Bakhita – Véronique Olmi

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Audiolib – mars 2018 – 13h11 – Lu par Véronique Olmi

Albin Michel – août 2017 – 464 pages

Quatrième de couverture :
Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion. Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres.  Bakhita  est le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte. Avec une rare puissance d’évocation, Véronique Olmi en restitue le destin, les combats incroyables, la force et la grandeur d’âme dont la source cachée puise au souvenir de sa petite enfance avant qu’elle soit razziée.

Auteur : Dramaturge, comédienne, nouvelliste et romancière, Véronique Olmi est l’auteure de nombreux succès, dont Bord de mer, Le Premier amour ou Cet été-là. Les Éditions Albin Michel ont publié trois de ses romans, Nous étions faits pour être heureuxLa nuit en vérité, J’aimais mieux quand c’était toi et deux pièces de théâtre, Une séparation et Un autre que moi. 

Mon avis : (écouté et lu en avril 2018)
Quelle histoire poignante que celle de Bakhita, esclave soudanaise devenue religieuse, et qui a été canonisée par le pape Jean-Paul II en 2000.
Bakhita est née au Darfour vers 1869. Elle avait alors un autre prénom dont elle n’a pas gardé le souvenir. A cinq ans, elle est confrontée pour la première fois à la violence lorsque sa sœur aînée est enlevée dans son village. Quelques années plus tard, c’est elle-même qui subit le même sort. Elle a sept ans, alors qu’elle s’est écartée de son village, elle est enlevée par deux hommes qui la vendront à des négriers, elle découvre alors la violence, les coups, les humiliations du monde des esclaves… Les premiers jours, elle espère que son père viendra la sauver, puis elle se raccroche à ses souvenirs de la vie d’avant pour résister et espérer un avenir meilleur. Il lui faudra attendre six années avant d’être acheté par Calisto Legnani, un Italien, consul à Khartoum. Elle arrivera à le convaincre de l’emmener en Italie où une nouvelle vie va s’ouvrir à elle.
L’histoire de Bakhita est une histoire vraie, l’auteur a su nous la raconter avec simplicité et beaucoup de sensibilité. Bakhita est admirable de bonté et d’amour. Dans sa simplicité d’âme, et malgré les horreurs qu’elle a du subir et traverser, elle a toujours gardé espoir et fait le bien autour d’elle. Son histoire a encore une résonance avec ce qui se passe de nos jours, migrants, esclavage moderne…
J’ai écouté ce livre en parti en version audio et en version papier. J’ai eu un peu de mal au départ avec le ton pris par l’auteur dans la version audio et en même temps j’étais captivé par le texte et l’histoire de Bakhita que je ne voulais pas lâcher.
J’ai beaucoup aimé l’entretien avec l’auteur en bonus du livre audio, c’est un complément formidable à la lecture du livre.

 

Extrait : (début du livre)
Elle ne sait pas comment elle s’appelle. Elle ne sait pas en quelle langue sont ses rêves. Elle se souvient de mots en arabe, en turc, en italien, et elle parle quelques dialectes. Plusieurs viennent du Soudan et un autre, de Vénétie. Les gens disent : « un mélange ». Elle parle un mélange et on la comprend mal. On doit tout redire avec d’autres mots. Qu’elle ne connaît pas. Elle lit avec une lenteur passionnée l’italien, et elle signe d’une écriture tremblante, presque enfantine. Elle connaît trois prières en latin. Des chants religieux qu’elle chante d’une voix basse et forte.

On lui a demandé souvent de raconter sa vie, et elle l’a racontée encore et encore, depuis le début. C’est le début qui les intéressait, si terrible. Avec son mélange, elle leur a raconté, et c’est comme ça que sa mémoire est revenue. En disant, dans l’ordre chronologique, ce qui était si lointain et si douloureux. Storia meravigliosa. C’est le titre de la brochure sur sa vie. Un feuilleton dans le journal, et plus tard, un livre. Elle ne l’a jamais lue. Sa vie, à eux racontée. Elle en a été fière et honteuse. Elle a craint les réactions et elle a aimé qu’on l’aime, pour cette histoire, avec ce qu’elle a osé et ce qu’elle a tu, qu’ils n’auraient pas voulu entendre, qu’ils n’auraient pas compris, et qu’elle n’a de toute façon jamais dit à personne. Une histoire merveilleuse. Pour ce récit, sa mémoire est revenue. Mais son nom, elle ne l’a jamais retrouvé. Elle n’a jamais su comment elle s’appelait. Mais le plus important n’est pas là. Car qui elle était, enfant, quand elle portait le nom donné par son père, elle ne l’a pas oublié. Elle garde en elle, comme un hommage à l’enfance, la petite qu’elle fut. Cette enfant qui aurait dû mourir dans l’esclavage a survécu, cette enfant était et reste ce que personne jamais n’a réussi à lui prendre.

Petit bac 2018Mot unique (3)

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Couleurs de l’incendie – Pierre Lemaitre (livre audio)

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – janvier 2018 – 14h10 – Lu par Pierre Lemaitre

Albin Michel – janvier 2018 – 544 pages

Quatrième de couverture :
Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe.
Avec la participation de Zygmunt Mioszewski pour les mots lus en polonais.

Auteur : De Travail soigné à Sacrifices, ses cinq romans noirs couronnés par de nombreux prix ont valu à Pierre Lemaitre un succès critique et public exceptionnel. Avec Au revoir là-haut, Prix Goncourt 2013, puis Trois jours et une vie, il continue une œuvre littéraire qui confirme un grand écrivain. Il maîtrise l’art de construire des intrigues tenues par d’invisibles fils et des retournements spectaculaires.

Mon avis : (écouté en mars 2018)
J’ai adoré lire Couleurs de l’incendie, le deuxième tome de la trilogie commencée avec Au revoir là-haut, en version papier. La relecture en livre audio a été aussi plaisante que la première lecture, et lu par Pierre Lemaitre c’est un vrai plus !
Le personnage principal de cette histoire est Madeleine Péricourt. Nous sommes en février 1927 alors que les obsèques de Marcel Péricourt sont sur le point d’être célébrées. Dès les premières pages, Paul, le fils de Madeleine âgé de sept ans, va être l’acteur principal d’un événement spectaculaire… Madeleine va se retrouver seule à la tête des affaires de son père, mais étant une femme, elle n’a même pas le droit de signer un chèque. Elle est doit faire confiance aux banquiers proche de son père. Malheureusement, ceux-ci vont profiter de sa naïveté et rapidement elle sera trahie et perdra toute sa fortune. Lorsqu’elle va comprendre comment et par qui elle a été bernée, elle n’aura plus qu’une idée, se venger…
J’ai adoré lire ce roman d’aventure. Le contexte historique est évoqué avec le krach boursier, la montée du fascisme, les débuts de l’aviation, l’évasion fiscale, la situation de la femme dans les années 30…
Il y a une galerie de personnages des plus originaux et variés comme Joubert, le fondé de pouvoir et directeur de la banque, Léonce, l’employée de maison proche de Madeleine,  oncle Charles, le frère de Monsieur Péricourt, Vlady, la nurse polonaise de Paul, Solange, la diva italienne…
L’intrigue se construit comme un suspens avec des histoires parallèles et des rebondissements qui surprennent le lecteur, difficile de lâcher le roman…
Un troisième épisode est prévu pour achever cette trilogie, et j’en suis ravie !
La lecture de Pierre Lemaitre est vraiment réussie et son entretien en bonus est vraiment intéressant.

Merci Pauline et Audiolib pour ce livre audio épique et palpitant !

Extrait : (début du livre)
Si les obsèques de Marcel Péricourt furent perturbées et s’achevèrent même de façon franchement chaotique, du moins commencèrent-elles à l’heure. Dès le début de la matinée, le boulevard de Courcelles était fermé à la circulation. Rassemblée dans la cour, la musique de la garde républicaine bruissait des essais feutrés des instruments, tandis que les automobiles déversaient sur le trottoir ambassadeurs, parlementaires, généraux, délégations étrangères qui se saluaient gravement. Des académiciens passaient sous le grand dais noir à crépines d’argent portant le chiffre du défunt qui couvrait le large perron et suivaient les discrètes consignes du maître de cérémonie chargé d’ordonner toute cette foule dans l’attente de la levée du corps. On reconnaissait beaucoup de visages. Des funérailles de cette importance, c’était comme un mariage ducal ou la présentation d’une collection de Lucien Lelong, le lieu où il fallait se montrer quand on avait un certain rang.
Bien que très ébranlée par la mort de son père, Madeleine était partout, efficace et retenue, donnant des instructions discrètes, attentive aux moindres détails. Et d’autant plus soucieuse que le président de la République avait fait savoir qu’il viendrait en personne se recueillir devant la dépouille de « son ami Péricourt ». À partir de là, tout était devenu difficile, le protocole républicain était exigeant comme dans une monarchie. La maison Péricourt, envahie de fonctionnaires de la sécurité et de responsables de l’étiquette, n’avait plus connu un instant de repos. Sans foule des ministres, des courtisans, des conseillers. Le chef de l’État était une sorte de navire de pêche suivi en permanence de nuées d’oiseaux qui se nourrissaient de son mouvement.
À l’heure prévue, Madeleine était en haut du perron, les mains gantées de noir sagement croisées devant elle.
La voiture arriva, la foule se tut, le président descendit, salua, monta les marches et pressa Madeleine un instant contre lui, sans un mot, les grands chagrins sont muets. Puis il fit un geste élégant et fataliste pour lui céder le passage vers la chapelle ardente.

Déjà lu du même auteur : 

 robe_de_mari__ Robe de marié  Alex_cd Alex  9782226249678g Au revoir là-haut

114535989 Trois jours et une vie 81CwwZlg2xL Couleurs de l’incendie

Le jour d’avant – Sorj Chalandon

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Audiolib – novembre 2017 – 7h59 – Lu par Stéphane Boucher

Grasset – août 2017 – 336 pages

Quatrième de couverture :
« Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

Auteur : Après trente-quatre ans à Libération, Sorj Chalandon est aujourd’hui journaliste au Canard enchaîné. Ancien grand reporter, prix Albert-Londres (1988), il est aussi l’auteur de sept romans, tous parus chez Grasset. Le Petit Bonzi (2005), Une promesse (2006 – prix Médicis), Mon traître (2008), La Légende de nos pères (2009), Retour à Killybegs (2011 – Grand Prix du roman de l’Académie française), Le Quatrième Mur (2013 – prix Goncourt des lycéens) et Profession du père (2015).

Lecteur : Stéphane Boucher est un comédien présent à la fois au cinéma, au théâtre et à la télévision. Il a notamment tourné avec Jacques Rivette, Jim Jarmush, Francis Veber… Au théâtre, il a travaillé entre autres avec Didier Long et John Malkovich.

Mon avis : (écouté en 2018)
Cette écoute est une relecture, en effet j’ai déjà lu en version papier le dernier roman de Sorj Chalandon.
Dans ce roman, l’auteur a voulu rendre hommage aux victimes de la catastrophe minière de Liévin dans le Pas de Calais en décembre 1974 où 42 mineurs ont trouvé la mort. Ils ne sont pas morts à cause de la fatalité mais à cause du profit.
Le narrateur, Michel, est frère de mineur, quarante ans après il veut venger les 42 morts et toutes les victimes de la mine. Il a vécu sa vie tout en gardant en lui cette colère et cette haine. Aussi, après la mort de sa femme, plus rien ne le retient, il va quitter son travail, vendre son logement et il revient chez lui, près de Lens et il se met à chercher l’homme dont il est persuadé qu’il est responsable de la mort de son frère. Un certain Lucien Dravel, responsable de la sécurité dans la mine et dont il a gardé une photo découpée dans le journal.
Michel est bien décidé à venger son frère et à punir cet homme. Et tant pis s’il a 80 ans, s’il est impotent et s’il est malade de silicose, il faut que justice soit faite.
Michel va surprendre le lecteur, le décevoir aussi… Il nous raconte une belle histoire, mais les belles histoires peuvent être trompeuses, car il y a également des parts d’ombres dans une belle histoire.
Vu la construction du roman et le retournement inattendu de la mi-roman, j’ai fait cette relecture avec un nouveau point de vue… J’ai cherché les indices annonciateurs, les détails que je n’avais pas vu à la première lecture…
J’ai autant aimé ce roman qu’à ma première lecture.
J’ai regretté l’absence d’entretien avec l’auteur en bonus du livre audio.

Extrait : (début du livre)
(Liévin, jeudi 26 décembre 1974)
Joseph, serré tout contre moi. Lui sur le porte-bagages, jambes écartées par les sacoches comme un cow-boy de rodéo. Moi penché sur le guidon, main droite agaçant la poignée d’accélération. Il était bras en l’air. Il chantait fort. Des chansons à lui, sans paroles ni musique, des mots de travers que la bière lui soufflait.
Les hurlements de notre moteur réveillaient la ville endormie.
Mon frère a crié.
— C’est comme ça la vie !
Jamais je n’avais été aussi fier.

*

J’avais conduit la mobylette de Jojo une seule fois avant cette nuit-là. En rond dans notre cour de ferme, comme un cheval de manège empêché par sa longe. Il avait acheté cette Motobécane pour remplacer la vieille Renault qu’il n’utilisait plus. Il ne réparait pas sa voiture, il la ranimait. Et la laissait vieillir le long du trottoir.
— On s’en servira le dimanche.

À vingt-sept ans, mon frère avait aussi abandonné son vieux vélo pour le cyclomoteur.
— La Rolls des gens honnêtes, disait-il aussi.
Contre une pièce de monnaie, je frottais les chromes, j’enlevais la boue qui piquetait les fourches, j’essuyais les phares, je graissais le pédalier. J’avais le droit de ranger les outils sous la selle. Tout le monde l’appelait « la Bleue ». Mon frère l’avait baptisée la Gulf, comme la Porsche 917 conduite par Steve McQueen dans Le Mans, un film que Jojo m’avait emmené voir en français au Majestic.
Steve McQueen jouait le pilote automobile Michael Delaney.
— Chez nous, Michael Delaney se dit Michel Delanet, m’avait expliqué mon frère.
J’étais sidéré. Delanet et moi avions le même prénom.
Steve McQueen était le héros américain de mon enfance. Je l’avais vu dans Les Sept Mercenaires, La Grande Évasion, Bullitt. J’imitais son sourire dans la glace, sa façon de froncer les sourcils. Au collège, lorsque quelqu’un me provoquait, je fermais les lèvres, comme lui. Je lui empruntais un peu de sa moue. Mon frère jurait que Steve McQueen et moi avions la même ombre sur le visage. Et que mon silence ressemblait au sien.
— C’est fou, il a tes yeux, avait-il encore murmuré.

Le Mans était un film étrange. Aucun scénario, une musique énervée. Cela ne ressemblait pas à du cinéma. Sauf le début. Une minute de silence, juste avant la course.

Déjà lu du même auteur :

Retour___Killybegs  Retour à Killybegs  mon_traitre_p Mon traître  le_petit_bonzi_p Le petit Bonzi  

la_l_gende_de_nos_p_res_p La légende de nos pères  sorj_chalandon_le_quatrieme_mur Le quatrième mur 

95082944 Le quatrième mur (audio) profession du père Profession du père

71vO6XPK27L Le jour d’avant (version papier)

Petit bac 2018Passage du temps (3)

Oublier Camille – Gaël Aymon

41p0JwYWzaL Actes Sud Junior – août 2014 – 76 pages

Quatrième de couverture :
« Elle est là. Elle a sûrement dû sécher les cours pour arriver à l’heure devant mon lycée. Je sais qu’elle sait que je l’ai vue mais je ne lui accorderai pas un regard. Elle, elle n’est même pas capable d’essayer de me retenir. Je ne veux même pas savoir si elle est triste ou bouleversée. C’est fini, tu peux crever ! Tu m’aimes encore ? Alors, j’espère que ça te fera mal. J’ai décidé de t’oublier. » Yanis est fou amoureux de Camille. Mais « assurer » avec une fille, prendre l’initiative, agir, c’est plus facile à dire qu’à faire. Devenir un homme, oui, mais quel homme ? Paralysé par le doute, Yanis est tenté d’esquiver, puis de fuir… pour oublier Camille. Au risque d’être rattrapé par ses sentiments.

Auteur : Depuis 2010, Gaël Aymon s’est tourné vers la littérature jeunesse après une expérience de comédien, scénariste, réalisateur et producteur. Auteur de contes, d’albums et de romans, dont trois romans « ado » Ma réputation, Oublier Camille et Les Héros oubliés (Tome 1 – Aux portes de l’oubli et Tome 2 – Les Maîtres) publiés aux éditions Actes Sud Junior. Il enseigne également le théâtre aux enfants et aux adolescents.

Mon avis : (lu en mars 2018)
Yanis a 16 ans et il aime Camille depuis trois ans. Mais maladroit, il ne sait pas et n’arrive pas, par timidité à déclarer son amour. Il a peur de ne pas être à la hauteur…
Camille est partie en voyage scolaire aux États-Unis en lui laissant une lettre où elle lui avoue être sortie avec plusieurs garçons.
Pour Yanis, c’est un choc, c’est impardonnable et il décide d’oublier Camille.
Mais c’est impossible d’oublier quelqu’un qu’on aime depuis des années, les souvenirs sont si nombreux… Yanis ne va pas bien, il accumule les bêtises au lycée… Et si les infidélités de Camille étaient un peu de sa faute ? Pourquoi n’a-t-il jamais pu dire à Camille qu’il était amoureux d’elle ?

Cette histoire raconte le parcours d’un adolescent mal dans sa peau, pas encore prêt à « assurer » avec une fille, un récit d’introspection fait avec justesse.

Extrait : (début du livre)
Elle est là. Elle a sûrement dû sécher les cours pour arriver à l’heure devant mon lycée. Je sais qu’elle sait que je l’ai vue mais je ne lui accorderai pas un regard. Je passe en mode « t’existes plus ». Je la dépasse et je m’éloigne. Elle, elle n’est même pas capable d’essayer de me retenir. Je ne veux pas savoir si elle est triste ou bouleversée. Je ne vais pas lui donner une chance. C’est fini, tu peux crever ! Tu m’aimes encore ? Alors, j’espère que ça te fera mal. J’ai décidé de t’oublier.

Il n’y a plus un seul poster sur les murs de ma chambre. J’ai tout mis par terre en faisant bien exprès de les déchirer au cas où un remords me prenne plus tard. Je me jette sur le lit et je contemple avec une sale joie le résultat de mon saccage. Je regarde défiler les minutes. 20 heures. Elle doit déjà être dans l’avion. Elle n’appellera plus. Elle n’a même pas tenté ! Ça y est, je chiale ! Pour la première fois depuis des années, je pleure pour de vrai, avec des larmes qui coulent. Un flot de larmes ! Je suis surpris qu’elles soient chaudes sur mes joues. J’avais oublié. Je pensais que je ne pleurerais plus, maintenant que j’ai quitté l’enfance. Que la douleur resterait toujours invisible, à l’intérieur. Mais je ne suis pas encore vraiment un homme. Dans ma tête, je suis toujours un enfant. Sauf que j’aime !

Petit bac 2018Prénom (4)

Ar-Men – Emmanuel Lepage

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ar-men Futuropolis – novembre 2017 – 96 pages

Quatrième de couverture :
La nouvelle bande dessinée d’Emmanuel Lepage : une plongée fantastique dans le plus mythique des phares, Ar-Men !
Ar-Men est le phare le plus exposé et le plus difficile d’accès de Bretagne, c’est-à-dire du monde. On le surnomme « l’enfer des enfers ». Mêlant fiction, documentaire et légendes, épopée autant que récit intimiste, Emmanuel Lepage livre un récit de forte intensité. Couleurs somptueuses, images à couper le souffle : Emmanuel Lepage au sommet de son art !

Auteur : Emmanuel Lepage est un dessinateur, scénariste et coloriste de bande dessinée, né en 1966 à Saint-Brieuc.

Mon avis : (relu en mars 2018)
Je suis une inconditionnelle des bandes dessinées d’Emmanuel Lepage et j’aime également beaucoup les phares et bien sûr la Bretagne. C’est donc naturellement que cette bande dessinée a fait partie des 3 choisies pour l’opération « La BD fait son festival » organisée par Priceminister.
Le phare d’Ar-Men est situé au large de l’île de Sein, c’est le plus exposé et le plus difficile d’accès de Bretagne. On le surnomme « l’Enfer des enfers ».
Dans cette BD, Emmanuel Lepage nous raconte ce phare mythique en mêlant fiction et réalité… Il nous raconte sa construction qui fût un exploit, en effet il a fallu 14 années pour parvenir à terminer le bâtiment. L’endroit choisit pour édifier ce phare à l’extrême ouest de la Bretagne ne se découvre que quelques heures par an et est battu par les tempêtes… Germain est l’un des derniers gardiens, il nous permet de découvrir son quotidien et son travail de veille et d’entretien sur Ar-Men. L’auteur évoque également les légendes de la ville d’Ys engloutie, du Bag Noz ou bateau fantôme…
Concernant le graphisme, c’est magnifique ! Le dessin est précis, les couleurs à l’aquarelle sont splendides, le ciel, la mer sont dans tous leurs états…
Une BD qui fait rêver, vibrer, s’émerveiller et voyager ! Un vrai coup de cœur !

Note : 20/20

Merci PriceMinister pour cette opération la BD fait son festival !

Extrait : (cliquer sur les planches pour les agrandir)

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Déjà lu du même auteur : 

1151_couv  Un Printemps à Tchernobyl 

 97888941 Voyage aux îles de la Désolation 

100314841 La Lune est blanche

Condor – Caryl Férey

Lu en partenariat avec Folio

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Folio – février 2018 – 512 pages

Gallimard – mars 2016 – 416 pages

Quatrième de couverture :
Dans le quartier brûlant de La Victoria, à Santiago, quatre cadavres d’adolescents sont retrouvés au cours de la même semaine. Face à l’indifférence des pouvoirs publics, Gabriela, jeune vidéaste mapuche habitée par sa destinée chamanique et les souffrances de son peuple, s’empare de l’affaire. Avec l’aide de son ami Stefano, militant rentré au Chili après plusieurs décennies d’exil, et de l’avocat Esteban Roz-Tagle, dandy abonné aux causes perdues qui convertit sa fortune familiale en litres de pisco sour, elle tente de percer le mystère. Dans un pays encore gangrené par l’héritage politique et économique de Pinochet, où les puissances de l’argent règnent en toute impunité, l’enquête dérange, les plaies se rouvrent, l’amour devient mystique et les cadavres s’accumulent…

Auteur : Écrivain, voyageur et scénariste, Caryl Férey s’est imposé comme l’un des meilleurs auteurs de thrillers français en 2008 avec Zulu, Grand Prix de littérature policière 2008 et Grand Prix des lectrices de Elle Policier 2009, et Mapuche, prix Landerneau polar 2012 et Meilleur Polar français 2012 du magazine Lire.

Mon avis : (lu en mars 2018)
Tout commence avec la découverte d’un gamin mort d’overdose dans un quartier pauvre de Santiago. Gabriela, une jeune mapuche rebelle, venue en ville pour étudier et vidéaste amateur, n’accepte pas que la police ne fasse aucune enquête après ce drame, d’autant plus que trois autres jeunes sont morts également les jours précédents. Gabriela décide donc de contacter un avocat, Esteban Roz-Tagle, le spécialiste des causes perdues…
Au début, il se passe beaucoup d’événements, on ne comprend pas encore les liens qui pourraient exister entre eux… Puis peu à peu les morceaux du puzzle s’assemblent et le lecteur se laisse entraîner dans ce thriller palpitant et haletant qui nous fait découvrir le Chili d’aujourd’hui,  qui a également des comptes à régler avec le passé.

Il est question de drogue, de politique, de corruption, de violence… mais également d’amour, de cinéma et de poésie… Caryl Férey a fait grand travail de documentation et a décrit ses personnages avec beaucoup de soins, certains sont très attachants, d’autres vraiment méchants. Les paysages sont également dépaysants, de Santiago au désert d’Atacama, le voyage a été réussi !

Merci les éditions Folio pour cette lecture haletante et palpitante.

Extrait : (début du livre)
L’ambiance était électrique Plaza Italia. Fumigènes, musique, chars bariolés, les hélicoptères de la police vrombissaient dans le ciel, surveillant d’un œil panoptique les vagues étudiantes qui affluaient sur l’artère centrale de Santiago.
Gabriela se fraya un chemin parmi la foule agglutinée le long des barrières de sécurité. Elle avait revêtu un jean noir, une cape de plastique transparent pour protéger sa caméra des canons à eau, de vieilles rangers trouvées aux puces, le tee-shirt noir où l’on pouvait lire « Yo quiero estudiar para no ser fuerza especial 1 » : sa tenue de combat.
C’était la première manifestation postélectorale mais, sous ses airs de militante urbaine, Gabriela appréhendait moins de se frotter aux pacos – les flics – que de revoir Camila.
Elles s’étaient rencontrées quelques années plus tôt sous l’ère Piñera, le président milliardaire, lors de la révolte de 2011 qui avait marqué les premières contestations massives depuis la fin de la dictature. Ici l’éducation était considérée comme un bien marchand. Chaque mensualité d’université équivalait au salaire d’un ouvrier, soixante-dix pour cent des étudiants étaient endettés, autant contraints d’abandonner en route sauf à taxer leurs parents, parfois à vie et sans garantie de résultats. À chaque esquisse de réforme, économistes et experts dissertaient sans convoquer aucun membre du corps enseignant, avant de laisser les banques gérer l’affaire – les fameux prêts étudiants, qui rapportaient gros.
Si après quarante années de néolibéralisme ce type de scandale n’étonnait plus personne, leur génération n’en voulait plus. Ils avaient lu Bourdieu, Chomsky, Foucault, le sous-commandant Marcos, Laclau, ces livres qu’on avait tant de mal à trouver dans les rares librairies de Santiago ou d’ailleurs. Ils n’avaient pas connu la dictature et la raillaient comme une breloque fasciste pour nostalgiques de l’ordre et du bâton ; ils vivaient à l’heure d’Internet, des Indignés et des réseaux sociaux, revendiquaient le droit à une « éducation gratuite et de qualité ». Les étudiants avaient fait grève presque toute l’année, bloqué les universités, manifesté en inventant de nouvelles formes, comme ces zombi walks géants où deux mille jeunes grimés en morts-vivants dansaient, synchrones, un véritable show médiatique devant des bataillons casqués qui n’y comprenaient rien. Piñera avait limogé quelques ministres pour calmer la fronde mais les enseignants, les ouvriers, les employés, même des retraités s’étaient ralliés aux contestataires.
Les forces antiémeutes ne tiraient plus à balles réelles sur la foule, comme au temps de Pinochet : elles se contentaient de repousser les manifestants au canon à eau depuis les blindés avant de les matraquer. Des dizaines de blessés, huit cents arrestations, passages à tabac, menaces, Gabriela avait tout filmé, parfois à ses risques et périls.

 1 : « Je veux étudier pour ne pas faire partie des Forces spéciales. »

Déjà lu du même auteur :

zulu Zulu haka_p Haka mapuche Mapuche

Petit bac 2018Animal (2)

Grand Atlas de la France 2018

Masse Critique Babelio

81eJNh0dD7L Éditions Autrement – janvier 2018 – 127 pages

Quatrième de couverture :
Un outil indispensable pour comprendre la France : Plus de 150 cartes inédites et mises à jour ; Un tour d’horizon complet des grands enjeux du pays ; Une synthèse actualisée et l’analyse des plus grands spécialistes ; Un dossier spécial sur la place des immigrés et des réfugiés : quelle politique, pour quelle société ?

Auteur : Frank Tétart, directeur de la rédaction du Grand Atlas Autrement depuis 2014. Ancien co-auteur de l’émission Le Dessous des cartes (1994-2008) et ex-rédacteur en chef des revues Moyen-Orient et Carto (2009-2011), il est docteur en géopolitique de l’Institut français de géopolitique (Paris 8) et diplômé en relations internationales (Paris 1). Il a notamment enseigné à Sciences Po Paris, à l’université Paris 1, à l’Institut européen de l’université de Genève et à Paris Sorbonne Abu Dhabi aux Émirats arabes unis. Il est également l’auteur de La Péninsule Arabique, cœur géopolitique du Moyen-Orient (Armand Colin, 2017).

Mon avis : (feuilleté en février et mars 2018)
Comme l’annonce la couverture, ce livre est un Atlas qui résume l’actualité de la France à l’aube de 2018 à l’aide de 150 cartes, du point de vue économique, politique, environnemental et international.
Cet ouvrage documentaire est divisé en cinq grandes parties qui analysent les évolutions et les mutations de la France d’aujourd’hui.
Cela commence sur un état des lieux de la France : démographie, société postindustrielle, la religion, les 18 régions, les élections 2017, l’abstention, faire face au terrorisme, Paris JO 2024.
Puis ce sont les enjeux économiques et sociaux : reprise économique, agriculture, pôles de compétitivité, l’industrie du luxe, tourisme, l’insertion par l’école, la pauvreté, la santé, les jeunes et le monde travail, le vieillissement.
L’enjeu du développement durable : écologie, aménagement durable du territoire, agriculture durable, transition énergétique, prévention des risques
La France, l’Europe et le monde : La Nouvelle-Calédonie et l’autodétermination en 2018, la francophonie, la France et l’Afrique, la France et la construction européenne, France et Europe face à la crise migratoire, la politique agricole commune 
Enfin une France plurielle : Immigration, xénophobie et montée des extrêmes, la France entre accueil et fermeture, la part des immigrés dans l’économie, les sportifs comme reflet des vagues migratoires, pays du vivre-ensemble ?
Et en annexes : les chiffres clés des 18 nouvelles régions, la bibliographie et les sources.
Comme tout atlas, c’est un livre que l’on feuillète plutôt que de le lire dans sa continuité. Cet atlas s’adressent à un large public : lycéens et étudiants, enseignants et tous ceux qui s’intéressent à comprendre la France.
J’ai plus l’habitude des cartes topographiques ou routières, mais je reconnais qu’une carte bien faite est souvent plus parlante qu’un long discours…
Il est vraiment intéressant de visualiser des chiffres et des analyses économiques ou sociales avec des cartes !
Merci Babelio pour cet atlas instructif et utile.

 

Extrait : (début de l’atlas)
Combien sommes-nous ?

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Alors que la population européenne connaît un déclin démographique depuis un peu plus d’une décennie, la population de la France se maintient, malgré depuis quelques années une baisse de la natalité et de la fécondité et un ralentissement de l’accroissement de l’espérance de vie.

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Une population assez stable
Selon l’Institut national d’études démographiques (INED), la population française est estimée au 1er janvier 2017 à 67 millions d’habitants, dont 2,1 millions dans les départements d’outre-mer (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion et Mayotte). Toutefois, le solde naturel, c’est-à-dire l’excédent des naissances par rapport au décès, ne cesse de diminuer : il est passé au cours des dix dernières années de 280 000 à 173 000. En cause la diminution du nombre de femmes en âge de procréer et la baisse de la fécondité. Alors que les femmes avaient encore en moyenne 2 enfants en 2010, ce qui correspond au seuil de renouvellement des générations, ce taux est en baisse et atteint 1,89 en 2016. La baisse de la fécondité est imputable aux femmes de moins de trente ans, la tendance à avoir des enfants de plus en plus tard se poursuivant. Les Françaises accouchent en moyenne en 2017 à 30,5 ans, alors qu’elles avaient en moyenne leur premier enfant à 26,5 ans, il y a quarante ans. Malgré la baisse récente de la fécondité, la France reste le pays le plus fécond de l’Union européenne. Comme ailleurs, cette diminution s’explique par les effets de la crise économique et la hausse du chômage et de l’incertitude qu’elles impliquent, même si elle reste plus modérée qu’ailleurs et est apparue plus tardivement en raison des politiques sociales et atteint 1,89 en 2016. La baisse de la fécondité est imputable aux femmes de moins de trente ans, la tendance à avoir des enfants de plus en plus tard se poursuivant. Les Françaises accouchent en moyenne en 2017 à 30,5 ans, alors qu’elles avaient en moyenne leur premier enfant à 26,5 ans, il y a quarante ans. Malgré la baisse récente de la fécondité, la France reste le pays le plus fécond de l’Union européenne. Comme ailleurs, cette diminution s’explique par les effets de la crise économique et la hausse du chômage et de l’incertitude qu’elles impliquent, même si elle reste plus modérée qu’ailleurs et est apparue plus tardivement en raison des politiques sociales et familiales qui en ont amorti l’impact.

La population française vieillit
En termes de groupes d’âge, la part des moins de 20 ans (24,2 %) est en recul. Elle représente un quart de la population depuis le début des années 2000, alors qu’elle correspondait encore à un tiers de la population dans les années 1980. La part des adultes âgés de 20 à 64 ans reste assez stable et compte pour plus de la moitié de la population (56,4 %). Quant aux seniors, leur part ne cesse de croître. En 2017, presque un Français sur cinq a plus de 65 ans (19,4 % de la population), alors que les séniors ne représentaient qu’un français sur six il y a 10 ans. Cette tendance s’est accélérée depuis 2012 en particulier avec l’arrivée des premiers baby-boomers dans le groupe des seniors.
Le solde migratoire (excédent des arrivées sur les sorties du territoire), bien que positif (+ 82 000 personnes) et en régulière augmentation (il a dépassé 107 000 en 2013), participe moins à la croissance démographique que dans la plupart des autres pays d’Europe. C’est une particularité de la démographie française, puisqu’ailleurs en Europe l’apport du solde migratoire est en effet supérieur à celui du solde naturel.

La durée de vie s’allonge
Depuis 1950, la mortalité en France n’a cessé de diminuer passant de 12,7 pour mille à moins de 9 depuis le début des années 2000, et ce, bien que la population ait continué d’augmenter. La durée de vie s’allonge. En 2016, l’espérance de vie à la naissance atteint 85,4 ans pour les Françaises et 79,4 ans pour les Français, contre respectivement 82,8 et 75,3 ans en l’an 2000, soit un gain de deux ans et demi pour les femmes et de plus de quatre ans pour les hommes. Mais l’espérance de vie progresse moins vite depuis 2012, en raison de fluctuations liées aux épidémies de grippes saisonnières comme celle de 2015.

Le nombre de centenaires continue aussi de progresser. Au 1er janvier 2016, on comptait, selon l’INSEE, 21 000 centenaires en France : c’est près de vingt fois plus qu’en 1970. Selon les prévisions démographiques, la France pourrait en compter 270 000 en 2070 : neuf femmes sur dix et huit hommes sur dix nés en 1990 deviendraient octogénaires, tandis que 13 % des femmes et 5 % des hommes nés en 1970 atteindraient leur centième anniversaire. 

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La Mise à Nu – Jean-Philippe Blondel

41dFUwhC8vL Buchet Chastel – janvier 2018 – 250 pages

Quatrième de couverture :
Louis Claret est un professeur vieillissant qui habite en province. Séparé de sa femme depuis quelques années, ses filles vivant désormais des vies très différentes de ce qu’il avait imaginé, il se laisse bercer par le quotidien. C’est sans réfléchir et pour remplir une soirée bien vide qu’il se rend au vernissage d’une exposition de peintures d’Alexandre Laudin – un ancien élève, jadis très effacé mais devenu une célébrité dans le monde artistique. Il ne se figure pas un seul instant à quel point ces retrouvailles avec Laudin vont bouleverser sa vie. La Mise à nu parle de ce qu’on laisse derrière soi, au bout du compte. Des enfants. Des amis. Des livres ou des tableaux… Jean-Philippe Blondel, dans une veine très personnelle, évoque avec finesse ce moment délicat où l’on commence à dresser le bilan de son existence tout en s’évertuant à poursuivre son chemin, avec un sourire bravache.

Auteur : Jean-Philippe Blondel est né en 1964. Marié, deux enfants, il enseigne l’anglais en lycée et vit près de Troyes, en Champagne-Ardennes. Il publie en littérature générale et en littérature jeunesse depuis 2003. Le Baby-sitter, G229 (prix Virgin – Version femina), Et rester vivant et 06H41 ont rencontré un réel succès.

Mon avis : (lu en mars 2018)
Louis Claret est professeur dans un lycée d’une petite ville de province. Cinquante-huit ans, séparé de la mère de ses deux filles devenues autonomes, il se laisse porter par la routine du quotidien. Un soir, Louis se rend un peu par hasard au vernissage d’une exposition de peintures d’Alexandre Laudin dans cette ville de province.  Alexandre Laudin est l’un de ses anciens élèves dont il n’a pas beaucoup de souvenirs car c’était un garçon timide et effacé. Alexandre est devenu célèbre à l’international dans le monde de l’art. Alexandre, lui se souvient très bien de son professeur et une discussion s’engage entre eux deux. Alexandre propose à Louis de le revoir car il a une demande particulière à lui faire… L’artiste propose à son professeur de faire son portrait. Louis accepte et c’est l’occasion pour l’un et l’autre de se retrouver pour des séances de pose. Au cours desquelles, Louis profite des moments de silence et d’immobilité pour se souvenir de ses années passées, de faire un travail d’introspection… De retour chez lui, il ressent également le besoin de reprendre un journal intime.
Ce livre nous raconte des retrouvailles entre professeur et ancien élève qui vont bouleverser le train-train routinier de la vie qu’était devenue celle de Louis. C’est l’occasion de faire un point sur ce qu’il a vécu et comment il voit son avenir.
J’ai beaucoup aimé cette histoire troublante qui nous interroge sur notre propre vie et sur nos rapports aux autres.

Extrait : (début du livre)
Je n’étais pas à ma place. Je déambulais dans l’enfilade des salles, une flûte d’un champagne trop vert à la main. Je regardais les autres invités. Leur assurance. Leur port de tête. Leurs mimiques. Ils tenaient des conciliabules, s’esclaffaient, observaient des groupes rivaux, jetaient de temps à autre un regard sur les toiles, s’extasiaient bruyamment, se retournaient, murmuraient à l’oreille de leurs acolytes une anecdote croustillante ou un commentaire acerbe qui démontait en un clin d’œil le travail qu’ils venaient de louer. Les hommes portaient des vestes à l’aspect savamment négligé. Les femmes riaient à gorge déployée dans leurs robes noires et touchaient à intervalles réguliers le bras ou l’épaule de leurs partenaires masculins.
Un vernissage, et tout son décorum. En fait, on n’était pas très loin de l’image stéréotypée que j’en avais. Je n’étais pas un habitué de ce genre d’événements. Au cours des cinquante-huit années de mon existence, j’avais finalement peu fréquenté le monde des arts plastiques. C’était la deuxième fois seulement que j’étais convié à ce type de cérémonie. La première avait eu lieu plus d’un quart de siècle auparavant. J’accompagnais alors un ami qui exposait, fébrile, avec les artistes locaux. Nous avions nous-mêmes accroché ses tableaux.
Tandis que ce soir-là, bien sûr, était différent. Le peintre était un autochtone, certes, mais sa notoriété s’étendait jusque dans la capitale et même hors de nos frontières. Alexandre Laudin : la preuve vivante que l’art n’a cure des origines géographiques et sociales – il était né et avait grandi ici, dans un lotissement de l’agglomération de cette ville de province où ses parents résidaient encore. Quant à lui, je l’imaginais bien installé dans le Xe ou le XIe arrondissement. Bastille. République. Là où la vie bat plus vite.

Déjà lu du même auteur :

juke_box Juke Box  au_rebond Au rebond

le_baby_sitter Le Baby-sitter G229 G229  blog Blog

5317 Et rester vivant replay (Re)play  brise_glace Brise glace

acc_s_direct___la_plage Accès direct à la plage 6h41 06H41

double jeu Double jeu un hiver à paris Un hiver à Paris  9782330048204 La coloc

109646121 Mariages de saison 9782330075521 Le groupe

Rencontre avec Pierre Lemaitre

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Mardi 6 février, je suis allée à une rencontre avec Pierre Lemaitre à la Librairie Mille Pages de Vincennes. La rencontre était prévue à 19h30, mais les intempéries et surtout la neige sur l’Île de France a mis en retard Pierre Lemaitre. Pascal, le libraire, nous a donc fait patienter en nous lisant les premières pages de quelques uns des livres de l’auteur.
Pendant ce temps, Pierre Lemaitre envoyait, par sms, de ses nouvelles…
« Je glisse sur le périphérique à la vitesse que me permet mon arthrose. »
Lecture des premières pages de Trois jours et une vie.
Puis lecture des premières pages d’Alex
« Porte de Bagnolet, tout schuss »
« Porte de Montreuil, j’ai accroché une porte. »
Quelques pages d’Au revoir là-haut.
« Porte de Vincennes, j’ai perdu mon casque, j’ai les pieds gelés. J’ai perdu un ski, ce n’est pas grave, je continue à skier sur une jambe ! »
Enfin, Pascal nous lit les premières pages de Couleurs de l’incendie.
« Plus que 800 mètres, ma combinaison est déchirée… »
Il est 20h, Pierre Lemaitre arrive enfin ! Toute la salle applaudie !

Pascal : Je me réjouie du succès assez explosif que remporte le livre « Couleurs de l’incendie » dès sa sortie. C’est un mois de janvier pour une fiction française comme j’ai rarement vu. Cela souligne que tu as su réunir sous la même bannière des lecteurs d’horizon différents : des lecteurs de polar, des lecteurs de roman classique, des lecteurs d’essai intéressés par l’Histoire… Seul reproche, on le dévore en seulement trois jours !

Pierre : C’est très déprimant ! Je travaille 18 mois pour faire un truc que vous avalez en trois jours. La vrai réussite pour un auteur c’est que ce qu’on fait lentement se consomme vite.
Quand on écrit un roman on a au moins un but, c’est de faire comprendre une intrigue et pour cela on crée des émotions auprès du lecteur.
Faire plaisir au lecteur, pour moi, c’est toujours penser à lui pendant l’écriture.
L’écrivain n’invente rien, l’imagination n’existe pas, je grappille à droite et à gauche mes idées. Je n’invente rien, je réarrange des éléments du réel.
C’est pour cela qu’à la fin de mes livres, il y a toujours une liste des gens qui m’ont inspiré. Je les note au fur et à mesure de l’écriture, j’obtiens alors une longue liste assez hétéroclite…

Pascal : Tu fais également des clins d’œil au lecteur avec des touches d’humour « qui piquent »…

Pierre : J’ai la chance d’écrire, comme je suis et cela a plu aux gens. J’ai un certain sens du tragique et je suis jovial, jubilatoire.
Je suis, avant tout, un conteur. Mon métier, c’est de raconter des histoires et je veux le faire le mieux possible. Il faut chercher vers l’oralité les premiers grands conteurs.
J’aime l’oralité, c’est pourquoi je tiens à enregistrer moi-même la version audio de mes livres. J’ai toujours été un grand lecteur à voix haute.
J’aime faire des clins d’œil au lecteur, m’adresser directement au lecteur, le prendre à témoin.
J’aime bien rappeler au lecteur qu’il est dans une histoire, que tout ça c’est de la littérature, tout ça c’est du roman et qu’un roman ça donne à réfléchir.
Mais je n’avance pas masqué. Je ne dis pas au lecteur ce qu’il doit penser, je ne tire pas la morale des personnages. Je ne veux pas penser à la place du lecteur.

Pascal : Au revoir là-haut et Couleurs de l’incendie sont deux livres qui sont dans l’Histoire. A quoi sert l’Histoire ici ?

Pierre Lemaitre : Je considère que le roman historique ce n’est pas d’expliquer aujourd’hui par hier. C’est de porter un regard d’aujourd’hui sur hier (les années 30). Il y a toujours des résonances d’une période à une autre et je souligne les résonances qu’il peut y avoir entre aujourd’hui et hier.
La magie de la littérature c’est quelque chose qui doit être intellectuellement responsable et réfléchie mais c’est également la pulsion plaisir, de faire rire, d’intriguer, de créer des émotions. D’en créer d’abord à moi-même puisque j’écris comme je suis et après, ça marche, ça marche pas…

Pascal : Dans Couleurs de l’incendie, dans ce monde obstrué par les hommes, une femme.

Pierre Lemaitre : La question des femmes m’intéressait beaucoup lorsque j’ai décidé d’écriture sur ces années-là. Pourquoi j’ai pris Madeleine, c’est parce que c’était le seul personnage vivant des Péricourt. C’était un bon personnage car un personnage secondaire assez falot dans le premier livre, pas très belle, une femme assez banale et pour un romancier c’est de l’or. La marge de progression que vous avez sur ce personnage est énorme.
Ce qui m’intéressait beaucoup aussi c’est la situation des femmes dans les années 30. Elle offrait un contraste éminemment romanesque, elle héritait du premier pouvoir qu’est celui de l’argent à une période où une femme ne pouvait même pas signer un chèque. Les femmes sont en permanente tutelle, de leur père puis de leur mari. Madeleine est l’héritière d’une banque familiale. L’argent c’est le pouvoir et ce pouvoir est chipé par une femme. Dans le roman tous les hommes qui en veulent à Madeleine pour différentes raisons personnels s’unissent pour penser une seule chose : une femme au pouvoir ce n’est pas acceptable.
Dans les années 30, la situation des femmes est tragique, d’autant plus tragique qu’elle vient après la Première Guerre Mondiale. C’est l’un des éléments qui va faire réagir les femmes qui sont dans ce roman. Elles sont quatre, elles sont très différentes sur l’échiquier sociale. Il y a Madeleine, l’héritière de la banque, Léonce, une dame de compagnie, c’est proche d’un domestique, il va y avoir une nurse, donc une employée de maison et enfin une diva, c’est à dire une artiste. Elles ont quelque chose à dire sur leur rapport aux hommes. A travers ce livre et l’histoire de Madeleine, son déclassement et sa vengeance, je souligne les relations inégalitaire que subissent les femmes par rapport aux hommes. Au fond, chacune de ces femmes va se trouver dans une situation difficile par rapport aux hommes. Elles vont essayer de trouver une voie de sortie individuelle et chacun va la trouver à sa manière, l’une par la normalité, l’autre par l’extravagance et presque toutes n’ont finalement qu’un seul moyen de résistance, et c’est ça la cruauté de la situation, c’est le corps.

Question du public : Comment faites-vous pour vous documenter sur une époque ? En particulier, comment les gens se comportaient au quotidien et comment ils parlaient à l’époque ?

Pierre Lemaitre : C’est très très simple et tout le monde peut le vérifier et faire de même, je lis les journaux. On a une chance extraordinaire en France, nous avons la base de donnée Gallica, faite par la BNF, c’est libre d’accès et gratuit. On a numérisé les quotidiens et les magazines depuis plus d’un siècle. Pour la période historique sur laquelle je travaillais, 1927 à 1933, on doit avoir pour chaque jour au moins une dizaine de quotidiens.
Je passe donc mon temps à lire le journal et je trouve comment les gens parlent, comment ils s’habillent, quelles sont les insultes, quel est l’humour de l’époque… Et je m’imprègne de tout cela. Je regarde également un peu les films de l’INA. Mais surtout les journaux, c’est un observatoire formidable, il y a les pages politiques, les pages sportives. Par exemple, on est dans un période où l’aviation est importante, on n’arrête pas de battre des records de traversée, de rapidité, de distance. Je cherche un secteur industriel pour mon personnage, je pense à l’aviation qui est significative de l’époque, c’est dans l’air du temps.

Question du public : Comment êtes-vous passé du polar à la littérature ?

Pierre Lemaitre : Je ne l’ai pas fait exprès. C’est accidentel, à l’origine en 2010, j’ai envie d’écrire un polar historique. Alors j’imagine une histoire qui se passe à la fin de la Première Guerre Mondiale, c’est une période qui m’intéressait car j’avais des souvenirs de lectures de Dorgelès, de Genevoix. J’avais pas mal lu pendant mon adolescence, vers 17, 18 ans, les grands romanciers combattants, c’est à dire ces hommes qui ont fait la Guerre de 14 et qui sont devenus des romanciers. J’avais envie de parler de cette époque là et j’avais envie d’une histoire de vengeance qui se passait dans l’immédiate après-guerre. Et il se trouvait que mon histoire n’avait pas le code génétique d’un polar.
Et là je n’avais pas les ingrédients qui pouvaient faire un vrai polar avec une intrigue, un mystère, du suspense, des fausses pistes…
Et donc le choix était simple, soit je gardais mon histoire et je faisais autre chose qu’un polar, soit je voulais faire un polar et j’abandonnais mon histoire.
J’avais bien avancé, l’histoire me plaisait bien, les personnages me plaisaient et donc je me suis dit ce sera ce que ce sera. Et j’écris un roman et ça a donné Au revoir là-haut.
C’est parfois de difficile de définir, est-ce un roman noir ? Est-ce que c’est un roman policier ? Un roman picaresque ? un roman historique ?
Tous ceux qui écrivent des polar, on envie qu’on les prenne au sérieux et démontrer qu’ils sont de vrais romanciers. Je ne dis pas que inconsciemment, j’avais envie de prouver que je savais faire autre chose que des polars.

Question du public : Au début de la rencontre, on parlait littérature populaire. Est-ce que cela vous aurez plu d’écrire, comme les feuilletonistes, avec la contrainte de fournir de la page…

Pierre Lemaitre :  Je l’ai fait. Je l’ai fait de manière un peu moderne. On m’a proposé d’écrire un feuilleton pour smartphone. On a fait une statistique, on sait qu’en moyenne, les gens font six stations de métro avant un changement. On voudrait un feuilleton qui tienne six stations de métro, on a fait le calcul, c’est trois pages de smartphone. Voulez-vous écrire un feuilleton qui ferait chaque épisode trois pages de smartphone ? J’ai sauté sur l’occasion, c’était très marrant à faire. Et donc, on a fait un contrat, j’ai écrit une histoire et sans me vanter, personne ne l’a lu. (rires) Et cela n’a intéressé personne ! On m’a vendu le truc, mais tout le monde s’en fout. En fait c’était une opération où l’on donnait ça au gens qui s’abonnaient aux autobus. Et, c’était un fiasco total.
Et j’ai eu cette histoire sur les bras, elle était vachement bien et j’avais sué sang et eau pour réussir à faire une histoire et je me suis dit que c’était vraiment dommage personne ne l’a lu. Et arrive, je crois, le cinquantième anniversaire du Livre de Poche, et il me contacte pour faire un texte, et je leur propose mon feuilleton que personne n’a lu. Je le transforme en roman et c’est « Rosie et John ». J’en profite pour vous dire, que mes romans je les conçois un peu comme des feuilletons, c’est à dire, que cela fonctionne avec des rebondissements, des fausses pistes, l’intrigue qui est posée à la fin d’un chapitre donne envie de lire le suivant… Je tricote ça comme un feuilleton, simplement que c’est un feuilleton que vous lisez d’un seul tenant un petit peu comme on regarde les séries… Maintenant, on ne regarde plus les séries un épisode par semaine, mais une saison en quelques jours. C’est mode de consommation qu’on aime bien, on est dedans, et c’est addictif. J’essaye de faire de la même façon, c’est un peu comme si vous aviez une saison dans un même roman. Mais la technique feuilletonnante fait parti de mes outils privilégiés pour mener mes histoires.

Question du public : Votre avis sur les adaptations de vos romans.

Pierre Lemaitre : Je suis très très heureux de ce qu’a fait Albert. Je me suis posé une question : A quoi ça sert de faire une adaptation ? Au fond l’histoire existe, n’importe qui peut aller en librairie chercher le livre, découvrir l’histoire. A quoi ça sert de la passer au cinéma ? Donc moi, ma conviction, ça vaut le coût quand il y a une plus-value. Il faut qu’il y ait quelque chose qui se passe : un changement de point de vue, une manière différente de raconter la même histoire. Il ne faut pas que ce soit simplement la photocopie cinématographique de ce qu’il y a dans le livre. Donc j’ai choisi de confier à Albert, qui est un grand artiste, en lui disant, voilà, fait ce que tu veux mais ne ridiculise pas mes personnages. Après avoir fait les deux, trois premières versions ensemble, il est parti faire son film. Il m’appelait régulièrement, il me soumettait beaucoup ses idées, mais je les validais toutes y compris celles avec lesquelles j’étais moins d’accord, il fallait qu’il fasse son film, il fallait qu’il le fasse en liberté… Je pense qu’Albert a fait un film patrimonial, il a fait un film qui va rester dans le cinéma français, c’est un film qui va passer les générations. Et je suis très heureux d’être à l’origine de ça.
L’autre question, c’est à propos de Cadre noir. Je ne voulais pas faire de télévision, car j’y ai été très malheureux en tant que scénariste. On rencontre à la télévision une densité d’imbéciles au mètre carré beaucoup plus élevée que la moyenne. Et une moyenne d’imbéciles qui sont rarement cultivés. J’en avais assez d’avoir des trentenaires barbus qui venaient me dire comment je devais faire mon métier. Et puis Arte m’a fait venir et j’ai dit je ne veux pas faire de télé. Et ils ont insisté, ils ont insisté et mon agent m’a dit, « va quand même les écouter ». Je suis tombé en face d’un type, directeur de la fiction, qui m’a dit pourquoi vous ne voulez pas faire de télé, nous on voudrait faire une série avec Cadre noir, une série de 6 x 52 minutes, on voudrait que vous l’écriviez, pourquoi vous ne voulez pas le faire ? Parce que vous allez me cassez les…, parce que vous allez me donner votre avis toutes les cinq minutes, parce qu’il va falloir que je passe par vos cases, par vos catégories, par vos standards. Je n’ai pas envie de faire ça. Écouter, vous écrivez pour nous et j’irai voir le film en projection. Alors, j’ai eu l’impression que ce type respectait les artistes et je me suis dit que j’allais refaire une ultime tentative. Et je dois dire, ça été un bonheur complet, c’est une chaîne où les gens quand ils vous donnent carte blanche, ils vous donnent carte blanche. J’ai toujours eu le dernier mot, on discute, la plupart du temps, ils font des commentaires qui sont pertinents, judicieux. Il y a moins d’argent que dans d’autres chaînes mais carte blanche aux artistes, la confiance règne. J’ai écris les six épisodes en quatre mois, on entre en production dans quelques semaines. J’espère que cela sera une jolie série, elle est très caustique et c’est un vrai thriller. Cela m’a beaucoup plu de le faire et j’ai trouvé des interlocuteurs qui font vraiment bien leur travail auprès des artistes.

Question du public : Qu’est-ce qui vous donne l’idée d’une histoire ? Comment elle se construit ? Est-ce que vous avez déjà la trame très claire dans votre tête ou alors elle s’écrit au fur et à mesure ?

Pierre Lemaitre : Il y a vraiment deux cas de figures différents. Il y a des romans dans lesquels vous pouvez très clairement isoler la bonne idée. C’est le cas de mon roman Alex, là j’esquisse une structure : là ce serait bien que le lecteur s’identifie à mon personnage de manière positive, au premier tiers, se rendrait compte qu’il a mal placé sa confiance et qu’il doit la lui retirer parce que le personnage est négatif et après le deuxième tiers se retourner une nouvelle fois. Cette idée de double retournement. Après là, j’ai cherché le personnage qui pourrait le mieux coller à cette structure. Là c’est facile, on peut dater le moment, une structure, une idée, il y a des moments où ça vous vient et après vous n’avez plus qu’à ordonner à partir de cette idée qui fonctionne comme une sorte de noyau et vous ordonnez après ce qu’il y a autour.
Et puis il y a d’autres romans où c’est plus compliqué, où vous ne savez pas comment c’est né. Vous avez une idée, vous l’avez oubliée, elle est revenue sous forme différente, elle s’est enrichie, elle a été réactivée par quelque chose que vous avez vu, vous avez lu et vous ne savez pas de quelle manière ça s’est progressivement empilé et puis un moment, vous avez commencé à en faire un roman et vous n’en êtes pas rendu compte… Vous vous rendez compte que vous prenez des notes, vous sentez le truc qui monte… Et là, vous ne pouvez pas dater précisément le moment où vous avez eu la bonne idée.
Pour Au revoir là-haut, je sais ce qui s’est passé. J’avais lu un article d’Antoine Prost, un historien, qui racontait les années d’après-guerre et les difficultés des gens à se réinsérer et notamment cette folie des monuments aux morts, et qui pendant quelques années a été un véritable budget puisque toutes les villes voulaient acheter un momument. Je l’avais noté quelque part dans ma tête et je l’avais oublié. Je suis en province, et nous prenons une chambre dans un hôtel, et quand j’ouvre les volets le matin, et je tombe sur le monument au mort. Je me retourne et je dis à ma femme, les gars qui ont vendu ça, ils auraient vendu ça sur catalogue et se seraient tirés avec la caisse, j’en aurais fait un roman épatant… C’est donc la vue du monument au mort qui a réactivé la lecture de l’article d’Antoine Prost.
Je part avec quelque ingrédients. Je ne part pas si je ne les ai pas. Il faut que j’ai ma situation de départ, le thème, c’est à dire de quoi le roman va parler au delà de l’intrigue. Si une intrigue ne renvoi qu’à elle-même, cela fait un roman assez plat. Les bons livres sont généralement ceux qui à travers une intrigue qui nous intéresse à en plus un fond social ou politique ou moral qui donne de la profondeur de champ.
Ici ma situation de départ c’est la chute du petit Paul, le thème c’est la question des femmes dans les années 30, une intention, faire à travers ce roman une salutation au roman du XIXème siècle, en commençant par emprunter au père Dumas sa structure de Monte Christo, c’est à dire, première partie : la ruine,  deuxième partie : la revanche. Vous allez trouver également des clins d’œil à Zola, Stendhal, Hugo, Maupassant… Mais on n’est pas obligé de la savoir pour lire le livre.
Et puis, il faut que j’ai la fin, il faut que j’ai la structure, c’est à dire une espèce de colonne vertébrale des principaux événements du livre, qu’est-ce qui ce passe globalement. Il y a plein de trucs que je n’ai pas besoin de savoir parce que je vais les trouver en cours de route. Mais il faut quand même que j’ai les cinq six moments principaux, Madeleine va avoir trois hommes contre elle, y a trois manipulations, y a un moment de crise… Il faut que j’isole cette colonne vertébrale, à partir du moment où je pense qu’elle tient debout, j’habille le reste et je commence à écrire et c’est l’écriture qui habille le reste.

Question du public : A propos de l’adaptation en BD d’Au revoir là-haut.

Pierre Lemaitre : Lorsqu’un éditeur est venu me voir pour l’adaptation de mon roman en BD, j’ai dit OK, mais c’est moi qui écrit le scénario. Il me dit vous vous y connaissez. Non je ne connais rien du tout mais je suis très curieux d’apprendre. J’aime bien me colter à une difficulté narrative. Je suis un raconteur d’histoire et chaque média, le cinéma, la série télé, le film a sa grammaire, sa propre syntaxe narrative et c’est toujours intéressant de faire un petit détour dans des figures narratives qui sont pas les nôtres. Vous apprenez beaucoup de choses, j’ai appris beaucoup de choses là. En plus j’avais choisi un dessinateur qui est aussi un très bon scénariste, Christian Demetter, et c’est lui qui m’a initié à la bande dessinée, je me suis beaucoup amusé à faire ça. Je ne le referai pas, sauf s’il voulait bien faire la suite avec Couleurs de l’incendie, parce que c’est une aventure d’amitié. J’ai appris beaucoup de chose avec cette bande dessinée, c’est une grammaire très particulière, j’avais pas imaginé qu’on ne pas raconter n’importe comment parce que vous êtes tributaire d’une vignette, d’une vignette centrale, d’une vignette de fin de page, des pages droites, des pages gauches. C’est beaucoup plus compliqué qu’il n’y parait pour faire bien une BD. J’ai appris beaucoup de choses, du coup je remplis ma boîte à outils, d’outils narratifs qui après me servent. J’essaie de croiser un peu toutes ses expériences.

Question du public :  Quelles sont vos lectures ?

Pierre Lemaitre : La question que vous me posez sur l’écrivain d’aujourd’hui, ben, je lis peu. Je lis peu parce que je travaille tout le temps et que je ne suis pas un lecteur sincère. Je lis un roman mais je pense au mien, je ne joue pas le jeu, je ne suis pas un lecteur sympa, je n’accepte pas le pari, de le lire avec la naïveté, avec l’engagement. Je rentre dans son histoire, je sens que mon esprit est déjà ailleurs, je lis un mot et je me dis tiens ça je pourrais le réutiliser ailleurs. Je n’arrive pas à jouer le jeu, je ne suis pas un bon lecteur. Je lis d’abord pour ma documentation. Mais j’ai des éditeurs que j’aime beaucoup, par exemple j’ai une assez grande confiance dans les productions de Gallmeister. Cela correspond assez bien au genre de livres que j’aime. Parmi les auteurs français, il y a des gens que je suis régulièrement. Je suis systématiquement Jean Echenoz et aussi Virginie Despentes, je suis assez systématiquement, presque tout le temps, Emmanuel Carrère, je suis Jean Rolin, Yves Ravet. Ce sont des gens que j’aime beaucoup. Vous avez remarqué, ce sont souvent des livres assez courts. Je ne me lance pas, justement à cause de mon manque de sincérité, dans des romans trop importants. C’est déjà rare que j’arrive à garder de la naïveté pendant un roman il manquerait plus que ce soit trop long. Cela vient de moi, pas des livres. Je considère que Jean Echenoz est certainement le plus grand écrivain français de sa génération. Et puis il y a des gens que je déteste. (Rires)
Je suis en train d’écrire le dictionnaire amoureux du polar et j’ai fait une notice sur Yves Ravet parce qu’on sait pas si c’est du polar, pas du polar mais c’est tellement épatant que je suis dit que je vais faire rentrer au chausse-pied dans le bouquin uniquement pour le plaisir d’en parler.

Question du public : Quelques mots sur la suite de la Trilogie

Pierre Lemaitre : Je ne sais pas bien encore ce que ça sera. Vous savez quand vous m’interrogez, moi je vous dis là où en est le roman dans ma tête. Mais en fait, dans dix-huit mois lorsque je l’aurai terminé, il peut y avoir des écarts énormes parce qu’il y a pleins de choses qui changent, des choses qui marche pas, des choses qui vous intéressent davantage… C’est comme ça. La trilogie c’est trois décennies, les années 20 avec Au revoir là-haut, les années 30 avec Couleurs de l’incendie, ce sera donc les années 40 avec le 3ème volume qui n’a pas encore de titre. Donc la trilogie couvrira l’entre deux guerres, de la fin de la Première Guerre au début de la Seconde, donc il ne se passera pas pendant la guerre, mais pendant la Drôle de Guerre en juillet 1940 et trouvera son point d’orgue pendant l’Exode en 1940. C’est une période qui m’intéresse beaucoup sur le plan romanesque, il se passe des choses vraiment passionnantes et des choses que l’on ne sait pas toujours et c’est aussi l’occasion de prendre l’Histoire par un côté faible, par un biais un petit peu méconnu et j’en ai trouvé quelques uns.
Je sais qui sera le personnage principal, la petite Louise qui a dix ans dans Au revoir là-haut et qui a trente ans en 1940. C’est elle qui sera le personnage principal. L’idée dans la trilogie, c’est de prendre pour personnage principale d’un roman un personnage secondaire d’un roman précédent.
J’aime bien ce jeu parce qu’avec le lecteur c’est un clin d’œil permanent. C’est un roman que vous devriez avoir logiquement dans deux ans.
Les personnages ont un potentiel romanesque, de la même façon que les histoires ont un ADN, un code génétique, les personnages ont un potentiel, c’est pour cela que j’ai fait disparaître un personnage qui s’appelle Camille Verhœven après une trilogie policière, je ne l’ai pas utilisé parce que je pense que le personnage a usé son potentiel narratif, je peux toujours tirer sur le filon mais j’ai pas très envie de le faire parce que j’ai l’impression que ce qu’il avait envie de dire, il l’a dit et que ce serait pas amusant pour moi, ce serait pas amusant pour le lecteur et si je dois refaire du roman policier il faudra un nouvel enquêteur. J’aime beaucoup Rankin, mais je trouve qu’avec Rebus il va un peu loin. Je trouve que Wallander va un peu loin, je trouve que ce fil qui est tiré n’est pas toujours justifié sur le plan narratif. Je ne dis pas que je fais mieux, mais en tout cas pour pas m’ennuyer, un personnage doit avoir une fin… Comme une soirée avec des lecteurs !

Pascal : Et puis il faut se souvenir de ce qui arrive à l’écrivain de Misery de Stephen King lorsqu’il tue son héroïne… Il faut quand même faire attention…
Merci beaucoup d’être venu !

Il m’a fallu trois semaines pour retranscrire cette rencontre très sympathique et très intéressante !

 

 

 

 

 

 

Arrête avec tes mensonges – Philippe Besson

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Audiolib – juin 2017 – 4h45 – Lu par Antoine Leiris

Julliard – janvier 2017 – 198 pages

Quatrième de couverture :
Quand j’étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : « Arrête avec tes mensonges. » J’inventais si bien les histoires, paraît-il, qu’elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J’ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier.
Aujourd’hui, voilà que j’obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois. Dans ce livre.
Autant prévenir d’emblée : pas de règlement de comptes, pas de violence, pas de névrose familiale.
Mais un amour, quand même.
Un amour immense et tenu secret.
Qui a fini par me rattraper.

Auteur : Né en Charente, Philippe Besson a fait des études de droit et est diplômé de l’École supérieure de commerce de Rouen. C’est en 2001 qu’il publie son premier roman, En l’absence des hommes, qui reçoit le prix Emmanuel-Roblès. Dès lors, la plupart de ses livres est saluée par l’obtention d’un prix littéraire, une nomination, ou fait l’objet d’une adaptation cinématographique, comme Son frère, réalisé par Patrice Chéreau. Il est également, à la télévision, la radio et la presse écrite, un critique littéraire subtil et talentueux.

Lecteur : Ancien chroniqueur culturel à France Info et France Bleu, Antoine Leiris est journaliste. Il est l’auteur d’un premier livre très remarqué, Vous n’aurez pas ma haine, Grand Prix du livre audio France Culture – Lire dans le Noir en 2017, lu par André Dussollier.

Mon avis : (écouté en juin 2017 et réécouté partiellement en février 2018)
Barbezieux en Charente, c’est la rencontre improbable entre deux garçons dans un lycée de province. Thomas est fils de paysan destiné à reprendre la ferme familiale, Philippe, l’auteur du livre, est fils d’instituteur, il aime les livres et après son Bac, il poursuivra ses études à Bordeaux. Cet hiver 1984, ils tombent amoureux l’un de l’autre, une histoire clandestine et secrète, c’est la condition obligatoire pour pouvoir vivre cette passion réciproque. Même s’ils se côtoient au lycée, rien ne doit paraître sur leur complicité, sur leur élan amoureux… Thomas ne veut pas et ne peut pas avouer ce qu’il est, il craint trop les conséquences d’un tel aveux.
Dans ce roman l’auteur se dévoile enfin en racontant ce premier grand amour qui est certainement à l’origine de sa vocation d’écrivain et qui a inspiré son oeuvre. Il ose enfin raconter cette histoire autobiographique longtemps gardée secrète.
Un roman juste et poignant. Une lecture émouvante et sincère.
La lecture faite par Antoine Leiris est juste et très agréable.
L’entretien « bonus » avec Philippe Besson est également très intéressante.

Extrait : (début du livre)
Un jour, je peux dire quand exactement, je connais la date, avec précision, un jour je me trouve dans le hall d’un hôtel, dans une ville de province, un hall qui fait office de bar également, je suis assis dans un fauteuil, je discute avec une journaliste, entre nous une table basse, ronde, la journaliste m’interroge au sujet de mon roman, Se résoudre aux adieux, qui vient de sortir, elle me pose des questions sur la séparation, sur écrire des lettres, sur l’exil qui répare ou non, je réponds, je sais les réponses à ces questions-là, je réponds sans faire attention presque, les mots viennent facilement, machinalement, si bien que mon regard se promène sur les gens qui traversent le hall, les allées et venues, les arrivées et les départs, j’invente des vies à ces gens qui s’en vont, qui s’en viennent, je tâche d’imaginer d’où ils arrivent, où ils repartent, j’ai toujours aimé faire ça, inventer des vies à des inconnus à peine croisés, m’intéresser à des silhouettes, c’est presque une manie, il me semble que ça a commencé dès l’enfance, oui c’était là dans le plus jeune âge, maintenant je me souviens, cela inquiétait ma mère, elle disait : arrête avec tes mensonges, elle disait mensonges à la place d’histoires, ça m’est resté, donc des années après je continue, je forme des hypothèses tout en répondant aux questions, en parlant de la douleur des femmes quittées, ce sont deux choses que je sais dissocier, que je peux faire au même moment, quand j’aperçois un homme de dos, traînant derrière lui une valise à roulettes, un homme jeune se préparant à sortir de l’hôtel, la jeunesse elle émane de son allure, de sa tenue, et je suis aussitôt écrasé par cette image, parce que c’est une image impossible,une image qui ne peut pas exister, je pourrais me tromper bien sûr, après tout je ne vois pas le visage, je suis dans l’incapacité de le voir là où je suis assis, mais c’est comme si j’étais certain de ce visage, comme si je savais à quoi l’homme ressemble, et je le redis : c’est impossible, littéralement impossible, et pourtant je lance un prénom, Thomas, je le crie plutôt, Thomas, et la journaliste en face de moi en est effrayée, elle était penchée sur son carnet, occupée à griffonner des notes, à recopier mes paroles, et voilà qu’elle relève la tête, ses épaules se contractent, comme si j’avais crié sur elle, je devrais m’en excuser mais je ne le fais pas, happé par l’image en mouvement, et attendant que le prénom crié produise son effet, mais l’homme ne se retourne pas, il poursuit son chemin, je devrais en déduire que je me suis trompé, cette fois pour de bon, que tout n’a été que mirage, que le va-et-vient a provoqué ce mirage, cette illusion, mais non, je me lève, d’un bond, je pars à la poursuite du fuyant, je ne suis pas mû par le besoin de vérifier, car à cet instant-là je suis encore convaincu d’avoir raison, d’avoir raison contre la raison, contre l’évidence, je rattrape l’homme sur le trottoir, je pose ma main sur son épaule, il se retourne et.

Déjà lu du même auteur :

 La Trahison de Thomas Spencer