L’homme qui savait la langue des serpents – Andrus Kivirähk

L'homme qui savait la langue 61dykLn+qvL

Audiolib – juillet 2019 – 13h57 – Lu par Emmanuel Dekoninck

Le Tripode – mai 2015 – 480 pages

traduit de l’estonien par Jean-Pierre Minaudier

Titre original : Mees, kes teadis ussisõnu, 2007

Quatrième de couverture :
Voici l’histoire du dernier des hommes qui parlait la langue des serpents, de sa sœur qui tomba amoureuse d’un ours, de sa mère qui rôtissait compulsivement des élans, de son grand-père qui guerroyait sans jambes, de son oncle qu’il aimait tant, d’une jeune fille qui croyait en l’amour, d’un sage qui ne l’était pas tant que ça, d’une paysanne qui rêvait d’un loup-garou, d’un vieil homme qui chassait les vents, d’une salamandre qui volait dans les airs, d’australopithèques qui élevaient des poux géants, d’un poisson titanesque las de ce monde et de chevaliers teutons un peu épouvantés par tout ce qui précède.
Peuplé de personnages étonnants, empreint de réalisme magique et d’un souffle inspiré des sagas scandinaves, L’Homme qui savait la langue des serpents révèle l’humour et l’imagination franchement délirante d’Andrus Kivirähk. Le roman retrace dans une époque médiévale réinventée la vie peu banale d’un jeune homme qui, vivant dans la forêt, voit le monde de ses ancêtres disparaître et la modernité l’emporter.

Auteur : Andrus Kivirähk est un écrivain estonien né en 1970 à Tallinn. Véritable phénomène littéraire dans son pays, romancier, journaliste et essayiste, il est l’auteur d’une oeuvre déjà importante qui suscite l’enthousiasme tant de la critique que d’un très large public, qui raffole de ses histoires. Andrus Kivirähk écrit des romans et des nouvelles, des pièces de théâtre, des textes et des scénarios de films d’animation pour enfants.

Lecteur : Interprète de théâtre de grand talent, apprécié à Bruxelles et à Paris, metteur en scène et également compositeur, Emmanuel Dekoninck vit en Belgique.

Mon avis : (écouté en février 2020)
Je ne savais pas à quoi m’attendre avant de commencer cette lecture et je n’ai pas été déçue… C’est un ovni littéraire qui mélange histoire, mythologie, fantastique, quête initiatique, saga familiale et histoire d’amour…
Ce roman se situe dans une Estonie imaginaire à une époque inspirée du Moyen Âge, lors de la colonisation de terres du nord de l’Europe par les Chevaliers Teutoniques, sous couvert de croisade.
Le jeune Leemet vit avec sa famille et sa tribu dans une immense forêt. Ils sont les derniers témoins d’une civilisation et d’une culture qui vont disparaître… La principale caractéristique est la maîtrise de la langue des serpents, une langue magique qui permet de se faire comprendre des serpents et de se faire obéir de la plupart des animaux. En forêt, la vie est paisible, il est facile chasser le gibier. Les hommes élèvent des louves dans leurs étables, pour les traire et boire leur lait. Les ours comme les serpents sont amis des hommes.
Avec l’arrivée des «hommes de fer», peu à peu les gens quittent la forêt pour s’installer dans le village situé proche de là. Ils découvrent l’agriculture, le christianisme, abandonnent leur prénom pour un prénom chrétien, se nourrissent de pain plutôt que de gibier… Peu à peu, ils oublient leurs origines et également la langue des serpents.
Ce récit offre à réfléchir sur la notion d’identité, et aborde également des thèmes d’actualité, comme l’évolution des civilisations, la place de la religion et les dangers de l’extrémisme.
Tout cela semble très sérieux mais détrompez-vous, l’humour est bien présent avec une galerie de personnages hauts en couleur, aussi surprenants qu’attachants, qu’Andrus Kivirähk propose au lecteur. Du serpent royal Ints, à la Maman de Leemet qui régalent ses enfants d’œufs de chouette et de ragoût d’élan, en passant par des ours particulièrement dragueurs et amateurs de femmes ou Ülgas, le Sage du Bois Sacré, extrémisme religieux qui tyrannisent les gens au nom des esprits de la forêt que personne n’a jamais vus ou Pirre et Rääk, deux anthropopithèques qui refusent tout progrès et qui élèvent et dressent des poux, et sans oublier la Salamandre, l’animal protecteur de la forêt, qui vole dans le ciel mais qui n’a pas été vue depuis longtemps…
J’ai eu un peu de mal entrer dans ce livre, les nombreux personnages mélange d’animaux et d’humains aux noms difficiles à retenir… Je ne suis pas non plus une habituée de littérature de l’imaginaire…
Après l’écoute d’une dizaine de chapitres, j’ai sauté jusqu’à la post-face du traducteur (dernière plage audio) ce qui m’a permis de mieux comprendre ce roman et ses références estoniennes. Ensuite, j’ai repris la lecture depuis le début, sans aucune difficulté et j’ai même bien apprécié cette histoire pleine de surprises, de rebondissements et d’enseignements…
Bravo au lecteur, Emmanuel Dekoninck, toujours très expressif et posé que j’avais déjà beaucoup apprécié dans la série Millenium.

 

Extrait : (début du livre)
Il n’y a plus personne dans la forêt. Sauf des scarabées et autres petites bestioles, bien entendu. Eux, c’est comme si rien ne leur faisait de l’effet, ils persistent à bourdonner ou à striduler comme avant. Ils volent, ils mordent, ils sucent le sang, ils me grimpent toujours aussi absurdement sur la jambe quand je me trouve sur leur chemin, ils courent dans tous les sens jusqu’à ce que je les fasse tomber par terre ou que je les écrase. Leur monde est toujours le même — mais même cela, il n’y en a plus pour longtemps. Leur heure viendra ! Bien sûr, je ne serai plus là pour le voir, nul ne sera plus là. Mais leur heure viendra, j’en suis sûr et certain.
À vrai dire, je ne sors plus très souvent, je fais surface une fois par semaine peut-être, pour aller prendre de l’eau à la source. Je me lave et je lave ma protégée, elle est toute
chaude. Il faut beaucoup d’eau, plusieurs allées et venues ; mais il est bien rare qu’en chemin je rencontre quelqu’un avec qui échanger quelques mots. La plupart du temps il
n’y a pas âme qui vive, une ou deux fois je suis tombé sur un chevreuil ou sur un sanglier ; mais ils se sont faits froussards, ils me craignent rien qu’à l’odeur. Quand je siffle, ils se
figent sur place, ils me fixent d’un air borné, les yeux ronds, sans s’approcher. En voilà un prodige : un homme qui sait la langue des serpents ! Cela les effraye encore plus : ils sauteraient volontiers tête première dans les fourrés, ils prendraient leurs pattes à leur cou pour mettre toute la distance possible entre eux et cette monstruosité — mais pas moyen : les mots, les mots des serpents, les en empêchent. Je siffle encore, plus fort ; sévèrement, je leur ordonne de venir auprès de moi. Ils brament désespérément, ils se traînent vers moi à contrecœur. Je pourrais prendre pitié d’eux et les laisser s’en aller, mais à quoi bon ? Il y a en moi une étrange colère envers ces créatures qui ont tout oublié des anciennes coutumes et bondissent dans les sous-bois comme si, de toute éternité, ceux-ci n’avaient été créés que pour qu’elles s’y ébattent librement. Alors je siffle encore, et cette fois les mots que je siffle sont comme une fondrière dont il est impossible de s’extraire. Perdant toute volonté, les bêtes se ruent sur moi comme des flèches tandis que leurs entrailles explosent sous l’effet de cette tension insupportable. Les ventres se déchirent comme des pantalons trop serrés et les intestins se répandent sur l’herbe. C’est un spectacle répugnant, et je n’en ai guère de joie, mais jamais je ne m’abstiens d’éprouver mon pouvoir.
Est-ce ma faute si ces brutes ne savent plus la langue des serpents que mes ancêtres leur ont enseignée jadis ?

parlement-europeen2020_600
Estonie

Petit bac 2020a
(2) Animal

PRIX AUDIOLIB 2020_logo (2)

Mon voisin Raymond – Troubs

91ubKcoExfL Futuropolis – mars 2018 – 96 pages

Quatrième de couverture :
« Je vais chez Raymond, mon voisin d’à côté. Il n’y a qu’un bout de bois à traverser, et on arrive dans un petit hameau où n’habitent plus que son frère et lui maintenant. La petite maison où il vit, c’est celle où était son père les dernières années. Un sacré gaillard celui-là, qui ne voulait voir personne. Il y a deux pièces, une petite grange, un jardin et un verger derrière, où Raymond mettait des poules, mais comme avec les maladies nouvelles, il faut les enfermer, il a arrêté les poules. C’est comme ça. C’est assez pour vivre. »

Auteur : Jean-Marc Troubet, dit Troub’s est né en 1969, à Pessac.
Il a fait des études aux beaux-arts de Toulouse, puis d’Angoulême. à l’atelier bande dessinée où il obtient son diplôme en 1994. Depuis, il vit en Dordogne, et, est devenu dessinateur-voyageur. Ses voyages en Chine, en Australie ou à Madagascar ont donné l’objet de plusieurs livres d’illustration ou de bande dessinée.
Dessinateur contemplatif, amoureux de la nature et des animaux, il a également consacré un livre aux vaches.

Mon avis : (lu en février 2020)
Ce roman graphique raconte la relation qui s’est tissé, durant 20 ans, entre un jeune dessinateur et Raymond, son voisin âgé de 85 ans.
Dans un hameau isolé, Raymond vit seul dans une petite maison sans confort.

Au rythme des saisons, Raymond et son jeune voisin aiment passer du temps ensemble et s’entraider. L’auteur assiste son voisin pour les travaux devenus au-dessus de ses forces, comme couper du bois, tailler la vigne… En échange, Raymond lui transmet son savoir sur la terre, les champignons, la vigne, la culture des légumes, la nature et le temps de demain. 
Les grues passent dans le ciel, les mésanges volettent, les forêts changent de couleur au fil des saisons et Raymond passe dans sa voiturette bleue…
Le dessin est lumineux, les couleurs varient avec les saison.
Mon voisin Raymond est un récit simple, sincère, empreint de nostalgie, une ode à la campagne, à la lenteur, simplement à la vie qui passe.

Extrait : (début de la BD)

9782754820639_p_19782754820639_p_29782754820639_p_39782754820639_p_49782754820639_p_5

Petit bac 2020a(3) Prénom

Miss Islande – Auður Ava Ólafsdóttir

71vRrWamYxL Zulma – septembre 2019 – 261 pages

traduit de l’islandais par Eric Boury

Prix Médicis étranger 2019

Titre original : Ungfrú Ísland, 2018

Quatrième de couverture :
Islande, 1963. Hekla, vingt et un ans, quitte la ferme de ses parents et prend le car pour Reykjavík. Il est temps d’accomplir son destin : elle sera écrivain. Sauf qu’à la capitale, on la verrait plutôt briguer le titre de Miss Islande. Avec son prénom de volcan, Hekla bouillonne d’énergie créatrice, entraînant avec elle Ísey, l’amie d’enfance qui s’évade par les mots – ceux qu’on dit et ceux qu’on ne dit pas -, et son cher Jón John, qui rêve de stylisme entre deux campagnes de pêche… Miss Islande est le roman, féministe et insolent, de ces pionniers qui ne tiennent pas dans les cases. Un magnifique roman sur la liberté, la création et l’accomplissement.

Auteure : Explorant avec grâce les troublantes drôleries de l’inconstance humaine, Auður Ava Ólafsdóttir poursuit, d’un roman à l’autre, une œuvre d’une grande finesse. En 2018, elle a reçu, pour son roman Ör, l’ Íslensku bókmenntaver ðlaunin , le plus prestigieux prix littéraire d’Islande, et le Nordic Council Literature Prize , la plus haute distinction décernée à un écrivain des cinq pays nordiques.

Mon avis : (lu en février 2020)
Ce roman raconte l’Islande de 1963.
Hekla quitte en car, la ferme de ses parents située dans la la province des Dalir, pour Reykjavík. Hekla rêve de devenir écrivaine. Malheureusement, à cette époque, une femme auteure n’est pas prise au sérieux et aucun éditeur ne veut de ses romans. De plus, sa beauté naturelle pousse les hommes à vouloir qu’elle participe au concours de Miss Islande !
Isey, son amie d’enfance, mène une vie de femme soumise, à 22 ans, elle a déjà un mari et 2 enfants. Hekla et Isey s’échangent une correspondance. Isey envie parfois le courage et la liberté d’Hekla.
Jon John, le meilleur ami d’Hekla, est gay. Il souhaiterai vivre librement, sans se cacher, sans avoir besoin de se justifier de ne pas être marié.
A travers ses trois personnages et quelques autres secondaires, Auður Ava Ólafsdóttir dresse un portrait pertinent de l’Islande de cette époque. En 1963 en Islande, la société est très conservatrice et le féminisme comme l’homosexualité n’ont pas leur place.
Miss Islande est également un hommage à la création littéraire car dans ce pays, le moins densément peuplé d’Europe occidentale, il se publie le plus de nouveaux titres par habitant au monde et un Islandais sur dix publie un livre au cours de sa vie.

J’ai également beaucoup aimé les passages de ce livre évoquant les volcans : Hekla porte le nom d’un volcan, son père étant passionné par le sujet, ainsi durant le roman il est question de l’apparition soudaine d’un nouveau volcan en mer, c’est une histoire vraie : en novembre 1963, c’est la naissance d’une île volcanique Surtsey !

 

Reportage de Radio Canada

Extrait : (début du livre)
Poète est un mot masculin

L’autocar de Reykjavík laisse dans son sillage un nuage de poussière. La route en terre, tout en creux et en bosses, serpente de virage en virage et on ne voit déjà presque plus rien par les vitres sales. Le cadre de la Saga des Gens du Val-au-Saumon aura bientôt disparu derrière un écran de boue.
La boîte de vitesses grince à chaque fois qu’on descend ou qu’on gravit une colline, et j’ai comme l’impression que l’autocar n’a pas de freins. L’énorme fissure qui traverse le pare-brise de part en part ne semble pas gêner le chauffeur. Il n’y a pas grand-monde sur la route. Les rares fois où nous croisons un autre véhicule, notre conducteur klaxonne vigoureusement. Au passage d’une niveleuse, il doit se déporter sur l’accotement où il vacille un peu. Les Ponts et chaussées ont décidé de remettre en état les routes en terre de la province des Dalir, ce qui donne aux conducteurs l’occasion de discuter un bon moment, vitres baissées.
— Je pourrai m’estimer heureux si je ne perds pas un essieu dans tous ces cahots, déclare le chauffeur de l’autocar.
Nous avons à peine quitté le village de Búdardalur, mais en fait je suis à Dublin, l’index posé sur la page vingt-trois d’Ulysse de Joyce. On m’avait parlé d’un roman plus épais que la Saga de Njáll qu’on pouvait se procurer à la librairie anglaise de la rue Hafnarstræti. Je me le suis fait livrer à la ferme.
— Ce que vous dites, c’est du français, monsieur ? demanda la vieille femme à Haines.
Il lui répondit longuement, avec assurance.
— De l’irlandais, observa Buck Mulligan. Où il est passé, votre gaélique ?
— Je me disais bien que c’était de l’irlandais, répondit-elle, je reconnaissais les sonorités.
Ma lecture avance lentement, entravée par les bringuebalements de l’autocar autant que par la médiocrité de mon anglais. Le dictionnaire est ouvert sur le siège inoccupé à côté du mien, mais cette langue est plus ardue que je ne le soupçonnais.

Je cherche un coin de la vitre qui ne soit pas couvert de boue pour regarder le paysage. N’est-ce pas dans cette ferme qu’a vécu une poétesse autrefois ? Avec cette rivière impétueuse aux eaux gris anthracite chargées de sable et de boue qui murmurait au creux de ses veines ? Ses vaches en pâtissaient, disait-on. Pendant qu’elle couchait sur le papier des amours et des destins tragiques, s’échinant à convertir les couleurs des brebis en couchers de soleil sur le Breidafjördur, elle oubliait de les traire. Or il n’y a pas pire péché que de ne pas vider des mamelles gorgées de lait.

parlement-europeen2020_600Islande

Petit bac 2020a(2) Lieu

 

C’est lundi, que lisez-vous ? [104]

cestlundi
C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Camille

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne ces dernières semaines ?

81SjmH7yimL 81gvCw2nhKL 7151CI+HsnL

Penss et les plis du monde – Jérémie Moreau
Hamish Macbeth, tome 3 : Qui s’y frotte s’y pique – M. C. Beaton
Touchées – Quentin Zuttion

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

L’usurpateur – Jørn Lier Horst
Le Bal des folles – Victoria Mas (Prix Audiolib 2020)

Que lirai-je les semaines prochaines ?

Dans le même bateau Zelba (BD)
Ici n’est plus ici – Tommy Orange (Prix Audiolib 2020)

Paul à la maison – Michel Rabagliati (BD)
Comme des frères – Claudine Desmarteau (Rencontre Babelio)
Cartoville New-York (Masse Critique Babelio)

Bonnes lectures et bonne semaine !

Touchées – Quentin Zuttion

7151CI+HsnL Payot Graphic – septembre 2019 – 206 pages

Quatrième de couverture :
Je ne veux pas être forte. Je ne veux pas être courageuse. Je veux retrouver ma légèreté. Lucie dort avec un couteau. Tamara se bat, se débat, s’anesthésie. Nicole, elle, choisit de s’effacer. Ces trois femmes ont été victimes de violences sexuelles. En réaction, elles s’inscrivent dans un atelier d’escrime thérapeutique. Un programme d’un an pour se libérer et reprendre la maîtrise de sa vie. Attaquer, se protéger, toucher. Sous les masques, la réparation peut s’amorcer.

Auteur : Quentin Zuttion est auteur et dessinateur de bandes dessinées : Sous le lit, Chromatopsie (Editions Lapin), Appelez-moi Nathan, (avec Catherine Castro, Payot Graphic). Dans son travail, il explore les corps, les histoires d’amour contemporaines et les quêtes identitaires.

Mon avis : (lu en février 2020)
« Touchées » est un roman graphique qui raconte le combat de trois femmes, victimes de violences sexuelles, pour se reconstruire à travers leur amitié et l’escrime.
Lucie, Tamara et Nicole participent à un atelier d’escrime thérapeutique pour reprendre le contrôle de leur vie.
Lucie est une jeune maman qui a été agressée par son ex-conjoint, le père de son enfant. Depuis, pour se sentir en sécurité, toutes les nuits, Lucie avec un couteau dans son lit.
Agressée par son frère, pendant son enfance, Tamara joue la provocation, va à la confrontation et fait la fête à l’excès…
Depuis l’agression dont elle a été victime par des garçons de son lycée, Nicole s’est effacée du monde, et vit seule avec son chien.
Comment se remettre de cette épreuve ? Cesser d’avoir peur, cesser de se morfondre ou de s’oublier ?
L’escrime va leurs permettent de relever la tête, extérioriser leurs souffrances, de lâcher prise.  Ensemble, elles vont se reconstruire.
« Touchées » met en lumière les victimes mais également les personnes qui vont leur tendre la main et les accompagner vers la délivrance, le maître d’arme, mais également les psychologues et l’amitié qui va naître de la rencontre entre ses femmes.
Un roman graphique fort et poignant, le récit est sensible, le dessin toute en délicatesse et les mots bien choisis.

Extrait :

12345678

910 11

 Petit bac 2020a
(2) Pluriel

Hamish Macbeth, tome 3 : Qui s’y frotte s’y pique – M. C. Beaton

81gvCw2nhKL Albin Michel – octobre 2019 – 252 pages

traduit de l’anglais par Marina Boraso

Titre original : Death of a Cad, 1987

Quatrième de couverture :
Obligé de remplacer un policier local dans les confins inhospitaliers de Cnothan, Hamish a le mal du pays et de sa chère Priscilla… mais, il est à peine arrivé que l’homme le plus détesté du village est assassiné et jeté en pâture à un élevage de homards qui n’en font qu’une bouchée avant d’être expédiés vers les restaurants les plus chics de Londres. Pour retrouver son village, Hamish Macbeth devra affronter l’horrible inspecteur-chef Blair et sa charmante voisine (l’un bien décidé à couvrir l’affaire, l’autre à le séduire !)… et débusquer l’assassin.

Auteur : Née à Glasgow, M.C. Beaton (1936-2019), après avoir été libraire puis critique de théâtre, journaliste et éditrice, a finalement pris la plume pour devenir auteur à succès figurant parmi les plus lus de Grande Bretagne. Elle a notamment écrit deux séries de romans policiers best-seller, la saga des Hamish MacBeth et la série des Agatha Raisin.  

Mon avis : (lu en février 2020)
Pour remplacer un policier local, Hamish Macbeth a été envoyé avec son fidèle chien, Towser, loin de son village et de ses moutons, dans les confins inhospitaliers de Cnothan. L’accueil de la population est assez froid… Avec sa nature flegmatique, Hamish prend peu à peu ses marques et fait la rencontre des différents habitants, qui sont plus ou moins accueillants. Ainsi,
Hamish fait la connaissance de Mainwaring, un anglais antipathique qui cherche les conflits avec tous. Ce dernier est venu porter plainte, Mrs Mainwaring, aurait été attaquée près du cimetière par trois sorcières…
Quelques jours plus tard, un squelette est retrouvé en pleine nature, au milieu un cercle de pierres. Dans le même temps, Mr Mainwaring a disparu.
Hamish Macbeth va mener son enquête jusqu’à l’arrivée du toujours horrible inspecteur-chef Blair qui cherche toujours à se valoriser et à mettre Hamish sur la touche…

Pour se sortir de sa solitude, Hamish va se lier avec sa belle voisine Jenny, une artiste canadienne tellement aimable !
Une série
pleine d’humour, facile à lire et toujours distrayante !

Extrait : (début du livre)
L’agent Hamish Macbeth se trouvait à bord de l’autocar de campagne qui l’emportait loin de Lochdubh – loin des côtes ouest du Sutherland et du petit poste de police qui était aussi son foyer. Son chien Towser, un énorme corniaud au poil jaunâtre, posa sa grosse patte sur son genou, mais il ne le remarqua même pas. Avec un soupir, Towser se hissa sur le siège à côté de son maître et se mit lui aussi à contempler le paysage.

Le chauffeur, nouveau dans le métier, ne voulait surtout pas se laisser intimider par l’uniforme d’Hamish. Aussi grommela-t-il par-dessus son épaule :
— Les chiens montent pas sur les banquettes, ici.
Mais Hamish se borna à lui retourner un regard si vide, si hébété, que le conducteur, un Écossais des Lowlands qui tenait tous les Highlanders pour des demeurés consanguins, jugea inutile de polémiquer.
Il faut avouer que, dans les moments de déprime, Hamish n’avait rien qui puisse démentir cette réputation. Du jour au lendemain, les ordres de sa hiérarchie l’avaient arraché au bonheur de sa douillette existence à Lochdubh pour l’expédier à Cnothan, un village rural dans le centre du Sutherland, où il devrait remplacer quelque temps le sergent MacGregor. Il avait eu beau prétexter une vague de criminalité à Lochdubh, le bobard n’avait convaincu personne : protéger ici ou là une femme battue, et coffrer un ivrogne tous les deux mois ne passerait jamais pour un pic de délinquance. Il fut donc obligé de fermer momentanément le poste de son village et de prendre le bus pour se rendre à Cnothan, car le sergent MacGregor avait exigé qu’il entretienne son véhicule.
Hamish détestait le changement presque autant que le travail. À Lochdubh, il élevait un modeste troupeau de moutons à deux pas du poste de police, sur une parcelle en fermage qu’il avait confiée à un voisin pendant son absence. Entre les revenus de l’élevage, le braconnage et les prix qu’il remportait lors des compétitions estivales de cross, il arrondissait confortablement ses fins de mois. Tout ce qu’il pouvait mettre de côté, il l’envoyait à ses parents et à ses frères et sœurs, qui vivaient dans le Cromarty. Une fois installé à Cnothan, il se doutait bien que les affaires ne seraient pas aussi florissantes.
Dans ces régions, les petits fermiers exerçaient toujours une deuxième activité, le produit de leurs terres ne leur permettant pas de subvenir à leurs besoins. Ils travaillaient donc en parallèle comme postier, forestier ou commerçant, voire, dans des cas plus rares, comme agent de police.

Déjà lu du même auteur :

Série Agatha Raisin

111279972  tome 1 : La quiche fatale  112115556 tome 2 : Remède de cheval

511YgPvGkHL tome 4 : Randonnée mortelle 

117060981 tome 3 : Pas de pot pour la jardinière 

Agatha_5 tome 5 : Pour le meilleur et pour le pire

51Pj39OW2mL tome 6 : Vacances tous risques : Bons baisers de Chypre 

91fUANd3KcL tome 7 : A la claire fontaine 

A1pFloaMoOL tome 8 : Coiffeur pour dames

51SoADXo3OL._SX342_ tome 9 : Sale temps pour les sorcières

71noJFQhAiL  tome 10 : Panique au manoir

51Vi5M8c4FL._SL500_ tome 11 : L’enfer de l’amour

Série Hamish MacBeth 

81OT4JnMMqL tome 1 : Qui prend la mouche  81UeE6xHi-L tome 2 : Qui va à la chasse

parlement-europeen2020_600
Écosse

Petit bac 2020a(2) Personnage célèbre

Penss et les plis du monde – Jérémie Moreau

81SjmH7yimL Delcourt – septembre 2019 – 232 pages

Quatrième de couverture :
À l’aube des temps, Penss, piètre chasseur, passe ses journées à contempler la beauté de la nature. Rejeté par son clan, il est contraint à la survie en solitaire et promis à une mort certaine. Mais au printemps, il arrache à la terre son plus grand secret : tout dans le monde se déplie inéluctablement. Une nouvelle vie commence pour Penss et, il en est certain, un nouvel avenir pour l’humanité…

Auteur : Jérémie Moreau est né en 1987 en région parisienne. Il vit à Valence.
Dès l’âge de 8 ans, il participe chaque année au concours de la BD scolaire d’Angoulême et obtient le Prix à 16 ans, en 2005. Il poursuit des études aux Gobelins, dans la conception de films d’animation. Auteur prometteur, il reçoit le Prix Jeunes Talents au Festival d’Angoulême en 2012 et est contacté par Wilfrid Lupano. En parallèle, il travaille dans le cinéma d’animation, comme “character designer” (Moi, moche et méchant 2 et Le Lorax). Pour Max Winson, son premier récit solo, on admire son talent, trait d’union entre l’ingéniosité de Winsor McCay et la virtuosité de Bastien Vivès. Ce récit sera publié en deux albums de 160 pages. Avec La Saga de Grimr, il obtient en 2018 le Fauve d’Or, Prix du Meilleur Album du Festival d’Angoulême.

Mon avis : (lu en février 2020)
J’ai été attirée par cette BD pour le dessin plus que pour le sujet… Une histoire de préhistoire ne me tentait pas plus que cela.
Penss est un mauvais chasseur, c’est un jeune homme contemplatif, qui préfère observer des heures durant la nature autour de lui pour tenter de la comprendre plutôt que courir après un gibier pour le tuer. Son clan a décidé de le rejeter et il est condamné à survivre tout seul… Penss fasciné par la beauté du monde, par les saisons qui le change, il tente de prendre un autre chemin, en quittant le nomadisme et en tentant d’apprivoiser les éléments, en créant, non sans mal un jardin potager…
C’est une aventure à valeurs écologiques…
La mise en page est originale avec un agencement des cadres varié et peu habituel. Le dessin à l’aquarelle des paysages et de la flore est particulièrement soigné et coloré.
Esthétiquement, je trouve magnifique cette BD. 

Extrait : (début de la BD)

penssEtLesPlisDuMonde-1 penssEtLesPlisDuMonde-2 penssEtLesPlisDuMonde-3 penssEtLesPlisDuMonde-4

Petit bac 2020a
(2) Lieu

C’est lundi, que lisez-vous ? [103]

cestlundi
C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Camille

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne ces dernières semaines ?

51rjF1HSmGL 61f9SwHNxFL 718e5uoMVQL

Ceux qui construisent des ponts – Alfonso Zapico
Marlene – Hanni Münzler
Einstein, le sexe et moi – Olivier Liron

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Penss et les plis du monde – Jérémie Moreau (BD)
Papa clown – Alan Durant (partenariat Flammarion Jeunesse)

Que lirai-je les semaines prochaines ?

Dans le même bateau Zelba (BD)
Hamish Macbeth tome 3 – Qui s’y frotte s’y pique – M. C. Beaton
Ici n’est plus ici – Tommy Orange (Prix Audiolib 2020)
Touchées – Quentin Zuttion (BD)
Paul à la maison – Michel Rabagliati (BD)
Comme des frères – Claudine Desmarteau (Rencontre Babelio)

Bonnes lectures et bonne semaine !

Prix Audiolib : un nouveau livre audio est arrivé !

PRIX AUDIOLIB 2020_logo (2)

Nouvel Audiolib de la sélection 2020 est arrivé dans ma boîte aux lettres !

P1040929_20

Dans la forêt – Jean Hegland (10h02)
Né d’aucune femme – Franck Bouysse
(9h09)
Ici n’est plus ici – Tommy Orange
(8h44)
Miroir de nos peines – Pierre Lemaitre
(14h01)
L’homme qui savait la langue des serpents – Andrus Kiviräkh
(13h57)
Le Bal des folles  Victoria Mas (6h45)

 

C’est parti !

 

Einstein, le sexe et moi – Olivier Liron

41VgTioFPwL 718e5uoMVQL

Alma Editeur – septembre 2018 – 200 pages

Points – août 2019 – 192 pages

Quatrième de couverture :
Top ! Je suis un garçon fougueux, normalien et autiste Asperger. Mon enfance n’a pas toujours été rose à cause de ma différence. Je suis fasciné par les dates et calcule le produit de 247856 par 91 pour m’endormir. En 2012, j’ai participé à l’émission Questions pour un champion, une expérience libératrice. Entre deux épreuves, je trempe toujours une madeleine dans du coca… Je suis… Je suis… Olivier Liron ! Oui !

Auteur : Olivier Liron est né en 1987, il vit à Paris. Normalien et agrégé d’espagnol, il enseigne la littérature comparée à l’université Paris 3-Sorbonne Nouvelle avant de se consacrer à l’écriture et au théâtre. Il se forme en parallèle à l’interprétation et à la danse contemporaine à l’École du Jeu et au cours Cochet. Son premier roman, Danse d’atomes d’or, est publié en 2016 chez Alma Éditeur. Il est également l’auteur de pièces de théâtre, de scénarios pour le cinéma et de fictions sonores pour le Centre Pompidou.

Mon avis : (lu en février 2020)
Avec comme prétexte de raconter sa participation à l’émission Questions pour un champion, Olivier Liron nous raconte son quotidien d’autiste Asperger.
Dès le début, Olivier est cash : « Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. » Il nous fait rentrer dans son univers, dans sa vie.
Chaque étape du jeu est racontée, avec ce que l’on voit à l’antenne, les coulisses et surtout les pensées d’Olivier.
Il parle de sa fascination pour les dates, pour les plaques d’immatriculation et sa capacité à faire des calculs impossibles.
Il se raconte, parle des rejets qu’il a subi à l’école, des brutalités dont il a été la victime au collège
Il parle avec tendresse de la relation particulière qu’il a avec sa grand-mère.
Il raconte comment il est maladroit avec ses sentiments, en particulier amoureux…
Ce roman se lit facilement, il y a du suspens, Olivier arrivera-t-il à devenir le Super Champion ?
C’est un roman coup de cœur et coup de poing sur la différence, le lecteur passe du rire aux larmes. L’auteur est lui-même, authentique et très touchant.
Une très jolie découverte.

Extrait : (début du livre)
Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je préfère réaliser des activités seul plutôt qu’avec d’autres personnes. J’aime faire les choses de la même manière. Je prépare toujours les croque-monsieur avec le même Leerdammer. Je suis fréquemment si absorbé par une chose que je perds tout le reste de vue. Mon attention est souvent attirée par des bruits discrets que les autres ne perçoivent pas. Je suis attentif aux numéros de plaques d’immatriculation ou à tous types d’informations de ce genre. On m’a souvent fait remarquer que ce que je disais était impoli, même quand je pense que c’était poli. Quand je lis une histoire, j’ai du mal à imaginer à quoi les personnages pourraient ressembler. Je suis fasciné par les dates. Au sein d’un groupe, il m’est difficile de suivre les conversations de plusieurs personnes à la fois. Quand je parle, il n’est pas toujours facile de placer un mot. Je n’aime pas particulièrement lire des romans. Je trouve qu’il est compliqué de se faire de nouveaux amis. Je repère sans cesse les mêmes schémas dans les choses qui m’entourent. Je préfère aller au musée qu’au théâtre. Cela me dérange quand mes habitudes quotidiennes sont perturbées. J’aime beaucoup les calembours comme «J’ai mal occu, j’ai mal occu, j’ai mal occupé ma jeunesse.» Parfois je ne sais pas comment entretenir une conversation. Je trouve qu’il est difficile de lire entre les lignes lorsque quelqu’un me parle. Je note les petits changements dans l’apparence de quelqu’un. Je ne me rends pas toujours compte que mon interlocuteur s’ennuie. Il m’est extrêmement difficile de faire plus d’une chose à la fois. Parfais, au téléphone, je ne sais pas quand c’est mon tour de parler. J’ai du mal à comprendre le sarcasme ou l’ironie. Je trouve qu’il est compliqué de décoder ce que les autres ressentent en regardant leur visage. Le contact physique avec un autre être humain peut me remplir d’un profond dégoût, même s’il s’agit d’une personne que je désire. Si je suis inter-rompu, j’ai du mal à revenir à ce que j’étais en train de faire. Dans une situation de stress avec un interlocuteur, j’essaie de le regarder dans les yeux. On me dit que je répète les mêmes choses. Quand j’étais enfant, je n’aimais pas jouer à des jeux de rôle. Je trouve qu’il est difficile de s’imaginer dans la peau d’un autre. Les nouvelles situations et surtout les lieux que je ne connais pas me rendent anxieux. J’ai le même âge que Novak Djokovic et un an de moins que Rafael Nadal. Quand je regarde un film où un personnage fait des cupcakes, je passe tout le reste du film à me demander combien de cupcakes ont été cuisinés exactement. Je ne supporte pas de porter des jeans trop serrés. Une exposition à une source de lumière trop vive me plonge dans un état de panique.

Petit bac 2020a(1) Personne célèbre