Agatha Raisin enquête, Tome 5 : Pour le meilleur et pour le pire – M. C. Beaton

Agatha_5 Albin Michel – mai 2017 – 288 pages

traduit de l’anglais par Françoise Sorbier

Titre original : Agatha Raisin and the murderous marriage, 1996

Quatrième de couverture :
Incroyable mais vrai : James Lacey, le célibataire le plus convoité des Cotswolds, a cédé au charme de sa voisine, la pétillante quinqua Agatha Raisin !
Hélas, le conte de fées est de courte durée : au moment où les tourtereaux s’apprêtent à dire « oui », Jimmy, l’ex-mari d’Agatha, surgit en pleine cérémonie… Furieux de découvrir que sa future femme est déjà unie à un autre, James abandonne Agatha, désespérée, au pied de l’autel.
Le lendemain, Jimmy est retrouvé mort au fond d’un fossé. Suspect n°1, le couple Agatha-James se reforme le temps d’une enquête pour laver leur réputation et faire la lumière sur cette affaire.

Auteur : Née en 1936 à Glasgow, M.C. Beaton a été successivement libraire, critique de théâtre, journaliste et éditrice, avant de devenir un des auteurs de best-sellers les plus lus de Grande-Bretagne. Sa série Agatha Raisin a été adaptée à la télévision et a été diffusée en France en 2017.

Mon avis : (lu en avril 2018)
Le mariage d’Agatha Raisin et de James Lacey doit avoir lieu.
Le mariage n’aura pas à l’église du village, mais seulement à la mairie de Mircester.
En effet, Agatha est la seule à savoir qu’elle n’a jamais divorcé de son premier mari qu’elle pense mort. Mais elle n’a aucune preuve… Et bien sûr Jimmy, l’ex-mari, débarque en cours de cérémonie et James se sentant trahi abandonne Agatha. Et quelques heures plus tard Jimmy est retrouvé mort au fond d’un fossé…
Agatha et James sont considérés comme les suspects numéro 1 et ils vont devoir s’unir pour mener l’enquête et se disculper…
Cette série est toujours aussi amusante, facile à lire, pleine d’humour et son côté british est savoureux et distrayant. 

Extrait : (début du livre)
Le mariage d’Agatha Raisin et de James Lacey devait avoir lieu dans une semaine. Les habitants de Carsely, village des Cotswolds, étaient déçus qu’Agatha ne se marie pas à l’église du village, mais à la mairie de Mircester, et Mrs Bloxby, la femme du pasteur, était perplexe et meurtrie.
Agatha était seule à savoir qu’elle n’avait aucune preuve de la mort de son premier mari. Seule à savoir aussi qu’elle s’apprêtait peut-être à devenir bigame. Mais elle était follement amoureuse de son séduisant voisin, le beau James Lacey, et terrifiée à l’idée de le perdre si elle remettait le mariage à plus tard pour trouver la preuve désirée. Elle n’avait pas vu son ivrogne de mari, Jimmy Raisin, depuis des années. Il avait bien dû finir par mourir.
Elle avait choisi la mairie de Mircester parce que le préposé au bureau de l’état civil y était vieux, sourd et totalement dépourvu de curiosité. Les seules démarches exigées étaient des déclarations à faire et des formulaires à remplir, mais on ne lui demandait de fournir aucune preuve à l’appui, hormis son passeport, qui était toujours à son nom de jeune fille, Agatha Styles. La réception du mariage devait avoir lieu dans la salle des fêtes et presque tout le village y avait été invité.
Mais à l’insu d’Agatha, des forces hostiles conspiraient déjà contre elle. Dans un moment de rancœur vindicative, son ex-ami, le jeune Roy Silver, estimant qu’elle lui avait coupé l’herbe sous le pied lors d’une occasion en or de se mettre en avant, avait engagé un détective privé pour tenter de retrouver le mari de son ex-patronne. Roy avait jadis travaillé pour l’agence de relations publiques d’Agatha et était passé dans la société qui en avait racheté les parts quand elle avait pris une retraite anticipée. Roy aimait sans doute autant Agatha qu’il lui était possible d’aimer quelqu’un, mais quand elle avait résolu sa dernière affaire criminelle, il espérait en retirer une certaine publicité – après tout, il y avait été associé. Or elle l’avait ignoré ; les gens comme Roy éprouvent toujours le besoin de se venger.

Déjà lu du même auteur :

111279972  tome 1 : La quiche fatale  112115556 tome 2 : Remède de cheval

511YgPvGkHL tome 4 : Randonnée mortelle 

117060981 tome 3 : Pas de pot pour la jardinière

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Petit bac 2018Mot positif (4)

 

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La chorale du diable – Martin Michaud

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Kennes – mai 2017 – 405 pages

Kennes Editions – mai 2015 – 507 pages

Québec loisirs – 2011 – 512 pages

Quatrième de couverture :
Dans ce qui a tout l’air d’être un drame familial, une femme et ses trois enfants sont sauvagement tués à coups de hache. L’auteur présumé du carnage, le mari, s’est suicidé après s’être tranché la langue. Mais est-ce bien ce qui s’est passé ? Deux jours après, une alerte enlèvement est déclenchée à l échelle de la province de Québec: une jeune fille dévoilant ses charmes sur Internet a été kidnappée. Par qui? Pourquoi? Deux énigmes que vont s’attacher à résoudre en parallèle deux policiers au style rentre-dedans: Victor Lessard qui, sans compter les cadavres laissés derrière lui, en voit d’autres surgir de son passé, enlaidis par le temps; et Jacinthe Taillon, son ancienne coéquipière à la Section des crimes majeurs, qui lui voue une haine infernale. Naviguant à travers le fanatisme religieux et la perversité de démons ordinaires, ils vont s’engager dans une valse à quatre temps diabolique entre Montréal, Sherbrooke, Val-d Or et… le Vatican. Jusqu’à découvrir le secret terrifiant de la chorale du diable.

Auteur : Né en 1970, établi à Montréal depuis plus de vingt ans, Martin Michaud a longuement pratiqué le métier d’avocat d’affaires avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Reconnu par la critique comme le chef de file des écrivains de romans policiers québécois, il a obtenu un succès sans cesse grandissant avec ses sept thrillers, qui lui ont valu la reconnaissance du public et de nombreux prix littéraires. Outre ses activités de romancier, il scénarise d’après son œuvre une série intitulée Victor Lessard diffusée en février 2017.

Mon avis : (lu en mars 2018)
Ce livre est la deuxième enquête du sergent-détective Victor Lessard. Tout commence avec un drame familiale, une femme et ses trois enfants sont sauvagement tués et l’on soupçonne le mari, trouvé également mort, d’être le coupable avant de s’être suicidé.
Cette enquête est douloureuse pour Victor Lessard, elle le renvoie à son passé et à un drame familial qui remonte à son enfance.
En parallèle, il y a le kidnapping d’une jeune femme, des hommes d’Eglise qui ont des comportements surprenants…
Victor Lessard va également se trouver directement impliqué dans un assassinat et poursuivit par des meurtriers. Pour se protéger, il va devoir s’isoler et faire cavalier seul, sans rendre des comptes à sa hiérarchie…
Voilà une intrigue sanglante, très bien construite et bien complexe, un policier attachant qui va se dévoiler un peu plus et bien sûr le charme des expressions québécoises !
Belle découverte québécoise !

Extrait : (début du livre)
1.

Montréal
Une semaine plus tôt, le 5 mai

Simone Fortin pose la tête sur l’épaule de Victor Lessard.
Le policier tient le parapluie en biais, pour essayer de la protéger de la pluie torrentielle. Après un moment, il baisse le parapluie, puis il le laisse carrément tomber sur le sol.
C’est peine perdue, ils sont trempés.
Le sergent-détective resserre l’étreinte du bras qu’il a passé autour des épaules de la jeune femme. Celle-ci le tient par la taille.
Simone pleure, Lessard aussi…
Bien que la pluie lui offre le couvert de son camouflage, il ne cherche aucunement à cacher ses émotions.
A quelques semaines près, ils célèbrent, cette année encore, un triste anniversaire.
Au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, le temps s’est arrêté pour permettre à Simone Fortin de se souvenir d’une presque soeur et rappeler à Victor Lessard les prémices d’une passion naissante.
L’horloge s’est figée à trente tours de cadran pour Ariane Bélanger, fauchée en plein élan par la lame d’un tueur dément.

Du cimetière, ils marchent bras dessus, bras dessous dans Côte-des-Neiges, jusqu’au café où le policier avait rencontré Ariane pour la première fois.
Une seule phrase a été prononcée.
Simone n’a pu s’empêcher de le reluquer des pieds à la tête. Il porte un jean Diesel, un t-shirt noir, un veston bien coupé et une paire d’espadrilles.
– Tu es beau, Victor. Et c’est fou comme tu as maigri ! Pris de court par le compliment, Lessard rougit et grommelle quelque chose d’inintelligible. Cela dit, Simone a raison : c’est près de quarante livres qu’il a gommées depuis leur rencontre précédente. Ils entrent.
Outre quelques travailleurs autonomes qui étirent leur café et profitent de la connexion Wi-Fi pour procrastiner sur Internet, l’endroit est presque vide. La serveuse, une barrique sur deux pattes avec une tête de crevette, vient prendre leur commande.
– Un double allongé déca avec un peu de lait chaud, dit le sergent-détective.
Simone fait une moue admirative.
– Mais comment arrives-tu à te souvenir de tout ça ? Un café régulier pour moi. Noir.
Lessard se tortille sur sa chaise.
Il se demande comment la jeune femme peut paraître si légère alors que lui se sent engourdi par ses sentiments. Chaque fois qu’ils se revoient, le spectre d’Ariane Bélanger plane sur leur rencontre et le plonge dans un cauchemar éveillé où il se remémore les événements qui ont entraîné sa mort tragique et celle de l’agent Nguyen. Ils n’en ont jamais parlé, mais il suppose que Simone est tout simplement plus forte que lui.
– Comment ça va, à l’hôpital ? commence-t-il pour briser la glace. Toujours aux urgences de Trois-Pistoles ?
– Toujours. Mais je suis en train de compléter une spécialité en gastro-entérologie.
– Palpitant ! lance-t-il avec dégoût. Mais comment fais-tu pour aller jouer dans le c… Enfin, je veux dire… Bref, tu comprends ?
Simone saisit très bien et elle ne peut s’empêcher de pouffer de rire.

Déjà lu du même auteur :

Il ne faut pas parler dans l'ascenseur Il ne faut pas parler dans l’ascenseur

Petit bac 2018Art (4)

Nátt – Ragnar Jónasson

51JJg1VQLwL La Martinière – mars 2018 – 352 pages

traduit de la version anglaise, d’après l’islandais par Philippe Reilly

Titre original : Myrknætti, 2011

Quatrième de couverture :
En Islande, les fjords et les volcans dissimulent des secrets macabres. Une seule règle : ne pas se fier aux apparences.
C’est l’été à Siglufjördur. Le climat de ce village du nord de l’Islande est si rude que le jeune policier Ari Thór voit arriver avec soulagement cette saison où le soleil brille à toute heure du jour et de la nuit. Mais le répit est de courte durée. Un homme battu à mort est découvert sur les bords d’un fjord tranquille. Une jeune journaliste vient fouiner d’un peu trop près. Que cherche-t-elle à découvrir ? Ou à étouffer ?
Surtout, l’éruption spectaculaire de l’Eyjafjallajökull recouvre peu à peu toute l’Islande d’un épais nuage de cendres. Cette étrange  » nuit  » – nátt, en islandais – fait remonter les secrets les plus enfouis. Personne ne sera épargné. Pas même Ari Thór, qui doit pourtant boucler son enquête au plus vite, s’il veut éviter de nouveaux crimes.

Auteur : Ragnar Jónasson est né à Reykjavik en 1976. Ses grands-parents sont originaires de Siglufjördur, la ville où se déroule Snjór. Grand lecteur d’Agatha Christie dès son plus jeune âge – et plus tard de P.D. James ou Peter May –, il entreprend la traduction, à 17 ans, de quatorze de ses romans en islandais. Avocat et professeur de droit à l’Université de Reykjavik, il est aussi écrivain et le cofondateur du Festival international de romans policiers « Iceland Noir « .

Mon avis : (lu en mars 2018)
En préambule, l’éditeur nous précise que les événements de Nátt se situent un peu après Snjór, premier volume de la série des enquêtes d’Ari Thór, et un peu avant Mörk, le deuxième volume. C’est vrai en France, car en regardant les dates de parutions en Islande de cette série, les trois histoires sont parus chronologiquement : Snjór (2010), Nátt (2011) et Mörk (2015)… Encore une bizarrerie d’éditeur de nous traduire les livres dans l’ordre 1, 3 et 2 !
Le titre de l’édition française, Nátt signifie nuit en islandais, le titre original islandais est Myrknætti, c’est à dire nuit noire.
L’histoire se passe en été, et à cette saison, à Siglufjördur, dans le nord de l’Islande, le soleil brille jour et nuit, alors que l’été arctique sur Reykajvik est perturbée par une récente éruption volcanique.
Un homme sauvagement battu à mort est découvert par un touriste américain.
Une jeune journaliste quitte Reykajvik pour venir enquêter par elle-même sur ce meurtre.
Dans le commissariat de Siglufjördur, Tómas est triste car sa femme est partie à Reykjavík, Ari Thór est célibataire depuis qu’il a avoué à Kristín qu’il l’avait trompé avec Ugla, sa voisine prof de piano et pour compléter le tableau Hlynur est perturbé par la réception d’e-mails plutôt inquiétants… Hésitant à quitter le métier, Tómas fait confiance à Ari Thór pour mener l’enquête.
Une enquête qui va s’avérer plus complexe qu’elle en a l’air, ainsi il est questions de non-dits et d’histoires du passé… Fausses pistes, rebondissements peu à peu le lecteur reconstitue le puzzle de l’intrigue.
J’ai toujours plaisir à retrouver cette série (même dans le désordre…) et les beaux espaces du nord de l’Islande !

Extrait : (début du livre)
Ça vous plaît, l’Islande ?
Depuis son arrivée dans l’île, tout le monde lui posait cette question.

La belle aurore de juin annonçait une journée prometteuse. Non qu’il y ait une différence très nette entre le matin et le soir : à cette période de l’année, le soleil brillait pratiquement sans interruption, jetant sa lumière aveuglante partout où Evan Fein portait le regard.
Étudiant en histoire de l’art, originaire de l’Ohio, il se préparait depuis longtemps à découvrir cette île aux confins du monde habitable. Et il s’y trouvait enfin. Peu avant son arrivée, les Islandais avaient eu droit à deux éruptions volcaniques consécutives, comme si la Nature avait concentré toute son énergie pour ajouter au désastre du crash financier. L’activité du volcan s’était, depuis, quelque peu apaisée ; Evan n’avait pas assisté au plus fort du spectacle.
Il avait commencé par quelques jours à Reykjavík et dans ses environs pour admirer les sites touristiques incontournables, puis loué une voiture et pris la route du Nord. Après une nuit passée dans un camping de Blönduós, il partit de bonne heure en direction de Skagafjördur. La voiture était équipée d’un lecteur CD, il y glissa l’album de vieilles ballades islandaises qu’il venait d’acheter. Cette musique lui plaisait, même s’il ne comprenait pas les paroles. Il se sentait heureux, ainsi immergé dans la culture du pays qu’il explorait comme un vrai baroudeur.
Il s’engagea sur la route sinueuse de Thverárfall qu’il quitta juste avant la ville de Saudárkrókur, sur le versant le plus lointain de la péninsule. Il avait envie de jeter un coup d’œil à la source de Grettir, ce bain chaud ancestral entouré d’un muret de pierre, censée, se situer dans les environs, non loin de la côte. Roulant au pas sur la piste cahoteuse, il se demanda s’il ne perdait pas son temps à essayer de le localiser. Toutefois, l’idée de se détendre un peu dans l’eau fumante tout en savourant la beauté du paysage et la tranquillité du matin était séduisante. Il continua d’avancer lentement, dispersant sur son passage les troupeaux de moutons, mais les sources demeuraient introuvables. Il avait dû rater un embranchement. Chaque fois qu’il passait devant une ferme, il scrutait le paysage pour repérer l’accès aux sources – au fond d’un champ, en contrebas d’un virage, le long d’un chemin de terre… Avait-il roulé trop longtemps ?
Enfin, il avisa une jolie maison en bordure de route qui, vue de plus près, paraissait inachevée. Une camionnette grise était garée juste devant. Evan se rangea le long du chemin. Et sursauta.

Déjà lu du même auteur :

131349_couverture_Hres_0 Snjór 114926779 Mörk

Petit bac 2018Mot unique (2)

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Condor – Caryl Férey

Lu en partenariat avec Folio

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Folio – février 2018 – 512 pages

Gallimard – mars 2016 – 416 pages

Quatrième de couverture :
Dans le quartier brûlant de La Victoria, à Santiago, quatre cadavres d’adolescents sont retrouvés au cours de la même semaine. Face à l’indifférence des pouvoirs publics, Gabriela, jeune vidéaste mapuche habitée par sa destinée chamanique et les souffrances de son peuple, s’empare de l’affaire. Avec l’aide de son ami Stefano, militant rentré au Chili après plusieurs décennies d’exil, et de l’avocat Esteban Roz-Tagle, dandy abonné aux causes perdues qui convertit sa fortune familiale en litres de pisco sour, elle tente de percer le mystère. Dans un pays encore gangrené par l’héritage politique et économique de Pinochet, où les puissances de l’argent règnent en toute impunité, l’enquête dérange, les plaies se rouvrent, l’amour devient mystique et les cadavres s’accumulent…

Auteur : Écrivain, voyageur et scénariste, Caryl Férey s’est imposé comme l’un des meilleurs auteurs de thrillers français en 2008 avec Zulu, Grand Prix de littérature policière 2008 et Grand Prix des lectrices de Elle Policier 2009, et Mapuche, prix Landerneau polar 2012 et Meilleur Polar français 2012 du magazine Lire.

Mon avis : (lu en mars 2018)
Tout commence avec la découverte d’un gamin mort d’overdose dans un quartier pauvre de Santiago. Gabriela, une jeune mapuche rebelle, venue en ville pour étudier et vidéaste amateur, n’accepte pas que la police ne fasse aucune enquête après ce drame, d’autant plus que trois autres jeunes sont morts également les jours précédents. Gabriela décide donc de contacter un avocat, Esteban Roz-Tagle, le spécialiste des causes perdues…
Au début, il se passe beaucoup d’événements, on ne comprend pas encore les liens qui pourraient exister entre eux… Puis peu à peu les morceaux du puzzle s’assemblent et le lecteur se laisse entraîner dans ce thriller palpitant et haletant qui nous fait découvrir le Chili d’aujourd’hui,  qui a également des comptes à régler avec le passé.

Il est question de drogue, de politique, de corruption, de violence… mais également d’amour, de cinéma et de poésie… Caryl Férey a fait grand travail de documentation et a décrit ses personnages avec beaucoup de soins, certains sont très attachants, d’autres vraiment méchants. Les paysages sont également dépaysants, de Santiago au désert d’Atacama, le voyage a été réussi !

Merci les éditions Folio pour cette lecture haletante et palpitante.

Extrait : (début du livre)
L’ambiance était électrique Plaza Italia. Fumigènes, musique, chars bariolés, les hélicoptères de la police vrombissaient dans le ciel, surveillant d’un œil panoptique les vagues étudiantes qui affluaient sur l’artère centrale de Santiago.
Gabriela se fraya un chemin parmi la foule agglutinée le long des barrières de sécurité. Elle avait revêtu un jean noir, une cape de plastique transparent pour protéger sa caméra des canons à eau, de vieilles rangers trouvées aux puces, le tee-shirt noir où l’on pouvait lire « Yo quiero estudiar para no ser fuerza especial 1 » : sa tenue de combat.
C’était la première manifestation postélectorale mais, sous ses airs de militante urbaine, Gabriela appréhendait moins de se frotter aux pacos – les flics – que de revoir Camila.
Elles s’étaient rencontrées quelques années plus tôt sous l’ère Piñera, le président milliardaire, lors de la révolte de 2011 qui avait marqué les premières contestations massives depuis la fin de la dictature. Ici l’éducation était considérée comme un bien marchand. Chaque mensualité d’université équivalait au salaire d’un ouvrier, soixante-dix pour cent des étudiants étaient endettés, autant contraints d’abandonner en route sauf à taxer leurs parents, parfois à vie et sans garantie de résultats. À chaque esquisse de réforme, économistes et experts dissertaient sans convoquer aucun membre du corps enseignant, avant de laisser les banques gérer l’affaire – les fameux prêts étudiants, qui rapportaient gros.
Si après quarante années de néolibéralisme ce type de scandale n’étonnait plus personne, leur génération n’en voulait plus. Ils avaient lu Bourdieu, Chomsky, Foucault, le sous-commandant Marcos, Laclau, ces livres qu’on avait tant de mal à trouver dans les rares librairies de Santiago ou d’ailleurs. Ils n’avaient pas connu la dictature et la raillaient comme une breloque fasciste pour nostalgiques de l’ordre et du bâton ; ils vivaient à l’heure d’Internet, des Indignés et des réseaux sociaux, revendiquaient le droit à une « éducation gratuite et de qualité ». Les étudiants avaient fait grève presque toute l’année, bloqué les universités, manifesté en inventant de nouvelles formes, comme ces zombi walks géants où deux mille jeunes grimés en morts-vivants dansaient, synchrones, un véritable show médiatique devant des bataillons casqués qui n’y comprenaient rien. Piñera avait limogé quelques ministres pour calmer la fronde mais les enseignants, les ouvriers, les employés, même des retraités s’étaient ralliés aux contestataires.
Les forces antiémeutes ne tiraient plus à balles réelles sur la foule, comme au temps de Pinochet : elles se contentaient de repousser les manifestants au canon à eau depuis les blindés avant de les matraquer. Des dizaines de blessés, huit cents arrestations, passages à tabac, menaces, Gabriela avait tout filmé, parfois à ses risques et périls.

 1 : « Je veux étudier pour ne pas faire partie des Forces spéciales. »

Déjà lu du même auteur :

zulu Zulu haka_p Haka mapuche Mapuche

Petit bac 2018Animal (2)

Quelque part entre le bien et le mal – Christophe Molmy

Lu en partenariat avec les Editions de la Martinière 

131736_couverture_Hres_0 La Martinière – janvier 2018 – 352 pages

Quatrième de couverture : 
Sélectionné pour les prix du polar de Cognac, prix Landerneau, prix du Meilleur Polar des lecteurs de Points et prix du Goéland Masqué, Christophe Molmy confirme son talent avec ce nouveau roman magistral.
Coline a toujours rêvé d’intégrer la PJ. Mais elle n’a ni l’allure ni l’audace qu’on prête aux grands flics parisiens. Et puis… c’est une femme. Elle végète dans son commissariat de banlieue, jusqu’au jour où le suicide d’une jeune femme la met sur la piste d’un tueur en série.
De son côté, Philippe, vieux routier du 36 quai des Orfèvres, se débat avec une prise d’otage et des braqueurs manouches qu’il rêve de saisir en flagrant délit. Se peut-il que ces affaires soient liées ? Et jusqu’où chacun ira-t-il pour sauver sa peau. Ou risquer la sienne ?
Dans les rues de Paris se croisent flics, avocats, voyous et victimes. Au milieu de tout ce monde, le chien noir veille. Celui qui patiente, tapis en chacun de nous. Le maître de nos pulsions. Et qui n’attend qu’un bruit infime, un geste, pour se réveiller et nous emporter dans sa furie.

Auteur : Christophe Molmy est chef de la BRI de Paris (Brigade de recherche et d’intervention, dite aussi Brigade antigang), service spécialisé dans la lutte contre le grand banditisme. Quelque part entre le bien et le mal est son deuxième roman.

Mon avis : (lu en février 2018)
Dans le deuxième polar de Christophe Molmy, nous retrouvons deux personnages de son premier roman policier : Philippe Lelouedec du 36, quai des Orfèvres et Renan Pessac devenu commissaire en banlieue, à Villejuif.
Mais il n’est pas nécessaire d’avoir lu le premier roman policier pour apprécier le second.
L’équipe de Philippe Lelouedec surveille et traque deux frères manouches qui préparent l’attaque d’un DAB (distributeur automatique de billets).
Le quotidien de Renan Pessac est bien plus calme dans son commissariat de banlieue. Mais un jour, Céline, l’une de ses enquêtrices, remarque des similitudes entre différents cas de suicides. Toutes les suicidées sont de jeunes femmes blondes, vivant seules, chacune d’elles a été retrouvée pendue habillée d’une robe et coiffée d’une tresse.
Le lecteur va suivre les deux enquêtes en parallèle dans une intrigue réussie et efficace. L’auteur, lui-même policier, n’hésite pas à utiliser des termes spécifiques au métier (avec renvoi à une note explicative pour ne pas perdre le lecteur), et à décrire précisément les rôles et le travail de chacun. C’est donc à la fois intéressant de découvrir les dessous d’une enquête et de suivre l’enquête en direct.
Comme bon roman policier, il y a du suspens, des fausses pistes, des rebondissements… Les différents personnages sont également bien dessinés, aussi bien côté policier que du côté bandits.

Merci les Editions de la Martinière pour ce polar page turner réussi.

Extrait : (début du livre)
Le vol, c’est un métier comme un autre. Franck Schmidt en vivait depuis qu’il était enfant. Depuis que son père lui avait expliqué qu’en dehors des siens prendre ce qu’il désirait n’était pas du vol mais un mode de vie. Celui de gens qui avaient refusé le choix facile d’un appartement de banlieue et d’un petit boulot. Celui de ses oncles, ses cousins. De presque toutes les personnes qui l’avaient vu grandir. Ce métier, il l’abordait avec la rigueur et le sérieux d’un professionnel, exigeant et attentionné envers ses partenaires, habile et prudent sur le terrain, joueur et taiseux avec les flics. Il avait vite compris que, pour durer, le secret était de se gaver sans être trop regardant, ramasser tout ce qui était possible sans devenir trop gourmand. L’intérêt majeur de cette vie était la liberté. Ce qu’il devait préserver avant tout. La liberté, et le frisson qui le parcourait à chaque fois.

Lorsque Stéphane, son jeune frère, lui avait proposé de s’attaquer à des distributeurs de billets, il avait eu faim rien que d’y songer. Comme s’il tenait déjà un calibre à la main. Comme à chaque fois qu’il s’imaginait monter sur un braquage, avec ce sentiment de surpuissance qui le grisait, cette impression de dominer son destin.

Juché sur son scooter volé, il surveillait la rue tandis que Stéphane reculait pour prendre suffisamment d’élan. Avant que son cadet ne rabatte la visière de son casque de moto, il aperçut ses yeux soudain durcis par le stress et l’adrénaline ; aussi précis qu’une visée laser braquée sur la façade de la banque. Il aimait cet état presque second, celui où se mêlaient la peur et l’envie de tout faire voler devant soi, cette sensation de pouvoir tout écraser.

Il connaissait bien le quartier. Depuis Stalingrad, l’avenue Jean Jaurès filait tout droit vers Pantin. À quelques encablures de leur fief, dans les quartiers nord de Montreuil. Là où, avec Stéphane, ils avaient passé leur jeunesse à semer les flics sur des motos, puis au volant de voitures volées, à l’âge où d’autres perdaient leur temps à l’école. Ils connaissaient chaque sens interdit, chaque impasse. Autant de moyens de disparaître en cas de course-poursuite, du moins si une patrouille avait le temps de se pointer avant qu’ils ne s’envolent. Attentionnés, les flics prenaient toujours le soin de les prévenir de leur arrivée en mettant leur deux-tons.

Cela faisait maintenant cinq bonnes minutes que l’employé s’était enfermé dans le local de maintenance. Juste assez pour lancer la procédure de temporisation ; l’ouverture retardée des coffres relais qui abritaient l’argent destiné à alimenter le distributeur. Franck démarra pour s’assurer que son TMax n’allait pas le planter au moment de s’enfuir, fit un signe de tête à son frère. Stéphane allait se lancer d’une seconde à l’autre. Il n’hésiterait pas. Quand ils étaient gosses, Franck l’avait vu foncer sur un barrage de pandores au volant d’une voiture empruntée pour rentrer au camp en sortant de boîte. La berline diesel n’avait rien sous le capot. Compte tenu de leur âge ils ne risquaient pas grand-chose, pas même les foudres de leur daron. Et pourtant, Stéphane avait accéléré, en se marrant. Les gendarmes avaient trouvé ça moins drôle, rafalant l’arrière de la voiture et les traquant le reste de la nuit. Stéphane voulait s’amuser. Foncer et mordre le destin à pleines dents pour le faire lâcher prise. À près de trente-cinq ans, Franck avait renoncé à prendre des risques inutiles ; la dernière fois qu’ils s’étaient attaqués à un DAB, ils avaient pris plus de soixante-dix mille euros. Assez pour lever le pied un moment.

Ses muscles se tendirent. C’était toujours pareil avant un braquage. Même s’il y pensait depuis plusieurs jours, qu’il s’était levé avec l’idée de se retrouver là, un calibre dans la poche et prêt à tout, il fallait laisser à son corps le temps de s’y préparer. Dans quelques secondes, il aurait peut-être besoin de courir ou de se battre, de charger son frère derrière lui pour s’enfuir dans les rues de Paris. Sans qu’il ne puisse trouver les mots exacts pour le décrire, le temps parut s’étirer. Autour de lui, le monde tournait en ignorant le fracas qui s’annonçait. Il regarda une famille traverser devant lui. Il était presque midi, la mère avait dû aller chercher ses deux enfants à la sortie de l’école. Ils ne devaient pas avoir plus de dix ans, mais même son affection pour les gamins ne réussit pas à le toucher, à se frayer un chemin jusqu’à sa conscience. À ce moment précis, ils ne représentaient qu’une gêne potentielle. Une complication. Son instinct de survie écrasait tout le reste.

Déjà lu du même auteur :
102910076 (1) Les loups blessés

Petit bac 2018
Mot Positif (2)

Un fond de vérité – Zigmunt Miloszewski

Lu en partenariat avec le Prix SNCF du polar

VERITE grande 81t1ErmullL

Pocket – septembre 2016 – 544 pages

Mirobole éditions – janvier 2015 – 472 pages

traduit du polonais par Kamil Barbarski

Titre original : Ziarno Prawdy, 2014

Quatrième de couverture :
Dans toute légende, dit-on, il y a un fond de vérité. À Sandomierz, sage bourgade de la province polonaise, on ne croit plus depuis longtemps que les Juifs enlèvent les enfants catholiques pour les vider de leur sang. Quoique… La découverte d’une jeune notable devant l’ancienne synagogue, égorgée suivant le rituel de l’abattage casher, réveille anciennes croyances et vieux démons… À charge pour le procureur Teodore Szacki, fraîchement divorcé et exilé de la capitale, de trouver la vérité.

Auteur : Né à Varsovie en 1976, Zygmunt Miłoszewski est écrivain et scénariste. Ses romans sont traduits en dix-sept langues. En France, grâce à sa trilogie de romans policiers mettant en scène le procureur Teodore Szacki, il a été finaliste du Grand Prix des lectrices de ELLE, du Prix du polar à Cognac et du Prix du polar européen du Point. Après Les Impliqués (2007) et Un fond de vérité (2015), La Rage (2016) a reçu le Prix Transfuge du meilleur polar étranger. Son dernier roman, Inavouable, a paru en 2017.

Mon avis : (lu en janvier 2018)
J’ai choisi de recevoir ce polar dans le cadre du Prix SNCF du polar pour deux raisons, d’abord car c’est un auteur que je voulais découvrir depuis quelques temps et d’autre part car c’est un auteur polonais pour mon Challenge Voisins Voisines
Ce roman policier est le deuxième de la trilogie avec  le procureur Teodore Szacki.
Teodore Szacki a choisi de quitter Varsovie pour s’installer dans la petite ville de Sandomierz, au bord de la Vistule. Mais Sandomierz est trop calme, Szaki s’ennuie jusqu’au jour où le corps d’une femme est découvert près de l’ancienne synagogue.
Ela Budnik la jeune épouse d’un conseiller municipal a été égorgée selon un rituel juif. Toute la ville est en émoi, on fait allusion à de vieilles légendes autour des juifs. Szacki est jugé le plus objectif pour mener l’enquête car à Sandomierz tout le monde se connaît. Il sera aidé par Barbara Sobieraj, également procureur, et Leon Wilczur, un vieux flic aigri. Alors que le procureur enquête sur son tueur d’autres crimes sanglants ont lieu et tous semblent faire penser à un meurtrier juif…
L’enquête est pleine de rebondissements et c’est l’occasion de découvrir un pan de l’histoire de la Pologne avec la difficile cohabitation entre juifs et catholiques. C’est instructif et passionnant, il est question de pogroms, du difficile retour des camps et du mythe du juif avide de sang chrétien qui vole et tue les enfants catholiques.
Teodore Szacki est un personnage attachant et je n’hésiterai pas à le retrouver dans les deux autres enquêtes le concernant.

Merci le  Prix SNCF du polar pour la découverte de ce polar polonais !

Extrait :
MERCREDI 15 AVRIL 2009

Les Juifs célèbrent le septième jour de Pessa’h et commémorent la traversée de la mer Rouge ; pour les chrétiens, c’est le quatrième jour de l’octave de Pâques ; pour les Polonais, le deuxième des trois que durera le deuil national décrété après l’incendie de Kamierî Pomorski où vingt-trois personnes ont trouvé la mort. Dans le monde du football de haut niveau européen, les clubs de Chelsea et de Manchester United accèdent aux demi-finales de la Ligue des Champions ; dans le monde du football polonais, quelques supporters du club LKS Lódz, opposé au rival local, le Widzew, sont mis en examen pour incitation à la haine raciale suite à leur interpellation vêtus de T-Shirt estampillés «Mort aux putes juives du Widzew». La direction générale de la police nationale publie son rapport sur la criminalité du mois de mars : on enregistre une hausse de 11 % par rapport à l’année précédente ; la police commente comme suit : «La crise va pousser les citoyens à commettre davantage de crimes.» À Sandomierz, elle a déjà poussé la caissière d’une boucherie à vendre sous le manteau des paquets de cigarettes au noir- la femme a été arrêtée. Dans cette ville, il fait froid, comme partout en Pologne ; la température ne dépasse pas les quatorze degrés, mais il s’agit malgré tout de la première journée ensoleillée après un week-end de Pâques glacial.

I

Les fantômes n’apparaissent certainement pas à minuit. A minuit, les films de deuxième partie de soirée ne sont pas terminés à la télé, les adolescents songent à leur enseignante sexy, les amants reprennent des forces avant de remettre ça, les vieux couples mènent des discussions sérieuses à propos de leur épargne, les épouses modèles sortent des gâteaux du four et les mauvais époux réveillent les enfants en tentant d’ouvrir la porte de l’appartement dans un état d’ébriété avancée. Il y a trop de vie à minuit pour que les fantômes fassent leur petit effet. Plus tard dans la nuit, à l’aube, c’est une tout autre histoire : même les employés des stations-service piquent du nez et la lumière blafarde extrait de l’obscurité des objets et des êtres dont nous ne soupçonnions pas l’existence.
Il était plus de 4 heures du matin, le soleil devait se lever une heure plus tard et Roman Myszynski luttait pour ne pas s endormir dans la salle d’étude des Archives nationales de Sandomierz, entouré par des morts. De part et d’autre de sa table de lecture s’empilaient des registres paroissiaux du XIXe siècle et, bien que la majorité des inscriptions concernât des moments de vie heureux – les baptêmes et les mariages étant plus nombreux que les avis de décès -, il sentait malgré tout l’odeur de la mort l’envahir. Il n’arrivait pas à se départir de l’idée que tous ces nourrissons et jeunes mariés mangeaient les pissenlits par la racine depuis plusieurs décennies pour certains et que ces livres, rarement consultés, rarement dépoussiérés, demeuraient l’unique témoignage de leur passage sur cette terre. Quoique ces macchabées aient eu relativement de la chance, si on pensait au sort que la guerre avait réservé à la plupart des archives du pays.

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Quand sort la recluse – Fred Vargas

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Audiolib – novembre 2017 – 11h54 – Lu par Thierry Jansen

Quatrième de couverture :
– Trois morts, c’est exact, dit Danglard. Mais cela regarde les médecins, les épidémiologistes, les zoologues. Nous, en aucun cas. Ce n’est pas de notre compétence.
– Ce qu’il serait bon de vérifier, dit Adamsberg. J’ai donc rendez-vous demain au Muséum d’Histoire naturelle.
– Je ne veux pas y croire, je ne veux pas y croire. Revenez-nous, commissaire. Bon sang mais dans quelles brumes avez-vous perdu la vue?
– Je vois très bien dans les brumes, dit Adamsberg un peu sèchement, en posant ses deux mains à plat sur la table. Je vais donc être net. Je crois que ces trois hommes ont été assassinés.
– Assassinés, répéta le commandant Danglard. Par l’araignée recluse ?

Auteur : Fred Vargas est née en 1957. Médiéviste et titulaire d’un doctorat d’Histoire, elle est chercheur en Histoire et Archéologie au CNRS. La quasi-totalité de son œuvre – les « rompols » comme elle appelle ses textes policiers – est publiée aux Éditions Viviane Hamy. Primés à plusieurs reprises, adaptés au cinéma – Pars vite et reviens tard – et à la télévision, traduits dans plus de 40 langues, ses livres sont des best-sellers en France comme en Allemagne et en Italie.
Lecteur : Comédien, auteur et metteur en scène formé au clown et à la commedia dell’arte, Thierry Janssen a travaillé entre autres avec Carlo Boso et Franco Dragone. Il a déjà enregistré pour Audiolib, notamment, Pars vite et reviens tard, Dans les bois éternels, Temps glaciaires de Fred Vargas, pour lequel il a obtenu prix du livre audio France Culture / Lire dans le noir.

Mon avis : (relu en audio en janvier 2018)
J’ai beaucoup aimé cette nouvelle enquête du commissaire Adamsberg où j’ai retrouvé l’esprit et le rythme de ses premières enquêtes !
J’ai découvert l’existence de cette araignée : la Loxosceles reclusa, « recluse brune » ou « araignée violoniste » dont la morsure peut provoquer la nécrose des tissus touchés et des infections. Une arme vraiment originale !
Adamsberg est intrigué par la mort de plusieurs hommes, dans le sud-est de la France, mordus par cette petite araignée. Dès le  début, il a l’intuition que ces morts sont suspects, car cette araignée n’est pas de nature agressive et un spécialiste du Muséum National d’Histoire Naturelle confirmera que pour injecter une dose de poison suffisant pour tuer, il faudrait vingt-deux recluses, très énervées et qui déchargent en même temps leur venin sur leur proie, c’est donc hautement improbable !
Danglard, le fidèle second du commissaire, a dans cette enquête un comportement bizarre, il fait tout pour dissuader Adamsberg de se lancer dans l’enquête, il cherche même à diviser l’équipe… C’est donc Veyrenc, le Béarnais, qui jouera le rôle de second et sans oublier l’aide de la fidèle Retancourt, de Froissy, de Voisenet que le commissaire mènera cette enquête jusqu’au bout…
L’intrigue est vraiment bien construite, on ne lâche pas son livre et c’est également un vrai plaisir de retrouver tous les personnages emblématiques de l’équipe d’Adamsberg ! J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à écouter ce roman policier et le coup de cœur s’est confirmé !
Je regrette une seule chose sur ce livre audio, c’est l’absence d’un entretien avec l’auteure, sa parole est si rare ! Dommage.
Merci Pauline et les éditions Audiolib pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
Adamsberg, assis sur un rocher de la jetée du port, regardait les marins de Grimsey rentrer de la pêche quotidienne, amarrer, soulever les filets. Ici, sur cette petite île islandaise, on l’appelait « Berg ». Vent du large, onze degrés, soleil brouillé et puanteur des déchets de poisson. Il avait oublié qu’il y a un temps, il était commissaire, à la tête des vingt-sept agents de la Brigade criminelle de Paris, 13e arrondissement. Son téléphone était tombé dans les excréments d’une brebis et la bête l’y avait enfoncé d’un coup de sabot précis, sans agressivité. Ce qui était une manière inédite de perdre son portable, et Adamsberg l’avait appréciée à sa juste valeur.
Gunnlaugur, le propriétaire de la petite auberge, arrivait lui aussi au port, prêt à choisir les meilleures pièces pour le repas du soir. Souriant, Adamsberg lui adressa un signe. Mais Gunnlaugur n’avait pas sa tête des bons jours. Il vint droit vers lui, négligeant le début de la criée, sourcils blonds froncés, et lui tendit un message.
— Fyrir þig, dit-il en le montrant du doigt. [Pour toi.]
— Ég ? [Moi ?]
Adamsberg, incapable de mémoriser les rudiments les plus enfantins d’une langue étrangère, avait acquis ici, inexplicablement, un bagage d’environ soixante-dix mots, le tout en dix-sept jours. On s’exprimait avec lui le plus simplement possible, avec force gestes.
De Paris, ce papier venait de Paris, forcément. On le rappelait là-bas, forcément. Il ressentit une triste rage et secoua la tête en signe de refus, tournant son visage vers la mer. Gunnlaugur insista en dépliant le feuillet puis en le lui glissant entre les doigts.

Femme écrasée. Un mari, un amant. Pas si simple. Présence souhaitée. Informations suivent.

Adamsberg baissa la tête, sa main s’ouvrit et laissa filer la feuille au vent. Paris ? Comment cela, Paris ? Où était-ce, Paris ?
— Dauður maður ? demanda Gunnlaugur. [Un mort ?]
— . [Oui.]
— Ertu að fara, Berg ? Ertu að fara ? [Tu pars, Berg ? Tu pars ?]
Adamsberg se redressa pesamment, leva le regard vers le soleil blanc.
— Nei, dit-il. [Non.]
— , Berg, soupira Gunnlaugur. [Si, Berg.]
— , admit Adamsberg. [Oui.]
Gunnlaugur lui secoua l’épaule, l’entraînant avec lui.
— Drekka, borða, dit-il. [Boire, manger.]
— Já. [Oui.]

Le choc des roues de l’avion sur le tarmac de Roissy-Charles de Gaulle lui déclencha une migraine subite, telle qu’il n’en avait pas connu depuis des années, en même temps qu’il lui semblait qu’on le rouait de coups. C’était le retour, l’attaque de Paris, la grande ville de pierre. À moins que ce ne fussent les verres avalés la veille pour honorer son départ, là-bas, à l’auberge. Ils étaient pourtant bien petits, ces verres. Mais nombreux. Et c’était le dernier soir. Et c’était du brennívin.
Un regard furtif par le hublot. Ne pas descendre, ne pas y aller.
Il y était déjà. Présence souhaitée.

Déjà lu du même auteur :

Ceux_qui_vont_mourir_te_saluent Ceux qui vont mourir te saluent l_homme_aux_cercles_bleus L’Homme aux cercles bleus

Debout_les_mort Debout les morts Un_peu_plus_loin_sur_la_droite Un peu plus loin sur la droite

sans_feu_ni_lieu Sans feu ni lieu l_homme___l_envers L’Homme à l’envers

Pars_vite_et_reviens_tard Pars vite et reviens tard sous_les_vents_de_neptune  Sous les vents de Neptune

Dans_les_bois__ternels Dans les bois éternels un_lieu_incertain Un lieu incertain

les_quatre_fleuves Les Quatre fleuves (BD) vargas L’Armée furieuse 

temps glacières Temps glaciaires 116246279 Quand sort la recluse (papier)

Petit bac 2018Animal (1)

Prix SNCF du Polar, édition 2018 :

DU 5 OCTOBRE 2017 AU 31 MAI 2018

 

Le PRIX SNCF DU POLAR est un Prix 100% public. Des comités d’experts du monde du livre, de la BD et des films courts dévoilent en octobre une sélection de 5 romans, 5 BD et 7 courts métrages mais c’est bel et bien le public qui élit seul en mai ses lauréats en votant sur www.polar.sncf.com ou lors des événements dont SNCF est partenaire : Festival International de la BD d’Angoulême, les Quais du Polar…

 

Catégorie roman
Catégorie BD
catégorie_bd
Catégorie court-métrage
categorie_court_metrage

 

J’ai eu la bonne surprise de recevoir une BD et un roman de la sélection
à découvrir prochainement…

 

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La sorcière – Camilla Läckberg

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traduit du suédois par Rémi Cassaigne

Titre original : Häxan, 2017

Quatrième de couverture :
Nea, une fillette de 4 ans, a disparu de la ferme isolée où elle habitait avec ses parents. Elle est retrouvée morte dans la forêt, à l’endroit précis où la petite Stella, même âge, qui habitait la même ferme, a été retrouvée assassinée trente ans plus tôt. Avec l’équipe du commissariat de Tanumshede, Patrik mène l enquête, tandis qu’Erica prépare un livre sur l’affaire Stella. Sur la piste d’une très ancienne malédiction, les aventures passionnantes d Erica et de Patrik continuent, pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Auteur : Née en 1974, Camilla Läckberg est l’auteur d’une série de romans policiers mettant en scène le personnage d’Erica Falck. Ses ouvrages caracolent tous en tête des ventes en Suède comme à l’étranger. Dans la collection « Actes noirs » ont déjà paru La Princesse des glaces (2008), Le Prédicateur (2009), Le Tailleur de pierre (2009), L’Oiseau de mauvais augure (2010), L’Enfant allemand (2011), La Sirène (2012), Le Gardien de phare (2013), La Faiseuse d’anges (2014) et Le Dompteur de lions (2016).

Mon avis : (lu en décembre 2017)
C’est le dixième tome de la série, Camilla Läckberg nous raconte trois histoires en parallèle. De nos jours, Nea, une fillette de quatre ans disparaît de la ferme familiale isolée. Une battue est organisée et le corps de la fillette est retrouvée à l’endroit même où trente ans plus tôt, Stella, âgée également de 4 ans et habitant la même ferme, avait été retrouvée sans vie.
Le lecteur suit donc l’enquête d’aujourd’hui, l’enquête d’il y a trente ans et enfin l’histoire d’Elin au XXVIIème siècle qui va être accusée de sorcellerie (d’où le titre de livre).
Dans l’enquête actuelle, la police est confrontée a des accusations anonymes mettant en cause des réfugiés syriens arrivés depuis peu sur l’île. Erica Falk était en train d’écrire un livre autour de l’histoire de la petite Stella. A l’époque, deux adolescentes Marie et Helen avaient d’abord avoué le crime puis s’étaient rétractées. Au moment de la disparition de Nea, Marie, devenue actrice, est revenue dans la région pour le tournage d’un film.
Comme d’habitude, l’enquête progresse lentement et le lecteur est spectateur de l’intrigue.
J’ai toujours beaucoup de plaisir à retrouver, Erica, Patrik et leur petite famille et leurs amis, sans oublier les enquêteurs collègues de Patrik.
J’ai beaucoup aimé cette enquête même si j’ai trouvé le lien entre les deux enquêtes et la troisième histoire un peu alambiqué…

Extrait : (début du livre)
“Tu crois que ta mère mettra une robe blanche ? demanda Erica en se tournant vers Patrik dans le lit.
— Très drôle, vraiment”, dit-il.
Erica rit et lui titilla le flanc.
“Pourquoi as-tu tant de mal avec le mariage de ta mère ? Ton père s’est remarié depuis longtemps, et ça n’a rien de bizarre, non ?
— Je sais, je suis ridicule, dit Patrik en secouant la tête tandis qu’il sortait les jambes du lit pour commencer à enfiler ses chaussettes. J’aime bien Gunnar, et je trouve ça bien que maman n’ait plus à être seule…”
Il se leva et enfila son jean.
“Je suppose que je n’ai pas l’habitude, c’est tout. Maman a été seule aussi loin que je me souvienne et, à y regarder de près, c’est sûrement une histoire de relation mère-fils qui remonte à la surface. C’est juste que ça me fait… bizarre… que maman ait… une vie de couple.
— Tu veux dire que ça te fait bizarre que Gunnar et elle couchent ensemble ?”
Patrik se boucha les oreilles.
“Arrête !”
Erica lui jeta un oreiller en riant. Il lui revint bientôt à la figure, et la guerre totale éclata. Patrik se jeta sur elle dans le lit, mais leur lutte se transforma vite en caresses et soupirs. Elle approcha la main de la braguette de son jean et commença à ouvrir le premier bouton.
“Qu’est-ce que vous faites ?”
La voix claire de Maja les fit s’interrompre et se tourner vers la porte. Maja n’y était pas seule, mais accompagnée de ses petits frères jumeaux qui observaient gaiement leurs parents dans le lit.
“On se faisait juste des chatouilles, dit Patrik en se levant, essoufflé.
— Il faut vraiment que tu installes ce loquet !” siffla Erica en remontant la couette sur sa poitrine.

Déjà lu du même auteur :

la_princesse_des_glaces La Princesse des glaces  le_pr_dicateur Le Prédicateur

le_tailleur_de_pierre Le Tailleur de pierre l_oiseau_de_mauvais_augure L’Oiseau de mauvais augure

l_enfant_allemand L’Enfant allemand cyanure Cyanure la_sir_ne La Sirène

9782330018962  Le gardien de phare  la faiseuse d'ange La faiseuse d’anges

le dompteur des lions Le dompteur de lions 

Challenge Voisins Voisines
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Suède

Seules les femmes sont éternelles – Frédéric Lenormand

Lu en partenariat avec les éditions de La Martinière

716CymSqm0L La Martinière – novembre 2017 – 288 pages

Quatrième de couverture :
Au début de la guerre de 1914, un policier décide de revêtir une identité féminine pour échapper à la mobilisation. Ray Février devient  » Loulou Chandeleur « , détective privé en bas de soie et chapeau à voilette. Ray-Loulou se rend compte qu’il est aussi bon flic en robe qu’en pantalon, et peut-être meilleur homme qu’auparavant.
Aux côtés de la patronne de l’agence de détectives, la charmante Miss Barnett – qui ne connaît pas son secret –, Loulou enquête sur une intrigante affaire de lettres de menaces. Quand le maître chanteur commence à mettre son plan à exécution et que les meurtres se multiplient, notre étonnant duo plonge dans une succession de surprises et de pièges périlleux.
Entre 1914 et 1918, ce sont les Françaises qui ont fait vivre le pays. Ce roman raconte leur émancipation et la difficulté d’être une femme en temps de guerre… surtout quand on n’en est pas une.

Auteur : Frédéric Lenormand, romancier à succès de la série Voltaire mène l’enquête (Lattès) et des Nouvelles enquêtes du juge Ti (Fayard), s’est inspiré pour Seules les femmes sont éternelles de l’histoire vraie de Paul Grappe, soldat déserteur qui s’est travesti en femme pour ne pas être envoyé dans les tranchées, et dont la vie a également été adaptée à l’écran par André Téchiné (Nos Années folles).

Mon avis : (lu en novembre 2017)
Pour échapper à la mobilisation en 1914, Ray Février, policier, décide de se travestir en femme. Il devient « Loulou Chandeleur » et trouve un travail de détective privé dans l’agence de détectives dirigée par Miss Cecily Barnett. Cette dernière ayant repris la direction de l’agence de son père parti à la guerre. Loulou Chandeleur va secouer le train train de l’Agence et apporter une enquête rémunératrice autour d’un maître chanteur.
C’est grâce à la bande dessinée Mauvais Genre – Chloé Cruchaudet que j’avais découvert ce fait réel, d’un homme qui s’était travesti pour échapper à la guerre. 
Dans ce roman policier, outre l’enquête à suivre autour du maître chanteur, le lecteur découvre la vie de Paris et des parisiens (surtout des parisiennes) durant la Première Guerre Mondiale. En effet, la plupart des hommes sont partis sur le front, les femmes s’émancipent et font vivre le pays.
Le personnage de Loulou est attachant, dans son costume de femme, Ray évolue et devient de plus en plus féministe… Il comprend mieux le sexisme que doit subir les femmes au quotidien. Cecily est également un personnage réussi, au contact de Loulou, elle prend de plus en plus confiance en elle et elle va revendiquer l’égalité de traitement entre femme et homme.

Merci Anaïs et les éditions de La Martinière pour cette lecture passionnante et originale.

Extrait : (début du livre)
La rue avait beaucoup changé depuis la déclaration de guerre d’août 1914. Aujourd’hui, le temps était clair, on pouvait espérer une belle journée sans pluie ni bombes. Les premières files d’attente commençaient à s’étirer devant les épiceries où s’affichaient des livraisons. Un fichu sur la tête, une balayeuse remplissait de gravats sa brouette à deux roues. Ray s’arrêta devant la vitrine d’un chausseur de luxe reconverti dans le matériel d’appoint, lampes à pétrole et masques à gaz. Il surprit son reflet au milieu de ce fourbi : un petit bonhomme à moustaches, pareil à des tas de petits moustachus que l’on coiffait d’un casque pour les envoyer charger, baïonnette en avant, d’autres bonshommes à moustaches. Sa qualité d’inspecteur de police lui avait épargné cela jusqu’à présent. Il priait chaque jour saint Joseph Fouché, patron des cyniques et des policiers, de prolonger ce miracle.
Dans le kiosque, le buraliste habituel avait été remplacé par une femme, peut-être la sienne. Ray lui acheta le dernier numéro de Charivari, et aussi Le Gaulois pour empêcher les collègues de voir qu’il lisait des parutions séditieuses. Le marchand prenait soin d’envelopper le méchant journal dans le gentil, sa remplaçante n’en fit rien, elle ne maîtrisait pas encore les ficelles du métier.
Ray se hissa à la volée sur la plateforme du tramway 24 qui brinquebalait vers l’île de la Cité. Cramponnée à un volant deux fois large comme un plat à tarte, la conductrice était si menue qu’il ne l’aurait jamais crue capable de maîtriser ce mastodonte.
Il tendit trois sous à la receveuse, une grande brune munie de la casquette et de la planche à tickets du fantôme qui effectuait ce travail la veille encore. Il fallait se rendre à l’évidence : chaque jour l’humanité féminine abordait de nouveaux domaines d’activité par un mouvement exactement proportionnel à la disparition
des hommes.
Il s’assit et déploya l’un des journaux. La qualité de l’encre avait encore baissé, certains mots étaient à deviner, surtout ceux qui auraient pu déplaire au gouvernement. Le vilain papier trop fin et mal blanchi se dépiautait, il comptait moins de feuilles, on avait perdu les pages « loisirs » jadis remplies de dessins, de billets d’humeur et de devinettes impertinentes. Le rire était subversif, il avait été jeté par-dessus bord le premier.
À force de vouloir remonter le moral des patriotes, la presse devenait déprimante. La consigne était de prétendre que la guerre allait être courte et victorieuse, alors qu’elle s’étirait et que nous étions en train de la perdre.
Sur la place de la Concorde, la statue monumentale en marbre de l’Alsace était ornée d’étendards flambant neufs et d’un macaron où l’on pouvait lire : « Française toujours ! » On apercevait, du côté de la tour Eiffel, la grande roue d’une fête populaire interrompue.