Malamute – Jean-Paul Didierlaurent

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

 Au Diable Vauvert – mars 2021 – 368 pages

Quatrième de couverture :
Le vieux Germain vit seul dans une ferme au cœur des Vosges. Sa fille lui impose de passer l’hiver avec Basile, lointain neveu qui vient faire sa saison de conducteur d’engin de damage dans la station voisine. Une jeune femme froide et distante qui conduit les engins des neiges mieux que tous ses collègues masculins, habite la ferme voisine, où ses parents élevaient une meute de chiens de traîneaux quarante ans auparavant. Mais bientôt, le village est isolé par une terrible tempête de neige qui, de jours en semaines puis en mois, semble ne pas vouloir s’achever. Alors l’ombre des Malamutes ressurgit dans la petite communauté coupée du monde… JPDL revient avec un grand roman situé dans un village de montagne au cœur d’une forêt omniprésente qui réunit tous les éléments du succès du Liseur du 6h27 : tendresse et humour, réalisme magique et incroyable inventivité, personnages hauts en couleur et machines broyeuses, jeunesse et relations intergénérationnelles, noirceur et rédemption…. Dépeignant la nature et des gens d’aujourd’hui dans une maîtrise narrative impeccable, Malamute est un conte moderne plein de mystère et de poésie qui enchante au moins autant que le Liseur du 6h27.

Auteur : Jean-Paul Didierlaurent vit dans les Vosges. Nouvelliste lauréat de nombreux concours de nouvelles, deux fois lauréat du Prix Hemingway, son premier roman, Le Liseur du 6h27, connaît un immense succès au Diable vauvert puis chez Folio (360.000 ex vendus). Il reçoit les prix du Roman d’Entreprise et du Travail, Michel Tournier, du Festival du Premier Roman de Chambéry, du CEZAM Inter CE, du Livre Pourpre, Complètement livres, ainsi que de nombreux prix de lecteurs en médiathèques, est traduit dans 34 pays et est en cours d’adaptation au cinéma. Jean-Paul Didierlaurent a depuis publié au Diable vauvert un recueil de nouvelles, Macadam, et les romans Le Reste de leur vie et La fissure, tous réédités chez Folio.

Mon avis : (lu en juin 2021)
Le livre commence en avril 1976, avec l’extrait du journal de Pavlina Radovic, avec son mari Dragan, depuis la Slovaquie, ils viennent d’arriver dans la station vosgienne de Voljoux pour s’installer dans une vieille ferme. Ils ont comme projet d’organiser des promenades à traineau tiré par leurs chiens Malamute.
En 2015, à Voljoux, Germain, octogénaire, vit seul dans sa ferme depuis le décès de sa femme. Françoise, sa fille qui vit en région parisienne, s’inquiète pour lui. Elle aimerait bien qu’il accepte d’aller en maison de retraite mais c’est hors de question pour Germain qui aime trop son indépendance et ses arbres de la forêt… Finalement, c’est Basile,
un petit-neveu de Germain, saisonnier comme dameur de piste à Voljoux qui va venir s’installer à la ferme pour surveiller le vieil homme. Il y a également Emmanuelle, voisine de Germain, la jeune femme est également la nouvelle collègue de Basile…
C’est au bout d’une centaine de pages que le lecteur va comprendre le lien entre 1976 et 2015… Et cette histoire étrange, angoissante va s’intensifier avec une terrible tempête de neige qui va isoler le village du reste du monde…
Je n’en raconte pas plus et malgré la tension présente à tout instant dans ce roman, j’ai bien aimé cette lecture et les personnages de Germain, d’Emmanuelle et de Basile. L’intrigue ne m’a pas complètement surprise, j’avais découvert certaines choses avant que le récit ne le dévoilent.
Merci Masse Critique Babelio et les éditions Au Diable Vauvert pour cette belle lecture.

Extrait : (début du livre)
Journal de Pavlina Radovic (traduit du slovaque) Avril 1976

Deux jours, nous avons mis deux jours pour franchir les mille trois cents kilomètres qui nous séparaient de notre nouveau domicile. Dragan avait espéré boucler le parcours en moins de vingt-quatre heures, le temps qu’il lui avait fallu les fois précédentes pour atteindre sa destination. C’était sans compter la remorque et les chiens. Pendant ces deux jours de route, les bêtes n’ont pas cessé d’aboyer et de grogner d’excitation, les babines écumantes de rage, comme pressées d’en découdre avec un ennemi invisible. Nous avons traversé plusieurs pays, franchi des fleuves larges comme deux autoroutes, longé des villes immenses, des champs infinis, des collines couvertes de vignobles, des plaines verdoyantes parsemées de villages au nom imprononçable. À mi-parcours, l’un des pneus de la remorque a éclaté et nous avons failli verser dans le fossé. Je frissonne encore à l’idée que notre aventure aurait pu s’achever au milieu de nulle part dans un bas-côté rempli d’eau croupissante, coincés entre le rêve vers lequel nous roulions et la vie que nous venions de laisser dans notre dos. L’idée d’échouer si près du but, de devoir rebrousser chemin pour retourner au pays me faisait horreur. Retrouver cette vie étroite dans laquelle je me trouvais confinée, à barboter tel un poisson dans une mare devenue trop petite, m’aurait été insupportable. Avant de changer la roue, Dragan a dû calmer les chiens qui hurlaient à la mort. Plus loin, le voyant de surchauffe moteur nous a contraints à un nouvel arrêt sur la première aire venue pour remettre du liquide de refroidissement. Les passages en douane nous ont beaucoup ralentis. Un temps précieux perdu pour des douaniers méticuleux, qui ont épluché un à un les carnets de vaccination des quatre malamutes et contrôlé leurs tatouages. Et à chaque fois l’obligation pour moi d’apaiser Dragan, de le raisonner, de lui dire que tout cela n’était rien, que l’arrivée à la maison, notre maison, n’en serait que plus belle. De la ferme, je ne connaissais que les rares photos qu’il m’en avait montrées. Plus que les clichés, c’est son enthousiasme contagieux qui m’a convertie à son projet.
 

Déjà lu du même auteur :

96496883 Le liseur du 6h27 105625583 Macadam

Petit Bac 2021
(5) Animal

Rotterdam, un séjour à fleur d’eau – Emmanuel Lemaire

  Delcourt – mars 2016 – 128 pages

Quatrième de couverture :
Échoué à Rotterdam pour un an. Emmanuel Lemaire prend son mal en patience et sa bicyclette pour découvrir cette ville en perpétuelle extension.

Auteur : Emmanuel Lemaire vit à Rouen, où il est bibliothécaire le jour et dessinateur la nuit. Il a écrit un premier album autobiographique, Rotterdam, une ville au fil de l’eau ainsi que des œuvres consacrées à la Normandie et Si j’avais rencontré les Frères Lumières.

Mon avis : (lu en juin 2021)
Après avoir découvert Emmanuel Lemaire avec sa BD : Ma voisine est indonésienne, j’ai voulu lire une de ses BD précédente : Rotterdam, un séjour à fleur d’eau. L’auteur est venu habiter à Rotterdam pour quelques mois, pour rejoindre sa « chérie » en mission de huit mois dans un projet d’extension d’une raffinerie.
Dans un carnet de voyage, Emmanuel Lemaire nous raconte son quotidien et la découverte de cette ville ultramoderne, en perpétuelle extension à l’occasion de ses escapades en vélo.
Le couple habite un appartement dans un quartier neuf de Rotterdam, au pied de l’immeuble, une école et sa cour de récréation très bruyante rythme ses journées de travail à sa table de dessin… Nous découvrons le Jour de la Reine, Keukenhof ou le royaume de la tulipe, le vélo hollandais, le port avec ses grues et ses conteneurs, les frites avec double couche de mayonnaise, le Carnaval caribéen, la ville géométrique, toute plate avec ses canaux, ses ponts et ses buildings…

Même si cette ville est ultra-moderne et froide, cette balade au bord de l’eau est instructive, pleine de poésie et d’humour…

Extrait : (début de la BD)

 

Déjà lu du même auteur :

Ma voisine est indonésienne

Petit Bac 2021
(5) Lieu

La recomposition des mondes – Alessandro Pignocchi

71QN3iX+IuL Seuil – avril 2019 – 128 pages

Quatrième de couverture :
Que se trame-t-il exactement sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes ?
Notre anthropologue dessinateur mène l’enquête : s’agit-il d’un kyste peuplé de hippies violents ? Trop drogués pour comprendre qu’il faut partir puisque le projet d’aéroport est abandonné ? Ou de l’avant-poste, en Occident, d’un nouveau rapport au monde, affranchi de la distinction entre Nature et Culture ?
L’enquête emprunte des chemins imprévisibles sur ce bocage qui, d’emblée, nous absorbe, nous transforme et recompose les liens que nous entretenons avec les plantes, les animaux et le territoire.

Auteur : Ancien chercheur en sciences cognitives et philosophie, Alessandro Pignocchi s’est lancé dans la bande dessinée avec son blog, Puntish. Son premier roman graphique, Anent. Nouvelles des Indiens Jivaros (Steinkis), raconte ses découvertes et ses déconvenues dans la jungle amazonienne, sur les traces de l’anthropologue Philippe Descola. Dans les deux suivants, Petit traité d’écologie sauvage et La Cosmologie du futur, il décrit un monde où l’animisme des Indiens d’Amazonie est devenu la pensée dominante, et où un anthropologue jivaro tente de sauver ce qui reste de la culture occidentale.

Mon avis : (lu en mai 2021)
Cette BD est comme un reportage complet sur la ZAD de Notre-Dame des Landes vu de l’intérieur. Nous découvrons que la ZAD n’est pas seulement un combat entre les pour et les opposants au nouvel aéroport, mais également une zone d’intérêt écologique et des militants qui essayent d’inventer un nouveau monde et un avenir meilleur. L’auteur donne la parole à chacun des protagonistes : zadistes, policiers, paysans…
C’est bien documenté, complet et très intéressant.
C’est très différent de ce que les médias ont voulu montrer.
Le dessin est également très réussi avec de très belles aquarelles.

Extrait :

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Petit Bac 2021(4) Lieu

Palais Bourbon – Kokopello

 Dargaud – janvier 2021 – 136 pages

Quatrième de couverture :
L’Assemblée Nationale, comment ça marche ? C’est à cette question que répond Kokopello après une vaste enquête au Palais Bourbon, qui consista aussi à suivre des députés dans leur réalité quotidienne. L’auteur décrypte et montre le fonctionnement de l’institution que tout le monde pense connaître. Travail en commission, en circonscription, débat, coulisses, organisation, équipements, rien n’a échappé à l’œil et au crayon acérés de Kokopello.

Auteur : Né le 2 décembre 1991, Kokopello entreprend des études de cinéma à l’université Paris VIII avant d’entrer comme éditeur vidéo chez Lobster films, une société de restauration de films anciens. Éditeur de films le jour, il devient dessinateur politique de nuit. Durant la campagne présidentielle, il se fait passer pour un militant lambda et parvient à infiltrer les cinq principales équipes de campagne. Pendant plusieurs mois, il croque la course à l’Élysée vue du côté des militants et dessine pour la presse. La campagne terminée, Kokopello se lance un nouveau défi : infiltrer l’Assemblée nationale. Il se rend aux séances publiques le soir et caricature les députés. Son travail est remarqué par quelques élus et après de nombreuses semaines sur les bancs de l’hémicycle, il obtient un badge qui lui permet de circuler librement dans le palais Bourbon. Une nouvelle aventure est née. 

Mon avis : (lu en mai 2021)
Dans cette BD, l’auteur a voulu nous faire découvrir les coulisses de l’Assemblée nationale ou du Palais Bourbon, avec ses codes, ses traditions, le travail des députés… L’auteur se met en scène lors de son enquête aussi bien au Palais Bourbon qu’aux côtés de plusieurs députés dans leurs différents travaux et déplacements.
Clémentine Autain posant la première pierre symbolique d’un pôle universitaire à Sevran, puis parcourant sa circonscription de Seine-Saint-Denis où elle est à l’écoute des problèmes du quotidien de ses administrés.
Cédric Villani recevant dans sa permanence parlementaire à Orsay dans l’Essonne.
François Rufin recevant une association d’agriculteurs dans son bureau de l’Assemblée, et quelques jours plus tard rencontrant des gilets jaunes entre Amiens et Abbeville.
Charles de Courson, député expert, élu depuis 26 ans siégeant à la commission des finances.
La permanence de Jean Lassalle à Oloron-Sainte-Marie est presque un musée dédié au député le plus fantasque… Avant de le rencontrer sur sa terre natale, notre reporter va rencontrer sa mère qui est également un sacré personnage ! Bien nourri, Kokopello va aider à rentrer les poules puis Marie l’envoie chercher les brebis… Ensuite il accompagnera

Jean Lassalle dans sa circonscription qui compte 219 communes auxquelles on accède par des petites routes de montagnes. Il lui faut compter 2h30 en voiture, pieds nus, pour aller d’un bout à l’autre de sa circonscription…
Matthieu Orphelin, député de Maine-et-Loire, raconte l’invitation de Greta Thunberg à l’Assemblée et son intervention devant les députés français.

Nous découvrons également les commissions, les groupes d’étude, les rencontres avec les lobbys et les associations, missions d’information, le travail parlementaire dans tout son ensemble. Nous comprenons également le fonctionnement d’un ensemble complexe, et les conditions de travail des collaborateurs, des agents de l’Assemblée.
Avec Kokopello, nous visitons également l’envers du décor de l’Assemblée nationale, avec sa salle de sport, la cafétéria, le salon de coiffure, la buvette, en passant par les chambres à coucher, la bibliothèque, le bureau de poste mais aussi la buvette des journalistes
Une BD très intéressante, très complète et également très amusante qui m’a permis de vraiment découvrir les coulisses du Palais Bourbon.

Extrait :

     

 

Petit Bac 2021
(4) Aliment/Boisson

Les attachants – Rachel Corenblit

 Le Rouergue – août 2017 – 192 pages

Quatrième de couverture :
Durant une année, le quotidien d’une jeune enseignante de primaire, Emma, nommée dans un quartier populaire, confrontée à des enfants en grandes difficultés scolaire, affective, sociale. Elle s’attache notamment à Ryan, un garçon dont on va progressivement découvrir la maltraitance. Un roman d’une grande force, à la fois émouvant et politique, dans le meilleur sens du terme : quelle école et quelle société voulons-nous pour nos enfants ? Rachel Corenblit a été enseignante en primaire puis formatrice d’enseignants pendant dix-huit ans. Elle s’est inspirée de son expérience professionnelle pour écrire ce roman.

Auteure : Rachel Corenblit vit à Toulouse avec son mari et ses deux enfants. Professeur de lettres en collège, elle est l’auteur de nombreux romans pour la jeunesse, publiés au Rouergue et chez Actes Sud Junior, ainsi que de deux romans dans la brune, Quarante tentatives pour trouver l’homme de sa vie (2015) et Les attachants (2017).

Mon avis : (relu en mai 2021)
Lorsque j’ai emprunté le livre L’année des pierres, je me rappelais avoir déjà lu un livre de Rachel Corenblit, celui-ci, mais impossible de retrouver le billet fait à l’occasion de cette lecture… Un oubli que j’ai voulu rattraper en le relisant.
Après plusieurs mois de vacations dans différentes écoles, Emma, jeune enseignante, vient d’être
nommée à son premier poste fixe à l’école des Acacias, dans un quartier défavorisé de Toulouse. Durant une année scolaire, elle raconte son quotidien avec ses élèves : Ryan, Michel, Caïn, Dimitri, Karima, Molly, Myriam, Yaël, Emir, Lola, Allan…
Des enfants en difficultés, à la fois attachants et « attachiants » qui vivent chez eux des choses difficiles voir dramatiques et pour qui l’école est un havre de paix…
Un récit touchant, authentique qui ne laisse pas indifférent. Un coup de cœur.

Extrait : (début du livre)
Le gamin se tenait devant la porte, qu’elle avait laissée entrebâillée.
Emma. Elle s’appelle Emma. Elle trouve son prénom trop simple. Elle aurait adoré se nommer Iphigénie ou Cassandre. Un prénom qui résonne, qui a une histoire. Élisabeth, ou même Athéna. On ne prononce pas Athéna de façon anodine. Les références collées au nom que l’on porte, c’est comme si on avait déjà vécu une vie.
Elle enseigne depuis quelques années, pas trop longtemps mais suffisamment pour avoir des réflexes. Elle sait qu’il vaut mieux, pour certaines familles, qu’elles trouvent une porte ouverte. Tout l’art de la première rencontre. Gérer les imprévus. Frapper à une porte, c’était comme demander une autorisation et pour ces familles-là, demander une autorisation, n’importe laquelle, c’était délicat.
Il la fixait, silencieux, avec son cartable dans le dos, ses cheveux ébouriffés et sa grande bouche aux lèvres gercées. Il était immense, pour son âge, sa veste trop courte laissait apparaître des poignets fins de fille et ses bras étaient des brindilles fragiles, tout comme ses longues jambes.
Il a attendu, sans se signaler, qu’Emma lui fasse signe d’entrer et il s’est avancé lentement, comme s’il se méfiait. Une drôle de démarche, un peu bancale, pas rassurée. Sa mère s’était imposée à ses côtés, avec deux autres petits enfants. À vue de nez, deux, trois ans, pas plus. Incapables de rester immobiles. La femme les tenait par la main, un à gauche et l’autre à droite, et ils l’écartelaient en grognant, sans paroles, en reniflant, débraillés et hirsutes.
Emma s’est levée et s’est approchée, sans faire de grands gestes, sans les effrayer. Pas de brusquerie, de maladresse. Songer aux animaux craintifs qu’on essaie de ne pas faire fuir. Mais il était huit heures vingt-cinq. Elle devait protester, pour le principe. Elle était contrariée. Ce n’était pas sérieux, pas correct, totalement malpoli. Ils avaient rendez-vous une bonne quarantaine de minutes avant, afin qu’elle ait le temps de présenter à Ryan sa nouvelle école, sa classe, les cahiers, les manuels. Un bon moment qu’elle attendait, assise derrière son bureau, à aligner des feuilles photocopiées. À tenter de relativiser ce retard. On ne fait pas exprès de rater la première journée de son enfant. Ce n’est pas un acte qu’on prémédite.

Petit Bac 2021
(4) Adjectif

Déjà lu du même auteur :

9782330053758 (1) 146298 61Tn7kiUzgL L’année des pierres

Prends bien soin de toi ! – Rudo

Masse Critique Babelio

71N8vtCMwzL Bamboo – mai 2021 – 72 pages

Quatrième de couverture :
Après vingt ans de carrière dans le dessin et l’illustration, Geoffroy doit changer de profession. Sans argent, au bord de la séparation, pour vivre, on lui conseille de trouver un « vrai » métier. Mais quoi faire quand on a 42 ans et qu’on a tenu un crayon toute sa vie ? De déconvenue en refus pur et simple, Geoffroy saisit la chance qui se présente quand on lui propose un remplacement dans un EHPAD. Lui qui passait ses journées seul à sa table à dessin, se retrouve à faire la toilette à des malades d’Alzheimer, à aider des employés débordés et à faire face à une direction qui n’a pour objectif que de réaliser des profits pour le bien-être des actionnaires aux dépens de celui des pensionnaires.

Auteur : Dessinateur et illustrateur de presse depuis la fin de années 90, c’est à Fluide Glacial qu’il fait ses premiers pas. Son trait humoristique l’amène à collaborer avec différents magazines ( Spirou, Le Journal de Mickey, Science et vie Junior…). C’est en 2005, aux éditions Bamboo, qu’il publie Wesh Wesh Crew ,sa première série sur le graffiti, qu’il pratique en parallèle du dessin. Depuis, il a publié 15 albums d’humour chez différents éditeurs (Soleil, Delcourt, Vents d’Ouest, Jungle). Depuis 2017, Geoffroy n’avait pas retouché un crayon pour se réorienter vers le métier d’aide-soignant. Prends soin de toi  est donc un retour aux sources à la bande dessinée et le témoignage de cette période de silence.

Mon avis : (lu en mai 2021)
Le narrateur, Geoffroy est dessinateur et illustrateur depuis une vingtaine d’années lorsqu’il doit trouver un « vrai métier »… En effet, à cours de contrat et ayant expressément besoin d’argent, à 42 ans, il doit se résoudre à trouver un nouvel emploi… Durant deux années, il va travailler dans un EHPAD comme adjoint de soins. Dans un premier temps, il est affecté dans une unité spécialisée pour les malades d’Alzheimer, le travail est ingrat, mais Geoffroy se sent utile, il est là pour chouchouter les patients. Ensuite, il est employé dans un service classique où les conditions de travail sont très différentes, c’est la rentabilité de l’établissement exigée par les actionnaires, au détriment du temps passé et la qualité du service auprès de chaque résident.
En racontant une expérience très personnelle, Geoffroy montre l’humanité, l’engagement et la générosité des équipes soignantes qui, tant bien que mal, tentent d’assurer des soins de qualité et d’être attentif aux plus faibles. Il livre un témoignage juste et sensible sur la situation des pensionnaires comme du personnel de cet EHPAD.
En filigrane, Geoffroy évoque également la précarité du métier de dessinateur et illustrateur. Un métier de passion qui ne permet pas toujours de faire vivre correctement une famille…

Merci à Babelio pour ce Masse Critique spéciale qui m’a permis de découvrir cette bande dessinée.

Extrait : (début de la BD)

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Vent mauvais – Cati Baur

912lx+ktfuL Rue de Sèvres – juin 2020 – 185 pages

Quatrième de couverture :
« Je m’appelle Béranger, parisien,
quarante-quatre ans, huit kilos en trop
et deux filles en garde alternée.
Je suis scénariste. J’ai écrit une grosse
comédie il y a quinze ans, qui repasse
presque chaque Noël.
J’ai aussi une maîtresse
et une ex-femme qui me fait chier.
Pour les kilos, je cours.
Pour l’ex-femme, je ne sais pas,
la seule solution est de partir loin…
Midlife crisis. Ça passe, il paraît… »

Auteur : Cati Baur est née en 1973 à Genève. Elle a exercé de nombreux métiers : libraire, « blonde de l’accueil », assistante d’édition en bande dessinée… Elle a également tenu un blog de dessin et publié en plus de l’adaptation des Quatre sœurs, deux autres bandes dessinées à ce jour : J’arrête de fumer et Vacances. 

Mon avis : (lu en avril 2021)
Juste avant mon départ pour aller me confiner au bord de la mer, j’ai pris cette BD pour ces éoliennes… Là-bas, le sujet est très sensible et j’imaginais que cette BD était documentaire… Il n’en est rien, il s’agit plutôt de l’histoire de Béranger, 44 ans, scénariste, qui a décidé de quitter la ville pour s’installer à la campagne. N’ayant pas beaucoup d’argent, il a trouvé une petite maison pas chère car étant installée devant un champ d’éoliennes… Pour la plupart des gens du village, ces éoliennes sont une plaie, elles rendent fou, malade… mais Béranger les aime, il les trouve majestueuses, il ne se lasse pas de les regarder tourner, le mouvement et le rythme l’aide à se concentrer dans son travail… Béranger est divorcé, père de deux adolescentes Lison et Violette.
L’autre personnage de cette histoire, c’est Marjolaine, elle a 34 ans, elle est nature et originale, elle conduit le bibliobus du village, elle s’occupe de ses vieux parents, anciens agriculteurs qui ont loué leurs terres à la compagnie d’électricité coupable d’avoir installé les éoliennes… Elle aime jouer au Scrabble et rêve d’ouvrir sa librairie. Très attachante, elle va sympathiser avec Béranger et très bien s’entendre avec sa fille Lison…
Béranger fréquente également les habitants du village qui sont en froid avec Marjolaine la tenant responsable de la présence et des maux des éoliennes…
Une année face aux éoliennes où nos personnages naviguent entre le quotidien, la poésie de la nature et pour finir une conclusion brutale, inattendue et surprenante…
Une belle découverte.

Extrait :

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Petit Bac 2021
(4) Météo

L’année des pierres – Rachel Corenblit

61Tn7kiUzgL Casterman – août 2019 – 412 pages

Quatrième de couverture :
Ce n’est pas parce qu’on est tous paumés et loin de chez nous qu’on se ressemble.
Ce n’est pas parce qu’on devient amis que les choses seront plus simples.
Ce n’est pas parce qu’ils nous prennent pour cibles qu’ils sont nos ennemis.
Ce n’est pas parce qu’on est montés dans ce bus qu’on en redescendra indemnes.

Auteur : Après des études de philosophie, Rachel Corenblit se tourne vers l’enseignement en 1997. Elle exerce aujourd’hui à Toulouse en tant que professeur des écoles. Elle est l’auteur de plusieurs romans.

Mon avis : (lu en mai 2021)
En empruntant ce livre à la bibliothèque début avril, je n’imaginais pas qu’il serait malheureusement d’actualité…
Daniel, Christophe, les jumelles Anna et Anaïs, Jérémy et Sonia, cousin et cousine, Amir, Benjamin, Rose, Lucille sont pensionnaires au lycée français de Jérusalem. En décembre 1987, ils sont en excursion dans un autobus en direction du mur de Jéricho et soudain ils deviennent la cible de Palestiniens en colère, le bus est attaqué à coup de pierres…
Mon avis sur ce livre est mitigé car j’ai peiné à le lire… Cela commence fort avec le cœur de l’histoire soit l’attaque. Ensuite, Daniel est le narrateur et il raconte l’histoire des dix adolescents et comment ils se sont retrouvés là, ensemble ce jour-là. La plupart n’a pas choisi de passer cette année en Israël. Ils ont 16 ans et des préoccupations de leur âge. Ils sont très loin du conflit israélo-palestinien qui se passe autour d’eux… Il y aura un avant plutôt insouciant et un après cette attaque brutale où les jeunes vont s’interroger sur leur avenir…
Je suis contente d’avoir pu terminer cette lecture mais j’ai trouvé qu’elle manquait de rythme et que les nombreuses histoires des dix protagonistes brouillaient le message de l’absurdité de cette guerre et des multiples impacts qu’il en découle.

 

Extrait : (début du livre)
Décembre1987
La terre est rouge. Diluée dans les roches, le sable, et des palmiers encadrent la route qui longe la ville, comme au garde-à-vous.
La terre est rouge et absorbe la chaleur du soleil. Elle l’incorpore. Elle la digère. On pourrait presque la voir bouillir, cette terre qui forme sur le bas-côté des tas inégaux, des ondulations que le vent défait.
C’est Jéricho, quoi, quand même, avec ses trompettes et ses murs, son folklore. Les bus de touristes passent devant avec les guides à bord, qui doivent raconter toujours la même histoire, la légende, la Bible. Les textes saints. Au micro, ça décrit l’effondrement des murailles et certains se penchent derrière les vitres teintées pour les apercevoir. Ça blablate, ça brode, ça enjolive un passé de massacres et d’apocalypse.
Mais ils sont où, ces murs que Dieu a fait s’écrouler ?
Est-ce qu’on peut les contempler ?
Ils sont déçus, un peu, les gens, avec leurs appareils photo en bandoulière, leurs casquettes vissées sur le haut du crâne, leur Coca frais dans la glacière, de ne rien voir, que les façades des maisons récentes qui ressemblent à des ruines à force d’être toujours en construction, jamais achevées. Les toits plats, les minarets, les falaises derrière, d’un rouge plus pâle, presque roses dans leur élancement vers le ciel.
Bleu, le ciel. Il n’a pas beaucoup plu, cette année, à se demander comment le Jourdain trouve la force de couler, où il puise son eau, ce brave ruisseau, ce ruban silencieux qui va s’abandonner dans la mer Morte, un filet, essoufflé et si courageux.
Il en faut du courage pour traverser cette terre.
Verte aussi par endroits. Des champs. Des plantations que les touristes n’identifient pas forcément et de toute façon, ils s’en fichent. Ils veulent du divin, du passé, de l’émotion archéologique. Et pourtant, ces carrés, ces rectangles, toute cette géométrie, vue du ciel, doit être belle. Esthétique. Un vert passé, usé, qui résiste au goutte-à-goutte des cieux, que les hommes cultivent et parfois, abandonnent. Alors la route se parsème, sur les bas-côtés, d’un jaune fané, brûlé, rogné comme des regrets. Comme si plus rien ne valait la peine. Comme si ce pays achevait l’espoir de ceux qui tentaient de le faire croître et multiplier.
C’est Jéricho, donc.
À deux cents mètres sous le niveau de la mer. On peut s’imaginer qu’un beau jour, prise de folie, celle-ci déborde : des plages de Tel-Aviv, la voilà qui remonte vers Jérusalem, dépasse les collines, suit les traces de la route qui s’élance vers les hauteurs. Emportée par son élan, elle engloutit tout sur son passage. Le mur des Lamentations et l’esplanade des Mosquées et le Saint-Sépulcre. Elle plonge vers la vallée du Jourdain pour la recouvrir. Au nord, Jéricho et plus loin, la Galilée. Au sud, la mer Morte, ses boues noires, ses eaux trop salées. Elle comble le trou, elle rétablit l’équilibre et remet les niveaux à zéro.
Ce serait peut-être une solution.
Que la mer se révolte et qu’elle emporte sur son passage les hommes, leurs monuments, leurs querelles, leurs empreintes, leurs mensonges et leurs dieux. Qu’il ne reste rien d’eux.

Petit Bac 2021
(4) Objet

 

Déjà lu du même auteure :

9782330053758 (1) 146298

 

Valentine, tome 6 – Vanyda

 Dargaud – octobre 2014 – 96 pages

Quatrième de couverture :
Sixième et dernier tome de Valentine : Vanyda nous mène au bout de l’adolescence de son personnage. Après de grands moments de solitude et de grandes interrogations, Valentine parvient enfin à être vraiment elle-même. Elle a grandi et décide de choisir à présent la société dans laquelle elle évolue : ses amis, ses activités, ses choix politiques, le rapport à sa famille. Le retour de Charles, ce beau garçon très attentionné, n’est pas pour rien dans ce passage à l’âge adulte ! Le retour de Charles, le beau garçon attentionné, n’est pas pour rien dans ce passage à l’âge adulte !

Auteur : Vanyda Savatier (plus connue sous son seul prénom) est une auteur d’origine franco-laotienne de bande dessinée apparentée à La Nouvelle Manga. Élève des Beaux Arts de Tournai (Belgique). Elle forge son style grâce à l’influence des dessins animés japonais. Elle fusionne ainsi le style mangas – BD franco-belge. Elle vit actuellement à Lille. Son blog: http://vanyda.fr/
Elle est l’auteure de deux autres trilogies : « L’immeuble d’en face » (La Boîte à bulles) et « Celle que… » (Dargaud). Cette dernière série paraît en intégrale en 2015 ; elle a également été reprise, en couleurs et en six volumes cartonnés, sous le titre de « Valentine » (Dargaud) entre 2012 et 2014. En janvier 2014, Vanyda crée le magnifique « Un petit goût de noisette » (Dargaud), roman graphique en noir et blanc, relevé par quelques touches de couleur, qui met en scène des histoires d’amour… Deux ans plus tard, Vanyda revient avec un nouveau one shot, « Entre ici et ailleurs » (Dargaud). Toujours chez le même éditeur, elle publie avec Nicolas Hitori De le premier tome de « Mia & Co » en 2016. Primée dans de très nombreux festivals de BD et plusieurs fois sélectionnée à Angoulême, Vanyda a été récompensée par le très sérieux ?Publishers Weekly’ pour la version anglaise de « L’immeuble d’en face », sacré manga de l’année. En 2019, elle revient avec « Un petit goût de noisette et de fruits rouges », proposant des nouveaux fragments d’histoires de cœur.

Mon avis : (lu en mars 2021)
Voilà le sixième et dernier album de la série Valentine (six tomes) , l’équivalent de la deuxième moitié du tome « Celle que je suis » dans la série « Celle que… ».
C’est un album autour du sentiment amoureux, Valentine a mûri, elle s’est affirmé, elle fait ses propres choix dans ses amitiés. Elle est plus sereine par rapport à son passé et elle est prête pour construire son avenir !
Valentine découvre son premier amour, c’est raconté avec sensibilité, tendresse et pudeur.

Cette série est une très belle manière de raconter l’adolescence, cet âge entre collège et lycée, entre l’insouciance et les premiers questionnements sur son avenir… 
J’aime beaucoup le style du dessin épuré dans l’esprit manga, comme la construction des planches, avec une même scène vue sous plusieurs angles, avec des zooms, de nombreuses planches muettes…

Extrait : (début de la BD)

      

 

Déjà lu du même auteur :

un-petit-gout-de-noisette-tome-1-sans-titre Un petit goût de noisette 1 un-petit-gout-de-noisette-tome-2-sans-titre Un petit goût de noisette 2

91qgXNmpNsL Valentine, tome 1   Valentine, tome 2

81GAYCfhIzL Valentine, tome 3  Valentine, tome 4

Valentine, tome 5 

 

 

Les enfants sont rois – Delphine de Vigan

 Gallimard – mars 2021 – 352 pages

Quatrième de couverture :
« La première fois que Mélanie Claux et Clara Roussel se rencontrèrent, Mélanie s’étonna de l’autorité qui émanait d’une femme aussi petite et Clara remarqua les ongles de Mélanie, leur vernis rose à paillettes qui luisait dans l’obscurité. “ On dirait une enfant ”, pensa la première, “elle ressemble à une poupée”, songea la seconde.Même dans les drames les plus terribles, les apparences ont leur mot à dire. »À travers l’histoire de deux femmes aux destins contraires, Les enfants sont rois explore les dérives d’une époque où l’on ne vit que pour être vu. Des années Loft aux années 2030, marquées par le sacre des réseaux sociaux, Delphine de Vigan offre une plongée glaçante dans un monde où tout s’expose et se vend, jusqu’au bonheur familial.

Auteure : Delphine de Vigan a publié en 2001 Jours sans faim, son premier roman, sous pseudonyme. Elle est l’auteur des Jolis garçons, d’Un soir de décembre, de No et moi (prix des Libraires 2008) et des Heures souterraines. Jours sans faim apparaît aujourd’hui comme un chapitre en creux de Rien ne s’oppose à la nuit, immense succès de la rentrée 2011.

Mon avis : (lu en avril 2021)
Un livre pour réveiller nos consciences sur les dérives des réseaux sociaux et en particulier des chaînes créées par des parents pour mettre en scène leurs enfants. Dans cette histoire, il y a d’un côté Mélanie qui a toujours rêvé de participer à une émission de téléréalité, pour être célèbre et aimée du public… de l’autre côté, il y a Clara, une jeune femme au look adolescent, célibataire, travaillant comme procédurière à la PJ (police judiciaire), elle est là pour collecter tous les éléments d’une enquête pour constituer le dossier le plus complet possible transmis à la justice. 
A travers de nombreuses vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, Mélanie met en scène au quotidien Sammy et Kimmy, ses deux enfants de 11 et 6 ans. Jusqu’au jour où la petite Kimmy disparaît… Clara Roussel, l’enquêtrice, va éplucher toutes les éléments publiés par la famille sur internet pour comprendre ce qui s’est passé. Elle va découvrir l’univers effroyable des influenceurs. Un roman implacable et dérangeant, l’auteure s’est très bien documenté et tout ce qu’elle raconte est malheureusement vrai. 

Extrait : (début du livre)
BRIGADE CRIMINELLE – 2019
DISPARITION DE LENFANT KIMMY DIORE
Objet : Transcription et exploitation des dernières stories Instagram postées par Mélanie Claux (épouse Diore).

STORY 1

Diffusée le 10 novembre, à 16 h 35.

Durée : 65 secondes.

La vidéo est filmée dans un magasin de chaussures.

Voix de Mélanie : « Mes chéris, nous sommes arrivés chez Run-Shop pour acheter les nouvelles baskets de Kimmy ! Hein, mon petit chat, tu as besoin de nouvelles baskets car les autres commencent à être un peu serrées ? (La caméra du téléphone portable se tourne vers la petite fille qui met quelques secondes avant d’acquiescer, sans grande conviction.) Alors, voici les trois paires que Kimmy a sélectionnées en 32 (À l’image, les trois paires sont alignées.) Je vous les partage de plus près : une paire de Nike Air dorées de la nouvelle collection, une paire d’Adidas trois bandes et une paire sans marque avec un renfort rouge… Il va bien falloir qu’on se décide et, comme vous le savez, Kimmy déteste choisir. Alors mes chéris, on compte vraiment sur vous ! »

À l’écran un mini-sondage Instagram apparaît en surimpression :
« Que doit prendre Kimmy ?
A- Les Nike Air
B- Les Adidas
C- Les baskets premier prix. »

Mélanie retourne le portable vers elle pour conclure : « Mes chéris, heureusement, vous êtes là et c’est vous qui décidez ! »

Petit Bac 2021
(5) Être Humain

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