Dancers – Jean-Philippe Blondel

41wfjmxTEwL Actes Sud Junior – août 2018 – 176 pages

Quatrième de couverture :
Un triangle amoureux. Une fille et deux garçons. Amour, amitié, séparation. Mais ce qui les relie irréductiblement l’un à l’autre est la danse, le hip-hop. La seule passion du mouvement, de la circulation dans et entre les corps, d’un art vécu comme une sérénité. Anais, Adrien et Sanjeewa : l’ancienne gymnaste à la carrière contrariée, le garçon en colère contre l’injustice familiale et le fils d’immigrés Tamoul que l’on ne sait pas trop où caser. Le trio réinvente les lois de l’attraction dans la vie comme sur un plateau. Nourri de culture musicale, Jean-Philippe Blondel n’a pas son pareil pour mettre en scène l’adolescence avec énergie, sensualité et confiance.

Auteur : Jean-Philippe Blondel est né en 1964. Marié, deux enfants, il enseigne l’anglais en lycée et vit près de Troyes, en Champagne-Ardennes. Il publie en littérature générale et en littérature jeunesse depuis 2003. Le Baby-sitter, G229 (prix Virgin – Version femina), Et rester vivant et 06H41 ont rencontré un réel succès.

Mon avis : (lu en décembre 2018)
Jean-Philippe Blondel nous plonge dans le quotidien de trois adolescents qui ont comme passion commune la danse.
Anaïs est une ancienne gymnaste qui a perdu toute confiance en elle après un échec au sein de l’équipe nationale. Elle a trouvé dans la danse le moyen d’exprimer ses émotions. Elle cache ses fêlures sous un aspect rigide et distante.
Adrien est un danseur instinctif, inné. Très créatif, il invente des mouvements, la danse est naturellement en lui. Il est poussé par une colère qu’il cache en lui depuis longtemps et dont vous découvrirez la raison dans l’histoire…
Anaïs et Adrien vont se rapprocher et d’amis devenir amoureux… jusqu’au jour où un événement va les séparer, et Sanjeewa entre dans la danse.
Sanjeewa est un fils d’immigrés Sri Lankais, arrivé en France à l’âge de 7 ans, il a souffert de l’arrachement à sa terre natale. Il a grandi bien plus vite que les enfants de son âge. Il est lumineux et solaire, il ne vit que pour le plaisir de vibrer, de danser, de mettre en scène ses ressentis. Il mêlant la danse traditionnelle des Tamouls et le hip hop.
L’histoire commence par un petit triangle amoureux, puis des amitiés sincères vont se construire peu et à peu… En dévoilant aux autres, chacun leurs failles, Anaïs, Adrien et Sanjeewa vont pouvoir se retrouver à travers une ultime danse !
Une belle leçon de vie, d’espoir et de tolérance.

Extrait : (début du livre)
Adrien
D’abord, les poignets. C’est ce qu’il y a de plus fragile, les poignets. Je ferme les yeux tandis que je les assouplis. Quand je les ouvre à nouveau, je suis face au miroir. J’ai le regard dur.
Anaïs me le reprochait souvent. Je répondais que j’étais comme ça, un point c’est tout, j’ajoutais que je ne changerais pas, mais elle rétorquait que c’était idiot, comme position. Elle souriait, elle tournait légèrement la tête et elle disait que tout le monde change, tout le temps, et que vouloir lutter contre les avis extérieurs, c’était ridicule. Il fallait les accueillir et les filtrer, au contraire.
– On est la somme de tout ce qui nous influence, a-t-elle remarqué une fois, et tu sais quoi ? J’adore cette idée.
Ne pas penser à Anaïs. Se concentrer sur les articulations, d’abord. Les chevilles. Si la cheville cède, le corps s’effondre – et avec lui, l’avenir et le monde, tout simplement. La cheville porte et supporte tout. Mes pouces et mes index massent la gauche, d’abord. Je sens le frisson de plaisir monter du bas de mon dos à ma nuque, mais je ne bronche pas. J’ai eu du mal à accepter que oui, toucher son propre corps pouvait rassurer et permettre d’atteindre un état second, mais maintenant, j’en suis conscient. Je l’assume pleinement.
Il y a tellement de choses que j’ai eu du mal à accepter. La première d’entre elles : être un garçon qui danse. Les deux termes semblaient totalement opposés. J’habite dans un village du Grand Est depuis sept ans maintenant. Avant, nous logions dans un appartement en ville, mais je n’en ai presque aucun souvenir. Dans la campagne où je vis, les garçons jouent au foot ou au handball, pratiquent les arts martiaux, organisent des parties de paintball dans la forêt, se déplacent à moto ou en quad. Ils vont à la chasse aussi. Pendant les soirées, ils restent ensemble, descendent des bières ou du coca, lancent des vannes grasses sur les filles présentes en se donnant des coups d’épaule. Ils ne dansent pas. Partout, sur internet, à la télé, dans les magazines, on entend dire que la société s’est modifiée en profondeur et que les stéréotypes sont dépassés. Aujourd’hui, tout le monde serait apparemment prêt à accepter que sa fille soit gardienne de foot ou boxeuse, et que son fils entre dans la haute couture ou se passionne pour le maquillage. Ou la danse. Laissez-moi en douter.
La première chose que tu apprends quand tu es un garçon et que tu ne vis pas dans une capitale, c’est omettre. Passer sous silence. C’est exactement ce que j’ai fait pour la danse. Je n’ai jamais parlé des cours que je suivais en ville. Ni de l’option pour laquelle je me suis inscrit dans ce lycée dont mon collège ne dépend pas. Motus. Les autres, ceux qui me côtoient au village, je suis sûr qu’ils sont tous au courant et qu’ils se moquent derrière mon dos, mais devant moi, rien, pas un mot plus haut que l’autre. Tant qu’on ne nomme pas la réalité, elle a encore une chance de ne pas exister.

Déjà lu du même auteur :

juke_box Juke Box  au_rebond Au rebond

le_baby_sitter Le Baby-sitter G229 G229  blog Blog

5317 Et rester vivant replay (Re)play  brise_glace Brise glace

acc_s_direct___la_plage Accès direct à la plage 6h41 06H41

double jeu Double jeu un hiver à paris Un hiver à Paris  9782330048204 La coloc

109646121 Mariages de saison 9782330075521 Le groupe  41dFUwhC8vL La Mise à Nu

Petit bac 2018Art (7)

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Husbands – Rebecca Lighieri

Lu en partenariat avec Folio

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Folio – octobre 2018 – 448 pages

P.O.L – avril 2013 – 448 pages

Quatrième de couverture :
Trois hommes au bord de la crise de nerfs se rencontrent à Marseille. Laurent, agent immobilier cynique et séducteur, n’ose pas annoncer son licenciement à son épouse, et encore moins à sa belle-famille bourgeoise. Farouk, père de famille et professeur dévoué, voit son monde voler en éclats après une découverte macabre dans son congélateur. Reynald, producteur de musique vieillissant, redoute de perdre sa femme, dont il gère la carrière et le corps avec un soin paranoïaque. Sur un forum échangiste, les trois maris se lient. Dans le déballage des humiliations et des fantasmes de ces mâles blessés, quelque chose se libère. Et l’irréparable se produit…

Auteur : Rebecca Lighieri est écrivain. Elle a reçu le Prix Littéraire de la ville d’Arcachon en 2017 pour son livre Les Garçons de l’été. Rebecca Lighieri écrit aussi sous le nom d’Emmanuelle Bayamack-Tam

Mon avis : (lu en décembre 2018)
Voilà un roman policier surprenant et très original qui met en scène trois hommes, trois maris.
Il y a Farouk, père de famille amoureux de sa femme comme au premier jour mais qui découvre sa trahison. Puis Laurent, enfant des cités, qui a épousé Delphine issue d’une famille bourgeoise et qui vit au-dessus de ses moyens depuis qu’il a été licencié et qu’il n’a pas osé le dire à sa famille. Enfin, le vieux beau Reynal, quinquagénaire, consacre sa vie à la réussite de Lauriane, sa trop jeune et trop voluptueuse épouse qui est sur le point de le quitter…
Tous les trois traversent une crise au sein de leur couple et c’est par intermédiaire d’un forum internet qu’ils vont se rencontrer, d’abord virtuellement puis dans la vraie vie.
Une rencontre qui va déraper… sinon cela ne serait pas un thriller…
Au début j’ai trouvé ma lecture dérangeante car il était question de candaulisme (je vous laisse aller voir la définition de ce mot), mais peu à peu je me suis attachée aux différents personnages et lorsque tout bascule, le suspens est à son comble. L’intrigue est vraiment bien construite…
Merci Folio pour ce thriller surprenant.

Extrait : (début du livre)
Farouk 
11 mai

Mes mains tremblent, mon coeur cogne, une main aussi immatérielle qu’implacable enserre ma nuque. Je ne sais pas comment je trouve la force de monter au premier et de m’asseoir devant l’ordinateur, mais j’ai cette force. Je dois absolument me soustraire à la rumeur paisible du rez-de-chaussée, à tous ces bruits familiers et rassurants : la radio en sourdine dans la chambre de Lila, les voix de Farès et Chloé dans la cuisine, les miaulements insistants du chat, la porte du frigo, ouverte puis refermée. Je me sens brusquement indigne de tout ce bonheur domestique. Indigne alors même que je suis la victime et non l’auteur de la trahison. Mais voilà, on ne se refait pas, on ne passe pas trente-huit ans à éprouver un sentiment d’illégitimité et d’imposture sans que ça laisse des traces.
Je me connecte, machinalement. Mes doigts effleurent les touches sans idée préconçue. Je cherche l’apaisement, l’échappatoire, l’arrêt de la souffrance, l’amnésie momentanée – car je sais bien que je ne pourrai jamais oublier. Je pourrais tout aussi bien prendre une douche, enfiler des baskets et sortir courir, ou boire jusqu’au coma éthylique, mais finalement, je cherche refuge dans ma routine : ouvrir ma boîte e-mail où aucun message intéressant ne m’attend, naviguer de site en site, la page du Monde, le site de Darty…
Car il n’y a pas si longtemps, j’étais un homme normal, un père de famille qui envisageait l’achat d’une nouvelle plaque de cuisson pour remplacer nos brûleurs traditionnels, que Chloé trouvait dépassés, peu pratiques, encrassés, impossibles à nettoyer. Chloé, mon amour, ma jeunesse… Chloé, mon beau souci… Chloé, tu vois, quand je te parle, ce sont les mots des autres qui me viennent à l’esprit, les mots les plus beaux, ceux des poètes. Chloé, comment as-tu pu me faire ça ?
Je finis par taper «maris». Je ne sais pas ce que j’espère exactement. Tomber sur mes frères, peut-être, sur une communauté d’hommes se définissant d’abord et avant tout par leur statut d’époux, par leur appartenance, voire leur allégeance à une femme, l’engagement total de tout leur être dans cette grande affaire : le mariage. Les larmes brouillent ma vue tandis que je fais défiler les sites. Suis-je ridicule d’avoir cru que mon union avec Chloé était d’une autre nature que le mariage des autres, ces petits arrangements aussi pitoyables que provisoires ? Suis-je ridicule d’avoir cherché à rendre ma femme heureuse, d’avoir employé toute mon énergie et tous mes efforts à lui rendre la vie plus douce et plus facile ? Suis-je ridicule de l’avoir aimée aussi éperdument et aussi exclusivement ?

Prendre refuge – Zeina Abirached et Mathias Enard

Prendrerefuge Casterman – septembre 2018 – 344 pages

Quatrième de couverture :
1939, Afghanistan. Autour d’un feu de camp, aux pieds des Bouddhas de Bâmiyân, une voyageuse européenne, Anne-Marie Schwarzenbach, tombe amoureuse d’une archéologue. Cette nuit là, les deux femmes l’apprennent par la radio, la Seconde Guerre mondiale éclate. 2016, Berlin. Karsten, jeune allemand qui se passionne pour l’Orient rencontre Nayla, une réfugiée syrienne, dont il s’éprend, malgré leurs différences. A travers ces deux récits entremêlés, deux histoires d’amour atypiques, comme un écho à deux époques complexes, se tissent au fil des pages. Alliant les contraires, rapprochant des êtres qui n’auraient jamais dû se croiser, l’album propose une réflexion sur la difficulté d aimer aujourd’hui comme hier. Entre Kaboul et Berlin, hier et aujourd’hui, l’amour comme la plus belle des aventures.

Auteurs : Née à Beyrouth en 1981, Zeina Abirached a fait des études de graphisme au Liban puis à Paris, aux Arts Décoratifs. Après Beyrouth Catharsis et 38 rue Youssef Semaani, son roman graphique Mourir Partir Revenir, Le jeu des hirondelles connaît un large succès public et critique (sélection Angoulême 2008, traduction dans une dizaine de pays).
Né en 1972, Mathias Enard a étudié le persan et l’arabe et fait de longs séjours au Moyen-Orient. Il vit à Barcelone. Il a publié La Perfection du tir (2003), Remonter l’Orénoque (2005) et Zone (2008). Ses romans ont reçu de nombreux prix – notamment le prix Goncourt 2015 pour Boussole.

Mon avis : (lu en novembre 2018)
Ayant beaucoup aimé les précédentes BDs de Zeina Abirached, je me réjouissais de découvrir ce nouvel ouvrage.
A travers deux histoires qui se répondent, le lecteur découvre deux histoires d’amour, à deux époques différentes.
En 2016, à Berlin, Karsten, un jeune Allemand, passionné d’Orient rencontre Nayla, une réfugiée syrienne. Tous deux sympathisent puis s’aiment malgré leurs différences.
En 1939, en Afghanistan. Au pied des Bouddhas de Bâmiyân, c’est la nuit où l’on apprend par la radio que la Seconde Guerre mondiale vient d’éclater. Anne-Marie Schwarzenbach, une voyageuse européenne, tombe amoureuse de Ria, une archéologue française.
La présence des Bouddhas de Bâmiyân, classés au patrimoine de l’Unesco et détruits par les Talibans en 2001 est un symbole fort.
C’est beau, c’est mélancolique, il est question d’amour et de guerre… C’est une BD à lire plusieurs fois, ma première lecture ne m’a pas convaincue, il m’a fallu le lire plusieurs fois pour apprécier cet ouvrage. J’aime beaucoup le style du dessin en noir et blanc de Zeina, qui remplie toute la page avec ces motifs géométriques.

Extrait :

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Déjà lu du même auteur :

109131079 Je me souviens Beyrouth – Zeina Abirached

109657358 Le piano oriental – Zeina Abirached

Parle_leur_des_batailles Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants – Mathias Enard

Nos richesses – Kaouther Adimi

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – octobre 2018 – 3h49 – Lu par Jean-Paul Bordes

Seuil – août 2017 – 224 pages

Points – septembre 2018 – 192 pages

Prix Renaudot des Lycéens 2017

Quatrième de couverture :
En 1935, Edmond Charlot a vingt ans et il rentre à Alger avec une seule idée en tête : ouvrir une librairie. Placée sous l’égide de Giono, sa minuscule boutique est baptisée Les Vraies Richesses. Et pour inaugurer son catalogue, il publie le premier texte d’un inconnu : Albert Camus. Charlot exulte, ignorant encore que vouer sa vie aux livres, c’est aussi la sacrifier aux aléas de l’infortune et de l’Histoire. Car la révolte gronde en Algérie en cette veille de Seconde Guerre mondiale.
En 2017, Ryad n’éprouve qu’indifférence pour la littérature. Étudiant à Paris, il arrive à Alger avec la charge de repeindre une librairie poussiéreuse, où les livres céderont bientôt la place à des beignets. Pourtant, vider ces lieux se révèle étrangement compliqué par la surveillance du vieil Abdallah, le gardien du temple.

Auteur : Née en 1986 à Alger, Kaouther Adimi vit et travaille à Paris. Son premier roman, L’Envers des autres (Actes Sud, 2011) a obtenu le prix de la Vocation ; le suivant, Des pierres dans ma poche, publié au Seuil en 2016, a bénéficié d’un succès critique et de sélections sur de nombreuses listes de prix.

Lecteur : Comédien, acteur, auteur, metteur en scène, Jean-Paul Bordes est à l’aise dans tous les registres ; on a pu le voir dans des pièces traditionnelles, mais aussi à l’opéra et dans des productions musicales. Pensionnaire à la Comédie-Française, il a été nommé à de nombreuses reprises aux Molières : en 1997 dans la catégorie Meilleur Comédien dans un second rôle, pour La puce à l’oreille de Feydeau mis en scène par Bernard Murat, ou en 2017 pour Vient de paraître, d’Édouard Bourdet. En 2018 il reçoit également 3 nominations aux Molières pour sa pièce Michel-Ange et les fesses de Dieu.

Mon avis : (écouté en novembre 2018)
Cette lecture a été une très belle découverte. Ce roman nous raconte l’histoire d’une librairie « Les vraies richesses » créée à Alger, dans les années 30, par Edmond Charlot.
Pour partager sa passion pour les livres, Edmond Charlot était à la fois libraire, imprimeur et éditeur. Dans les années 90, la librairie est devenue une bibliothèque de quartier tenue par Abdallah, un vieil homme veillant jalousement sur les livres comme sur un trésor.
Lorsque le livre commence, nous sommes en 2017 et Ryad, venu de Paris pour un stage « ouvrier », a été missionné pour vider la bibliothèque et la repeindre pour l’installation prochaine d’une boutique de beignets…
Le lecteur va découvrir l’histoire de ce lieu à travers ces trois personnages, Ryad, Abdallah et Edmond.
Ryad est étudiant mais complètement indifférent à la littérature et aux livres.
Abdallah est très respectueux des livres et du passé de « Les Vraies Richesses » et pourtant, il ne sait pas lire…
Edmond Charlot est un personnage ayant réellement existé et qui a traversé l’Histoire et la Littérature, nous découvrons son œuvre, sa vie et ses combats à travers ses carnets intimes.
La lecture de Jean-Paul Bordes est très agréable, son rythme et la chaleur de la voix sont en harmonie avec Alger.

Merci Pauline et Audiolib pour cette très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Alger, 2017
Dès votre arrivée à Alger, il vous faudra prendre les rues en pente, les monter puis les descendre. Vous tomberez sur Didouche-Mourad, traversée par de nombreuses ruelles comme par une centaine d’histoires, à quelques pas d’un pont que se partagent suicidés et amoureux.
Descendre encore, s’éloigner des cafés et bistrots, boutiques de vêtements, marchés aux légumes, vite, continuer, sans s’arrêter, tourner à gauche, sourire au vieux fleuriste, s’adosser quelques instants contre un palmier centenaire, ne pas croire le policier qui prétendra que c’est interdit, courir derrière un chardonneret avec des gosses, et déboucher sur la place de l’Émir-Abdelkader. Vous raterez peut-être le Milk Bar tant les lettres de la façade rénovée récemment sont peu visibles en plein jour : le bleu presque blanc du ciel et le soleil aveuglant brouillent les lettres. Vous observerez des enfants qui escaladent le socle de la statue de l’émir Abdelkader, souriant à pleines dents, posant pour leurs parents qui les photographient avant de s’empresser de poster les photos sur les réseaux sociaux. Un homme fumera sur le pas d’une porte en lisant le journal. Il faudra le saluer et échanger quelques politesses avant de rebrousser chemin, sans oublier de jeter un coup d’œil sur le côté : la mer argentée qui pétille, le cri des mouettes, le bleu toujours, presque blanc. Il vous faudra suivre le ciel, oublier les immeubles haussmanniens et passer à côté de l’Aéro-habitat, barre de béton au-dessus de la ville.
Vous serez seul, car il faut être seul pour se perdre et tout voir. Il y a des villes, et celle-ci en fait partie, où toute compagnie est un poids. On s’y balade comme on divague, les mains dans les poches, le cœur serré.
Vous grimperez les rues, pousserez les lourdes portes en bois qui ne sont jamais fermées à clé, caresserez l’impact laissé sur les murs par des balles qui ont fauché syndicalistes, artistes, militaires, enseignants, anonymes, enfants. Des siècles que le soleil se lève au-dessus des terrasses d’Alger et des siècles que nous assassinons sur ces mêmes terrasses.
Prenez le temps de vous asseoir sur une des marches de la Casbah. Écoutez les jeunes musiciens jouer du banjo, devinez les vieilles femmes derrière les fenêtres fermées, regardez les enfants s’amuser avec un chat à la queue coupée. Et le bleu au-dessus des têtes et à vos pieds, le bleu ciel qui plonge dans le bleu marine, tache huileuse s’étirant à l’infini. Que nous ne voyons plus, malgré les poètes qui veulent nous convaincre que le ciel et la mer sont une palette de couleurs, prêts à se parer de rose, de jaune, de noir.

Petit bac 2018Mot Positif (7)

Le jour où elle n’a pas fait Compostelle – Marko et Beka

9782818946831_1_75 Bamboo – août 2018 – 68 pages

Quatrième de couverture :
Une « feel-good » BD pleine d’optimisme. Antoine et Clémentine se retrouvent pour marcher dans les Pyrénées. « On va suivre un GR ? » demande Clémentine. « Plutôt des CM ! Des Chemins de Moutons ! » répond Antoine. Car prendre des routes balisées, suivre des sentiers battus, revient à être sous l’emprise des « aimanteurs », qui nous éloignent de notre propre chemin de vie, unique et singulier. À travers une balade au gré de leurs envies, Antoine veut révéler à Clémentine une dernière clé, qui va lui permettre d’ouvrir grand la porte sur le reste de sa vie…

Auteurs : BeKa, c’est en fait l’alchimie formée par Caroline Roque et Bertrand Escaich. Caroline prépare un doctorat en chimie quand Bertrand commence déjà à écrire ses premiers scénarios de bandes dessinées. Quand elle quitte ses molécules, Caroline écrit des nouvelles destinées à être adaptée à son autre passion : le cinéma. Lorsque l’une d’entre elles reçoit le prix des cinémas d’Art et d’Essai de Toulouse, la tentation de quitter la chimie pour l’écriture devient trop forte. Caroline et Bertrand vont dès lors cultiver à deux leur talent pour la vie et pour l’écriture. Bertrand entraîne Caroline du coté de la bande dessinée et ils créent ensemble plusieurs séries à succès, notamment les RUGBYMEN et STUDIO DANSE, qui dépassent le million d’exemplaires vendus. 
Marko contribue à la culture régionale basque en tant que dessinateur de presse pour Le Journal du Pays Basque. Il produit des BD aux titres incompréhensibles tels que Marratiudazu gutun bat ou Iltazazuko koblakariak. Sa rencontre avec Olier marque ses débuts dans la BD avec Agence Barbare, puis El’z’avintures ed’Biloute, une BD en ch’ti, suivie des Godillots.

Mon avis : (lu en novembre 2018)
Voici le 3ème tome de la série « le jour où… » dans lequel j’ai retrouvé avec plaisir Clémentine et Antoine, ils ont décidé de partir faire une randonnée dans les Pyrénées. Plutôt que d’emprunter les chemins de Compostelle ou un GR, Antoine propose de suivre les chemins de moutons pour être complètement libres. Cette marche est l’occasion de discuter autour des choix que l’on doit faire dans la vie et des personnes « aimanteurs » qui peuvent nous influencer et nous détourner de notre route…
J’ai trouvé malgré tout, ce point de vue autour des « aimanteurs » un peu radical et dérangeant… Une influence n’est pas toujours néfaste ou toxique, au contraire elle peut être enrichissante et positive ! 

Extrait : (début de la BD)

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Déjà lu des même auteurs :

81ZBpYBcrbL Le jour où le bus est reparti sans elle
71erZVudAIL Le jour où elle a pris son envol

Petit bac 2018Lieu (7)

Écorces vives – Alexandre Lénot

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

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Quatrième de couverture :
C’est une région de montagnes et de forêts, dans un massif qu’on dit Central mais que les routes nationales semblent éviter. Un homme venu de loin incendie la ferme dans laquelle il espérait un jour voir jouer ses enfants, puis il disparaît dans les bois. La rumeur trouble bientôt l’hiver : un rôdeur hante les lieux et mettrait en péril l’ordre ancien du pays. Les gens du coin passent de la circonspection à la franche hostilité, à l’exception d’une jeune femme nouvellement arrivée, qui le recueille. Mais personne n’est le bienvenu s’il n’est pas né ici. Écorces vives est construit sur une tension souterraine, un entrelacs de préjugés définitifs et de rancœurs séculaires. De ce roman noir – qui est aussi fable sociale, western rural, hommage aux âmes mélancoliques et révoltées – sourd une menace : il faut se méfier de la terre qui dort…

Auteur : Alexandre Lenot est né en 1976 Il vit à Paris et écrit également pour le cinéma, la radio et la télévision. Ecorces vives est son premier roman.

Mon avis : (lu en novembre 2018)
En choisissant de recevoir ce livre édité dans la collection actes noirs, je pensais découvrir un roman policier… L’histoire se situe dans le nord du Cantal, dans une nature sauvage, loin de tout. A travers un récit à plusieurs voix, le lecteur découvre des personnages cabossés : Éli brisé par le décès accidentel de sa compagne et venu incendier la ferme où ils voulaient s’installer pour fonder une famille. Louise a quitté la ville et est venue se réfugier dans la ferme isolée d’un vieux couple d’Américains, Andrew et Fiona. Laurentin est un ancien gendarme qui est venu finir sa carrière dans ce lieu tranquille et calme. Lison est une jeune veuve.
J’ai peiné à lire cette histoire où il se passe pas grand chose, l’ambiance de nature hostile est prenante et étouffante, il y a trop de non dits, de sous entendu… et je me suis ennuyée et lorsque je suis enfin arrivée au bout des 203 pages, la conclusion m’a laissé dans le flou… La rencontre est ratée !

Extrait : (début du livre)
Éli
Il aurait voulu avoir de la dynamite. Il n’avait que de l’alcool, dans lequel il tentait de se noyer tout entier. Il avait pris un bus, puis un train, puis un autre train, puis un car, puis il avait volé un vélo qui avait déraillé puis il avait marché. Il s’était éloigné sans même y penser, mû par le simple refus de l’immobilité. Il avait balancé son téléphone par la fenêtre, quelque part après Moulins. L’appareil venait de lui apprendre l’extinction, totale et définitive, du léopard d’Égypte. Il était venu dans le Nord du Cantal, sur ces terres que tout le monde s’évertuait à fuir depuis au moins trois ou quatre générations, et il était aussi seul qu’il avait souhaité l’être, enfoui au bout de la vallée, pris entre des massifs noirs qui ne laissaient pas passer grand-chose.
Seul avec ses épaules voûtées, sa barbe blanchissante, à l’heure de poser sa hache, de s’asseoir enfin. Seul accroupi dans la terre humide et les odeurs d’humus. Seul avec tout ce qu’il portait : la mémoire de ses combats, les douleurs de ses défaites, les cicatrices de leurs rêves. Ses rêves et les siens, à elle qui ne viendrait plus ici. Il avait le sentiment d’être le dernier de sa tribu, le dernier de son espèce, et que plus personne ne viendrait raviver ses feux. Siskiyou partie, personne ne lui dessinerait plus la carte du ciel-qui-tombe, personne ne lui chanterait plus l’or du matin et la pluie du soir, personne ne lui tiendrait plus les mains quand elles tremblent. Personne ne songerait à soigner sa voix brisée. Personne ne lui ferait de parade digne d’un soleil ou d’une comète. Personne ne descendrait jamais de lui, et personne ne l’appellerait vieux père au crépuscule de sa vie. Personne ne lui embrasserait les yeux au soir du grand sommeil et personne n’égrènerait ses poussières à sa mort.

 

Un monde à portée de main – Maylis de Kerangal

Lu en partenariat avec #MRL18

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#Rakuten
#Un monde à portée de main
#Maylis de Kerangal

kerangal Verticales – août 2018 – 288 pages

Quatrième de couverture :
« Paula s’avance lentement vers les plaques de marbre, pose sa paume à plat sur La paroi, mais au lieu du froid glacial de la pierre, c’est le grain de la peinture qu’elle éprouve. Elle s’approche tout près, regarde : c’est bien une image. Étonnée, elle se tourne vers les boiseries et recommence, recule puis avance, touche, comme si elle jouait à faire disparaître puis à faire revenir l’illusion initiale, progresse le long du mur, de plus en plus troublée tandis qu’elle passe les colonnes de pierre, les arches sculptées, les chapiteaux et les moulures, les stucs, atteint la fenêtre, prête à se pencher au-dehors, certaine qu’un autre monde se tient là, juste derrière, à portée de main, et partout son tâtonnement lui renvoie de la peinture. Une fois parvenue devant la mésange arrêtée sur sa branche, elle s’immobilise, allonge le bras dans l’aube rose, glisse ses doigts entre les plumes de l’oiseau, et tend l’oreille dans le feuillage. »

Auteur : Maylis de Kerangal est l’auteure de cinq romans, notamment Corniche Kennedy (2008), Naissance d’un pont (prix Médicis 2010, prix Franz-Hessel) et Réparer les vivants (2014, dix prix littéraires), ainsi que de trois récits dans la collection « Minimales »: Ni fleurs ni couronnes (2006), Tangente vers l’est (2012, prix Landerneau) et A ce stade de la nuit (2015).

Mon avis : (lu en octobre 2018)
Dans son nouveau roman, Maylis de Kerangal nous emmène dans l’univers de l’art de la peinture, de la création de décors en trompe-l’œil.
Le roman est construit autour de Paula, elle est en colocation avec Jonas et devient l’amie de Kate. Tous les trois sont étudiants dans une école de peinture bruxelloise où l’on enseigne les techniques de l’illusion : la reproduction de faux marbres, de faux bois, d’écaille de tortue, la copie, le trompe-l’œil. L’apprentissage de Paula est intense, difficile et laborieux contrairement à Jonas qui est un élève doué et brillant.
Après l’obtention de leurs diplômes, les trois amis vont se séparer. Paula part sur des chantiers plus ou moins importants dans le Nord de l’Italie, Turin, Milan… Elle ira jusqu’aux studios de Cinecitta. Puis, grâce à Jonas, Paula va travailler sur le chantier de la construction de la réplique de la grotte de Lascaux, le lieu originel de l’art pariétal qui pour sa protection est devenu factice.
Avis mitigé sur ce roman, j’ai aimé la partie d’apprentissage dans l’école d’art et la partie finale dans la reproduction de la grotte de Lascaux. L’auteur utilise un vocabulaire riche, technique et pictural qui permet au lecteur de visualiser ce qui est décrit.

Merci #MRL18 et leurs marraines pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
Paula Karst apparaît dans l’escalier, elle sort ce soir, ça se voit tout de suite, un changement de vitesse perceptible depuis qu’elle a claqué la porte de l’appartement, la respiration plus rapide, la frappe du cœur plus lourde, un long manteau sombre ouvert sur une chemise blanche, des boots à talons de sept centimètres, et pas de sac, tout dans les poches, portable, cigarettes, cash, tout, le trousseau de clés qui sonne et rythme son allure – frisson de caisse claire –, la chevelure qui rebondit sur les épaules, l’escalier qui s’enroule en spirale autour d’elle à mesure qu’elle descend les étages, tourbillonne jusque dans le vestibule, après quoi, interceptée in extremis par le grand miroir, elle pile et s’approche, sonde ses yeux vairons, étale de l’index le fard trop dense sur ses paupières, pince ses joues pâles et presse ses lèvres pour les imprégner de rouge, cela sans prêter attention à la coquetterie cachée dans son visage, un strabisme divergent, léger, mais toujours plus prononcé à la tombée du jour. Avant de sortir dans la rue, elle a défait un autre bouton de sa chemise : pas d’écharpe non plus quand dehors c’est janvier, c’est l’hiver, le froid, la bise noire, mais elle veut faire voir sa peau, et que le vent de la nuit souffle dans son cou.

Parmi la vingtaine d’élèves formés à l’Institut de peinture, 30 bis rue du Métal à Bruxelles, entre octobre 2007 et mars 2008, ils sont trois à être restés proches, à se refiler des contacts et des chantiers, à se prévenir des plans pourris, à se prêter main-forte pour finir un travail dans les délais, et ces trois-là – dont Paula, son long manteau noir et ses smoky eyes – ont rendez-vous ce soir dans Paris.
C’était une occasion à ne pas manquer, une conjonction planétaire de toute beauté, aussi rare que le passage de la comète de Halley ! – ils s’étaient excités sur la toile, grandiloquents, illustrant leurs messages par des images collectées sur des sites d’astrophotographie. Pourtant, à la fin de l’après-midi, chacun avait envisagé ces retrouvailles avec réticence : Kate venait de passer la journée perchée sur un escabeau dans un vestibule de l’avenue Foch et serait bien restée vautrée chez elle à manger du tarama avec les doigts devant Game of Thrones, Jonas aurait préféré travailler encore, avancer cette fresque de jungle tropicale à livrer dans trois jours, et Paula, atterrie le matin même de Moscou, déphasée, n’était plus si sûre que ce rendez-vous soit une bonne idée.

Déjà lu du même auteur : 

naissance_d_un_pont_folio Naissance d’un pont Reparer-les-vivants-de-Maylis-de-Kerangal_298_393 Réparer les vivants

 

 

Orphelins 88 – Sarah Cohen Scali

orphelins88 R jeunes adultes – septembre 2018 – 432 pages

Quatrième de couverture :
Munich, juillet 1945.
Un garçon erre parmi les décombres…
Qui est-il ? Quel âge a-t-il ? D’où vient-il ? Il n’en sait rien. Il a oublié jusqu’à son nom. Les Alliés le baptisent  » Josh  » et l’envoient dans un orphelinat où Ida, directrice dévouée, et Wally, jeune soldat noir américain en butte au racisme de ses supérieurs, vont l’aider à lever le voile de son amnésie.
Dans une Europe libérée mais toujours à feu et à sang, Josh et les nombreux autres orphelins de la guerre devront panser leurs blessures tout en empruntant le douloureux chemin des migrants.
Si ces adolescents sont des survivants, ils sont avant tout vivants, animés d’un espoir farouche et d’une intense rage de vivre.
Un roman saisissant qui éclaire un pan méconnu de l’après- Seconde Guerre mondiale et les drames liés au programme eugéniste des nazis, le Lebensborn.

Auteurs : Sarah Cohen-Scali est née en 1958 à Fès, au Maroc. Licenciée en philosophie, elle a aussi suivi des études d’art dramatique. Elle écrit des romans policiers et fantastiques pour les petits, les adolescents et les adultes, ainsi que des romans noirs. Elle a publié une cinquantaine de livres.

Mon avis : (lu en octobre 2018)
Après Max dont l’histoire se terminait dans les ruines de Berlin et dans un orphelinat… Sarah Cohen-Scali poursuit la découverte du sujet avec, en juillet 1945, la découverte de Josh dans les ruines de Munich par les Alliées. Il a entre 10 et 12 ans et il a tout oublié. Il est confié à un orphelinat où Ida, la directrice très dévouée, va l’aider à sortir de son amnésie.
Le titre « Orphelins 88 » évoque la réalité historique du code 88 : un code de reconnaissance pour les nazis se reconnaissent entre eux. Il correspond à l’abréviation HH (la 8ème lettre de l’alphabet, pour « Heil Hitler »). Ce code reste aujourd’hui un signe de reconnaissance néonazi…
Pour écrire cette histoire, Sarah Cohen-Scali s’est beaucoup documentée sur la guerre et l’après-guerre. Ida a réellement existé, elle s’appelait Greta Fisher. Pour créer son héros, Josh, elle s’est inspirée de deux enfants qui ont existé et d’un personnage de fiction. Un enfant de 10 ans recueilli par Greta Fisher, il est arrivé complètement amnésique, il était bourré de réflexes conditionnés, il ne pouvait pas s’empêcher de tendre le bras et crier « heil hitler », il chantait des chants nazis, il récitait des poèmes à la gloire d’hitler. Cet enfant avait été détenu dans un camp de concentration et était devenu la mascotte d’un nazi. Un enfant qui apparaît dans le livre de Primo Levy « La trêve » et qui lui aussi donnait des ordres en allemand, et qui voulait devenir Kapo, il avait été lui-même l’esclave d’un Kapo du camp. Et le personnage de fiction est issu du le livre « Le Choix de Sophie » de William Styron, c’est le fils de Sophie, pour le sauver, elle va supplier le commandant allemand d’intégrer son petit garçon dans un Lebensborn.
Sarah Cohen-Scali évoque également un sujet méconnu de cette période : celui du racisme. Ainsi, les soldats Noirs Américains se sont sentis mieux accueillis en Allemagne qu’aux États-Unis où le racisme était omniprésent. L’auteure a trouvé beaucoup de témoignages sur la ségrégation raciale au sein de l’armée, les Noirs étaient relégués aux postes inférieurs, à ceux les plus pénibles : cuisine, transports, déminage…
Cette histoire a également une grande résonance avec notre époque : de nombreux enfants se retrouvent sur les routes ou dans des camps de réfugiés, ils recherchent des pays d’accueil. Mais ils font peur, qu’ils soient enfants issus des Lebensborn ou survivants des camps, vont-ils pourvoir s’adapter dans un nouveau pays ? Ne risquent-ils pas, plus tard, de poser des problèmes ?
J’ai beaucoup aimé ce roman, ses personnages attachants et émouvants et j’ai également
historiquement beaucoup appris.

Extrait : (début du livre)
« You ! ARE NOW ENTERING Germany DON’T FRATERNIZE »
Ces panneaux, dans les zones frontalières. Plantés au milieu des ruines comme des épouvantails. Certains se tiennent bien droit, fiers, arrogants, d’autres sont de guingois et semblent vous regarder d’un œil torve, comme des bonhommes ivres, l’air de dire essaie un peu de me déraciner ! La première fois que j’en ai vu un, j’ai été pris de panique. Je me suis caché, terré au fond d’une cave pendant toute une journée.
Mes yeux, affolés, aveuglés, n’avaient enregistré qu’une partie du message.
You ! … German ! … Don’t ! …
Toi ! L’Allemand ! Interdiction !
J’ai cru voir un doigt accusateur pointé sur moi. Qui me désignait, me dénonçait, moi et moi seul. Puis je me suis efforcé de réfléchir, de me rappeler les cours d’anglais de la Napola (1). J’étais bon en anglais, c’était une de mes matières préférées, j’avais le meilleur accent de la classe, ce qui n’était pas toujours bien vu. Certains instructeurs me disaient que j’en faisais trop, qu’il ne fallait pas à ce point s’assimiler à l’ennemi, d’autres au contraire m’encourageaient. « Continue ! Tu ferais un bon espion ! »

(1) École d’élite du Reich

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Rencontre Babelio avec Sarah Cohen Scali

Déjà lu du même auteur :

Max_gallimard Max

 

L’arabe du futur – Tome 4 : Une jeunesse au Moyen-Orient, 1987-1992 – Riad Sattouf

larabedufutur4 Allary – septembre 2018 – 288 pages

Quatrième de couverture :
Ce livre raconte l’histoire vraie d’un adolescent de moins en moins blond, de sa famille franco-syrienne et du coup d’État de son père.

Auteur : Riad Sattouf est l’auteur de nombreuses bandes dessinées, parmi lesquelles Retour au collège, Pascal Brutal, ou La vie secrète des jeunes. Il est l’un des rares auteurs de bandes dessinées à avoir obtenu deux fois le prix du meilleur album au festival d’Angoulême ( Pascal Brutal 3 en 2010, et L’Arabe du futuren 2015). Il est également cinéaste ( Les beaux gosses, 2010, César du meilleur premier film, et Jacky au royaume des filles, 2014).

Mon avis : (lu en octobre 2018)
Dans ce 4ème tome de la série, Riad a 9 ans au début de l’histoire et il devient adolescent. Le jeune Riad voit son corps se transformer et se préoccupe davantage de son apparence physique. Il est surtout tiraillé entre ses deux cultures, française et syrienne d’autant plus que ses parents ne s’entendent plus. Son père est parti seul travailler en Arabie Saoudite et de plus en plus, il se tourne vers la religion. Sa mère a préféré rentrer en Bretagne avec ses enfants.

Le père devient de plus en plus intolérant, raciste, intégriste et près de ses sous. Il a toujours des projets d’installation en Syrie, malgré l’avis de la mère de Riad, celle-ci préférant une vie de femme libre en France à celle de femme « esclave » en Syrie.
Le ton de cet album est plus sérieux et plus sombre. Riad en grandissant a perdu sa naïveté et son insouciance, il est témoin direct des querelles de ses parents, des divagations de son père…
La BD est toujours aussi juste et instructive, mêlant l’émouvant et l’humour.
J’ai bien sûr hâte de découvrir le prochain et dernier tome de la série surtout que cet épisode se finit sur un retournement de situation : « le coup d’État de son père » comme le décrit Riad…

Extrait :

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Déjà lu du même auteur :

100708942 L’Arabe du futur : Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)

106163512 L’Arabe du futur – Tome 2 : Une jeunesse au Moyen-Orient (1984 – 1985)

114098671 L’Arabe du futur – Tome 3 : Une jeunesse au Moyen-Orient, 1985-1987

61Xcfw864ML Les Cahiers d’Esther : Histoires de mes 10 ans

51ZNjb2mdML Les Cahiers d’Esther : Histoires de mes 11 ans

51IwS05hfNL Les Cahiers d’Esther : Histoires de mes 12 ans

Petit bac 2018Passage du Temps (6)

 

Bleu amer – Sylvère Denné et Sophie Ladame

91nqk6HuqvL La boîte à bulles – janvier 2018 – 112 pages

Quatrième de couverture :
Printemps 44, îles Chausey, Suzanne profite des grandes marées pour pêcher à pied. Ses marches contemplatives constituent pour elle une évasion dans une existence morne, marquée par des rapports distants avec son mari Pierre. Lui, de son côté, s’oublie à bord de son bateau et dans le café de l’île avec l’alcool pour échappatoire. Un jour de pêche, il trouve un soldat américain gisant sur la grève, et décide, contre l’avis de certains îliens, de le cacher aux allemands. Le convalescent se lie avec Pierre et Suzanne Suzanne soulagés de voir ainsi rompue la monotonie de leur vie. À l’approche du navire de ravitaillement allemand, ce nouvel équilibre perd de sa légèreté et la tension monte…

Auteurs : Sylvère Denné a un parcours atypique, négociateur immobilier, barman, libraire, scénographe d’exposition. Sylvère est surtout un grand amateur et lecteur de bande dessinée. Avec Bleu Amer, il signe son premier scénario de bande dessinée. L’auteur vit et travaille à Saint-Malo.
De son enfance en Nouvelles Calédonie et à Tahiti, Sophie Ladame garde un cœur d’îlienne, une passion pour les voiliers traditionnels et la mer. Artiste peintre, elle collabore à plusieurs revues de beaux-arts et publie plusieurs carnets de voyage comme La Réunion (Gallimard, 2001), Dialogue avec la mer (Toucan éditions, 2007) et Grisée de mer (Moea éditions, 2010). Elle est également dessinatrice pour des films documentaires dont Maori réalisé par Michel Viotte et Ankor réalisé par Mike Horn. 
L’illustratrice Sophie Ladame vit et travaille à Saint-Malo où elle s’est associée au Malouin Sylvère Denné pour réaliser et publier en 2018 la bande dessinée Bleu Amer.

Mon avis : (lu en octobre 2018)
L’histoire se situe au printemps 1944, au large de la côte normande, dans l’archipel des Îles Chausey. Les Allemands surveillent la Grande Île. Un jour, un pêcheur, Pierre, revient de la pêche avec un parachutiste américain retrouvé dans des rochers à proximité du rivage. Malgré le danger, il décide de lui venir en aide et l’accueille sous son toit et Suzanne, sa femme, est chargée de le soigner et de le cacher. L’arrivée de l’Américain va créer quelques tensions dans le village…
J’aime beaucoup le dessin de cette bande dessinée. Le papier n’est pas blanc, c’est du papier kraft ou de vieilles cartes marines, la trame participe au rendu du dessin. Aquarelle et craies noir, blanche et bleu expriment la mer, les vagues,les homards, les bateaux sous forme de croquis, de carnets de voyages… Les textes sont minimalistes, le lecteur est invité à imaginer…
Un coup de cœur pour moi !

Extrait :

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Petit bac 2018Couleur (7)