{ Je chemine avec… } Nancy Huston

Lu en partenariat avec les éditions Seuil et Babelio

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Entretiens menés par Sophie Lhuillier

146127_couverture_Hres_0 Seuil – septembre 2021 – 144 pages

Quatrième de couverture :
« Je pourrais naturellement dire “je suis écrivaine”, ou “canadienne”, ou “française” ou “femme”, ou “vieille femme”, “du XXe siècle”, “athée”, je peux dégoter plein d’adjectifs ou de substantifs qui correspondent à ce que les gens considèrent comme une “identité”, mais je suis quelqu’un de très circonspect à l’égard de l’Identité. Alors j’aime répondre : “je suis mon chemin”, à la fois suivre et être, bien sûr. En fait nous sommes tous notre chemin, bien plus que nous ne le croyons ! Il se trouve que le mien a été multiple, avec des bifurcations, des tournants, des zigzags et des imprévus ; il m’a menée dans des endroits très différents. Par conséquent je suis plusieurs, et quand on est plusieurs ça ajoute un “mais” à toutes les identités. »
Nancy Huston ne serait peut-être jamais devenue l’écrivaine prolifique que nous connaissons si elle n’avait pas vécu ce « cadeau en mal » de la vie, à 6 ans, lorsque sa mère a quitté le foyer en laissant derrière elle ses trois enfants. À dater de cette rupture, la petite Nancy s’est réfugiée dans la compagnie de voix que l’on retrouve dans les personnages de ses romans. Née au Canada, elle s’installe en France à l’âge de 20 ans, côtoie de grands intellectuels et publie ses premiers textes dans les revues féministes des années 1970, avant de s’ouvrir à toutes formes d’écriture : romans et essais, théâtre et livres jeunesse. Régulièrement primés, ses livres explorent avec finesse l’exil, la famille, le nihilisme, l’identité multiple et, surtout, les liens complexes qui unissent drames intimes et grande histoire.

Auteur : Née à Calgary au Canada, elle s’installe en France lors de ses études, où elle côtoie rapidement les intellectuels, dont Roland Barthes (qui supervise son mémoire sur les jurons à l’EHESS) et Tzvetan Todorov (à qui elle sera mariée pendant plus de trente ans). Elle collabore avec bonheur et frénésie aux revues féministes des années 1970, publie un premier essai avant-gardiste, Jouer au papa et à l’amant, en 1979, avant de devenir romancière. Régulièrement primés, ses romans explorent les liens unissant histoires individuelles et grande histoire, notamment les drames transmis entre générations.

Mon avis : (lu en septembre 2021)
Fin août, j’ai accepté de recevoir 3 livres de la nouvelle collection { Je chemine avec… }, c’est l’occasion de découvrir des parcours de vie de personnalités très variées afin d’inspirer au plus grand nombre de jeunes ou de moins jeunes l’envie de croire à son avenir.
Voici le premier livre autour de la femme de lettre franco-canadienne Nancy Huston. J’ai eu l’occasion de la rencontrer lors d’un salon du livre et de lire son roman
Lignes de faille et L’empreinte de l’ange.
Ce livre m’a permis de mieux connaître Nancy Huston et de comprendre pourquoi elle est devenue écrivain. Elle revient sur son enfance à Calgary au Canada, avec le départ de sa maman alors que Nancy avait six ans. Ensuite, le lecteur découvre son « parcours sinueux » avec ses études aux États-Unis, puis son année d’études en France et finalement son installation à Paris. Elle est très tôt
féministe puis poussée par ses enfants elle s’intéresse à l’écologie. Durant toute sa vie, Nancy Huston aura été une humaniste.
Pour ses romans, elle utilise la technique de double écriture : elle écrit en français ou en anglais puis traduit son manuscrit dans l’autre langue pour corriger l’original. Ses essais et articles sont écrits uniquement en français.
Un petit livre très intéressant et plutôt facile à lire.
Merci à Babelio et aux éditions du Seuil pour cette découverte (multipliée par 3, car j’ai encore à lire 2 autres livres de la même collection…)

Extrait : (début du livre)
Chère Nancy, qui es-tu ?

Je pourrais naturellement répondre « je suis écrivaine », ou « canadienne », ou « française » ou « femme », ou « vieille femme », etc., « du XXe siècle », « athée », je peux dégoter plein d’adjectifs ou de substantifs qui correspondent à ce que les gens considèrent comme une « identité », mais je suis quelqu’un de très circonspect à l’égard de l’Identité.
Alors j’aime répondre : « je suis mon chemin », à la fois suivre etêtre, bien sûr. En fait nous sommes tous notre chemin, bien plus que nous ne le croyons ! Il se trouve que le mien a été multiple, avec des bifurcations, des tournants, des zigzags et des imprévus ; il m’a amenée dans des endroits très différents. Par conséquent je suis plusieurs, et quand on est plusieurs ça ajoute un « mais » à toutes les identités.
Par mes origines je suis une cow-girl. Je suis à l’aise dans les santiags et dans cette attitude d’insolence à la Calamity Jane, le genre de fille qui saute a cru sur un mustang en poussant un grand cri [elle crie] Yip-yip-yippee ! avant de partir galoper à travers champs. Le « mais », c’est que je suis allergique aux chevaux. Mais il est certain que j’ai un côté westerneuse, un côté « pas peur, pas froid aux yeux » qui me vient, sans aucun doute possible, de mes origines dans l’ouest du Canada. Les femmes des pionniers se retroussaient les manches ; elles ne rechignaient pas à faire des travaux durs. Je suis très musclée ! J’ai peut-être l’air frêle, comme ça, mais c’est une illusion : en fait je suis forte.
On ne sait pas forcément que les chansons country sont proches des chants irlandais ; je me sens profondément irlandaise aussi. Le nom Huston vient de la côte ouest de l’Irlande du Sud, c’est de là qu’a immigré mon arrière-grand-père paternel au milieu du XIXe siècle. Je raffole de la musique et de la poésie irlandaises, et revendique volontiers l’identité culturelle de ce pays… Le « mais » : c’est largement reconstruit par mon imaginaire.
Dernière identité forte, très importante pour moi, la Berrichonne – nous en parlerons sûrement : je me sens berrichonne. Le « mais », c’est que c’est un pays que j’ai découvert à l’âge de 20 ans, et où je n’ai jamais réellement habité.
Les gens ont besoin de fierté. Ils disent : « Être français (ou américain, ou catholique, ou juif, ou musulman, etc.), c’est bien, or il se trouve que c’est ce que je suis ! » C’est d’une naïveté touchante. « Je suis française, et c’est bien d’être français ! » Moi je n’ai jamais pu construire ce type de fierté car, depuis l’enfance, mes différentes identités ont toutes été remises en doute ou fracassées. Pas toujours de façon violente ni désagréable, d’ailleurs, mais cela explique ma circonspection à l’égard de l’Identité ! C’est une des raisons pour lesquelles je suis romancière. Écrire des romans me permet de me glisser dans la peau des autres. Je crois que c’est ce qui me caractérise le plus profondément : je suis désireuse (et capable) de voir le monde de plusieurs points de vue, et de relativiser l’un par l’autre.
Pour commencer, je suis née dans un pays neuf. Le Canada n’a que quelques petits siècles d’âge. Au début du XXe siècle, mon Alberta natal n’était même pas encore une province, il faisait partie des Territoires du Nord-Ouest. Ayant vécu en Europe, ce « Vieux Monde » qui se perçoit comme un ensemble depuis mille ans, ayant voyagé en Inde ou en Chine, dont la culture remonte à plus de trois millénaires, je suis consciente de l’identité canadienne comme d’une fiction récemment concoctée, qui s’est « durcie » en identité à travers des actes de violence coloniale.

Déjà lu du même auteur :

37294559_p  Lignes de faille

Transitions, Journal d’Anne Marbot – Élodie Durand

71xXfO5LScL Delcourt – avril 2021 – 176 pages

Quatrième de couverture :
 » Vous savez, les genres féminin et masculin sont les deux extrêmes d’un état. Chacun est libre de mettre le curseur où il veut, où il peut. » Les mots de la psychologue du planning familial bousculent Anne. Elle n’a rien vu venir. Sa fille est un garçon… Anne bataille, se déconstruit, apprend, s’ajuste à son enfant, pour se fabriquer un autre regard, un nouveau paradigme.

Auteur : Diplômée en 2003 de l’école des Arts décoratifs de Strasbourg et d’une Licence d’Arts Plastiques à Paris VIII, Élodie travaille son art sous différentes formes : images, bandes dessinées, scénarios, interventions dans les lieux culturels et écoles, réalisations de grandes fresques murales, ses images s’adressent selon les projets aux enfants ou aux adultes. Elle travaille également pour la presse et pour l’édition. Elle aime découvrir, apprendre, dessiner les sentiments, le mouvement, le dessin d’idée, raconter des histoires de vies et illustrer des histoires drôles et fantastiques… le moment où tout se décide…
Pour réaliser ses images, elle utilise plusieurs vecteurs : l’informatique mais aussi le papier, les encres, les crayons de couleurs, les feutres, la peinture. Élodie a reçu en 2011 le Fauve d’Angoulême-Prix Révélation pour La Parenthèse.

Mon avis : (lu en août 2021)
Ce roman graphique est un récit très touchant entre une mère et son enfant en pleine transition.
Lorsque la fille d’Anne Marbot lui avoue qu’elle se sent garçon, c’est un véritable choc pour cette maman ! Elle ne s’attendait pas à une telle annonce, jamais elle n’avait imaginé cela… Accompagner son enfant pour cette transition est un long chemin à parcourir. Même pour une maman qui se pensait tolérante et ouverte, ce n’est pas simple.

Dans ce journal parfaitement illustrée, Anne Marbot partage avec nous, lecteur, tout cela, le choc de l’annonce, ses questionnements, ses inquiétudes face à l’inconnu… Son cheminement est lent et progressif pour découvrir le monde de la pluralité des genres, pour comprendre et accepter qui est son enfant.
Ce sujet difficile est traité avec intelligence et bienveillance, très documentée et informative cette BD est un témoignage à vraiment découvrir par tous.

Extrait :

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Petit Bac 2021
(7) Prénom

Déjà lu du même auteur :

la_parenth_se La Parenthèse

Un coin de ciel bleu T01 : L’odeur du foin – Jarry, Deplano, Fabris

 Delcourt – janvier 2010 – 48 pages

Quatrième de couverture :
J’en peux plus de cette ville, Eric !
Fais tes valises, prends ta fille sous le bras, on part vivre à la campagne !
– Chiche !…

Auteurs : Nicolas Jarry est né en 1976 à Rosny-sous-bois. Il réside en Dordogne.
Lors de sa participation au Festival du Film Fantastique, Nicolas fait la connaissance de Jean-Luc Istin. Cette rencontre aboutit à son premier scénario de bande dessinée, Les Brumes d’Asceltis. Paraissent ensuite Maxime Murène, Les Contes de Brocéliande et La Rose et la Croix. En 2006, il complète la collection « Soleil Levant » avec Tokyo Ghost , dessiné par Djief, et la collection « Celtic » avec Les Chemins d’Avalon, dessiné par Achile. En 2007, il co-scénarise, avec Jean-Luc Istin, Les Exilés D’Asceltis et scénarise Le Crépuscule des Dieux. Intarissable, en 2010, tout en poursuivant ses précédentes séries, il revient avec trois projets : Les Princes d’Ambre, Nains et Durandal. En 2017, il travaille sur une nouvelle série de la collection « Celtic », Breizh – Histoire de la Bretagne. Dans la même collection, on le retrouve au scénario de Brocéliande 3 et 7. Il participe toujours au développement des Terres d’Arran avec Orcs & Gobelins 3, 4 et 6  ou encore Nains 15. Et, dans un autre registre, au scénario de Conquête 3, avec Stéphane Créty au dessin et 7, avec Zivorad Radivojevic au dessin…
Paolo Deplano, illustrateur italien. A 21 ans, il entre à l’école Internationale de la Bande Dessinée de Firenze où il enseigne désormais. Il termine ses études en 2004 et collabore à la réalisation du tome 0 de My earth.

Mon avis : (lu en août 2021)
Eric, Lou et leur petite Annaëlle ont quitté la ville pour s’installer dans un petit village à la campagne… Évidement, cela fait penser à « Retour à la Terre ». Vivre au plus proche de la nature n’est pas aussi idyllique que prévu. La famille Etxcheveri est attachante et la petite Annaëlle saura se faire adopter par les vieux voisins. Les habitants du village sont hauts en couleurs, sans être trop caricaturaux, comme la voisine d’en face toujours à sa fenêtre, la vieille Lanvieuse, le vieux Gilbert, les chasseurs…
Une BD pleine d’humour, d’une grande sensibilité et très sympathique à lire.

Extrait :

   

Petit Bac 2021
(6) Couleur

Les Beaux Étés – tome 6 : Les Genêts – Zidrou et Jordi Lafebre

91LVbgJ-aeL Dargaud – juin 2021 – 56 pages

Quatrième de couverture :
Youpi, c’est les vacances ! Adieu Mons, bonjour le soleil ! Comme tous les ans, la tribu des Faldérault prend la direction du Sud à bord de Mam’Zelle Estérel, la 4L familiale. Pierre n’a pas terminé son album ? Pas grave, il bouclera les dernières planches au bord de la Méditerranée. Les voilà tous les cinq partis pour ne rien faire. Enfin, cinq et demi plutôt, puisque Mado est enceinte. Mais sur la route, patatras. Un camion les double, il perd son chargement et voilà le pare-brise d’Estérel qui vole en éclats. Plus de peur que de mal, mais impossible de continuer. Pendant que le garagiste répare la 4L, la famille est hébergée par Esther et Estelle, deux femmes charmantes qui tiennent la ferme « Les Genêts ». Tandis que Pierre se prend pour Cézanne et que Mado regarde le bébé pousser, les enfants aident à sortir les chèvres et découvrent les charmes de la campagne. Mais ils apprennent aussi les secrets de la vie… Sixième tome d’une série « feel good » qui nous embarque pour un voyage dans le temps, à la découverte du bonheur des vacances d’été en famille, des petites joies du quotidien et des plaisirs tout simples de la vie qui va.

Auteurs : Zidrou (Benoît Drousie) est né en 1962 à Bruxelles. D’abord instituteur, il se lance au début des années 1990 dans l’écriture de livres et de chansons pour enfants. En 1991, il rencontre le dessinateur Godi avec qui il crée L’Elève Ducobu. Sa carrière de scénariste de bande dessinée est lancée ! Il signe de nombreuses séries pour enfants et adolescents, des Crannibales à Tamara, de Scott Zombi à Sac à Puces, assure la reprise de La Ribambelle. Il est également l’auteur des plus réalistes, mais non moins sensibles, La Peau de l’ours, Lydie, Folies Bergères, La Mondaine, Les 3 Fruits. En 2015, Zidrou revient en force avec trois nouveaux albums : en août Le Bouffon avec Francis Porcel, en septembre, une nouvelle série familiale, Les Beaux Etés avec Jordi et en octobre, en duo avec P. Berthet, un polar dans les régions reculées de l’Australie, « Crime qui est le tien ». Pour 2016, l’auteur continue d’écrire les souvenirs de vacances de la famille Faldéraut dans « Les Beaux Étés » et proclame la fin de Venise dans « Marina ».

Jordi Lafebre est né en 1979 à Barcelone, où il étudie la bande dessinée et les beaux-arts avant d’effectuer ses premiers pas de dessinateur en 2001. Il est publié dans plusieurs magazines espagnols, notamment dans la revue pour la jeunesse Mister K, dans laquelle il signe El munda de judy (« le monde de Judy») en collaboration avec le scénariste Toni Front. Sa rencontre avec Zidrou est décisive: après quelques dessins dans l’hebdomadaire Spirou, il participe à un ouvrage collectif écrit par le scénariste de Ducobu, La vieille dame qui n’avait jamais joué au tennis et autres nouvelles qui font du bien, puis en 2010, il cosigne avec lui un album remarqué, Lydie. En 2014, toujours avec Zidrou, il sort La Mondaine, et continue sur sa lancée, en 2015, avec une nouvelle série Les Beaux Étés qui sortira en septembre. En 2016, le tome 2 des Beaux Étés sortira en juin 2016.

Mon avis : (lu en août 2021)
Quelle plaisir de retrouver la famille Faldérault ! Été 1970 et comme chaque année, au moment de partir en vacances, Pierre, le père de famille et dessinateur de BD, doit terminer un travail tandis que Mado, la mère, et les trois enfants, Julie, Nicole et Louis sont impatients de monter à bord de « Mam’zelle Estérel », la 4L familiale, pour quitter la Belgique en direction du sud, du soleil et de la Méditerranée.
Mais durant le voyage, la voiture se fait doubler par un camion qui perd une partie de son chargement et fait exploser le pare-brise de « Mam’zelle Estérel »… La famille doit stopper son voyage et elle est gentiment hébergée dans la ferme « Les Genêts » tenue par deux charmantes femmes : Esther et Estelle.
De nouvelles vacances imprévues et inoubliables où les enfants découvrent
la vie à la campagne avec les animaux, la naissance des bébés de la chèvre…
Une série de BD attachante pleine d’humour, de bonne humeur, de tolérance que je prends toujours plaisir à lire !

Extrait : (début de la BD)

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Petit Bac 2021
(8) Météo

Déjà lu dans la série  :

108883254 Les beaux étés – 1 – Cap au Sud !

111573241  Les beaux étés – 2 – La Calanque

117361825 Les Beaux Étés – tome 3 – Mam’zelle Estérel

les beaux étés Les Beaux Étés – tome 4 – Le repos des guerriers

91mGsfjHXDL Les Beaux Étés – tome 5 : La Fugue

Dans la gueule du loup – Anne Nivat,

81lgNrBA5sL Marabulles – mars 2021 – 128 pages

Quatrième de couverture : Falloujah, Irak, mars 2004 : soldats américains et milices d’Al-Qaïda s’affrontent sauvagement. Piégée dans une tempête de sable, la jeune journaliste ôte sa tenue occidentale et revêt l’abaya, longue tunique noire traditionnelle. Quasi invisibilisée, Nina se sent ainsi protégée et prête à tout pour observer la bataille.
Grozny, capitale de la Tchétchénie, fin 1999 : grâce au jeune Mahmoud, Nina s’est coulée dans la sordide réalité de la guerre.
Nice, France, 2014 : Abdel, habitant des quartiers nord, revient sur son désir passé d’aller faire le djihad.

Auteur : Anne Nivat est journaliste indépendante. Intransigeante et intrépide, elle a débuté comme reporter de guerre en Tchétchénie, Irak et Afghanistan, trois terrains sillonnés seule, qui l’ont marquée à tout jamais. Après dix années passées en Russie, de retour en France, elle se plonge dans l’observation des affres de sa propre société sous forme de livres (Dans Quelle France On vit, 2017) et d’une série de films documentaires du même nom diffusés sur la chaine de télévision RMC STORY.
Anne Nivat refuse le journalisme simpliste et revendique le droit à la nuance et la lenteur. En 2000, elle a reçu le Prix Albert-Londres pour Chienne de Guerre, le récit de ses séjours clandestins dans la Tchétchénie sous les bombes russes.

Mon avis : (lu en juillet 2021)
Dans cette BD, largement inspirée de la vie d’Anne Nivat, journaliste indépendante et reporter de guerre en Irak, en Afghanistan et en Tchétchénie, nous raconte l’histoire de Nina, jeune femme journaliste, elle aime passionnément son métier et sa mission d’information, et tient à son indépendance. Avec deux anciens combattants, Mahmoud et Abdel, rencontrés lors de reportages, Nina échange avec eux sur leur guerre. Lors de sa première mission de journaliste de guerre en 1999, Nina avait rencontré Mahmoud, jeune tchétchène engagé pour défendre sa patrie. Abdel, originaire des quartiers nord de Nice, s’était engagé dans la guerre d’Irak pour faire le djihad, mais la réalité du terrain était loin de ce qu’il avait imaginé…
Le récit est très réaliste où les problématiques de la guerre, de la géopolitique mondiale, de l’islam sont évoquées.
Une BD très intéressante qui plonge le lecteur au plus près des combats et de la guerre qui fait beaucoup de morts dans la population civile.

Extrait :

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Petit Bac 2021
(6) Animal

Le chœur des femmes – Martin Winckler

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Folio – édition Spéciale – novembre 2020 – 688 pages

Folio – mars 2017 – 688 pages

Folio – février 2011 – 688 pages

France Loisir – janvier 2010

POL – août 2009 – 602 pages

Quatrième de couverture :
Je m’appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m’oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de  » Médecine de La Femme « , dirigée par un barbu mal dégrossi qui n’est même pas gynécologue, mais généraliste! S’il s’imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu’est-ce qu’il croit? Qu’il va m’enseigner mon métier? J’ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur coeur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu’elles pourraient m’apprendre.

Auteur :  Né à Alger, en 1955, sous le nom de Marc Zaffran, Martin Winckler part en 1962 d’Algérie pour la France avec ses parents. Il passe son enfance à lire durant des journées entières et à écouter la radio. Dès 13 ans, enfant solitaire, il se met à écrire des nouvelles fantastiques inspirées de ses lectures. Après le bac, il part un an en Amérique où il comprend que devenir écrivain n’est ni scandaleux ni extravagant. De retour en France, il s’inscrit à la Faculté de médecine de Tours et devient un fervent lecteur de Georges Pérec. En 1983, après la mort de sa mère, il écrit ‘Les Cahiers Marcoeurs’ et se joint à la rédaction de la revue médicale ‘Prescrire’. Dès 1984, il publie ses premières nouvelles sous le pseudonyme de Martin Winckler dans la revue ‘Nouvelles Nouvelles’. En 1989, son premier roman ‘La vacation’ est publié et est lauréat du Festival du Premier Roman de Chambéry en 1990. En 1993, Martin Winckler cesse d’exercer la médecine et se consacre totalement à la traduction et à l’écriture.

Mon avis : (relu en juillet 2021)
Après avoir lu l’adaptation en BD de ce livre en juin dernier, je voulais relire cet été l’original… Finalement, je me suis plongée dans « Le Chœur des Femmes » plus tôt que prévu et je l’ai dévoré en moins de deux jours… Cela faisait longtemps que j’avais un livre que je ne voulais plus lâcher, et qui m’avait fait décrocher de la télé ou de mon ordinateur…
Nous découvrons de l’intérieur la consultation de gynécologie du docteur Franz Karma, à travers le regard de Jean Atwood interne de cinquième année qui se destine à la chirurgie gynécologique et qui doit y faire, un peu contre son gré, un stage de 6 mois. Au début l’interne est déboussolé par les méthodes du docteur Karma mais peu à peu Jean va se « décoincer » et grâce aux patientes comprendre qu’un médecin est avant tout un soignant au service des patients. Le lecteur assiste aux rendez-vous où des femmes racontent leur vie, parle de contraception, de sexualité… Mais ce n’est pas tout car Jean et le docteur Karma ont leurs propres petits secrets qui seront peu à peu révélés, tenant ainsi le lecteur en haleine…
Avec ce roman, Martin Winckler est plein de tendresse pour les femmes, il dénonce le machisme de certains dans le milieu médical et qui ignorent la parole des femmes. Il nous indique aussi des méthodes de consultations ou de soins utilisées avec succès à l’étranger et que les médecins français par solidarité de corps se refusent d’utiliser au détriment du patient.
Ce petit service «Médecine de la Femme» est un havre de paix et d’humanité où chacun est à l’écoute et au service des patients.
Cette relecture a été aussi forte que lors de ma première lecture.

Extrait : (début du livre)
Qu’est-ce qu’on m’avait raconté, déjà ?

J’ai du mal à m’en souvenir parce que ça m’avait semblé incroyable, alors, et ça me semble risible aujourd’hui…
Ah, oui.
Que j’allais souffrir. Parce qu’il voulait toujours avoir le dernier mot. Que si je lui tenais tête, il m’écraserait. Que si au contraire je faisais mine de m’intéresser à ce qu’il raconte, il allait m’assommer, tant il s’écoutait parler. Que tout plein de femmes – infirmières, externes, internes – étaient passées dans son lit, un jour ou l’autre. Que beaucoup de patientes – les plus baisables, évidemment ! – y passaient elles aussi… et qu’il n’avait rien contre les garçons ! Qu’avec – ou peut-être grâce à – ma belle gueule, il essaierait sûrement de me coller dans son lit. Et que si par bonheur je ne l’intéressais pas, il me ferait une vie impossible. Bref : qu’il était insupportable.
Et aussi :
Qu’il n’arrêtait pas de donner des leçons à tout le monde. Qu’il disait du mal des confrères. Qu’il professait des idées insensées. Qu’il pratiquait des gestes dangereux et totalement irréfléchis. Qu’il prenait des risques et en faisait prendre aux malades. Qu’il était très copain avec Sachs, un autre généraliste agité du bocal qui pompait l’air des gynécos au CHU, et qui avait bossé à l’unité 77 avec lui pendant des années avant de partir se geler les miches au Québec (bon débarras !). Qu’ils avaient écrit ensemble un bouquin sur la relation médecin-malade, et qu’il en avait pondu ensuite un autre sur la contraception dont les canards féminins avaient vaguement parlé – évidemment, ces journalistes, dès qu’on les caresse dans le sens du poil… Bref : qu’il ne se prenait pas pour de la merde, mais qu’il emmerdait le monde.
Et enfin : qu’il était secret et bavard, direct et sournois, agressif et mielleux. En un mot : imprévisible. Et versatile, en plus. Et que, dans les couloirs du CHU, on le surnommait Barbe-Bleue. Parce qu’en plus de jouer encore les séducteurs à la cinquantaine passée, il arborait une barbe pas toujours bien taillée et il était toujours prêt à bouffer ceux qui lui parlaient.
Tout ça m’avait fait rire jaune car, à vrai dire, je m’en foutais. Ce n’était pas mon problème. Mon problème, c’est que le doyen m’avait imposé de passer les six derniers mois de ma cinquième année d’internat – mon « allée d’honneur », avait-il ajouté avec un grand sourire censé me réconforter – dans la section de ce type, sous sa responsabilité, et ça me mettait hors de moi. Je n’avais rien à cirer du Dr Franz Karma, de ses nanas et de ses états d’âme. Rien du tout.

Déjà lu du même auteur :

la_maladie_de_sachs_p La maladie de Sachs  le_choeur_des_femmes Le Chœur des femmes

les_trois_m_decins_p Les Trois médecins  en_souvenir_d_Andr_ En souvenir d’André

61TlDvTtXJL Il fallait que je vous le dise – Aude Mermilliod

81UnGM3A4ML Le Chœur des femmes – Aude Mermilliod

Petit Bac 2021
(6) Être humain

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Pavé de l’été

Mulo – Tome 1 : Crachin breton – Pog, Cédrick Le Bihan

A1M7isxAzhL Dargaud – août 2017 – 96 pages

Quatrième de couverture :
Qui es-tu, Mulo ? Un bâtard, fruit de l’union d’un âne et d’une jument, ayant l’habitude d’ignorer les regards chargés de mépris. Quand on grandit dans un orphelinat, on apprend à encaisser les coups et les railleries. Qui es-tu, Mulo ? Ignorant tout de ses origines, il n’a jamais pu répondre à cette question. Une lettre anonyme arrive pourtant un beau matin et prétend qu’il trouvera des éléments de réponse dans le casier d’une ancienne conserverie située sur une île. Qui es-tu, Mulo ? Le héros têtu et tenace de ce polar animalier. Une vraie tête de mule.

Auteurs : Né en 1977, Pog est un touche-à-tout. De ses études d’arts appliqués, il garde le goût des concepts. Il est venu à l’écriture par le biais de la chanson et, à ce jour, il est l’auteur d’une quarantaine d’albums pour la jeunesse. Il travaille avec de nombreuses maisons d’édition et plusieurs illustrateurs (Agnès Ernoult, Alexandre Day, Lili la Baleine, Maurèen Poignonec…). Pog vit et travaille en Bretagne, ses inspirations se situent du côté des enfants eux-mêmes, des petites choses de la vie, du cinéma aussi… Côté BD, il signe, avec le dessinateur Thomas Priou et le coloriste Johann Corgié, « Trappeurs de rien » (La Gouttière), une série jeunesse. « Mulo » (2017) est sa première incursion dans « la BD pour les grands ». Et sans doute pas la dernière…
Cédrick Le Bihan a dessiné dès sa naissance, en 1974, et n’a plus jamais arrêté depuis ! Après des études dans la publicité, il part à Lyon pour étudier à l’école Émile-Cohl, puis se dirige tout naturellement vers la BD, le story-board et l’illustration. Après avoir travaillé pour des éditeurs indépendants, il rejoint Dargaud pour son premier grand projet : « Mulo ». Il dessine des animaux humanoïdes à la façon de « Blacksad » qui lui permettent de jouer sur la psychologie des personnages.

Mon avis : (lu en juillet 2021)
Un dessin assez enfantin pour une histoire policière plutôt sombre… Les personnages sont des animaux : Mulo, le jeune mulet, Jan-Lou le vieux loup de mer, Sim, le singe, Renan, le renard et Belin, la belette.
Tout commence avec un lettre anonyme reçue par Mulo. Ce dernier décide de partir sur une île bretonne pour retrouver les traces de son passé, en chemin il rencontre toute une foule de personnages qui vont l’aider ou bien lui mettre des des bâtons dans les roues… L’ambiance bretonne est réussie avec en tête de chaque chapitre de drôle de proverbes, traduit en breton… L’intrigue est assez classique mais ce côté personnages animaliers ne m’a pas séduite du tout…

Extrait :

Petit Bac 2021
(7) Météo

Il est encore temps ! – Jean-Philippe Blondel

41PTaFOCLhL Actes Sud Junior – mai 2020 – 176 pages

Quatrième de couverture :
« J’imaginais bien qu’un jour je trouverais un mentor ou un modèle, un ou une artiste, quelqu’un qui exprime ses émotions et les fait partager à un public. Jamais je n’aurais cru que mon existence puisse être bouleversée par une espèce de gamine rouquine qui ressemble à toutes les petites sœurs chiantes du monde et qui s’exprime bizarrement parce qu’elle est autiste tendance Asperger.
Je la regarde et je suis fascinée. La vidéo se termine avec un nouveau hashtag ClimateStrike. La grève pour le climat. Tout ce que je parviens à prononcer, c’est « Waow ». »
À quoi bon étudier pour un futur incertain, quand on nous promet l’apocalypse, sécheresses catastrophiques, ouragans dévastateurs et extinction des espèces ? La peur des périls climatiques à venir plonge Lou dans le plus profond abattement. Tout est foutu, alors ? Un jour, c’est le déclic, une vidéo devient virale sur internet. Au lieu de se morfondre et d’attendre le pire, il est encore temps d’alerter, d’agir !

Auteur : Jean-Philippe Blondel est né en 1964. Marié, deux enfants, il enseigne l’anglais dans un lycée près de Troyes. En parallèle de son œuvre jeunesse, il est auteur en littérature générale. Il signe Blog, Un endroit pour vivre, Au rebond, (Re)play ! Brise glace, Double jeu, La Coloc, Le Groupe et Dancers, Le Baby-sitter, G229 (prix Virgin – Version femina), Et rester vivant et 06H41.

Mon avis : (lu en août 2021)
Depuis quelque temps, Lou a perdu le goût d’étudier, de vivre… Son désespoir est profond et son anxiété grandit de jour en jour. Elle ne comprend pas l’insouciance et l’incompréhension de ses parents. Lou a l’impression que le monde va tellement mal qu’aucun avenir n’est envisageable pour elle, à quoi bon étudier ? Pourquoi parler de développement durable et d’écologie si personne ne fait rien pour changer la situation… Mais heureusement, Lou découvre les actions et les discours de la jeune militante suédoise Greta Thunberg. Avec deux camarades, Lou va pouvoir agir en alertant autour d’elle et en mobilisant ses camarades, des professeurs et des parents lors d’une manifestation pour la climat.
Voilà un roman ancré dans l’actualité, engagé, plein d’optimisme et de foi dans la jeunesse.

Extrait : (début du livre)
– Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?
Je fronce les sourcils. Je suis consciente de l’agitation autour, du bruit, des corps qui passent à gauche et à droite, de la sirène des pompiers un peu plus loin. Quelqu’un me bouscule et s’excuse. Nous restons immobiles tandis que la foule défile. Je fixe le journaliste en face de moi. La cinquantaine, rondouillard, plutôt sympathique. Il doit aimer les repas de famille, les week-ends où ses enfants étudiants reviennent au bercail, les romans policiers et ses chats, oui, il a sans doute plusieurs chats, et allez, il doit y en avoir un qui s’appelle Mistigri. Non, le nom d’un président. Nixon. Voilà. Nixon. Celui qui a été obligé de démissionner suite à l’enquête menée par deux reporters de ce canard américain dont je ne me rappelle plus le nom.
– Je ne comprends pas le sens de votre question.
– Satisfaite ? Heureuse ? Après tout, c’est un vrai succès, non ?

Déjà lu du même auteur :

juke_box Juke Box  au_rebond Au rebond

le_baby_sitter Le Baby-sitter G229 G229  blog Blog

5317 Et rester vivant replay (Re)play  brise_glace Brise glace

acc_s_direct___la_plage Accès direct à la plage 6h41 06H41

double jeu Double jeu un hiver à paris Un hiver à Paris  9782330048204 La coloc

109646121 Mariages de saison 9782330075521 Le groupe  41dFUwhC8vL La Mise à Nu

41wfjmxTEwL  Dancers

Petit Bac 2021
(6) Météo

Suzette ou le Grand Amour – Fabien Toulmé

 Delcourt – juin 2021 – 336 pages

Quatrième de couverture :
Veuve depuis peu, Suzette repense à Francesco, son premier amour, perdu de vue il y a 60 ans. Sa petite-fille Noémie l’invite alors à partir à sa recherche. Sur la route de l’Italie, les deux femmes vont, du haut de leurs générations et de leurs expériences respectives, échanger sur la vie de couple, l’engagement et les histoires qui durent… Et s’il n’y avait pas d’âge pour vivre le grand amour ?

Auteur : Fabien Toulmé voit le jour en 1980 à Orléans. Passionné de bande dessinée, il décide de suivre de longues et pénibles études d’ingénieur Civil et d’urbanisme afin d’acquérir les bases essentielles de la construction d’une BD. En 2001, il part pour plusieurs mois sous les tropiques (Bénin, Guyane, Brésil, Guadeloupe). Enfin, lassé par l’eau bleue cocotiers, il revient s’installer en France en 2009 à Aix-en-Provence. Depuis il publie castrations et BD dans divers magazines (Lanfeust Mag, Psikopat, Spirou…) ou dans ouvrages collectifs (Alimentation générale, Editions Vide Cocagne, Vivre dessous, Editions Monolosanctis, Les autres gens…). Avec Ce n’est pas toi que j’attendais, il réalise son premier album.

Mon avis : (lu en juin 2021)
Suzette vient de perdre son époux et pourtant elle n’est pas si triste. Noémie, sa petite-fille, s’en étonne et découvre que sa grand-mère n’a pas été si heureuse que ça avec son grand-père… Pourtant, elle a été vraiment amoureuse, il y a très longtemps en Italie. Noémie décide alors de tenter de rechercher le fameux Francesco, puis d’organiser un voyage en Italie avec sa grand-mère.
Une jolie histoire où il est question d’amours naissantes ou anciennes… Une belle relation entre une grand-mère et sa petite-fille.

Extrait : (début de la BD)

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Déjà lu du même auteur :

9782756035505_1_75 Ce n’est pas toi que j’attendais

81qDioikdmL L’Odyssée d’Hakim tome 1 : De la Syrie à la Turquie

71XWBwljfuL L’Odyssée d’Hakim tome 2 : De la Turquie à la Grèce

l'odyssée.d'Hakim L’Odyssée d’Hakim tome 3 : de la Macédoine à la France

Petit Bac 2021
(6) Prénom

Le cerf-volant – Laëtitia Colombani

71ohnLsmeoS Grasset – juin 2021 – 208 pages

Quatrième de couverture :
Après le drame qui a fait basculer sa vie, Léna décide de tout quitter. Elle entreprend un voyage en Inde, au bord du Golfe du Bengale, pour tenter de se reconstruire. Hantée par les fantômes du passé, elle ne connait de répit qu’à l’aube, lorsqu’elle descend nager dans l’océan indien. Sur la plage encore déserte, elle aperçoit chaque matin une petite fille, seule, qui joue au cerf-volant.
Un jour, emportée par le courant, Léna manque de se noyer. La voyant sombrer, la fillette donne l’alerte. Léna est miraculeusement secourue par la Red Brigade, un groupe d’autodéfense féminine, qui s’entraînait tout près.
Léna veut remercier l’enfant. Elle découvre que la petite travaille sans relâche dans le restaurant d’un cousin, qui l’a recueillie et l’exploite. Elle n’a jamais été à l’école et s’est murée dans un mutisme complet. Que cache donc son silence ? Et quelle est son histoire ? …
Aidée de Preeti, la jeune cheffe de brigade au caractère explosif, Léna va tenter de percer son secret. Jadis enseignante, elle se met en tête de lui apprendre à lire et à écrire. Au cœur de ce monde dont elle ignore tout, commence alors une incroyable aventure où se mêlent l’espoir et la colère, la volonté face aux traditions, et le rêve de changer la vie par l’éducation…
La rencontre inoubliable et réparatrice entre une femme, une jeune fille et une enfant au milieu d’une Inde tourmentée.

Auteur : Cinéaste, scénariste, comédienne et romancière, Laetitia Colombani s’apprête à réaliser au cinéma le film tiré de son premier roman La Tresse (2017), co-production internationale dont la sortie est prévue en 2022. Elle est également l’auteure des Victorieuses, best-seller en cours d’adaptation en série. L’album jeunesse Les Victorieuses, ou le palais de Blanche est également publié en juin 2021. 

Mon avis : (lu en juin 2021)
Ce roman qui fait du bien et qui se lit facilement raconte les destins de trois femmes.
L’histoire se déroule en Inde où Léna, une française, est en séjour après un drame personnel. Elle est arrivée dans la ville de Mahäbalipuram pour oublier le drame, pour survivre, pour se reconstruire… Un jour, sur la plage, elle fait la rencontre d’une petite indienne muette qui joue seule avec un cerf-volant. Léna s’aperçoit que Lalita travaille, exploitée par un restaurateur, au lieu d’aller à l’école. Orpheline, elle a été accueilli par un oncle qui la fait travailler dans son restaurant, c’est très fréquent en Inde qui est malheureusement le pays où il y a plus grand marché de main-d’œuvre enfantine au monde et le plus souvent ce sont des filles… Léna fait également la rencontre de Preeti, une jeune femme engagée dans la Red Brigade Trust fondée en 2011 par Usha Vishwakarma.
Choquée par le sort des petites filles dans le pays, Léna décide de s’engager en créant une école dans le village pour apprendre aux enfants à lire et écrire. Un projet qui ne sera pas simple à mener mais avec la motivation de soutenir Lalita, l’aide de la combattante Preeti et la détermination de Léna à se trouver une nouvelle vie tout est possible !
Une jolie histoire, pleine de sensibilité sur l’émancipation des femmes grâce à l’éducation.

Extrait : (début du livre)
Prologue
Village de Mahäbalipuram,
district de Kanchipuram,
Tamil Nadu, Inde.

Léna s’éveille avec un sentiment étrange, un papillon dans le ventre. Le soleil vient de se lever sur Mahäbalipuram. Il fait déjà chaud dans la cahute adossée à l’école. Selon les prévisions, la température devrait avoisiner les 40 degrés au plus fort de la journée. Léna a refusé d’installer l’air conditionné – les habitations du quartier n’en sont pas équipées, pourquoi la sienne ferait-elle exception ? Un simple ventilateur brasse l’air suffocant de la pièce. La mer toute proche n’offre qu’un souffle chargé, une haleine fétide où l’odeur âcre de poisson séché corrompt celle des embruns. Une rentrée caniculaire, sous un ciel de plomb.
C’est ainsi dans cette région du monde, l’année scolaire commence en juillet.

Les enfants ne vont pas tarder à arriver. À huit heures trente précises, ils passeront le portail, traverseront la cour,s’élanceront vers l’unique salle de classe, un peu gauches dans leur uniforme flambant neuf. Ce jour, Léna l’a attendu, espéré, mille fois imaginé. Elle songe à l’énergie qu’il lui a fallu déployer pour mener à bien ce projet – un projet fou, insensé, né de sa seule volonté. Comme une fleur de lotus sort de la vase, la petite école a fleuri, à la périphérie de cette ville côtière que d’aucuns nomment encore village – des milliers de personnes s’entassent ici, au bord du golfe du Bengale, entre les temples ancestraux et la plage où se mêlent indifféremment vaches, pêcheurs et pèlerins. Avec ses murs peints et sa cour déployée autour d’un unique arbre, un grand banyan, la bâtisse n’offre rien d’ostentatoire, se fond humblement dans le paysage. Nul ne peut deviner que son existence relève du miracle. Léna devrait se réjouir, accueillir cet instant comme on célèbre une fête, une victoire, un accomplissement.

Pourtant, elle n’arrive pas à se lever. Son corps est lourd, plombé. Cette nuit, ses fantômes sont revenus la hanter. Elle s’est tournée maintes fois dans son lit, avant de sombrer dans un sommeil de surface où se sont entremêlés présent et passé – elle a revu ses rentrées d’enseignante, avec leurs lots de fiches à remplir, de listes de fournitures, de cours à préparer. Elle aimait l’effervescence de la reprise après les longues vacances d’été. L’odeur des protège-cahiers lisses et neufs, les crayons, les feutres venant gonfler le cuir souple des trousses, les agendas immaculés, les tableaux fraîchement nettoyés lui procuraient une indicible joie, la certitude réconfortante d’un éternel recommencement. Elle se revoit à la maison, dans les couloirs du collège, active, empressée. Le bonheur était là, tapi dans ces infimes instants du quotidien, dont la régularité lui offrait le sentiment d’une existence immuable, protégée.

Déjà lu du même auteur :

9782367624617-001-T La tresse     9791035401238-001-T Les victorieuses

Petit Bac 2021
(5) Voyage