Sur la route des Invisibles : Femmes dans la rue – Claire Lajeunie

9782841868025r  Michalon – septembre 2015 – 208 pages

Quatrième de couverture :
« Aujourd’hui, je vois des femmes SDF partout, à chaque coin de rue… Ces invisibles, je les ai pourtant longtemps cherchées pour évaluer et valider cette incroyable donnée : en France, 40% des SDF sont des femmes, deux sur cinq ! Au premier regard, elles n’ont pas l’air de sans-abri, sont correctement habillées, semblent prendre soin d’elles tout en essayant de gommer leur féminité afin de se protéger.
Pour rendre visible cette réalité sociale méconnue, je suis partie à leur recherche. J’ai passé cinq mois avec ces oubliées, sur les trottoirs parisiens, dans les gares, les bus, les parkings souterrains, les associations. En plein hiver, pour tenter de comprendre comment elles ont basculé et comment elles survivent. Elles s’appellent Catherine, Julie, Anna, Sophie… Certaines ont vingt ans,d ‘autres approchent la soixantaine… Autant de parcours singuliers, qui m’ont particulièrement touchée. »
Une « immersion » dans le quotidien de ces invisibles, un livre de rencontres et d’impressions, né d’un documentaire réalisé pour France 5 et aujourd’hui adapté au cinéma.

Auteur : Claire Lajeunie est réalisatrice et productrice. Elle vit à Paris. La question des marginaux, des laissés-pour-compte est l’un de ses thèmes de prédilection. Elle a notamment réalisé « Les bébés secoués » pour France 2, « Que faire de nos fous ? » et « Enfants martyrs » pour France 3. Son dernier documentaire pour France 5, intitulé « Pauvres de nous », dévoile, de l’adolescence à la retraite, le visage sans compromis de la pauvreté. 
Elle a collaboré à l’écriture du scénario du film « Les Invisibles ».

Mon avis : (lu en février 2019)
C’est grâce à la promotion du film « Les Invisibles » que j’ai découvert ce livre.
La journaliste-réalisatrice Claire Lajeunie a voulu rencontrer ces « Invisibles », ces femmes sans-domicile fixe qui se cachent pour survivre. Elle a passé cinq mois avec ces oubliées, Julie, Anna, Catherine, Sophie… Elle les a approché dans les gares, sur les trottoirs parisiens, dans le métro, les bus, les parkings souterrains ou dans des associations. Elle voulait essayer de comprendre comment elles ont basculé et comment elles arrivent à survivre. Elles sont très jeunes ou approchent la soixantaine…Ce livre nous raconte la vie quotidienne difficile de ces femmes qui n’ont plus rien et qui tentent de lutter pour garder dignité et espoir de s’en sortir. C’est la réalité et l’on voit également tout le travail de bénévoles et d’associations qui chaque jour, sans se résigner, tentent d’apporter du réconfort à celles et ceux devenus invisibles. Leurs histoires sont très différentes et l’on peut pas ne pas être touché. L’écriture est simple, directe, sans pathos.

Claire Lajeunie donne un visage à celles que l’on voit sans regarder à travers son livre mais également son documentaire diffusé sur France 5 en septembre 2015.

Extrait : (début du livre)
Avant propos
Depuis quinze ans, au fil de nombreux documentaires, je raconte le monde à ma façon : l’adoption, les bébés secoués, la violence routière, la psychiatrie, la maltraitance infantile… Ces sujets me passionnent et me permettent de plonger dans des univers interdits. On me dit souvent que ce sont des thèmes durs et graves, mais je sais qu’ils m’ont aussi beaucoup apporté. J’ai appris à relativiser mes petits problèmes et me suis construite grâce à toutes les personnes que j’ai rencontrées. Je pense souvent à elles. Ce sont leurs paroles et la force de leurs témoignages qui sont ma source d’énergie. J’ai été une des premières à parler du syndrome des bébés secoués. Dix ans après, j’ai retrouvé des enfants qui allaient mieux. Ce premier documentaire, que j’ai réalisé à l’hôpital Necker, a développé chez moi l’envie d’infiltrer des milieux un peu hors normes, d’aborder des sujets tabous, souvent douloureux. Un métier riche en émotions, qui me pousse à chercher toujours un peu plus loin pour raconter des histoires fortes et donner la parole à ceux qui souffrent en silence.
A chaque fois, je change de peau, j’usurpe une identité; je suis devenue presque «schizophrène». Un jour, je suis infirmière à l’hôpital Necker de Paris, un autre, policière à la Brigade des mineurs de Lille. Ce dédoublement de personnalité me fait avancer. Il n’est pas question de réparer des douleurs passées, enfouies, une enfance difficile. J’ai beau creuser, aucun traumatisme qui l’expliquerait. Je crois qu’on peut être attiré vers la souffrance sans l’avoir forcément vécue personnellement. J’aime les gens avec des failles et des faiblesses. Je veux dénoncer l’injustice. J’aurais pu être «psy», j’ai choisi d’être réalisatrice. À 13 ans, je savais déjà que je voulais faire ce métier.
Il y a trois ans, j’ai enquêté sur les familles monoparentales, du côté de ces femmes qui élèvent seules leurs enfants et qui vivent sous le seuil de pauvreté, avec moins de 1 000 euros par mois, des mères courages. J’ai vu des femmes qui étaient sur le «fil», prêtes à basculer à la moindre embûche. Des histoires de vies qui nous parlent.
J’ai eu alors envie d’aller plus loin, de trouver celles qui avaient perdu pied. Avec une obsession : tordre le cou aux idées reçues et montrer qu’on peut vivre dans la rue sans être dans la caricature de l’alcool et de la folie, même si ça existe. On peut «tomber dans la rue» et avoir eu une vie avant, parler plusieurs langues ou avoir fait des études.
Et si un jour, c’était moi ?

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Summits of my life – Kilian Jornet

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

9782081425811_1_75 Arthaud – octobre 2018 – 208 pages

traduit du Castillan par Bruno Hurtado

Quatrième de couverture :
Kilian Jornet, légende de l’ultra-trail, sky runner à l’assaut des sommets et du ciel, a toujours considéré ses incroyables records comme autant d’étapes dans une quête personnelle d’accomplissement sportif et spirituel.
Mont Blanc, Cervin, Elbrouz, Denali, Aconcagua, Everest…, ces sommets parmi les plus hauts du monde ont inspiré Kilian depuis son enfance. Avec l’épopée Summits of my life, celui qu’on surnomme l’ultra terrestre a transformé ses rêves en autant d’ascensions et d’exploits inédits.
Ce tour de force sportif est pour lui l’occasion de défendre deux valeurs essentielles : l’amitié et l’écologie, en s’engageant au plus près de la nature sans assistance et sans laisser la moindre trace derrière soi. Une philosophie puriste et minimaliste à l’origine de l’immense popularité de ce champion hors normes.

Auteur : Kilian Jornet, né en 1987, est un sportif professionnel espagnol, spécialiste de ski alpinisme, d’ultra-trail et de course en montagne.
Il est l’auteur de Courir ou mourir (Arthaud, 2015) et La Frontière invisible (Arthaud, 2017).

Mon avis : (lu en décembre 2018)
J’ai choisi de recevoir ce livre en pensant à mon mari qui depuis quelques années c’est mis à courir… Il n’est pas comparable à Kilian Jornet dans ses exploits, mais plutôt dans le côté de prendre du plaisir à courir dans la nature, en forêt, sur les sentiers des douaniers et plus rarement en montagne.
Dès que j’ai eu ce beau livre entre les mains, juste en le feuilletant, j’ai été émerveillée par les nombreuses superbes photos.
Kilian Jornet est LE fameux coureur de l’extrême. Après avoir gagné de nombreuses compétitions de ski de montagne, à 17 ans il se lance dans les compétitions de course à pied en montagne et à 25 ans il a remporté toutes les courses auxquelles il avait rêvé de participer.
Il lui fallait donc un nouveau projet pour avoir la motivation de s’entraîner et de courir. En 2011, Kilian choisit huit sommets pour le défi sportif qu’ils représentaient, pour leur histoire ou leur beauté et pour leurs difficultés. Le but étant de battre le record de l’ascension mais en suivant une charte de valeurs.
Il avait envie d’une aventure non seulement sportive mais humaine où la nature reste maître…
Il a choisi les objectifs suivants : Traversée du Mont Blanc, le Mont Blanc (4808 m), Innominata (une arrête italienne du Mont-Blanc), Cervin (4478 m, Suisse, Italie), Elbrouz (5642 m, Russie), Denali (6186 m, Alaska), Aconcagua (6962 m, Argentine) et bien sûr l’Everest (8848 m, Népal)
Il a fallu accepter des échecs, la nature est plus forte que l’homme. Ainsi, pour l’Everest, Kilian s’y ait repris à plusieurs fois. Le premier voyage devait avoir lieu quelques jours après le séisme du Népal du 25 avril 2015, il annule son ascension mais part quand même au Népal pour tenter de se rendre dans la vallée du Langtang, coupée du monde depuis le séisme, pour porter secours aux populations. Kilian y était déjà venu une vingtaine de fois depuis qu’il escalade les montagnes. Il réussira l’ascension de l’Everest en 2017.
J’ai trouvé ce livre non seulement très beau, mais également très intéressant.
Bien au chaud à la maison, lire ces récits d’ascension est passionnant et cela nous fait voyager sans danger vers l’extrême !

Extrait :

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Mont-Blanc

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Visitons les phares de France – Clémentine Le Moigne

Lu en partenariat avec Babelio et Locus Solus éditions

CVT_Visitons-les-Phares-de-France_6462 Locus Solus éditions – juin 2018 – 128 pages

Quatrième de couverture :
Les joyaux du patrimoine maritime.
Une cinquantaine de phares sont visitables en France, offrant le plus souvent la montée à la tour et la vue imprenable, mais aussi un voyage dans la glorieuse histoire de la signalisation maritime.
Ils s’égrènent le long du littoral de l’Hexagone et en Outre-Mer. S’ils sont l’héritage d’un service public national, ils n’en affichent pas moins des contours qui donnent à chacun son identité.
Après un aperçu général des Phares et Balises et des précisions techniques, entrez dans ces sites uniques, de la maison du gardien jusqu’à la lentille de Fresnel, tout là-haut, après quelques dizaines (voire centaines) de marches !
Laissez-vous gagner par la beauté des sentinelles de la mer.

Auteur : Clémentine Le Moigne est depuis 2009 chargée du patrimoine culturel immatériel à la Fédération Régionale pour la Culture et le Patrimoine Maritime (FRCPM Bretagne). Ethnologue de formation, c’est une passionnée du patrimoine maritime qui œuvre à la sauvegarde et sa mise en valeur.

Photographe : Alain Roupie est photographe professionnel depuis une vingtaine d’années. Dans la lanterne d’un phare ou sur un navire, il sait saisir la beauté des paysages, le geste du professionnel ou un détail insolite. Amoureux de la Bretagne et de l’île de Groix où il a posé son sac, il expose dans son atelier Pixels de mer à Port-Tudy.

Mon avis : (lu en juillet 2018)
Depuis très longtemps, je suis fascinée par les phares. Chacun a son histoire, lors de sa construction, mais également lors de son exploitation, ses gardiens (seulement de passage depuis l’automatisation), ses bateaux sauvés ou échoués… chacun a ses caractéristiques, couleurs, nombre d’éclats ou fixe…
Architecturalement, tous les phares sont différents, il faut bien que les marins puissent les distinguer facilement pour se repérer…
Dans ce guide très complet sont recensés les phares de France (essentiellement en Métropole, il y a également deux phares ultramarins) que l’on peut visiter.
Une longue introduction présente la mission des phares, le service des Phares et Balises, un peu d’histoire, l’évolution technologique, le classement des phares selon leur portée et leur type d’éclairage…
Puis on passe en revue 47 phares, bateau-feu, feux et maisons-phares de France du nord au sud depuis Dunkerque jusqu’à Sartène en Corse, sans oublier le phare Amédée en Nouvelle-Calédonie et le phare de Bel-Air à La Réunion pour l’Outre-Mer. Pour chacun, une double page où l’on trouve sa localisation, un peu d’histoire sur le phare, des photos, une carte d’identité (date de construction, de mise en service, la hauteur, l’élévation (càd la hauteur au-dessus de la mer), la portée, la signature lumineuse, le type d’optique, la date d’automatisation et s’il est classé), les coordonnées géographiques, le site internet et numéro de téléphone où l’on pourra trouver les informations plus précises pour notre visite et une description succinct de ce qu’il y a à voir lors de la visite.
Et pour conclure, quelques pages avec la recette « du far au four du phare du Four », deux jeux de reconnaissance autour de l’architecture des phares ou des superlatifs et un lexique avec des mots du vocabulaire maritime.

Merci à Babelio et Locus Solus éditions , petite maison d’éditions bretonne, pour ce guide qui donne vraiment envie de faire une tour de France des phares !

 

Extrait :

couv2(c) Didier Grimberg : le phare de Biarritz

couv1(c) CRT Bretagne, Donatienne Guillaudeau : le phare d’Eckmühl
(c) Alain Roupie : la lanterne du phare de Cordouan, l’escalier du phare de la Coubre

J’apprends le français – Marie-France Etchegoin

417yENABY7L JC Lattès – février 2018 – 200 pages

Quatrième de couverture :
De cette expérience, elle tire un récit tout à la fois bouleversant et drolatique : l’histoire passionnante et mouvementée d’un double apprentissage. Le sien puisqu’elle n’a jamais enseigné ni agit au quotidien auprès des migrants. Et celui de jeunes hommes, parfois illettrés, qui au terme d’un très long et terrible voyage, se retrouvent devant un tableau, confrontés à l’un des langues les plus difficiles du monde, dont ils n’ont jamais entendu un mot. Dans le huis clos de cette classe, ils disent à nouveau «  je  » et font entendre leur incroyable odyssée tandis que leur «  professeur  » invente sa méthode en s’efforçant d’éviter les maladresses.
Quand pour la première fois, elle a franchi les portes du centre d’hébergement d’urgence du 19eme arrondissement, près de chez elle, Marie France Etchegoin  savait seulement qu’elle voulait «  aider  » pour ne pas avoir «  à regretter de n’avoir rien fait  ». Elle n’imaginait pas que Sharokan,   Ibrahim ou Salomon lui en apprendraient autant sur elle-même et qu’à travers eux, elle allait redécouvrir la complexité et la richesse de la langue française et aussi ce qui, au fond, nous constitue et qui fait trait d’union au-delà des frontières : la force de la parole.

Auteur : Écrivaine, journaliste, auteure de nombreux essais, et ancienne rédactrice en chef de L’Obs, Marie-France Etchegoin s’est essayée au métier… de « professeur » pour des réfugiés venus d’Afghanistan, du Soudan, d’Érythrée, du Tchad, d’Éthiopie ou de Guinée. Depuis deux ans, elle leur apprend le français.

Mon avis : (lu en mai 2018)

Dès le début de la lecture de ce livre dont j’avais entendu parler à la télévision, j’ai pensé à celui de Bertrand Guillot, B.A.-BA. La vie sans savoir lire que j’ai lu en novembre dernier.
Un jour, Marie France Etchegoin décide d’aller aider le centre d’hébergement d’urgence installé dans l’ancien lycée Jean Quarré situé à côté de chez elle. On lui demande de donner des cours de français deux ou trois fois par semaines à des réfugiés. Ils viennent de tout horizon, « Afghanistan », « Soudan », « Érythrée » ou alors « Éthiopie », « Somalie », « Libye », « Tchad », « Guinée »… Non seulement Marie-France va donner des cours d’alphabétisation mais surtout faire la rencontre de Suleyman, Sharokan, Abdullah, Salomon, Ibrahim, Mahmoud, Abdelaziz, Aldon…
Avant d’arriver en France, ils ont du quitter leur pays, car leur vie était menacée, car ils ont tout perdu dans leur pays, car c’est la guerre… Leur voyage a été long et périlleux et maintenant qu’ils sont arrivés à Paris, ils ne savent pas quel sera leur avenir… Auront-ils le droit de rester en France ? Obtiendront-ils les papiers nécessaires ? Ils vivent au jour le jour, dans l’incertitude du lendemain mais ils restent dignes.
Marie-France leurs donne bénévolement des cours de français, mais elle reçoit en échanges beaucoup plus à travers les conversations et les confidences que les uns et les autres vont lui faire. Un livre passionnant et fort en émotions. 

Extrait : (début du livre)
— Bonjour, je suis Marie. Et vous ?
— Je suis Sharokan.
— Bonjour, je suis Marie. Et vous ?
— Je suis Abdullah.
— Bonjour, je suis Marie. Et vous ?
— Je suis Suleyman.
— Bonjour, je suis Marie. Et vous ?
— Je suis Salomon.
— Je suis Aldon, je suis Ibrahim, je suis Omar…
Chaque fois la même ritournelle. Cela n’a l’air de rien, c’est sans surprise. Mais, ici, nous savons pourquoi nous aimons ces salutations cent fois répétées, nous le savons confusément mais nous le savons. Ce rituel apprend à dire je
– JE, MOI,
unique, irremplaçable, ici et maintenant, ce rituel apprend le verbe être, sans lequel on n’est rien, quels que soient la langue que l’on parle et le pays d’où l’on vient. Comment être quand on a tout perdu ? Comment être quand on se cherche encore ? Je revisite ces mots avec vous.

JE SUIS, et le prénom qui nous a été donné. Trois mots collés ensemble et qui, selon la manière dont ils sont prononcés, divisent le monde en deux. Moi, je les formule sans avoir besoin d’y penser. Ils sont comme l’air que je respire, le pied que je mets en avant pour marcher, les yeux que je ferme pour dormir. Personne ne m’a jamais interdit de dire Je. Personne ne m’a jamais empêchée d’être, ou si peu. Je suis. Je suis l’amoureuse de mon mari. Je suis la mère d’enfants qui me ravissent. Je suis la fille qui honore sa mère et son père. Je suis une sœur aux côtés de son frère. Je suis une journaliste qui écrit des livres. Je suis une habitante de la Mouzaïa, quartier champêtre de la capitale à l’ombre de barres en béton. Je suis une Parisienne dont le seul véritable problème est d’avoir dépassé la cinquantaine. Je suis une femme qui mène une vie pleine mais qui n’aime pas se contenter de ce qu’elle a. Je suis une Occidentale moyennement névrosée, avec une voix planquée dans un recoin incognito de son petit moi qui lui serine parfois : « Es-tu sûre d’être vraiment ce que tu dis ? » Je suis quelqu’un à qui il arrive d’éprouver ce vertige que Freud appelait « l’inquiétante étrangeté ». Mais, au bout du bout, je suis. Je suis qui je suis. Je l’affirme en toute tranquillité : Je suis Marie et même Marie-France si je veux…

Grand Atlas de la France 2018

Masse Critique Babelio

81eJNh0dD7L Éditions Autrement – janvier 2018 – 127 pages

Quatrième de couverture :
Un outil indispensable pour comprendre la France : Plus de 150 cartes inédites et mises à jour ; Un tour d’horizon complet des grands enjeux du pays ; Une synthèse actualisée et l’analyse des plus grands spécialistes ; Un dossier spécial sur la place des immigrés et des réfugiés : quelle politique, pour quelle société ?

Auteur : Frank Tétart, directeur de la rédaction du Grand Atlas Autrement depuis 2014. Ancien co-auteur de l’émission Le Dessous des cartes (1994-2008) et ex-rédacteur en chef des revues Moyen-Orient et Carto (2009-2011), il est docteur en géopolitique de l’Institut français de géopolitique (Paris 8) et diplômé en relations internationales (Paris 1). Il a notamment enseigné à Sciences Po Paris, à l’université Paris 1, à l’Institut européen de l’université de Genève et à Paris Sorbonne Abu Dhabi aux Émirats arabes unis. Il est également l’auteur de La Péninsule Arabique, cœur géopolitique du Moyen-Orient (Armand Colin, 2017).

Mon avis : (feuilleté en février et mars 2018)
Comme l’annonce la couverture, ce livre est un Atlas qui résume l’actualité de la France à l’aube de 2018 à l’aide de 150 cartes, du point de vue économique, politique, environnemental et international.
Cet ouvrage documentaire est divisé en cinq grandes parties qui analysent les évolutions et les mutations de la France d’aujourd’hui.
Cela commence sur un état des lieux de la France : démographie, société postindustrielle, la religion, les 18 régions, les élections 2017, l’abstention, faire face au terrorisme, Paris JO 2024.
Puis ce sont les enjeux économiques et sociaux : reprise économique, agriculture, pôles de compétitivité, l’industrie du luxe, tourisme, l’insertion par l’école, la pauvreté, la santé, les jeunes et le monde travail, le vieillissement.
L’enjeu du développement durable : écologie, aménagement durable du territoire, agriculture durable, transition énergétique, prévention des risques
La France, l’Europe et le monde : La Nouvelle-Calédonie et l’autodétermination en 2018, la francophonie, la France et l’Afrique, la France et la construction européenne, France et Europe face à la crise migratoire, la politique agricole commune 
Enfin une France plurielle : Immigration, xénophobie et montée des extrêmes, la France entre accueil et fermeture, la part des immigrés dans l’économie, les sportifs comme reflet des vagues migratoires, pays du vivre-ensemble ?
Et en annexes : les chiffres clés des 18 nouvelles régions, la bibliographie et les sources.
Comme tout atlas, c’est un livre que l’on feuillète plutôt que de le lire dans sa continuité. Cet atlas s’adressent à un large public : lycéens et étudiants, enseignants et tous ceux qui s’intéressent à comprendre la France.
J’ai plus l’habitude des cartes topographiques ou routières, mais je reconnais qu’une carte bien faite est souvent plus parlante qu’un long discours…
Il est vraiment intéressant de visualiser des chiffres et des analyses économiques ou sociales avec des cartes !
Merci Babelio pour cet atlas instructif et utile.

 

Extrait : (début de l’atlas)
Combien sommes-nous ?

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Alors que la population européenne connaît un déclin démographique depuis un peu plus d’une décennie, la population de la France se maintient, malgré depuis quelques années une baisse de la natalité et de la fécondité et un ralentissement de l’accroissement de l’espérance de vie.

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Une population assez stable
Selon l’Institut national d’études démographiques (INED), la population française est estimée au 1er janvier 2017 à 67 millions d’habitants, dont 2,1 millions dans les départements d’outre-mer (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion et Mayotte). Toutefois, le solde naturel, c’est-à-dire l’excédent des naissances par rapport au décès, ne cesse de diminuer : il est passé au cours des dix dernières années de 280 000 à 173 000. En cause la diminution du nombre de femmes en âge de procréer et la baisse de la fécondité. Alors que les femmes avaient encore en moyenne 2 enfants en 2010, ce qui correspond au seuil de renouvellement des générations, ce taux est en baisse et atteint 1,89 en 2016. La baisse de la fécondité est imputable aux femmes de moins de trente ans, la tendance à avoir des enfants de plus en plus tard se poursuivant. Les Françaises accouchent en moyenne en 2017 à 30,5 ans, alors qu’elles avaient en moyenne leur premier enfant à 26,5 ans, il y a quarante ans. Malgré la baisse récente de la fécondité, la France reste le pays le plus fécond de l’Union européenne. Comme ailleurs, cette diminution s’explique par les effets de la crise économique et la hausse du chômage et de l’incertitude qu’elles impliquent, même si elle reste plus modérée qu’ailleurs et est apparue plus tardivement en raison des politiques sociales et atteint 1,89 en 2016. La baisse de la fécondité est imputable aux femmes de moins de trente ans, la tendance à avoir des enfants de plus en plus tard se poursuivant. Les Françaises accouchent en moyenne en 2017 à 30,5 ans, alors qu’elles avaient en moyenne leur premier enfant à 26,5 ans, il y a quarante ans. Malgré la baisse récente de la fécondité, la France reste le pays le plus fécond de l’Union européenne. Comme ailleurs, cette diminution s’explique par les effets de la crise économique et la hausse du chômage et de l’incertitude qu’elles impliquent, même si elle reste plus modérée qu’ailleurs et est apparue plus tardivement en raison des politiques sociales et familiales qui en ont amorti l’impact.

La population française vieillit
En termes de groupes d’âge, la part des moins de 20 ans (24,2 %) est en recul. Elle représente un quart de la population depuis le début des années 2000, alors qu’elle correspondait encore à un tiers de la population dans les années 1980. La part des adultes âgés de 20 à 64 ans reste assez stable et compte pour plus de la moitié de la population (56,4 %). Quant aux seniors, leur part ne cesse de croître. En 2017, presque un Français sur cinq a plus de 65 ans (19,4 % de la population), alors que les séniors ne représentaient qu’un français sur six il y a 10 ans. Cette tendance s’est accélérée depuis 2012 en particulier avec l’arrivée des premiers baby-boomers dans le groupe des seniors.
Le solde migratoire (excédent des arrivées sur les sorties du territoire), bien que positif (+ 82 000 personnes) et en régulière augmentation (il a dépassé 107 000 en 2013), participe moins à la croissance démographique que dans la plupart des autres pays d’Europe. C’est une particularité de la démographie française, puisqu’ailleurs en Europe l’apport du solde migratoire est en effet supérieur à celui du solde naturel.

La durée de vie s’allonge
Depuis 1950, la mortalité en France n’a cessé de diminuer passant de 12,7 pour mille à moins de 9 depuis le début des années 2000, et ce, bien que la population ait continué d’augmenter. La durée de vie s’allonge. En 2016, l’espérance de vie à la naissance atteint 85,4 ans pour les Françaises et 79,4 ans pour les Français, contre respectivement 82,8 et 75,3 ans en l’an 2000, soit un gain de deux ans et demi pour les femmes et de plus de quatre ans pour les hommes. Mais l’espérance de vie progresse moins vite depuis 2012, en raison de fluctuations liées aux épidémies de grippes saisonnières comme celle de 2015.

Le nombre de centenaires continue aussi de progresser. Au 1er janvier 2016, on comptait, selon l’INSEE, 21 000 centenaires en France : c’est près de vingt fois plus qu’en 1970. Selon les prévisions démographiques, la France pourrait en compter 270 000 en 2070 : neuf femmes sur dix et huit hommes sur dix nés en 1990 deviendraient octogénaires, tandis que 13 % des femmes et 5 % des hommes nés en 1970 atteindraient leur centième anniversaire. 

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B.A.-BA. La vie sans savoir lire – Bertrand Guillot

51u6VHoFogL Rue Fromentin – janvier 2011 – 224 pages

Quatrième de couverture :
En 2008, Bertrand Guillot pousse la porte d’un cours d’alphabétisation pour adultes, dans le 20e arrondissement de Paris. Il s’apprête à donner son premier cours. Sa motivation est la même que celle de milliers de bénévoles en France : se rendre utile et abandonner les oeillères du quotidien. Ecrit à la première personne, rythmé par des chapitres courts, B a-ba a tout d’un récit d’aventure. Celle d’un « professeur » débutant, tout d’abord. L’auteur est poussé dans le grand bain sans méthode, ni conseils. Après tout, il sait lire, non ? B + A = ba ? Pas si simple. Le costume de « professeur » taille soudain grand face à des « élèves » qui ont bien souvent vécu mille vies et Guillot prend soudain conscience de l’ampleur de la tâche. Le plus sage serait sans doute d’abandonner sur le champ. Il y pense. Pourtant… Sans vraiment se l’expliquer, il va poursuivre ses cours (il en donne toujours aujourd’hui) et vivre un an avec ses élèves, au rythme des joies et des désillusions. Une année dont il a tiré un livre : B a -ba.
Cette force de volonté anime le livre. B a-ba n’est jamais larmoyant ou accusateur. Les cours sont l’occasion de dialogues drôles. Les situations sont vues avec un regard réaliste, jamais simplificateur, qui évoque parfois Entre les murs.
Car B a-ba est avant tout le récit d’une aventure humaine. La majorité des élèves travaillent, sans papiers, en France. Au fil des cours, l’auteur découvre leurs destins. Chômage, identité nationale, intégration… c’est l’actualité du pays qui défile avec un éclairage nouveau : celui d’hommes et de femmes qui pensent que tout peut changer s’ils apprennent à lire et à écrire.

Auteur : Bertrand Guillot, 35 ans, s’est retrouvé un beau jour avec le diplôme d’HEC en poche. Il en fut le premier surpris, décida de laisser le prestigieux papier prendre la poussière et se détourna de la voie tracée. Devenu journaliste, il publie son premier roman en 2007, Hors jeu (Le Dilettante), qui est sorti en poche cet été chez J’ai Lu. Après l’écriture de plusieurs scénarios, Bertrand Guillot a écrit aujourd’hui B.a- ba, consacré à son expérience dans l’alphabétisation pour adulte, aux éditions rue Fromentin. Il poursuit son activité de journaliste tout en continuant à donner des cours d’alphabétisation dans le 19e arrondissement de Paris.

Mon avis : (lu en octobre 2017)
Comme notre langue est difficile à apprendre pour un étranger !
L’auteur nous raconte son expérience de professeur bénévole d’alphabétisation dans une association. Il donne un cours un soir par semaine, il n’a pas été formé, on lui a donné quelques conseils, quelques exercices à faire faire. Nous suivons au jour le jour les progrès ou les désillusions des élèves et du professeur qui s’adapte à son public, aux difficultés rencontrées…
Il nous raconte la vie de ses élèves qui ont des histoires plus émouvantes les unes que les autres. Il critique les méthodes et teste par lui même la syllabique et la globale… Il y a l’apprentissage de la lecture mais également de l’écriture… Et ce n’est pas simple pour des élèves qui n’ont jamais été à l’école même enfant…
Voilà un livre d’une grande sensibilité, les pages sont à la fois pleines d’humour et d’humanité. A lire sans hésiter !

Extrait : (page 50)
Ladi se lance d’un ton hésitant : « J’aime le café. » Hamdoulillah. Qu’il essaie donc de l’écrire, maintenant.
– Mais… Je peux pas.
– Pourquoi ?
Il dit qu’il n’y arrivera jamais, les deux autres opinent, « On n’a que un mois de cours », dit Nabil. Bien sûr, je suis conscient de la difficulté extrême de l’exercice – comme un élève de latin qui passerait soudain de la version au thème. Mais mon petit doigt est sûr de lui. Le Grand Pédagogue est en retrait, il attend de voir. Je les rassure, leur dis qu’on se fout de l’orthographe (de quoi ?), qu’il s’agit simplement d’écrire les sons qu’ils entendent – au moins d’essayer, je suis avec eux pour y arriver.
Je ne sais pas lequel de ces mots a résonné dans l’esprit de Ladi, mais le voilà finalement qui jette son stylo sur la feuille.
Gm le kf
Yo ! Je renvoie à plus tard l’explication du « J’ », puis lettre après lettre nous faisons naître la phrase. Nabil a assisté à l’événement, il est prêt maintenant, en équipe avec Cheikhou.
G ve di t
Me voici de nouveau en prise avec le cerveau de chacun. Découverte étonnante : Nabil ne sait pas plus lire que Ladi, et pourtant tous deux semblent avoir la pensée structurés en arabe : ils voient les consonnes, oublient les voyelles.
Je tente une autre phrase avec Ladi, heureux de voir qu’il s’accroche, les traits fatigués mais l’œil rallumé, comme s’il venait de prendre soudain conscience d’une lointaine possibilité.
Pendant ce temps, sur la table d’à côté, Nabil et Cheikhou sont en plein débat sur la manière d’écrire « Bonjour ».
BNOGOU.
Certes.