque l’occasion se présente de pouvoir récupérer un stock de cannabis, elle va devenir « la Daronne »…
Voilà un polar social, très original et plein d’humour. C’est vraiment jubilatoire à écouter car souvent politiquement incorrect, la Daronne réussit à se trouver dans des situations impossibles mais la chance est souvent avec elle ! Personnage attachant, le lecteur suit ses aventures en espérant qu’elle ne se fasse pas attraper ni par les gendarmes ou la police, ni par les trafiquants de drogues…

Merci Pauline et Audiolib pour cette écoute savoureuse et pleine de surprises.

Extrait : (début du livre)
Mes fraudeurs de parents aimaient viscéralement l’argent. Pas comme une chose inerte qu’on planque dans un coffre ou que l’on possède inscrit sur un compte. Non. Comme un être vivant et intelligent qui peut créer et tuer, qui est doué de la faculté de se reproduire. Comme quelque chose de formidable qui forge les destins. Qui distingue le beau du laid, le loser de celui qui a réussi. L’argent est le Tout ; le condensé de tout ce qui s’achète dans un monde où tout est à vendre. Il est la réponse à toutes les questions. Il est la langue d’avant Babel qui réunit tous les hommes.
Il faut dire qu’ils avaient tout perdu, y compris leur pays. Il ne restait plus rien de la Tunisie française de mon père, rien de la Vienne juive de ma mère. Personne avec qui parler le pataouète ou le yiddish. Pas même des morts dans un cimetière. Rien. Gommé de la carte, comme l’Atlantide. Ainsi avaient-ils uni leur solitude pour aller s’enraciner dans un espace interstitiel entre une autoroute et une forêt afin d’y bâtir la maison dans laquelle j’ai grandi, nommée pompeusement La Propriété. Un nom qui conférait à ce bout de terre sinistre le caractère inviolable et sacré du Droit ; une sorte de réassurance constitutionnelle qu’on ne les foutrait plus jamais dehors. Leur Israël.
Mes parents étaient des métèques, des rastaquouères, des étrangers. Raus. Une main devant, une main derrière. Comme tous ceux de leur espèce, ils n’avaient pas eu beaucoup le choix. Se précipiter sur n’importe quel argent, accepter n’importe quelles conditions de travail ou alors magouiller à outrance en s’appuyant sur une communauté de gens comme eux ; ils n’avaient pas réfléchi longtemps.

Petit bac 2018Gros mot (2)

Dust – Sonja Delzongle

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Lu en partenariat avec Folio

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Folio – avril 2016 – 560 pages

Denoël – avril 2015 – 528 pages

Quatrième de couverture :
Installée à New York, Hanah Baxter, profileuse française de renom qui traque les tueurs en série, est appelée en renfort par la police de Nairobi dont l’enquête piétine. Depuis plusieurs mois, on retrouve des croix de sang tracées dans la poussière, mais aucun cadavre. Crimes de psychopathe ? Meurtres rituels ? Sorcellerie ? Dès son arrivée au Kenya, Hanah découvre que des hommes et des femmes albinos sont massacrés à la machette. Cette double enquête conduira la profileuse aux confins de la folie humaine…

Auteur : Née en 1967 d’un père français et d’une mère serbe, Sonja Delzongle a grandi entre Dijon et la Serbie. Après un DEUG en Langues et Lettres Modernes, elle s’attaque au concours de l’École des Beaux-Arts de Dijon et obtient un diplôme au bout de six ans. Elle peint et expose durant une quinzaine d’années, puis devient journaliste en presse écrite à Lyon… Après l’écriture d’une nouvelle devenue depuis un roman court, La Journée d’un Sniper, elle publie un premier thriller À titre posthume, puis Le Hameau des Purs, en 2011. La lecture d’ouvrages sur les serials killers combinée avec sa passion pour le continent africain, également visible sur ses toiles, l’incite à s’engager dans l’écriture de son roman Dust qui paraît en 2015 chez Denoël. L’ouvrage connait un succès éditorial et public. En 2016, paraît Quand la neige danse, toujours chez Denoël, qui met également en scène la profileuse Hanah Baxter et dont l’action se passe non plus au Kenya mais dans le froid nord-américain. Récidive paru en 2017 nous offre une troisième enquête… Sonja Delzongle vit toujours à Lyon.

Mon avis : (lu en août 2018)
Hanah Baxter est une psycho-criminologue ou profileuse française, vivant à New-York. Elle est sollicitée par Collins, le chef de la Crim kenyane, pour une enquête sur laquelle son équipe bute depuis deux ans. Un mystérieux tueur en série assassine, en faisant disparaître les corps de ses victimes, il laisse seulement sur place une grande croix tracée avec du sang. Le tandem Hanah et Collins est vraiment sympathiques, ils se connaissaient déjà d’une enquête précédente. Le lecteur comprend vite que Collins a fait appel à Hanah également pour une autre enquête plus officieuse, concernant les disparitions et le massacre d’africains albinos…
La beauté des paysages contraste avec la cruauté des meurtres et le sordide des trafics, de certains rites et traditions. On découvre le Kenya sous toutes ses coutures : safaris pour touristes, bidonvilles, corruption, on ressent que Sonja Delzongle aime l’Afrique.
J’ai trouvé cette histoire un peu trop noire à mon goût même si les problématiques évoquées dans ce thriller sont malheureusement réelles.
Le style est direct, percutant comme son héroïne Hanah, femme originale et atypique que j’aurai envie de mieux connaître…

Merci Folio pour la découverte de cette auteure

Extrait :
Nairobi, 7 h 29
Le jeune Salim avait déjà vu du sang dans sa courte vie. À commencer par le sien, qui coulait d’une plaie après qu’il se fut entaillé un doigt ou écorché les genoux. Il savait même que les filles, à la puberté, en perdaient tous les mois et que c’était le signe qu’elles étaient devenues des femmes. Il en avait vu aussi à la télévision et dans la rue. Des images gluantes, le bitume ou la terre, rougis du sang versé lors de combats fratricides. Des crimes, des guerres sans fin.
Le sang était la vie et la mort.
Ce matin de juin, debout sur son vélocross, à évaluer les aspérités exploitables du sol à des fins acrobatiques, il fit une découverte singulière.

Sur le terrain vague des faubourgs de Nairobi où il avait l’habitude de se retrouver avec ses copains, un miroir pourpre réfléchissait les rayons du soleil naissant.

Il donna quelques coups de pédale et s’approcha, tel un animal curieux. La chose se révéla plus précisément. C’était la surface lisse et luisante d’une grande flaque de sang encore frais, dont l’odeur métallique avait dû alerter les deux hyènes qui venaient de s’enfuir, dérangées dans leur festin par le petit d’homme et sa monture.

Les charognards se risquaient rarement aux abords des villes. Mais le sang sur la terre desséchée avait attiré les animaux nécrophages à plusieurs kilomètres.

Salim regarda partout autour. Il manquait quelque chose à cette scène. Un corps, un cadavre. Le garçon émit un petit sifflement. Il avait dû être sacrément amoché, le type. Un homme, ou une femme. Peut-être un enfant. Salim grimaça.

Où était-il passé, le mort ? Enterré quelque part ? Dévoré ? Le plus étrange dans tout ça, c’était la forme de cette traînée de sang. Celle d’une croix.

Petit bac 2018Mot unique (5)

Qaanaak – Mo Malø

Lu en partenariat avec les éditions de La Martinière

515gGZkWBiL Editions de La Martinière – mai 2018 – 496 pages

Quatrième de couverture : 
Adopté à l’âge de trois ans, Qaanaaq Adriensen n’a jamais remis les pieds sur sa terre natale, le Groenland. C’est à contrecœur que ce redoutable enquêteur de Copenhague accepte d’aller aider la police locale, démunie devant ce qui s’annonce comme la plus grande affaire criminelle du pays : quatre ouvriers de plateformes pétrolières ont été retrouvés, le corps déchiqueté. Les blessures semblent caractéristiques d’une attaque d’ours polaire. Mais depuis quand les ours crochètent-ils les portes ?
Flanqué de l’inspecteur inuit Apputiku – grand sourire édenté et chemise ouverte par tous les temps –, Qaanaaq va mener l’enquête au pays des chamanes, des chasseurs de phoques et du froid assassin. Et peut-être remonter ainsi jusqu’au secret de ses origines.

Auteur : Mo Malø est l’auteur de nombreux ouvrages, sous d’autres identités. Il vit en France. Qaanaaq est son premier roman policier.

Mon avis : (lu en juin 2018)
Je viens à peine de commencer la lecture de ce roman policier et je suis déçue et en colère de découvrir que Mo Malø est le pseudo d’un auteur français… Tout d’abord car je pensais lire un auteur danois (pour mon Challenge Voisins Voisines autour des auteurs européens sauf français). J’ai été abusée par le bandeau du livre « Le polar qui vient du Groenland » est vraiment trompeur… Encore de la publicité mensongère !
Heureusement, après lecture, je reconnais qu’à travers une intrigue bien construite et passionnante l’auteur m’a embarqué au Groenland et j’y ai découvert beaucoup d’informations, sur la vie dans le Grand Nord, « dans ce pays constitutif du royaume de Danemark et territoire d’outre-mer associé à l’Union européenne »,  dans la deuxième plus grande île du globe avec une superficie équivalente à environ 3,5 fois la France. Le contexte politique avec le statut particulier d’autonomie, le contexte économique avec les enjeux pétrolier et écologique sont parties prenantes de cette histoire. La culture inuit est également présente avec les esprits de Sila, Nanook, Nuna, les « kaffemik » (pauses cafés), leur attachement pour leurs chiens… Et bien sûr, les paysages sont à couper le souffle…
L’enquête, plutôt complexe, est bien mené par le capitaine Qaanaaq Adriensen venu de Copenhague et l’inspecteur inuit Apputiku. Ce qui vient du Danemark, n’est pas vraiment le bienvenue…
Qaanaaq Adriensen porte un prénom inuit, car originaire du Groenland, il est le seul rescapé d’un massacre qui a détruit sa famille. Il avait 3 ans lorsqu’il a été envoyé au Danemark pour être recueilli par une famille adoptive. En arrivant pour son enquête sur la terre de ses ancêtres, il ne ressent rien et aucune attirance pour cette contrée hostile.
Qaanaaq est également le nom de la localité la plus septentrionale du Groenland, situé au nord-ouest, elle a été créée en 1953 avec l’aide des États-Unis pour loger les Inuits qui y ont été exilés de force, lors de la construction de la base aérienne de Thulé sur leurs terres ancestrales.
Apputiku, toujours souriant, accueille avec beaucoup de chaleur et de bienveillance ce collègue venue de Copenhague, aussi bien dans le cadre professionnel, que personnel car il invite Qaanaaq à habiter chez lui.
J’ai finalement beaucoup aimé ce roman policier, son cadre, ses enquêteurs attachants et professionnels et l’intrigue efficace et passionnante.

Merci Arnaud et les éditions de La Martinière pour cette belle découverte et ce  dépaysement dans l’immensité arctique.

Extrait : (début du livre)
L’enfant ouvre les yeux sur la nuit polaire.
Sous sa couverture de phoque, ce n’est pas de froid que grelotte la petite créature – elle a l’habitude. Elle vit déjà son troisième hiver interminable. Elle connaît tous les trucs, toutes les règles : les trois couches pour commencer, une en coton, une en laine, puis la peau tannée. Les tonnes de graisse animale à avaler chaque jour, comme une cuirasse calorique. Ça la dégoûte un peu. Mais il faut s’y faire.
Non, c’est autre chose qui l’a saisie. L’a arrachée au repos. Une autre évidence échappée des immensités blanches, bleutées de lune, qui a pris le pas sur son rêve.
Tous les Inuits le savent : rien de bon ne naît dans les songes.

Au-dehors, la violence des rafales cogne contre les pans de cuir tendus comme sur un tambour. Les esprits de la banquise hurlent la colère obstinée de leur vent fou – le pitaraq venu du désert de l’inlandsis. Ils n’annoncent que malheur. Ils parlent de peur, de larmes, de désolation. Ils répètent les visions funestes de l’angakkuq du village – mais qui écoute encore les élucubrations du chamane, de nos jours ?
Les coups rythment les battements sourds du cœur de l’enfant. Pourtant, sous la tente, tout est paisible. Dans un coin, un minuscule poêle à huile dispense son faible halo. Sila, l’âme de la famille, est en parfaite harmonie avec Nuna, leur terre nourricière. Sans cela, ils n’auraient pas mangé à leur faim avant le coucher. Sans cela, ils n’auraient jamais tenu jusqu’ici, tous les quatre. Son père n’est peut-être pas le meilleur chasseur de la région, ce n’en est pas moins un fier pisteur de narvals et d’ours. Les sens affûtés et l’instinct clair. S’il y avait un danger quelconque, il serait déjà debout. Le fusil épaulé. Aux aguets. Sa mère et Aka n’ont pas bougé non plus, amas de corps familiers, chaud et rassurant.
Mina perçoit l’odeur de mort qui rôde autour des peaux de rennes. Remparts dérisoires. La veille, une épaisseur de neige fraîche a recouvert la glace. Des bruits de pas ne seraient guère plus audibles que sur un tapis.
Mina écoute.
Le silence profond est parfois plus effrayant que les plus lugubres des plaintes.
– Anaana ! Anaana ! souffle l’enfant vers sa maman.
C’est peine perdue. Sa mère dort, prisonnière des qivitoq, les esprits malins qui accaparent son sommeil.

Petit bac 2018Lieu (6)

Hunter – Roy Braverman

Lu en partenariat avec Babelio et Hugo & Cie

CVT_Hunter_3805 Hugo & Cie – mai 2018 – 352 pages

Quatrième de couverture :
Plus personne ne s’arrête à Pilgrim’s Rest. Une vallée perdue dans les Appalaches. Un patelin isolé depuis des jours par le blizzard. Un motel racheté par le shérif et son frère simplet. Un bowling fermé depuis longtemps. Et l’obsédant souvenir d’une tragédie sans nom : cinq hommes sauvagement exécutés et leurs femmes à jamais disparues. Et voilà que Hunter, le demi-sang indien condamné pour ces crimes, s’évade du couloir de la mort et revient dans la vallée. Pour achever son œuvre ?
Après douze ans de haine et de chagrin, un homme se réjouit pourtant de revenir à Pilgrim’s Rest. Freeman a compris le petit jeu de Hunter et va lui mettre la main dessus. Et lui faire enfin avouer, par tous les moyens, où il a caché le corps de Louise, sa fille, une des cinq disparues. Pilgrim’s Rest sera peut-être le terminus de sa vengeance, mais ce que Freeman ignore encore, au volant de sa Camaro rouge qui remonte Murder Drive, c’est qu’il n’est pas le seul à vouloir se venger. Et que la vérité va se révéler plus cruelle et plus perverse encore. Car dans la tempête qui se déchaîne et présage du retour de la terreur, un serial killer peut en cacher un autre. Ou deux.

Auteur : Plus connu sous le pseudo Ian Manook, Roy Braverman est l’auteur de la série à succès Yeruldelgger. Le premier opus de la série a été récompensé en 2014 par : le Prix des lectrices Elle, le Prix SNCF du Polar et le Prix Quais du Polar. Hunter est le premier titre d’une nouvelle série de trois sous le pseudo Roy Braverman.

Mon avis : (lu en mai 2018)
Roy Braverman, alias Ian Manook, alias Patrick Manoukian (son vrai nom) a écrit ce thriller comme un film ! C’est le premier d’une trilogie, celui-ci se passe dans les Appalaches, le numéro 2 se passera en Alaska et le dernier en Louisiane. Il nous explique l’origine de son nouveau pseudo dans la préface de ce livre…
A Pilgrim’s Rest, petite ville isolée des Appalaches, plusieurs couples ont été victimes d’un tueur en série. Les hommes ont été retrouvés assassinés et les femmes ont disparu sans laisser de traces. Hunter a été condamné à mort pour ces crimes et après douze années de prison, il s’évade. Freeman, ancien policier et père de l’une des victimes, s’est lancé à ses trousses, obsédé par l’affaire et ayant étudié les différents crimes et son auteur, il sait que ce dernier va retourner sur les lieux de ses crimes et il compte bien le faire avouer où il a caché ses victimes féminines…
L’intrigue est posée mais bien sûr elle sera bien plus complexe que cela et des rebondissements inattendus vont se succéder avec beaucoup de rythme…
L’écriture est très cinématographique et lors de la première rencontre entre Freeman et Hunter, il s’en suit une scène cataclysmique, inoubliable pour le lecteur…
C’est un vrai roman noir, dans le ton, dans les thèmes abordés et heureusement l’auteur n’a pas oublié quelques touches d’humour pour permettre au lecteur de souffler un peu dans toute cette noirceur.
L’auteur prend beaucoup de soins à décrire la psychologie de chacun de ses personnages, le lecteur ne peut donc pas être indifférent, certains le touchent, il en déteste d’autres, il a très envie de connaître leur sort…
J’ai regretté que dans cette histoire l’environnement et la nature soient moins présents que dans la série Yeruldelgger…

Extrait : (début du livre)
Leur putain de mère s’est tirée. Leur putain de mère à tous les deux. Un père et un nom pour lui, un autre père et un autre nom pour son frère. Tous les deux de passage, les pères. Un à seize ans, l’autre à dix-huit ans, et à vingt et un ans elle se tire avec un courtier de New York en vacances qui abandonne femme et mômes dans son chalet de location pour le petit cul de leur maman moulé dans un short en vichy rose trop court. Ce fumier d’assureur leur a piqué le peu de mère qu’ils avaient encore avec ses taloches à tout va, ses repas de conserves, ses coucheries hurlantes et ses gueules de bois à la semaine. Elle se laissait prendre devant eux, tous les deux debout au garde-à-vous au pied du lit quand ses amants tordus l’exigeaient, en la baffant à grands revers de chevalières. Il sent encore la main de son frère serrer la sienne jusqu’à s’en blanchir les articulations, pour qu’il arrête de pleurer et ne se prenne pas la gifle de trop qu’il ne pourrait pas encaisser dans sa petite gueule de simplet. Et quand ces types en rut étaient partis, elle les attrapait et les serrait fort contre elle, contre son corps nu et chaud sur le lit défait, encore tout visqueux de tous ces cons.
Il enfouit son visage dans ses poings blanchis par la rage et se frappe le front pour chasser le goût amer de la peau de sa maman, quand il chialait dessus en reniflant. La sensation du grain de ses tétons marron encore bandés dans la paume de sa petite main de môme. L’odeur aigre de son sexe ouvert comme une blessure. Sa maman, sa petite maman ! Il s’en veut d’en bander encore quand il y repense. Il s’en frappe la tête tous les soirs à cinquante ans passés. Il se donne des coups comme ceux qu’elle prenait quand ces types s’énervaient contre elle, avec leurs braquemarts bringuebalant dans la bagarre. Comme des armes dont ils réussissaient toujours à la pénétrer. À la clouer quelque part. Dans des rugissements qui finissaient en borborygmes. C’est là qu’il avait appris que l’amour se donne et se prend dans les pleurs et la douleur. Dans la haine, dans la hargne, dans les coups. Dans ces hurlements injurieux qui se terminaient toujours en supplique. Et soudain Lyvia, la petite Lily, leur petite maman, jeune comme une grande sœur, finissait debout, pantelante, écartelée, transpercée, clouée au mur par le sexe de ces gros dégueulasses. Comme morte, les pieds à trente centimètres du sol.

Petit bac 2018Mot unique (4)