B.A.-BA. La vie sans savoir lire – Bertrand Guillot

51u6VHoFogL Rue Fromentin – janvier 2011 – 224 pages

Quatrième de couverture :
En 2008, Bertrand Guillot pousse la porte d’un cours d’alphabétisation pour adultes, dans le 20e arrondissement de Paris. Il s’apprête à donner son premier cours. Sa motivation est la même que celle de milliers de bénévoles en France : se rendre utile et abandonner les oeillères du quotidien. Ecrit à la première personne, rythmé par des chapitres courts, B a-ba a tout d’un récit d’aventure. Celle d’un « professeur » débutant, tout d’abord. L’auteur est poussé dans le grand bain sans méthode, ni conseils. Après tout, il sait lire, non ? B + A = ba ? Pas si simple. Le costume de « professeur » taille soudain grand face à des « élèves » qui ont bien souvent vécu mille vies et Guillot prend soudain conscience de l’ampleur de la tâche. Le plus sage serait sans doute d’abandonner sur le champ. Il y pense. Pourtant… Sans vraiment se l’expliquer, il va poursuivre ses cours (il en donne toujours aujourd’hui) et vivre un an avec ses élèves, au rythme des joies et des désillusions. Une année dont il a tiré un livre : B a -ba.
Cette force de volonté anime le livre. B a-ba n’est jamais larmoyant ou accusateur. Les cours sont l’occasion de dialogues drôles. Les situations sont vues avec un regard réaliste, jamais simplificateur, qui évoque parfois Entre les murs.
Car B a-ba est avant tout le récit d’une aventure humaine. La majorité des élèves travaillent, sans papiers, en France. Au fil des cours, l’auteur découvre leurs destins. Chômage, identité nationale, intégration… c’est l’actualité du pays qui défile avec un éclairage nouveau : celui d’hommes et de femmes qui pensent que tout peut changer s’ils apprennent à lire et à écrire.

Auteur : Bertrand Guillot, 35 ans, s’est retrouvé un beau jour avec le diplôme d’HEC en poche. Il en fut le premier surpris, décida de laisser le prestigieux papier prendre la poussière et se détourna de la voie tracée. Devenu journaliste, il publie son premier roman en 2007, Hors jeu (Le Dilettante), qui est sorti en poche cet été chez J’ai Lu. Après l’écriture de plusieurs scénarios, Bertrand Guillot a écrit aujourd’hui B.a- ba, consacré à son expérience dans l’alphabétisation pour adulte, aux éditions rue Fromentin. Il poursuit son activité de journaliste tout en continuant à donner des cours d’alphabétisation dans le 19e arrondissement de Paris.

Mon avis : (lu en octobre 2017)
Comme notre langue est difficile à apprendre pour un étranger !
L’auteur nous raconte son expérience de professeur bénévole d’alphabétisation dans une association. Il donne un cours un soir par semaine, il n’a pas été formé, on lui a donné quelques conseils, quelques exercices à faire faire. Nous suivons au jour le jour les progrès ou les désillusions des élèves et du professeur qui s’adapte à son public, aux difficultés rencontrées…
Il nous raconte la vie de ses élèves qui ont des histoires plus émouvantes les unes que les autres. Il critique les méthodes et teste par lui même la syllabique et la globale… Il y a l’apprentissage de la lecture mais également de l’écriture… Et ce n’est pas simple pour des élèves qui n’ont jamais été à l’école même enfant…
Voilà un livre d’une grande sensibilité, les pages sont à la fois pleines d’humour et d’humanité. A lire sans hésiter !

Extrait : (page 50)
Ladi se lance d’un ton hésitant : « J’aime le café. » Hamdoulillah. Qu’il essaie donc de l’écrire, maintenant.
– Mais… Je peux pas.
– Pourquoi ?
Il dit qu’il n’y arrivera jamais, les deux autres opinent, « On n’a que un mois de cours », dit Nabil. Bien sûr, je suis conscient de la difficulté extrême de l’exercice – comme un élève de latin qui passerait soudain de la version au thème. Mais mon petit doigt est sûr de lui. Le Grand Pédagogue est en retrait, il attend de voir. Je les rassure, leur dis qu’on se fout de l’orthographe (de quoi ?), qu’il s’agit simplement d’écrire les sons qu’ils entendent – au moins d’essayer, je suis avec eux pour y arriver.
Je ne sais pas lequel de ces mots a résonné dans l’esprit de Ladi, mais le voilà finalement qui jette son stylo sur la feuille.
Gm le kf
Yo ! Je renvoie à plus tard l’explication du « J’ », puis lettre après lettre nous faisons naître la phrase. Nabil a assisté à l’événement, il est prêt maintenant, en équipe avec Cheikhou.
G ve di t
Me voici de nouveau en prise avec le cerveau de chacun. Découverte étonnante : Nabil ne sait pas plus lire que Ladi, et pourtant tous deux semblent avoir la pensée structurés en arabe : ils voient les consonnes, oublient les voyelles.
Je tente une autre phrase avec Ladi, heureux de voir qu’il s’accroche, les traits fatigués mais l’œil rallumé, comme s’il venait de prendre soudain conscience d’une lointaine possibilité.
Pendant ce temps, sur la table d’à côté, Nabil et Cheikhou sont en plein débat sur la manière d’écrire « Bonjour ».
BNOGOU.
Certes.

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