{ Je chemine avec… } Nancy Huston

Lu en partenariat avec les éditions Seuil et Babelio

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Entretiens menés par Sophie Lhuillier

146127_couverture_Hres_0 Seuil – septembre 2021 – 144 pages

Quatrième de couverture :
« Je pourrais naturellement dire “je suis écrivaine”, ou “canadienne”, ou “française” ou “femme”, ou “vieille femme”, “du XXe siècle”, “athée”, je peux dégoter plein d’adjectifs ou de substantifs qui correspondent à ce que les gens considèrent comme une “identité”, mais je suis quelqu’un de très circonspect à l’égard de l’Identité. Alors j’aime répondre : “je suis mon chemin”, à la fois suivre et être, bien sûr. En fait nous sommes tous notre chemin, bien plus que nous ne le croyons ! Il se trouve que le mien a été multiple, avec des bifurcations, des tournants, des zigzags et des imprévus ; il m’a menée dans des endroits très différents. Par conséquent je suis plusieurs, et quand on est plusieurs ça ajoute un “mais” à toutes les identités. »
Nancy Huston ne serait peut-être jamais devenue l’écrivaine prolifique que nous connaissons si elle n’avait pas vécu ce « cadeau en mal » de la vie, à 6 ans, lorsque sa mère a quitté le foyer en laissant derrière elle ses trois enfants. À dater de cette rupture, la petite Nancy s’est réfugiée dans la compagnie de voix que l’on retrouve dans les personnages de ses romans. Née au Canada, elle s’installe en France à l’âge de 20 ans, côtoie de grands intellectuels et publie ses premiers textes dans les revues féministes des années 1970, avant de s’ouvrir à toutes formes d’écriture : romans et essais, théâtre et livres jeunesse. Régulièrement primés, ses livres explorent avec finesse l’exil, la famille, le nihilisme, l’identité multiple et, surtout, les liens complexes qui unissent drames intimes et grande histoire.

Auteur : Née à Calgary au Canada, elle s’installe en France lors de ses études, où elle côtoie rapidement les intellectuels, dont Roland Barthes (qui supervise son mémoire sur les jurons à l’EHESS) et Tzvetan Todorov (à qui elle sera mariée pendant plus de trente ans). Elle collabore avec bonheur et frénésie aux revues féministes des années 1970, publie un premier essai avant-gardiste, Jouer au papa et à l’amant, en 1979, avant de devenir romancière. Régulièrement primés, ses romans explorent les liens unissant histoires individuelles et grande histoire, notamment les drames transmis entre générations.

Mon avis : (lu en septembre 2021)
Fin août, j’ai accepté de recevoir 3 livres de la nouvelle collection { Je chemine avec… }, c’est l’occasion de découvrir des parcours de vie de personnalités très variées afin d’inspirer au plus grand nombre de jeunes ou de moins jeunes l’envie de croire à son avenir.
Voici le premier livre autour de la femme de lettre franco-canadienne Nancy Huston. J’ai eu l’occasion de la rencontrer lors d’un salon du livre et de lire son roman
Lignes de faille et L’empreinte de l’ange.
Ce livre m’a permis de mieux connaître Nancy Huston et de comprendre pourquoi elle est devenue écrivain. Elle revient sur son enfance à Calgary au Canada, avec le départ de sa maman alors que Nancy avait six ans. Ensuite, le lecteur découvre son « parcours sinueux » avec ses études aux États-Unis, puis son année d’études en France et finalement son installation à Paris. Elle est très tôt
féministe puis poussée par ses enfants elle s’intéresse à l’écologie. Durant toute sa vie, Nancy Huston aura été une humaniste.
Pour ses romans, elle utilise la technique de double écriture : elle écrit en français ou en anglais puis traduit son manuscrit dans l’autre langue pour corriger l’original. Ses essais et articles sont écrits uniquement en français.
Un petit livre très intéressant et plutôt facile à lire.
Merci à Babelio et aux éditions du Seuil pour cette découverte (multipliée par 3, car j’ai encore à lire 2 autres livres de la même collection…)

Extrait : (début du livre)
Chère Nancy, qui es-tu ?

Je pourrais naturellement répondre « je suis écrivaine », ou « canadienne », ou « française » ou « femme », ou « vieille femme », etc., « du XXe siècle », « athée », je peux dégoter plein d’adjectifs ou de substantifs qui correspondent à ce que les gens considèrent comme une « identité », mais je suis quelqu’un de très circonspect à l’égard de l’Identité.
Alors j’aime répondre : « je suis mon chemin », à la fois suivre etêtre, bien sûr. En fait nous sommes tous notre chemin, bien plus que nous ne le croyons ! Il se trouve que le mien a été multiple, avec des bifurcations, des tournants, des zigzags et des imprévus ; il m’a amenée dans des endroits très différents. Par conséquent je suis plusieurs, et quand on est plusieurs ça ajoute un « mais » à toutes les identités.
Par mes origines je suis une cow-girl. Je suis à l’aise dans les santiags et dans cette attitude d’insolence à la Calamity Jane, le genre de fille qui saute a cru sur un mustang en poussant un grand cri [elle crie] Yip-yip-yippee ! avant de partir galoper à travers champs. Le « mais », c’est que je suis allergique aux chevaux. Mais il est certain que j’ai un côté westerneuse, un côté « pas peur, pas froid aux yeux » qui me vient, sans aucun doute possible, de mes origines dans l’ouest du Canada. Les femmes des pionniers se retroussaient les manches ; elles ne rechignaient pas à faire des travaux durs. Je suis très musclée ! J’ai peut-être l’air frêle, comme ça, mais c’est une illusion : en fait je suis forte.
On ne sait pas forcément que les chansons country sont proches des chants irlandais ; je me sens profondément irlandaise aussi. Le nom Huston vient de la côte ouest de l’Irlande du Sud, c’est de là qu’a immigré mon arrière-grand-père paternel au milieu du XIXe siècle. Je raffole de la musique et de la poésie irlandaises, et revendique volontiers l’identité culturelle de ce pays… Le « mais » : c’est largement reconstruit par mon imaginaire.
Dernière identité forte, très importante pour moi, la Berrichonne – nous en parlerons sûrement : je me sens berrichonne. Le « mais », c’est que c’est un pays que j’ai découvert à l’âge de 20 ans, et où je n’ai jamais réellement habité.
Les gens ont besoin de fierté. Ils disent : « Être français (ou américain, ou catholique, ou juif, ou musulman, etc.), c’est bien, or il se trouve que c’est ce que je suis ! » C’est d’une naïveté touchante. « Je suis française, et c’est bien d’être français ! » Moi je n’ai jamais pu construire ce type de fierté car, depuis l’enfance, mes différentes identités ont toutes été remises en doute ou fracassées. Pas toujours de façon violente ni désagréable, d’ailleurs, mais cela explique ma circonspection à l’égard de l’Identité ! C’est une des raisons pour lesquelles je suis romancière. Écrire des romans me permet de me glisser dans la peau des autres. Je crois que c’est ce qui me caractérise le plus profondément : je suis désireuse (et capable) de voir le monde de plusieurs points de vue, et de relativiser l’un par l’autre.
Pour commencer, je suis née dans un pays neuf. Le Canada n’a que quelques petits siècles d’âge. Au début du XXe siècle, mon Alberta natal n’était même pas encore une province, il faisait partie des Territoires du Nord-Ouest. Ayant vécu en Europe, ce « Vieux Monde » qui se perçoit comme un ensemble depuis mille ans, ayant voyagé en Inde ou en Chine, dont la culture remonte à plus de trois millénaires, je suis consciente de l’identité canadienne comme d’une fiction récemment concoctée, qui s’est « durcie » en identité à travers des actes de violence coloniale.

Déjà lu du même auteur :

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Le dictionnaire de ma vie – Charlotte de Turckheim

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71G7fgXRu5S Kero – mai 2021 – 216 pages

Quatrième de couverture :
Afghanistan Bricolage Coluche Drogue Équitation Féminisme Gourmande Mes Hommes Inquiétudes J’adore les Alpilles Kilos… en trop ! Libre ? Multipotentiel Nos tabous Oser le rire Mes Philippines Qu’ils m’inspirent ! Rebelle
Sexualité Thérapie(s) Ushuaia Voyages Wow, mes filles X-clusion Y’a de la joie ! Zaman

Charlotte de Turckheim est une femme aux multiples facettes, sensible, proche des autres, curieuse de tout. Mais il existe aussi une Charlotte de Turckheim méconnue, indépendante, rebelle, engagée. L’actrice raconte des aspects de sa vie et de sa personnalité dont elle a peu parlé jusqu’à présent : les hommes, ses multiples thérapies, son combat entre gourmandise et minceur, l’orphelinat qu’elle a créé aux Philippines, ses rencontres déterminantes avec Coluche ou avec Zaman, son mari.

Auteure : Charlotte de Turckheim, est une actrice, réalisatrice et humoriste française.
Issue d’une famille de nobles alsaciens protestants, elle se rebelle vite et refuse après son bac de suivre des études de droit pour faire du théâtre et entame des études de théâtre qui lui permettent de connaitre une carrière cinématographique. En 1981, elle joue dans « Le Maitre d’école » grâce à Coluche. Très vite, l’actrice se spécialise dans le comique et interprète des rôles cocasses dans « Les Sous-doués en vacances » ou « Chouans ». En 1999, Charlotte de Turckheim passe derrière la caméra et dirige Victoria Abril et Alain Bashung pour le film « Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs » qui remporte un franc succès. Humaine et sensible, elle est très impliquée dans la cause pour soutenir les soldats français déployés sur le sol afghan.

Mon avis : (lu en juillet 2021)
Un dictionnaire que j’ai lu avec beaucoup de plaisir et qui m’a permis de mieux découvrir Charlotte de Turckheim. Je connaissais bien sûr l’actrice, l’humoriste et la réalisatrice et j’ai toujours aimé son tempérament de bonne vivante, son autodérision, ses mots pour rire… Elle s’était déjà un peu dévoilée lors de l’émission « Rendez-vous en Terre Inconnue » chez les Nénetses en Sibérie. Malgré des conditions extrêmes, elle avait su garder son sourire et sa bonne humeur et sa soif de découvrir la vie de ses hôtes n’était pas feinte.
Avec ce dictionnaire, et ses entrées originales et parfois inattendues (Afghanistan Bricolage Coluche Drogue Équitation Féminisme Gourmande Mes Hommes Inquiétudes J’adore les Alpilles Kilos… en trop ! Libre ? Multipotentiel Nos tabous Oser le rire Mes Philippines Qu’ils m’inspirent ! Rebelle
Sexualité Thérapie(s) Ushuaia Voyages Wow, mes filles X-clusion Y’a de la joie ! Zaman
) Charlotte raconte le personnage multiple qu’elle est : son féminisme, sa générosité, ses engagements, son avidité à apprendre et à comprendre, ses complexes… Elle n’a jamais caché ses origines nobles mais elle raconte que sa famille était totalement fauchée, qu’après avoir éduqué ses enfants avec de grands principes, son père était parti du jour au lendemain avec sa maîtresse, laissant sans ressources son épouse et ses enfants. Le lecteur découvre son goût pour le bricolage, la couture et plus récemment la permaculture. Elle raconte sa rencontre avec Coluche et comment celui-ci l’a aidé à se faire connaître comme actrice. Lors du film « Les Chouans » de Philippe de Broca, Charlotte découvre l’équitation qui est devenue une passion, elle aime voyager. Elle parle de ses régimes, de ses multiples thérapies, de ses peurs… J’ai découvert son engagement humanitaire aux Philippines, son érudition sur les Alakalufs, un peuple autochtone qui vivait autrefois près d’Ushuaia, dans les canaux de Patagonie… Et bien sûr, elle parle de ses trois filles et de Zaman, son mari.
Charlotte de Turckheim est une femme d’action, généreuse, pleine d’enthousiasme qui se raconte avec humour, humilité et beaucoup de sensibilité. J’ai vraiment beaucoup aimé cette belle et touchante rencontre !

Extrait : (début du livre)
« Et si j’écrivais un livre sur toi ?
— Sur moi ? Mais pourquoi ?
— Parce que tu es inspirante. Parce que la femme que je connais est tellement plus complexe que la femme publique. Parce que tu es puissante, généreuse, courageuse et en même temps fragile, délicate, émotive. Parce que tu es curieuse de tout, entrepreneuse autant qu’artiste, grande gueule autant que pudique, bulldozer autant que sensible. Parce que tu te positionnes toujours là où on ne t’attend pas. Tellement discrète que le public est loin d’imaginer qui se cache derrière la façade de l’aristo mère de famille rigolote et bonne vivante.
— Mais tu crois vraiment que c’est intéressant ?
— Je n’ai aucun doute. »
Convaincre Charlotte n’a pas été facile. Artiste populaire, elle aime donner à son public ce qu’il recherche en allant voir ses spectacles ou ses films : de l’humour, du rire, du divertissement. Comme beaucoup d’humoristes, Charlotte a l’art de transformer des blessures personnelles ou des sujets graves en sketches capables de faire rire une salle entière. Elle n’est pas du genre à aborder les difficultés de la vie avec sérieux, mais plutôt à en prendre le contre-pied en affirmant : « Je ne “pléonasme” pas ! »
Dans les vingt-six chapitres qui constituent ce livre, Charlotte ne cherche pas à faire rire. Elle se montre telle qu’elle est : pudique, modeste, sincère.

Nous nous sommes connues à l’âge de 9 ans. Nos parents étaient amis avant que nous ne le devenions et habitaient dans le 16e, à Paris. Quand nous nous sommes retrouvées toutes les deux dans la petite école chic du quartier, nous nous sommes tout de suite rapprochées. Deux vilains petits canards perdus dans un océan de jupes plissées bleu marine, de cols Claudine, de socquettes blanches, de sages serre-tête, le tout pétri d’une éducation ultra conventionnelle.
Pourtant, de l’extérieur, nos deux familles s’intégraient parfaitement dans le décor. Hôtel particulier avec jardin pour Charlotte, grand appartement bourgeois près de la porte Dauphine pour moi. Mais une fois la porte franchie, la jolie façade s’effritait et dévoilait la réalité de notre quotidien. Du côté de Charlotte, une famille nombreuse et fauchée, où elle grandissait livrée à elle-même ; du mien, une enfance solitaire de fille unique, entre un père journaliste, écrivain et séducteur et une mère artiste qui vivait à fond les Swinging Sixties aidée par toutes les substances qu’elle prodiguait généreusement à son entourage.
Charlotte adorait venir chez moi, où débarquaient sans cesse des artistes venus des quatre coins de la planète, et se nourrissait de ce qu’elle voyait et entendait. Moi, je découvrais chez elle l’ambiance chaleureuse d’une famille réunie quotidiennement autour de vrais repas, moments merveilleusement exotiques pour la petite fille esseulée que j’étais.

Petit Bac 2021
(6) Objet

Les Discrètes paroles de Bretonnes… – Anne Lecourt

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Ouest-France – septembre 2019 – 285 pages

Ouest-France – 22 septembre 2017 – 256 pages

Quatrième de couverture :
Des histoires de femmes. Un recueil de confidences. Quinze voix sorties de l’ombre que l’auteure s’est efforcée d’accompagner le mieux possible. Des voix précieuses et chères, celles de nos mères, de nos grands-mères. Une parole silencieuse, qui se livre pour la première fois, et qui, entre rires et larmes, raconte la vie ordinaire des femmes dans cette Bretagne d’alors. Du côté de Loudéac, de Rennes, de Lorient, de Gourin, de Brest, de Quimper, de Tréguier et de Nantes. Il y a celle qui conduit le camion, celle qui travaille à la chaîne, celle qui s’embarque pour le Maroc, celle qui baragouine à New York. Il y a l’étrangère – la Normande -, la femme de marin, la danseuse du dimanche, la syndicaliste, la petite vendeuse du Bon Marché, la cheftaine et la patronne de bistro. Aucune ne se résigne à une place choisie par d’autres, toutes, sans jamais rompre avec la tradition, inventent leur vie, contournent les obstacles, bousculent les conventions. Et les hommes.

Auteure : Anne Lecourt vit et travaille à Pleumeleuc. Traductrice de métier, elle s’intéresse tout spécialement aux question de patrimoine et d’identité bretonne et participe activement à la vie associative, littéraire et musicale de la communauté de Montfort-sur-Meu depuis une dizaine d’années. Elle a publié un premier ouvrage local intitulé « Elles qui disent », dont les contenus pour l’essentiel sont repris ici.

Mon avis : (lu en janvier 2021)
Anne Lecourt, l’auteure, est allée à la rencontre de 15 femmes pour qu’elles témoignent sur leur condition de femmes. Elle nous fait donc une série de portraits de quinze femmes de conditions modestes, avec des vies ordinaires, qui sont originaires essentiellement d’Ille-et-Vilaine mais également du Trégor, de Cornouaille, du Léon, de Nantes… Élevées à la dure, elles ont entre quinze et vingt ans à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, elles n’ont pas choisi leur avenir, elles ont souvent été obligées d’arrêter les études pour travailler, pour s’occuper de leur famille, leurs destins ont été dictés par la tradition, les circonstances familiales, économiques…
Albertine, Françoise, Clémentine, Suzanne, Madeleine, Anne, Marie, Paule, Monique, Agnès, Marcelle, Yvette, Janet, Elisa et Roberte se sont forgées de solide personnalité, elles se racontent dans leur vie, en famille, dans le travail de la terre, de la mer ou à l’usine, leur rapport avec le syndicalisme, l’école et l’église et parfois leur exil hors de la Bretagne…
C’est instructif et très intéressant de découvrir une époque et la condition de la femme, à travers ses parcours de vie et les combats menés pour faire évoluer les choses pour les générations futures. Même si elles n’avaient pas choisi leur destin, ces femmes ont su le prendre en main et s’affirmer chacune à leur façon.

Extrait : (début du livre)
Guetter le tout premier frémissement. Apprendre la patience, saisir l’instant, encourager d’un regard. Observer, retenir. Laisser venir. Un voile dans la voix, la crispation d’une lèvre, l’irritation d’une tasse vite reposée, une bouche qui se cache pour sourire, l’ébauche d’un geste, une main, qui corrige, qui écarte, ou qui retombe, sans rien livrer. Je me suis beaucoup attachée aux mains. Parce que le regard ne tient pas en place et qu’il sait aussi promener son monde là où il veut, tandis qu’une main s’abandonne, se laisse déchiffrer plus volontiers. Elles n’étaient plus de première jeunesse ces mains, toutes pareillement polies et tavelées, où les veines saillantes comme des chemins de vie m’évoquaient à l’envers nos chemins de terre creux, reliques d’un monde ancien et cloisonné, tout en force et en mots empesés, décliné à contretemps du temps aujourd’hui à l’œuvre. Des mains emportées et volubiles, des mains habituées à se faire obéir ou, au contraire, depuis toujours résignées à se taire, des mains sages comme des images, croisées, enfantines, sur la toile cirée, dociles comme le vieux chien sous la table, des mains agacées d’un rien, passant et repassant là où le propos démange. Soudain une ombre. Celle du souvenir, de la perte, du regret.

Petit Bac 2021
(1) Adjectif

Il faut sauver nos insectes ! – Denis Richard, Pierre-Olivier Maquart

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41R4RomHSnL Delachaux – octobre 2020 192 pages
Quatrième de couverture :

Les insectes disparaissent à une vitesse inquiétante ! Ce livre, en dressant le portrait de certains d’entre eux, emblématiques et menacés, est à la fois une alerte mais aussi une sensibilisation à leur préservation en France et en Europe. Il s’agit du groupe le plus important du monde animal. Et pourtant, ces papillons, ces libellules, ces coléoptères, ces abeilles, ces criquets et ces sauterelles sont victimes de la dégradation de leurs milieux. Modification des paysages agricoles, emploi massif et inadapté des pesticides et des engrais azotés, assèchement des zones humides, exploitation forestière intensive… Toutes ces agressions, et d’autres encore, on un point commun : l’action de l’homme. La diminution du nombre et de la diversité des insectes doit nous interroger car de très nombreuses espèces sont de précieux auxiliaires des activités humaines et toutes jouent un rôle essentiel dans le maintien des équilibres écologiques. Il est encore temps d’agir, tant sur le plan individuel que collectif, c’est le message que porte haut et fort ce livre magnifique.

Auteurs : Docteur en pharmacie, Denis Richard a également suivi un double cursus en botanique et chimie des substances naturelles. Depuis toujours passionné par l’entomologie, il fut fondateur du  » Jardin aux Insectes  » de Poitiers en 1998. Journaliste scientifique, traducteur de nombreux ouvrages traitant de la nature ou du jardinage, il est auteur d’une vingtaine de livres dont, aux éditions Delachaux et Niestlé La Vie des coléoptères d’Europe (2020, en collaboration avec Pierre-Olivier Maquart).
Pierre-Olivier Maquart est doctorant à l’université de Stirling (Écosse). Coléoptériste né, il se consacre à l’observation et à la photographie de ces insectes qu’il a observés à l’occasion de voyages en Afrique et en Asie. De ses périples, il a pu rapporter et décrire plusieurs espèces nouvelles. Il travaille actuellement pour l’institut Pasteur de Phnom Penh.

Mon avis : (lu en janvier 2021)
Merci à Babelio et aux éditions Delachaux et Niestlé pour l’envoi de ce livre lors de Masse Critique.
C’est un très beau livre documenté, instructif et très agréable à feuilleter pour s’émerveiller devant de nombreuses photographies d’insectes de toute beauté.
Je me suis toujours intéressée aux insectes que je croisais dans les jardins, les prairies, les potagers, la forêt… A l’époque pas d’internet ou d’appareil numérique pour les collectionner… Nous les observions, les dessinions avant d’aller enquêter dans un dictionnaire ou auprès d’adultes connaisseurs. Nous en capturions également parfois dans des pots de confitures au couvercle percée pour les observer plus longtemps… Je me rappelle de grillons capturés en Normandie puis libérés à Paris dans le Jardin des Poètes, un jardin public proche de l’appartement où j’habitais avec ma famille.

Plus tard, c’est mon fils aîné, passionné par les animaux dont les insectes, que j’ai accompagné dans ses découvertes et il est devenu bien plus savant que moi ! Il peut passer des heures dans un jardin à observer plantes par plantes les insectes qui s’y cachent… et ensuite de regarder des vidéos pour en apprendre encore plus… Papillons, abeilles, coccinelles, criquets et sauterelles, libellules, scarabées, coléoptères… n’ont plus beaucoup de secrets pour lui…
Dans ce livre, les auteurs nous parlent du drame qui couve : les insectes représentent 70% de la biodiversité animale connue et depuis des années de nombreuses espèces disparaissent ou déclinent dangereusement. L’Homme en est la cause, avec l’artificialisation des milieux, la fragmentation des habitats et l’épandage de produits chimique.
Le premier chapitre décrit l’étendu du problème et ses causes. Le deuxième chapitre nous rappelle que les insectes sont irremplaçables dans les écosystèmes et donc indispensables à l’Homme.
Puis en passant en revue milieux par milieux (prairies, milieux humides, bois et forêts, littoraux) de très nombreux insectes, le lecteur découvre ses caractéristiques et des photos, les menaces qu’il pèse sur lui et enfin comment le préserver ou le sauvegarder.
Le livre s’achève sur un cours chapitre sur les collectionneurs qui autrefois ont pu menacer quelques spécimens… Aujourd’hui, ils sont beaucoup moins nombreux et peuvent utiliser un appareil photo pour capturer un espèce rare et protégée !
Puis un chapitre important avec des actions à mener individuellement ou collectivement pour préserver et protéger les insectes.
Enfin, en annexes, index, bibliographie et listes d’associations européennes de conservation des insectes.
Un très beau livre à explorer et à partager en famille.

Extrait :

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Petit Bac 2021
(1) Animal

Meurtres aux Kerguelen – Olivier Montin et Sophie Laurent

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

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9782343210520b L’Harmattan – septembre 2020 – 262 pages

Quatrième de couverture :
Maël, commissaire de police expert en criminologie, est en vacances à La Réunion lorsqu’il est soudain missionné pour se rendre sur l’île de Kerguelen – en plein cœur du sud de l’océan Indien – à la suite d’un horrible homicide. L’histoire se déroule à bord du navire La Curieuse, sur les « bases vie » des 3 îles de Kerguelen, d’Amsterdam et de Crozet ou encore sur le navire-ravitailleur des TAAF (Terres australes et antarctiques françaises), le célèbre Marion-Dufresne. Sur ces terres exceptionnelles, paradis pour quantité d’animaux polaires, les morts suspectes s’accumulent. Maël parviendra-t-il à résoudre ces mystères ?

Auteurs : Olivier Montin a travaillé en début de carrière cinq années aux TAAF et y a séjourné de nombreux mois comme ingénieur géomètre-topographe. Il a beaucoup parcouru ces îles et effectué de nombreux voyages à bord du Marion-Dufresne I.
Sophie Laurent, originaire de l’île aux Moines dans le golfe du Morbihan, est issue d’une famille de marins. Expatriée quelques années à l’île Maurice, elle a eu la chance d’être reçue plusieurs fois sur le Marion-Dufresne II, de travailler pour La Curieuse et de côtoyer ces marins du bout monde.

Mon avis : (lu en novembre 2020)
J’ai choisi de découvrir ce roman policier surtout pour sa destination mythique : les îles Kerguelen et je n’ai pas été déçue.
Ce livre est plus un livre documentaire sur les TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises) qu’un roman policier… Il y a bien une intrigue plutôt bien construite mais même s’il y a un mort assez rapidement et que Maël, commissaire de police expert en criminologie, en vacances à La Réunion est réquisitionné pour mener l’enquête, rejoindre la scène de crime va prendre presque la moitié du roman !
Moi qui suis fascinée par ces terres lointaines du  bout du monde, ce roman est très bien documenté. Les auteurs ont eux l’occasion de faire des séjours là-bas aux Îles Kerguelen, îles Crozet, île Amsterdam, île Saint-Paul et d’embarquer sur le Marion-Dufresne et/ou sur La Curieuse.
Le Marion Dufresne, surnommé aussi Le MARDUF, est le navire océanique français qui  assure le ravitaillement mensuel des Terres australes et antarctiques françaises du sud de l’océan Indien. La Curieuse est un navire océanique français attaché à l’archipel des Kerguelen. Les TAAF sont la plus grande réserve naturelle de France et l’une des plus grandes aires marines protégées du monde.
C’est passionnant de découvrir la vie à bord des navires océaniques et celle des différents scientifiques et militaires dans les îles pour étudier et surveiller le paradis des oiseaux et des animaux marins en tout genre : albatros, sternes, manchots, éléphants de mer…
Côté négatif du livre, la relecture a été un peu rapide car il reste quelques fautes d’orthographe, en particulier d’accent et parfois des phrases aux tournures un peu compliquées obligeant le lecteur à s’y reprendre à plusieurs fois…
Dans le livre quelques cartes en noir et blanc sont présentes, mais peu lisibles…
Pour ma part, j’ai complété ma lecture avec les cartes en ligne présentes sur le Géoportail
(cliquer sur l’image pour accéder directement à la Carte-Géoportail en ligne)

Iles Kerguelen :
Kerguelen

Iles Crozet :
Iles.Crozet

Ile Amsterdam :

Amsterdam

Ile Saint-Paul :
Saint-Paul

Petit bac 2020a(8) Lieu

Boza ! – Ulrich Cabrel & Étienne Longueville

boza Philippe Rey – février 2020 – 378 pages

Quatrième de couverture :
Le périple bouleversant d’un adolescent migrant à la conquête de sa liberté.
 » Tu veux savoir ce qui m’a conduit à prendre la route de l’exil à quinze ans ? D’accord, je vais tout te confier et tu vas être renversé. Tu es prévenu ! Mes mots seront durs, car la réalité est brutale. Mais je vais aussi te faire rire, je suis beau gosse et j’ai la tchatche. Je te demande une seule chose : ne me juge pas, ça n’a pas de sens d’appliquer ta morale à ma vie.  »
Né dans un bidonville de la banlieue de Douala au Cameroun, Petit Wat est un adolescent haut en couleurs qui fait les quatre cents coups avec ses copains. Mais, sans avenir chez lui, il prend la douloureuse décision de partir pour accomplir son rêve : faire un boza, passer en Europe.
Avec un sac à dos troué et une immense foi en lui-même, Petit Wat découvre de nombreux dangers. Abandonné par un passeur aux portes du Niger, il doit affronter ghettos et déserts. Arrivé au Maroc, il rejoint des centaines de jeunes déshérités qui s’organisent pour affronter le  » Monstre-à-Trois-Têtes  » : des barrières massives séparant l’Afrique de l’Europe. Pourront-ils vraiment passer de l’autre côté ?
Dans Boza !, Ulrich Cabrel et Étienne Longueville proposent un regard inédit sur les réalités migratoires. La verve des personnages et l’humour du narrateur contrastent avec les enfers qu’ils traversent, offrant à ce roman d’aventures une tonalité et un rythme captivants.

Auteurs : Ulrich Cabrel est un Camerounais de dix-huit ans. Ayant lui-même dû quitter son pays, seul, il a vécu de l’intérieur cette redoutable traversée.
Étienne Longueville est bénévole dans une association qui accueille et accompagne les jeunes réfugiés. Il a été l’un des hébergeurs solidaires d’Ulrich Cabrel lors de son arrivée en Bretagne.

Mon avis : (lu en septembre 2020)
J’ai découvert ce livre grâce à une vidéo Brut sur facebook .
C’est une histoire vraie qui se lit comme un roman d’aventure. A 15 ans, Ulrich alias, Petit Wat, vit avec sa famille dans un bidonville de la banlieue de Douala au Cameroun mais même s’il est le seul de chez à avoir eu le privilège de poursuivre l’école jusqu’au collège, ses parents ne peuvent plus payer ses études. Il décide donc de partir pour l’Europe avec comme rêve de voir la tour Eiffel, reprendre le lycée et passer son baccalauréat !
Poussé par ce rêve et l’envie de s’en sortir, partir semble facile… Mais Petit Wat va vite prendre conscience de la réalité de l’exil, il perd ses repères, se retrouve confronté à la violence et surtout au manque d’argent… Sa progression et sa vie est à la merci des passeurs et des marchands d’esclaves, il doit tout monnayer, sa nourriture, un lit, les véhicules pour avancer, la police pour traverser les frontières… Petit Wat est déterminé et malgré les obstacles, il continuera à avancer…
Avec un langage coloré, et son vocabulaire d’argot local, Petit Wat nous raconte les péripéties de son voyage à travers l’Afrique : Niger, Nigeria, Algérie, Maroc, enclave espagnole de Melilla puis l’Europe : Espagne puis la France. Avec toute sa vérité, sa sincérité et son humour pour mieux supporter toutes les épreuves qu’il a traversé durant 15 mois. Ulrich raconte également comment il a été accueilli en France, les premières nuits dehors puis l’accueil dans plusieurs familles bretonnes
et sa rencontre avec Étienne Longueville.
On ne peut être que touché et admiratif devant le récit de cet adolescent tchatcheur et déterminé. L’écouter et le voir dans les deux vidéos est un plus !

Extrait : (début du livre)
Tu veux savoir pourquoi je suis parti ? Comprendre ce qui m’a conduit à quitter mon pays et prendre la route de l’exil à quinze ans ? Mieux connaître le jeune que tu accueilles chez toi, histoire de te rassurer ?
D’accord, je te raconte ; mais crois-moi, je ne fais jamais les choses à moitié. Je vais tout te confier et tu vas être renversé. Tu es prévenu ! N’oublie jamais que ce ne sont pas mes mots qui sont durs, c’est la réalité qui est brutale. Promis, je vais aussi te faire rire, je suis beau gosse et j’ai la tchatche. Je te demande une seule chose : ne me juge pas, ça n’a pas de sens d’appliquer ta morale à ma vie. Déjà, arrête de me parler de choix, je n’ai rien décidé, il n’y avait pas d’alternative. Toi-même, peux-tu affirmer avec certitude que tu aurais agi différemment si tu avais été à ma place ? Une fois que je t’aurai tout dit, tu me répondras.
D’abord, tu dois comprendre d’où je viens. Je te présente Bonaloka, un des bidonvilles les plus paumés, crades et dangereux d’Afrique, à quelques kilomètres du centre de Douala au Cameroun. Près de dix mille familles sans le sou y vivent, entassées dans des vieilles baraques dont les toits s’arrachent à la première pluie. Les maisons mal emboîtées tombent les unes sur les autres. Tout le monde s’épie et se contrôle. Les gens vivent à dix dans deux pièces. Le son des bars et des soûlards pénètre à travers les planches dans chaque taudis. Les « sanitaires » sont dehors, et on va puiser l’eau tous les matins au puits, à la force des bras. Bienvenue chez moi.
Ici, tu trouves de tout : des drogués, des paumés, des accros au jeu, des dealers, des filles de joie, des bandes organisées ou des passeurs. Le quartier est contrôlé par les « Russes », des petites frappes armées de couteaux, qui agressent la population en pleine rue et en plein jour, sans pitié ni scrupule. La police est réfugiée dans son commissariat. Si tu veux porter plainte, tu devras payer pour qu’on prenne ta déposition, et prier pour qu’on ne te livre pas aux Russes.
Mon pote, un conseil : ne t’aventure jamais seul dans ce labyrinthe, tu te retrouverais à poil en quelques secondes.

Moi, Mikko et Annikki – Tiitu Takalo

2873_couv Rue de l’Échiquier – janvier 2020 – 248 pages

traduit du finnois par Kirsi Kinnunen

Titre original : Minä, Mikko ja Annikki, 2014

Quatrième de couverture :
À Tampere, en Finlande, les habitants du quartier historique d’Annikki promis à la démolition unissent leurs forces face à la rapacité des promoteurs et de leurs complices politiques. Avec son compagnon Mikko, l’autrice Tiitu Takalo est aux avant-postes de cette lutte pacifique et nécessaire. Elle tient en images la chronique de sa communauté en résistance, au service d’une idée aussi vitale qu’universelle : et si la richesse et l’âme d’une ville résidaient d’abord dans son patrimoine, et que sa préservation était la clé de nos identités collectives comme de nos avenirs possibles ?

Auteure : Illustratrice et autrice finlandaise de bande dessinée, enseignante et féministe revendiquée, Tiitu Takalo vit et travaille à Tampere, dans un quartier ancien dont elle retrace ici l’histoire et le.sauvetage par ses habitants. 

Mon avis : (lu en avril 2020)
J’ai été attirée par cette BD, tout d’abord parce qu’elle est finlandaise et que c’est une première pour moi… Ensuite en la feuilletant, j’ai découvert la variété du style de dessin de l’auteure qui alterne l’aquarelle sur papier blanc et l’utilisation de pages de couleurs avec des dessins aux crayons noir et blanc…
Tampere est la deuxième ville de Finlande, coincée entre deux lacs, sa situation géographique lui a permis de devenir un centre industriel important dès le 19ème siècle. Au cours des années, la ville a grandi, s’est étendue, de nouveaux faubourgs sont apparus mais grâce au courage et la volonté de ses habitants Tampere n’a pas perdu son identité. 
Dans cette BD, l’auteure Tiitu Takalo et son compagnon Mikko racontent leur propre histoire avec le quartier historique d’Annikki. Ce quartier a été de nombreuses fois promis à la démolition, mais ses habitants ont toujours résisté pacifiquement aux promoteurs et politiques complices, pour préserver ce patrimoine témoin de l’histoire de la ville.
Tiitu raconte d’une part l’histoire de Tampere puis plus spécifiquement de son quartier, elle évoque la naissance de la ville, l’évolution de l’urbanisme, l’impact industriel, celui des guerres et des aléas géostratégiques et d’autre part les étapes de son installation dans le quartier avec son amoureux.
Tiitu aime récupérer de vieux objets et recycle dans la mesure du possible. A l’échelle de la ville, elle s’interroge sur ces problématiques liées à l’environnement et au développement durable. Pourquoi démolir des habitations alors qu’il est possible de les rénover ?
Graphiquement, la vie de Tiitu et Mikko est dessinée à l’aquarelle avec des teintes vives sur des feuilles blanches.
Les passages historiques sont dessinés sur du papier sombre brun, gris, rouge et ocre au crayon noir rehaussé de blanc.
La lutte pour la sauvegarde d’Annikki à partir des années 2000, entre l’Association du quartier et la municipalité est dessinée dans un style illustration médiévale… C’est surprenant mais s’intègre très bien à l’ensemble.
La partie historique peut paraître un peu longue et rébarbative pour quelqu’un comme moi qui connaît peu de choses sur l’histoire finlandaise… Je vous conseille donc de ne pas faire l’impasse sur « l’avis au lecteur » présent en introduction où l’auteure nous donne de nombreuses clés pour mieux comprendre sa bande dessinée.
Une belle découverte bien documentée, très intéressante et vraiment originale graphiquement.

Extrait : 
Pour montrer la grande variété des styles de Tiitu Takalo, j’ai choisi des planches non consécutives.

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Petit bac 2020a
(5) Prénom

Il fallait que je vous le dise – Aude Mermilliod

61TlDvTtXJL Casterman – mai 2019 – 160 pages

Quatrième de couverture : 
Si elle donne le choix, l’IVG ne reste pas moins un événement traumatique dans une vie de femme. Et d’autant plus douloureux qu’on le garde pour soi, qu’on ne sait pas dire l’ambivalence des sentiments et des représentations qui l’accompagnent. L’angoisse, la culpabilité, la solitude, la souffrance physique, l’impossibilité surtout de pouvoir partager son expérience. Avec ce livre, Aude Mermilliod rompt le silence, mêlant son témoignage de patiente à celui du médecin Martin Winckler. Leur deux parcours se rejoignent et se répondent dans un livre fort, nécessaire et apaisé.

Auteurs : Aude Mermilliod est une illustratrice, graphiste, rédactrice et auteure de bandes dessinées. Originaire de Lyon, cette véritable autodidacte quitte sa ville d’origine après le lycée pour poursuivre des études aux Beaux-Arts de Toulouse. Vivant à côté d’une librairie/galerie,elle découvre le 9e Art en se plongeant dans une incommensurable quantité d’albums divers et variés. En 2014, elle passe une année à Montréal dans un atelier où sont présentes les maisons d’éditions indépendantes québécoises Pow Pow et La Mauvaise Tête. Cela lui permet de travailler sur son projet Les Reflets Changeants, avec lequel elle gagne le Prix Raymond Leblanc de la jeune création en 2015.
Martin Winckler, de son vrai nom Marc Zaffran, est né en 1955 à Alger. Après son adolescence à Pithiviers (Loiret) et une année à Bloomington (Minnesota), il fait des études de médecine à Tours entre 1973 et 1982. Ses premiers textes paraissent dans Nouvelles Nouvelles et la revue Prescrire au milieu des années 80 et son premier roman, La Vacation en 1989. Entre La Maladie de Sachs (Livre Inter adapté au cinéma en 1999 par Michel Deville) et En souvenir d’André (2012), il a publié une quarantaine de romans et d’essais, consacrés au soin et aux arts populaires. Il vit à Montréal depuis 2009 et anime le Winckler’s Webzine, un site personnel très fréquenté (www.martinwinckler.com) et un blog littéraire, « Chevaliers des touches » (http://wincklersblog.blogspot.ca/)

Mon avis : (lu en mars 2020)
Cette BD est un beau témoignage sur l’avortement, un sujet souvent considéré comme tabou dans notre société. Il a fallu six année pour Aude Mermilliod pour écrire et dessiner cette bande dessinée.
En 2011, alors qu’elle porte un stérilet, Aude tombe enceinte et décide de ne pas poursuivre sa grossesse, elle nous raconte son parcours avant et après son IVG. Elle va rencontrer des médecins lui offrant écoute et soutiens mais également d’autres culpabilisants et donneurs de leçons…
La deuxième partie du livre donne la parole à Martin Winckler médecin et romancier qui évoque l’histoire de l’avortement depuis les années soixante-dix. Bien sûr, il est question de la loi Veil du 17 janvier 1975 qui encadre la dépénalisation de l’avortement en France. Martin Winckler donne son regard de médecin ayant pratiqué l’IVG mais aussi son regard d’homme face à la violence psychologique subit par la femme.
Voilà une partage d’expérience de vie, engagée, informative, authentique mais sans jugement.

Extrait : (début de la BD)

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Déjà lu de Martin Winckler :

la_maladie_de_sachs_p La maladie de Sachs  le_choeur_des_femmes Le Chœur des femmes

les_trois_m_decins_p Les Trois médecins en_souvenir_d_Andr_ En souvenir d’André

Demain, demain – tome 2 : Genevilliers, cité de transit. 1973 – Laurent Maffre

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Lu en partenariat avec Masse Critique

71iwfxVBZ9L Actes Sud – mai 2019 – 180 pages

Quatrième de couverture :
En relatant l’histoire d’une famille algérienne installée dans un bidonville de Nanterre, puis relogée dans une cité de transit à Gennevilliers, Laurent Maffre retrace une page peu glorieuse de notre histoire contemporaine : celle de l’exclusion sociale des immigrés d’Afrique du Nord, dont les conséquences se font sentir aujourd’hui encore.

Auteur : Après un voyage à Djibouti, où il traverse les bidonvilles, Laurent Maffre se penche sur la France postcoloniale et les conditions de logement des immigrés dans la banlieue parisienne des années 1960. Il en tire une série de romans graphiques, Demain, demain, docufiction composé à partir des témoignages d’Algériens et de Marocains qui ont vécu des années dans ces habitats précaires. Il s’est appuyé sur les photos, les plans et autres documents inédits collectés à l’époque par Monique Hervo, auteur de Nanterre en guerre d’Algérie (Actes Sud) qui inaugure cette série. Les enregistrements de Monique Hervo ont fait l’objet d’un web-doc, 127, rue de la Garenne (prix Scam), produit par Arte et réalisé par Laurent Maffre (dessins) et Fabrice Osinski (sons).

Mon avis : (lu en décembre 2019)
Dans le tome 1 de Demain, demain, publié en 2012, Laurent Maffre racontait le quotidien des Saïfi, une famille d’immigrés algériens, installés dans le vaste bidonville de La Folie, à Nanterre, dans les années 60. Ce tome 2 commence en 1973, le bidonville a été rasé et les familles ont été relogées dans des cités de transit…
La famille
Saïfi a été installée rue du Port à Gennevilliers, dans un no man’s land situé loin de la ville, proche de l’autoroute et de chantiers de constructions. La cité de transit est clôturée, surveillée par un gardien raciste qui peut faire expulser du jour au lendemain les occupants de baraquements insalubres. Kader et sa femme espéraient rapidement pouvoir enfin habiter dans un vrai appartement. Et pourtant, ce qui devait être provisoire dure…
Kader travaille à l’usine, sur une chaine automobile. C’est dur, les cadences augmentent tout le temps et des accidents se multiplient. Et si Kader voudrait faire la grève avec ses camarades, il est menacé de perdre son emploi et donc son logement.
Les enfants ont grandi, Ali a une bande de copains inventifs et turbulents, ils vont parfois zoner à Paris, c’est là, qu’Ali assiste au tournage d’un film et s’imagine un avenir.
C’est un témoignage important sur cette époque et les conditions de vie subies par ces immigrés dont la France avait besoin pour faire tourner son économie. Déjà les parents et les enfants ont des comportements différents, les parents subissent et acceptent ses conditions difficiles, au contraire, les enfants n’acceptent pas ce traitement et cette injustice, ils comptent bien ne pas se laisser faire en trouvant leur place et un avenir…

Extrait : (début de la BD)

page_8_p1 page_8_p2 page_8_p3page_8_p4 Visuel Demain demain 2 - 5

Petit bac 2020a
(1) Son
(chanson de HK & Les Saltimbanks, album Les Déserteurs)

 

Déjà lu du même auteur :

Hors les murs, journal d’un voyage immobile – Cendrine Borzycki

hors_les_murs Réunion des Musées Nationaux – octobre 2013 – 47 pages

Quatrième de couverture :
Suivre des commissaires en prison… C’est dans cette aventure peu banale que s’est engagée Cendrine Borzycki, illustratrice. Elle accompagne un groupe de personnes détenues tout au long de leur travail de conception d’une exposition sur le thème du « Voyage », qui sera présentée dans l’enceinte du Centre Pénitentiaire Sud-Francilien.

Auteur : Cendrine Borzycki est illustratrice.

Mon avis : (lu en décembre 2019)
Cette BD reportage, nous ouvre les portes d’une prison…
En effet, en 2013, la Réunion des Musées Nationaux – Grand Palais s’est associée au centre pénitentiaire Sud Francilien, implanté en Seine-et-Marne, à Réau, au nord de Melun, pour monter une exposition au sein même de l’établissement pénitentiaire. Les commissaires de l’exposition sont des personnes détenues et volontaires.
Pendant une année, Yacine, Selhim, Marc, Jean-Claude et les autres vont se retrouver chaque semaine pour préparer cette exposition dont ils ont choisi comme thème : « Le voyage », choisir les œuvres, la scénographie…
Cendrine Borzycki, l’auteure de cette BD, va assister aux séances hebdomadaires durant lesquelles le projet s’élabore, avec le concours de professionnels venus partager leurs savoir-faire. Elle visite les musées qui ont accepté de prêter des œuvres pour l’exposition. Elle raconte également des instants de la vie du Centre Pénitentiaire dont elle est témoin lors de ses visites. C’est très intéressant et instructif de découvrir cette expérience autour de l’art en prison à travers cette BD.
L’exposition a eu lieu durant deux mois, mais seuls les détenus, le personnel et les familles ont eu le privilège de la visiter…

Extrait :

Article Libération : Taule de maîtres

Petit bac 2020a(1) Pluriel