Une femme en contre-jour – Gaëlle Josse

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Les Éditions Noir Sur Blanc – mars 2019 – 153 pages

J’ai Lu – août 2020 – 160 pages

Quatrième de couverture :
« Raconter Vivian Maier, c’est raconter la vie d’une invisible, d’une effacée. Une nurse, une bonne d’enfants. Une photographe de génie qui n’a pas vu la plupart de ses propres photos. Une Américaine d’origine française, arpenteuse inlassable des rues de New York et de Chicago, nostalgique de ses années d’enfance heureuse dans la verte vallée des Hautes-Alpes où elle a rêvé de s’ancrer et de trouver une famille. Son œuvre, pleine d’humanité et d’attention envers les démunis, les perdants du rêve américain, a été retrouvée par hasard – une histoire digne des meilleurs romans – dans des cartons oubliés au fond d’un garde-meubles de la banlieue de Chicago. Vivian Maier venait alors de décéder, à quatre-vingt-trois ans, dans le plus grand anonymat. Elle n’aura pas connu la célébrité, ni l’engouement planétaire qui accompagne aujourd’hui son travail d’artiste. Une vie de solitude, de pauvreté, de lourds secrets familiaux et d’épreuves ; une personnalité complexe et parfois déroutante, un destin qui s’écrit entre la France et l’Amérique. L’histoire d’une femme libre, d’une perdante magnifique, qui a choisi de vivre les yeux grands ouverts. Je vais vous dire cette vie-là, et aussi tout ce qui me relie à elle, dans une troublante correspondance ressentie avec mon travail d’écrivain. »

Auteure : Gaëlle Josse est l’auteure des Heures silencieuses, Nos vies désaccordées (prix Alain-Fournier 2013), Noces de neige et Le dernier gardien d’Ellis Island, qui a reçu le prix de littérature de l’Union européenne en 2015 et qui a été traduit dans une dizaine de langues.

Mon avis : (lu en mai 2022)
Cela fait longtemps que je voulais lire ce livre racontant l’histoire de Vivian Maier, cette artiste découverte par hasard… J’avais entendu parler de cette « photographe de rues » autodidacte découverte après sa mort mais je m’y suis vraiment intéressée après avoir vu sur Arte, le film documentaire « À la recherche de Vivian Maier ».
Dans ce récit chronologique, Gaëlle Josse rend hommage à cette artiste pleine de mystère. Elle fait revivre Vivian Maier dans une biographie fidèle mais sobre. Elle revient sur sa jeunesse, ses origines françaises, ses allers-retours entre l’Europe et l’Amérique, sa famille défaillante… Puis ne quittant jamais son appareil-photo, Vivian devient bonne d’enfants. Elle a laissé des milliers de photographies, essentiellement en noir et blanc, dont beaucoup n’avaient jamais été développées. Des clichés pris sur le vif dans les rues de Chicago et New York qui témoignent de l’Amérique d’après-guerre.
Sa personnalité est déroutante, complexe, elle a mené une vie de solitude et de pauvreté. Elle a toujours voulu rester discrète, invisible et n’a jamais cherché à montrer son travail à quiconque et pourtant elle a réalisé une multitude d’autoportraits.
Dans un style sensible et élégant, l’auteure réussit à faire revivre cette femme et son histoire de manière vivante et crédible. Il restera pourtant à jamais de nombreuses interrogations sur cette artiste unique.
En bonus, je vous encourage à aller voir le site des photographies originales de Vivian Maier et mon billet sur la BD de Paulina Spucches, Vivian Maier à la surface d’un miroir.

Extrait : (début du livre)

Chicago, Rogers Park, décembre 2008

Sous le ciel blanc de ces derniers jours de décembre, les goélands argentés et les canards cisaillent l’air en piaillant au-dessus du lac Michigan gelé. Une femme âgée, très âgée, les suit du regard. Elle est sortie malgré le froid, malgré la neige qui enserre la ville dans son emprise depuis de longues semaines. Elle est venue s’asseoir, comme chaque jour, sur ce banc, son banc, face au lac. Pas trop longtemps, impossible de rester immobile par un tel froid. Ses pensées sont emmêlées, agitées comme le vol des oiseaux au-dessus du lac gelé qui cherchent des eaux encore libres de glace. Ce lac, comme une mer. On ne voit pas l’autre rive. Et si c’était la mer ? Peut-être le souvenir de quelques bateaux lui revient-il fugitivement en mémoire. Mais comment savoir, car tout vacille.
La scène ressemble à une photo qu’elle aurait pu prendre. Composition parfaite. Le banc, avec ces deux arbres nus, de chaque côté, au garde-à-vous, figés dans l’engourdissement de l’hiver. Les lignes de fuite du lac en arrière-plan. Et cette vieille femme sur ce banc, dans son manteau informe, avec ses chaussures au cuir râpé, ce chapeau de feutre abîmé par trop de pluies, trop de saisons. À côté d’elle, une boîte de conserve, ouverte. La scène semble avoir été créée pour elle, en noir et blanc.
Cette photo-là, elle ne la prendra pas. Elle n’en prend plus depuis longtemps. Où sont-ils, que sont-ils devenus, d’ailleurs, tous ces clichés pris chaque jour pendant ces dizaines d’années, par milliers, par dizaines de milliers ? Elle n’en a pas vu beaucoup. Tout dort dans des boîtes, des cartons, des valises, au fond d’un garde-meuble qu’elle ne peut plus payer depuis des années, dont elle a oublié l’adresse. Tout a-t-il été jeté, vendu ? C’est sans importance, maintenant. C’est le passé. Un temps d’avant dont quelques fragments épars surnagent peut-être dans l’océan enténébré d’une mémoire oscillante, fugitivement embrasés, par instants, comme sous le faisceau d’un phare à éclats. Ses doigts raides, engourdis, ne presseront plus jamais le déclencheur, ses yeux fatigués ne feront plus la mise au point, il ne chercheront plus le cadrage, la composition, l’éclairage, le sujet, le détail, l’instant parfait qu’il faut saisir avant qu’il ne disparaisse.
Elle est lasse, transie, malgré cette envie qu’elle garde intacte d’être dehors, toujours, et d’aller devant elle. Plus de cinquante ans qu’elle vit ici. Avant, ce fut New York. Bien avant. Le froid, l’hiver, la neige, la glace, les ciels blancs, et les étés brûlants, dans leur éternel retour.

Petit bac 2022
(5) Famille

Déjà lu du même auteure :

Nos_vies_d_saccord_es Nos vies désaccordées

Chez nous… Paroles de réfugiés – Marco Rizzo et Lelio Bonaccorso

91z8NcS03BL Futuropolis – février 2021 – 112 pages

traduit de l’italien par Hélène Dauniol – Remaud

Titre original : Feltrinelli Comics, 2019

Quatrième de couverture :
À la suite d’À bord de l’Aquarius, Marco Rizzo et Lelio Bonaccorso se sont rendus en Calabre pour témoigner de l’accueil fait aux migrants en Italie. La Calabre est l’une des régions italiennes les plus touchées par le chômage mais également l’une des plus hospitalières pour les réfugiés.Les auteurs ont rencontré les humanitaires, les autochtones et les réfugiés. Ils racontent les tragédies liées à ces situations dramatiques, les cauchemars bureaucratiques et les horreurs quotidiennes.Ils témoignent aussi du succès de certaines politiques privilégiant un accueil digne et une volonté d’intégration de ces migrants. Une situation italienne qui fait écho à celle de la France.

Auteurs : Né en 1983, Marco Rizzo  est un scénariste de bande dessinée et journaliste italien, surtout connu pour ses reportages en bande dessinée.
Lelio Bonaccorso est dessinateur et enseignant de BD sicilien. Après plusieurs collaborations avec DC Comics et Marvel, le dessinateur fétiche de l’écrivain Marco Rizzo sera son binôme sur de nombreuses bandes dessinées politico-sociales italiennes 

Mon avis : (lu en avril 2022)
Après leur BD documentaire A bord de l’Aquarius, les deux auteurs italiens (un journaliste et un dessinateur) ont voulu découvrir le sort des réfugiés en Italie à travers plusieurs témoignages. Ils se sont rendus en Calabre, l’une des régions italiennes les plus touchées par le chômage mais également l’une des plus accueillantes pour les réfugiés. Les auteurs ont rencontrés des associations humanitaires, des réfugiés et des italiens autochtones.
Il existe des expérimentations d’intégration qui sont réussies. Mais la corruption et l’utilisation frauduleuse ou abusive des fonds de l’État donnent des situations difficiles aussi bien pour la population locale que pour les réfugiés… La complexité de la bureaucratie expose également certains réfugiés à des situations dramatiques…
Cette BD très documentée et instructive est une bonne synthèse de l’état des lieux de l’accueil réservé en Italie aux réfugiés, la situation est comparable à celle qui existe en France.

Extrait : (début de la BD)

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Petit bac 2022
(5) Ponctuation

Déjà lu des mêmes auteurs :

914E4BPV1wL A bord de l’Aquarius

Je peins à l’aquarelle – Sarah Van Der Linden

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81GpWQknYKL Mango – février 2022 – 96 pages

Quatrième de couverture :
Peindre à l’aquarelle, c’est apprivoiser l’eau : un vrai jeu d’enfant !
Tu verras qu’on obtient des effets magiques avec des moyens très simples. Ce livre t’explique tout : le matériel à choisir, le maniement du pinceau, puis les techniques essentielles de l’aquarelliste. Comment peindre un dégradé, obtenir des textures variées, flouter les couleurs, les fusionner, les superposer…Tous ces secrets sont à ta portée ! Tu pourras suivre les modèles étape par étape ou créer tes propres œuvres en utilisant tes techniques préférées.

Auteure : Mirglis est le jardin créatif de Sarah Van Der Linden, où fleurissent les tutoriels et les cours en vidéo qui ont fait sa notoriété. La nature, l’inspiration et l’imagination sont intimement liées pour cette aquarelliste au nom prédestiné (« du tilleul » en néerlandais). Son credo : il n’est jamais trop tard pour apprendre et le plus dur est de faire le premier pas.

Mon avis : (lu en juin 2022)
Voilà un très joli album destiné aux plus de 8 ans, enfants comme adultes, pour découvrir l’Aquarelle.
Un premier chapitre donne des conseils sur le matériel à utiliser : la boîte d’aquarelle, les pinceaux, le papier…
Un deuxième chapitre est consacré aux couleurs avec des petits exercices à faire : création d’un nuancier et d’une roue des couleurs.
Le chapitre suivant aborde quelques techniques de base avec des explications illustrées pas à pas, des modèles pour s’exercer et d’autres pour s’inspirer : comment manier le pinceau, peindre un lavis, peindre un dégradé, jouer avec les pigments.
Le dernier chapitre explique pas à pas comment réaliser cinq tableaux en utilisant d’autres techniques : utiliser une gomme de réserve pour garder blanc certaine partie du tableau, utiliser du sel sur la couleur, choisir les bonnes couleurs, utiliser un papier humidifié pour peindre ou humidifier le papier après avoir peint enfin jouer avec la transparence.
Pour chacun de ses exercices, des modèles inspirants sont également ajoutés.
Cet album ludique donne vraiment envie de commencer, et je me suis laissée tenter à essayer…
Ci-dessous, ma première page d’exercice sur les couleurs faite avec les moyens du bord, papier à dessin trop léger et de la gouache à la place d’aquarelle…

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Merci Masse Critique pour cette amusante découverte à tester avec un enfant ou soi-même…

Extrait :

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Petit bac 2022
(4) Objet

Celle qui nous colle aux bottes – Marine de Francqueville

Masse Critique
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71Y-jCdQBnL Rue de l’échiquier – avril 2021 – 200 pages

Quatrième de couverture :
– J’aimerais bien que tu me racontes ton histoire, pourquoi t’es devenu agriculture et tout ça… !
– Oh là là… mais c’est l’agriculture ton sujet, pas moi !
– Oui… enfin, c’est un peu les deux !

Auteur : Marine de Francqueville est une jeune illustratrice fraîchement diplômée de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs (EnsAD), section cinéma d’animation. Elle réalise des courts-métrages, des clips, des scénographies, des sculptures en argile ou en céramique, et prépare un festival artistique dans le village de son enfance, Trigny. Celle qui nous colle aux bottes est sa première bande dessinée publiée.

Mon avis : (lu en janvier 2022)
Une bande dessinée très documentée et très instructive sur l’agriculture d’aujourd’hui.
Marine est étudiante aux Arts Déco à Paris, son père est agriculteur dans la Marne. Pour son mémoire de fin d’études, elle décide de parler de l’agriculture et de l’environnement. Ainsi commence un dialogue entre le père et la fille. Elle a des convictions écologiques, elle vit maintenant à Paris, donc à la ville… Son père défend l’agriculture conventionnelle même s’il en connaît les défauts… Les échanges sont riches, parfois passionnés mais toujours affectueux… Marine et son père s’interrogent mutuellement, ils restent ouverts aux arguments de l’un et de l’autre, ils font progresser leur réflexion. Ce débat très actuel met en lumière les enjeux décisifs de l’agriculture de demain.
Au cours de son enquête, Marine rencontre de nombreux agriculteurs ayant des manières différentes de produire. Les mentalités changent avec la nouvelle génération. Il est question de bio, d’agroforesterie, d’ogm…  Avec elle, le lecteur découvre l’évolution de l’agriculture depuis ses origines et surtout depuis l’après Seconde Guerre Mondiale avec le remembrement du territoire, le productivisme… Les contraintes imposés aux agriculteurs pour voir toujours plus gros et les conséquences sur l’environnement.
Comme le montre la couverture, « Celle qui nous colle aux bottes » est aussi bien la boue que Marine !
Avec un dessin noir et blanc assez simple, cette bande dessinée, très complète sur le fond, nous fait nous interroger sur le futur de notre planète.

Extrait :

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Petit bac 2022
(1) Objet

Mon rond-point dans ta gueule, portraits de gilets jaunes – Sandrine Kerion

81DqsNwQFZL La Boîte à Bulles – octobre 2021 – 144 pages

Quatrième de couverture :
Le 17 novembre 2018, un mouvement non structuré ébranle la France et son gouvernement, l’émanation d’un ras-le-bol collectif qui pousse des centaines de milliers de personnes à protester ensemble contre la vie chère, les inégalités grandissantes, le manque de démocratie… Des groupes de Gilets jaunes campent durablement sur des ronds-points stratégiques, bloquant le pays pour faire entendre leur colère.
Sandrine Kerion était l’une d’entre eux. Afin de mieux rendre la réalité et la complexité de ce mouvement, elle a interrogé plusieurs de ses compagnons de lutte  afin de retranscrire leurs témoignages en BD. Sans émettre de jugement sur leur discours, elle les écoute et les laisse s’exprimer, eux qui considèrent s’être tus trop longtemps et ont vu dans ce mouvement de «  la France d’en bas  » l’occasion de faire bouger les choses. Avec espoir puis, souvent, avec désillusion.
Le projet de l’autrice vise notamment à contrer les représentations – trop souvent caricaturales – des Gilets jaunes dans les média. Ces portraits rendent compte la de diversité des profils de ces personnes mais aussi des combats chers à chacun de ces Gilets jaunes. Une diversité qui faisait sa richesse mais qui a également causé son incapacité à se structurer…

Auteur : Née en 1979, et résidant en Bretagne, Sandrine Kerion est dessinatrice et scénariste de bande dessinée autodidacte. Ces dernières années, elle s’est orientée vers la BD documentaire et de reportage, avec une sensibilité particulière pour les sujets liés à l’actualité sociale. En 2020, elle a élaboré une BD reportage sur l’accès à l’IVG durant le confinement, en collaboration avec la journaliste Isabelle Halliez, parue dans la revue rennaise La Vilaine. En 2021, paraît ses deux premiers ouvrages édités : J’ai Vu les Soucoupes et Mon rond-point dans ta gueule, un portrait de militants gilets jaunes, qu’elle réalise depuis 2018 et publié dans un premier temps via un blog sur le site de Mediapart.

Mon avis : (lu en décembre 2021)
En novembre 2018, Sandrine Kérion se reconnaissait pour la première fois dans un mouvement social, et elle a enfilé son gilet jaune. Sandrine a participé à des rassemblements sur les ronds-points des Côtes d’Armor, elle y a rencontré des gens et discuté avec eux.
« En novembre 2018, il y avait une forme d’enthousiasme. On se disait que quelque chose était possible, que les choses allaient pouvoir changer.   Je me suis aperçue que c’était des gens, comme moi, dont on ne parlait jamais, des gens qui n’intéressaient personne. Alors qu’en fait, ils représentent la majorité des habitants. Ceux que pendant la crise du Covid, on a appelé les premières lignes, les aides-soignantes, les salariés de l’agroalimentaire, les routiers, les agents de sécurité.  C’est eux qui font tourner le pays.  » 
Sandrine s’est rendue compte que dans les reportages dans les journaux ou à la télé, les gilets jaunes n’avaient pas vraiment la parole, pas le temps de s’exprimer ou alors que leurs actions étaient mal interprétées… Elle a donc décidé d’aller interviewer longuement et à plusieurs reprises une dizaine de gilets jaunes rencontrés sur les ronds-points costarmoricains, et elle en a fait les portraits.
« C’était important de comprendre leurs parcours, leurs valeurs, leurs revendications. Je voulais faire un état des lieux de la situation. Il fallait pour cela prendre du recul. « 
Elles et ils sont : Dany 47 ans ambulancière, Alexandre 34 ans magasinier, Benjamin 38 ans employé de la fonction public, Barbara 69 ans retraitée de la fonction publique, Michel 63 ans retraité, Gilles 59 ans chauffeur routier en invalidité, Bris 81 ans retraité, Mathieu 40 ans plombier électricien autoentrepreneur, écologiste solidaire et Céline 58 ans femme au foyer.
« Sur les ronds-points, les gens ont pris conscience de beaucoup de choses. Ils ont eu l’impression de grandir, d’apprendre beaucoup de choses. C’étaient des espaces d’échanges, de parole. Chacun faisait part de ses difficultés mais réfléchissait aussi à trouver des solutions. »
« Un an après, les gens étaient dans un état d’esprit différent. Il y avait beaucoup de désillusions, d’interrogations sur l’avenir. Ils avaient surtout l’impression que rien n’avait changé. »
A l’automne 2021, des gilets jaunes sont revenus sur les ronds-points car « Rien n’a été résolu. Le prix de l’essence flambe à nouveau, comme celui des matières premières. Pour les gilets jaunes de 2018, la situation est encore pire maintenant. »  « Pourtant, ils avaient vu juste. Les moyens pour l’hôpital, les services publics, c’étaient les revendications des ronds-points. On a vu avec le coronavirus combien c’est important. »
Pour le titre, Sandrine a repris un slogan affiché sur le gilet d’un anonyme.  Elle a dessiné cette aventure humaine et sociale en blanc, gris et en jaune pour frapper le regard du lecteur.
Un roman graphique intéressant et très instructif à lire et à faire lire.

Extrait :

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Déjà lu du même auteur :

81qpXcBE-wL J’ai vu les soucoupes

Petit bac 2022
(1) Couleur

Janvier 2015 : Le procès – Yannick Haenel et François Boucq

 Charlie Hebdo / Les Échappés – janvier 2021 – 216 pages

Quatrième de couverture :
Pour rendre compte de ce procès unique, l’écrivain Yannick Haenel et le dessinateur François Boucq ont été les oreilles et les yeux de Charlie Hebdo.
Le procès des attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo, une policière municipale de Montrouge et le magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris, s’est ouvert le 2 septembre et aura duré près de deux mois et demi.
Historique par son ampleur, ce procès, qui juge des présumés complices d’attentats islamistes, aura rouvert la question de l’islamisme et de son imprégnation dans la société française.

Auteurs : Né en à Rennes, Yannick Haenel est un écrivain français, cofondateur de la revue Ligne de risque. Professeur de français jusqu’en 2005, il a publié plusieurs romans, dont « Introduction à la mort française » (2001) et « Évoluer parmi les avalanches » (2003), un essai sur les tapisseries de La Dame à la licorne : « À mon seul désir » (2005). En 2007, Yannick Haenel publie « Cercle », roman qui a reçoit le prix Décembre et le prix Roger Nimier. En 2009, il reçoit le prix Interallié et le prix du roman Fnac pour « Jan Karski ».
Boucq, de son vrai nom François Boucq, est un auteur de bande dessinée français né à Lille en 1954. Il a reçu en 1998 le grand prix de la ville d’Angoulême, qui récompense l’ensemble de sa carrière. 

Mon avis : (lu en août 2021)
Entre septembre et novembre 2015, l’écrivain Yannick Haenel et le dessinateur François Boucq ont suivi pour Charlie Hebdo chaque instant du procès des attentats de Janvier 2015. Durant plus de deux mois et demi, soit 54 jours d’audience parfois chaotiques mais nécessaires pour tenter de comprendre et de raconter un traumatisme toujours présent cinq ans après.
Ce récit graphique, qui rassemble mots et dessins, nous parle de justice, d’art et de liberté d’expression. Ce hors­ série de Charlie Hebdo compile la cinquantaine de chroniques publiées chaque matin sur le site de l’hebdo­madaire.
D’un côté ce procès donne la parole
aux victimes et à leurs familles, des témoignages bouleversants et plein de dignité. De l’autre côté, des accusés, souvent des petits trafiquants arrogants, bêtes qui ne cherchent qu’à minimiser leurs rôles… Un témoignage très fort pour ne pas oublier.

Extrait :

   

 

 

{ Je chemine avec… } Gilles Clément

Lu en partenariat avec les éditions Seuil et Babelio

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Entretiens menés par Sophie Lhuillier

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Quatrième de couverture :
Qui suis-je ? Si je le savais, cela réglerait un certain nombre de questions que je continue à me poser ! Mais heureusement, j’ai commencé par refuser d’être celui que l’on voulait que je sois. J’ai renoncé très jeune à rentrer dans une catégorie, case, obligation, ou bienséance. Finalement, j’ai exploré deux pistes : l’émerveillement, lorsqu’on observe les insectes on est dans l’étonnement, et le faire, parce que fabriquer de ses mains m’a toujours paru très important. »
Gilles Clément a vécu son enfance entre la Creuse et Oran, où s’est ancré son goût du voyage et de l’observation. Jardinier, paysagiste, botaniste, entomologiste, enseignant et écrivain, il n’a qu’une passion : le vivant ! Il est à l’origine de nombreux sites (privés et publics, en France et dans le monde) : le jardin de l’Arche de la Défense (Paris), le parc Matisse (Lille), le Domaine du Rayol (Var). Il en a dégagé certains concepts florissants (le Jardin en Mouvement, le Jardin Planétaire et le Tiers-Paysage) sur un principe de base : « Faire le plus possible avec, le moins possible contre » la nature, les énergies, la vie.

Auteur : Gilles Clément est né en 1943. Il a vécu son enfance entre la Creuse et Oran où s’est ancré son goût du voyage. Jardinier, paysagiste, botaniste, entomologiste, enseignant et écrivain, il n’a qu’une passion : le vivant ! Au cours de sa pratique des jardins – il est à l’origine de nombreux sites (privés et publics) : parc André Citoën, avec A. Provost (Paris), parc Matisse (Lille), Domaine du Rayol (Var), etc. –, il a dégagé certains concepts florissants (le Jardin en mouvement, le Jardin planétaire et le Tiers paysage) sur un principe de base :  » Faire le plus possible avec, le moins possible contre [la nature, les énergies, la vie] « .

Mon avis : (lu en septembre 2021)
Fin août, j’ai accepté de recevoir 3 livres de la nouvelle collection { Je chemine avec… }, c’est l’occasion de découvrir des parcours de vie de personnalités très variées afin d’inspirer au plus grand nombre de jeunes ou de moins jeunes l’envie de croire à son avenir.
Voici le deuxième livre, interview de Gilles Clément, jardinier, paysagiste, botaniste, entomologiste, enseignant et écrivain, que je ne connaissais pas du tout… Passionné par le vivant, son parcours et son expérience m’ont beaucoup intéressée. Il a beaucoup voyagé, observé et dessiné le vivant : plantes, animaux, insectes sans oublier l’homme… Très tôt il a compris l’interaction entre tous ses acteurs dans la nature. Il a toujours eu l’envie d’apprendre et de transmettre, d’expérimenter… Il a développé plusieurs concepts de jardins comme le Jardin en mouvement, le Jardin planétaire et le Tiers paysage.
Un livre tout à fait dans l’actualité et plutôt facile à lire, les passages plus scientifiques ne sont pas nombreux et ne m’ont pas dérangée.
Merci à Babelio et aux éditions du Seuil pour cette découverte et me reste à découvrir dans la même collection { Je chemine avec… } Angélique Kidjo.

Extrait : (début du livre)
Cher Gilles, qui estu ?

Si je le savais, cela réglerait un certain nombre de questions que je continue à me poser !
Heureusement, j’ai commencé par refuser d’être celui que l’on voulait que je sois. J’ai renoncé très jeune à rentrer dans une catégorie, case, obligation, ou bienséance. J’ai été élevé dans une famille bourgeoise – à l’époque, je ne savais même pas ce que cela voulait dire. On attendait de moi que je sois médecin ou avocat, ou chirurgien, ou banquier peut-être… Pourtant, chaque fois qu’il m’arrivait de croiser quelqu’un de plus âgé qui faisait l’un de ces métiers, je trouvais qu’il n’avait pas l’air heureux. Je ne voulais pas lui ressembler, ça ne me disait rien !
Mais je n’arrivais pas à savoir ce que je voulais. Un beau jour, je suis tombé sur la phrase de Socrate qui disait : « Connais-toi toi-même. » Ça m’a beaucoup plu. Sauf que « connais-toi toi-même », ce n’est pas si simple ! Si jeune, on ne se connaît pas, on n’a pas l’expérience, enfin surtout les garçons. Les filles, c’est ce que j’ai découvert plus tard en tant que professeur, semblent plus rapides pour accéder à une certaine autonomie, à une possibilité de prendre des décisions. Elles trouvent probablement plus vite que les garçons le métier ou le rôle qu’elles veulent jouer dans la société. Elles accèdent en général plus rapidement à cette « prise de conscience de qui l’on est ».
Donc, j’ai pédalé dans la semoule pendant un bon moment. Je menais mes expériences en solitaire. Je ramassais des bouts de cuir dans les poubelles des rues de Paris pour faire de la reliure. Et je récoltais énormément d’insectes : c’est ce qui m’intéressait le plus. Avec le peu d’argent de poche que me donnaient mes parents chaque semaine, j’ai acheté une boîte de peinture à l’huile et des livres d’entomologie. Les adultes me regardaient comme un ovni, mais ils me laissaient faire.
Finalement, j’ai exploré deux pistes : l’émerveillement, lorsqu’on observe les insectes on est dans l’étonnement, et le faire, parce que fabriquer de ses mains m’a toujours paru très important. Aujourd’hui, je peux dire ce que j’ai réalisé. Mais dire exactement qui je suis, je trouve que ce n’est pas facile.

Petit Bac 2021
(7) Adjectif

 

{ Je chemine avec… } Nancy Huston

Lu en partenariat avec les éditions Seuil et Babelio

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Entretiens menés par Sophie Lhuillier

146127_couverture_Hres_0 Seuil – septembre 2021 – 144 pages

Quatrième de couverture :
« Je pourrais naturellement dire “je suis écrivaine”, ou “canadienne”, ou “française” ou “femme”, ou “vieille femme”, “du XXe siècle”, “athée”, je peux dégoter plein d’adjectifs ou de substantifs qui correspondent à ce que les gens considèrent comme une “identité”, mais je suis quelqu’un de très circonspect à l’égard de l’Identité. Alors j’aime répondre : “je suis mon chemin”, à la fois suivre et être, bien sûr. En fait nous sommes tous notre chemin, bien plus que nous ne le croyons ! Il se trouve que le mien a été multiple, avec des bifurcations, des tournants, des zigzags et des imprévus ; il m’a menée dans des endroits très différents. Par conséquent je suis plusieurs, et quand on est plusieurs ça ajoute un “mais” à toutes les identités. »
Nancy Huston ne serait peut-être jamais devenue l’écrivaine prolifique que nous connaissons si elle n’avait pas vécu ce « cadeau en mal » de la vie, à 6 ans, lorsque sa mère a quitté le foyer en laissant derrière elle ses trois enfants. À dater de cette rupture, la petite Nancy s’est réfugiée dans la compagnie de voix que l’on retrouve dans les personnages de ses romans. Née au Canada, elle s’installe en France à l’âge de 20 ans, côtoie de grands intellectuels et publie ses premiers textes dans les revues féministes des années 1970, avant de s’ouvrir à toutes formes d’écriture : romans et essais, théâtre et livres jeunesse. Régulièrement primés, ses livres explorent avec finesse l’exil, la famille, le nihilisme, l’identité multiple et, surtout, les liens complexes qui unissent drames intimes et grande histoire.

Auteur : Née à Calgary au Canada, elle s’installe en France lors de ses études, où elle côtoie rapidement les intellectuels, dont Roland Barthes (qui supervise son mémoire sur les jurons à l’EHESS) et Tzvetan Todorov (à qui elle sera mariée pendant plus de trente ans). Elle collabore avec bonheur et frénésie aux revues féministes des années 1970, publie un premier essai avant-gardiste, Jouer au papa et à l’amant, en 1979, avant de devenir romancière. Régulièrement primés, ses romans explorent les liens unissant histoires individuelles et grande histoire, notamment les drames transmis entre générations.

Mon avis : (lu en septembre 2021)
Fin août, j’ai accepté de recevoir 3 livres de la nouvelle collection { Je chemine avec… }, c’est l’occasion de découvrir des parcours de vie de personnalités très variées afin d’inspirer au plus grand nombre de jeunes ou de moins jeunes l’envie de croire à son avenir.
Voici le premier livre autour de la femme de lettre franco-canadienne Nancy Huston. J’ai eu l’occasion de la rencontrer lors d’un salon du livre et de lire son roman
Lignes de faille et L’empreinte de l’ange.
Ce livre m’a permis de mieux connaître Nancy Huston et de comprendre pourquoi elle est devenue écrivain. Elle revient sur son enfance à Calgary au Canada, avec le départ de sa maman alors que Nancy avait six ans. Ensuite, le lecteur découvre son « parcours sinueux » avec ses études aux États-Unis, puis son année d’études en France et finalement son installation à Paris. Elle est très tôt
féministe puis poussée par ses enfants elle s’intéresse à l’écologie. Durant toute sa vie, Nancy Huston aura été une humaniste.
Pour ses romans, elle utilise la technique de double écriture : elle écrit en français ou en anglais puis traduit son manuscrit dans l’autre langue pour corriger l’original. Ses essais et articles sont écrits uniquement en français.
Un petit livre très intéressant et plutôt facile à lire.
Merci à Babelio et aux éditions du Seuil pour cette découverte (multipliée par 3, car j’ai encore à lire 2 autres livres de la même collection…)

Extrait : (début du livre)
Chère Nancy, qui es-tu ?

Je pourrais naturellement répondre « je suis écrivaine », ou « canadienne », ou « française » ou « femme », ou « vieille femme », etc., « du XXe siècle », « athée », je peux dégoter plein d’adjectifs ou de substantifs qui correspondent à ce que les gens considèrent comme une « identité », mais je suis quelqu’un de très circonspect à l’égard de l’Identité.
Alors j’aime répondre : « je suis mon chemin », à la fois suivre etêtre, bien sûr. En fait nous sommes tous notre chemin, bien plus que nous ne le croyons ! Il se trouve que le mien a été multiple, avec des bifurcations, des tournants, des zigzags et des imprévus ; il m’a amenée dans des endroits très différents. Par conséquent je suis plusieurs, et quand on est plusieurs ça ajoute un « mais » à toutes les identités.
Par mes origines je suis une cow-girl. Je suis à l’aise dans les santiags et dans cette attitude d’insolence à la Calamity Jane, le genre de fille qui saute a cru sur un mustang en poussant un grand cri [elle crie] Yip-yip-yippee ! avant de partir galoper à travers champs. Le « mais », c’est que je suis allergique aux chevaux. Mais il est certain que j’ai un côté westerneuse, un côté « pas peur, pas froid aux yeux » qui me vient, sans aucun doute possible, de mes origines dans l’ouest du Canada. Les femmes des pionniers se retroussaient les manches ; elles ne rechignaient pas à faire des travaux durs. Je suis très musclée ! J’ai peut-être l’air frêle, comme ça, mais c’est une illusion : en fait je suis forte.
On ne sait pas forcément que les chansons country sont proches des chants irlandais ; je me sens profondément irlandaise aussi. Le nom Huston vient de la côte ouest de l’Irlande du Sud, c’est de là qu’a immigré mon arrière-grand-père paternel au milieu du XIXe siècle. Je raffole de la musique et de la poésie irlandaises, et revendique volontiers l’identité culturelle de ce pays… Le « mais » : c’est largement reconstruit par mon imaginaire.
Dernière identité forte, très importante pour moi, la Berrichonne – nous en parlerons sûrement : je me sens berrichonne. Le « mais », c’est que c’est un pays que j’ai découvert à l’âge de 20 ans, et où je n’ai jamais réellement habité.
Les gens ont besoin de fierté. Ils disent : « Être français (ou américain, ou catholique, ou juif, ou musulman, etc.), c’est bien, or il se trouve que c’est ce que je suis ! » C’est d’une naïveté touchante. « Je suis française, et c’est bien d’être français ! » Moi je n’ai jamais pu construire ce type de fierté car, depuis l’enfance, mes différentes identités ont toutes été remises en doute ou fracassées. Pas toujours de façon violente ni désagréable, d’ailleurs, mais cela explique ma circonspection à l’égard de l’Identité ! C’est une des raisons pour lesquelles je suis romancière. Écrire des romans me permet de me glisser dans la peau des autres. Je crois que c’est ce qui me caractérise le plus profondément : je suis désireuse (et capable) de voir le monde de plusieurs points de vue, et de relativiser l’un par l’autre.
Pour commencer, je suis née dans un pays neuf. Le Canada n’a que quelques petits siècles d’âge. Au début du XXe siècle, mon Alberta natal n’était même pas encore une province, il faisait partie des Territoires du Nord-Ouest. Ayant vécu en Europe, ce « Vieux Monde » qui se perçoit comme un ensemble depuis mille ans, ayant voyagé en Inde ou en Chine, dont la culture remonte à plus de trois millénaires, je suis consciente de l’identité canadienne comme d’une fiction récemment concoctée, qui s’est « durcie » en identité à travers des actes de violence coloniale.

Déjà lu du même auteur :

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Petit Bac 2021
(6) Voyage

Le dictionnaire de ma vie – Charlotte de Turckheim

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71G7fgXRu5S Kero – mai 2021 – 216 pages

Quatrième de couverture :
Afghanistan Bricolage Coluche Drogue Équitation Féminisme Gourmande Mes Hommes Inquiétudes J’adore les Alpilles Kilos… en trop ! Libre ? Multipotentiel Nos tabous Oser le rire Mes Philippines Qu’ils m’inspirent ! Rebelle
Sexualité Thérapie(s) Ushuaia Voyages Wow, mes filles X-clusion Y’a de la joie ! Zaman

Charlotte de Turckheim est une femme aux multiples facettes, sensible, proche des autres, curieuse de tout. Mais il existe aussi une Charlotte de Turckheim méconnue, indépendante, rebelle, engagée. L’actrice raconte des aspects de sa vie et de sa personnalité dont elle a peu parlé jusqu’à présent : les hommes, ses multiples thérapies, son combat entre gourmandise et minceur, l’orphelinat qu’elle a créé aux Philippines, ses rencontres déterminantes avec Coluche ou avec Zaman, son mari.

Auteure : Charlotte de Turckheim, est une actrice, réalisatrice et humoriste française.
Issue d’une famille de nobles alsaciens protestants, elle se rebelle vite et refuse après son bac de suivre des études de droit pour faire du théâtre et entame des études de théâtre qui lui permettent de connaitre une carrière cinématographique. En 1981, elle joue dans « Le Maitre d’école » grâce à Coluche. Très vite, l’actrice se spécialise dans le comique et interprète des rôles cocasses dans « Les Sous-doués en vacances » ou « Chouans ». En 1999, Charlotte de Turckheim passe derrière la caméra et dirige Victoria Abril et Alain Bashung pour le film « Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs » qui remporte un franc succès. Humaine et sensible, elle est très impliquée dans la cause pour soutenir les soldats français déployés sur le sol afghan.

Mon avis : (lu en juillet 2021)
Un dictionnaire que j’ai lu avec beaucoup de plaisir et qui m’a permis de mieux découvrir Charlotte de Turckheim. Je connaissais bien sûr l’actrice, l’humoriste et la réalisatrice et j’ai toujours aimé son tempérament de bonne vivante, son autodérision, ses mots pour rire… Elle s’était déjà un peu dévoilée lors de l’émission « Rendez-vous en Terre Inconnue » chez les Nénetses en Sibérie. Malgré des conditions extrêmes, elle avait su garder son sourire et sa bonne humeur et sa soif de découvrir la vie de ses hôtes n’était pas feinte.
Avec ce dictionnaire, et ses entrées originales et parfois inattendues (Afghanistan Bricolage Coluche Drogue Équitation Féminisme Gourmande Mes Hommes Inquiétudes J’adore les Alpilles Kilos… en trop ! Libre ? Multipotentiel Nos tabous Oser le rire Mes Philippines Qu’ils m’inspirent ! Rebelle
Sexualité Thérapie(s) Ushuaia Voyages Wow, mes filles X-clusion Y’a de la joie ! Zaman
) Charlotte raconte le personnage multiple qu’elle est : son féminisme, sa générosité, ses engagements, son avidité à apprendre et à comprendre, ses complexes… Elle n’a jamais caché ses origines nobles mais elle raconte que sa famille était totalement fauchée, qu’après avoir éduqué ses enfants avec de grands principes, son père était parti du jour au lendemain avec sa maîtresse, laissant sans ressources son épouse et ses enfants. Le lecteur découvre son goût pour le bricolage, la couture et plus récemment la permaculture. Elle raconte sa rencontre avec Coluche et comment celui-ci l’a aidé à se faire connaître comme actrice. Lors du film « Les Chouans » de Philippe de Broca, Charlotte découvre l’équitation qui est devenue une passion, elle aime voyager. Elle parle de ses régimes, de ses multiples thérapies, de ses peurs… J’ai découvert son engagement humanitaire aux Philippines, son érudition sur les Alakalufs, un peuple autochtone qui vivait autrefois près d’Ushuaia, dans les canaux de Patagonie… Et bien sûr, elle parle de ses trois filles et de Zaman, son mari.
Charlotte de Turckheim est une femme d’action, généreuse, pleine d’enthousiasme qui se raconte avec humour, humilité et beaucoup de sensibilité. J’ai vraiment beaucoup aimé cette belle et touchante rencontre !

Extrait : (début du livre)
« Et si j’écrivais un livre sur toi ?
— Sur moi ? Mais pourquoi ?
— Parce que tu es inspirante. Parce que la femme que je connais est tellement plus complexe que la femme publique. Parce que tu es puissante, généreuse, courageuse et en même temps fragile, délicate, émotive. Parce que tu es curieuse de tout, entrepreneuse autant qu’artiste, grande gueule autant que pudique, bulldozer autant que sensible. Parce que tu te positionnes toujours là où on ne t’attend pas. Tellement discrète que le public est loin d’imaginer qui se cache derrière la façade de l’aristo mère de famille rigolote et bonne vivante.
— Mais tu crois vraiment que c’est intéressant ?
— Je n’ai aucun doute. »
Convaincre Charlotte n’a pas été facile. Artiste populaire, elle aime donner à son public ce qu’il recherche en allant voir ses spectacles ou ses films : de l’humour, du rire, du divertissement. Comme beaucoup d’humoristes, Charlotte a l’art de transformer des blessures personnelles ou des sujets graves en sketches capables de faire rire une salle entière. Elle n’est pas du genre à aborder les difficultés de la vie avec sérieux, mais plutôt à en prendre le contre-pied en affirmant : « Je ne “pléonasme” pas ! »
Dans les vingt-six chapitres qui constituent ce livre, Charlotte ne cherche pas à faire rire. Elle se montre telle qu’elle est : pudique, modeste, sincère.

Nous nous sommes connues à l’âge de 9 ans. Nos parents étaient amis avant que nous ne le devenions et habitaient dans le 16e, à Paris. Quand nous nous sommes retrouvées toutes les deux dans la petite école chic du quartier, nous nous sommes tout de suite rapprochées. Deux vilains petits canards perdus dans un océan de jupes plissées bleu marine, de cols Claudine, de socquettes blanches, de sages serre-tête, le tout pétri d’une éducation ultra conventionnelle.
Pourtant, de l’extérieur, nos deux familles s’intégraient parfaitement dans le décor. Hôtel particulier avec jardin pour Charlotte, grand appartement bourgeois près de la porte Dauphine pour moi. Mais une fois la porte franchie, la jolie façade s’effritait et dévoilait la réalité de notre quotidien. Du côté de Charlotte, une famille nombreuse et fauchée, où elle grandissait livrée à elle-même ; du mien, une enfance solitaire de fille unique, entre un père journaliste, écrivain et séducteur et une mère artiste qui vivait à fond les Swinging Sixties aidée par toutes les substances qu’elle prodiguait généreusement à son entourage.
Charlotte adorait venir chez moi, où débarquaient sans cesse des artistes venus des quatre coins de la planète, et se nourrissait de ce qu’elle voyait et entendait. Moi, je découvrais chez elle l’ambiance chaleureuse d’une famille réunie quotidiennement autour de vrais repas, moments merveilleusement exotiques pour la petite fille esseulée que j’étais.

Petit Bac 2021
(6) Objet

Les Discrètes paroles de Bretonnes… – Anne Lecourt

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Ouest-France – septembre 2019 – 285 pages

Ouest-France – 22 septembre 2017 – 256 pages

Quatrième de couverture :
Des histoires de femmes. Un recueil de confidences. Quinze voix sorties de l’ombre que l’auteure s’est efforcée d’accompagner le mieux possible. Des voix précieuses et chères, celles de nos mères, de nos grands-mères. Une parole silencieuse, qui se livre pour la première fois, et qui, entre rires et larmes, raconte la vie ordinaire des femmes dans cette Bretagne d’alors. Du côté de Loudéac, de Rennes, de Lorient, de Gourin, de Brest, de Quimper, de Tréguier et de Nantes. Il y a celle qui conduit le camion, celle qui travaille à la chaîne, celle qui s’embarque pour le Maroc, celle qui baragouine à New York. Il y a l’étrangère – la Normande -, la femme de marin, la danseuse du dimanche, la syndicaliste, la petite vendeuse du Bon Marché, la cheftaine et la patronne de bistro. Aucune ne se résigne à une place choisie par d’autres, toutes, sans jamais rompre avec la tradition, inventent leur vie, contournent les obstacles, bousculent les conventions. Et les hommes.

Auteure : Anne Lecourt vit et travaille à Pleumeleuc. Traductrice de métier, elle s’intéresse tout spécialement aux question de patrimoine et d’identité bretonne et participe activement à la vie associative, littéraire et musicale de la communauté de Montfort-sur-Meu depuis une dizaine d’années. Elle a publié un premier ouvrage local intitulé « Elles qui disent », dont les contenus pour l’essentiel sont repris ici.

Mon avis : (lu en janvier 2021)
Anne Lecourt, l’auteure, est allée à la rencontre de 15 femmes pour qu’elles témoignent sur leur condition de femmes. Elle nous fait donc une série de portraits de quinze femmes de conditions modestes, avec des vies ordinaires, qui sont originaires essentiellement d’Ille-et-Vilaine mais également du Trégor, de Cornouaille, du Léon, de Nantes… Élevées à la dure, elles ont entre quinze et vingt ans à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, elles n’ont pas choisi leur avenir, elles ont souvent été obligées d’arrêter les études pour travailler, pour s’occuper de leur famille, leurs destins ont été dictés par la tradition, les circonstances familiales, économiques…
Albertine, Françoise, Clémentine, Suzanne, Madeleine, Anne, Marie, Paule, Monique, Agnès, Marcelle, Yvette, Janet, Elisa et Roberte se sont forgées de solide personnalité, elles se racontent dans leur vie, en famille, dans le travail de la terre, de la mer ou à l’usine, leur rapport avec le syndicalisme, l’école et l’église et parfois leur exil hors de la Bretagne…
C’est instructif et très intéressant de découvrir une époque et la condition de la femme, à travers ses parcours de vie et les combats menés pour faire évoluer les choses pour les générations futures. Même si elles n’avaient pas choisi leur destin, ces femmes ont su le prendre en main et s’affirmer chacune à leur façon.

Extrait : (début du livre)
Guetter le tout premier frémissement. Apprendre la patience, saisir l’instant, encourager d’un regard. Observer, retenir. Laisser venir. Un voile dans la voix, la crispation d’une lèvre, l’irritation d’une tasse vite reposée, une bouche qui se cache pour sourire, l’ébauche d’un geste, une main, qui corrige, qui écarte, ou qui retombe, sans rien livrer. Je me suis beaucoup attachée aux mains. Parce que le regard ne tient pas en place et qu’il sait aussi promener son monde là où il veut, tandis qu’une main s’abandonne, se laisse déchiffrer plus volontiers. Elles n’étaient plus de première jeunesse ces mains, toutes pareillement polies et tavelées, où les veines saillantes comme des chemins de vie m’évoquaient à l’envers nos chemins de terre creux, reliques d’un monde ancien et cloisonné, tout en force et en mots empesés, décliné à contretemps du temps aujourd’hui à l’œuvre. Des mains emportées et volubiles, des mains habituées à se faire obéir ou, au contraire, depuis toujours résignées à se taire, des mains sages comme des images, croisées, enfantines, sur la toile cirée, dociles comme le vieux chien sous la table, des mains agacées d’un rien, passant et repassant là où le propos démange. Soudain une ombre. Celle du souvenir, de la perte, du regret.

Petit Bac 2021
(1) Adjectif