C’est lundi, que lisez-vous ? [62]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Camille

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne cette semaine ?

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Le voyage de Marcel Grob – Philippe Collin et Sébastien Goethals
Sur la route des Invisibles : Femmes dans la rue – Claire Lajeunie
Fief – David Lopez

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Frère d’âme – David Diop (Prix Audiolib 2019)
Un silence brutal – Ron Rash (Babelio)

Que lirai-je les semaines prochaines ?

Geneviève de Gaulle, les yeux ouverts – Bernadette Pecassou-Camebrac (Masse Critique Babelio)
Tous, sauf moi – Francesca Melandri (partenariat Babelio)
Face nord – Jean-Marie Defossez (partenariat Flammarion Jeunesse)
Les Aventures De Blake Et Mortimer Tome 25 – La Vallée Des Immortels (La BD fait son festival 2019 en partenariat avec Rakuten)

Bonnes lectures et bonne semaine !

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Fief – David Lopez

logo prix audiolib 2019

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Audiolib – janvier 2019 – 6h57 – Lu par l’auteur

Le Seuil – août 2017 – 256 pages

Points – janvier 2019 – 240 pages

Quatrième de couverture :
Quelque part entre la banlieue et la campagne, Jonas et ses amis tuent le temps. Ils fument, jouent aux cartes, font pousser de l’herbe, et, quand ils sortent, c’est pour constater ce qui les éloigne des autres. Dans cet univers où tout semble voué à la répétition du même, leur fief, c’est le langage, qu’ils ne cessent de mettre en scène, que ce soit Lahuiss interprétant le Candide de Voltaire ou Poto offrant un morceau de rap de son cru.
Jonas, qui a grandi avec eux, a ses jardins secrets – une fille qu’il visite de temps en temps – et un avenir possible – la boxe professionnelle. Mais aussi élégant et rapide que soit son jab, il manque de niaque et d’ardeur.
Au fil de ce roman écrit au cordeau, une gravité se dégage, une beauté qu’on extirpe du tragique ordinaire à travers une voix neuve, celle de son auteur.

Auteur : David Lopez a trente-deux ans. Issu du master de Création littéraire de l’université Paris 8, il est emblématique d’une génération d’écrivains venue à l’écriture par des biais neufs et inattendus. Fief est son premier roman.

Mon avis : (écouté en février et mars 2019)
J’ai mis beaucoup de temps à entrer dans ce livre… il est particulier ce livre, c’est comme un long slam, car la langue y est essentielle et seul l’auteur pouvait donner autant de puissance et de musicalité à ses mots, à ses phrases qui sont ciselés comme un long poème ou chanson… Un mélange d’argot, de verlan, une langue précise, vive et rythmée. 
Après différentes tentatives de lecture, j’ai trouvé mon rythme en écoutant par plage de 25 minutes environ, le temps de mon trajet matinale de 2 km à pied, pour aller prendre mon train… soit près de 3 semaines ou 30 km de trajet…
Ce livre raconte une banlieue d’une ville de 15000 habitants proche de la campagne, une zone périurbaine, un territoire entre-deux et la bande de Jonas (le narrateur) : Ixe, Poto, Habib, Romain, Lahuiss, Untel, Miskine, Sucré… Ils ont tous ou presque des surnoms.
Ils se retrouvent pour fumer cigarettes et/ou pétard, boire, jouer aux cartes… Ils se chambrent, tuent le temps, s’ennuient, draguent les filles… Jonas pratique la boxe mais il n’a pas assez la niaque pour espérer percer. Lahuiss est le seul, parti en ville faire des études, il aime les mots et la littérature, il fait faire, à ceux de la bande, une dictée, pour rigoler. Il a choisi un texte de Céline : « On devient rapidement vieux et de façon irrémédiable encore. On s’en aperçoit à la manière qu’on a prise d’aimer son malheur malgré soi ». Une phrase qui fait parfaitement écho à ce que vit la bande…
L’entretien bonus avec l’auteur, toujours très intéressant, m’a bien aidé à comprendre ce texte.

Extrait : (début du livre)
C’est un nuage qui m’accueille. Quand j’ouvre la porte je vois couler sous le plafonnier cette nappe brune, épaisse, et puis eux, qui baignent dedans. Ixe, ça ne le dérange pas qu’on fume chez lui, du moment qu’on ne fume pas de clopes. Je le regarde, entre lui et moi c’est presque opaque. Il plane dans le brouillard. On est bien reçus chez toi, je dis. Je n’ai pas le temps d’ajouter quoi que ce soit que déjà il me pose sa question rituelle. Tu veux rouler ? Je dis oui.
La disposition de la pièce n’a jamais changé, alors je me mets sur le petit tabouret inconfortable, celui sur lequel je m’assois toujours, près de la table basse. Ixe est à son bureau, à gauche de l’entrée, à côté de son lit toujours bien fait, à croire qu’il n’y dort jamais. Pourtant il ne sort pas beaucoup. Il attend qu’on vienne. Il est à la sortie de la ville, il y a un pré derrière, et la forêt plus loin. C’est calme. Cette maisonnette, il l’appelle sa grotte. Il se serait bien vu homme des cavernes comme il dit souvent.
Il est pas joli ton œil, me dit Poto, installé au fond de la pièce. Il mélange déjà les cartes. D’abord je ne dis rien, je pense juste au fait que je n’aime pas ce plafonnier, cette lumière sèche, et puis je soupire, et je dis les gars, vous étiez là, vous avez vu, alors y a rien à dire de plus. Ça s’est pas joué à grand-chose il fait, et moi je lui réponds qu’on ne joue pas. Sucré, qui vient s’asseoir à côté de lui, ajoute qu’il vaut mieux y aller mollo sur le réconfort.
Chez Ixe il y a toujours de la musique. Ça ne dérange pas Poto, qui passe son temps à décortiquer les rimes des chanteurs qu’on écoute. Il demande à Ixe de remettre en arrière, parce qu’il a cru entendre une rime multisyllabique, il dit. Écoutez les gars, la rime en -a-i-eu là, vous avez grillé ou pas, et moi je réponds non, j’étais pas attentif. Sucré confirme, alors que Ixe, penché sur son bureau, ne dit rien. Il s’apprête à couper une plaquette. Elle est posée sur une planche à découper, couteau de boucher à côté. T’as besoin d’un truc toi Jonas ? il me demande. Je dis ouais, fais-moi un vingt-cinq comme d’habitude, et je dois hurler pour qu’il me comprenne. Pour couper un morceau comme celui-ci, c’est chacun sa technique. Les plus précautionneux chauffent la lame. Mon autre pote qui vend du shit, Untel il s’appelle, il met carrément la plaquette au micro-ondes. Ixe, lui, il utilise un sèche-cheveux.
Des feuilles du shit une clope. Ixe pose ça sur la table, devant moi, parce qu’il trouve que je mets du temps à m’activer. Ça, c’est d’la frappe il dit, y a pas besoin d’en mettre beaucoup. Il dit toujours ça, parce qu’il me connaît. Il ne veut pas que je m’éteigne trop vite. Je le regarde du coin de mon œil blessé, il a les yeux rouges, il n’est pas tout neuf. Je lui fais la remarque et ça le fait rire en même temps qu’il se frotte les orbites. Je comprends mieux pourquoi il me dit de ne pas trop charger.

Sur la route des Invisibles : Femmes dans la rue – Claire Lajeunie

9782841868025r  Michalon – septembre 2015 – 208 pages

Quatrième de couverture :
« Aujourd’hui, je vois des femmes SDF partout, à chaque coin de rue… Ces invisibles, je les ai pourtant longtemps cherchées pour évaluer et valider cette incroyable donnée : en France, 40% des SDF sont des femmes, deux sur cinq ! Au premier regard, elles n’ont pas l’air de sans-abri, sont correctement habillées, semblent prendre soin d’elles tout en essayant de gommer leur féminité afin de se protéger.
Pour rendre visible cette réalité sociale méconnue, je suis partie à leur recherche. J’ai passé cinq mois avec ces oubliées, sur les trottoirs parisiens, dans les gares, les bus, les parkings souterrains, les associations. En plein hiver, pour tenter de comprendre comment elles ont basculé et comment elles survivent. Elles s’appellent Catherine, Julie, Anna, Sophie… Certaines ont vingt ans,d ‘autres approchent la soixantaine… Autant de parcours singuliers, qui m’ont particulièrement touchée. »
Une « immersion » dans le quotidien de ces invisibles, un livre de rencontres et d’impressions, né d’un documentaire réalisé pour France 5 et aujourd’hui adapté au cinéma.

Auteur : Claire Lajeunie est réalisatrice et productrice. Elle vit à Paris. La question des marginaux, des laissés-pour-compte est l’un de ses thèmes de prédilection. Elle a notamment réalisé « Les bébés secoués » pour France 2, « Que faire de nos fous ? » et « Enfants martyrs » pour France 3. Son dernier documentaire pour France 5, intitulé « Pauvres de nous », dévoile, de l’adolescence à la retraite, le visage sans compromis de la pauvreté. 
Elle a collaboré à l’écriture du scénario du film « Les Invisibles ».

Mon avis : (lu en février 2019)
C’est grâce à la promotion du film « Les Invisibles » que j’ai découvert ce livre.
La journaliste-réalisatrice Claire Lajeunie a voulu rencontrer ces « Invisibles », ces femmes sans-domicile fixe qui se cachent pour survivre. Elle a passé cinq mois avec ces oubliées, Julie, Anna, Catherine, Sophie… Elle les a approché dans les gares, sur les trottoirs parisiens, dans le métro, les bus, les parkings souterrains ou dans des associations. Elle voulait essayer de comprendre comment elles ont basculé et comment elles arrivent à survivre. Elles sont très jeunes ou approchent la soixantaine…Ce livre nous raconte la vie quotidienne difficile de ces femmes qui n’ont plus rien et qui tentent de lutter pour garder dignité et espoir de s’en sortir. C’est la réalité et l’on voit également tout le travail de bénévoles et d’associations qui chaque jour, sans se résigner, tentent d’apporter du réconfort à celles et ceux devenus invisibles. Leurs histoires sont très différentes et l’on peut pas ne pas être touché. L’écriture est simple, directe, sans pathos.

Claire Lajeunie donne un visage à celles que l’on voit sans regarder à travers son livre mais également son documentaire diffusé sur France 5 en septembre 2015.

Extrait : (début du livre)
Avant propos
Depuis quinze ans, au fil de nombreux documentaires, je raconte le monde à ma façon : l’adoption, les bébés secoués, la violence routière, la psychiatrie, la maltraitance infantile… Ces sujets me passionnent et me permettent de plonger dans des univers interdits. On me dit souvent que ce sont des thèmes durs et graves, mais je sais qu’ils m’ont aussi beaucoup apporté. J’ai appris à relativiser mes petits problèmes et me suis construite grâce à toutes les personnes que j’ai rencontrées. Je pense souvent à elles. Ce sont leurs paroles et la force de leurs témoignages qui sont ma source d’énergie. J’ai été une des premières à parler du syndrome des bébés secoués. Dix ans après, j’ai retrouvé des enfants qui allaient mieux. Ce premier documentaire, que j’ai réalisé à l’hôpital Necker, a développé chez moi l’envie d’infiltrer des milieux un peu hors normes, d’aborder des sujets tabous, souvent douloureux. Un métier riche en émotions, qui me pousse à chercher toujours un peu plus loin pour raconter des histoires fortes et donner la parole à ceux qui souffrent en silence.
A chaque fois, je change de peau, j’usurpe une identité; je suis devenue presque «schizophrène». Un jour, je suis infirmière à l’hôpital Necker de Paris, un autre, policière à la Brigade des mineurs de Lille. Ce dédoublement de personnalité me fait avancer. Il n’est pas question de réparer des douleurs passées, enfouies, une enfance difficile. J’ai beau creuser, aucun traumatisme qui l’expliquerait. Je crois qu’on peut être attiré vers la souffrance sans l’avoir forcément vécue personnellement. J’aime les gens avec des failles et des faiblesses. Je veux dénoncer l’injustice. J’aurais pu être «psy», j’ai choisi d’être réalisatrice. À 13 ans, je savais déjà que je voulais faire ce métier.
Il y a trois ans, j’ai enquêté sur les familles monoparentales, du côté de ces femmes qui élèvent seules leurs enfants et qui vivent sous le seuil de pauvreté, avec moins de 1 000 euros par mois, des mères courages. J’ai vu des femmes qui étaient sur le «fil», prêtes à basculer à la moindre embûche. Des histoires de vies qui nous parlent.
J’ai eu alors envie d’aller plus loin, de trouver celles qui avaient perdu pied. Avec une obsession : tordre le cou aux idées reçues et montrer qu’on peut vivre dans la rue sans être dans la caricature de l’alcool et de la folie, même si ça existe. On peut «tomber dans la rue» et avoir eu une vie avant, parler plusieurs langues ou avoir fait des études.
Et si un jour, c’était moi ?

Le voyage de Marcel Grob – Philippe Collin et Sébastien Goethals

9782754822480 Futuropolis – octobre 2018 – 192 pages

Quatrième de couverture :
Le destin tragique de Marcel Grob, jeune Alsacien de 18 ans, enrôlé de force en juin 1944, dans la Waffen SS. Philippe Collin et Sébastien Goethals se basent sur l’histoire vraie d’un de ces « malgré nous » pour raconter comment et dans quelles conditions ces jeunes Alsaciens furent incorporés et durent combattre dans la SS.

Auteurs : Philippe Collin est un producteur de radio, auteur et journaliste, né à Brest le 6 avril 1975. Il effectue des études d’histoire à l’Université de Bretagne occidentale, à Brest. Il est titulaire d’une maîtrise d’histoire contemporaine consacrée à l’épuration des collaborateurs à la Libération.  En 2018, il est l’auteur avec Sébastien Goethals de la bande dessinée « Le voyage de Marcel Grob ». Il raconte l’histoire de Marcel Grob, un malgré-nous, un jeune alsacien de 17 ans qui doit intégrer la Waffen-SS en 1944. La bande dessinée est inspirée d’une histoire vraie, celle du grand oncle de Philippe Collin.
Né en 1970, Sébastien Goethals est un spécialiste du thriller en bande dessinée. De 2000 à 2002, il met en images les trois albums de Tower sur un scénario de l’écrivain bicéphale Ange. En 2004 et 2005, il met son sens de l’action et de l’efficacité graphique au service du premier épisode d’Angeline écrit par la comédienne Adeline Blondieau et le réalisateur Éric Summer. Il prend alors un certain recul par rapport à la bande dessinée. Par ailleurs il a réalisé les couleurs du premier épisode de Spoon & White, polar humoristique signé Yann et Jean Léturgie. Mais l’autre domaine de prédilection de Sébastien est l’animation et notamment la création de personnage. Il a ainsi travaillé sur le long métrage Kong et les séries Lost Continent, Stargate et Les Copains de la forêt. C’est avec grand plaisir qu’on le voit de retour en BD avec Ceci est mon corps.

Mon avis : (lu en février 2019)
Cette BD raconte l’histoire peu connue des « Malgré-nous », à travers le destin tragique de Marcel Grob, jeune Alsacien de 18 ans, enrôlé de force dans la Waffen SS, en juin 1944 .
En octobre 2009, Marcel Grob est un vieil homme de 83 ans qui se retrouve devant un juge qui l’interroge sur sa vie. Plus particulièrement sur le 28 juin 1944, jour où ce jeune Alsacien est intégré dans la 16e division Reichsführer, de la Waffen SS.
Pour le juge qui instruit son affaire, il va falloir convaincre le tribunal qu’il n’a pas été un criminel nazi. Marcel Grob doit se replonger dans ses douloureux souvenirs d’un « Malgré-nous », forcé d’aller combattre en Italie dans l’une des plus sinistres divisions SS.
Il n’est pas facile de différencier les jeunes Alsaciens enrôlés de force et les Volontaires venus combattre de leur plein gré…
Cette BD est l’occasion de découvrir un pan de l’Histoire, de la Seconde Guerre Mondiale et de l’Alsace à cette époque.
A la fin de l’album, il y a un cahier historique intéressant et rappelle l’horreur absolue des massacres systématiques de villages entiers durant tout le conflit aussi bien par les SS que par l’armée allemande.

Extrait :

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C’est lundi, que lisez-vous ? [61]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Camille

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne cette semaine ?

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Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee et Fred Fordham
Avec toutes mes sympathies – Olivia de Lamberterie

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Ce que savait la nuit – Arnaldur Indriðason
Fief – David Lopez (Prix Audiolib 2019)

Que lirai-je les semaines prochaines ?

Agatha Raisin tome 7 : A la claire fontaine – M.C. Beaton
Geneviève de Gaulle, les yeux ouverts – Bernadette Pecassou-Camebrac (Masse Critique Babelio)
Un silence brutal – Ron Rash (Babelio)

Bonnes lectures et bonne semaine !

Avec toutes mes sympathies – Olivia de Lamberterie

logo prix audiolib 2019

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Audiolib – février 2019 – 6h32 – Lu par l’auteure

Stock – août 2018 – 256 pages

Quatrième de couverture :
« Les mots des autres m’ont nourrie, portée, infusé leur énergie et leurs émotions.
Jusqu’à la mort de mon frère, le 14 octobre 2015 à Montréal, je ne voyais pas la
nécessité d’écrire. Le suicide d’Alex m’a transpercée de chagrin, m’a mise aussi
dans une colère folle. Parce qu’un suicide, c’est la double peine, la violence de la
disparition génère un silence gêné qui prend toute la place, empêchant même de
se souvenir des jours heureux.
Moi, je ne voulais pas me taire.
Alex était un être flamboyant, il a eu une existence belle, pleine, passionnante,
aimante et aimée. Il s’est battu contre la mélancolie, elle a gagné. Raconter son
courage, dire le bonheur que j’ai eu de l’avoir comme frère, m’a semblé vital. Je ne
voulais ni faire mon deuil ni céder à la désolation.
Je désirais inventer une manière joyeuse d’être triste.
Les morts peuvent nous rendre plus libres, plus vivants. » O. L.

Auteur : Olivia de Lamberterie est journaliste à Elle, chroniqueuse littéraire à « Télématin » sur France 2, au « Masque et la plume » sur France Inter et correspondante pour Radio Canada. Amoureuse des lettres et lectrice incomparable, elle signe ici son premier texte. Son deuil lui avait retiré le goût de lire pendant quelques mois. Elle nous le donne ici avec la générosité qui la caractérise.

Mon avis : (écouté en mars 2019)
Olivia de Lamberterie est une journaliste, chroniqueuse littéraire connue. A ce titre, elle s’était toujours interdite d’écrire un roman. Et voilà, qu’en octobre 2015, son frère Alex se suicide à Montréal. Alex et Olivia sont des frère et sœur très proches, très complices. Alex avait plusieurs fois encouragé Olivia à écrire un livre. Ce drame donne une vraie raison à Olivia pour écrire, pour raconter ce frère brillant, aimé par une épouse et ses enfants, avec une belle situation professionnelle et qui pourtant était depuis longtemps en proie à la mélancolie.
Le titre de ce livre « Avec toutes mes sympathies » est la formule de condoléances dite par les Québécois, une expression qui vient de l’anglais sympathies.
Le livre alterne entre les souvenirs heureux, les angoisses d’Alex, les interrogations sur sa maladie, l’après avec comment « apprendre à vivre avec les morts sans les trahir », à chercher des signes de l’au-delà…
Un livre bouleversant, un magnifique hommage que j’ai écouté pratiquement d’une traite en une journée. C’est d’autant plus touchant que ce récit est lu par l’auteure avec beaucoup de tendresse, de sensibilité et d’amour.

Extrait : (début du livre)
Paris, automne 2015
J’ai perdu mon frère. Cette expression me semble la plus juste pour parler de toi aujourd’hui. Où vont les morts ? Un matin recouvert d’une fine pellicule de tristesse, j’allume mon ordinateur, à ELLE où je suis journaliste, afin de lire mes mails et ces mots apparaissent en gros caractères sur mon écran : « Découvrez le nouveau poste d’Alexandre de Lamberterie. » Cette phrase surgie de je ne sais où, d’un ailleurs plus doux j’espère, me saisit. Tu es mort depuis plus d’un mois. J’ouvre le message envoyé par le réseau professionnel LinkedIn, où je me suis inscrite une après-midi de résolution – depuis, je ne suis jamais retournée sur le site, l’histoire de ma vie, en être ou ne pas en être. Je clique et tombe sur une photo de toi, barbe, cravate, chemise noir et blanc Club Monaco que ta femme, Florence, m’a offerte après ta disparition, douce armure rayée dans laquelle je me réfugie les jours mauvais. Tu es beau, grave, ton regard est déjà intranquille, on dirait une maison vide. « Art Director, Visual Presentation, Assassin’s Creed. Région de Montréal, Canada. » Vertige sur ma chaise de bureau. « Envoyez un message », peut-on lire dans un petit cadre bleu. Je jette ces mots : « Où es-tu ? »

Tu es mort le 14 octobre 2015.
Je voudrais tellement savoir où tu es. Juste pour être sûre que tout va bien. Alors, avec ton bonnet bleu marine en cachemire sur la tête, pour me donner l’illusion que nos cerveaux se touchent, j’écris afin de retrouver ta trace dans un ciel de traîne. Nous nous sommes quittés, moi en perfecto et toi dans une boîte partant au feu. Le bruit de ferraille m’écorche encore les oreilles. Où es-tu, mon frère terrible ? Pas loin mais pas là. Pas là mais pas loin. J’aimerais t’imaginer directeur artistique du paradis, buvant des coups avec un bon Dieu joufflu, chauve et barbu, sorti d’un paradis du commerce comme sur les dessins de Jean Effel dont nous regardions les albums chez grand-père Serge, lorsque nous étions enfants. Tu leur créerais un logo magnifique « EDEN, Bienvenue chez vous », un peu comme celui que j’ai repéré dans ton dernier carnet. Tu avais dessiné des tee-shirts marqués d’un TAG, Trouble Anxieux Généralisé. L’acronyme, découvert à ton sujet alors que tu étais en hôpital de jour, avait dû te plaire. J’aimerais t’imaginer taguant l’horizon, transformant les nuages en têtes de mort, mais je n’y arrive pas. Pas assez catho ou pas assez dingo. Où voles-tu mon frère never more ?
Je pars à ta recherche.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee et Fred Fordham

814fRJsD9RL Grasset – novembre 2018 – 288 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Stoïanov,
relu et actualisé par Isabelle Hausser

Titre original : To Kill a Mockingbird, 1960

Quatrième de couverture :
Livre culte dans le monde entier, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur raconte l’histoire d’Atticus Finch, jeune avocat, qui élève seul ses deux enfants Jem et Scout. Lorsqu’il est commis d’office pour la défense d’un homme noir accusé d’avoir violé une femme blanche, la vie de la petite famille bascule. Nous sommes dans les années 1930, dans une petite ville de l’Alabama et certaines vérités peuvent être dangereuses à démontrer…
Grâce au talent de Fred Fordham (notamment découvert en France grâce à Nightfall, paru chez Delcourt), ce roman graphique donne une nouvelle vie au chef d’œuvre d’Harper Lee. L’illustrateur a exploré les lieux qui ont compté pour la mythique auteure américaine en se plongeant dans sa vie afin de s’approcher au plus près de son imaginaire. Fred Fordham offre un éclairage inédit du texte avec ce magnifique ouvrage qui renforce encore la modernité de l’œuvre de Lee. Couronné par le prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est l’un des plus grands classiques de la littérature du xxème siècle.

Auteurs : Harper Lee est née en 1926 à Monroeville, dans l’Alabama. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, premier et longtemps unique roman de celle qui fut la grande amie de Truman Capote, a connu un destin hors du commun, et demeure à ce jour l’un des livres les plus aimés des lecteurs du monde entier. Harper Lee a créé l’événement en publiant, cinquante ans plus tard, Va et poste une sentinelle (2015). Elle est décédée le 19 février 2016.
Fred Fordham est né en 1985 et a grandi dans le nord de Londres. Parallèlement à ses études de sciences politiques et de philosophie à Sussex University, il travaillait en tant que portraitiste et muraliste. Désormais illustrateur, on lui doit notamment la série Nightfall.

Mon avis : (lu en février 2019)
Cette histoire est un grand classique de la littérature américaine écrit en 1960 et qui nous plonge au cœur du sud des Etats-Unis, dans l’Alabama, dans les années 30, quand les noirs et les blancs vivaient séparés.
La narratrice, Scout, est âgée d’une dizaine d’années, elle vit à Maycomb avec son grand frère Jem, leur père veuf et leur gouvernante Calpunia. C’est l’été, le temps de l’innocence et des jeux avec Dill, le petit voisin, ils construisent des cabanes, se font peur en passant devant la maison du mystérieux Boo Radley… Leur père, Atticus Finch, est un avocat qui défend le plus souvent des causes perdues. Le regard d’enfant de Scout et Jem va changer le jour où ils assistent au procès où leur père défend un homme noir, accusé à tort de viol sur une femme blanche. 
L’adaptation de ce roman initiatique qui incite au respect, à la tolérance et à l’amitié est magnifiquement réussi. Fidèle au texte, on ne peut s’empêcher de retrouver également des images du film « Du silence et des ombres » adaptation au cinéma de Robert Mulligan en 1962, avec Grégory Peck qui recevra l’Oscar du meilleur acteur.
Une bande dessinée idéale pour faire connaître cette oeuvre et donner envie de lire l’original !

Extrait : 

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Extrait en ligne

petit bac 2019(2) Animal

Déjà lu du même auteur :

41238697_p  Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

ne tirez Ne tirez-pas sur l’oiseau moqueur (version audio)

C’est lundi, que lisez-vous ? [60]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Camille

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne cette semaine ?

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Bienvenue au Motel des Pins perdus – Katarina Bivald
Les nymphéas noirs – Michel Bussi, Didier Cassegrain, Fred Duval
My Absolute Darling – Gabriel Tallent

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Avec toutes mes sympathies – Olivia de Lamberterie (Prix Audiolib 2019)
Chambre 128 – Cathy Bonidan

Que lirai-je les semaines prochaines ?

Ce que savait la nuit – Arnaldur Indriðason
Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee, Fred Fordham (BD)
Agatha Raisin tome 7 : A la claire fontaine – M.C. Beaton
Geneviève de Gaulle, les yeux ouverts – Bernadette Pecassou-Camebrac (Masse Critique Babelio)
Un silence brutal – Ron Rash (Babelio)

Bonnes lectures et bonne semaine !

My Absolute Darling – Gabriel Tallent

logo prix audiolib 2019

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Audiolib – octobre 2018 – 12h52 – Lu par Marie Bouvet

Gallmeister – mars 2018 – 453 pages

traduit de l’américain par Laura Derajinski

Titre original : My absolute darling, 2017

Quatrième de couverture :
À quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la côte nord de la Californie avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu’elle parcourt sur des kilomètres. Mais si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.

Auteur : Gabriel Talent est né en 1987, au nouveau-Mexique, et a grandi en Californie. Il a mis huit ans à écrire My Absolute Darling, son premier roman, qui a aussitôt été encensé par la critique et fait partie des meilleures ventes aux Etats-Unis et en France. Il vit aujourd’hui avec sa femme à Salt Lake City.

Lecteur : Depuis son diplôme aux Beaux-Arts de Paris en 2005, Marie Bouvet expérimente différentes formes d’expression corporelle et artistique comme l’écriture scénaristique, la radio, le combat scénique ou l’acting. Sur les plateaux de tournage, sur scène ou en studio, elle met en œuvre tout son savoir-faire artistique et sa sensibilité pour être au plus près de la vérité des personnages, défendre ses valeurs et porter des projets riches de sens.

Mon avis : (écouté en février 2019)
C’est un roman très fort et dérangeant. Un roman à la fois d’apprentissage et d’aventure. Julia, surnommée Turtle, a été élevée par un père autoritaire dans un environnement rustique, une cabane remplie d’armes et d’outils, habillée comme un garçon. A 14 ans, Turtle est dans son élément lorsqu’elle arpente en solitaire les bois et la nature en mode survie, elle est très douée également dans le maniement des armes. Mais, à l’école, elle ne se sent pas à sa place et se pense idiote…
Peu à peu, le lecteur découvre la nature toxique de la relation extrême qu’il existe entre Turtle et son père. Aveuglée par sa loyauté, Turtle se refuse à trahir celui qui lui a tout appris. Turtle va mettre du temps à comprendre que ce père est, vis à vis d’elle, à la fois plein d’un amour absolu mais aussi étouffant et violent.
La nature sauvage, luxuriante et splendide sert de décor. Turtle profite de ses sorties en forêt, en bord de l’océan pour se ressourcer et pour supporter les huis clos avec son père.
Turtle va-t-elle réussir à échapper à ce père et à espérer vivre sa propre vie ?
La voix de Marie Bouvet, jeune et douce, contraste parfaitement avec la violence et brutalité des mots et de certaines scènes parfois insoutenables…
Les descriptions sont extrêmement précises, les émotions sont fortes et complexes et on ne peut qu’être sous tension et happé par cette histoire troublante et dérangeante…

Je n’oublierai pas avant longtemps ce personnage de Turtle, adolescente d’une intelligence et d’une force de caractère incroyable !
Livre coup de cœur et coup de poing !

Extrait : (début du livre)
LA vieille maison est tapie sur sa colline, avec sa peinture blanche écaillée, ses baies vitrées, ses frêles balustrades en bois envahies de sumac vénéneux et de rosiers grimpants. Leurs tiges puissantes ont délogé les bardeaux qui s’entremêlent désormais parmi les joncs. L’allée de graviers est jonchée de douilles vides tachées de vert-de-gris. Martin Alveston descend du pick-up et ne regarde pas Turtle qui reste assise derrière lui dans l’habitacle, il gravit le porche, ses chaussures militaires émettent un son creux sur les planches, un homme robuste en chemise à carreaux et jean Levi’s qui ouvre la porte vitrée coulissante. Turtle attend, elle écoute les cliquetis du moteur avant de lui emboîter enfin le pas.
Dans le salon, une fenêtre est barricadée de feuilles de métal et de contreplaqué d’un centimètre clouées au chambranle, couvertes de cibles de tir. Les impacts sont si rapprochés, on croirait que quelqu’un y a plaqué un calibre 10 avant d’en exploser le centre ; les balles scintillent dans leurs trous déformés comme l’eau au fond d’un puits.
Son papa ouvre une conserve de haricots Bush’s sur le vieux poêle et il gratte une allumette contre son pouce pour démarrer le feu qui grésille et se réveille lentement, sa flamme orange contre les murs sombres en séquoia, les placards en bois brut et les pièges à rats tachés de graisse.
À l’arrière de la cuisine, la porte n’a pas de verrou, rien que des trous en guise de poignée et de serrure, Martin l’ouvre d’un coup de pied et sort sur le porche à moitié terminé, les lattes disjointes peuplées de lézards des palissades et de mûriers parmi lesquels jaillissent des prêles et de la menthe sauvage, douce avec son étrange duvet et ses relents amers. Debout jambes écartées sur les lattes, Martin saisit la poêle où il l’a suspendue sur les bardeaux défaits afin que les ratons laveurs l’y lèchent et la nettoient. Il ouvre le robinet à l’aide d’une clé à molette rouillée et asperge la fonte, puis il arrache des poignées de prêle pour frotter les endroits encore sales. Il rentre, dépose la poêle sur la plaque du fourneau où l’eau crache et siffle. Il ouvre le frigo vert olive dont l’ampoule a grillé et en sort deux steaks enveloppés dans un papier marron de boucher, il tire de sa ceinture son couteau Daniel Winkler et l’essuie sur sa cuisse avant d’embrocher chaque steak au bout de la pointe et de les lancer dans la poêle.
Turtle saute sur le plan de travail – des planches en séquoia rugueux, les clous entourés d’anciennes empreintes de marteau. Elle prend un Sig Sauer parmi les conserves jetées là et fait coulisser la glissière afin de voir le cuivre logé dans la chambre. Elle lève l’arme et se retourne pour voir sa réaction, il reste figé, une main sur les placards, il sourit d’un air fatigué sans lever les yeux.

petit bac 2019(3) Adjectif

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