Prix SNCF du Polar, édition 2018 :

DU 5 OCTOBRE 2017 AU 31 MAI 2018

 

Le PRIX SNCF DU POLAR est un Prix 100% public. Des comités d’experts du monde du livre, de la BD et des films courts dévoilent en octobre une sélection de 5 romans, 5 BD et 7 courts métrages mais c’est bel et bien le public qui élit seul en mai ses lauréats en votant sur www.polar.sncf.com ou lors des événements dont SNCF est partenaire : Festival International de la BD d’Angoulême, les Quais du Polar…

 

Catégorie roman
Catégorie BD
catégorie_bd
Catégorie court-métrage
categorie_court_metrage

 

J’ai eu la bonne surprise de recevoir une BD et un roman de la sélection
à découvrir prochainement…

 

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La sorcière – Camilla Läckberg

La_sorciere Actes Sud – novembre 2017 – 704 pages

traduit du suédois par Rémi Cassaigne

Titre original : Häxan, 2017

Quatrième de couverture :
Nea, une fillette de 4 ans, a disparu de la ferme isolée où elle habitait avec ses parents. Elle est retrouvée morte dans la forêt, à l’endroit précis où la petite Stella, même âge, qui habitait la même ferme, a été retrouvée assassinée trente ans plus tôt. Avec l’équipe du commissariat de Tanumshede, Patrik mène l enquête, tandis qu’Erica prépare un livre sur l’affaire Stella. Sur la piste d’une très ancienne malédiction, les aventures passionnantes d Erica et de Patrik continuent, pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Auteur : Née en 1974, Camilla Läckberg est l’auteur d’une série de romans policiers mettant en scène le personnage d’Erica Falck. Ses ouvrages caracolent tous en tête des ventes en Suède comme à l’étranger. Dans la collection « Actes noirs » ont déjà paru La Princesse des glaces (2008), Le Prédicateur (2009), Le Tailleur de pierre (2009), L’Oiseau de mauvais augure (2010), L’Enfant allemand (2011), La Sirène (2012), Le Gardien de phare (2013), La Faiseuse d’anges (2014) et Le Dompteur de lions (2016).

Mon avis : (lu en décembre 2017)
C’est le dixième tome de la série, Camilla Läckberg nous raconte trois histoires en parallèle. De nos jours, Nea, une fillette de quatre ans disparaît de la ferme familiale isolée. Une battue est organisée et le corps de la fillette est retrouvée à l’endroit même où trente ans plus tôt, Stella, âgée également de 4 ans et habitant la même ferme, avait été retrouvée sans vie.
Le lecteur suit donc l’enquête d’aujourd’hui, l’enquête d’il y a trente ans et enfin l’histoire d’Elin au XXVIIème siècle qui va être accusée de sorcellerie (d’où le titre de livre).
Dans l’enquête actuelle, la police est confrontée a des accusations anonymes mettant en cause des réfugiés syriens arrivés depuis peu sur l’île. Erica Falk était en train d’écrire un livre autour de l’histoire de la petite Stella. A l’époque, deux adolescentes Marie et Helen avaient d’abord avoué le crime puis s’étaient rétractées. Au moment de la disparition de Nea, Marie, devenue actrice, est revenue dans la région pour le tournage d’un film.
Comme d’habitude, l’enquête progresse lentement et le lecteur est spectateur de l’intrigue.
J’ai toujours beaucoup de plaisir à retrouver, Erica, Patrik et leur petite famille et leurs amis, sans oublier les enquêteurs collègues de Patrik.
J’ai beaucoup aimé cette enquête même si j’ai trouvé le lien entre les deux enquêtes et la troisième histoire un peu alambiqué…

Extrait : (début du livre)
“Tu crois que ta mère mettra une robe blanche ? demanda Erica en se tournant vers Patrik dans le lit.
— Très drôle, vraiment”, dit-il.
Erica rit et lui titilla le flanc.
“Pourquoi as-tu tant de mal avec le mariage de ta mère ? Ton père s’est remarié depuis longtemps, et ça n’a rien de bizarre, non ?
— Je sais, je suis ridicule, dit Patrik en secouant la tête tandis qu’il sortait les jambes du lit pour commencer à enfiler ses chaussettes. J’aime bien Gunnar, et je trouve ça bien que maman n’ait plus à être seule…”
Il se leva et enfila son jean.
“Je suppose que je n’ai pas l’habitude, c’est tout. Maman a été seule aussi loin que je me souvienne et, à y regarder de près, c’est sûrement une histoire de relation mère-fils qui remonte à la surface. C’est juste que ça me fait… bizarre… que maman ait… une vie de couple.
— Tu veux dire que ça te fait bizarre que Gunnar et elle couchent ensemble ?”
Patrik se boucha les oreilles.
“Arrête !”
Erica lui jeta un oreiller en riant. Il lui revint bientôt à la figure, et la guerre totale éclata. Patrik se jeta sur elle dans le lit, mais leur lutte se transforma vite en caresses et soupirs. Elle approcha la main de la braguette de son jean et commença à ouvrir le premier bouton.
“Qu’est-ce que vous faites ?”
La voix claire de Maja les fit s’interrompre et se tourner vers la porte. Maja n’y était pas seule, mais accompagnée de ses petits frères jumeaux qui observaient gaiement leurs parents dans le lit.
“On se faisait juste des chatouilles, dit Patrik en se levant, essoufflé.
— Il faut vraiment que tu installes ce loquet !” siffla Erica en remontant la couette sur sa poitrine.

Déjà lu du même auteur :

la_princesse_des_glaces La Princesse des glaces  le_pr_dicateur Le Prédicateur

le_tailleur_de_pierre Le Tailleur de pierre l_oiseau_de_mauvais_augure L’Oiseau de mauvais augure

l_enfant_allemand L’Enfant allemand cyanure Cyanure la_sir_ne La Sirène

9782330018962  Le gardien de phare  la faiseuse d'ange La faiseuse d’anges

le dompteur des lions Le dompteur de lions 

Challenge Voisins Voisines
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Suède

Seules les femmes sont éternelles – Frédéric Lenormand

Lu en partenariat avec les éditions de La Martinière

716CymSqm0L La Martinière – novembre 2017 – 288 pages

Quatrième de couverture :
Au début de la guerre de 1914, un policier décide de revêtir une identité féminine pour échapper à la mobilisation. Ray Février devient  » Loulou Chandeleur « , détective privé en bas de soie et chapeau à voilette. Ray-Loulou se rend compte qu’il est aussi bon flic en robe qu’en pantalon, et peut-être meilleur homme qu’auparavant.
Aux côtés de la patronne de l’agence de détectives, la charmante Miss Barnett – qui ne connaît pas son secret –, Loulou enquête sur une intrigante affaire de lettres de menaces. Quand le maître chanteur commence à mettre son plan à exécution et que les meurtres se multiplient, notre étonnant duo plonge dans une succession de surprises et de pièges périlleux.
Entre 1914 et 1918, ce sont les Françaises qui ont fait vivre le pays. Ce roman raconte leur émancipation et la difficulté d’être une femme en temps de guerre… surtout quand on n’en est pas une.

Auteur : Frédéric Lenormand, romancier à succès de la série Voltaire mène l’enquête (Lattès) et des Nouvelles enquêtes du juge Ti (Fayard), s’est inspiré pour Seules les femmes sont éternelles de l’histoire vraie de Paul Grappe, soldat déserteur qui s’est travesti en femme pour ne pas être envoyé dans les tranchées, et dont la vie a également été adaptée à l’écran par André Téchiné (Nos Années folles).

Mon avis : (lu en novembre 2017)
Pour échapper à la mobilisation en 1914, Ray Février, policier, décide de se travestir en femme. Il devient « Loulou Chandeleur » et trouve un travail de détective privé dans l’agence de détectives dirigée par Miss Cecily Barnett. Cette dernière ayant repris la direction de l’agence de son père parti à la guerre. Loulou Chandeleur va secouer le train train de l’Agence et apporter une enquête rémunératrice autour d’un maître chanteur.
C’est grâce à la bande dessinée Mauvais Genre – Chloé Cruchaudet que j’avais découvert ce fait réel, d’un homme qui s’était travesti pour échapper à la guerre. 
Dans ce roman policier, outre l’enquête à suivre autour du maître chanteur, le lecteur découvre la vie de Paris et des parisiens (surtout des parisiennes) durant la Première Guerre Mondiale. En effet, la plupart des hommes sont partis sur le front, les femmes s’émancipent et font vivre le pays.
Le personnage de Loulou est attachant, dans son costume de femme, Ray évolue et devient de plus en plus féministe… Il comprend mieux le sexisme que doit subir les femmes au quotidien. Cecily est également un personnage réussi, au contact de Loulou, elle prend de plus en plus confiance en elle et elle va revendiquer l’égalité de traitement entre femme et homme.

Merci Anaïs et les éditions de La Martinière pour cette lecture passionnante et originale.

Extrait : (début du livre)
La rue avait beaucoup changé depuis la déclaration de guerre d’août 1914. Aujourd’hui, le temps était clair, on pouvait espérer une belle journée sans pluie ni bombes. Les premières files d’attente commençaient à s’étirer devant les épiceries où s’affichaient des livraisons. Un fichu sur la tête, une balayeuse remplissait de gravats sa brouette à deux roues. Ray s’arrêta devant la vitrine d’un chausseur de luxe reconverti dans le matériel d’appoint, lampes à pétrole et masques à gaz. Il surprit son reflet au milieu de ce fourbi : un petit bonhomme à moustaches, pareil à des tas de petits moustachus que l’on coiffait d’un casque pour les envoyer charger, baïonnette en avant, d’autres bonshommes à moustaches. Sa qualité d’inspecteur de police lui avait épargné cela jusqu’à présent. Il priait chaque jour saint Joseph Fouché, patron des cyniques et des policiers, de prolonger ce miracle.
Dans le kiosque, le buraliste habituel avait été remplacé par une femme, peut-être la sienne. Ray lui acheta le dernier numéro de Charivari, et aussi Le Gaulois pour empêcher les collègues de voir qu’il lisait des parutions séditieuses. Le marchand prenait soin d’envelopper le méchant journal dans le gentil, sa remplaçante n’en fit rien, elle ne maîtrisait pas encore les ficelles du métier.
Ray se hissa à la volée sur la plateforme du tramway 24 qui brinquebalait vers l’île de la Cité. Cramponnée à un volant deux fois large comme un plat à tarte, la conductrice était si menue qu’il ne l’aurait jamais crue capable de maîtriser ce mastodonte.
Il tendit trois sous à la receveuse, une grande brune munie de la casquette et de la planche à tickets du fantôme qui effectuait ce travail la veille encore. Il fallait se rendre à l’évidence : chaque jour l’humanité féminine abordait de nouveaux domaines d’activité par un mouvement exactement proportionnel à la disparition
des hommes.
Il s’assit et déploya l’un des journaux. La qualité de l’encre avait encore baissé, certains mots étaient à deviner, surtout ceux qui auraient pu déplaire au gouvernement. Le vilain papier trop fin et mal blanchi se dépiautait, il comptait moins de feuilles, on avait perdu les pages « loisirs » jadis remplies de dessins, de billets d’humeur et de devinettes impertinentes. Le rire était subversif, il avait été jeté par-dessus bord le premier.
À force de vouloir remonter le moral des patriotes, la presse devenait déprimante. La consigne était de prétendre que la guerre allait être courte et victorieuse, alors qu’elle s’étirait et que nous étions en train de la perdre.
Sur la place de la Concorde, la statue monumentale en marbre de l’Alsace était ornée d’étendards flambant neufs et d’un macaron où l’on pouvait lire : « Française toujours ! » On apercevait, du côté de la tour Eiffel, la grande roue d’une fête populaire interrompue.

Il ne faut pas parler dans l’ascenseur – Martin Michaud

Lu en partenariat avec Babelio et Kennes éditions

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Il ne faut pas parler dans l'ascenseur Kennes Editions – septembre 2016 – 405 pages

Quatrième de couverture :
Une jeune femme s’éveille après vingt-quatre heures passées dans le coma et se lance à la recherche d’un homme qui semble ne pas exister. Un meurtrier sans merci décide que chacun doit payer pour ses fautes et applique sa propre justice. Des meurtres commis à une journée d’intervalle dans des circonstances identiques tourmentent le responsable de l’enquête, le sergent-détective Victor Lessard, de la police de la Ville de Montréal.

Auteur : Né en 1970, établi à Montréal depuis plus de vingt ans, Martin Michaud a longuement pratiqué le métier d’avocat d’affaires avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Reconnu par la critique comme le chef de file des écrivains de romans policiers québécois, il a obtenu un succès sans cesse grandissant avec ses sept thrillers, qui lui ont valu la reconnaissance du public et de nombreux prix littéraires. Outre ses activités de romancier, il scénarise d’après son œuvre une série intitulée Victor Lessard diffusée en février 2017.

Mon avis : (lu en novembre 2017)
Ce livre est le premier de la série Victor Lessard, un enquêteur de la police de Montréal.
Au début, ce livre est déroutant. Le lecteur est perdu car il y a plusieurs narrateurs, plusieurs histoires qui se croisent pour finalement n’en faire qu’une.
Un meurtrier qui a décidé de faire payer leurs fautes à plusieurs victimes.
Une jeune femme qui se fait renverser par une voiture noire et qui vingt-quatre heures plus tard tente désespérément de retrouver l’homme qui l’a secourue.
Victor Lessard qui doit délaisser l’enquête sur l’accident de la jeune femme pour tenter d’élucider les meurtres de deux hommes…
L’auteur alterne les différents histoires en courts chapitres qui sont comme les différentes pièces d’un puzzle qui au fil de l’enquête vont s’assembler. L’intrigue est rythmée, les indices sont distillés avec finesse pour faire progresser lentement l’enquête et quelques rebondissements sont également présent pour tenir le lecteur en haleine.
Le texte est la version originale québécoise, en prêtant attention, le lecteur pourra alors découvrir quelques expressions locales.
Dans ce premier roman, Victor Lessard se dévoile peu, c’est un enquêteur rebelle avec  sa hiérarchie, divorcé, ancien alcoolique et tourmenté. J’ai beaucoup apprécié cette lecture et je continuerai certainement à découvrir cet auteur avec les autres tomes de la série.

Merci  Babelio et Kennes éditions pour cette belle découverte.

Extrait : Ville de Québec
L’obscurité.
Les paupières closes, il essaya de recréer une image mentale du visage, mais la vision s’estompait.
Pendant une fraction de seconde, il crut voir apparaître la naissance des sourcils, puis tout se brouilla. Quoi qu’il tente, il demeurait incapable de visualiser les yeux.
Lorsque les yeux aspirent la mort, ils ne reflètent que le vide. Je ne peux me représenter un tel vacuum.
Il secoua la tête. Sa vie n’était plus qu’un rêve, enfoui dans un autre rêve.
L’attente.
Les impacts réguliers sur les carreaux. La pluie cessa peu avant 20 h.

Accroupi dans l’obscurité, derrière le comptoir de la cuisine, il inspecta de nouveau l’arsenal étalé devant lui : un sac de hockey sur roulettes, une valise métallique, une pile de serviettes et une bouteille de nettoyant tout usage. Il demeurait invisible depuis l’entrée. Il n’aurait qu’à bondir vers l’avant pour atteindre l’homme.
Deux heures auparavant, il avait garé la voiture dans la rue et neutralisé le système d’alarme. Avant de quitter le véhicule, il avait rangé son ordinateur portable dans un sac à dos et glissé celui-ci sous la banquette arrière.
Il avait procédé avec méthode. Tout était en ordre.
Il caressa le manche du couteau fixé à sa cheville.
Bientôt, il allait extraire la mort de la mort.
 
L’homme qu’il s’apprêtait à tuer menait une vie rangée, dont il connaissait par coeur les moindres détails : le jeudi, il terminait son travail à 20 h 30 ; il s’arrêtait ensuite acheter un surgelé au supermarché avant de regagner son domicile ; dès son arrivée, il réchauffait son repas au micro-ondes et avalait le tout devant son téléviseur, calé dans un fauteuil
confortable.
Il était entré dans la maison à quelques reprises en l’absence de l’homme.
Il avait parcouru la pile de DVD que ce dernier rangeait dans une bibliothèque et noté avec dédain qu’il ne s’intéressait qu’aux séries américaines.
Les gens ne font que s’étourdir avec des divertissements grossiers et génériques.
Il avait aussi constaté que la maison, vaste et luxueuse, contrastait avec les habitudes de vie frugales de son propriétaire. Au salon, il avait observé un échiquier de marbre et les détails d’ornementation des pièces, finement ciselées.

Une telle maison était destinée à accueillir une famille et des enfants, pas une personne seule. Les gens perdaient le sens des vraies valeurs. Le culte de l’individualisme, du chacun-pour-soi, le révoltait.

Plus personne n’assume les conséquences de ses actes. Pour se disculper, on se contente de pointer le doigt vers ceux qui font pire que soi.
L’homme paierait pour ses fautes. Il s’en assurerait.