L’Odyssée d’Hakim tome 1 : De la Syrie à la Turquie – Fabien Toulmé

81qDioikdmL Delcourt – août 2018 – 272 pages

Quatrième de couverture :
L’histoire vraie d’un homme qui a dû tout quitter : sa famille, ses amis, sa propre entreprise… parce que la guerre éclatait, parce qu’on l’avait torturé, parce que le pays voisin semblait pouvoir lui offrir un avenir et la sécurité. Un récit du réel, entre espoir et violence, qui raconte comment la guerre vous force à abandonner votre terre, ceux que vous aimez et fait de vous un réfugié.

Auteur : Fabien Toulmé voit le jour en 1980 à Orléans. Passionné de bande dessinée, il décide de suivre de longues et pénibles études d’ingénieur Civil et d’urbanisme afin d’acquérir les bases essentielles de la construction d’une BD. En 2001, il part pour plusieurs mois sous les tropiques (Bénin, Guyane, Brésil, Guadeloupe). Enfin, lassé par l’eau bleue cocotiers, il revient s’installer en France en 2009 à Aix-en-Provence. Depuis il publie castrations et BD dans divers magazines (Lanfeust Mag, Psikopat, Spirou…) ou dans ouvrages collectifs (Alimentation générale, Editions Vide Cocagne, Vivre dessous, Editions Monolosanctis, Les autres gens…). Avec Ce n’est pas toi que j’attendais, il réalise son premier album.

Mon avis : (lu en août 2019)
En prologue, Fabien Toulmé raconte la genèse de cette BD. Bizarrement, cela commence par le crash d’un avion en mars 2015 qui devient le sujet principal des journaux TV et radio pendant de nombreux jours et la brève en fin de journal du présentateur « drame de l’immigration toujours, 400 migrants décèdent noyés lors de leur traversée de la Méditerranée ». Rien de plus… C’est choquant de réaliser que nous sommes plus émus pour un drame aérien que pour la mort de ces très nombreux migrants obligés de fuir. Mais il est vrai que l’on s’imagine plus facilement partir en vacances dans un avion que de fuir son propre pays et d’embarquer dans un rafiot pour traverser la mer…
Fabien Toulmé part donc à la recherche d’un réfugié acceptant de témoigner, et décide de raconter qui il est, pourquoi il a dû quitter son pays, la Syrie, et son long et dangereux périple pour arriver jusqu’en France.
Dans ce premier tome (il y en aura 3), l’auteur raconte comment la vie d’Hakim bascule en 2011 lorsque la guerre éclate en Syrie. A l’époque, c’était un jardinier sans histoire et il se fait exproprier, il fait un séjour en prison où il sera torturé… Il est alors obligé de quitter son pays et ses parents, il passe au Liban puis en Jordanie et enfin en Turquie. C’est au cours de cet exil forcé qu’il va rencontrer Najmeh, qui deviendra sa femme.
Avec cette BD, le lecteur découvre l’histoire proche de la Syrie à travers le parcours d’un homme ordinaire, simple. C’est important de savoir et de comprendre ce que ces hommes et ses femmes ont vécu. Pourquoi ils ont été obligés de tout quitter, pays, entreprise, famille et les toutes difficultés qu’ils ont rencontré…
Hakim et sa famille sont attachants et j’ai hâte de connaître la suite de son parcours.

Extrait :

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Déjà lu du même auteur :

9782756035505_1_75 Ce n’est pas toi que j’attendais

petit bac 2019(7) Prénom

A bord de l’Aquarius – Marco Rizzo et Lelio Bonaccorso

914E4BPV1wL Futuropolis – janvier 2019 – 128 pages

traduit de l’italien par Hélène Dauniol – Remaud

Titre original : Salvezza, 2018

Quatrième de couverture :
Un récit documentaire à bord de l’Aquarius, un bateau humanitaire qui parcourt la Méditerranée pour secourir des migrants. En juin 2018, l’Italie et la France lui refusaient d’accoster condamnant le navire à une errance de 9 jours, mettant ainsi en lumière les ambigüités des gouvernements européens sur la politique d’accueil des réfugiés.

Auteurs : Né en 1983, Marco Rizzo  est un scénariste de bande dessinée et journaliste italien, surtout connu pour ses reportages en bande dessinée.
Lelio Bonaccorso est dessinateur et enseignant de BD sicilien. Après plusieurs collaborations avec DC Comics et Marvel, le dessinateur fétiche de l’écrivain Marco Rizzo sera son binôme sur de nombreuses bandes dessinées politico-sociales italiennes 

Mon avis : (lu en juillet 2019)
Cette BD documentaire signée par deux Italiens, un journaliste et un dessinateur, est un témoignage très fort et pédagogique sur la réalité de ce qui se passe à bord de l’Aquarius, un bateau affrété par l’ONG SOS Méditerranée pour sauver des migrants en mer. 
En novembre 2017, les auteurs embarquent sur l’Aquarius. Il y a à bord, une trentaine de personnes, marins, membres de l’association et médecins. En 2017, grâce à cette action citoyenne, c’est plus de 15 000 personnes, de 40 nationalités différentes, qui ont pu être sauvées. Les deux auteurs racontent le quotidien de la mission, les sauvetages, ils donnent la parole à l’équipage mais aussi aux migrants recueillis. Les témoignages sont poignants, parfois insoutenables, les migrants fuient leurs pays, la violence, la guerre, la misère… Avant de partir, ils n’imaginent pas les difficultés qu’ils vont rencontrer : la longue route avant la traversée, le viol des femmes, la cupidité des passeurs, les séquestrations arbitraires en Libye contre rançon et la traversée au péril de leurs vies, sur des rafiots en mauvais état et surchargés… Lorsqu’ils ont la chance d’être sauvés par un bateau d’une ONG, ils ne savent pas encore dans quel pays ils vont être débarqués.
Un livre courageux et instructif qui est malheureusement complètement dans l’actualité.
Aux prises avec la justice italiennes, l’Aquarius a arrêté ses missions en décembre 2018.
SOS Méditerranée a repris depuis juillet 2019 une nouvelle campagne de sauvetage au large des côtes libyennes, à l’aide d’un navire norvégien, l’Ocean Viking. Vendredi dernier, après douze jours d’attente en mer, 356 personnes secourues ont été débarqués à Malte.
A découvrir sans tarder !

Extrait : (début de la BD)

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N’oublie pas de penser à demain – Siobhan Curham

Lu en partenariat avec Flammarion jeunesse

9782081449169 Flammarion jeunesse – mai 2019 – 420 pages

traduit de l’anglais par Marie Hermet

Titre original : Don’t stop thinking about tomorrow, 2018

Quatrième de couverture :
Stevie : « Je jette un coup d’œil vers Hafiz. Il se marre sans bruit. Des fossettes apparaissent de chaque côté de sa bouche et ses yeux turquoise brillent. Il me donne envie de rire, moi aussi.» Hafiz : « Je l’ai remarquée à la seconde où je l’ai vue assise toute seule, les sourcils froncés. S’il y avait eu une bulle de bande dessinée au-dessus de sa tête, on aurait pu lire : Je voudrais être ailleurs. » Stevie doit faire face à la dépression de sa mère. Hafiz a fui son pays déchiré par la guerre. Ensemble, ils vont retrouver l’insouciance qui manquait à leur vie.

Auteur : Siobhan Curham est auteure pour la jeunesse. Elle anime également des ateliers d’écriture et elle est coach de vie. Chez Flammarion Jeunesse, elle a publié la série Les Filles de Brick Lane (2 tomes).

Mon avis : (lu en juillet 2019)
Stevie est une fille sans histoire à l’école, sans amis car peu encline à laisser quelqu’un entrer dans sa vie. Son père est décédé brutalement deux ans auparavant et depuis sa mère est tombée dans une profonde dépression, incapable de s’occuper d’elle-même et de sa fille.
Le seul plaisir de Stevie, c’est la musique avec les disques et la guitare que lui a laissé son père. 
Hafiz a dû fuir la Syrie déchirée par la guerre pour se rendre au Royaume-Uni et vivre avec sa tante et son oncle. Il a laissé là-bas ses parents dont il n’a pas de nouvelles depuis longtemps et il s’inquiète pour eux.  Sa passion, c’est le football, lorsqu’il y joue, il s’évade de la vie réelle.
Tour à tour Stevie et Hafiz sont les narrateurs de cette histoire, ils se retrouvent à la même table de classe et Stevie est chargée de présenter l’école à Hafiz. Rapidement, ils deviennent inséparables et grâce à leur amitié, ils vont apprendre à rire, à sourire et à écrire leur propre histoire.
Ce livre est un coup cœur ! Stevie et Hafiz sont deux héros émouvants et touchants, leurs histoires personnelles sont réalistes et totalement dans l’actualité.
Un livre jeunesse destiné aux plus de 13 ans, que j’encourage à lire pour les adultes aussi…

Merci aux éditions  Flammarion jeunesse pour cette belle et poignante découverte.

Extrait : (début du livre)
  Anne Frank. Malala. Stevie Nicks. Je me répète ces noms tout bas dans mon lit, les yeux rivés sur une fissure du plafond. Je voudrais pouvoir y disparaître comme le génie dans sa bouteille. Anne Frank. Malala. Stevie Nicks. Je fais ça chaque fois que le trac menace de me rendre malade –avant un examen de maths, ou une séance de sport, ou un rendez-vous chez le dentiste, quand je sais qu’il va falloir passer sous la roulette. Je récite le nom de mes héroïnes pour me rappeler que les pires épreuves sont faites pour être surmontées. Si Anne Frank n’a pas perdu espoir malgré les nazis, si Malala a pu défier les talibans et Stevie Nicks se libérer de son addiction à la cocaïne avant d’écrire la plus magnifique chanson qui soit sur le sujet, je dois pouvoir affronter le jour de la rentrée.Quand j’entends Brayanne commencer son chant matinal, je me lève pour aller à la fenêtre. Brayanne, c’est le nom que j’ai donné au goéland qui s’installe chaque matin sur le toit de la maison en face de la mienne: il braille comme un malade jusqu’à ce qu’il ait réveillé tout le quartier. Ou qu’il m’ait réveillée, moi, en tout cas. Brayanne est perché à son poste favori, en haut de la cheminée; son bec jaune vif s’ouvre et se ferme comme un piège. Je pousse la fenêtre pour me pencher dehors. L’air est humide, avec un arrière-goût de sel. Ma mère et moi habitons un cottage ancien dans une ville ancienne, Lewes, à une douzaine de kilomètres de la côte. Ma chambre est nichée sous le toit. Quand nous avons emménagé ici, il y a deux ans, le plafond bas et mansardé me rendait claustrophobe. C’est un peu comme vivre dans une caverne. Maintenant, j’adore.

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L’arabe du futur – Tome 4 : Une jeunesse au Moyen-Orient, 1987-1992 – Riad Sattouf

larabedufutur4 Allary – septembre 2018 – 288 pages

Quatrième de couverture :
Ce livre raconte l’histoire vraie d’un adolescent de moins en moins blond, de sa famille franco-syrienne et du coup d’État de son père.

Auteur : Riad Sattouf est l’auteur de nombreuses bandes dessinées, parmi lesquelles Retour au collège, Pascal Brutal, ou La vie secrète des jeunes. Il est l’un des rares auteurs de bandes dessinées à avoir obtenu deux fois le prix du meilleur album au festival d’Angoulême ( Pascal Brutal 3 en 2010, et L’Arabe du futuren 2015). Il est également cinéaste ( Les beaux gosses, 2010, César du meilleur premier film, et Jacky au royaume des filles, 2014).

Mon avis : (lu en octobre 2018)
Dans ce 4ème tome de la série, Riad a 9 ans au début de l’histoire et il devient adolescent. Le jeune Riad voit son corps se transformer et se préoccupe davantage de son apparence physique. Il est surtout tiraillé entre ses deux cultures, française et syrienne d’autant plus que ses parents ne s’entendent plus. Son père est parti seul travailler en Arabie Saoudite et de plus en plus, il se tourne vers la religion. Sa mère a préféré rentrer en Bretagne avec ses enfants.

Le père devient de plus en plus intolérant, raciste, intégriste et près de ses sous. Il a toujours des projets d’installation en Syrie, malgré l’avis de la mère de Riad, celle-ci préférant une vie de femme libre en France à celle de femme « esclave » en Syrie.
Le ton de cet album est plus sérieux et plus sombre. Riad en grandissant a perdu sa naïveté et son insouciance, il est témoin direct des querelles de ses parents, des divagations de son père…
La BD est toujours aussi juste et instructive, mêlant l’émouvant et l’humour.
J’ai bien sûr hâte de découvrir le prochain et dernier tome de la série surtout que cet épisode se finit sur un retournement de situation : « le coup d’État de son père » comme le décrit Riad…

Extrait :

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Déjà lu du même auteur :

100708942 L’Arabe du futur : Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)

106163512 L’Arabe du futur – Tome 2 : Une jeunesse au Moyen-Orient (1984 – 1985)

114098671 L’Arabe du futur – Tome 3 : Une jeunesse au Moyen-Orient, 1985-1987

61Xcfw864ML Les Cahiers d’Esther : Histoires de mes 10 ans

51ZNjb2mdML Les Cahiers d’Esther : Histoires de mes 11 ans

51IwS05hfNL Les Cahiers d’Esther : Histoires de mes 12 ans

Petit bac 2018Passage du Temps (6)

 

Entre deux mondes – Olivier Norek

516JqzfGETL Michel Lafon – octobre 2017 – 413 pages

Quatrième de couverture :
Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir.
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds.
Un assassin va profiter de cette situation.
Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou.
Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu’elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d’ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.

Auteur : Engagé dans l’humanitaire pendant la guerre en ex-Yougoslavie, puis lieutenant à la section Enquête et Recherche de la police judiciaire du 93 depuis dix-huit ans, Olivier Norek est l’auteur de trois romans largement salués par la critique et traduits dans plusieurs pays, ainsi que le lauréat de nombreux prix littéraires. Après Code 93, Territoires et Surtensions, il nous invite dans un monde Entre deux mondes que nul ne peut imaginer, où se rencontrent deux inspecteurs que tout semble opposer et qui devront unir leurs forces pour sauver un enfant.

Mon avis : (lu en mai 2018)
Je voulais depuis quelques temps découvrir l’auteur de roman policier Olivier Norek. Après l’avoir vu à la Grande Librairie à l’automne dernier, mon envie s’est confirmée pour lire son dernier livre qui n’est pas vraiment un roman policier… C’est un livre  » coup de poing  » où il y a une réflexion sur notre société, de l’émotion, du suspens.
Avant d’écrire ce livre, Olivier Norek est parti à Calais pendant 3 semaines, le jour il s’installait dans la jungle et sans poser de questions, il observait, il écoutait les histoires des migrants qui voulaient se confier. La nuit, il était en observateur aux côtés des policiers qui doivent gérer l’ingérable. L’Etat leur demande de ne pas arrêter les migrants pour éviter qu’ils entrent dans le système judiciaire français, mais aussi de pas les aider. Tous les soirs, les policiers sont en action pour empêcher les migrants d’approcher les camions qui veulent traverser la Manche. Ils protègent le port et défendent les intérêts économiques de la région.
L’auteur a également rencontré les habitants de Calais. C’est une ville sinistrée, les habitants sont partagés, certains aident les migrants, d’autres les combattent. La présence de la jungle bouleverse toute l’économie de la ville, l’immobilier a fortement baissé, les touristes ont désertés, les commerces ferment…
Le premier chapitre est déjà un choc, nous sommes au beau milieu de la Méditerranée sur une embarcation avec « deux cent soixante-treize migrants. Âges, sexes, provenances, couleurs confondus. Ballottés, trempés, frigorifiés, terrorisés » et l’une des enfants tousse, menaçant le convoi d’être repéré…
Ensuite, le lecteur découvre Calais et sa « Jungle », le dernier jour du démantèlement.
Puis le lecteur va découvrir les personnages : Adam, policier à Damas en Syrie, se sent menacé. Il décide de faire partir du pays, sa femme Nora et sa fille de 5 ans, Maya, il organise leur départ vers la France et leur donne rendez-vous à Calais. 
Bastien, est policier français, il vient d’arriver à Calais pour se rapprocher de la famille de sa femme. Il découvre une police sans moyens, avec des hommes et femmes fatigués, usés, obligés de rester en poste car les mutations sont interdites. 
Adam a réussi à arriver à Calais où il pense retrouver sa femme et sa fille. Mais elles ne sont pas là. Il va découvrir la réalité de la jungle, le plus grand bidonville d’Europe, une ville dans la ville, avec ses quartiers en fonction des ethnies, ses commerces, sa loi du plus fort, sa violence… Une nuit, Adam intervient pour le sauver un enfant qui est en train de se faire agresser par plusieurs hommes. Comment dénoncer les coupable ? Comment ne pas devenir un cible à abattre ? Adam va chercher du soutien auprès de Bastien. Or pour la police, il est impossible d’enquêter dans un camp de réfugiés. 
On ne peut pas être insensible ce qui se passe à Calais, pour les migrants, pour les policiers et pour les habitants de Calais qui sont tous dans des situations humainement difficiles.
Cette histoire bouleversante et passionnante invite le lecteur à réfléchir.
Après cette première lecture coup cœur d’Olivier Norek, j’ai très envie de poursuivre ma découverte de l’auteur avec ses romans policiers…

Extrait : (début du livre)
Quelque part en mer Méditerranée.

La main sur la poignée d’accélération, il profita du bruit du vieux moteur pour y cacher sa phrase sans créer d’incident ou de panique.
– Jette-la par-dessus bord.
– Maintenant ?
– On s’en débarrassera plus facilement au milieu de la mer que sur une aire de parking. Elle tousse depuis le départ. Pas question de se faire repérer une fois qu’on les aura collés dans les camions en Italie.
Dans l’embarcation, deux cent soixante-treize migrants. Âges, sexes, provenances, couleurs confondus. Ballottés, trempés, frigorifiés, terrorisés.
– Je crois pas que je peux y arriver. Fais-le, toi.
Un soupir d’agacement. Pas plus. L’autre abandonna la barre pour se diriger, résolu, vers la femme qui se cachait au fond. Il bouscula les passagers sans considération. À son approche, la femme resserra son étreinte sur le corps qu’elle protégeait entre ses bras, posa fermement la main sur la petite bouche froide, pria pour qu’elle cesse de tousser. Apeurée, l’enfant laissa échapper son lapin violet en peluche élimée que l’homme écrasa sous le poids de son pied sans même le remarquer. Il s’adressa à la mère.
– Ta petite. Tu dois la jeter.

Camp de migrants de Calais. Octobre 2016.
Dernier jour du démantèlement de la « Jungle ».

Insatiables, les pelleteuses dévoraient les cabanes et les tentes, les réduisant à l’état de débris pour en faire, un peu plus loin, des montagnes de plastiques, de tissus et de vêtements qui seraient anéantis par le feu lorsque le vent se serait calmé.
Il ne restait plus rien sur cette lande de ce que l’espoir y avait construit.
La pelle mécanique releva sa mâchoire et s’apprêta à traverser ce no man’s land de destructions. Le moteur s’emballa, l’engin cahota sur le sol irrégulier durci par le froid puis fit ligne droite vers sa prochaine cible, une vieille cabane en palettes de bois et au toit de carton. Une des dernières.
Quelques années auparavant, une déchetterie et un cimetière se partageaient l’endroit. Puis l’État y parqua les migrants aux rêves d’Angleterre. Ce matin, la déchetterie avait repris forme. 
Mais lorsque les dents puissantes de la pelle mécanique s’enfoncèrent dans la terre, c’est le cimetière qui ressuscita.
Comme il y avait trois bras visibles, à moitié déterrés par la pelleteuse, les ouvriers en déduisirent qu’il y avait au moins deux corps, là, dans ce trou, à la périphérie immédiate du camp. Dont celui d’un enfant, assurément, vu la taille d’un des bras. D’un coup de talkie, le chef d’équipe fut averti.
Dissimulée à une vingtaine de mètres de là, une ombre longea l’orée des premiers arbres qui entouraient la Jungle, sans jamais perdre de vue le manège des engins. De leur côté, les ouvriers se placèrent en couronne autour de la scène, bêtement hypnotisés par l’horreur.
L’un d’eux leva les yeux et vit une silhouette sortir des bois. Guenilles, cheveux longs et poisseux, peau noire, marron ou tout simplement sale. Et une machette, tachetée de rouille, tenue par la poignée le long de la jambe. L’homme s’approcha doucement, fixant chacun comme une menace, faisant taper la lame contre sa cuisse alors qu’il avançait. Il n’y eut personne d’assez valeureux pour se mettre en travers de son chemin et ils firent tous plusieurs pas en arrière.

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