Femme de tête – Hanne-Vibeke Holst

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Héloïse d’Ormesson – avril 2017 – 876 pages

Pocket – avril 2018 – 992 pages

traduit du danois par Caroline Berg

Titre original : Dronningeofret, 2008

Quatrième de couverture :
Présidente d’un parti politique, Elisabeth Meyer connaît par cœur les rouages du pouvoir danois. À la veille des élections, cependant, la maladie qui la ronge en secret vient mettre en péril l’ouvrage de toute une vie. Et le temps presse. Comment reconnaître ses amis de ses ennemis ? Comment convaincre Charlotte, son héritière désignée, de reprendre le flambeau ? Entre guerre contre le terrorisme, dérives identitaires et coups tordus, l’arène politique réclame plus que jamais son lot de sacrifices…

Auteur : Hanne-Vibeke Holst est née en 1959 à Hjørrings. Avant de se consacrer à l’écriture, elle a longtemps été journaliste politique et s’est également illustrée par son engagement pour la cause des femmes. Elle siège aujourd’hui comme membre de la Commission danoise de l’UNESCO. Véritables best-sellers au Danemark, ses romans ont reçu de nombreux prix, notamment le Søren Gyldendal et le prix annuel des libraires danois. L’Héritière et Le Prétendant ont paru chez EHO en octobre 2013 et 2015.

Mon avis : (lu en avril 2018)
Après avoir beaucoup aimé « L’Héritière » et « Le Prétendant », je me suis plongée avec délice dans le troisième tome d’Hanne-Vibeke Holst où l’on retrouve l’univers impitoyable du monde politique.
Elisabeth Meyer, chef du parti social-démocrate danois, souhaite reprendre le pouvoir face au parti libéral. Alors qu’elle s’apprête à se lancer dans la campagne avant les élections, elle ressent les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer comme ont eu avant elle, sa mère et son frère… Une course contre la montre avec la maladie est donc lancée.
Seul son médecin est au courant. Elisabeth va tout faire pour cacher sa maladie à son entourage politique, aux médias et même à ses proches. Elle va devoir convaincre Charlotte Damgaard de poursuivre sa carrière politique, cette dernière ayant eu une proposition de travail pour une ONG écologique qui semble intéresser toute sa famille… Le comportement d’Elisabeth est parfois bizarre et cela interroge ses proches, mais elle est mise à rude épreuve avec cette campagne électorale…
Au fil de l’intrigue, le lecteur découvre dans la vie privée d’Elisabeth, son passé dans une famille juive, un passé qu’elle a caché et le développement de sa maladie et ses conséquences, plus vulnérable qu’avant, elle révèle son côté plus humain.
C’est un suspens formidable très actuel et passionnant et malheureusement le dernier tome de la Trilogie.

Extrait : (début du livre)
C’est à cause de patientes comme elle qu’il a renoncé à abandonner la cigarette. La première de la journée, il l’avait déjà fumée chez lui, en douce, après le petit déjeuner, sur la terrasse de son appartement au quatorzième étage, où il aménageait en ce moment un jardin d’inspiration méditerranéenne, une curiosité au milieu de ce paysage de gratte-ciel. C’était toujours avec une grande fierté qu’il présentait ses pommiers encore chétifs, son figuier sur espalier, ses vignes et leurs premières grappes de raisin qui, ajoutés à quelques conifères à feuillage persistant, viendraient un jour occulter la vue sur Ground Zero d’un côté, sans cacher la statue de la Liberté de l’autre. Si ses invités n’étaient pas suffisamment impressionnés par ce panorama qui lui avait coûté un bras, et qu’ils n’avaient de goût ni pour les plantes aromatiques ni pour les tables en mosaïque marocaine, il avait encore un atout dans sa manche – le même qu’avait utilisé l’agent immobilier pour lui vendre l’appartement. Sur cette terrasse de Battery Park reposait un morceau de l’aile de l’avion du vol 11 de l’American Airlines, celui que l’Égyptien Mohammed Atta avait détourné au nom d’Allah pour le diriger sur la tour nord à 8 h 46, le 11 septembre 2001. L’anecdote était en général suivie par un silence recueilli. Certaines personnes, les femmes en particulier, frissonnaient et allaient se réfugier à l’intérieur, pendant que d’autres, les hommes en général, cédaient à une fascination morbide et restaient immobiles et silencieux jusqu’à ce que l’ennui leur donne des fourmis dans les pieds.
Descendant de pionniers sionistes rescapés des camps de concentration, le docteur Shalev n’avait jamais connu le luxe de pouvoir se plaindre de l’insoutenable légèreté de l’être. La peur que l’État d’Israël soit un jour effacé de la carte du monde avait gâché son enfance et, adolescent, il avait traversé une douloureuse crise existentielle après que son meilleur ami avait été victime d’un kamikaze déguisé en soldat israélien qui s’était fait sauter dans un bus en chemin pour Haïfa. Ce méfait palestinien et les représailles qui s’étaient ensuivies avaient amené Idan Shalev à douter que la vie lui apporte autre chose que malheur et souffrance, haine et vengeance. Cette crise lui avait fait tourner le dos à Dieu et au sionisme, et préférer la médecine à une carrière militaire dans le naïf espoir de contribuer à faire le bien et à soigner les gens. En ce jour de novembre, après avoir effectué sa séance de méditation quotidienne sur sa terrasse, déposé un baiser sur le front de sa femme enceinte et avoir lancé, la cigarette au coin des lèvres, sa spectaculaire jeep jaune canari dans le Battery Tunnel pour abattre à un train d’enfer la distance entre son domicile et son cabinet de Brooklyn, il s’était presque convaincu que s’il n’accomplissait pas de miracles au quotidien, au moins il travaillait pour le bien de ses concitoyens. Immigrant ambitieux et neurologue passionné, il s’efforçait d’aider les patients débarquant chaque jour plus nombreux des quartiers chics de Manhattan pour le consulter. Mais tout cela ne suffisait pas à son bonheur. D’une part, il ne parvenait pas à se débarrasser du sentiment de culpabilité d’avoir fui Israël, ce qui lui valait de fumer un paquet de Marlboro par jour. D’autre part, et malgré tout le mal qu’il se donnait, il détestait être régulièrement obligé de condamner des hommes et des femmes qui venaient chercher, pleins d’appréhension, le résultat redouté de leurs scanners et de leurs analyses.
Comme il allait devoir le faire lorsque sa première patiente de la matinée, une VIP étrangère, serait dans son bureau. Il s’agissait d’une Danoise élégante, aux cheveux couleur de miel, encore très belle malgré sa naissance remontant à 1944, et épargnée par cette dureté des traits qui marquait si souvent les femmes juives quand elles avançaient en âge. Ça devait être le côté ashkénaze qui transparaissait. L’une des branches de sa famille ne descendait-elle pas des von Litauen qui avaient atterri au Danemark sur leur route pour les États-Unis, après avoir dû fuir les pogroms du tsar, comme tant d’autres à cette époque ? En tout cas, c’est ce que lui avait raconté Bent, son sympathique frère au visage couvert de taches de rousseur et aux yeux aussi verts que les siens, quand ils avaient survolé ensemble son arbre généalogique, un exercice dans lequel beaucoup de ses patients juifs excellent. La plupart savent d’où ils viennent et ceux qui ne le savent pas font en sorte de le découvrir. Qui étaient leurs arrière-grands-parents, où avaient-ils émigré, qui s’était installé où et surtout qui avait survécu et qui avait disparu ? Victime de l’holocauste comme on disait.

Déjà lu du même auteur :

51frwe-dTzL L’Héritière 117079765 Le prétendant

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Ring Est – Isabelle Corlier

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

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810MRJ3TcmL Ker – février 2018 – 280 pages

Quatrième de couverture :
Plongée dans le monde de la justice bruxelloise…
Le corps d’un homme battu à mort est découvert sur une aire de parking, non loin du Ring de Bruxelles. Aubry Dabancourt, juge d’instruction, est chargé de l’enquête.Une aubaine pour le magistrat qui compte bien tout faire pour que le mort emporte son secret dans la tombe.Un polar sombre et déroutant à travers les rues de Bruxelles !

Auteur : Isabelle Corlier est née à Namur en 1977 et vit depuis plus de vingt ans à Bruxelles. Elle nourrit une tendresse particulière pour le ciel plombé, les pavés mouillés, le peuple bigarré et la langue bizarre de son pays natal.

Mon avis : (lu en avril 2018)
Comme dans la série Colombo, le lecteur connaît le meurtrier dès les premières pages… Il assiste au meurtre. Suite à une altercation entre deux conducteurs, le corps d’un homme battu à mort est découvert sur une aire de parking, non loin du Ring de Bruxelles.
Différents protagonistes plus ou moins lointains de l’enquête vont être tour à tour les narrateurs, et le lecteur va suivre les différents points de vues et le jeu du chat et de la souris du meurtrier avec ceux-ci…
Aubry Dabancourt est le juge d’instruction en charge de l’enquête.

Zakaria est un jeune enquêteur prometteur chargé de l’enquête.
Inge est une étudiante en criminologie.
Stefi est la maîtresse de la victime, elle avait rendez-vous avec lui ce soir là et il n’est jamais venu.
Un homme anonyme est le témoin du meurtre, comme il a déjà également des actes à se reprocher, il n’ira pas de lui-même témoigner.
Armelle est journaliste, elle entretient une relation amoureuse avec Zakaria.
Le Ring (c’est à dire le périphérique) et Bruxelles sont également des personnages à part entière du roman.
J’ai trouvé ce polar urbain belge palpitant, original dans sa forme et intéressant car l’auteur aborde également en arrière plan quelques sujets de société très actuels comme les violences faites aux femmes, les préjugés, la multiculturalité, les difficultés d’assimilation culturelle, la violence animale…
Et pour ajouter à l’identité belge du roman, j’ai découvert quelques termes du patois bruxellois avec en note de bas de page la traduction en français…

Merci Babelio et les éditions Ker pour cette belle découverte !

NB : C’est surprenant que cette maison d’édition belge utilise et revendique le mot breton Ker (le village) comme nom…

 

Extrait : Prologue
– Est-ce que je pourrais tuer quelqu’un ?
Il avait ruminé la question, soucieux d’apporter la réflexion nécessaire à un sujet auquel la réponse semblait évidente. Il avait fini par se lancer sur un raclement de gorge.
– Tout dépend des circonstances, bien sûr, mais oui, si la situation l’exigeait, sans hésiter.
Elle avait hoché la tête et sorti une jambe nue de sous la couette pour l’enrouler autour des mollets du garçon, l’emprisonner dans le ciseau de ses cuisses et l’attirer au creux d’elle. Aubry avait aussitôt rejeté les draps pour se pencher sur elle avec gourmandise.
Une douleur inattendue lui serra la gorge quand il reconnut la tache de naissance sur le haut de la hanche.
Il l’avait oubliée.
La mémoire lui revint d’un coup, comme un boomerang lancé à pleine vitesse. C’était il y a quinze ans. Un orage grondait et ils avaient décidé de rester dans son kot (1) pour étudier.
– Tu pourrais me tuer ?
Une ombre attira son attention et transforma la scène. L’homme de tout à l’heure, debout au centre de la pièce, le club de golf le long du bras, ruisselait de sang sous la pluie et la boue. Il se tourna vers Caroline qui souriait toujours et avança vers elle.
Aubry vit le fer se lever, l’acier briller. Il voulait crier, mais aucun son ne sortait de sa gorge. Se précipiter sur eux, mais ses pieds étaient soudés au sol.
Il entendit Lily hurler.
Et le bruit des voitures sous la pluie.

(1) Chambre d’étudiant

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Petit bac 2018Lieu (3)

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Le mois belge
(jour des Mauvais genres)

C’est lundi, que lisez-vous ? [21]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane

Qu’est-ce que j’ai lu la semaine dernière ?

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Bakhita – Véronique Olmi
Agatha Raisin enquête, Tome 5 : Pour le meilleur et pour le pire – M. C. Beaton

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Ring est – Isabelle Corlier (Masse Critique Babelio)
Les loyautés – Delphine de Vigan (partenariat Audiolib)

Que lirai-je les semaines prochaines ?

En sacrifice à Moloch – Asa Larsson (Prix Audiolib)
Ma chère sœur – Alf Kjetil Walgermo (Masse Critique Babelio)
Mon traître – Pierre Alary et Sorj Chalandon (BD)

Bonnes lectures et bonne semaine

Agatha Raisin enquête, Tome 5 : Pour le meilleur et pour le pire – M. C. Beaton

Agatha_5 Albin Michel – mai 2017 – 288 pages

traduit de l’anglais par Françoise Sorbier

Titre original : Agatha Raisin and the murderous marriage, 1996

Quatrième de couverture :
Incroyable mais vrai : James Lacey, le célibataire le plus convoité des Cotswolds, a cédé au charme de sa voisine, la pétillante quinqua Agatha Raisin !
Hélas, le conte de fées est de courte durée : au moment où les tourtereaux s’apprêtent à dire « oui », Jimmy, l’ex-mari d’Agatha, surgit en pleine cérémonie… Furieux de découvrir que sa future femme est déjà unie à un autre, James abandonne Agatha, désespérée, au pied de l’autel.
Le lendemain, Jimmy est retrouvé mort au fond d’un fossé. Suspect n°1, le couple Agatha-James se reforme le temps d’une enquête pour laver leur réputation et faire la lumière sur cette affaire.

Auteur : Née en 1936 à Glasgow, M.C. Beaton a été successivement libraire, critique de théâtre, journaliste et éditrice, avant de devenir un des auteurs de best-sellers les plus lus de Grande-Bretagne. Sa série Agatha Raisin a été adaptée à la télévision et a été diffusée en France en 2017.

Mon avis : (lu en avril 2018)
Le mariage d’Agatha Raisin et de James Lacey doit avoir lieu.
Le mariage n’aura pas à l’église du village, mais seulement à la mairie de Mircester.
En effet, Agatha est la seule à savoir qu’elle n’a jamais divorcé de son premier mari qu’elle pense mort. Mais elle n’a aucune preuve… Et bien sûr Jimmy, l’ex-mari, débarque en cours de cérémonie et James se sentant trahi abandonne Agatha. Et quelques heures plus tard Jimmy est retrouvé mort au fond d’un fossé…
Agatha et James sont considérés comme les suspects numéro 1 et ils vont devoir s’unir pour mener l’enquête et se disculper…
Cette série est toujours aussi amusante, facile à lire, pleine d’humour et son côté british est savoureux et distrayant. 

Extrait : (début du livre)
Le mariage d’Agatha Raisin et de James Lacey devait avoir lieu dans une semaine. Les habitants de Carsely, village des Cotswolds, étaient déçus qu’Agatha ne se marie pas à l’église du village, mais à la mairie de Mircester, et Mrs Bloxby, la femme du pasteur, était perplexe et meurtrie.
Agatha était seule à savoir qu’elle n’avait aucune preuve de la mort de son premier mari. Seule à savoir aussi qu’elle s’apprêtait peut-être à devenir bigame. Mais elle était follement amoureuse de son séduisant voisin, le beau James Lacey, et terrifiée à l’idée de le perdre si elle remettait le mariage à plus tard pour trouver la preuve désirée. Elle n’avait pas vu son ivrogne de mari, Jimmy Raisin, depuis des années. Il avait bien dû finir par mourir.
Elle avait choisi la mairie de Mircester parce que le préposé au bureau de l’état civil y était vieux, sourd et totalement dépourvu de curiosité. Les seules démarches exigées étaient des déclarations à faire et des formulaires à remplir, mais on ne lui demandait de fournir aucune preuve à l’appui, hormis son passeport, qui était toujours à son nom de jeune fille, Agatha Styles. La réception du mariage devait avoir lieu dans la salle des fêtes et presque tout le village y avait été invité.
Mais à l’insu d’Agatha, des forces hostiles conspiraient déjà contre elle. Dans un moment de rancœur vindicative, son ex-ami, le jeune Roy Silver, estimant qu’elle lui avait coupé l’herbe sous le pied lors d’une occasion en or de se mettre en avant, avait engagé un détective privé pour tenter de retrouver le mari de son ex-patronne. Roy avait jadis travaillé pour l’agence de relations publiques d’Agatha et était passé dans la société qui en avait racheté les parts quand elle avait pris une retraite anticipée. Roy aimait sans doute autant Agatha qu’il lui était possible d’aimer quelqu’un, mais quand elle avait résolu sa dernière affaire criminelle, il espérait en retirer une certaine publicité – après tout, il y avait été associé. Or elle l’avait ignoré ; les gens comme Roy éprouvent toujours le besoin de se venger.

Déjà lu du même auteur :

111279972  tome 1 : La quiche fatale  112115556 tome 2 : Remède de cheval

511YgPvGkHL tome 4 : Randonnée mortelle 

117060981 tome 3 : Pas de pot pour la jardinière

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Petit bac 2018Mot positif (4)

 

Bakhita – Véronique Olmi

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Audiolib – mars 2018 – 13h11 – Lu par Véronique Olmi

Albin Michel – août 2017 – 464 pages

Quatrième de couverture :
Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion. Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres.  Bakhita  est le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte. Avec une rare puissance d’évocation, Véronique Olmi en restitue le destin, les combats incroyables, la force et la grandeur d’âme dont la source cachée puise au souvenir de sa petite enfance avant qu’elle soit razziée.

Auteur : Dramaturge, comédienne, nouvelliste et romancière, Véronique Olmi est l’auteure de nombreux succès, dont Bord de mer, Le Premier amour ou Cet été-là. Les Éditions Albin Michel ont publié trois de ses romans, Nous étions faits pour être heureuxLa nuit en vérité, J’aimais mieux quand c’était toi et deux pièces de théâtre, Une séparation et Un autre que moi. 

Mon avis : (écouté et lu en avril 2018)
Quelle histoire poignante que celle de Bakhita, esclave soudanaise devenue religieuse, et qui a été canonisée par le pape Jean-Paul II en 2000.
Bakhita est née au Darfour vers 1869. Elle avait alors un autre prénom dont elle n’a pas gardé le souvenir. A cinq ans, elle est confrontée pour la première fois à la violence lorsque sa sœur aînée est enlevée dans son village. Quelques années plus tard, c’est elle-même qui subit le même sort. Elle a sept ans, alors qu’elle s’est écartée de son village, elle est enlevée par deux hommes qui la vendront à des négriers, elle découvre alors la violence, les coups, les humiliations du monde des esclaves… Les premiers jours, elle espère que son père viendra la sauver, puis elle se raccroche à ses souvenirs de la vie d’avant pour résister et espérer un avenir meilleur. Il lui faudra attendre six années avant d’être acheté par Calisto Legnani, un Italien, consul à Khartoum. Elle arrivera à le convaincre de l’emmener en Italie où une nouvelle vie va s’ouvrir à elle.
L’histoire de Bakhita est une histoire vraie, l’auteur a su nous la raconter avec simplicité et beaucoup de sensibilité. Bakhita est admirable de bonté et d’amour. Dans sa simplicité d’âme, et malgré les horreurs qu’elle a du subir et traverser, elle a toujours gardé espoir et fait le bien autour d’elle. Son histoire a encore une résonance avec ce qui se passe de nos jours, migrants, esclavage moderne…
J’ai écouté ce livre en parti en version audio et en version papier. J’ai eu un peu de mal au départ avec le ton pris par l’auteur dans la version audio et en même temps j’étais captivé par le texte et l’histoire de Bakhita que je ne voulais pas lâcher.
J’ai beaucoup aimé l’entretien avec l’auteur en bonus du livre audio, c’est un complément formidable à la lecture du livre.

 

Extrait : (début du livre)
Elle ne sait pas comment elle s’appelle. Elle ne sait pas en quelle langue sont ses rêves. Elle se souvient de mots en arabe, en turc, en italien, et elle parle quelques dialectes. Plusieurs viennent du Soudan et un autre, de Vénétie. Les gens disent : « un mélange ». Elle parle un mélange et on la comprend mal. On doit tout redire avec d’autres mots. Qu’elle ne connaît pas. Elle lit avec une lenteur passionnée l’italien, et elle signe d’une écriture tremblante, presque enfantine. Elle connaît trois prières en latin. Des chants religieux qu’elle chante d’une voix basse et forte.

On lui a demandé souvent de raconter sa vie, et elle l’a racontée encore et encore, depuis le début. C’est le début qui les intéressait, si terrible. Avec son mélange, elle leur a raconté, et c’est comme ça que sa mémoire est revenue. En disant, dans l’ordre chronologique, ce qui était si lointain et si douloureux. Storia meravigliosa. C’est le titre de la brochure sur sa vie. Un feuilleton dans le journal, et plus tard, un livre. Elle ne l’a jamais lue. Sa vie, à eux racontée. Elle en a été fière et honteuse. Elle a craint les réactions et elle a aimé qu’on l’aime, pour cette histoire, avec ce qu’elle a osé et ce qu’elle a tu, qu’ils n’auraient pas voulu entendre, qu’ils n’auraient pas compris, et qu’elle n’a de toute façon jamais dit à personne. Une histoire merveilleuse. Pour ce récit, sa mémoire est revenue. Mais son nom, elle ne l’a jamais retrouvé. Elle n’a jamais su comment elle s’appelait. Mais le plus important n’est pas là. Car qui elle était, enfant, quand elle portait le nom donné par son père, elle ne l’a pas oublié. Elle garde en elle, comme un hommage à l’enfance, la petite qu’elle fut. Cette enfant qui aurait dû mourir dans l’esclavage a survécu, cette enfant était et reste ce que personne jamais n’a réussi à lui prendre.

Petit bac 2018Mot unique (3)

C’est lundi, que lisez-vous ? [20]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane

Qu’est-ce que j’ai lu la semaine dernière ?

La-chorale-du-diable 9782367625638-001-T 51RBT9XNMpL

La chorale du diable – Martin Michaud
Couleurs de l’incendie – Pierre Lemaitre (livre audio)
Irena – tome 3 : Varso-Vie – Jean-David Morvan, David Evrard, Séverine Tréfouël

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Femme de tête – Hanne-Vibeke Holst
Ma Reine – Jean-Baptiste Andrea (Prix Audiolib)

Que lirai-je les semaines prochaines ?

Ring est – Isabelle Corlier (Masse Critique Babelio)
Agatha Raisin enquête, Tome 5 : Pour le meilleur et pour le pire – M. C. Beaton
Les loyautés – Delphine de Vigan (partenariat Audiolib)
En sacrifice à Moloch – Asa Larsson (Prix Audiolib)

Bonnes lectures et bonne semaine

Irena – tome 3 : Varso-Vie – Jean-David Morvan, David Evrard, Séverine Tréfouël

51RBT9XNMpL Glénat – janvier 2018 – 72 pages

Quatrième de couverture :
1947. Bien que l’Allemagne nazie soit tombée, le cauchemar pour les Juifs d’Europe n’est pas terminé. Persécutés par les communistes, abandonnés par les Alliés, leur route vers la terre promise d’Israël a encore des allures de long calvaire… Cette réalité, la jeune Oliwka la découvre brutalement lorsqu’on lui apprend qu’elle avait été confiée, encore bébé, à une famille adoptive pendant la guerre. Que sa véritable identité avait été changée pour échapper aux nazis. En réalité, elle s’appelle Astar Berkenbaum. Elle est juive. Et comme des milliers d’enfants, elle ne doit la vie sauve qu’à une femme : Irena Sendlerowa.
Série poignante et d’utilité publique, Irena nous raconte le destin hors-norme de l’une des plus grandes héroïnes de la Seconde Guerre mondiale. Ce troisième et dernier volume nous raconte la fin de son enfer en prison, mais aussi le début d’un autre combat : celui pour le salut de ses enfants au sortir de la guerre.

Auteur : Né  en 1969, Jean-David Morvan est l’un des scénaristes de BD les plus prolifiques de sa génération. Il s’est d’abord essayé au dessin mais abandonne les études pour devenir scénariste. Il publie ses premiers textes dans un fanzine où il rencontre Yann Le Gall avec qui il écrira en 2001 la série Zorn et Dirna. En 1994, il publie Nomad avec Sylvain Savoia. La série Sillage, commencée en 1998 avec Buchet au dessin, remporte un succès immédiat. Il est également l’auteur des séries Troll, HK, Al Togo, Reality Show et Je suis morte. En 2009 il remporte un Silver Award au Prix international du manga pour l’album Zaya.
En 2013, chez Glénat, il donne une suite à la série Nomad avec un second cycle qu’il intitule Nomad 2.0 avec, cette fois-ci, Julien Carette au dessin. L’année suivante, toujours chez Glénat, il scénarise : Sherlock Fox (dessin de Du Yu), SpyGames (dessin de Jung-Gi Kim) et l’album de la collection « Ils ont fait l’Histoire » consacré à Jaurès.

Mon avis : (lu en mars 2018)
Ce troisième épisode se commence sur la rencontre d’une des 2500 enfants sauvés par Irina. Elle a été confiée à une famille catholique sous le prénom d’Oliuka et en 1947, le jour où elle devait faire sa communion, elle apprend la vérité. Son vrai nom est Astar Berkenbaum et que ceux qu’elle pensait être ses parents, ne le sont pas. Pour sa sécurité, elle doit être retirée à sa famille d’adoption catholique pour partir en Palestine, vers ses racines juives.
En 1965, Irena Sendlerowa est déclarée « Juste parmi les nations ». Elle a survécue à la guerre.
Bien des années plus tard, Astar raconte son histoire à sa fille et lui présente Irena. Une rencontre touchante qui achève une série indispensable à découvrir.
Mais finalement, ma grande surprise, un quatrième épisode est annoncée à cette série… J’aurai certainement la curiosité de le découvrir.

 

Extrait : (cliquer sur les planches pour les agrandir)

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Couleurs de l’incendie – Pierre Lemaitre (livre audio)

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – janvier 2018 – 14h10 – Lu par Pierre Lemaitre

Albin Michel – janvier 2018 – 544 pages

Quatrième de couverture :
Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe.
Avec la participation de Zygmunt Mioszewski pour les mots lus en polonais.

Auteur : De Travail soigné à Sacrifices, ses cinq romans noirs couronnés par de nombreux prix ont valu à Pierre Lemaitre un succès critique et public exceptionnel. Avec Au revoir là-haut, Prix Goncourt 2013, puis Trois jours et une vie, il continue une œuvre littéraire qui confirme un grand écrivain. Il maîtrise l’art de construire des intrigues tenues par d’invisibles fils et des retournements spectaculaires.

Mon avis : (écouté en mars 2018)
J’ai adoré lire Couleurs de l’incendie, le deuxième tome de la trilogie commencée avec Au revoir là-haut, en version papier. La relecture en livre audio a été aussi plaisante que la première lecture, et lu par Pierre Lemaitre c’est un vrai plus !
Le personnage principal de cette histoire est Madeleine Péricourt. Nous sommes en février 1927 alors que les obsèques de Marcel Péricourt sont sur le point d’être célébrées. Dès les premières pages, Paul, le fils de Madeleine âgé de sept ans, va être l’acteur principal d’un événement spectaculaire… Madeleine va se retrouver seule à la tête des affaires de son père, mais étant une femme, elle n’a même pas le droit de signer un chèque. Elle est doit faire confiance aux banquiers proche de son père. Malheureusement, ceux-ci vont profiter de sa naïveté et rapidement elle sera trahie et perdra toute sa fortune. Lorsqu’elle va comprendre comment et par qui elle a été bernée, elle n’aura plus qu’une idée, se venger…
J’ai adoré lire ce roman d’aventure. Le contexte historique est évoqué avec le krach boursier, la montée du fascisme, les débuts de l’aviation, l’évasion fiscale, la situation de la femme dans les années 30…
Il y a une galerie de personnages des plus originaux et variés comme Joubert, le fondé de pouvoir et directeur de la banque, Léonce, l’employée de maison proche de Madeleine,  oncle Charles, le frère de Monsieur Péricourt, Vlady, la nurse polonaise de Paul, Solange, la diva italienne…
L’intrigue se construit comme un suspens avec des histoires parallèles et des rebondissements qui surprennent le lecteur, difficile de lâcher le roman…
Un troisième épisode est prévu pour achever cette trilogie, et j’en suis ravie !
La lecture de Pierre Lemaitre est vraiment réussie et son entretien en bonus est vraiment intéressant.

Merci Pauline et Audiolib pour ce livre audio épique et palpitant !

Extrait : (début du livre)
Si les obsèques de Marcel Péricourt furent perturbées et s’achevèrent même de façon franchement chaotique, du moins commencèrent-elles à l’heure. Dès le début de la matinée, le boulevard de Courcelles était fermé à la circulation. Rassemblée dans la cour, la musique de la garde républicaine bruissait des essais feutrés des instruments, tandis que les automobiles déversaient sur le trottoir ambassadeurs, parlementaires, généraux, délégations étrangères qui se saluaient gravement. Des académiciens passaient sous le grand dais noir à crépines d’argent portant le chiffre du défunt qui couvrait le large perron et suivaient les discrètes consignes du maître de cérémonie chargé d’ordonner toute cette foule dans l’attente de la levée du corps. On reconnaissait beaucoup de visages. Des funérailles de cette importance, c’était comme un mariage ducal ou la présentation d’une collection de Lucien Lelong, le lieu où il fallait se montrer quand on avait un certain rang.
Bien que très ébranlée par la mort de son père, Madeleine était partout, efficace et retenue, donnant des instructions discrètes, attentive aux moindres détails. Et d’autant plus soucieuse que le président de la République avait fait savoir qu’il viendrait en personne se recueillir devant la dépouille de « son ami Péricourt ». À partir de là, tout était devenu difficile, le protocole républicain était exigeant comme dans une monarchie. La maison Péricourt, envahie de fonctionnaires de la sécurité et de responsables de l’étiquette, n’avait plus connu un instant de repos. Sans foule des ministres, des courtisans, des conseillers. Le chef de l’État était une sorte de navire de pêche suivi en permanence de nuées d’oiseaux qui se nourrissaient de son mouvement.
À l’heure prévue, Madeleine était en haut du perron, les mains gantées de noir sagement croisées devant elle.
La voiture arriva, la foule se tut, le président descendit, salua, monta les marches et pressa Madeleine un instant contre lui, sans un mot, les grands chagrins sont muets. Puis il fit un geste élégant et fataliste pour lui céder le passage vers la chapelle ardente.

Déjà lu du même auteur : 

 robe_de_mari__ Robe de marié  Alex_cd Alex  9782226249678g Au revoir là-haut

114535989 Trois jours et une vie 81CwwZlg2xL Couleurs de l’incendie

Prix Audiolib : les deux nouveaux livres audios sont arrivés !

logoprixaudiolib2018J’ai trouvé les deux derniers livres audios de la sélection dans ma boîte aux lettres !
J’ai déjà lu en version papier « La ferme du bout du monde »,
j’ai très envie de découvrir « En sacrifice à Moloch »P1040269_x

J’ai déjà lu audio :
Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson
La Tresse de Laetitia Colombani
Quand sort la recluse – Fred Vargas
Underground Railroad – Colson Whitehead
La vie secrète des arbres – Peter Wohlleben
Le jour d’avant – Sorj Chalandon
Bakhita – Véronique Olmi (billet en cours d’écriture)

en cours de lecture :
Ma reine – Jean-Baptiste Andrea

A suivre…

 

La chorale du diable – Martin Michaud

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Kennes – mai 2017 – 405 pages

Kennes Editions – mai 2015 – 507 pages

Québec loisirs – 2011 – 512 pages

Quatrième de couverture :
Dans ce qui a tout l’air d’être un drame familial, une femme et ses trois enfants sont sauvagement tués à coups de hache. L’auteur présumé du carnage, le mari, s’est suicidé après s’être tranché la langue. Mais est-ce bien ce qui s’est passé ? Deux jours après, une alerte enlèvement est déclenchée à l échelle de la province de Québec: une jeune fille dévoilant ses charmes sur Internet a été kidnappée. Par qui? Pourquoi? Deux énigmes que vont s’attacher à résoudre en parallèle deux policiers au style rentre-dedans: Victor Lessard qui, sans compter les cadavres laissés derrière lui, en voit d’autres surgir de son passé, enlaidis par le temps; et Jacinthe Taillon, son ancienne coéquipière à la Section des crimes majeurs, qui lui voue une haine infernale. Naviguant à travers le fanatisme religieux et la perversité de démons ordinaires, ils vont s’engager dans une valse à quatre temps diabolique entre Montréal, Sherbrooke, Val-d Or et… le Vatican. Jusqu’à découvrir le secret terrifiant de la chorale du diable.

Auteur : Né en 1970, établi à Montréal depuis plus de vingt ans, Martin Michaud a longuement pratiqué le métier d’avocat d’affaires avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Reconnu par la critique comme le chef de file des écrivains de romans policiers québécois, il a obtenu un succès sans cesse grandissant avec ses sept thrillers, qui lui ont valu la reconnaissance du public et de nombreux prix littéraires. Outre ses activités de romancier, il scénarise d’après son œuvre une série intitulée Victor Lessard diffusée en février 2017.

Mon avis : (lu en mars 2018)
Ce livre est la deuxième enquête du sergent-détective Victor Lessard. Tout commence avec un drame familiale, une femme et ses trois enfants sont sauvagement tués et l’on soupçonne le mari, trouvé également mort, d’être le coupable avant de s’être suicidé.
Cette enquête est douloureuse pour Victor Lessard, elle le renvoie à son passé et à un drame familial qui remonte à son enfance.
En parallèle, il y a le kidnapping d’une jeune femme, des hommes d’Eglise qui ont des comportements surprenants…
Victor Lessard va également se trouver directement impliqué dans un assassinat et poursuivit par des meurtriers. Pour se protéger, il va devoir s’isoler et faire cavalier seul, sans rendre des comptes à sa hiérarchie…
Voilà une intrigue sanglante, très bien construite et bien complexe, un policier attachant qui va se dévoiler un peu plus et bien sûr le charme des expressions québécoises !
Belle découverte québécoise !

Extrait : (début du livre)
1.

Montréal
Une semaine plus tôt, le 5 mai

Simone Fortin pose la tête sur l’épaule de Victor Lessard.
Le policier tient le parapluie en biais, pour essayer de la protéger de la pluie torrentielle. Après un moment, il baisse le parapluie, puis il le laisse carrément tomber sur le sol.
C’est peine perdue, ils sont trempés.
Le sergent-détective resserre l’étreinte du bras qu’il a passé autour des épaules de la jeune femme. Celle-ci le tient par la taille.
Simone pleure, Lessard aussi…
Bien que la pluie lui offre le couvert de son camouflage, il ne cherche aucunement à cacher ses émotions.
A quelques semaines près, ils célèbrent, cette année encore, un triste anniversaire.
Au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, le temps s’est arrêté pour permettre à Simone Fortin de se souvenir d’une presque soeur et rappeler à Victor Lessard les prémices d’une passion naissante.
L’horloge s’est figée à trente tours de cadran pour Ariane Bélanger, fauchée en plein élan par la lame d’un tueur dément.

Du cimetière, ils marchent bras dessus, bras dessous dans Côte-des-Neiges, jusqu’au café où le policier avait rencontré Ariane pour la première fois.
Une seule phrase a été prononcée.
Simone n’a pu s’empêcher de le reluquer des pieds à la tête. Il porte un jean Diesel, un t-shirt noir, un veston bien coupé et une paire d’espadrilles.
– Tu es beau, Victor. Et c’est fou comme tu as maigri ! Pris de court par le compliment, Lessard rougit et grommelle quelque chose d’inintelligible. Cela dit, Simone a raison : c’est près de quarante livres qu’il a gommées depuis leur rencontre précédente. Ils entrent.
Outre quelques travailleurs autonomes qui étirent leur café et profitent de la connexion Wi-Fi pour procrastiner sur Internet, l’endroit est presque vide. La serveuse, une barrique sur deux pattes avec une tête de crevette, vient prendre leur commande.
– Un double allongé déca avec un peu de lait chaud, dit le sergent-détective.
Simone fait une moue admirative.
– Mais comment arrives-tu à te souvenir de tout ça ? Un café régulier pour moi. Noir.
Lessard se tortille sur sa chaise.
Il se demande comment la jeune femme peut paraître si légère alors que lui se sent engourdi par ses sentiments. Chaque fois qu’ils se revoient, le spectre d’Ariane Bélanger plane sur leur rencontre et le plonge dans un cauchemar éveillé où il se remémore les événements qui ont entraîné sa mort tragique et celle de l’agent Nguyen. Ils n’en ont jamais parlé, mais il suppose que Simone est tout simplement plus forte que lui.
– Comment ça va, à l’hôpital ? commence-t-il pour briser la glace. Toujours aux urgences de Trois-Pistoles ?
– Toujours. Mais je suis en train de compléter une spécialité en gastro-entérologie.
– Palpitant ! lance-t-il avec dégoût. Mais comment fais-tu pour aller jouer dans le c… Enfin, je veux dire… Bref, tu comprends ?
Simone saisit très bien et elle ne peut s’empêcher de pouffer de rire.

Déjà lu du même auteur :

Il ne faut pas parler dans l'ascenseur Il ne faut pas parler dans l’ascenseur

Petit bac 2018Art (4)