Mon voisin Raymond – Troubs

91ubKcoExfL Futuropolis – mars 2018 – 96 pages

Quatrième de couverture :
« Je vais chez Raymond, mon voisin d’à côté. Il n’y a qu’un bout de bois à traverser, et on arrive dans un petit hameau où n’habitent plus que son frère et lui maintenant. La petite maison où il vit, c’est celle où était son père les dernières années. Un sacré gaillard celui-là, qui ne voulait voir personne. Il y a deux pièces, une petite grange, un jardin et un verger derrière, où Raymond mettait des poules, mais comme avec les maladies nouvelles, il faut les enfermer, il a arrêté les poules. C’est comme ça. C’est assez pour vivre. »

Auteur : Jean-Marc Troubet, dit Troub’s est né en 1969, à Pessac.
Il a fait des études aux beaux-arts de Toulouse, puis d’Angoulême. à l’atelier bande dessinée où il obtient son diplôme en 1994. Depuis, il vit en Dordogne, et, est devenu dessinateur-voyageur. Ses voyages en Chine, en Australie ou à Madagascar ont donné l’objet de plusieurs livres d’illustration ou de bande dessinée.
Dessinateur contemplatif, amoureux de la nature et des animaux, il a également consacré un livre aux vaches.

Mon avis : (lu en février 2020)
Ce roman graphique raconte la relation qui s’est tissé, durant 20 ans, entre un jeune dessinateur et Raymond, son voisin âgé de 85 ans.
Dans un hameau isolé, Raymond vit seul dans une petite maison sans confort.

Au rythme des saisons, Raymond et son jeune voisin aiment passer du temps ensemble et s’entraider. L’auteur assiste son voisin pour les travaux devenus au-dessus de ses forces, comme couper du bois, tailler la vigne… En échange, Raymond lui transmet son savoir sur la terre, les champignons, la vigne, la culture des légumes, la nature et le temps de demain. 
Les grues passent dans le ciel, les mésanges volettent, les forêts changent de couleur au fil des saisons et Raymond passe dans sa voiturette bleue…
Le dessin est lumineux, les couleurs varient avec les saison.
Mon voisin Raymond est un récit simple, sincère, empreint de nostalgie, une ode à la campagne, à la lenteur, simplement à la vie qui passe.

Extrait : (début de la BD)

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Petit bac 2020a(3) Prénom

Penss et les plis du monde – Jérémie Moreau

81SjmH7yimL Delcourt – septembre 2019 – 232 pages

Quatrième de couverture :
À l’aube des temps, Penss, piètre chasseur, passe ses journées à contempler la beauté de la nature. Rejeté par son clan, il est contraint à la survie en solitaire et promis à une mort certaine. Mais au printemps, il arrache à la terre son plus grand secret : tout dans le monde se déplie inéluctablement. Une nouvelle vie commence pour Penss et, il en est certain, un nouvel avenir pour l’humanité…

Auteur : Jérémie Moreau est né en 1987 en région parisienne. Il vit à Valence.
Dès l’âge de 8 ans, il participe chaque année au concours de la BD scolaire d’Angoulême et obtient le Prix à 16 ans, en 2005. Il poursuit des études aux Gobelins, dans la conception de films d’animation. Auteur prometteur, il reçoit le Prix Jeunes Talents au Festival d’Angoulême en 2012 et est contacté par Wilfrid Lupano. En parallèle, il travaille dans le cinéma d’animation, comme “character designer” (Moi, moche et méchant 2 et Le Lorax). Pour Max Winson, son premier récit solo, on admire son talent, trait d’union entre l’ingéniosité de Winsor McCay et la virtuosité de Bastien Vivès. Ce récit sera publié en deux albums de 160 pages. Avec La Saga de Grimr, il obtient en 2018 le Fauve d’Or, Prix du Meilleur Album du Festival d’Angoulême.

Mon avis : (lu en février 2020)
J’ai été attirée par cette BD pour le dessin plus que pour le sujet… Une histoire de préhistoire ne me tentait pas plus que cela.
Penss est un mauvais chasseur, c’est un jeune homme contemplatif, qui préfère observer des heures durant la nature autour de lui pour tenter de la comprendre plutôt que courir après un gibier pour le tuer. Son clan a décidé de le rejeter et il est condamné à survivre tout seul… Penss fasciné par la beauté du monde, par les saisons qui le change, il tente de prendre un autre chemin, en quittant le nomadisme et en tentant d’apprivoiser les éléments, en créant, non sans mal un jardin potager…
C’est une aventure à valeurs écologiques…
La mise en page est originale avec un agencement des cadres varié et peu habituel. Le dessin à l’aquarelle des paysages et de la flore est particulièrement soigné et coloré.
Esthétiquement, je trouve magnifique cette BD. 

Extrait : (début de la BD)

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Petit bac 2020a
(2) Lieu

Einstein, le sexe et moi – Olivier Liron

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Alma Editeur – septembre 2018 – 200 pages

Points – août 2019 – 192 pages

Quatrième de couverture :
Top ! Je suis un garçon fougueux, normalien et autiste Asperger. Mon enfance n’a pas toujours été rose à cause de ma différence. Je suis fasciné par les dates et calcule le produit de 247856 par 91 pour m’endormir. En 2012, j’ai participé à l’émission Questions pour un champion, une expérience libératrice. Entre deux épreuves, je trempe toujours une madeleine dans du coca… Je suis… Je suis… Olivier Liron ! Oui !

Auteur : Olivier Liron est né en 1987, il vit à Paris. Normalien et agrégé d’espagnol, il enseigne la littérature comparée à l’université Paris 3-Sorbonne Nouvelle avant de se consacrer à l’écriture et au théâtre. Il se forme en parallèle à l’interprétation et à la danse contemporaine à l’École du Jeu et au cours Cochet. Son premier roman, Danse d’atomes d’or, est publié en 2016 chez Alma Éditeur. Il est également l’auteur de pièces de théâtre, de scénarios pour le cinéma et de fictions sonores pour le Centre Pompidou.

Mon avis : (lu en février 2020)
Avec comme prétexte de raconter sa participation à l’émission Questions pour un champion, Olivier Liron nous raconte son quotidien d’autiste Asperger.
Dès le début, Olivier est cash : « Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. » Il nous fait rentrer dans son univers, dans sa vie.
Chaque étape du jeu est racontée, avec ce que l’on voit à l’antenne, les coulisses et surtout les pensées d’Olivier.
Il parle de sa fascination pour les dates, pour les plaques d’immatriculation et sa capacité à faire des calculs impossibles.
Il se raconte, parle des rejets qu’il a subi à l’école, des brutalités dont il a été la victime au collège
Il parle avec tendresse de la relation particulière qu’il a avec sa grand-mère.
Il raconte comment il est maladroit avec ses sentiments, en particulier amoureux…
Ce roman se lit facilement, il y a du suspens, Olivier arrivera-t-il à devenir le Super Champion ?
C’est un roman coup de cœur et coup de poing sur la différence, le lecteur passe du rire aux larmes. L’auteur est lui-même, authentique et très touchant.
Une très jolie découverte.

Extrait : (début du livre)
Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je préfère réaliser des activités seul plutôt qu’avec d’autres personnes. J’aime faire les choses de la même manière. Je prépare toujours les croque-monsieur avec le même Leerdammer. Je suis fréquemment si absorbé par une chose que je perds tout le reste de vue. Mon attention est souvent attirée par des bruits discrets que les autres ne perçoivent pas. Je suis attentif aux numéros de plaques d’immatriculation ou à tous types d’informations de ce genre. On m’a souvent fait remarquer que ce que je disais était impoli, même quand je pense que c’était poli. Quand je lis une histoire, j’ai du mal à imaginer à quoi les personnages pourraient ressembler. Je suis fasciné par les dates. Au sein d’un groupe, il m’est difficile de suivre les conversations de plusieurs personnes à la fois. Quand je parle, il n’est pas toujours facile de placer un mot. Je n’aime pas particulièrement lire des romans. Je trouve qu’il est compliqué de se faire de nouveaux amis. Je repère sans cesse les mêmes schémas dans les choses qui m’entourent. Je préfère aller au musée qu’au théâtre. Cela me dérange quand mes habitudes quotidiennes sont perturbées. J’aime beaucoup les calembours comme «J’ai mal occu, j’ai mal occu, j’ai mal occupé ma jeunesse.» Parfois je ne sais pas comment entretenir une conversation. Je trouve qu’il est difficile de lire entre les lignes lorsque quelqu’un me parle. Je note les petits changements dans l’apparence de quelqu’un. Je ne me rends pas toujours compte que mon interlocuteur s’ennuie. Il m’est extrêmement difficile de faire plus d’une chose à la fois. Parfais, au téléphone, je ne sais pas quand c’est mon tour de parler. J’ai du mal à comprendre le sarcasme ou l’ironie. Je trouve qu’il est compliqué de décoder ce que les autres ressentent en regardant leur visage. Le contact physique avec un autre être humain peut me remplir d’un profond dégoût, même s’il s’agit d’une personne que je désire. Si je suis inter-rompu, j’ai du mal à revenir à ce que j’étais en train de faire. Dans une situation de stress avec un interlocuteur, j’essaie de le regarder dans les yeux. On me dit que je répète les mêmes choses. Quand j’étais enfant, je n’aimais pas jouer à des jeux de rôle. Je trouve qu’il est difficile de s’imaginer dans la peau d’un autre. Les nouvelles situations et surtout les lieux que je ne connais pas me rendent anxieux. J’ai le même âge que Novak Djokovic et un an de moins que Rafael Nadal. Quand je regarde un film où un personnage fait des cupcakes, je passe tout le reste du film à me demander combien de cupcakes ont été cuisinés exactement. Je ne supporte pas de porter des jeans trop serrés. Une exposition à une source de lumière trop vive me plonge dans un état de panique.

Petit bac 2020a(1) Personne célèbre

Miroir de nos peines – Pierre Lemaitre

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Audiolib – janvier 2020 – 14h01 – Lu par l’auteur

Albin Michel – janvier 2020 – 544 pages

Quatrième de couverture :
Avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu’elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d’une période sans équivalent dans l’histoire, où la France tout entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches… Et quelques hommes de bonne volonté.
Il fallait toute la verve et la générosité d’un chroniqueur hors pair des passions françaises pour saisir la grandeur et la décadence d’un peuple broyé par les circonstances. Secret de famille, grands personnages, puissance du récit, rebondissements, burlesque et tragique… Le talent de Pierre Lemaitre, prix Goncourt pour Au revoir là-haut, est à son sommet dans ce dernier volet de la trilogie Les Enfants du désastre.
Une fois encore, Pierre Lemaitre donne par sa voix vie à ses personnages, avec un talent qui lui a valu déjà deux Coups de Cœur de l’Académie Charles Cros.

Auteur : De Travail soigné à Sacrifices, ses cinq romans noirs couronnés par de nombreux prix ont valu à Pierre Lemaitre un succès critique et public exceptionnel. Avec Au revoir là-haut, Prix Goncourt 2013, Couleurs de l’incendie, et Trois jours et une vie, il continue une oeuvre littéraire qui confirme un grand écrivain. Il maîtrise l’art de construire des intrigues tenues par d’invisibles fils et des retournements spectaculaires.

Mon avis : (lu et écouté en janvier 2020)
Après  « Au revoir là-haut » puis « Couleurs de l’incendie » voici la fin de cette trilogie romanesque et humaniste « Les enfants du désastre » qui couvre la période de l’entre-deux-guerres.
Dans le premier épisode, Louise Belmont avait onze ans. Nous la retrouvons vingt ans plus tard, elle devenue institutrice et occasionnellement, elle est serveuse dans le restaurant de Mr Jules.
Dans cette France du printemps 1940 qui passe en quelques jours de la Drôle de guerre à la panique de la débâcle face à l’armée allemande, le lecteur découvre les aventures de femmes et d’hommes ordinaires comme Louise, attachante et courageuse,  mais aussi de Raoul et Gabriel, deux soldats intrépides et débrouillards, et bien sûr Désiré, usurpateur de génie, jamais à court d’idées… Une galerie de personnages courageux ou lâches, salauds ou héros qui se trouvent entraînés malgré eux dans des évènements qui les dépassent… Une fresque réjouissante, pleine de rebondissements, qui fait passer le lecteur du rire au larmes, de l’émotion à la colère.
Il est question de fake news, de secrets de famille et d’autres surprises…
La lecture faite par Pierre Lemaitre est vraiment savoureuse, l’auditeur sent l’auteur jubiler à chaque instant et c’est vraiment jouissif. J’ai trouvé Pierre Lemaitre beaucoup plus expressif que dans « Au revoir là-haut » version audio.
Et je n’oublie pas en bonus, l’entretien avec l’auteur qui complète parfaitement cette lecture que j’ai beaucoup aimé.

Extrait : (début du livre)
Ceux qui pensaient que la guerre commencerait bientôt s’étaient lassés depuis longtemps, M. Jules le premier. Plus de six mois après la mobilisation générale, le patron de La Petite Bohème, découragé, avait cessé d’y croire. À longueur de service, Louise l’avait même entendu professer qu’en réalité « cette guerre, personne n’y avait jamais vraiment cru ». Selon lui, ce conflit n’était rien d’autre qu’une immense tractation diplomatique à l’échelle de l’Europe, avec des discours patriotiques spectaculaires, des annonces tonitruantes, une gigantesque partie d’échecs dans laquelle la mobilisation générale n’avait été qu’un effet de manches supplémentaire. Il y avait bien eu quelques morts ici et là – « Davantage, sans doute, qu’on ne nous le dit ! » –, cette agitation dans la Sarre, en septembre, qui avait coûté la vie à deux ou trois cents bonshommes, mais enfin, « c’est pas ça, une guerre ! » disait-il en passant la tête par la porte de la cuisine. Les masques à gaz reçus à l’automne, qu’on oubliait aujourd’hui sur le coin du buffet, étaient devenus des sujets de dérision dans les dessins humoristiques. On descendait aux abris avec fatalisme, comme pour satisfaire à un rituel assez stérile, c’étaient des alertes sans avions, une guerre sans combats qui traînait en longueur. La seule chose tangible était l’ennemi, toujours le même, celui avec qui on se promettait de s’étriper pour la troisième fois en un demi-siècle, mais qui ne semblait pas disposé, lui non plus, à se jeter à corps perdu dans la bagarre. Au point que l’état-major, au printemps, avait permis aux soldats du front… (là, M. Jules passait son torchon dans l’autre main et pointait son index vers le ciel pour souligner l’énormité de la situation)… de cultiver des jardins potagers ! « Je te jure… », soupirait-il.
Aussi, l’ouverture effective des hostilités, bien qu’elle eût lieu dans le nord de l’Europe, trop loin à son goût, lui avait-elle redonné du cœur à l’ouvrage. Il clamait à qui voulait l’entendre, « avec la pile que les Alliés sont en train de mettre à Hitler du côté de Narvik, ça ne va pas durer longtemps », et comme il estimait que cette affaire était close, il pouvait se concentrer de nouveau sur ses sujets favoris de mécontentement : l’inflation, la censure des quotidiens, les jours sans apéritif, la planque des affectés spéciaux, l’autoritarisme des chefs d’îlot (et principalement de cette baderne de Froberville), les horaires du couvre-feu, le prix du charbon, rien ne trouvait grâce à ses yeux, à l’exception de la stratégie du général Gamelin qu’il jugeait imparable.
– S’ils viennent, ce sera par la Belgique, c’est prévu. Et là, je peux vous dire qu’on les attend !
Louise, qui portait des assiettes de poireaux vinaigrette et de pieds paquets, aperçut la moue dubitative d’un consommateur qui murmurait :
– Prévu, prévu…
– M’enfin ! hurla M. Jules en revenant vers le zinc. Par où tu veux qu’ils arrivent ?
D’une main, il rassembla les présentoirs d’œufs durs.
– Là, t’as les Ardennes : infranchissables !
Avec son torchon humide, il traça un grand arc de cercle.
– Là, t’as la ligne Maginot : infranchissable ! Alors, d’où tu veux qu’ils viennent ? Reste que la Belgique !
Sa démonstration achevée, il se replia vers la cuisine en bougonnant.
– Pas nécessaire d’être général pour comprendre ça, merde alors…
Louise n’écouta pas la suite de la conversation parce que son souci, ça n’était pas les gesticulations stratégiques de M. Jules, mais le docteur.

Petit bac 2020a
(2) Objet

Le travail m’a tué – Arnaud Delalande, Grégory Mardon, Hubert Prolongeau

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Quatrième de couverture :
Partant d’une histoire authentique, le livre retrace le parcours d’une victime du monde du travail. Après une longue enquête, les auteurs racontent, dans une fiction, comment un système de harcèlement est mis en place, à tous les niveaux de la hiérarchie, afin de pousser les employés au maximum de leurs capacités… Un système qui les pousse, parfois, à l’irréparable. Un grand récit-enquête sur le mal-être au travail.

Auteurs : Arnaud Delalande est écrivain et scénariste français.
Hubert Prolongeau est un journaliste, écrivain, essayiste et auteur français de roman policier.
Grégory Mardon est un auteur de bande dessinée et illustrateur français.

Mon avis : (lu en décembre 2019)
Cette BD est très largement inspirée par l’enquête Travailler à en mourir d’Hubert Prolongeau et Paul Moreira faite après une vague de suicides chez Renault et France Télécom.
Carlos Pérez vient d’une famille ouvrière modeste, ses parents sont des Espagnols arrivés en France dans les années 70. Carlos réussit ses études et obtient un diplôme d’ingénieur, il est embauché dans une des plus grandes entreprises de l’automobile. C’était son rêve depuis toujours !
Travailleur, consciencieux, Carlos réussit et évolue régulièrement dans l’entreprise, il est heureux, il s’achète une maison, sa femme est enceinte.
Et voilà que l’entreprise déménage et Carlos doit faire un trajet de 1h30 matin et 1h30 le soir pour aller et revenir du travail. L’organisation du travail est modifiée avec l’arrivée d’une nouvelle équipe, le centre technique est éloigné des ateliers, impossible pour Carlos de se concentrer dans l’open space trop bruyant… Alors qu’il vient d’être Papa, on l’envoie en missions à l’étranger en Roumanie, en … Peu à peu Carlos perd l’envie et la motivation, puis sombre dans dépression qui lui sera fatale.
Cette bande dessinée poignante et effrayante évoque la souffrance au travail et décrypte le mécanisme insidieux du mal-être au travail créé par des nouvelles méthodes de management difficilement applicables, des demandes professionnelles 24h/24, du harcèlement moral, des nuits sans sommeil…
Cette BD préventive est très instructive à lire pour celles ou ceux qui ont des difficultés à prendre du recul sur leur travail et qui risqueraient un burn out.

Extrait : (début de la BD)

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Petit bac 2020a
(2) Crime et Justice

Love Story à l’iranienne – Jane Deuxard et Deloupy

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Prix France Info de la BD d’Actualité et de Reportage 2017

Quatrième de couverture :
Les jeunes Iraniens rêvent-ils encore d’en finir avec le régime ? Comment se rencontrer dans cette société qui ne le permet jamais ? Comment flirter ? Comment choisir sa femme ou son mari ? Malgré la tradition, malgré le régime. Des journalistes ont interviewé clandestinement de jeunes Iraniens pour donner un éclairage politique et social. Comment échapper à la police pour vivre sa love story ?

Auteurs : Jane Deuxard (pseudonyme) se rend clandestinement en Iran pour poursuivre son travail sans contrôle gouvernemental. De manière à permettre aux Iraniens interrogés de s’exprimer librement. Depuis la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence en 2009 et les manifestations qui ont suivi, les journalistes étrangers ont pour la plupart dû quitter le pays. Jane Deuxard s’est donnée pour mission de contribuer à donner une voix aux Iraniens, par le recueil de témoignages.
Deloupy est né en 1968 à Saint-Étienne. Il est diplômé des Beaux-Arts d’Angoulême, section bande dessinée. Il travaille comme illustrateur indépendant pour la publicité tout en publiant, depuis 2002, pour l’édition jeunesse. Il a illustré de nombreux ouvrages pour les enfants aux éditions Magnard, Bayard, J’ai lu jeunesse, Koutchoulou, Lito. L’Introuvable (avec Alep) paraît en 2006 puis Sans commentaire en octobre 2007. Vient ensuite Faussaires T1, la suite de L’Introuvable, début 2008, et enfin Faussaires T2 en 2010. Avec des frites ?, BD autobiographique a été publiée en 2009. Il est au dessin sur le très remarqué Love Story à l’Iranienne.

Mon avis : (lu en décembre 2019)
Voilà une BD prise un peu par hasard à la Bibliothèque, pour répondre au Challenge Petit Bac 2019, et qui s’est révélée très intéressante.

Journaliste clandestine, Jane Deuxard a obtenu la confiance et le témoignage de nombreux jeunes gens autour de l’amour en Iran.
Gila est fiancé à Mila depuis 8 ans, ils vont pouvoir s’unir avec l’accord de la famille de la jeune femme. Vahid est un étudiant rebelle, il raconte le mouvement vert de 2009, signe d’espoir mais qui a été réprimé.  Zeinab a des relations sexuelles avec son petit ami et passe son temps à acheter des tests de grossesse. Elle n’envie pas les Occidentales, elle trouve très bien de pouvoir rester à la maison pendant que son mari travaille pour l’entretenir. Ashem et Nima projettent eux de se marier, mais ils ont eu si peu l’occasion de se fréquenter qu’ils s’aperçoivent qu’ils n’ont pas du tout la même une conception de la vie… Jamileh s’offre le luxe d’aller respirer en Europe, elle obtient des visas sans difficulté car les consulats savent qu’elle a trop à perdre si elle ne revenait pas en Iran. Pour Soban, ce n’est pas lui qui choisira la femme de sa vie, mais la tradition.

A travers ces témoignages souvent édifiants, Love story à l’iranienne dresse un panorama complet et contrasté sur l’ingérence d’un régime dans ce qu’un homme et une femme ont de plus intime. Mariages arrangés ou forcés, test de virginité, entre traditions et conservatismes, tout est bon pour contrôler et imposer la loi d’État. Même s’il y a de la douleur et de la résignation dans ces récits, il y a également quelques touches d’espoir…

Extrait : (début de la BD)

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Petit bac 2020a(1) Amour

Les couloirs aériens – Étienne Davodeau, Christophe Hermenier, Joub

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Quatrième de couverture :
Cinquante ans. Ça y est. Il a cinquante ans. Il se souvient bien. À vingt ans, enflammés par leur fougue juvénile, Yvan et ses copains regardaient les quinquagénaires comme des mecs finis, presque au bout de la route. C’est maintenant son tour. Il y est. Et en quelques mois il a perdu sa mère, son père, et son boulot. Sa femme, Florence, travaille beaucoup, prend souvent l’avion et vit dans les décalages horaires. Les enfants ont quitté le nid, normal. Alors, forcément, Yvan est un peu paumé. Il s’est réfugié dans le Jura, chez ses amis de toujours Thierry et Sandra. Avec ses fringues, ses bouquins, des babioles. Toute une vie, ou presque, dans quelques cartons… Cinquante ans. Allez, ça n’est peut-être pas le bout de la route, mais c’est un virage un peu casse-gueule.

Auteurs : Étienne Davodeau né en 1965. Il vit en Anjou. En 1985, après des études d’arts plastiques à Rennes, il publie la trilogie Les Amis de Saltiel puis Le Constat. Viennent ensuite Quelques Jours avec un menteur, Le Réflexe de survie, et trois polars : La Gloire d’Albert, Anticyclone et Ceux qui t’aiment.
2001 : il réalise Rural !, véritable reportage, où il confirme son choix d’inscrire le monde réel au cœur de son travail. En 2003, avec David Prudhomme au dessin, il adapte en bande dessinée l’unique et méconnu roman de Georges Brassens, La Tour des miracles. Après avoir publié Chute de vélo, qui obtient le Prix des libraires spécialisés 2005, il revient au reportage-documentaire avec Les Mauvaises Gens, qui reçoit le Grand Prix 2006 de la Critique, le Prix France Info, puis à Angoulême le Prix du Scénario et le Prix du Public. En 2006, il publie, avec Kris, Un homme est mort. Le premier livre de Lulu femme nue a obtenu, en 2009, un Essentiel au Salon International d’Angoulême, le Prix Ouest-France/Quai des bulles, le Prix Bédélys au Québec et le Prix Saint-Michel en Belgique. Le second livre de Lulu a été publié en 2010.
Joub : De son vrai nom Marc Le Grand,est né en 1967 et vit en Bretagne. Il rencontre Étienne Davodeau pendant les années fac, à Rennes. Ils y fondent ensemble un premier studio Psurde où ils partagent leur passion pour le 9e art. Joub a créé sa propre agence de publicité et a publié près de quinze de bandes dessinées, dont trois coécrits avec Étienne Davodeau. Joub fait parti de la direction artistique du festival de la bande dessinée de Saint-Malo « Quai des Bulles ».
Christophe Hermenier : est né en 1965. Il signe ici sa première bande dessinée. Concepteur graphique et photographe, il réside en région parisienne. Ici, il est l’auteur des photos et a participé à l’écriture du scénario. Il est également le coauteur d’un livre de reportage photo paru chez Hoebecke, « le Tour du monde en traction ».

Mon avis : (lu en décembre 2019)
Pour créer cette BD très réaliste, les trois auteurs, amis depuis plus de 30 ans,  se sont largement inspirés de leur vécu et de leur histoire. L’amitié est au cœur de cette BD.
Yvan, photographe, 50 ans, vient de perdre ses parents, il est au chômage, sa femme n’est jamais là car elle fait de nombreux déplacements pour son travail et ses enfants, devenus autonomes, ont quitté la maison. Il est accueilli par des amis qui lui prêtent un chalet dans le Jura, il arrive avec dans ses bagages, de nombreux cartons, ses propres affaires, celles laissées par ses enfants, celles venant de ces parents… 
Yvan ne pense pas être en dépression, mais la solitude le pèse, perdu dans l’immensité de l’hiver jurassien… A cinquante ans, c’est le moment de faire un bilan…
Il a déjà beaucoup de souvenirs derrière soi, mais ce n’est pas encore la fin de la vie ! Il a encore du temps pour aspirer à la sérénité.
L’originalité de cette BD, plusieurs doubles-pages de photos prises par Christophe Hermenier, elles mettent en scène des objets du quotidien : un vieux cendrier, une montre ancienne, un couteau à la lame émoussée… Ce sont des souvenirs de la maison des parents du héros…
Cette BD est émouvante, profonde mais sans oublier de nous faire sourire aussi !

Extrait : (début de la BD)

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Déjà lu du même auteur :

lulu_femme_nue_tome1  Lulu Femme Nue : 1er livre lulu_femme_nue_tome2 Lulu Femme Nue : 2ème livre
rural Rural ! Chronique d’une collision politique
chute_de_velo Chute de vélo  un_homme_est_mort Un homme est mort
les_mauvaises_gens Les Mauvaises gens Quelques_Jours_Avec_Un_Menteur 
Quelques jours avec un menteur

les_ignorants Les ignorants 93767685 Le chien qui louche 

116346808 Le Réflexe de survie 51kdlYcRPgL La gloire d’Albert

cd4371b931af1875182e99e4c49fb512 Anticyclone 116631554 Ceux qui t’aiment

Petit bac 2020a(2) Pluriel

Trois éclats blancs – Bruno Le Floc’h

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Quatrième de couverture :
1911. Un port de pêche au bord de l’océan. Il fait très beau quand arrive l’ingénieur chargé de diriger la construction d’un phare en mer. L’inexpérimenté jeune homme est enthousiaste, enorgueilli de son savoir et de son statut. Il ne doute pas que l’édification de son premier ouvrage ira bon train. Mais il se heurte à l’indifférence farouche des autochtones, et subit les éléments dont il ignore tout des rythmes et de la puissance dévastatrice. Les travaux s’éternisent. Sa détermination se délite au gré des mauvaises saisons d’ennui et de solitude, alors qu’au large, les coups de boutoir de la mer et du vent sapent l’ébauche du phare…

Auteur : L’univers de Bruno Le Floc’h (1957 – 2012) porte les traces d’influences très variées : découvrant la bande dessinée avec la génération Pilote, mais sensible à des personnalités telles que Gotlib ou Brétécher, il est aussi inspiré par le personnage de Corto Maltese d’Hugo Pratt. Ses origines – Bruno Le Floch est né à Pont L’Abbé en 1957 – ajouteront à ces premières sources d’inspiration le goût pour la peinture et l’illustration bretonne du début du XXe siècle avec des artistes comme Mathurin Méheut ou Henri Rivère.

Mon avis : (lu en décembre 2019)
Les « trois éclats blancs » sont les signaux lumineux envoyés par le phare d’Ar-Men, ce monument mythique situé au large de l’île de Sein.
Cette histoire s’inspire de la construction de ce phare,
à l’ouest de la Pointe du Raz entre 1867 et 1881. L’histoire situe cette construction à la veille de la première guerre mondiale, dans un village de bord de mer typiquement breton. C’est l’histoire de la rencontre entre un ingénieur venu de Paris avec les plans du phare et les maçons et les marins bretons qui vont le construire.
Le lieu choisi pour édifier le monument est difficile d’accès puisqu’il n’émerge que lors des plus basses marées. Les tempêtes sont fréquentes et elles rendent difficiles l’avancement du chantier…
Le dessin a un effet ancien, les couleurs vives et contrastées me plaisent beaucoup.

Extrait :

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Petit bac 2020a
(2) Couleur

Déjà lu autour du phare d’Ar-Men :

ar-men Ar-Men – Emmanuel Lepage

81qhPPJgnnL Sang de Sein – Patrick Weber et Nicoby

Demain, demain – tome 2 : Genevilliers, cité de transit. 1973 – Laurent Maffre

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Lu en partenariat avec Masse Critique

71iwfxVBZ9L Actes Sud – mai 2019 – 180 pages

Quatrième de couverture :
En relatant l’histoire d’une famille algérienne installée dans un bidonville de Nanterre, puis relogée dans une cité de transit à Gennevilliers, Laurent Maffre retrace une page peu glorieuse de notre histoire contemporaine : celle de l’exclusion sociale des immigrés d’Afrique du Nord, dont les conséquences se font sentir aujourd’hui encore.

Auteur : Après un voyage à Djibouti, où il traverse les bidonvilles, Laurent Maffre se penche sur la France postcoloniale et les conditions de logement des immigrés dans la banlieue parisienne des années 1960. Il en tire une série de romans graphiques, Demain, demain, docufiction composé à partir des témoignages d’Algériens et de Marocains qui ont vécu des années dans ces habitats précaires. Il s’est appuyé sur les photos, les plans et autres documents inédits collectés à l’époque par Monique Hervo, auteur de Nanterre en guerre d’Algérie (Actes Sud) qui inaugure cette série. Les enregistrements de Monique Hervo ont fait l’objet d’un web-doc, 127, rue de la Garenne (prix Scam), produit par Arte et réalisé par Laurent Maffre (dessins) et Fabrice Osinski (sons).

Mon avis : (lu en décembre 2019)
Dans le tome 1 de Demain, demain, publié en 2012, Laurent Maffre racontait le quotidien des Saïfi, une famille d’immigrés algériens, installés dans le vaste bidonville de La Folie, à Nanterre, dans les années 60. Ce tome 2 commence en 1973, le bidonville a été rasé et les familles ont été relogées dans des cités de transit…
La famille
Saïfi a été installée rue du Port à Gennevilliers, dans un no man’s land situé loin de la ville, proche de l’autoroute et de chantiers de constructions. La cité de transit est clôturée, surveillée par un gardien raciste qui peut faire expulser du jour au lendemain les occupants de baraquements insalubres. Kader et sa femme espéraient rapidement pouvoir enfin habiter dans un vrai appartement. Et pourtant, ce qui devait être provisoire dure…
Kader travaille à l’usine, sur une chaine automobile. C’est dur, les cadences augmentent tout le temps et des accidents se multiplient. Et si Kader voudrait faire la grève avec ses camarades, il est menacé de perdre son emploi et donc son logement.
Les enfants ont grandi, Ali a une bande de copains inventifs et turbulents, ils vont parfois zoner à Paris, c’est là, qu’Ali assiste au tournage d’un film et s’imagine un avenir.
C’est un témoignage important sur cette époque et les conditions de vie subies par ces immigrés dont la France avait besoin pour faire tourner son économie. Déjà les parents et les enfants ont des comportements différents, les parents subissent et acceptent ses conditions difficiles, au contraire, les enfants n’acceptent pas ce traitement et cette injustice, ils comptent bien ne pas se laisser faire en trouvant leur place et un avenir…

Extrait : (début de la BD)

page_8_p1 page_8_p2 page_8_p3page_8_p4 Visuel Demain demain 2 - 5

Petit bac 2020a
(1) Son
(chanson de HK & Les Saltimbanks, album Les Déserteurs)

 

Déjà lu du même auteur :

Hors les murs, journal d’un voyage immobile – Cendrine Borzycki

hors_les_murs Réunion des Musées Nationaux – octobre 2013 – 47 pages

Quatrième de couverture :
Suivre des commissaires en prison… C’est dans cette aventure peu banale que s’est engagée Cendrine Borzycki, illustratrice. Elle accompagne un groupe de personnes détenues tout au long de leur travail de conception d’une exposition sur le thème du « Voyage », qui sera présentée dans l’enceinte du Centre Pénitentiaire Sud-Francilien.

Auteur : Cendrine Borzycki est illustratrice.

Mon avis : (lu en décembre 2019)
Cette BD reportage, nous ouvre les portes d’une prison…
En effet, en 2013, la Réunion des Musées Nationaux – Grand Palais s’est associée au centre pénitentiaire Sud Francilien, implanté en Seine-et-Marne, à Réau, au nord de Melun, pour monter une exposition au sein même de l’établissement pénitentiaire. Les commissaires de l’exposition sont des personnes détenues et volontaires.
Pendant une année, Yacine, Selhim, Marc, Jean-Claude et les autres vont se retrouver chaque semaine pour préparer cette exposition dont ils ont choisi comme thème : « Le voyage », choisir les œuvres, la scénographie…
Cendrine Borzycki, l’auteure de cette BD, va assister aux séances hebdomadaires durant lesquelles le projet s’élabore, avec le concours de professionnels venus partager leurs savoir-faire. Elle visite les musées qui ont accepté de prêter des œuvres pour l’exposition. Elle raconte également des instants de la vie du Centre Pénitentiaire dont elle est témoin lors de ses visites. C’est très intéressant et instructif de découvrir cette expérience autour de l’art en prison à travers cette BD.
L’exposition a eu lieu durant deux mois, mais seuls les détenus, le personnel et les familles ont eu le privilège de la visiter…

Extrait :

Article Libération : Taule de maîtres

Petit bac 2020a(1) Pluriel