Quelques jours de vacances…

Direction la Bretagne pour quelques jours…

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Au programme : pas d’internet, du bord de mer, de l’air pur, de la lecture et du repos…

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Marx et la poupée – Maryam Madjidi

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

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Audiolib – octobre 2018 – 4h46 – Lu par l’auteure

J’ai Lu – septembre 2018 – 220 pages

Le nouvel Attila – janvier 2017 – 202 pages

Quatrième de couverture : 
Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris. À travers les souvenirs de ses premières années, Maryam raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, la perte de ses jouets donnés aux enfants de Téhéran sous l’injonction de ses parents communistes, l’effacement progressif du persan au profit du français, qu’elle va tour à tour rejeter, puis adopter frénétiquement, au point de laisser enterrée de longues années sa langue natale. Dans ce récit qui peut être lu comme une fable autant que comme un journal, Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, rempart, moyen de socialisation, et même arme de séduction massive.

Auteur : Maryam Madjidi est née en 1980 à Téhéran, et quitte l’Iran à l’âge de 6 ans pour vivre à Paris puis à Drancy. Aujourd’hui, elle enseigne le français à des mineurs étrangers isolés, après l’avoir enseigné à des collégiens et lycéens de banlieue puis des beaux quartiers, des handicapés moteur et psychiques, des étudiants chinois et turcs, et des détenus. Elle a vécu quatre ans à Pékin et deux ans à Istanbul.

Mon avis : (écouté en octobre 2018)
Déjà dans le ventre de sa mère, Maryam, vit en direct les troubles de la Révolution Iranienne… Puis à peine née, elle sert d’alibi à ses parents et à leurs amis communistes, pour transporter les tracts… Jusqu’à six ans, elle grandit dans une belle maison à Téhéran avec tout l’amour de ses parents et de sa grand-mère qui lui offre de nombreuses poupées. Opposants au nouveau régime politique de l’ayatollah Khomeyni, ses parents sont contraints à l’exil. Avant le départ, Maryam va devoir donner ses jouets et ses poupées aux enfants du quartier… Maryam préfère les enterrer dans le jardin pour pouvoir les retrouver à son retour… 
A six ans, Maryam découvre une nouvelle vie à Paris, dans un nouveau pays dont elle ne connaît ni la langue, ni les coutumes… Avec ses parents, elle vit dans une chambre de bonne avec les WC sur le palier, la nourriture est différente de celle de l’Iran, sa grand-mère lui manque. Maryam va aller à l’école et apprendre le français. 
A travers de souvenirs d’enfance, de contes persans, d’anecdotes et de moments de poésie, nous voilà avec un très beau roman sur l’exil. Maryam Madjidi s’interroge sur sa double culture, car enfant, elle a d’abord rejeté la langue persane de ses parents avant de renouer avec ses origines lorsqu’elle est devenue adulte.
La version audio de ce livre est un plus puisqu’elle est lue par l’auteur elle-même. 
Il y a même en bonus, à la fin du roman, un entretien avec l’auteur toujours très intéressant !
Merci Babelio et Masse Critique pour cette belle découverte !

Extrait : (début du livre)
La pierre
Un homme est assis, seul, dans une cellule.
Il tient dans une main une pierre, dans l’autre une aiguille à coudre.
Il creuse la pierre avec la pointe de l’aiguille.
Il grave un nom.

Chaque jour, il taille, il sculpte ce nom dans la pierre. Ça lui évite de perdre la raison dans sa prison.
Ce nom, c’est Maryam. Elle vient de naître et pour tenter de combler son absence auprès d’elle, il lui fabrique un cadeau qu’il espère lui donner un jour.
Il a trouvé cette pierre dans la cour de la prison et en cachette, il a réussi à dérober une petite aiguille à coudre.
Une manière de dire qu’il pense à elle, à ce bébé qui n’a que quelques jours et la vie devant soi.

Il était une fois le ventre de la mère
Une fille pousse dans le ventre d’une femme.
— Non, tu n’iras pas manifester, t’es une femme et c’est dangereux.

Son frère aîné vient de lui flanquer une grosse gifle. Elle ne dit rien mais elle plante son regard noir de femme obstinée dans ses yeux et elle part lever fièrement le poing dans la rue et mêler sa voix à la voix de la foule en colère. Elle recevra bien des gifles encore et des insultes aussi mais rien ne peut l’arrêter à vingt ans, ni les gifles du frère ni sa grossesse ni même la peur d’être tuée.

1980 – Université de Téhéran

Un nuage de fumée au loin, des coups de feu, des cris.
J’ai peur, je sens le danger et je me recroqueville un peu plus au fond du ventre mais ce ventre va vers la mort, poussé par une force irrépressible.
La jeune mère court dans les couloirs d’une université. Elle manque de tomber: elle a failli glisser sur une flaque de sang dont la trace mène jusqu’à une salle de cours d’où sortent des hurlements déchirants.
Elle s’approche et regarde. À travers la porte entrouverte, elle voit une jeune fille allongée sur une table, un homme tente de la violer. À côté d’elle, par terre, un jeune homme à qui on brise le crâne à coups de bâton. Elle met la main sur sa bouche pour étouffer un cri d’épouvanté.
Elle est affolée et ses jambes tremblent.
Des feuilles volent partout, des feuilles de cours, des fiches d’inscription, des dossiers. Les pages des livres sont déchirées ; des étagères entières sont renversées ; des mains fouillent dans les tiroirs; des bouches hurlent. Les voiles des femmes sont piétinés ; des mains arrachent leurs cheveux. Les femmes sont traînées par terre, elles se débattent comme elles peuvent et les hommes qui les traînent les traitent de sales putes. Ces hommes ont les yeux injectés de sang et brandissent des bâtons plantés de clous. Ils hurlent « Allah Akbar ».
Le bruit d’un crâne qu’on brise.
Elle court toujours mais ne parvient pas à trouver la sortie. Elle voit des jeunes tomber par terre ; elle entend des cris, ses oreilles saignent ; elle voudrait disparaître – devenir aussi petite qu’une fourmi – et se faufiler dans un coin avec son bébé.
Son bébé. Soudain, elle prend conscience qu’elle est enceinte.
Ma mère porte ma vie mais la Mort danse autour d’elle en ricanant, le dos courbé ; ses longs bras squelettiques veulent lui arracher son enfant ; sa bouche édentée s’approche de la jeune femme enceinte pour l’engloutir.
Deux hommes l’ont vue, au bout de leurs bras pendent des bâtons cloutés, ils avancent vers elle. Une fenêtre est ouverte.
Enceinte d’un bébé de sept mois, elle doit sauter du second étage, hésite, se retourne et son regard se fixe sur ces bâtons ; elle sent déjà les clous s’enfoncer dans sa chair.
Elle saute.

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Les Grands Peintres : Van Gogh – Michel Durand

VanGogh Glénat – janvier 2016 – 56 pages

Quatrième de couverture :
Van Gogh est déjà installé à Auvers-sur-Oise depuis plusieurs mois quand Johanna, la femme de son frère Théo, atteint de la syphilis à un stade très avancé, s’apprête à venir le rejoindre. Avant son départ, elle s’entretient avec le célèbre peintre Gauguin, qui revient sur sa cohabitation avec Van Gogh à Arles : ses crises d’épilepsie, ses tentatives de suicide, l’épisode de l’oreille tranchée, sa folie présumée… tout cela ne serait que supercherie, mise en scène…

Auteur : Michel Durand a dessiné Opération Chisteras en 1985 sur un scénario de René Durand, Cliff Burton sur un scénario de Rodolphe, Polar Extrême, une BD scénarisée par Jodorowsky, mais aussi la série Cuervos scénarisée par Marazano. De 2005 à 2007, il signe sous le pseudonyme Durandur trois albums éponymes aux éditions Carabas. En 2009, il dessine en tant que Michelle Génial chez 12bis (sur un scénario de Jean-Paul Krassinsky). En 2010, c’est lui qui ouvre la série Destins au dessin en compagnie de Frank Giroud, et c’est également lui qui la clôturera en 2012 avec le tome 13. Il a depuis signé Ambre Gris, un audacieux diptyque à la dimension littéraire et tragique, inspiré par l’oeuvre d’Herman Melville. Réside dans le Languedoc-Roussillon.

Mon avis : (lu en octobre 2018)
Attirée par la couverture représentant une multitude de tournesols, j’ai eu envie de découvrir cette bande-dessinée. Il ne s’agit pas d’une biographie de Van Gogh, mais d’une fiction imaginée par l’auteur.
1890. Vincent Van Gogh est installé à Auvers-sur-Oise depuis plusieurs mois et sa belle sœur, la femme de Théo, vient le rejoindre. Le lecteur est confronté à la folie de Vincent Van Gogh dont les répercussions sont dévastatrices sur lui-même et sur ses proches. L’auteur suppose que Van Gogh est un simulateur et que sa folie est feinte…
Je n’ai pas été convaincu par cette BD, j’ai aimé les couleurs vives et multiples qui représentent parfaitement les teintes de l’œuvre de Vincent Van Gogh. Par contre je n’ai aimé le dessin des personnages déformés et l’intrigue mélangeant fiction et faits réels m’a dérangée…

Extrait : (début du livre)

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Petit bac 2018Art (6)

C’est lundi, que lisez-vous ? [42]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne la semaine dernière ?

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L’Écart – Amy Liptrot
Un sac de billes – Kris et Vincent Bailly
La ballade de l’enfant gris – Baptiste Beaulieu

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Orphelins 88 – Sarah Cohen Scali
Didier, la 5ème roue du tracteur – Pascal Rabaté et François Ravard
Bleu amer – Sylvère Denné et Sophie Ladame

Que lirai-je les semaines prochaines ?

Un monde à portée de main – Maylis de Kerangal (#MRL18)
Taqawan – Eric Plamondon
La femme qui fuit – Anaïs Barbeau-Lavalette
Le pensionnat – Michel Noël
Les Grands Peintres : Van Gogh – Michel Durand (BD)
Dancers – Jean-Philippe Blondel
Prendre refuge – Zeina Abirached et Mathias Enard (BD)
Silex and the city – tome 7 : Poulpe Fiction – Jul (BD)
Dent d’ours – tome 6 – Silbervogel – Yann et Henriet (BD)
Le jour… où elle n’a pas fait Compostelle – Marko et Beka (BD)
600 heures dans la vie extraordinaire d’Edward Stanton – Craig Lancaster

Bonnes lectures et bonne semaine

La ballade de l’enfant gris – Baptiste Beaulieu

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Fayard/Mazarine – septembre 2016 – 416 pages

Livre de Poche – février 2018 – 384 pages

Quatrième de couverture :
C’est l’histoire de Jo’, un jeune interne en pédiatrie à la personnalité fantasque, à qui tout sourit.
C’est l’histoire de No’, un garçon de sept ans, attachant et joueur, qui est atteint d’un mal incurable et ne comprend pas pourquoi sa maman ne vient pas le voir plus souvent à l’hôpital.
C’est l’histoire de Maria, une mère secrète, qui disparaît à l’autre bout du monde au lieu de rester au chevet de son fils.
Un matin survient un drame qui lie pour toujours le destin de ces trois êtres.
Inspiré par le choc ressenti lors de la disparition de l’un de ses jeunes patients, l’auteur nous offre un troisième roman poignant qui nous entraîne dans une quête initiatique bouleversante.

Auteur : Jeune médecin généraliste, Baptiste Beaulieu est l’auteur d’un premier livre remarqué, Alors voilà, les 1001 vies des Urgences. Son blog « Alors voilà » compte plus de 5 millions de visiteurs.

Mon avis : (lu en septembre 2018)
Jo est un jeune interne au service pédiatrique de l’hôpital, il fait la connaissance de No, un petit malade de 7 ans, solitaire, il attend patiemment les visites trop rare de sa maman… Jo se rapproche de No, pour le distraire et le sortir de cette attente…
Cette histoire est touchante et pleine d’amour et de tendresse, mais je suis vraiment passée à côté de ce roman… C’est certainement dû à la forme, l’histoire commence par le jour de la déchirure puis ensuite la lecture alterne entre le passé par un compte à rebours et le présent, soit l’après déchirure, avec la quête de Jo pour retrouver Maria et comprendre son attitude. Cette alternance m’a complètement embrouillée et j’ai fini le livre en lisant dans la continuité d’une part les chapitres « passé » et de l’autre les chapitres « présent » pour tenter de comprendre le fond de l’histoire…

Extrait : (début du livre)
Le nombre total d’étoiles dans l’univers tombe-t-il pair ou impair ? Jonas ne savait pas, mais la question lui paraissait importante.
Dimanche, 9 h 54, grande banlieue de Paris. Le brillant étudiant en médecine de vingt-quatre ans observait le ciel nocturne peint dans la cabine d’ascenseur quand une secousse le sortit de sa rêverie. Il y était. Septième étage. Pédiatrie. Ça sentait toujours pareil, ici : antiseptique répandu sur le sol et urine froide. Il aimait ça, Jo’, c’était comme si l’odeur avait une vieille voix – une de ces voix à mâchonner des clopes plutôt qu’à les fumer – et qu’elle lui chuchotait : « Hey, hey, gamin ! Ici on sauve des vies ! »
À 9 h 58, Jo’ poussa mollement la porte du service quand son téléphone vibra. Sa mère lui annonça la nouvelle qui le fit vaciller. Il promit d’arriver au plus tôt, puis raccrocha. Il tremblait.
Il était alors 10 h 02. À quelques mètres de la chambre 33, il se baissa pour boire à la fontaine à eau dans le couloir, heurta le robinet.
« Fais pas ta chochotte ! » se gronda-t-il, une main posée sur son front qui saignait, l’autre sur la poignée de porte.
Chambre 33…
Aurait-il su ce qui l’attendait dans cette pièce que Jo’ aurait immédiatement fait demi-tour et pris ses jambes à son cou. Car le destin avait décidé qu’il n’arriverait pas à temps pour soutenir sa mère : il resterait dans cet hôpital toute une journée et toute une nuit, et ne le quitterait que le lendemain matin, deux heures avant les lueurs de l’aube, éreinté, l’âme vieillie.
À 10 h 04, Jo’ entra dans la chambre 33, vit Maria Tulith et son enfant de sept ans, allongé sur le lit.
À 10 h 10, il se produisit entre eux ce que Jonas appellerait la « Déchirure ». Toute sa vie, il y aurait un avant et un après cette Déchirure.
À cause d’elle, il partit en voyage, par-dessus les montagnes puis au-delà des mers, jusqu’au bout du monde, pour réinventer sa vie et trouver la vérité.
Avec le fantôme de l’enfant.

Petit bac 2018Couleur (6)

Un sac de billes – Kris et Vincent Bailly

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Futuropolis – février 2017 – 128 pages

Futuropolis – avril 2011 – 64 pages  (tome 1 : Partie 1)

Futuropolis – novembre 2012 – 64 pages  (tome 2 : Partie 2)

Quatrième de couverture :
Traduit dans le monde entier, dont récemment en Chine, avec quelque 25 millions d’exemplaires vendus, Un Sac de billes est devenu un classique de la littérature. Joffo y raconte ses souvenirs de jeune Juif durant l’Occupation allemande. La force de son récit réside en la candeur et le pragmatisme du regard d’enfant, qu’il porte, à l’époque, sur les faits quotidiens de cette étrange et terrible période.

Auteurs : Kris est né en 1972, vit en Bretagne.
Il se lance dans la BD en 2002: Toussaint 66, puis Le Déserteur.
2006: Un Homme est mort et Le Monde de Lucie.
2008: Coupures Irlandaises et Les Ensembles contraires.
2009: Les Ensembles contraires, tome 2 et Notre Mère la Guerre.
Vincent Bailly, qui naît à Nancy en 1967 et fait ses études à l’école des Arts Décoratifs de Strasbourg, réside à présent à Chalons-en-Champagne avec sa famille. Ses deux premières années professionnelles sont consacrées aux dessins de presse et à l’illustration de livres pour enfants, mais c’est une période difficile car son trait est plutôt dur, rêche et brut. Il rencontre Roger Seiter et Isabelle Mercier, tous deux scénaristes de bandes dessinées, qui lui proposent une collaboration. À la veille d’une signature de contrat pour son premier album, un poste de professeur de dessin lui est proposé, mais il décline l’offre, délaissant la perspective d’un travail plus stable au profit d’une aventure, celle de Coeur de Sang. Amateur de bandes dessinées depuis longtemps, il aime beaucoup Druillet, Corben et Loisel, qu’il compte d’ailleurs dans ses principales influences, tout comme Miller, Mignola et Thierry Robin.

Mon avis : (lu en septembre 2018)
C’est l’adaptation en BD du roman « Un sac de billes» de Joseph Joffo, un classique de la littérature jeunesse. En septembre 1941, Jo a 10 ans, c’est un gamin parisien, joyeux, farceur et dégourdi du 18e arrondissement. C’est le petit dernier d’une fratrie de six, complice de Maurice est son aîné de deux ans. Les Allemands occupent Paris et le port de l’étoile jaune devient obligatoire pour tous les Juifs. Leurs parents décident que leurs deux cadets doivent fuir et gagner la zone libre pour rejoindre leurs frères aînés installés à Menton. Avec un peu d’argent et l’importante consigne : « Ne dis jamais que tu es juif ! », Joseph et Maurice partent pour un long voyage vers la liberté. Grâce à leur débrouillardise, à leur bon sens, à leur courage, à l’aide d’hommes justes et à la chance, ils vont réussir cette entreprise un peu folle…
Cette bande dessinée fidèle au récit d’origine est un bon moyen de découvrir le témoignage autobiographique de l’auteur du haut de ses dix ans.

Extrait :

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Petit bac 2018Objet (6)

L’Écart – Amy Liptrot

Lu en partenariat avec les Éditions Globe

Liptrot_Amy-LECART Éditions Globe – août 2018 – 336 pages

traduit de l’anglais par Karine Reignier-Guerre

Titre original : The Outrun, 2016

Quatrième de couverture :
Grande, fine, intrépide et avide de passion, elle vacille, tel un petit navire dans la tempête, elle hésite entre deux destins : se laisser emporter vers le sud, vers ce Londres qui brille, dans la nuit violente qui fait oublier le jour où l’on est trop seul, où tout est trop cher, où le travail manque.
Ou se fracasser contre les falaises de l’île natale, dans cet archipel des Orcades battu des vents dont la vie rude lui semble vide et lui fait peur.
Elle l’ignore encore mais il existe une troisième voie : écouter résonner l’appel qui la hante, qui vient toucher cette part d’elle assoiffée de grand large, de grand air, de grande beauté. Non pas rester mais revenir. Choisir.
Troquer la bouteille assassine contre une thermos de café fort, troquer l’observation narquoise et éperdue de la faune des nuits de fêtes tristes pour la contemplation des étoiles et des nuages, et l’inventaire des derniers spécimens de râle des genêts, un oiseau nocturne comme elle, menacé comme elle, farouche comme elle.
Sa voie s’appelle l’Écart. C’est l’humble nom d’une bande côtière où les animaux sauvages et domestiques peuvent se côtoyer loin des regards, où folâtrent des elfes ivres d’embruns.
C’est le nom fier de son premier roman.

Auteur : Surnommée « la femme du Roi caille » par les soixante-dix autres résidents de la petite île de Papay, Amy Liptrot est retournée à Orkney pour travailler avec la Société Royale de protection des oiseaux. Elle y enregistre et documente des informations sur le Roi caille – un oiseau rare et secret qui construit son nid dans les hautes herbes et fait le bruit d’une cuillère traînée contre un égouttoir à vaisselle. Elle est la lauréate du PEN Ackerley Prize 2017 et du Wainwright Prize 2016. L’Écart est son premier roman.

Mon avis : (lu en septembre 2018)
C’est à la fois la superbe couverture du livre et la destination annoncée « l’archipel des Orcades » par la quatrième de couverture qui m’ont encouragé à découvrir ce premier roman. Des îles que je ne connaissais pas et qui se trouvent tout au Nord-Est de l’Écosse.
Amy a grandi dans l’archipel des Orcades, et dès l’adolescence elle souhaite en partir. A 18 ans, elle quitte ces îles rudes, battus par la mer et les vents et part à Londres, trouver la foule et la ville. Elle se trouve du travail, fait des rencontres et surtout beaucoup de fêtes… Et petit à petit, elle se perd dans l’alcool, la drogue et c’est la descente aux enfers, plus de travail, plus de logement, plus d’amis… Elle a perdu le fil de sa vie.
Dix ans plus tard, lorsqu’elle se rend compte de tout ce qu’elle a perdu, elle décide pour de bon de se reprendre en main et de faire une cure de désintoxication à Londres puis après ses premières victoires de sobriété, elle choisit de revenir dans les Orcades.
Elle a maintenant trente ans et tout à reprendre à zéro. Pour ne pas replonger, elle commence par travailler dans la ferme de son père, à réparer les murs de pierre, à l’aider lors des agnelages… Puis elle obtient un job d’été pour recenser « le roi caille », un oiseau migrateur rare et secret qui construit son nid dans les hautes herbes. Elle se sent bien dans les Iles et l’hiver suivant, elle s’installe sur la petite île de Papay. Pour canaliser son envie de boire, Amy marche et arpente de long en large l’Ile, elle se baigne également en toutes saisons.  Ce livre est l’histoire d’une renaissance et un regard magnifique sur la nature, la mer, les tempêtes, les oiseaux, le ciel…
J’ai beaucoup aimé, en particulier la partie du retour sur les Îles Orcades.
Merci Anne et les Éditions Globe pour ce livre témoignage touchant et dépaysant.

Extrait : (début du livre)
Sous les pales vrombissantes d’un hélicoptère prêt à décoller, une jeune femme en chaise roulante serre son nouveau-né dans ses bras tandis qu’un infirmier la conduit vers un homme également en fauteuil, entravé dans une camisole de force, qui arrive en sens inverse sur l’unique piste de l’aéroport.
Tous deux âgés de vingt-huit ans, ils sortent du petit hôpital local, le seul de l’archipel, où ils ont été pris en charge quelques heures auparavant. La femme vient de donner naissance à son premier enfant. L’homme, qui criait et gesticulait de manière incontrôlable, a dû être ligoté et mis sous calmants.
Situées au nord de l’Écosse, entre la mer du Nord et l’océan Atlantique, les îles Orcades sont constamment battues par les vents et frappées par les flots. Quoique très isolées, elles sont dotées de bonnes infrastructures : on y trouve un hôpital, un aéroport, un cinéma, deux établissements d’enseignement secondaire, un supermarché. On n’y trouve pas, en revanche, d’unité psychiatrique spécialisée dans l’accueil des patients atteints de lourdes pathologies mentales et susceptibles de représenter un danger pour autrui et pour eux-mêmes. Conformément à la loi sur la santé mentale des citoyens britanniques, tout résident des îles Orcades nécessitant une prise en charge de ce type doit être transféré à l’hôpital d’Aberdeen, en Écosse continentale.
Vue d’avion, qu’il s’agisse d’un appareil transportant les employés d’une plate-forme pétrolière ou d’une navette postale arrivant de l’île principale, la piste d’atterrissage apparaît comme une longue ligne droite coupant une vaste étendue plate et dénuée d’arbres. Lorsqu’elle n’est pas fermée des jours durant pour cause de brouillard ou de vents violents, c’est sur cette piste que se joue l’éternelle cérémonie des arrivées et des départs, menus drames humains se jouant sous le regard des contrôleurs aériens, parmi l’immensité des cieux et des mers.
Ce soir de mai, tandis que les marguerites referment leurs pétales pour la nuit, tandis que les guillemots et les mouettes tridactyles ramènent des lançons à leurs petits nichés sur les hauteurs des falaises, tandis que les brebis se blottissent contre les murets de pierre sèche pour se protéger du vent, mon histoire commence. Car le bébé sur le tarmac, c’est moi. Ma naissance, trois semaines avant terme, a déclenché chez mon père un épisode maniaque.
Ma mère se charge des présentations. Elle me pose brièvement sur ses genoux avant qu’il soit emmené dans l’hélicoptère. Nous ne saurons pas ce qu’elle lui dit : ses propos sont couverts par le vrombissement des pales et le mugissement du vent.

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Capture d_écran 2018-04-30 à 11.32.48Carte du Royaume-Uni et des Orcades (ou Orkney)

C’est lundi, que lisez-vous ? [41]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne la semaine dernière ?

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Les Cahiers d’Esther : Histoires de mes 12 ans – Riad Sattouf
Retour sur l’île – Viveca Sten

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Marx et la poupée – Maryam Madjidi (Babelio – Audiolib)
L’Arabe du futur – tome 4 – Riad Sattouf

Que lirai-je les semaines prochaines ?

Un monde à portée de main – Maylis de Kerangal (#MRL18)
Taqawan – Eric Plamondon
La femme qui fuit – Anaïs Barbeau-Lavalette
Le pensionnat – Michel Noël

Bonnes lectures et bonne semaine

 

Retour sur l’île – Viveca Sten

51zvmU31TnL Albin Michel – mai 2018 – 448 pages

traduit du suédois par Rémi Cassaigne

Titre original : I farans riktning, 2013

Quatrième de couverture :
C’est l’hiver sur l’île de Sandhamn. La tempête de neige qui fait rage contraint les habitants à rester chez eux. Un matin, on découvre le cadavre d’une femme sur la plage : la célèbre correspondante de guerre Jeanette Thiels était connue pour son franc-parler avec certaines personnalités influentes, issues notamment du parti xénophobe Nouvelle Suède.
Crime politique ou vengeance personnelle masquée ? L’inspecteur Thomas Andreasson n’a pas le temps de répondre qu’un nouveau meurtre a lieu.

Auteur : Viveca Sten vit près de Stockholm avec son mari et leurs trois enfants. Après une brillante carrière juridique, elle s’est lancée dans l’écriture. Sa série mettant en scène l’inspecteur Andreasson et Nora Linde sur l’île de Sandhamn connaît un immense succès en Suède et est traduite dans une douzaine de pays. L’adaptation télévisée de la série a été un des plus forts taux d’audience en Suède, et les deux premières saisons diffusées sur Arte ont réuni plus d’un million et demi de spectateurs.

Mon avis : (lu en septembre 2018)
C’est la sixième enquête de la série mettant en scène l’inspecteur Thomas Andreasson et Nora Linde sur l’île de Sandhamn. C’est la période de Noël, la tempête de neige fait rage et au petit matin, la célèbre correspondante de guerre Jeanette Thiels est retrouvée morte sur la plage, devant l’hôtel où elle est arrivée la veille. Il s’avère que cette journaliste était en train d’enquêter sur l’extrême droite suédoise… Les pistes sont nombreuses et beaucoup n’aboutissent à rien de concret… Et voilà qu’un nouveau meurtre à lieu…

Thomas a comme nouveau collègue, Aram, un policier d’origine assyrienne qui a immigré en Suède lorsqu’il était enfant. C’est un personnage humain et touchant par son histoire qui tient une place importante dans cette enquête… et que j’espère retrouver dans les prochaines.
J’ai toujours du plaisir à retrouver l’île de Sandham et ses habitants, dans cet épisode, j’ai regretté la très faible présence de Nora Linde…

Extrait : (début du livre)
Pourvu qu’elle arrive à Sandhamn, tout irait bien. Nulle part elle ne se sentait plus en sécurité.

Jeanette se le répétait comme un mantra tandis qu’elle roulait dans la neige fondue sur l’autoroute. Plusieurs fois, elle dut chasser ses larmes en clignant des yeux pour voir la route. Sur le pont de Skurubron, elle faillit déraper.
Elle dépassa le golf au niveau du pont de Fågelbro sur le canal Strömma. Le ferry partait dans quelques minutes, à trois heures moins le quart. Il fallait qu’elle arrive à temps, c’était le dernier de la journée.
Au bout d’une éternité, le port de Stavsnäs s’ouvrit devant elle. Elle s’engagea sur le parking à moitié plein. Elle dut s’y reprendre à plusieurs fois, mais finit par réussir à fermer la porte de sa Ford.
Le vent lui mordit les joues, la température avait fortement chuté, il devait bien faire moins dix, voire plus froid. Un peu plus loin claquaient les filins d’un mât sans drapeau et, dans la baie, des crêtes d’écume couronnaient les vagues.
Une légère aigreur lui montait dans la gorge, mais elle n’avait pas le temps de s’en inquiéter.
Tête baissée, elle se précipita vers le quai où le gros bateau attendait dans la pénombre grise. Elle était la dernière à embarquer : on remonta la passerelle après elle et, quelques secondes plus tard seulement, le ferry appareilla. Elle ne put s’empêcher de se retourner pour voir s’il y avait quelqu’un derrière elle.
Jeanette se blottit dans un coin à l’arrière du ferry, et rabattit sa capuche, cachant presque totalement son visage. Elle aurait dû manger quelque chose, mais était trop fatiguée pour monter à la cafétéria, au pont supérieur : elle s’abandonna à une sorte de somnolence dans le grondement du moteur. Ce son régulier l’apaisait.
Son portable vibra dans sa poche. Elle y plongea machinalement la main, mais l’ôta aussitôt : elle ne voulait pas savoir qui cherchait à la joindre.
« Prochain arrêt Sandhamn, entendit-on grésiller dans un haut-parleur, le capitaine et l’équipage en profitent pour vous souhaiter un joyeux Noël. »

 

Déjà lu du même auteur :

la_reine_de_la_baltique La Reine de la Baltique 9782226259776g Du sang sur la Baltique

9782226317148g Les nuits de la Saint-Jean 110752618 Les secrets de l’île
116631134 Au cœur de l’été

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