L’extraordinaire voyage du fakir qui etait resté coincé dans une armoire Ikéa – Zidrou, Falzar, KyungEun

d’après le roman de Romain Puertolas

51biYcblr1L Jungle – octobre 2017 – 48 pages

Quatrième de couverture :
Une aventure rocambolesque et hilarante aux quatre coins de l’Europe et dans la Libye post-Kadhafiste.
Une histoire d’amour plus pétillante que le champagne, un éclat de rire à chaque page mais aussi le reflet d’une terrible réalité, le combat que mènent chaque jour les clandestins, ultimes aventuriers de notre siècle, sur le chemin des pays libres.
Les tribulations d’un fakir devenu culte.

Auteurs : Zidrou (Benoît Drousie) est né en 1962 à Bruxelles. D’abord instituteur, il se lance au début des années 1990 dans l’écriture de livres et de chansons pour enfants. En 1991, il rencontre le dessinateur Godi avec qui il crée L’Elève Ducobu. Sa carrière de scénariste de bande dessinée est lancée ! Il signe de nombreuses séries pour enfants et adolescents, des Crannibales à Tamara, de Scott Zombi à Sac à Puces, assure la reprise de La Ribambelle. Il est également l’auteur des plus réalistes, mais non moins sensibles, La Peau de l’ours, Lydie, Folies Bergères, La Mondaine, Les 3 Fruits. En 2015, Zidrou revient en force avec trois nouveaux albums : en août Le Bouffon avec Francis Porcel, en septembre, une nouvelle série familiale, Les Beaux Etés avec Jordi et en octobre, en duo avec P. Berthet, un polar dans les régions reculées de l’Australie, « Crime qui est le tien ». Pour 2016, l’auteur continue d’écrire les souvenirs de vacances de la famille Faldéraut dans « Les Beaux Étés » et proclame la fin de Venise dans « Marina ».
Kyung Eun Park
est un auteur coréen de bandes dessinées. Après des études universitaires d’arts plastiques, il travaille un temps comme animateur dans un studio de dessin animé. Il décide ensuite de venir en France pour suivre la formation d’illustrateur à Lyon, qu’il complète par un cursus aux Arts déco de Strasbourg.
Falzar
est scénariste coloriste. Né 15 avril 1961 à Mons, François d’Hont, pseudonyme Falzar a une double formation d’instituteur et de criminologue, mais il exerce deux professions assez éloignées de cette base. Il est à la fois animateur dans le cadre d’un hôpital psychiatrique et scénariste de bandes dessinées humoristiques. 

Mon avis : (lu en mai 2019)
Je n’ai pas lu le livre original de Romain Puertolas avant d’emprunter cette BD à la Bibliothèque mais je connaissais déjà le début de l’histoire… Le héros Ajatashatru Lavash Patel ou Aja est un fakir un peu escroc et très débrouillard qui vient d’arriver à Paris pour y acheter un lit à clous repéré en soldes sur le catalogue Ikea. Malheureusement, le produit n’est plus en stock et Aja va devoir revenir le lendemain. N’ayant nulle part où dormir, il décide de se cacher dans le magasin pour y passer la nuit. Il s’enferme dans une armoire mais celle-ci fait partie d’un lot à déstocker et Aja se retrouve, malgré lui, en route vers l’Angleterre… C’est le début d’une aventure rocambolesque à travers l’Europe et au-delà… le fakir va découvrir le quotidien des migrants, renvoyés de frontières en frontières. Il sera poursuivi par les polices des frontières mais aussi par le taxi qu’il a entourloupé lors de son arrivée à Paris…
Une lecture sympathique mais l’intrigue pas toujours facile à suivre, cette adaptation ne m’a pas spécialement donnée envie de lire le roman.

Extrait : (début de la BD)

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N’oublie pas de penser à demain – Siobhan Curham

Lu en partenariat avec Flammarion jeunesse

9782081449169 Flammarion jeunesse – mai 2019 – 420 pages

traduit de l’anglais par Marie Hermet

Titre original : Don’t stop thinking about tomorrow, 2018

Quatrième de couverture :
Stevie : « Je jette un coup d’œil vers Hafiz. Il se marre sans bruit. Des fossettes apparaissent de chaque côté de sa bouche et ses yeux turquoise brillent. Il me donne envie de rire, moi aussi.» Hafiz : « Je l’ai remarquée à la seconde où je l’ai vue assise toute seule, les sourcils froncés. S’il y avait eu une bulle de bande dessinée au-dessus de sa tête, on aurait pu lire : Je voudrais être ailleurs. » Stevie doit faire face à la dépression de sa mère. Hafiz a fui son pays déchiré par la guerre. Ensemble, ils vont retrouver l’insouciance qui manquait à leur vie.

Auteur : Siobhan Curham est auteure pour la jeunesse. Elle anime également des ateliers d’écriture et elle est coach de vie. Chez Flammarion Jeunesse, elle a publié la série Les Filles de Brick Lane (2 tomes).

Mon avis : (lu en juillet 2019)
Stevie est une fille sans histoire à l’école, sans amis car peu encline à laisser quelqu’un entrer dans sa vie. Son père est décédé brutalement deux ans auparavant et depuis sa mère est tombée dans une profonde dépression, incapable de s’occuper d’elle-même et de sa fille.
Le seul plaisir de Stevie, c’est la musique avec les disques et la guitare que lui a laissé son père. 
Hafiz a dû fuir la Syrie déchirée par la guerre pour se rendre au Royaume-Uni et vivre avec sa tante et son oncle. Il a laissé là-bas ses parents dont il n’a pas de nouvelles depuis longtemps et il s’inquiète pour eux.  Sa passion, c’est le football, lorsqu’il y joue, il s’évade de la vie réelle.
Tour à tour Stevie et Hafiz sont les narrateurs de cette histoire, ils se retrouvent à la même table de classe et Stevie est chargée de présenter l’école à Hafiz. Rapidement, ils deviennent inséparables et grâce à leur amitié, ils vont apprendre à rire, à sourire et à écrire leur propre histoire.
Ce livre est un coup cœur ! Stevie et Hafiz sont deux héros émouvants et touchants, leurs histoires personnelles sont réalistes et totalement dans l’actualité.
Un livre jeunesse destiné aux plus de 13 ans, que j’encourage à lire pour les adultes aussi…

Merci aux éditions  Flammarion jeunesse pour cette belle et poignante découverte.

Extrait : (début du livre)
  Anne Frank. Malala. Stevie Nicks. Je me répète ces noms tout bas dans mon lit, les yeux rivés sur une fissure du plafond. Je voudrais pouvoir y disparaître comme le génie dans sa bouteille. Anne Frank. Malala. Stevie Nicks. Je fais ça chaque fois que le trac menace de me rendre malade –avant un examen de maths, ou une séance de sport, ou un rendez-vous chez le dentiste, quand je sais qu’il va falloir passer sous la roulette. Je récite le nom de mes héroïnes pour me rappeler que les pires épreuves sont faites pour être surmontées. Si Anne Frank n’a pas perdu espoir malgré les nazis, si Malala a pu défier les talibans et Stevie Nicks se libérer de son addiction à la cocaïne avant d’écrire la plus magnifique chanson qui soit sur le sujet, je dois pouvoir affronter le jour de la rentrée.Quand j’entends Brayanne commencer son chant matinal, je me lève pour aller à la fenêtre. Brayanne, c’est le nom que j’ai donné au goéland qui s’installe chaque matin sur le toit de la maison en face de la mienne: il braille comme un malade jusqu’à ce qu’il ait réveillé tout le quartier. Ou qu’il m’ait réveillée, moi, en tout cas. Brayanne est perché à son poste favori, en haut de la cheminée; son bec jaune vif s’ouvre et se ferme comme un piège. Je pousse la fenêtre pour me pencher dehors. L’air est humide, avec un arrière-goût de sel. Ma mère et moi habitons un cottage ancien dans une ville ancienne, Lewes, à une douzaine de kilomètres de la côte. Ma chambre est nichée sous le toit. Quand nous avons emménagé ici, il y a deux ans, le plafond bas et mansardé me rendait claustrophobe. C’est un peu comme vivre dans une caverne. Maintenant, j’adore.

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L’intérêt de l’enfant – Ian McEwan

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Gallimard – octobre 2015 – 240 pages

Folio – avril 2017 – 240 pages

Gallimard – décembre 2018 – 6h05 – Lu par Marie-Christine Barrault

traduit de l’anglais par France Camus-Pichon

Titre original : The Children Act, 2014

Quatrième de couverture :
À l’âge de cinquante-neuf ans, Fiona Maye est une brillante magistrate spécialiste du droit de la famille. Passionnée, parfois même hantée par son travail, elle en délaisse sa vie personnelle et son mari Jack. Surtout depuis cette nouvelle affaire : Adam Henry, un adolescent de dix-sept ans atteint de leucémie, risque la mort. Les croyances religieuses de ses parents interdisant la transfusion sanguine qui pourrait le sauver, les médecins s’en remettent à la cour. Après avoir entendu les deux parties, Fiona décide soudainement de se rendre à l’hôpital, auprès du garçon. Mais cette brève rencontre s’avère troublante et, indécise, la magistrate doit pourtant rendre son jugement. Dans ce court roman, Ian McEwan allie avec justesse la froideur de la justice à la poésie et à la musicalité qui imprègnent la vie des personnages. Dans un style limpide, il crée une ambiance oppressante et fait preuve d’une complexité thématique impressionnante. Les certitudes se dérobent : où s’arrête et où commence l’intérêt de l’enfant ?

Auteur : Ian McEwan a passé une grande partie de sa jeunesse en Extrême-Orient, en Afrique du Nord (en Libye), et en Allemagne, où son père, officier dans l’armée britannique, était envoyé. Il a fait ses études à l’université du Sussex et l’université d’East Anglia, où il a été le premier diplômé du cours d’écriture créative créé par Malcolm Bradbury. Insolite et insolente, provocatrice, hautement originale, l’œuvre de Ian McEwan surprend par ses tours de force de concision et d’humour. L’auteur joue avec les énigmes qui sont l’essence de la narration. Tous ses romans affichent une parenté lointaine, sous forme de simulacre, avec l’énigme policière. Il a publié plusieurs nouvelles et romans pour adultes et, en 1994, «Le Rêveur», un recueil de nouvelles pour la jeunesse.

Lecteur : En quarante ans d’une brillante carrière au théâtre, au cinéma et à la télévision, Marie-Christine Barrault a combiné tous les genres, de la comédie au drame. C’est d’abord le cinéma qui la fait connaître avec Ma nuit chez Maud de Rohmer. Au théâtre, elle incarne les héroïnes de Tchékov, Claudel ou Duras et la télévision fait d’elle une inoubliable Marie Curie. Elle a brillé sur scène avec L’Allée du Roi de Françoise Chandernagor, ou Opening Night de John Cromwell.

Mon avis : (lu en décembre 2018)
C’est après avoir vu le film My Lady, que j’ai beaucoup aimé que j’ai eu envie de découvrir le livre dont c’est l’adaptation. Le scénario a également été écrit par l’auteur.
Le titre du livre, fait référence à une loi datant de 1989, The Children Act, qui définit les modalités de protection des enfants.
Fiona Maye, juge des affaires familiales à la Haute Cour de Londres. Sa charge aussi passionnante lui demande beaucoup de travail et d’énormes responsabilités.
Toute à son travail, Fiona délaisse peu à peu sa vie personnelle et son mari.
Lorsque l’histoire commence, Jack, son mari, pour la faire réagir, provoque une crise conjugale en lui annonçant qu’il va avoir une liaison…
Elle n’a pas le temps de s’effondrer car au même moment, elle est appelée pour une urgence, le cas complexe d’un jeune garçon, mineur, âgé de 17 ans et 9 mois, atteint de leucémie. Pour son traitement, il aurait besoin d’une transfusion sanguine mais lui et ses parents le refusent car ils sont témoins de Jéhovah. Fiona doit prendre une décision juste et rapide car la vie d’Adam est en jeu. Après avoir entendus les différentes parties au tribunal, fait exceptionnel, Fiona décide de rendre visite à Adam à l’hôpital.
Fiona découvre un adolescent intelligent, malicieux, plein de fraîcheur et enthousiaste. Elle est touchée par sa poésie, ses projets de musique.
Adam a grandi dans un environnement fermé et strict, il est reconnaissant d’être consulté, écouté par cette juge qui connaît tellement de choses. Elle lui ouvre une porte vers la liberté, vers des perspectives d’avenir…
La visite se conclue par une mélodie mélancolique irlandaise jouée au violon par Adam et chantée par Fiona avec les paroles du poème de Yeats, « Down by the Salley Gardens ».
Cette rencontre va les lier à jamais.
Adam voudra garder contact avec Fiona, pour la remercier. Il voit en elle un exemple, un modèle, une personne qui pourrait répondre aux nombreuses questions qu’il se pose sur la vie…

Fiona est un très beau personnage de juge, forte dans son travail, qui cache aux autres toute sa sensibilité. Elle exprime ses sentiments profonds, toute sa fragilité, en jouant du piano et lorsqu’elle se retrouve seule avec elle-même.
J’ai autant aimé les deux personnages de Fiona et Adam dans le film comme dans le livre, leur humanité authentique. La fine description psychologique de cette juge aux affaires familiales qui doit prendre et argumenter des décisions aux enjeux importants, sans se laisser influencer par sa vie personnelle. Et le portrait magnifique de cet adolescent honnête, vulnérable, pleins de questionnements.
J’ai retrouvé beaucoup d’images du film dans les descriptions précises de Ian McEwan, une exception, il pleut beaucoup à Londres dans le livre contrairement au film !

Dans la version audio, Marie-Christine Barrault incarne avec justesse et sensibilité Fiona.

Film : sortie en août 2018
réalisé par Richard Eyre avec Emma Thompson, Stanley Tucci, Fionn Whitehead
avec un scénario de Ian McEwan

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Extrait : (début du livre)
Londres. Une semaine après la Pentecôte. Pluie implacable de juin. Fiona Maye, juge aux affaires familiales, un dimanche soir, chez elle, allongée sur une méridienne, regardant fixement, au-delà de ses pieds gainés par un collant, le fond de la pièce, un pan de la bibliothèque installée en retrait de la cheminée, et de l’autre côté, près d’une haute fenêtre, la minuscule lithographie de Renoir représentant une baigneuse, achetée trente ans plus tôt pour cinquante livres. Sans doute un faux. Dessous, au centre d’une table ronde en noyer, un vase bleu. Aucun souvenir des circonstances de son acquisition. Ni de la dernière fois où elle y a mis des fleurs. Pas de feu dans la cheminée depuis un an. Le tic-tac irrégulier des gouttes de pluie noirâtres tombant dans l’âtre sur des feuilles de papier journal jauni roulées en boule. Un tapis de Boukhara sur le parquet ciré à larges lames. En lisière de son champ de vision, un piano demi-queue avec plusieurs photos de famille à cadre d’argent posées sur sa laque d’un noir profond. Par terre, au pied de la méridienne et à portée de main, la copie d’un jugement. Et Fiona couchée sur le dos, rêvant de tout envoyer par dix mètres de fond.
Dans sa main droite, son deuxième scotch coupé d’eau. Elle était encore sous le choc, mal remise d’un moment difficile avec son mari. Elle buvait rarement, mais le Talisker à l’eau du robinet l’apaisait, et elle n’excluait pas de retraverser la pièce pour s’en servir un troisième. Moins de whisky, plus d’eau, car elle siégeait au tribunal le lendemain, et là elle était d’astreinte, à disposition en cas de requête urgente, alors même qu’elle essayait de récupérer. Il avait tenu des propos choquants et placé un fardeau insupportable sur ses épaules. Pour la première fois depuis des années, elle avait crié, et un vague écho résonnait encore à ses oreilles. « Quel con ! Quel pauvre con ! » Elle n’avait pas juré à voix haute depuis ses virées d’adolescente à Newcastle, même si un gros mot lui venait parfois à l’esprit lorsqu’elle entendait un témoignage complaisant ou un argument irrecevable.

Déjà lu du même auteur :

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La Chorale des dames de Chilbury – Jennifer Ryan

Lu en partenariat avec Albin Michel

91Netsp2frL Albin Michel – mars 2018 – 460 pages

traduit de l’anglais par Françoise du Sorbier

Titre original : The Chilbury ladies’ choir, 2018

Quatrième de couverture :
1940. Un paisible village anglais voit partir ses hommes au front. Restées seules, les femmes affrontent une autre bataille : sauver la chorale locale pour défier la guerre en chantant. Autour de Miss Primrose Trent, charismatique professeur de chant, se rassemble toute une communauté de femmes, saisie dans cet étrange moment de liberté : Mrs. Tilling, une veuve timide ; Venetia, la « tombeuse » du village ; Silvie, une jeune réfugiée juive; Edwina, une sage-femme qui cherche à fuir un passé sordide. Potins, jalousies, peurs, amours secrètes… Entre rires et larmes, Jennifer Ryan, s’inspirant des récits de sa grand-mère qui a vécu le conflit depuis un petit village du Kent, sonde les âmes de ce chœur que vous n’êtes pas près d’oublier.

Auteur : Née dans un petit village du Kent, Jennifer Ryan a été éditrice à Londres avant de partir à Washington avec sa famille. Plusieurs de ses nouvelles ont été publiées dans des revues littéraires. La Chorale des dames de Chilbury est son premier roman.

Mon avis : (lu en mars 2018)
J’ai dévoré ce livre lors du dernier week-end pluvieux… Ce livre m’a fait penser à un autre roman : Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates.
L’auteure s’est inspirée des histoires de sa propre grand-mère ainsi que d’extraits de journaux intimes tenus par des femmes de l’époque pour écrire ce beau roman plein de vie et de tendresse.
C’est une histoire typiquement britannique à propos d’une communauté de femmes qui contribuent à l’effort de guerre, essayant de survivre et de vivre leur vie pendant que le monde s’effondre autour d’elles. L’histoire est racontée au lecteur à travers de lettres échangées et d’extraits de journaux intimes de plusieurs personnages du petit village anglais de Chilbury de mars 1940 à août 1940.
Tout commence avec la décision du pasteur de dissoudre la chorale du village puisque tous les hommes ou presque sont partis à la guerre. Mais l’arrivée à Chilbury de miss Primerose Trent, dite Prim, professeur de chant, va permettre à la chorale de renaître avec uniquement des voix féminines. La chorale va fédérer les femmes. C’est l’occasion de se réunir pour se soutenir, pour rendre hommage aux disparus, pour se sentir vivantes, pour défier cette guerre et ses horreurs…
Avec les voix de Mrs Tilling, des sœurs Venetia et Kitty, de Silvie et d’Edwina, le quotidien de Chilbury est raconté avec ses joies et ses peines, ses  bombardements et ses morts, ses naissances et ses amours… Selon leur âge, leur vie et leurs rêves elles partagent avec nous leurs préoccupations et leurs doutes durant cette période troublée. Les personnages sont le plus souvent attachants et j’ai passé un très bon moment en compagnie des Dames de la chorale de Chilbury !
Merci Claire et Albin Michel pour m’avoir permis de savourer ce premier roman choral.

Extrait : (début du livre)
Premier enterrement de la guerre, et notre petite chorale de village ne pouvait tout simplement pas chanter juste. « Saint, saint, saint » boitait comme si nous étions un brouhaha de moineaux bavards. Mais ce n’était pas à cause de la guerre, ou le jeune scélérat Edmund Winthrop torpillé dans son sous-marin, ou même la conduite abyssale du Vicaire. Non, c’était parce que c’était la dernière performance du Chilbury Choir. Notre chanson de cygne. 
« Je ne vois pas pourquoi on devrait arrêter », a lancé sèchement Mrs. B. quand nous nous sommes assemblées ensuite dans le cimetière brumeux. « Ce n’est pas comme si nous étions une menace pour la sécurité nationale. »
– Tous les hommes sont partis, ai-je soufflé en retour, consciente que nos voix portaient de façon gênante dans la foule réunie pour l’enterrement. « Le pasteur dit qu’il ne peut pas y avoir de chœur sans hommes.
– Et pourquoi, sous prétexte que les hommes sont partis à la guerre, devrions-nous dissoudre la chorale ? Au moment précis où nous en avons le plus besoin ! Non mais, qu’est-ce qu’il va supprimer ensuite ? Ses carillonneurs bien-aimés ? Le culte du dimanche ? Noël ? Il y a des limites ! » Elle a croisé les bras exaspérée. « D’abord, on nous confisque nos hommes pour les envoyer combattre, ensuite on nous force à travailler, nous autres femmes, puis on rationne la nourriture et maintenant, on dissout notre chorale. D’ici à ce que les nazis arrivent, il ne restera plus rien, sauf une poignée de malheureuses prêtes à se rendre.
– Mais c’est la guerre, ai-je répliqué, essayant de tempérer ses récriminations. Nous autres femmes devons assumer une charge de travail supplémentaire pour la bonne cause. Cela ne me dérange pas de faire l’infirmière à l’hôpital, même si c’est assez lourd, en plus de mes tâches au dispensaire du village qu’il faut maintenir ouvert.
– La chorale fait partie de la vie de Chilbury depuis l’aube des temps. Il y a quelque chose de réconfortant à chanter ensemble. » Elle a bombé le torse, sa haute silhouette carrée évoquant celle d’un maréchal corpulent.
Le cortège a pris la direction du manoir de Chilbury pour le verre de sherry et le sandwich au concombre de rigueur.

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La bibliothèque des citrons – Jo Cotterill

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traduit de l’anglais par Charlotte Grossetête

Titre original : A library of lemons, 2016

Quatrième de couverture :
Calypso est une jeune fille solitaire. Depuis la mort de sa mère, son père est absorbé par l’écriture de l’œuvre de sa vie, une grande histoire des citrons, et elle se réfugie dans la lecture des nombreux livres de sa bibliothèque.
Mais quand Calypso rencontre Mae, une nouvelle de sa classe, sa vie bascule dans l’inconnu ! L’orpheline fait l’expérience de l’amitié, des délices de l’écriture, et aussi d’une famille joyeusement chaotique où l’on aime bien se disputer. Plus heureuse qu’elle ne l’a été depuis longtemps, Calypso découvre alors un étonnant secret sur son père, et les événements se précipitent.

Auteur : Jo Cotterill est une auteure britannique de livres pour enfants et adolescents. Elle vit dans le Oxfordshire avec son mari et ses deux filles.
Elle n’a pas eu une vocation précoce d’écrivain. Elle s’est d’abord passionnée pour la musique, jouant de cinq instruments et composant. Elle a même fait partie d’un groupe, pour lequel elle écrit encore des chansons.
Elle est maintenant écrivain, mais avant elle a été actrice, et aussi enseignante.
Elle écrit ses histoires sans plan précis, en laissant aller son imagination.

Mon avis : (lu en décembre 2017)
A dix ans, Calypso est seule et sans ami. Son papa est veuf depuis cinq ans et il a appris à sa fille à ne dépendre de personne, à trouver les réponses à ses questions dans les livres, à ne pas laisser voir aux autres ses émotions… Calypso trouve donc refuge dans les livres de sa bibliothèque personnelle, installée dans l’ancien atelier de sa maman. Mais voilà qu’une nouvelle, Mae, arrive un jour dans la classe et qu’elle cherche à se rapprocher de Calypso. Cette dernière va découvrir ce qu’est l’amitié et surtout ce que c’est qu’une vraie vie de famille ! En effet, la maison de Mae est très différente de celle de Calypso…
Voilà une très jolie histoire d’amitié qui va permettre à Calypso et son père de se retrouver et de pouvoir aller de l’avant.

Extrait : (début du livre)
La nouvelle, Mae, m’a demandé de jouer avec elle aujourd’hui. Je n’ai pas su quoi dire. Elle a de longs cheveux noirs qu’elle porte en deux nattes fixées au sommet de sa tête, comme Heidi. Elle a un visage rond de poupée avec des yeux bleu vif, et elle est arrivée à l’école ce trimestre.

J’étais assise dans mon coin préféré de la cour avec un livre. C’est mon habitude pendant les récréations. Mae m’a adressé un sourire plein d’espoir, mais j’ai fait non de la tête et je suis retournée à mon livre.
– OK, a-t-elle dit, et elle s’en est allée.
J’ai essayé de me concentrer sur mon livre, mais mon regard n’arrêtait pas de s’échapper des pages pour la regarder. Elle dit souvent OK ; ça a l’air de bien lui aller. Ça rime même avec son nom. OK, Mae. Quand elle s’est présentée en classe, elle nous a expliqué qu’elle avait changé d’école parce que sa famille avait déménagé. Mais elle ne paraissait pas en souffrir. Elle a toujours l’air joyeux.
Je me disais qu’elle allait proposer son amitié à quelqu’un d’autre, mais elle est partie toute seule vers la grille et elle s’est mise à ramasser des brindilles par terre. Elle en a fait un petit tas. Puis elle s’est assise et a tiré quelque chose de sa poche. Le soleil s’est reflété dessus – c’était une loupe.
Elle essayait de mettre le feu aux brindilles. J’ai regardé, fascinée. Est-ce que ça allait marcher ? Elle avait visiblement du mal à trouver le bon angle. Ses yeux faisaient des va-et-vient entre le ciel et la loupe, qu’elle inclinait d’un côté puis de l’autre.
« Mauvais procédé, ai-je pensé. Il faudrait qu’elle maintienne la loupe dans la même position pendant longtemps, pour que le rayon de lumière central chauffe la brindille au même endroit. » J’ai lu ça dans un livre. Allumer un feu de cette façon, ce n’est pas très pratique, mais ça peut fonctionner si on est assez patient et que le soleil brille assez fort. Mais on est en automne, là. Le soleil ne brille pas très fort.
Je la regardais avec une telle intensité que quand elle a levé les yeux et qu’elle m’a aperçue, le choc a failli me faire lâcher mon livre. Vite, mon regard est revenu à ma page, mais je n’ai pas résisté au besoin de jeter un autre coup d’œil à Mae. Elle continuait à me fixer des yeux, et souriait comme si j’étais son amie.
L’embarras me mettait le visage en feu. Je n’ai plus levé les yeux de mon livre.
Mae n’a pas réussi à mettre le feu à ses brindilles. Je le sais parce que, dans le cas contraire, une maîtresse serait arrivée en courant. Au lieu de ça, quand la cloche a sonné, tout le monde s’est mis en rang comme d’habitude. Je me suis attardée derrière les autres, j’ai attendu que presque tout le monde soit rentré, et je me suis précipitée à la grille pour examiner le petit tas de brindilles de Mae.
Il n’y avait plus de tas. Mae avait disposé les brindilles sur le sol de manière à tracer des lettres. Celles-ci formaient un mot.

CALYPSO

Je suis rentrée en classe au pas de course, le cœur battant. Pourquoi avait-elle écrit mon nom avec ces brindilles ?

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