Une saison à l’ONU, Au cœur de la diplomatie mondiale – Karim Lebhour, Aude Massot

71dgt7TZBuL Steinkis – octobre 2018 – 207 pages

Quatrième de couverture :
En 1945, l’Organisation des Nations unies est créée pour maintenir la paix et la sécurité dans le monde. Ce « machin », comme l’appelait le général de Gaulle, tout le monde en a entendu parler, mais combien savent exactement ce que fait l’ONU et comment elle fonctionne ? Karim Lebhour a été correspondant de presse au siège de New York pendant quatre ans. Dessinées par Aude Massot, ses chroniques parfois décalées, souvent drôles, toujours édifiantes font vivre les coulisses de la seule instance internationale dans laquelle tous les pays peuvent faire entendre leur voix.

Auteurs : Karim Lebhour a été correspondant à l’ONU de 2010 à 2014, après cinq ans au Proche-Orient où il a écrit Jours tranquilles à Gaza (récit préfacé par Stéphane Hessel). De son expérience à l’ONU, il avait tiré un premier reportage pour La Revue Dessinée avec James et Thierry Martin, publié au printemps 2014. Karim doit son éducation à la BD à la bienveillance du personnel de la Fnac de Grenoble qui le laissaient lire dans les rayons. II travaille aujourd’hui pour International Crisis Group Washington.
Sortie des ateliers BD de l’école bruxelloise Saint-Luc en 2006, Aude Massot entame à Paris une carrière de storyboarder dans le dessin animé, et s’installe stratégiquement entre une librairie BD et son bistrot préféré. Après un séjour à Montréal, elle devient l’auteur de Québec Land, un journal dessiné sur le quotidien d’un couple d’expatriés français au Québec (Sarbacane). En 2015, elle réalise une enquête sur le Samu social de Paris, Chronique du 115 (2017).

Mon avis : (lu en mai 2020)
Karim Lebhour a été correspondant de presse pour RFI au siège de l’ONU à New York pendant quatre ans, de 2011 à 2013. Dans l’esprit des chroniques de Guy Delisle ( ), l’auteur nous raconte son quotidien à l’ONU.
Tout d’abord, il nous explique « comment ça marche » avec l’Assemblée Générale et ses 193 États membres, le Conseil de Sécurité composé de cinq membres permanents (Chine, États-Unis, France, Royaume Uni et Russie) et dix membres élus pour deux ans, puis la galaxie ONU avec les Casques Bleus, le Secrétaire Général, le Conseil économique et social, la Cour internationale de justice et la Cour pénale internationale de La Haye…
L’ONU a également créé plusieurs agences et programmes pour soutenir son action (OMS : organisation mondiale de la santé, UNESCO : organisation pour l’éducation, la science et la culture, UNICEF : fonds pour l’enfance, UNHCR : agence pour les réfugiés…).
Entre du purement documentaire et des anecdotes personnelles et amusantes, cette BD nous permet de comprendre le fonctionnement et les enjeux de cette institution.
L’ONU est une véritable usine à gaz, où chaque État membre y défend ses intérêts nationaux, en particulier les cinq membres permanents du conseil de sécurité et leur fameux droit de veto, ces grandes puissances votent plus pour leurs intérêts que pour l’intérêt commun… C’est un lieu où les états peuvent se rencontrer mais décident rarement de quelque chose, une tribune devant le monde où des dictateurs peuvent se  montrer et où les ennemis se serrent les mains devant les caméras pour mieux se déchirer mutuellement après…
Côté anecdotes, il y a l
e discours du ministre indien qui ne se rend compte qu’au bout de longues minutes qu’il est en train de lire le texte de son homologue portugais et non le sien… Ou l’interview 100% langue de bois de Ban-Ki-Moon, le Secrétaire Général, qui prend soin de ne fâcher personne en utilisant les mêmes éléments de langage pour chacune des questions posées…
Un témoignage instructif et passionnant à lire sur la diplomatie mondiale.

Extrait : (début de la BD)

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Petit bac 2020a
(5) Amour

Bed Bug – Katherine Pancol

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – janvier 2020
– 8h24 – Lu par Audrey Botbol

Albin Michel – octobre 2019 – 352 pages

Quatrième de couverture :
« Rose est une jeune biologiste. Elle fait des recherches à Paris et à New York sur une luciole qui semble très prometteuse pour la recherche médicale. Si elle étudie avec une grande maîtrise l’alchimie sexuelle des insectes et leur reproduction, elle se trouve totalement désemparée face à Léo quand elle en tombe amoureuse. La vie n’est pas comme dans un laboratoire. Et ce n’est pas sa mère (cachée derrière des lunettes noires) ni sa grand-mère (qui parle à Dieu et à ses doigts de pied) qui vont pouvoir l’aider. »
Autour de Rose s’agite une constellation attachante et pancolienne : un amoureux qui a tout l’air d’un goujat sexy, un scientifique vénézuélien qui étudie le sperme des grillons, une chercheuse obèse qui tombe amoureuse toutes les 28 secondes ou une mère reine des abeilles… Mais tout cela est bien moins léger qu’il n’y paraît…

Auteur : Katherine Pancol s’est imposée dès son premier roman Moi d’abord comme l’une des nouvelles voix de la littérature. Depuis sa saga Les Yeux jaunes des crocodiles, La Valse lente des tortues, Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi, la trilogie des Muchachas et Trois Baisers, elle est devenue l’un des auteurs français les plus lus dans le monde (traduit dans 31 pays dont les États-Unis).

Lecteur : Audrey Botbol a démarré sa carrière dans la chanson. Elle élargit très vite son champ à celui de la voix en général : doublages de films, séries, dessins animés, enregistrement de pubs, voice over… Elle compose, écrit et interprète aussi de nombreux titres pour des bandes originales de longs métrages.

Mon avis : (écouté en avril 2020)
J’ai accepté de recevoir ce livre audio, après avoir entendu une interview de Katherine Pancol très enthousiaste et à fond sur tous les insectes qui peuplent ce livre !
J’ai toujours aimé observer ces petites bêtes donc j’étais curieuse de les découvrir dans ce roman.
L’héroïne de cette histoire, Rose est biologiste. Elle travaille à Paris dans un laboratoire de recherches sur la luciole alsacienne, Lamprohiza splendidula. Ses résultats sont prometteurs et devraient s’appliquer à la recherche médicale.  Leo est un chercheur américain qui travaille également sur une luciole, celle-ci est américaine, Photuris versicolor. Tous deux se sont rapprochés professionnellement et travaillent de concert.
Autant Rose est une pointure dans son travail de chercheuse, autant elle est totalement submergée par ses émotions qu’elles soient amoureuses ou relationnelles…
Dans ce roman, Katerine Pancol met en parallèle le comportement des humains, ici Rose, Leo et celui des insectes et petites bêtes.
L’auteure s’est attachée à ce que tous les passages scientifiques soient véridiques et elle les a donc fait relire par un biologiste.
J’ai surtout été intéressée par la partie biologie et « petites bêtes » qui sont finalement assez peu présentes dans l’ensemble de l’histoire, pour le reste de l’intrigue j’ai trouvé cela distrayant mais sans surprise.

Merci et Audiolib pour cette lecture mitigée.

Extrait : (début du livre)
Rose invita Leo à dîner un mardi soir huit jours avant Noël.
Elle avait hésité, se balançant sur les marches du laboratoire où ils avaient passé la journée à étudier Lamprohiza splendidula, une petite luciole de la famille des Lampyridae, qui vivait en Alsace et produisait une molécule prometteuse pour le traitement du cancer avec, en outre, une action régénérante sur les tissus cutanés. Le directeur du laboratoire se frottait les mains à l’idée d’exploiter cette découverte.
Rose s’était aussitôt demandé si c’était une bonne idée d’inviter Leo à dîner. Elle avait mordillé ses ongles, froissé et défroissé un pan de sa blouse de labo qui dépassait de son manteau, calculé le nombre exact de jours qu’il restait avant Noël. Leo repartait pour New York. Il fallait qu’elle l’invite, c’était une question de courtoisie, une manière de souligner que leur collaboration, ces six derniers mois, s’était bien passée, qu’elle avait été fructueuse, que leurs travaux pourraient déboucher sur une réelle avancée scientifique. Pour les malades atteints du cancer du sein et du poumon, et pour les grands brûlés, par exemple. Rose aimait être « utile ». Elle trouvait que ce mot était le plus beau de la langue française. Et s’il y avait deux choses que Rose aimait par-dessus tout, c’étaient les mots et les insectes.
Le lendemain, le laboratoire fermerait pour quelques jours. C’était donc maintenant ou jamais.

Déjà lu du même auteur :

les_yeux_jaunes_CD  Les yeux jaunes des crocodiles

Petit bac 2020a
(4) Animal

La Femme révélée – Gaëlle Nohant

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Audiolib – 9h45 – Lu par Claudia Poulsen

Grasset – janvier 2020 – 384 pages

Quatrième de couverture :
Paris, 1950. Eliza Donneley se cache sous un nom d’emprunt dans un hôtel miteux.
Elle a abandonné brusquement une vie dorée à Chicago, un mari fortuné et un enfant chéri, n’emportant que son Rolleiflex et la photo de son petit garçon. Pourquoi la jeune femme s’est-elle enfuie ? Seule dans une ville inconnue, Eliza, devenue Violet, doit se réinventer.
Vingt ans plus tard, au printemps 1968, Violet peut enfin revenir à Chicago. Elle retrouve une ville chauffée à blanc par le mouvement des droits civiques, l’opposition à la guerre du Vietnam et l’assassinat de Martin Luther King. Partie à la recherche de son fils, elle est entraînée au plus près des émeutes qui font rage au cœur de la cité.

Auteure : Née à Paris en 1973, Gaëlle Nohant vit aujourd’hui à Lyon. La Femme révélée est son quatrième roman après Légende d’un dormeur éveillé (prix des Libraires 2018), La Part des flammes (prix France bleu/Page des Libraires, 2015 et prix du Livre de Poche, 2016), et L’Ancre des rêves (prix Encre Marine, 2007). Elle est également l’autrice d’un document sur le rugby et d’un recueil de nouvelles, L’Homme dérouté

Lectrice : Claudia Poulsen donne sa voix pour l’amour des livres, de l’écriture et des auteurs, mais aussi pour la publicité et le doublage. Elle joue au théâtre, travaille pour la télévision et l’opéra. Elle est également autrice, réalisatrice et interprète de ses propres chroniques.

Mon avis : (écouté en avril 2020)
Paris en 1950, Eliza Bergman est devenue Violet Lee. Elle a tout quitté, même Tim, son fils de huit ans, pourtant qu’elle aime plus que tout, il ne lui reste que sa photo. Arrivée à Paris en urgence, avec comme seuls bagages, un appareil-photo qui ne la quitte jamais, quelques bijoux et surtout de la peur…
Beaucoup de secrets et d’interrogations autour de Violet/Eliza, c’est une femme courageuse, intuitive, attachante. Douée pour la photo, elle révèle avec ses clichés sa sensibilité aux autres. Elle fait de belles rencontres en les personnes de Rosa, la prostituée, de Robert Cermack, l’ami photographe, de Sam, le bel américain, de Brigitte, l’étudiante fréquentant les caves de Saint-Germain-des-Prés, d’Horatio, le musicien noir…
Dix-huit plus tard, Violet/Eliza pourra enfin rentrer à Chicago avec l’espoir de revoir enfin son fils. Après tant d’années, comment va-t-il accueillir cette mère qui l’a abandonné ? 1968, Martin Luther King a été assassiné, le mouvement des droits civiques et les opposants à la guerre du Vietnam sont dans les rues. Violet/Eliza participera à ses émeutes qui embrasent la ville.

Dans cette histoire, il est question d’exil, d’amour, d’art, de liberté et peu à peu le lecteur va comprendre la raison de cette fuite et pourquoi une mère peut partir en abandonnant son enfant. L’histoire est captivante et le lecteur découvre deux époques et deux continents. L’auteure s’est bien documentée et moi qui en connaissait peu sur ces sujets, j’ai trouvé très intéressant de découvrir un Paris d’après guerre très bien décrit et j’ai beaucoup appris sur la condition des Afro Américains à Chicago parqués  dans des ghettos, la ségrégation existe toujours même si elle n’est pas nommée…
Un livre très agréable à écouter que j’ai beaucoup aimé.

Extrait : (début du livre)
Au réveil, elle a oublié l’enchaînement des événements qui l’ont conduite dans cet hôtel miteux où elle s’efforce de se rendre invisible. Un bruit incongru la tire du sommeil, ou une odeur inexplicable. Elle se tourne sous le drap rêche, se cogne contre un mur. Que fait-il là, ce mur ? Elle ouvre les paupières, acclimatant sa vue à la pénombre, striée par les tranches de jour qui entrent par les vieilles persiennes. Le papier peint défraîchi la frappe comme une anomalie, réveille sa mémoire. Remontent tous les détails de sa fuite, le temps étiré, suspendu, précipité dans les battements du sang. Les veilles enroulée dans son imperméable, ses pieds brisés par les longues stations dans les escarpins, cette application à fuir les regards, donner le change, paraître savoir où elle allait.
Eliza Bergman, née trente et un ans plus tôt par une nuit de chaos, s’est évanouie dans les brumes du lac Michigan, qui escamotent les cadavres et les charognes. Tout ce qu’il est préférable de cacher.
Elle a longtemps différé sa fuite, tergiversé, dressant des arguments objectifs et des peurs irrationnelles contre son instinct. Elle a attendu de n’avoir plus le choix pour s’armer de courage, descendre dans les soubassements de la ville, affronter ceux qui pouvaient l’aider. Le genre d’amis qu’on préfère ne pas cultiver, qui font payer cher leurs services et ne vous laissent jamais quitte. Elle le savait déjà, à l’instant où le petit voyou italien lui a tendu le passeport au-dessus du comptoir d’un bistrot borgne. Elle l’a ouvert et étudié en silence, frappée par la ressemblance physique.

Petit bac 2020a(x) Amour

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Déjà lu de la même auteure :

l_ancre_des_reves L’ancre des rêves

 

A la vie ! – L’Homme Étoilé

71O+5b52GiL Calmann Levy Graphic – janvier 2020 – 192 pages

Quatrième de couverture :
Avec Roger, l’Homme étoilé met une claque à la maladie sur les sons endiablés des tubes de Queen. Avec Mathilde, il apprend à parler le suédois, Edmond lui lance un véritable défi gastronomique et Nanie finit par l’adopter, en parfaite nouvelle grand-mère.
Dans ce roman graphique plein d’humanité, émouvant et drôle, l’Homme étoilé raconte la vie aux soins palliatifs avec douceur, pudeur, amour et humour.

Auteur : Xavier, alias LHomme étoilé, est l’infirmier aux plus de 1OO OOO abonnés sur Instagram, qui raconte la vie aux soins palliatifs avec douceur, pudeur, amour et humour.

Mon avis : (lu en mai 2020)
Avant le début du confinement, j’ai pris quelques livres et BDs pour passer les premières semaines (officiellement 2 mais je me doutais bien que cela allait durer un peu plus…)
Parmi les BDs, il y avait celle-ci. Mais vu les circonstances et un peu par superstition, je repoussais jour après jour le moment où j’allais m’y plonger. Et j’avais tort car comme l’annonce le bandeau publicitaire de la bande dessinée,  Xavier, alias l’Homme étoilé sur Instagram, est « l’infirmier qui transforme les soins palliatifs en bulles d’amour ».
Avec un coup de crayon épuré et plein de rondeurs, l’Homme étoilé raconte des moments de vie dans le service de soins palliatifs où il travaille.
A travers ses rencontres avec les personnages touchants de Roger, Mathilde, Marie, Nanie, Edmond, Christine et Blanche, l’Homme étoilé raconte avec une grande tendresse le quotidien de ce service qui fait peur et nous renvoie à nos propres angoisses car associé à la fin de vie… Au chevet de ses patients, ce grand costaud de 1,93 m au look atypique avec ses cheveux longs, sa barbichette et ses tatouages est un soignant toujours à l’écoute pour « … ajouter de la vie aux jours à défaut d’ajouter des jours à la vie… ».
Avec Roger, ils écoutent et chantent à fond du rock’n roll, avec Mathilde, il apprend le suédois, Nanie sera une grand-mère d’adoption, ce sera des expériences culinaires avec Edmond…
Cette lecture apaisante nous renvoie de l’empathie, de la musique, de la sensibilité, de l’humour, de la joie et beaucoup d’humanité. Une très belle découverte !

Extrait : (début de la BD)

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Agrippine – Claire Bretécher

51LdaPxfBbL Dargaud – 1988 – 48 pages

Quatrième de couverture :
Il fallait un caractère bien trempé pour succéder aux célébrissimes Frustrés dans les pages du Nouvel Obs. Ça tombe bien car du caractère, Agrippine, n’en manque pas. Coincée entre ses parents trop tolérants, ses crises existentielles, ses copines et son petit frère, Agrippine traverse l’âge ingrat d’une adolescente d’aujourd’hui avec un humour féroce et une mauvaise fois absolument réjouissante.

Auteure : Claire Bretécher (1940 – 2020) est une dessinatrice et une scénariste de bandes dessinées.
Elle débute dans la bande dessinée avec une collaboration avec René Goscinny en 1963. Sa carrière prend son envol quand elle travaille pour Tintin de 1965 à 1966.
En 1969, elle collabore au journal Pilote avec son personnage “Cellulite”. Dans cette série, elle y stigmatise les excès du féminisme tout en défendant la cause des femmes.
De 1969 à 1971, elle s’impose ensuite au journal Spirou par des satires de ses contemporaines (“Salades de saisons”).
En 1972, elle crée avec Marcel Gotlib et Mandryka l’Écho des savanes. Collaborant aussi au mensuel écologique Le Sauvage à partir de 1973, elle entre au Nouvel Observateur la même année avec sa série Les Frustrés (15 octobre 1973), intégrée dans la rubrique sociétale “Notre Epoque”.
Elle obtient le Prix du scénariste français au festival d’Angoulême en 1996 et l’Alph-Art humour au festival d’Angoulême pour « Agrippine et l’ancêtre » en 1999.
Ces dernières années, elle s’est surtout consacrée à la peinture.

Mon avis : (relu en mars 2020)
J’ai découvert cette BD quelques années après sa sortie et l’époque de l’adolescence d’Agrippine était également celle de mon adolescence… Je n’avais pas de petit frère mais deux petites sœurs et un caractère bien moins tranchée que notre héroïne…
J’avoue que je ne gardais pas grand souvenir de cette BD et le décès de Claire Bretécher et le Challenge Petit Bac m’ont incité à cette relecture.

Agrippine est l’adolescente en crise dans toute sa splendeur : boudeuse, sarcastique, paresseuse, en révolte contre ses parents, et toujours en conflit avec son petit frère. Avec ses copines, dont elle est inséparable, Agrippine parle une langue inventée qui mélange verlan et autres expressions créées par l’auteur. Le sujet des garçons est bien sûr au centre de leurs bavardages interminables, elle ne songe pas un instant à se projeter vers l’avenir…
Même si certaines problématiques de l’adolescente n’ont pas changé, j’ai trouvé que cette BD avait plutôt vieillie.

Les deux adaptations suivantes sont plus vivantes et amusantes pour découvrir cette adolescente malgré tout attachante.
En 2001, Agrippine est adaptée en série télévisée d’animation par Frank Viber pour Arte.
En 2012, la bande dessinée est adaptée à la radio sur France Culture pour une série de cinq épisodes de 23 minutes.

Extrait :

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Petit bac 2020a
(4) Personnage Célèbre

Vie de Gérard Fulmard – Jean Echenoz

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Audiolib – Lu par Dominique Pinon

Minuit – janvier 2020 – 235 pages

Quatrième de couverture :
La carrière de Gérard Fulmard n’a pas assez retenu l’attention du public. Peut-être était-il temps qu’on en dresse les grandes lignes. Après des expériences diverses et peu couronnées de succès, Fulmard s’est retrouvé enrôlé au titre d’homme de main dans un parti politique mineur où s’aiguisent, comme partout, les complots et les passions. Autant dire qu’il a mis les pieds dans un drame. Et croire, comme il l’a fait, qu’il est tombé là par hasard, c’est oublier que le hasard est souvent l’ignorance des causes.

Auteur : Jean Echenoz est né à Orange en 1947. Il a obtenu le prix Médicis en 1983 pour Cherokee et le prix Goncourt en 1999 pour Je m’en vais. Toute son œuvre est publiée aux Editions de Minuit. Pour Audiolib, il a déjà lu Courir, Des éclairs, 14 et Ravel. Il a reçu en 2018 le prix SCAM Marguerite Yourcenar pour l’ensemble de son œuvre.

Lecteur : Ancien élève du Cours Simon, Dominique Pinon a débuté au cinéma avec Jean-Jacques Beineix. Il rencontre Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro et c’est Delicatessen, La Cité des enfants perdus, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain… Il poursuit une carrière hors normes, à l’écran comme à la scène, de Shakespeare, Beckett à Labiche. Grand lecteur, Dominique Pinon a enregistré pour Audiolib, entre autres, Le Hobbit, Prix Lire dans le Noir 2013 et L’extraordinaire voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, Prix Audiolib 2014, Héloïse, ouille ! et La Fontaine, une école buissonnière.

Mon avis : (écouté en avril 2020)
Jean Echenoz est un auteur dont j’apprécie les livres que j’ai eu l’occasion de lire. Mais pour celui-ci, j’ai été très déçue. L’auteur s’empare du genre polar, d’une manière très personnelle.
Le livre s’ouvre sur la chute fracassante d’un fragment de satellite soviétique obsolète sur un centre commercial voisin de la rue Erlanger, Paris XVIème où vit seul le narrateur et anti-héros Gérard Fulmard. Ce dernier est un ancien steward, licencié pour faute et qui a l’obligation d’aller chez un psychiatre deux fois par mois.

Bien décidé à prendre sa vie en main, Gérard Fulmard voit l’opportunité de devenir détective privé et accepte comme premier client un parti politique pas très net. Débutant, maladroit, il est souvent manipulé à son insu et ses résultats seront bien maigres…
L’intrigue est des plus farfelues, les différents personnages sont hauts en couleur comme par exemple les frères Apollodore et Ermosthène Nguyen, deux gardes du corps amateurs de jeu de go…
La rue Erlanger est également un véritable personnage, lors de digressions nombreuses, l’auteur évoque plusieurs évènements qui ont eu lieu dans cette rue. Cependant, Jean Echenoz a préféré ne pas faire référence au dernier évènement tragique datant du 5 février 2019 : le terrible incendie volontaire du 17 bis qui fit dix morts.
C’est très bien écrit, riche en vocabulaire mais l’histoire n’a vraiment ni queue, ni tête et je me suis vite ennuyée. Seule chose amusante pour moi, le lieu où se passe l’intrigue est mon quartier d’enfance et que je pouvais visualiser les lieux.
Pour la version audio, la voix posée et expressive de l’acteur Dominique Pinon est toujours très agréable à écouter.

Extrait : (début du livre)
J’en étais là de mes réflexions quand la catastrophe s’est produite.

Je sais bien qu’on en a déjà beaucoup parlé, qu’elle a fait éclore de nombreux témoignages, donné lieu à toute sorte de commentaires et d’analyses, que son ampleur et sa singularité l’ont érigée en classique des faits divers de notre temps. Je sais qu’il est inutile et peut-être lassant de revenir sur cette affaire mais je me dois de mentionner l’un de ses contrecoups car il me touche de près, même s’il n’en est qu’une conséquence mineure.
Propulsé à une vitesse de trente mètres par seconde, un boulon géant – format de sèche-cheveux ou de fer à repasser – est entré en force par la fenêtre d’un appartement, au cinquième étage d’un immeuble de standing, désagrégeant ses vitres en ébréchant son embrasure et, en bout de course, son point d’impact a été le propriétaire de cet appartement, un nommé Robert D’Ortho dont le boulon a ravagé la région sternale et provoqué la mort subite.
D’autres boulons s’en sont tenus à des dommages matériels, l’un défonçant une antenne parabolique, l’autre éventrant le portail d’une résidence située face à l’entrée du centre commercial. Épars, on en trouverait encore pas mal, plus tard, de ces boulons, au fil des investigations menées par des agents porteurs de combinaisons blanches, cagoulés et gantés. Mais ce ne seraient là qu’effets secondaires, épiphénomènes du désastre majeur qui vient de frapper la grande surface elle-même.
L’état de cet hypermarché, de fait, est désespérant. Depuis les débris de sa toiture effondrée s’élève une brume de poussière lourde qu’ajourent les hésitantes flammèches d’un incendie naissant. Dentelé, crénelé, ce qui reste de ses murs porteurs laisse voir à nu leur poutraison métallique griffue, deux d’entre eux se penchent l’un vers l’autre en rupture d’équilibre au-dessus de la zone de choc. La verrerie de ses façades, d’ordinaire constellée d’annonces promotionnelles, offres aguicheuses et slogans arrogants, se retrouve zébrée de pied en cap et disloquée aux angles. Dressés devant l’accueil, trois lampadaires se sont affaissés en s’embrassant, entortillant leurs têtes d’où pendillent les ampoules à vapeur de sodium, disjointes de leur douille. Quelques voitures, sur le parking attenant, ont été renversées sous la puissance du souffle, d’autres bossuées par des heurts de matières et, sous leurs essuie-glaces en parenthèses tordues, l’ensemble des pare-brise fait à présent défaut.

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Déjà lu du même auteur :

courir Courir  ravel_ Ravel 

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A la télé…

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Ce soir et jeudi prochain, « Dérapages », par Ziad Doueiri (« Baron Noir »)
série écrite par Pierre Lemaître d’après son roman « Cadres noirs »,
Diffusion : les jeudis 23 et 30 avril, à 20h55 sur Arte
L’intégralité de la série est en ligne du 16 avril au 13 mai

avec Éric Cantona, Suzanne Clément, Alex Lutz, Gustave Kervern, Alice de Lencquesaing, Louise Coldefy, Nicolas Martinez, Xavier Robic, Cyril Couton, Carlos Chahine

Un homme anéanti par le chômage, prêt à tout pour retrouver un emploi. Procès contre le système et le management déshumanisé, « Dérapages » est un thriller social haletant

 

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Dans les forêts de Sibérie – Virgile Dureuil, Sylvain Tesson

71tdjNrJ0kL Casterman – novembre 2019 – 96 pages

Quatrième de couverture :
Pendant quelques mois entre la fin de l’hiver et le début de l’été, Sylvain Tesson s’installe dans une cabane isolée au bord du Lac Baïkal. L’écrivain entreprend alors la plus riche des aventures : un voyage intérieur au bout du monde, dans les forêts de Sibérie.
Pour prolonger en images l’un de ses récits les plus personnels, Sylvain Tesson a choisi le dessinateur Virgile Dureuil, qui signe ici son premier livre.

Auteurs : Jeune auteur venu de la publicité, passionné par l’univers poétique de Sylvain Tesson, Virgile Dureuil a signé ici son premier livre de bande dessinée avec l’adaptation du récit Dans les forêts de Sibérie.
Né en 1972, Sylvain Tesson est membre de la Société des explorateurs français. Son recueil, Une vie à coucher dehors, a été récompensé du Goncourt de la nouvelle 2009. Il a également reçu pour son essai, Dans les forêts de Sibérie, le prix Médicis 2011.

Mon avis : (lu en mars 2020)
Cette bande dessinée est une adaptation du journal d’ermitage de Sylvain Tesson publié en 2011.
De février à juillet 2010, l’écrivain a choisi de vivre la fin de l’hiver et le printemps sibérien au bord du Lac Baïkal, seul dans une cabane. En silence, environné de livres, de vodka, de ses souvenirs et ses pensées Sylvain est un confiné volontaire… Il vit en accord avec la nature, au gré des saisons, il a la possibilité de s’éloigner de sa cabane et lorsque le temps le permet, il part explorer son environnement, il pêche, il chasse, il fait du patin à glace sur le lac et exceptionnellement il va même rendre visite à ses lointains voisins…
Avec cette adaptation BD très réussie, on retrouve les mots de Sylvain Tesson et le dessin de Virgile Dureuil illustre parfaitement les splendides paysages, ciels magnifiques de ce coin de Sibérie…
Je vous conseille également l’adaptation cinématographique réalisé en 2016 par Safy Nebbou, avec Raphaël Personnaz et avec la B.O d’Ibrahim Maalouf, un dépaysement garanti !

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Extrait : (début de la BD)

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Petit bac 2020a(5) Lieu

Déjà lu de Sylvain Tesson :

92853010 Dans les forêts de Sibérie 107399654 Berezina

Il fallait que je vous le dise – Aude Mermilliod

61TlDvTtXJL Casterman – mai 2019 – 160 pages

Quatrième de couverture : 
Si elle donne le choix, l’IVG ne reste pas moins un événement traumatique dans une vie de femme. Et d’autant plus douloureux qu’on le garde pour soi, qu’on ne sait pas dire l’ambivalence des sentiments et des représentations qui l’accompagnent. L’angoisse, la culpabilité, la solitude, la souffrance physique, l’impossibilité surtout de pouvoir partager son expérience. Avec ce livre, Aude Mermilliod rompt le silence, mêlant son témoignage de patiente à celui du médecin Martin Winckler. Leur deux parcours se rejoignent et se répondent dans un livre fort, nécessaire et apaisé.

Auteurs : Aude Mermilliod est une illustratrice, graphiste, rédactrice et auteure de bandes dessinées. Originaire de Lyon, cette véritable autodidacte quitte sa ville d’origine après le lycée pour poursuivre des études aux Beaux-Arts de Toulouse. Vivant à côté d’une librairie/galerie,elle découvre le 9e Art en se plongeant dans une incommensurable quantité d’albums divers et variés. En 2014, elle passe une année à Montréal dans un atelier où sont présentes les maisons d’éditions indépendantes québécoises Pow Pow et La Mauvaise Tête. Cela lui permet de travailler sur son projet Les Reflets Changeants, avec lequel elle gagne le Prix Raymond Leblanc de la jeune création en 2015.
Martin Winckler, de son vrai nom Marc Zaffran, est né en 1955 à Alger. Après son adolescence à Pithiviers (Loiret) et une année à Bloomington (Minnesota), il fait des études de médecine à Tours entre 1973 et 1982. Ses premiers textes paraissent dans Nouvelles Nouvelles et la revue Prescrire au milieu des années 80 et son premier roman, La Vacation en 1989. Entre La Maladie de Sachs (Livre Inter adapté au cinéma en 1999 par Michel Deville) et En souvenir d’André (2012), il a publié une quarantaine de romans et d’essais, consacrés au soin et aux arts populaires. Il vit à Montréal depuis 2009 et anime le Winckler’s Webzine, un site personnel très fréquenté (www.martinwinckler.com) et un blog littéraire, « Chevaliers des touches » (http://wincklersblog.blogspot.ca/)

Mon avis : (lu en mars 2020)
Cette BD est un beau témoignage sur l’avortement, un sujet souvent considéré comme tabou dans notre société. Il a fallu six année pour Aude Mermilliod pour écrire et dessiner cette bande dessinée.
En 2011, alors qu’elle porte un stérilet, Aude tombe enceinte et décide de ne pas poursuivre sa grossesse, elle nous raconte son parcours avant et après son IVG. Elle va rencontrer des médecins lui offrant écoute et soutiens mais également d’autres culpabilisants et donneurs de leçons…
La deuxième partie du livre donne la parole à Martin Winckler médecin et romancier qui évoque l’histoire de l’avortement depuis les années soixante-dix. Bien sûr, il est question de la loi Veil du 17 janvier 1975 qui encadre la dépénalisation de l’avortement en France. Martin Winckler donne son regard de médecin ayant pratiqué l’IVG mais aussi son regard d’homme face à la violence psychologique subit par la femme.
Voilà une partage d’expérience de vie, engagée, informative, authentique mais sans jugement.

Extrait : (début de la BD)

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Déjà lu de Martin Winckler :

la_maladie_de_sachs_p La maladie de Sachs  le_choeur_des_femmes Le Chœur des femmes

les_trois_m_decins_p Les Trois médecins en_souvenir_d_Andr_ En souvenir d’André

Couleurs de l’incendie – Christian de Metter

91b1a+RPHbL Rue de Sèvres – décembre 2019 – 164 pages

Quatrième de couverture :
Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement. Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie.

Auteurs : Né en 1968, Christian de Metter est auteur de bandes dessinées. Il a notamment reçu, en 2004, le Prix du public au Festival d’Angoulême pour l’album Le Sang des Valentines, dessiné avec Catel, puis, en 2009, le Prix des Libraires de Bande Dessinée pour Shutter Island.
Né à Paris, Pierre Lemaitre a longtemps enseigné la littérature avant d’embrasser la carrière littéraire. Ses trois premiers romans, Travail soigné (prix du Premier roman de Cognac 2006), Robe de marié (prix du Meilleur polar francophone 2009) et Cadres Noirs (prix du Polar européen du Point 2010), lui ont valu un succès critique et public exceptionnel et l’ont révélé comme un maître du roman noir et du thriller. Ses romans sont traduits dans une quinzaine de langues et plusieurs sont en cours d’adaptation cinématographique.

Mon avis : (lu en mars 2020)
Quel plaisir de découvrir en BD la suite de la très belle adaptation du livre de Pierre Lemaitre « Au revoir là-haut ».
Madeleine Péricourt est le personnage principale de cette histoire qui commence en février 1927, lors des obsèques de Marcel Péricourt avec le geste spectaculaire de Paul, le fils de Madeleine âgé de sept ans… Madeleine se retrouve seule à la tête des affaires de son père, mais en tant que femme, elle n’a même pas le droit de signer un chèque. Elle est doit faire confiance aux banquiers proche de son père. Malheureusement, ceux-ci vont profiter de sa naïveté et rapidement elle sera trahie et perdra toute sa fortune. Lorsqu’elle va comprendre comment et par qui elle a été bernée, elle n’aura plus qu’une idée, se venger…
Une galerie de personnages des plus originaux et variés comme Joubert, le fondé de pouvoir et directeur de la banque, Léonce, l’employée de maison proche de Madeleine,  oncle Charles, le frère de Monsieur Péricourt, Vlady, la nurse polonaise, Solange, la diva italienne gravite autour de Madeleine et Paul.
Sur fond de krach boursier, de montée du fascisme, des débuts de l’aviation, d’évasion fiscale, de la condition de la femme dans les années 30, cette BD se lit comme un suspens avec des histoires parallèles et des rebondissements…

Les dessins et les couleurs sont très réussis, la BD restitue très bien l’atmosphère du roman.
J’ai beaucoup aimé me replonger dans cette histoire, juste après avoir découvert Miroir de nos peines, le nouveau roman de Pierre Lemaitre et conclusion de la trilogie.

Extrait :

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Déjà lu du même auteur :
107646979 Au revoir là-haut
81CwwZlg2xL Couleurs de l’incendie

Petit bac 2020a(3) Couleur