Amalia – Aude Picault

91aQtIk37+L Dargaud – janvier 2022 – 148 pages

Quatrième de couverture :
Amalia est au bord du burn-out. Dans sa famille, où elle s’occupe de sa fille Lili, 4 ans et subit sa belle-fille Nora, 17 ans, ça crie et ça claque les portes, sans répit. Dans l’entreprise où elle est coach, on parle rentabilité, process’, elle perd le sens de ce qu’elle fait. Dans les campagnes alentours, elle voit la terre épuisée par la pollution et à la radio, les nouvelles du monde sont loin d’être rassérénantes. Alors Amalia fatigue et s’épuise, Amalia craque.

Auteure : Née en 1979, Aude Picault a obtenu le diplôme en communication visuelle des Arts déco de Paris. Elle autoédite « MoiJe » en 2004, ce qui lui permet de poser un pied dans la bande dessinée. Depuis, elle n’arrête pas, et publie notamment « Papa » (2006), « Les mélo maniaks » (2008), « Transat » (2009), « Comtesse » (2010), avant de se lancer avec Fabrice Parme dans l’adaptation en bande dessinée du magnifique dessin animé « Famille Pirate » (2 tomes, 2012 et 2014). En 2015 elle sort « Parenthèse Patagone », récit de son voyage autour de la Patagonie en voilier. En 2017, paraît « Idéal standard ». Un roman graphique qui décrit le quotidien d’une trentenaire au-delà des clichés habituels sur les relations amoureuses. La même année sort « L’air de rien », un album consacré aux relations sociales dans le cadre de la vie urbaine. Elle publie en 2019 « Déesse ». En 2022 « Amalia ».

Mon avis : (lu en juillet 2022)
Amalia est la mère d’une petite Lili et belle-mère de Nora, la fille de Karim, son conjoint. Amalia est chaque jour, à tout instant confrontée au risque d’épuisement…
Avec humour, Aude Picault raconte le quotidien d’Amalia avec les pressions et la charge mentale qu’elle subit en permanence.
Elle doit tout gérer : au travail où on lui en demande toujours plus, sous prétexte d’agilité et de flexibilité. A la maison où elle doit s’occuper de l’éducation de sa fille, de la crise d’adolescence de sa belle-fille, des tâches domestiques… Karim, boulanger dans une usine de pain industriel, est là pour l’aider et gère mieux la pression du quotidien. Amalia est également préoccupée par la crise environnementale et n’hésite pas re-trier les poubelles de ses voisins peu soucieux du recyclage… C’est une perfectionniste.

Amalia passe sa vie à courir, jusqu’au jour où elle va craquer et réaliser qu’elle va devoir changer sa façon de vivre… Avec cette comédie tendre et pleine de réalité, Aude Picault dénonce à la fois : l’industrie agro-alimentaire, le modèle des influenceuses, le management absurde, le harcèlement. Mais tout n’est pas sombre car un autre monde est possible !

Extrait : (début de la BD)

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Petit bac 2022
(6) Prénom

C’est lundi, que lisez-vous ? [194]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Millina

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne ces dernières semaines ?

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Ulysse Nobody – Sébastien Gnaedig, Gérard Mordillat
Une femme en contre-jour – Gaëlle Josse
Les narcisses blancs – Sylvie Wojcik
L’heure des oiseaux – Maud Simonnot
Donbass – Benoît Viktine

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Les dames de Kimoto – Cyril Bonin
Toute la lumière que nous ne pouvons voir – Anthony Doerr

Que lirai-je les semaines prochaines ?
L’or d’El Ouafi – Paul Carcenac, Pierre-Roland Saint-Dizier, Christophe Girard (BD)
Lucienne ou les millionnaires de La Rondière – Aurélien Ducoudray, Gilles Aris (BD)
Carnets de Campagne – Mathieu Sapin, Morgan Navarro, de Monfreid Dorothée, Louison, Lara (BD)
Nous étions le sel de la mer – Roxanne Bouchard (Masse Critique Babelio)

Bonnes lectures, bonne semaine !

Donbass – Benoît Viktine

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Les Arènes – février 2020 – 282 pages

Livre de Poche – mars 2022 – 320 pages

Prix Senghor 2020 du Premier Roman Francophone et Francophile.

Quatrième de couverture :
Sur la ligne de front du Donbass, la guerre s’est installée depuis quatre ans et plus grand monde ne se souvient comment elle a commencé. L’héroïsme et les grands principes ont depuis longtemps cédé la place à la routine du conflit.
Mais quand des enfants sont assassinés sauvagement, même le colonel Henrik Kavadze, l’impassible chef de la police locale, perd son flegme.

Auteur : Benoît Vitkine est un journaliste français, spécialiste des pays de l’ex-URSS et de l’Europe orientale au Monde. Correspondant du journal à Moscou, il a reçu le prestigieux prix Albert-Londres en 2019 pour une série de reportages réalisés en Ukraine. Donbass, son premier roman, a pour décor l’est de ce pays, en guerre depuis mars 2014. 

Mon avis : (lu en avril 2022)
Sur fond de reportage de guerre, Benoît Vitkine a écrit un thriller noir, avec le meurtre d’un enfant. Le colonel Henrik Kavadze, le chef de la police locale, a choisi de rester du côté ukrainien du Donbass, il va enquêter dans un environnement de corruption et de violence.
L’intrigue se déroule durant l’hiver et le printemps 2018, la ligne du front ne bouge presque plus, les deux camps échangent parfois quelques coups de feu et la communauté internationale ne s’intéresse plus à cette guerre fratricide qui s’éternise.
L’atmosphère est lourde, terriblement réaliste, les personnages sont hantés par les traumatismes de la guerre d’Afghanistan, les souvenirs de la vie en l’URSS et de la Seconde guerre mondiale.
Ce livre très documenté est passionnant pour sa description sans concession  et très humaine de la situation dans le Donbass.

Extrait : (début du livre)
La première fois que les camions sans phares s’étaient garés dans la cour de l’immeuble, quelques semaines plus tôt, Sacha Zourabov avait été effrayé. Le garçon avait instinctivement senti que les hommes affairés autour des véhicules, dans le terrain vague, n’auraient pas voulu le voir à sa fenêtre, occupé à les observer. Des hommes comme ceux-là, capables de travailler dans l’obscurité la plus complète, pouvaient sans doute le voir dans la nuit. Malgré sa petite taille. Malgré les efforts qu’il faisait pour respirer le plus discrètement possible. Il s’était blotti sous les couvertures, restant éveillé jusqu’à ce que le bruit des moteurs cesse. Longtemps après leur départ, il n’avait pu s’endormir, tenaillé par la curiosité.
Alors quand ils étaient revenus, ce soir-là, le garçonnet avait enfilé ses chaussons et s’était approché sans bruit de la fenêtre, calant son ventre contre le radiateur froid, ne laissant apparaître que ses yeux et le sommet de son crâne. Les camions sans phares étaient plus nombreux, cette fois. Sacha en compta au moins six. À la lueur de la lune, il voyait distinctement leurs silhouettes massives. De gros engins de production soviétique, sûrement des Kamaz. Sacha les adorait : ils ne tombaient jamais en panne et pouvaient passer partout, dans la neige, la boue, et même traverser des rivières. Les hommes aussi étaient plus nombreux et ils semblaient à Sacha à peine moins massifs que les camions. Leurs carrures renforçaient l’enfant dans sa certitude que ces hommes-là étaient « sérieux », comme disait son oncle. Ils n’avaient pas la stature voûtée des petits vieillards que l’on voyait d’habitude dans le quartier.
Les ombres se passaient de main en main de gros sacs qu’elles entassaient dans des wagonnets semblables à ceux qu’on utilisait à la mine. Cela aussi, son oncle le lui avait raconté. Il était un homme « sérieux », lui aussi, un mineur aux épaules larges qui aurait pu se mesurer sans rougir aux hommes de la cour. Le garçon s’enhardit et entrouvrit la fenêtre. Une bourrasque lui claqua au visage. Il entendait distinctement les jurons étouffés par lesquels les hommes accompagnaient leurs efforts. Sacha les écoutait avec une joie mauvaise. « Putain. » Que des mots interdits à la maison. « Chatte. » Il n’en avait jamais entendu autant. « Salope »…
Sacha écoutait et observait, hypnotisé. Pourquoi n’attendaient-ils pas le matin pour finir leur labeur ?

Petit bac 2022(6) Lieu

L’heure des oiseaux – Maud Simonnot

610yaRtc9gL Éditions de l’Observatoire – août 2022 – 158 pages

Quatrième de couverture :
Île de Jersey, 1959. Pour survivre à la cruauté et à la tristesse de l’orphelinat, Lily puise tout son courage dans le chant des oiseaux, l’étrange amitié partagée avec un ermite du fond des bois et l’amour inconditionnel qui la lie au Petit. Soixante ans plus tard, une jeune femme se rend à Jersey afin d’enquêter sur le passé de son père. Les îliens éludent les questions que pose cette étrangère sur la sordide affaire qui a secoué le paradis marin. Derrière ce décor de rêve pour surfeurs et botanistes se dévoilent enfin les drames tenus si longtemps secrets.

Auteure : Maud Simonnot a passé sa jeunesse dans le Morvan et plusieurs années en Norvège. Sa biographie de Robert McAlmon, La Nuit pour adresse (2017) a reçu le prix Larbaud et a été finaliste du prix Médicis essai. L’enfant céleste (2020) a été dans la sélection Goncourt 2020, finaliste du Goncourt des lycéens et choix Goncourt de l’Italie. 

Mon avis : (lu en septembre 2022)
Dans ce roman inspiré de faits réels autour de l’orphelinat de la honte de l’Île de Jersey, un scandale qui a éclaté en 2008 : des témoignages de sévices et de maltraitances d’enfants des années 1950 jusqu’à la fermeture de l’établissement en 1986. Dans cette histoire, cette ambiance malsaine est simplement suggérée.
En alternance, l’auteure nous raconte l’histoire de Lily pensionnaire en 1959 qui pour survivre au quotidien difficile de l’orphelinat, s’échappe en douce dans la nature apaisante de l’île avec le chant des oiseaux, les fleurs, les coquillages, la mer, le ciel…
Soixante ans plus tard, la narratrice est sur l’Île pour enquêter sur le passé de son père, qui a été à l’orphelinat alors qu’il avait 5 ans… Durant toutes ces années, il avait effacé cet épisode de vie de sa mémoire et alors que les témoignages sont apparu dans la presse que des morceaux de souvenirs ont refait surface…
Les Îliens sont des taiseux, cette mauvaise publicité faite à l’Île de Jersey, surnommée également “l’île aux fleurs” les irritent et la narratrice va devoir rencontrer les bonnes personnes pour avoir quelques réponses à ses interrogations.
C’est un roman où la poésie de la nature contraste avec la méchanceté et la cruauté des hommes.
J’ai beaucoup aimé.

Extrait : (début du livre)
La buanderie est une étuve décrépie, entourée de longs bancs et de hublots sales par lesquels même les jours radieux ne filtre qu’une grisaille diffuse, mais c’est la pièce préférée de Lily. Car ici on l’oublie parfois pendant des heures à la tâche, ici la fillette est enfin tranquille.

Cachée derrière une pile de linge, elle aperçoit dans l’encadrement de la porte l’intendante et le surveillant en chef en train de s’embrasser. Si la jeune femme blonde a un visage disgracieux, le surveillant est bien plus repoussant avec ses manières grossières et l’éclair mauvais qui anime son regard. Lily, comme tous les enfants de l’orphelinat, le déteste et le craint.

D’abord surprise par cette scène inattendue, la fillette sourit. Tant que ces deux-là s’occuperont de leurs affaires, ils ne seront pas derrière elle.

Le jour où je suis arrivée sur l’île, il neigeait.
J’avais rêvé d’azur, de voiliers et de soleils couchants qui brûlent en silence, j’ai débarqué en pleine tempête dans un endroit où personne ne m’attendait.

Par facilité j’avais choisi un vieil hôtel dans un port du sud de l’île, près de la capitale, Saint-Hélier, à quelques kilomètres du lieu des crimes. Comme tous les villages bordant cette côte, celui-ci était bâti au creux d’une baie abritée des tempêtes. Mon guide précisait : « une superbe baie dessinée par des chaos de roches se perdant dans le bleu intense de la Manche ».
D’ordinaire le soir on pouvait voir, ajouta le patron de l’hôtel, le demi-cercle scintillant d’une guirlande qui ourlait la côte sur des kilomètres. J’étais prête à croire le guide et cet homme enthousiaste mais ce jour-là on ne distinguait pas son chien au bout de la laisse, et tout était d’un blanc triste, le ciel comme la mer.

Petit bac 2022
(6) Animal

Les narcisses blancs – Sylvie Wojcik

 Arléa – septembre 2021 – 101 pages

Quatrième de couverture :
Jeanne et Gaëlle se rencontrent par hasard, un soir d’orage et de tempête, dans un gîte d’étape sur les sentiers de Compostelle. Spontanément, elles prennent la route ensemble. Très vite, elles quitteront ce chemin de randonnée bien tracé pour un autre chemin, au cœur de l’Aubrac, de ses pâturages et de ses champs de narcisses. Ce chemin dans un milieu à la fois dur et enchanteur les ramènera chacune à son histoire, son passé, sa raison de vivre. Elles ne sont pas là pour les mêmes raisons, mais au bout de leur quête, c’est pourtant le même besoin de lumière et de paix qui les fait avancer. Tout semble les opposer, une différence d’âge, d’éducation, de milieu social, mais, de ces différences, naîtront une grande proximité, une force qui les nourrira l’une et l’autre.
Roman sur le dépassement de soi, sur la puissance des rencontres et sur le grandiose d’une nature sublimée, Les Narcisses blancs nous embarque avec grâce au cœur de cette région magnifique et sauvage qu’est l’Aubrac.

Auteure : Sylvie Wojcik vit à Strasbourg où elle est traductrice. Son premier roman, Le Chemin de Santa Lucia, a été publié en 2020.

Mon avis : (lu en août 2022)
Un soir d’orage, Gaëlle et Jeanne se rencontrent par hasard dans un gîte d’étape sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Tout semble les opposer, Gaëlle est jeune, elle vient d’un squat et elle se méfie de tout comme un petit animal sauvage. Jeanne est âgée, ancienne infirmière, elle est sociable mais garde une part de mystère.  La rencontre est belle et après la soirée au gîte, elles décident de continuer la route ensemble même si elles ne marchent pas au même rythme, elles se retrouvent en soirée. Elles vont même décider de quitter le chemin officiel pour une nouvelle direction et marcher à travers l’Aubrac.
Les deux femmes cheminent, en quête d’elles-mêmes, et au fil du livre, nous découvrons la personnalité de chacune, leur parcours personnel.
Voilà un petit livre plein d’émotion, de pudeur, de vérité avec deux personnages extrêmement attachants.

Extrait : (début du livre)
Depuis qu’elle avait trouvé ce magazine un soir d’errance dans le dernier tram, Gaëlle élaborait son plan. Elle quitterait Ludo, leur squat de la ruelle aux pinsons et leurs rêves qui s’épuisaient sur un bout de trottoir, pour suivre le tracé rouge de la carte, de point en point. Des noms qui ne lui disaient rien mais qu’elle récitait tout bas comme un poème prenant peu à peu corps avec elle.

Elle gardait précieusement sur elle quelques billets de banque qu’elle s’était juré de ne pas partager. De quoi acheter un aller simple en seconde classe et un peu plus encore. C’était l’argent volé l’hiver dernier à la petite vieille de la maison d’en face, sans remords parce qu’elle la trouvait laide, parce qu’elle la trouvait vieille et parce que les vieux, de toute façon, elle ne les aimait pas.
À l’aube d’un matin d’avril, dans la villa abandonnée, Gaëlle ouvrit son duvet et enjamba les corps endormis à même le sol. Dehors, le nez au vent, les cheveux ramenés en boule sous sa casquette, elle zigzaguait dans les herbes folles le long de la voie ferrée. Elle avait accroché, sur le rabat de son sac à dos, une coquille trouvée dans une poubelle et lavée dans l’eau du canal. Sur le quai, l’autorail de six heures, emmitouflé dans la brume, attendait.

Petit bac 2022
(6) Couleur

Une femme en contre-jour – Gaëlle Josse

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Les Éditions Noir Sur Blanc – mars 2019 – 153 pages

J’ai Lu – août 2020 – 160 pages

Quatrième de couverture :
« Raconter Vivian Maier, c’est raconter la vie d’une invisible, d’une effacée. Une nurse, une bonne d’enfants. Une photographe de génie qui n’a pas vu la plupart de ses propres photos. Une Américaine d’origine française, arpenteuse inlassable des rues de New York et de Chicago, nostalgique de ses années d’enfance heureuse dans la verte vallée des Hautes-Alpes où elle a rêvé de s’ancrer et de trouver une famille. Son œuvre, pleine d’humanité et d’attention envers les démunis, les perdants du rêve américain, a été retrouvée par hasard – une histoire digne des meilleurs romans – dans des cartons oubliés au fond d’un garde-meubles de la banlieue de Chicago. Vivian Maier venait alors de décéder, à quatre-vingt-trois ans, dans le plus grand anonymat. Elle n’aura pas connu la célébrité, ni l’engouement planétaire qui accompagne aujourd’hui son travail d’artiste. Une vie de solitude, de pauvreté, de lourds secrets familiaux et d’épreuves ; une personnalité complexe et parfois déroutante, un destin qui s’écrit entre la France et l’Amérique. L’histoire d’une femme libre, d’une perdante magnifique, qui a choisi de vivre les yeux grands ouverts. Je vais vous dire cette vie-là, et aussi tout ce qui me relie à elle, dans une troublante correspondance ressentie avec mon travail d’écrivain. »

Auteure : Gaëlle Josse est l’auteure des Heures silencieuses, Nos vies désaccordées (prix Alain-Fournier 2013), Noces de neige et Le dernier gardien d’Ellis Island, qui a reçu le prix de littérature de l’Union européenne en 2015 et qui a été traduit dans une dizaine de langues.

Mon avis : (lu en mai 2022)
Cela fait longtemps que je voulais lire ce livre racontant l’histoire de Vivian Maier, cette artiste découverte par hasard… J’avais entendu parler de cette « photographe de rues » autodidacte découverte après sa mort mais je m’y suis vraiment intéressée après avoir vu sur Arte, le film documentaire « À la recherche de Vivian Maier ».
Dans ce récit chronologique, Gaëlle Josse rend hommage à cette artiste pleine de mystère. Elle fait revivre Vivian Maier dans une biographie fidèle mais sobre. Elle revient sur sa jeunesse, ses origines françaises, ses allers-retours entre l’Europe et l’Amérique, sa famille défaillante… Puis ne quittant jamais son appareil-photo, Vivian devient bonne d’enfants. Elle a laissé des milliers de photographies, essentiellement en noir et blanc, dont beaucoup n’avaient jamais été développées. Des clichés pris sur le vif dans les rues de Chicago et New York qui témoignent de l’Amérique d’après-guerre.
Sa personnalité est déroutante, complexe, elle a mené une vie de solitude et de pauvreté. Elle a toujours voulu rester discrète, invisible et n’a jamais cherché à montrer son travail à quiconque et pourtant elle a réalisé une multitude d’autoportraits.
Dans un style sensible et élégant, l’auteure réussit à faire revivre cette femme et son histoire de manière vivante et crédible. Il restera pourtant à jamais de nombreuses interrogations sur cette artiste unique.
En bonus, je vous encourage à aller voir le site des photographies originales de Vivian Maier et mon billet sur la BD de Paulina Spucches, Vivian Maier à la surface d’un miroir.

Extrait : (début du livre)

Chicago, Rogers Park, décembre 2008

Sous le ciel blanc de ces derniers jours de décembre, les goélands argentés et les canards cisaillent l’air en piaillant au-dessus du lac Michigan gelé. Une femme âgée, très âgée, les suit du regard. Elle est sortie malgré le froid, malgré la neige qui enserre la ville dans son emprise depuis de longues semaines. Elle est venue s’asseoir, comme chaque jour, sur ce banc, son banc, face au lac. Pas trop longtemps, impossible de rester immobile par un tel froid. Ses pensées sont emmêlées, agitées comme le vol des oiseaux au-dessus du lac gelé qui cherchent des eaux encore libres de glace. Ce lac, comme une mer. On ne voit pas l’autre rive. Et si c’était la mer ? Peut-être le souvenir de quelques bateaux lui revient-il fugitivement en mémoire. Mais comment savoir, car tout vacille.
La scène ressemble à une photo qu’elle aurait pu prendre. Composition parfaite. Le banc, avec ces deux arbres nus, de chaque côté, au garde-à-vous, figés dans l’engourdissement de l’hiver. Les lignes de fuite du lac en arrière-plan. Et cette vieille femme sur ce banc, dans son manteau informe, avec ses chaussures au cuir râpé, ce chapeau de feutre abîmé par trop de pluies, trop de saisons. À côté d’elle, une boîte de conserve, ouverte. La scène semble avoir été créée pour elle, en noir et blanc.
Cette photo-là, elle ne la prendra pas. Elle n’en prend plus depuis longtemps. Où sont-ils, que sont-ils devenus, d’ailleurs, tous ces clichés pris chaque jour pendant ces dizaines d’années, par milliers, par dizaines de milliers ? Elle n’en a pas vu beaucoup. Tout dort dans des boîtes, des cartons, des valises, au fond d’un garde-meuble qu’elle ne peut plus payer depuis des années, dont elle a oublié l’adresse. Tout a-t-il été jeté, vendu ? C’est sans importance, maintenant. C’est le passé. Un temps d’avant dont quelques fragments épars surnagent peut-être dans l’océan enténébré d’une mémoire oscillante, fugitivement embrasés, par instants, comme sous le faisceau d’un phare à éclats. Ses doigts raides, engourdis, ne presseront plus jamais le déclencheur, ses yeux fatigués ne feront plus la mise au point, il ne chercheront plus le cadrage, la composition, l’éclairage, le sujet, le détail, l’instant parfait qu’il faut saisir avant qu’il ne disparaisse.
Elle est lasse, transie, malgré cette envie qu’elle garde intacte d’être dehors, toujours, et d’aller devant elle. Plus de cinquante ans qu’elle vit ici. Avant, ce fut New York. Bien avant. Le froid, l’hiver, la neige, la glace, les ciels blancs, et les étés brûlants, dans leur éternel retour.

Petit bac 2022
(5) Famille

Déjà lu du même auteure :

Nos_vies_d_saccord_es Nos vies désaccordées

Ulysse Nobody – Sébastien Gnaedig, Gérard Mordillat

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Quatrième de couverture :
Acteur dévalué, réduit à faire le « zouzou » à la radio, Ulysse Nobody vient de se faire jeter de Radio Plus, après une prestation désastreuse en direct. Rejeté de partout, Ulysse se retrouve sans travail, sans droits au chômage, sans le sou. Sans rien. Le voici aux abois. Une rencontre va changer son destin. Pour le meilleur, momentanément, et le pire, durablement.Fabio, un ancien collègue de Radio Plus, travaillant désormais « dans la communication », souhaite aider Ulysse : il l’a toujours trouvé « génial » et il estime de la plus grande injustice qu’un talent comme le sien ne soit pas reconnu. En fait de « communication », Fabio milite pour le PFF, le Parti fasciste français, dirigé par Maréchal, candidat à l’élection présidentielle. Fabio propose à l’acteur de prendre la parole sur la scène du Zénith de Lille où se tient le grand meeting fasciste : « Il y aura 10000 personnes pour t’applaudir. » De fait, Nobody fait un tabac : « Vive le PFF, vive la France ! », conclut-il sous une avalanche de vivats enthousiastes. Maréchal, ravi de son « show », lui propose alors d’être un candidat du Parti fasciste aux législatives… Le début de la fin pour Nobody.
Un récit impitoyable et jubilatoire signé par Gérard Mordillat (Le Suaire, Corpus Christi) et mis en scène par Sébastien Gnaedig (Profession du père). Évidemment, toute ressemblance avec la réalité ne saurait être fortuite.

Auteur : Écrivain et cinéaste, Gérard Mordillat a été responsable des pages littéraires de Libération dans les années 1970. Il a publié de nombreux livres dont Vive la Sociale ! (1981), Les Vivants et les Morts (2005), Le miroir voilé et autres écrits sur l’image (2014), La Brigade du rire (2015) et Moi, présidente (2016).
Diplômé de l’IUT de Bordeaux en métiers du livre et de l’école Estienne de Paris en Arts Appliqués, Sébastien Gnaedig se révèle un petit surdoué du média BD.
Il a été maquettiste, chef de fabrication, directeur de collection puis directeur éditorial puis directeur général des Humanoïdes Associés entre 1996 et 2000, directeur de collections chez Dupuis pour les collections Aire Libre et Repérages! de 2000 à 2004. 
En 2004, il relance les éditions Futuropolis. En parallèle, il est dessinateur de bande dessinée.

Mon avis : (lu en juin 2022)
C’est Noël et Ulysse Nobody, un petit acteur sans envergure, doit raconter un conte de Noël sur Radio Plus. Il a l’idée saugrenu de son « Noël triste » et dès le lendemain, il est viré de la radio… Et Ulysse Nobody est grillé dans toute la sphère artistique : audiovisuel, théâtres, cinémas… Il se retrouve seul et sans plus aucune ressource. Il est alors approché par Fabio qui flatteur, le voit comme un artiste de grand talent et l’encourage à devenir député… Un député du PFF, c’est à dire du Parti fasciste français.
Gérard Mordillat a voulu dénoncer la manipulation, les fausses informations d’un parti d’extrême droite qui se construit sur la frustration et le rejet de toute partie de la population devenue bouc émissaire.
J’ai trouvé cette BD décevante et dérangeante à lire : Ulysse Nobody est un personnage de plus en plus antipathique. Il m’a fallu du temps pour la terminer, j’y ai trouvé beaucoup de clichés faciles.

Extrait : (début de la BD)

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Petit bac 2022
(5) Prénom

Rencontre avec David Lopez

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Mardi 30 août soir, j’assistais à la Librairie Millepages (Vincennes) à une rencontre avec David Lopez, prix du Livre Inter 2018 pour Fief. Le jeune auteur de talent publie son deuxième roman, Vivance, aux éditions du Seuil.

« Enfourcher son vélo, traverser la France et prendre la tangente : « Vivance » est l’histoire d’une fuite, d’un homme qui plaque tout pour se sentir vivant, à nouveau. Aux hasards des rencontres et de l’inattendu, il tente de reconstituer ses parts manquantes et reconsidère sa tristesse. « Vivance » est tout autant un récit de voyage avec du suspens qu’un roman psychologique avec de l’humour… »

Un peu impressionné en commençant l’entretien, David Lopez nous a parlé longuement et avec enthousiasme de son processus d’écriture. C’était instructif et très intéressant.

Pour visionner la rencontre à la Librairie Millepages de Vincennes du 30 août 2022

 

C’est lundi, que lisez-vous ? [193]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Millina

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne ces dernières semaines ?

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Chez nous… Paroles de réfugiés – Marco Rizzo et Lelio Bonaccorso
Un coin d’humanité – Kek
La boîte à magie – Camilla Läckberg, Henrik Fexeus
Les Cahiers d’Esther : Histoires de mes 16 ans – Riad Sattouf
Un général, des généraux – Boucq François, Juncker Nicolas

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Les narcisses blancs – Sylvie Wojcik
Graines de bandits – Yvon Roy

Que lirai-je les semaines prochaines ?
L’or d’El Ouafi – Paul Carcenac, Pierre-Roland Saint-Dizier, Christophe Girard (BD)
La cosmologie du futur – Alessandro Pignocchi (BD)
Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette : Nom d’une pipe ! – Nadine Monfils
Lucienne ou les millionnaires de La Rondière – Aurélien Ducoudray, Gilles Aris (BD)
Carnets de Campagne – Mathieu Sapin, Morgan Navarro, de Monfreid Dorothée, Louison, Lara (BD)
Nous étions le sel de la mer – Roxanne Bouchard (Masse Critique Babelio)

Bonnes lectures, bonne rentrée !

Un général, des généraux – Boucq François, Juncker Nicolas

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édition spéciale (noir et blanc)  édition  normale (couleur)

Lombard – février 2022 – 144 pages

Quatrième de couverture :
Mai 1958. Alger s’embrase contre un nouveau gouvernement qui, à Paris, semble prêt à dialoguer avec les indépendantistes. Des milliers de colons se soulèvent, obligeant l’armée et ses généraux à choisir leur camp : rester loyaux à l’état ou à l’Algérie française, dernier vestige du grand empire colonial Français. Dépassés et galvanisés par la situation, les généraux s’embarquent dans un coup d’état qui devient rapidement incontrôlable… Et si seul un vieil homme à la retraite, le « dernier héros français », était capable d’arrêter cette machine folle et éviter une guerre civile ? Ce vaudeville politico-militaire donnera les clés du pouvoir à de Gaulle et sa Ve République… car juré-craché, « le Général » l’a promis à toutes et à tous : cette fois, il les a compris.

Auteurs : Boucq, de son vrai nom François Boucq, est un auteur de bande dessinée français né à Lille en 1954. Il a reçu en 1998 le grand prix de la ville d’Angoulême, qui récompense l’ensemble de sa carrière. 
Nicolas Juncker est né en 1973. Après des études d’histoire, il devient dessinateur de presse puis professeur de bande dessinée au conservatoire des Arts de Saint-Quentin en Yvelines et d’Ivry-sur-Seine. Il signe en 2003 chez Treize Étrange sa première bande dessinée, Le Front, puis Malet en 2005, et D’Artagnan, Journal d’un Cadet, en 2008. Plus récemment, il a écrit le scénario du triptyque Fouché (Les Arènes) et de la série Un jour sans Jésus (Vents d’ouest). 

Mon avis : (lu en juin 2022)
Tous les faits racontés dans cette bande-dessinée sont vrais.
Alger, le 13 mai 1958. Une manifestation de pieds-noirs tourne à l’insurrection. L’annonce de la nomination d’un énième président du Conseil, Pierre Pflimlin, qui a évoqué l’éventualité de négocier avec le FLN, a mis le feu aux poudres. Un comité de salut public prend le pouvoir et défie le gouvernement.
Cette BD raconte comme une comédie satirique cet engrenage d’événements plus ou moins hasardeux à l’origine de la Ve République et du retour du Général de Gaulle à la tête de la France.
Historiquement, c’est très intéressant pour moi, dont les programmes d’Histoire n’ont jamais été au-delà de 1945. Mais, j’ai lu cette BD en version spéciale, noir et blanc et je l’ai donc trouvé plutôt austère et pas facile à lire. J’ai découvert plus tard la version couleur qui semble plus abordable à lire. 

Extrait : (début de la BD)

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Petit bac 2022
(6) Ponctuation
(la virgule)

Déjà lu des mêmes auteurs :

7107hv78xWL Seules à Berlin – Nicolas Juncker

61ctMY08fQL Janvier 2015 : Le procès – Yannick Haenel et François Boucq