C’est lundi, que lisez-vous ? [179]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Millina

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne ces dernières semaines ?

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Ça ne pouvait pas tourner autrement ! – Eliane Saliba Garillon
Celle qui nous colle aux bottes – Marine de Francqueville
L’adoption, cycle 2 – tome 1 : Wajdi – Zidrou et Monin

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Ör – Auður Ava Ólafsdóttir
Une maternité rouge – Christian Lax (BD)

Que lirai-je les semaines prochaines ?
Kermesse au paradis – Birgit Weyhe (BD)
Les enfants de la Liberté – Alain Grand, Marc Levy (BD)
Seul le silence – Fabrice Colin, Richard Guérineau, RJ Ellory (BD)


Meilleurs vœux pour 2022
Bonnes lectures, protégez vous et évadez-vous en lisant !

L’adoption, cycle 2 – tome 1 : Wajdi – Zidrou et Monin

81ciQ7T2MbL Bamboo – septembre 2021 – 72 pages

Quatrième de couverture :
Originaire du Yémen, Wajdi a grandi dans l’horreur de la guerre. Une enfance brisée par les combats, les privations, les souffrances. Après de longs mois d’attente, Gaëlle et Romain accueillent enfin Wajdi chez eux. Méfiant, endurci par la force des choses et ne parlant pas un mot de français, l’enfant de 10 ans s’effraie des moindres bruits du quotidien et interprète mal les gestes les plus simples.
Les heureux parents adoptifs vont être très vite confrontés aux premiers « non », aux premiers troubles de l’adolescence et aux premières rébellions. Wajdi a connu le pire, il va lui falloir du temps avant d’en accepter le meilleur.

Auteurs : Né en 1962 à Bruxelles, Zidrou est d’abord instituteur, puis en 1991, il rencontre le dessinateur Godi avec qui il crée L’Élève Ducobu. Il signe alors de nombreuses séries pour enfants et adolescents, des Crannibales à Tamara, de Scott Zombi à Sac à Puces, puis imagine des histoires pour adultes comme ProTECTO, Lydie, ou encore Tourne Disque. En février 2012, il signe Boule à Zéro et en octobre 2014, Merci. En 2017 il sort L’adoption avec Arno Monin.
Après avoir passé un bac littéraire puis une année à la fac en histoire de l’art, Arno Monin intègre une école d’arts appliqués qui proposait la formation dessin, animation, bande dessinée. En cours de formation, un projet BD commence à le démanger. Il s’y consacre alors à plein temps afin de le présenter à des éditeurs. Il signe les dessins du très remarqué L’Envolée sauvage, suivi de L’Enfant maudit.

Mon avis : (lu en décembre 2021)
Dans cette série de BD autour de l’adoption, voici un nouveau cycle avec Wajdi, un petit garçon de 10 ans, originaire du Yémen qui a grandi dans un pays en guerre. Gaëlle et Romain accueillent Wajdi avec plein de bonne volonté dans leur belle maison. La communication est difficile entre le jeune garçon et sa famille adoptive : ils ne parlent pas la même langue, tout est étranger dans cette maison, les coutumes, la nourriture, la salle de bain… Wajdi est craintif, il refuse tout contact tactile, les bruits inconnus le terrifient. La nuit, seul dans cette grande chambre est souvent cauchemardesque pour cet enfant brisé par son passé. Et la famille ? Elle ne fait rien pour chercher à comprendre les réactions de Wajdi. Elle est déstabilisée par « l’ingratitude » du jeune garçon… Aucun n’est vraiment à l’écoute de Wajdi qui a besoin d’être apprivoisé. Personne ne comprend qu’après avoir connu les horreurs de la guerre, se retrouver sans aucun repère, dans un pays inconnu, sans comprendre la langue est un choc pour ce petit garçon qui n’a rien oublié de sa vie au Yémen.
Ce premier tome de cette histoire a une conclusion poignante et terrible, il nous fait réfléchir sur le sujet de l’adoption. Le dessin de cette bande dessinée est doux et coloré.
J’attends avec impatience la suite et fin de l’histoire de Wajdi.

Extrait :

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Petit bac 2022
(1) Famille

 

Déjà lu des mêmes auteurs :

l'adoption L’adoption cycle 1 – Qinaya

117523615 L’adoption cycle 1 – tome 2 – La Garùa

Celle qui nous colle aux bottes – Marine de Francqueville

Masse Critique
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71Y-jCdQBnL Rue de l’échiquier – avril 2021 – 200 pages

Quatrième de couverture :
– J’aimerais bien que tu me racontes ton histoire, pourquoi t’es devenu agriculture et tout ça… !
– Oh là là… mais c’est l’agriculture ton sujet, pas moi !
– Oui… enfin, c’est un peu les deux !

Auteur : Marine de Francqueville est une jeune illustratrice fraîchement diplômée de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs (EnsAD), section cinéma d’animation. Elle réalise des courts-métrages, des clips, des scénographies, des sculptures en argile ou en céramique, et prépare un festival artistique dans le village de son enfance, Trigny. Celle qui nous colle aux bottes est sa première bande dessinée publiée.

Mon avis : (lu en janvier 2022)
Une bande dessinée très documentée et très instructive sur l’agriculture d’aujourd’hui.
Marine est étudiante aux Arts Déco à Paris, son père est agriculteur dans la Marne. Pour son mémoire de fin d’études, elle décide de parler de l’agriculture et de l’environnement. Ainsi commence un dialogue entre le père et la fille. Elle a des convictions écologiques, elle vit maintenant à Paris, donc à la ville… Son père défend l’agriculture conventionnelle même s’il en connaît les défauts… Les échanges sont riches, parfois passionnés mais toujours affectueux… Marine et son père s’interrogent mutuellement, ils restent ouverts aux arguments de l’un et de l’autre, ils font progresser leur réflexion. Ce débat très actuel met en lumière les enjeux décisifs de l’agriculture de demain.
Au cours de son enquête, Marine rencontre de nombreux agriculteurs ayant des manières différentes de produire. Les mentalités changent avec la nouvelle génération. Il est question de bio, d’agroforesterie, d’ogm…  Avec elle, le lecteur découvre l’évolution de l’agriculture depuis ses origines et surtout depuis l’après Seconde Guerre Mondiale avec le remembrement du territoire, le productivisme… Les contraintes imposés aux agriculteurs pour voir toujours plus gros et les conséquences sur l’environnement.
Comme le montre la couverture, « Celle qui nous colle aux bottes » est aussi bien la boue que Marine !
Avec un dessin noir et blanc assez simple, cette bande dessinée, très complète sur le fond, nous fait nous interroger sur le futur de notre planète.

Extrait :

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Petit bac 2022
(1) Objet

Ça ne pouvait pas tourner autrement ! – Eliane Saliba Garillon

913As73PDDL L’Escampette – mars 2021 – 186 pages

Quatrième de couverture :
Leurs problèmes conjugaux respectifs contraignent deux amis d’enfance à cohabiter, malgré « une incompatibilité presque parfaite »… Leurs chamailleries continuelles mais aussi des rencontres inattendues, comme celle d’une migrante syrienne, vont faire renoncer à ses préjugés machistes l’animateur de radio divorcé, et à sa peur des étrangers le comptable pantouflard. Satire ironique et affectueuse, où rôdent l’amour et l’humour, ce délicieux roman dans la lignée de Robert Benchley et Woody Allen fait à la fois beaucoup rire et beaucoup songer.

Auteur : Eliane Saliba Garillon, qui écrit en français, est libanaise. Elle assure, archives à l’appui, que sa famille s’est implantée au Pays du Cèdre vers 60 après J-C, et qu’elle a pour ancêtre un roi de Sparte ! Après des études à l’université Saint-Joseph de Beyrouth, elle a beaucoup voyagé, en particulier aux États-Unis et en France, mais elle a passé les années de guerre civile au Liban, où elle vit actuellement. 

Mon avis : (lu en janvier 2022)
Comme on le voit sur la couverture très réussie de ce livre, cette histoire se passe à San Francisco sur Lombard Street. Mel et Martin sont deux hommes d’âge mûr, amis d’enfance et pourtant si différents : Martin est comptable, un peu radin, tatillon, ronchon et qui continue à parler à Fleur, sa femme décédée depuis 9 mois, Mel est un bon vivant, animateur de de radio, très bavard, un optimiste à tout épreuve, dépensier plus que de raison… La veille de Noël, Mel est mis à la porte de chez lui par sa femme et il trouve donc naturellement refuge chez Martin.
Entre ces deux êtres dissemblables, la cohabitation s’annonce haute en couleurs… Au bout de quelques semaines, il devient urgent de faire appel à une femme de ménage et Nesrine, une migrante syrienne, va entrer dans leurs vies et bousculer leurs préjugés. Mel se réfugie souvent à Faye Park, un jardin bien caché proche de chez Martin, où il a son banc préféré… Il va y rencontrer Rita, une femme ayant la soixantaine, cultivée mais assez mystérieuse sur sa vie. Mel et Rita vont se retrouver régulièrement à Faye Park pour de nombreuses conversations…
Voilà un roman qui fait du bien, qui nous fait rire, sourire et réfléchir. J’ai beaucoup aimé !

Extrait : (page )
― Je te dérange ?
― Bien sûr que non ! Il fait glacial, j’attendais les résultats de la loterie avant d’entrer dans mon bain et j’ai mal à la tête.
― Tu vas quand même mieux que moi, lui ai-je fait remarquer en montrant ma valise.
― Seulement si tu penses qu’avoir une femme qui divorce est mieux que d’avoir une femme qui est morte. C’est vrai que Fleur était décédée d’un cancer neuf mois plus tôt. J’en avais eu beaucoup de peine et je savais que Birdy vivait très mal sa nouvelle solitude, d’autant plus que le couple n’avait pas eu d’enfants. C’était d’ailleurs pour cela que j’avais pensé à me réfugier chez lui au lieu de me jeter avec ma Camaro dans la baie de San Francisco.
― Elle t’a fichu dehors, n’est-ce pas ? a-t-il délicatement enchaîné.
― C’est moi qui suis parti.
― Tout à fait ton style de quitter ton fauteuil et ton verre de whisky par ce temps, une avant-veille de Noël et probablement sans un dollar en poche !
― Disons que c’était une décision commune.
― Et qu’est-ce qui a finalement déclenché cette séparation annoncée ?
― Trois moulins à poivre.
― Ça ne pouvait pas tourner autrement !

Petit bac 2022
(1) Ponctuation

C’est lundi, que lisez-vous ? [178]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Millina

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne ces dernières semaines ?

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Moon river – Fabcaro
Olive, enfin – Elizabeth Strout

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Ça ne pouvait pas tourner autrement ! – Eliane Saliba Garillon
Celle qui nous colle aux bottes – Marine de Francqueville (Masse Critique)

Que lirai-je les semaines prochaines ?
Ör – Auður Ava Ólafsdóttir
L’adoption, cycle 2 – tome 1 : Wajdi – Zidrou et Monin (BD)
Kermesse au paradis – Birgit Weyhe (BD)
Les enfants de la Liberté – Alain Grand, Marc Levy (BD)
Seul le silence – Fabrice Colin, Richard Guérineau, RJ Ellory (BD)
Une maternité rouge – Christian Lax (BD)

Meilleurs vœux pour 2022
Bonnes lectures, protégez vous et évadez-vous en lisant !

Olive, enfin – Elizabeth Strout

71u5lWZ-3KL Fayard – août 2021 – 368 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Brévignon

Titre original : Olive, Again, 2019

Quatrième de couverture :
Dans la petite ville côtière de Crosby, dans le Maine, Olive Kitteridge est connue – et redoutée – pour son caractère bien trempé et son franc-parler détonant. Professeure de maths retraitée, veuve depuis peu, elle apprend à négocier les épreuves mais aussi à apprécier les joies que lui réserve cette nouvelle période de sa vie : bientôt, Olive se remarie, renoue avec son fils, essaie d’apprivoiser ces créatures étonnantes que sont ses petits enfants, et, surtout, le temps qui passe. Au fil des années, elle croise sur son chemin nombre de connaissances, amis ou anciens élèves : une jeune femme sur le point d’accoucher au moment le plus incongru, une autre qui vit recroquevillée depuis qu’elle a un cancer, ou encore une fille confrontée à l’effroi de ses parents lorsqu’elle leur révèle exercer la profession de maîtresse SM. Dans le sillage d’Olive, on pousse des portes et découvre les histoires, les drames et les destinées singulières des habitants de Crosby.
Une fois encore, Elizabeth Strout met brillamment à nu la vie des gens ordinaires et livre un roman superbe, tendre, mélancolique et plein d’humour sur le couple, l’amour, la vieillesse et la solitude, en déroulant le fil de l’histoire de son irrésistible Olive à l’automne de sa vie.

Auteure : Elizabeth Strout est née en 1956 à Portland, dans le Maine. Après des études de droit, elle s’installe à New York et publie des nouvelles dans différentes revues littéraires. Elle met sept ans à rédiger son premier roman, Amy et Isabelle (2000). En 2009, elle reçoit le prix Pulitzer pour Olive Kitteridge, publié dans 26 pays. 

Mon avis : (lu en janvier 2022)
Quelle plaisir de retrouver Olive Kitteridge, cette professeur de mathématiques en retraite devenue veuve.
Comme pour le roman précédent, il est construit sous forme de tranches de vie de Crosby, une petite ville côtière du Maine avec en fil rouge Olive Kitteridge. Dans certains chapitres, elle est très présente et dans d’autres elle est juste évoquée. C’est la suite de la vie d’Olive de 70 à plus de 80 ans. Cette femme haute en couleurs, au caractère bien trempé est vraiment très attachante. Elle a son franc parlé mais également un grand cœur.
Toutes ces tranches de vie sont touchantes ou humoristiques, inattendues ou décalées, parfois tragiques… Elles sont décrites sans complaisance mais avec beaucoup d’humanité.
J’avais eu un vrai coup de cœur pour Olive Kitteridge et c’est également un grand coup de cœur pour Olive, enfin !

Extrait : (début du livre)
Un samedi de juin, en début d’après-midi, Jack Kennison mit ses lunettes de soleil, prit place dans sa voiture de sport après avoir baissé la capote, passa la ceinture de sécurité sur son épaule et son ventre proéminent, puis mit le cap sur Portland – à près d’une heure de route – pour acheter un gallon de whisky sans risquer de tomber sur Olive Kitteridge à la supérette de Crosby, dans le Maine. Ou sur cette autre femme qu’il avait croisée à deux reprises dans le magasin, lui, sa bouteille de whisky à la main, elle, monologuant sur la météo. La météo ! Cette femme – son nom lui échappait – était veuve, elle aussi.
Pendant qu’il roulait, une sensation proche du calme monta en lui. Une fois arrivé à Portland, il se gara et marcha vers le fleuve. L’été avait éclos. S’il faisait encore frais en cette mi-juin, le ciel était bleu et les mouettes volaient au-dessus des docks. Il y avait du monde sur les quais, beaucoup de jeunes gens avec des poussettes et des enfants, et tous paraissaient se parler. Ce détail l’impressionna. Comme cela leur semblait naturel d’être ensemble, de se parler ! Personne ne lui adressait le moindre regard, et il prit conscience d’une chose qu’il avait déjà remarquée, mais différemment cette fois : il n’était qu’un vieil homme bedonnant, peu susceptible d’attirer l’attention. C’était presque libérateur. Pendant de nombreuses années, il avait été grand, plutôt bel homme, sans embonpoint, et il attirait les regards quand il flânait sur le campus de Harvard. Pendant toutes ces années, il avait vu les étudiants l’observer avec déférence, et les femmes aussi le regardaient. Aux réunions du département, il intimidait ses collègues. Certains le lui avaient avoué, et il sentait qu’ils disaient vrai, car c’était l’effet qu’il recherchait. Et voilà qu’il se promenait le long d’un quai bordé de résidences en construction, se demandant s’il ne ferait pas mieux de venir s’installer ici pour vivre entouré d’eau – et de gens. Il sortit son portable de sa poche, le consulta, puis le rangea. Il avait envie de parler à sa fille.
Un couple apparut à la porte d’un appartement. Ils avaient son âge, l’homme avait lui aussi du ventre, mais pas autant que Jack, et la femme paraissait contrariée. À leur attitude l’un envers l’autre, Jack se dit qu’ils devaient être mariés depuis des années. Il entendit la femme dire : « Ça suffit, maintenant. » L’homme répondit quelque chose, et elle répéta : « Non, ça suffit. » Ils le croisèrent (sans le remarquer) et quand, un instant plus tard, il se retourna pour jeter un coup d’œil vers eux, il fut – vaguement – surpris de constater que la femme avait passé son bras sous celui de l’homme tandis qu’ils remontaient le quai en direction de la petite ville.
Parvenu à l’extrémité du quai, Jack contempla l’océan. Il regarda d’un côté, puis de l’autre. Un vent qu’il sentit subitement soulevait de petites franges écumeuses à la crête des vagues. 

Déjà lu du même auteur :

71lfdrHxd2L Olive Kitteridge

Petit bac 2022
(1) Prénom

Moon river – Fabcaro

41JolfSf+sL 6 pieds sous terre – septembre 2021 – 80 pages

Quatrième de couverture :
J’en ai vu d’autres, et des bien pires…
L’affaire de la coupe mulet ?
Je préfère ne pas en reparler si ça ne vous dérange pas…

Auteur : Fabrice Caro, dit Fabcaro, dessine depuis l’enfance et décide de s’y consacrer pleinement à partir de 1996. Il travaille pour la presse ou l’édition, pour différentes revues de bande dessinée telles : Fluide Glacial, FLBLB, Psikopat, Jade, Tchô !, L’Echo des Savanes, Zoo, Mauvais esprit et CQFD. Il a publié chez des petits éditeurs (comme La Cafetière ou 6 Pieds sous terre) comme chez des gros (Audie, Lombard avec la reprise d’Achille Talon). Fabcaro multiplie les collaborations où il officie en tant que scénariste, avec James, Boris Mirroir (Amour, Passion et CX diesel) ou encore Fabrice Erre (Z comme Don Diego, Mars). Son dernier ouvrage chez 6 Pieds sous terre, Carnet du Pérou fut l’un des livres d’humour marquant de 2013, sélectionné pour les prix d’Angoulême en 2014.

Mon avis : (lu en décembre 2021)
La nouvelle BD de Fabcaro est arrivé ! Un album avec une couverture noire très chic,
présenté sous film plastique… parce qu’il n’est pas à mettre entre toute les mains ?
Comme d’habitude, Fabcaro a imaginé une intrigue saugrenue dans le genre du polar : 
Hollywood, années 50, l’immense actrice Betty Pennyway est victime d’un crime sans précédent et particulièrement abominable. L’Amérique entière est en émoi. L’événement fait la une de la presse.
L’affaire est prise très au sérieux et c’est le lieutenant Baxter qui mène cette délicate enquête
: interrogation de l’équipe de tournage, de la rivale de la victime, de ses anciens amants… La police investigue dans les moindres détails pour tenter de percer ce sombre mystère.
En parallèle à cette intrigue policière, nous suivons Fabcaro dans sa vie quotidienne, à sa table à dessin dans la cuisine familiale, au café avec un ami ou en face à face avec son éditeur, il doit répondre à cette interrogation récurrente : « Tu vas vraiment faire tout un album sur cette histoire ? »
Deux histoires en parallèle, donc deux styles de dessins :

La partie Hollywood est dessinée avec un trait réaliste en noir et blanc plus des aplats de bleu.
Dans la partie autobiographique le trait
est plus brouillon, les visages très expressifs et les teintes plus ternes.
Comme d’habitude, Fabcaro part d’une intrigue simple et banale et avec l’idée d’un crime improbable (qui n’emballe pas vraiment ses proches), l’histoire vrille vers de l’inattendu… Et le lecteur se laisse surprendre !

Extrait :

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Déjà lu du même auteur :

Capture-d’cran-2015-06-23-11 Zaï Zaï Zaï Zaï  71Uaq7bWeCL Open BAR, 1ère tournée

61985PN5lJL Formica : Une tragédie en trois actes 

 91LoZIUwWRL Le discours – Fabrice Caro openbar2 Open Bar 2

Petit bac 2022
(1) Art ( chanson )

 

 

C’est lundi, que lisez-vous ? [177]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Millina

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne ces dernières semaines ?

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Astérix n°39 : Astérix et le Griffon – Jean-Yves Ferri, Didier Conrad
Encabanée – Gabrielle Filteau-Chiba
Mon rond-point dans ta gueule, portraits de gilets jaunes – Sandrine Kerion

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Ça ne pouvait pas tourner autrement ! – Eliane Saliba Garillon
Celle qui nous colle aux bottes – Marine de Francqueville (Masse Critique)

Que lirai-je les semaines prochaines ?
L’adoption, cycle 2 – tome 1 : Wajdi – Zidrou et Monin (BD)
Kermesse au paradis – Birgit Weyhe (BD)
Les enfants de la Liberté – Alain Grand, Marc Levy (BD)
Seul le silence – Fabrice Colin, Richard Guérineau, RJ Ellory (BD)
Une maternité rouge – Christian Lax (BD)

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Mon rond-point dans ta gueule, portraits de gilets jaunes – Sandrine Kerion

81DqsNwQFZL La Boîte à Bulles – octobre 2021 – 144 pages

Quatrième de couverture :
Le 17 novembre 2018, un mouvement non structuré ébranle la France et son gouvernement, l’émanation d’un ras-le-bol collectif qui pousse des centaines de milliers de personnes à protester ensemble contre la vie chère, les inégalités grandissantes, le manque de démocratie… Des groupes de Gilets jaunes campent durablement sur des ronds-points stratégiques, bloquant le pays pour faire entendre leur colère.
Sandrine Kerion était l’une d’entre eux. Afin de mieux rendre la réalité et la complexité de ce mouvement, elle a interrogé plusieurs de ses compagnons de lutte  afin de retranscrire leurs témoignages en BD. Sans émettre de jugement sur leur discours, elle les écoute et les laisse s’exprimer, eux qui considèrent s’être tus trop longtemps et ont vu dans ce mouvement de «  la France d’en bas  » l’occasion de faire bouger les choses. Avec espoir puis, souvent, avec désillusion.
Le projet de l’autrice vise notamment à contrer les représentations – trop souvent caricaturales – des Gilets jaunes dans les média. Ces portraits rendent compte la de diversité des profils de ces personnes mais aussi des combats chers à chacun de ces Gilets jaunes. Une diversité qui faisait sa richesse mais qui a également causé son incapacité à se structurer…

Auteur : Née en 1979, et résidant en Bretagne, Sandrine Kerion est dessinatrice et scénariste de bande dessinée autodidacte. Ces dernières années, elle s’est orientée vers la BD documentaire et de reportage, avec une sensibilité particulière pour les sujets liés à l’actualité sociale. En 2020, elle a élaboré une BD reportage sur l’accès à l’IVG durant le confinement, en collaboration avec la journaliste Isabelle Halliez, parue dans la revue rennaise La Vilaine. En 2021, paraît ses deux premiers ouvrages édités : J’ai Vu les Soucoupes et Mon rond-point dans ta gueule, un portrait de militants gilets jaunes, qu’elle réalise depuis 2018 et publié dans un premier temps via un blog sur le site de Mediapart.

Mon avis : (lu en décembre 2021)
En novembre 2018, Sandrine Kérion se reconnaissait pour la première fois dans un mouvement social, et elle a enfilé son gilet jaune. Sandrine a participé à des rassemblements sur les ronds-points des Côtes d’Armor, elle y a rencontré des gens et discuté avec eux.
« En novembre 2018, il y avait une forme d’enthousiasme. On se disait que quelque chose était possible, que les choses allaient pouvoir changer.   Je me suis aperçue que c’était des gens, comme moi, dont on ne parlait jamais, des gens qui n’intéressaient personne. Alors qu’en fait, ils représentent la majorité des habitants. Ceux que pendant la crise du Covid, on a appelé les premières lignes, les aides-soignantes, les salariés de l’agroalimentaire, les routiers, les agents de sécurité.  C’est eux qui font tourner le pays.  » 
Sandrine s’est rendue compte que dans les reportages dans les journaux ou à la télé, les gilets jaunes n’avaient pas vraiment la parole, pas le temps de s’exprimer ou alors que leurs actions étaient mal interprétées… Elle a donc décidé d’aller interviewer longuement et à plusieurs reprises une dizaine de gilets jaunes rencontrés sur les ronds-points costarmoricains, et elle en a fait les portraits.
« C’était important de comprendre leurs parcours, leurs valeurs, leurs revendications. Je voulais faire un état des lieux de la situation. Il fallait pour cela prendre du recul. « 
Elles et ils sont : Dany 47 ans ambulancière, Alexandre 34 ans magasinier, Benjamin 38 ans employé de la fonction public, Barbara 69 ans retraitée de la fonction publique, Michel 63 ans retraité, Gilles 59 ans chauffeur routier en invalidité, Bris 81 ans retraité, Mathieu 40 ans plombier électricien autoentrepreneur, écologiste solidaire et Céline 58 ans femme au foyer.
« Sur les ronds-points, les gens ont pris conscience de beaucoup de choses. Ils ont eu l’impression de grandir, d’apprendre beaucoup de choses. C’étaient des espaces d’échanges, de parole. Chacun faisait part de ses difficultés mais réfléchissait aussi à trouver des solutions. »
« Un an après, les gens étaient dans un état d’esprit différent. Il y avait beaucoup de désillusions, d’interrogations sur l’avenir. Ils avaient surtout l’impression que rien n’avait changé. »
A l’automne 2021, des gilets jaunes sont revenus sur les ronds-points car « Rien n’a été résolu. Le prix de l’essence flambe à nouveau, comme celui des matières premières. Pour les gilets jaunes de 2018, la situation est encore pire maintenant. »  « Pourtant, ils avaient vu juste. Les moyens pour l’hôpital, les services publics, c’étaient les revendications des ronds-points. On a vu avec le coronavirus combien c’est important. »
Pour le titre, Sandrine a repris un slogan affiché sur le gilet d’un anonyme.  Elle a dessiné cette aventure humaine et sociale en blanc, gris et en jaune pour frapper le regard du lecteur.
Un roman graphique intéressant et très instructif à lire et à faire lire.

Extrait :

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Déjà lu du même auteur :

81qpXcBE-wL J’ai vu les soucoupes

Petit bac 2022
(1) Couleur

Encabanée – Gabrielle Filteau-Chiba

Lu en partenariat avec Folio

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Folio – janvier 2022 – 115 pages

Mot et le reste – janvier 2021 – 112 pages

Quatrième de couverture :
« Il n’y avait pas de mots assez souples et multicolores. Les couleurs de cette nuit blanche ont réveillé en moi une palette d’espérance, bien plus que tous les amants du monde. L’hiver me sembla chaque jour plus doux, plus lumineux, plus riche en apprentissages. » Lassée par un quotidien aliénant, Anouk quitte son appartement de Montréal pour une cabane abandonnée dans la région du Kamouraska, là où naissent les bélugas. « Encabanée » au milieu de l’hiver, elle apprend peu à peu les gestes pour subsister en pleine nature. La vie en autarcie à -40 °C est une aventure de tous les instants, un pari fou, un voyage intérieur aussi. Anouk se redécouvre. Mais sa solitude sera bientôt troublée par une rencontre inattendue…

Auteur : Gabrielle Filteau-Chiba écrit, traduit, illustre et défend la beauté des régions sauvages du Québec. Encabanée, son premier roman, inspiré par sa vie dans les bois du Kamouraska, a déjà conquis un vaste public.

Mon avis : (lu en décembre 2021)
Pour fuir quelques temps l’agitation de Montréal, Anouk quitte son appartement douillet pour le Kamouraska et une cabane rustique loin de de tout… Ce court roman raconte l’expérience d’Anouk au jour le jour durant une dizaine de jours en janvier, entrecoupé par quelques pages de son journal qui sont des pensées sous forme de listes.
J’ai commencé ce livre pendant les vacances de Noël, dans une maison encore froide et pendant les quelques jours où les matins étaient givrés… L’ambiance était moins rude que dans Encabanée, mais je pouvais parfaitement m’imaginer là-bas…
Anouk se retrouve seule à devoir se débrouiller pour survivre, elle a des provisions pour se nourrir, mais pas d’eau courante, de chauffage ou d’électricité. Elle doit aller chercher de l’eau à la rivière pour remplir ses réserves qui doivent rester à proximité du poêle pour ne pas geler ou faire fondre de la neige pour avoir de l’eau. Il faut couper du bois, le mettre à l’abri, en rentrer suffisamment pour la nuit. Elle doit allumer le feu du poêle avec un rituel utilisant tour à tour différents types de bois. Régulièrement, il faut pelleter la neige pour dégager le sentier entre l’abri à bois et la cabane.
La nuit, la température est à -40 degrés, le vent souffle, la cabane grince de partout… Les coyotes rôdent…
Après les travaux physiques quotidien, Anouk s’occupe en lisant, en écrivant et en dessinant à la lueur d’une lampe à huile… Durant la nuit, elle dort tout en surveillant le feu du poêle qu’elle doit recharger en bûches… C’est rude, mais le spectacle que lui donne la nature est incomparable…
Ce confinement volontaire pourrait sembler monotone mais pas du tout, il se passe finalement de nombreuses péripéties réelles ou imaginaires lors de cet exil dans le Bas-Saint-Laurent, là où naissent les bélugas… Ce livre m’a fait penser au livre Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson…
Merci aux éditions Folio pour cette escapade immobile,
dépaysante, pleine de poésie.

Extrait :
2 janvier
Le verre à moitié plein de glace
J’ai filé en douce. Saint-Bruno-de-Kamouraska, ce n’est pas la porte à côté, mais loin de moi le blues de la métropole et des automates aux comptes en souffrance. Chaque kilomètre qui m’éloigne de Montréal est un pas de plus dans le pèlerinage vers la seule cathédrale qui m’inspire la foi, une profonde forêt qui abrite toutes mes confessions.
Cette plantation d’épinettes poussées en orgueil et fières comme des montagnes est un temple du silence où se dresse ma cabane. Refuge rêvé depuis les tipis de branches de mon enfance.
Kamouraska, je suis tombée sous le charme de ce nom ancestral désignant là où l’eau rencontre les roseaux, là où le golfe salé rétrécit et se mêle aux eaux douces du fleuve, là où naissent les bélugas et paissent les oiseaux migrateurs. Y planait une odeur de marais légère et salée. Aussi parce qu’en son cœur même, on y lit « amour ». J’ai aimé cet endroit dès que j’y ai trempé les orteils. La rivière et la cabane au creux d’une forêt tranquille. Je pouvais posséder toute une forêt pour le prix d’un appartement en ville ! Toute cette terre, cette eau, ce bois et une cachette secrète pour une si maigre somme… alors j’ai fait le saut.
C’est ici, au bout de ma solitude et d’un rang (1) désert, que ma vie recommence.
Le froid a pétrifié mon char. Le toit de la cabane est couvert de strates de glace et de neige qui ont tranquillement enseveli le panneau solaire. Les batteries marines sont vides comme mes poches. Plus moyen de recharger le téléphone cellulaire, d’entendre une voix rassurante, ni de permettre à mes proches de me géolocaliser. Je reste ici à manger du riz épicé près du feu, à chauffer la pièce du mieux que je peux et à appréhender le moment où je devrai braver le froid pour remplir la boîte à bois. Ça en prend, des bûches, quand tes murs sont en carton. Un carillon de gouttelettes bat la mesure et fait déborder les tasses fêlées que j’ai placées le long des vitres.Par centaines, les glaçons qui pendent au-delà des fenêtres sont autant de barreaux à ma cellule, mais j’ai choisi la vie du temps jadis, la simplicité volontaire. Ou de me donner de la misère, comme soupirent mes congénères, à Montréal.
Je ne suis pas seule sous le toit qui fuit. Une souris qui gruge les poutres du plafond s’est taillé un nid tout près de la cheminée. Je l’entends grattouiller frénétiquement jour et nuit. Au fond, pas grand-chose ne nous différencie, elle et moi, ermites tenant feu et lieu au fond des bois, femelles esseulées qui en arrachent. Comme elle, je vais finir par manger mes bas. Comme elle, j’ai choisi l’isolation… ou plutôt l’isolement.

(1) Plus longiligne que le chemin, le rang est perpendiculaire aux montées et borde souvent des terres agricoles, des lots boisés, d’anciennes seigneuries.
(2) Voiture.
(3) Faute de nourriture, se résoudre à manger des miettes et pire, au sacrifice de ce qu’on aurait dû garder.

Petit bac 2022
(2) Verbe

participe passé du verbe encabaner (québécois) : Vivre à l’intérieur, sinon tout le temps, du moins la grande majorité du temps.

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