Soixante printemps en hiver – Aimée de Jongh, Ingrid Chabbert

814MPr8ATwL Dupuis – mai 2022 – 120 pages

Quatrième de couverture :
Le jour de son 60e anniversaire, Josy refuse de souffler les bougies de son gâteau. Sa valise est prête. Elle a pris une décision : celle de quitter mari et maison pour reconquérir sa liberté en partant avec son vieux van VW ! Sa famille, d’abord sous le choc, n’aura dès lors de cesse de la culpabiliser face à ce choix que tous considèrent égoïste. Josy va heureusement tenir bon, trouvant dans le CVL (« Club des Vilaines Libérées ») des amies au destin analogue et confrontées à la même incompréhension sociétale… Mais cela suffira-t-il pour qu’elle assume sa soif d’un nouveau départ ?

Auteures : Aimée de Jongh (1988) a publié sa première bande dessinée « Aimée TV » à l’âge de 18 ans. Elle a été découverte par plusieurs maisons d’édition et de presse, pour lesquelles elle travaille aujourd’hui encore. Aimée a suivi sa formation en film d’animation dans les écoles de Beaux Arts de Rotterdam et de Gand. Entre-temps, elle a signé une bonne dizaine de séries de bandes dessinées et a collaboré sur cinq films d’animation. Sa série bd quotidienne Snippers (Coloc’ en français) paraît dans un journal hollandais et dans un journal suisse ; en Belgique, ce sont surtout ses bandes dessinées pour jeunes enfants, comme Kito & Boris et Slimme Pim qui l’ont fait connaître.  En 2014, Aimée s’est attelée à son premier roman graphique, dont elle signe aussi le scénario : Le retour de la bondrée (titre original : De terugkeer van de wespendief). Cet album lui a valu de percer à l’international. Cette bande dessinée a été très bien accueillie et a remporté le prestigieux Prix Saint-Michel pour le meilleur album de bande dessinée de 2014-2015. Le livre sera publié en français par Dargaud et par la suite porté à l’écran en 2016. En 2018, elle collabore avec Zidrou au scénario et publie un deuxième roman graphique chez Dargaud, L’obsolescence programmée de nos sentiments. En 2020, elle publie un nouveau roman graphique en solo chez Dargaud, Jours de sable, qui est salué par la critique et qui remporte notamment le Prix des Libraires de BD.
Ingrid Chabbert est une auteure d’ouvrages pour la jeunesse et scénariste de BD. Elle écrit depuis qu’elle est enfant mais c’est seulement en 2010 qu’elle publie son premier album jeunesse, « La fête des deux mamans ». Aujourd’hui, elle est l’auteure de plus de 50 albums. Ingrid a été l’une des fondatrices (avec sa compagne) des Petits pas de Ioannis, une maison d’édition jeunesse (2010-2013). Elle vit aujourd’hui à Carcassonne.

Mon avis : (lu en juin 2022)
C’est le jour de ses 60 ans et Josy a décidé de partir. Sa valise est faite, tout est prêt pour quitter son mari et sa maison et partir libre avec le vieux combi Volkswagen. A l’occasion de son anniversaire, sa fille, son fils, leurs conjoints et ses petits-enfants sont venus déjeuner pour la fêter… L’annonce de son départ au moment du dessert est un choc pour tous…
Elle n’a rien de particulier à reprocher à son mari sauf l’usure du temps après 35 ans de mariage. Elle ressent seulement l’urgence de retrouver de la liberté.
Pour son premier soir et pour faire le point, Josy s ‘installe sur un parking où se trouve la caravane où vit Camélia avec son bébé, car elle a fuit un mari violent. Quelques temps plus tard, Josy va faire la rencontre des filles du CVL (le Club des Vilaines Libérées) où elle fera connaissance de Christine… En parallèle l’attitude très égoïste de ses enfants est pesante avec sans cesse leurs appels téléphoniques culpabilisants. Ils ne cherchent à aucun moment à comprendre leur mère.
Le dessin de cette bande dessinée est expressif, les couleurs pastel, harmonieuses et douces sont en accord avec le ressenti de Josy, personnage très attachant tout comme Camélia et Christine.
Voilà une bande dessinée pleine de tendresse et de belles émotions.

Extrait : (début de la BD)

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81d5Lfp0ZrL Jours de sable – Aimée de Jongh

Petit bac 2022
(4) Chiffre

C’est lundi, que lisez-vous ? [190]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Millina

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne ces dernières semaines ?

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Café sans filtre – Jean-Philippe Blondel
Saint Jacques – Bénédicte Belpois
Je peins à l’aquarelle – Sarah Van Der Linden
Le plus beau lundi de ma vie tomba un mardi – Camille Andrea

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Noir comme neige – Peter Robinson
Le Storyboard de Wim Wenders – Stéphane Lemardelé (Masse Critique)

Que lirai-je les semaines prochaines ?
L’or d’El Ouafi – Paul Carcenac, Pierre-Roland Saint-Dizier, Christophe Girard (BD)
La cosmologie du futur – Alessandro Pignocchi (BD)
Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette : Nom d’une pipe ! – Nadine Monfils
Les recettes des dames de Fenley – Jennifer Ryan
Lucienne ou les millionnaires de La Rondière – Aurélien Ducoudray, Gilles Aris (BD)
Carnets de Campagne – Mathieu Sapin, Morgan Navarro, de Monfreid Dorothée, Louison, Lara (BD)

Bonnes lectures, bonne semaine !

Le plus beau lundi de ma vie tomba un mardi – Camille Andrea

Lu en partenariat avec Masse Critique

71SGj1tSblL Plon – mai 2022 – 224 pages

Quatrième de couverture :
Noah D’Amico, dix ans, s’est donné comme objectif de devenir le premier enfant métis président des États-Unis. Quatre secondes et cinquante centièmes, voilà le temps dont il dispose pour convaincre chaque personne de son voisinage. Peu mais suffisant pour un certain Jacob Stern, vieil homme de soixante-quinze ans, impressionné par ce jeune orateur.
C’est ainsi que Noah entre dans la vie de Jacob, avec la force d’une tempête, l’abreuvant de jolis mots et de belles espérances. Une rencontre qui changera tout et de laquelle naîtra la plus improbable des amitiés. Mais les gens ne sont pas toujours ce que l’on croit. Chaque être humain a sa part d’ombre. Jacob ne le sait que trop bien, Noah, lui, le saura bientôt.

Auteur(e) : Derrière le pseudonyme Camille Andrea se cache un(e) écrivain(e) français(e) bien connu(e) du grand public mais dont nous ignorons tous l’identité, de ses lecteurs à ses éditeurs. Son premier roman, Le Sourire contagieux des croissants au beurre (2020), a été un véritable succès.

Mon avis : (lu en juin 2022)
Noah, 10 ans, est un jeune garçon métis, très grande mature qui souhaite devenir Président des États-Unis. Il a bien réfléchi à son projet et il a des solutions pour de nombreux problèmes qui se posent sur la Terre : comment réduire la faim dans le monde, augmenter la surface des terres habitables en prenant sur la mer, ou obliger les politiques à écouter les enfants… Ne voulant pas attendre d’avoir l’âge pour présenter sa candidature, Noah décide de faire signer à son voisinage une pétition.
Un mardi, il frappe à la porte de Jacob Stern, 75ans, qui vit seul depuis la mort de sa femme et qui perd la mémoire. Content d’avoir de la compagnie, Jacob accueille Noah et lui offre un verre de lait et un donut au chocolat. Avant de signer la pétition, Jacob veut connaître en détail le programme du petit garçon, il est sûr ainsi que ce dernier reviendra le voir…
La maman de Noah est morte, son père tient une pizzéria où il travaille beaucoup et il a peu de temps pour s’occuper de son fils dont les idées bizarres le dépassent.
Pour éviter d’oublier sa vie passée et surtout les moments avec sa femme, Jacob note tous ses souvenirs dans des carnets.
La première partie de ce livre commence comme un roman qui fait du bien avec de l’humour, de l’émotion. Le petit garçon et le vieil homme sont très attachants et leur relation belle à voir.
Mais dans la seconde partie, il y a un retournement brutal… qui donne au roman une orientation loin d’être légère. Et pour la troisième partie, elle nous propulse dans le futur, vingt-cinq ans après…
J’ai beaucoup aimé la première partie (133 pages) mais pour les parties deux (40 pages) et trois (40 pages) mes sentiments sont partagés…
J’ai trouvé également gênant la manière dont Jacob raconte à Noah certaines événements dramatiques de sa vie autour de la Shoah… Noah n’a que 10 ans !

Merci Babelio et les éditions Plon pour cette rencontre avec Noah et Jacob.

Extrait : (début du livre)
Août 1992
— Merci, dit Noah lorsque la gigantesque porte s’ouvrit devant lui, en employant le même mot qu’il avait prononcé lorsque la gigantesque porte de chacune des cinq maisons de l’allée auxquelles il avait frappé auparavant s’était ouverte.
Telle était la stratégie qu’il avait mise au point après avoir passé la journée précédente à se prendre des portes en bois, en métal, blindées, en verre, en grillage de cage à poules, de toutes sortes, en pleine figure à peine son « bonjour » prononcé. C’était une évidence, de par son âge, on le prenait pour un élève d’une école du coin et on s’attendait à ce qu’il sorte de derrière son dos un calendrier deux fois plus grand que lui ou un paquet de coupons de tombola multicolores, pour pouvoir payer à sa classe un voyage de fin d’année en Californie ou en Floride, et aller voir les dauphins, animaux que l’on apercevait rarement dans le coin, en plein cœur du Tennessee.
Enfin, cela, c’était dans le meilleur des cas. Car le petit garçon était noir, et dans ce quartier résidentiel, les gens n’avaient pas l’habitude de voir des petits garçons noirs sonner à leur porte. Et dans ce quartier, les gens n’étaient pas curieux de savoir si ce petit garçon noir sortirait de derrière son dos un calendrier deux fois plus grand que lui, des coupons de tombola ou un pistolet automatique pour les braquer. Dans ce quartier, on ne semblait guère aimer les tombolas, ni les calendriers, et encore moins les pistolets automatiques. Ou tout simplement les enfants qui se payaient des voyages de fin d’année en Californie ou en Floride avec l’argent d’une tombola à laquelle on ne gagnerait (si jamais l’on gagnait) qu’une brosse à dents électrique, un porte-clefs ou deux verres gratuits de cet infect punch que la directrice de l’école aurait sûrement concocté pour l’occasion, dans la bassine où elle avait l’habitude de prendre des bains de pieds ou de tremper ses varices.
Une étude des plus sérieuses a démontré que l’on se fait une idée des gens en quatre secondes et cinquante centièmes. Celle que l’on se faisait de ce petit garçon, malgré son costume et sa cravate, malgré ses cheveux bien peignés en boule et ses airs de bonne famille, ne devait pas être des meilleures, car c’était à peu près le temps que les gens mettaient à lui claquer la porte au nez. Quatre secondes et cinquante centièmes. Noah avait compté dans sa tête. Même si les centièmes de seconde, ce n’était pas très pratique à compter dans une tête de petit garçon. Quatre secondes et cinquante centièmes, c’était juste le temps de faire un beau sourire, juste le temps que les muscles zygomatiques majeurs et mineurs s’activent, et puis les gens refermaient amicalement cette maudite porte en accompagnant le geste de formules diverses, polies, mais toujours humiliantes. « Désolé mon garçon, mais je n’ai pas de monnaie », « Cela ne m’intéresse pas », « J’ai déjà donné ». On le refoulait comme un vulgaire marchand de tapis. Si seulement on lui avait laissé une petite chance de s’exprimer, il aurait pu expliquer qu’il ne voulait pas d’argent, qu’il ne voulait rien vendre. Il aurait pu expliquer que ce n’était pas lui qui avait besoin d’eux. Mais eux qui avaient besoin de lui. Car il allait bientôt devenir leur président. Le président des États-Unis.

Petit bac 2022
(4) Verbe

Je peins à l’aquarelle – Sarah Van Der Linden

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81GpWQknYKL Mango – février 2022 – 96 pages

Quatrième de couverture :
Peindre à l’aquarelle, c’est apprivoiser l’eau : un vrai jeu d’enfant !
Tu verras qu’on obtient des effets magiques avec des moyens très simples. Ce livre t’explique tout : le matériel à choisir, le maniement du pinceau, puis les techniques essentielles de l’aquarelliste. Comment peindre un dégradé, obtenir des textures variées, flouter les couleurs, les fusionner, les superposer…Tous ces secrets sont à ta portée ! Tu pourras suivre les modèles étape par étape ou créer tes propres œuvres en utilisant tes techniques préférées.

Auteure : Mirglis est le jardin créatif de Sarah Van Der Linden, où fleurissent les tutoriels et les cours en vidéo qui ont fait sa notoriété. La nature, l’inspiration et l’imagination sont intimement liées pour cette aquarelliste au nom prédestiné (« du tilleul » en néerlandais). Son credo : il n’est jamais trop tard pour apprendre et le plus dur est de faire le premier pas.

Mon avis : (lu en juin 2022)
Voilà un très joli album destiné aux plus de 8 ans, enfants comme adultes, pour découvrir l’Aquarelle.
Un premier chapitre donne des conseils sur le matériel à utiliser : la boîte d’aquarelle, les pinceaux, le papier…
Un deuxième chapitre est consacré aux couleurs avec des petits exercices à faire : création d’un nuancier et d’une roue des couleurs.
Le chapitre suivant aborde quelques techniques de base avec des explications illustrées pas à pas, des modèles pour s’exercer et d’autres pour s’inspirer : comment manier le pinceau, peindre un lavis, peindre un dégradé, jouer avec les pigments.
Le dernier chapitre explique pas à pas comment réaliser cinq tableaux en utilisant d’autres techniques : utiliser une gomme de réserve pour garder blanc certaine partie du tableau, utiliser du sel sur la couleur, choisir les bonnes couleurs, utiliser un papier humidifié pour peindre ou humidifier le papier après avoir peint enfin jouer avec la transparence.
Pour chacun de ses exercices, des modèles inspirants sont également ajoutés.
Cet album ludique donne vraiment envie de commencer, et je me suis laissée tenter à essayer…
Ci-dessous, ma première page d’exercice sur les couleurs faite avec les moyens du bord, papier à dessin trop léger et de la gouache à la place d’aquarelle…

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Merci Masse Critique pour cette amusante découverte à tester avec un enfant ou soi-même…

Extrait :

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Petit bac 2022
(4) Objet

Saint Jacques – Bénédicte Belpois

Lu en partenariat avec Folio

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Folio – mai 2022 – 192 pages

Gallimard – avril 2021 – 160 pages

Quatrième de couverture :
« On ne perçoit pas consciemment comment certaines personnes vous manquent avant de les connaître, on devine juste, une fois qu’on les a rencontrées, qu’on ne pourra plus jamais vivre sans elles. »
À la mort de sa mère, Paloma hérite d’une maison abandonnée et chargée de secrets, au pied des Cévennes. D’abord décidée à s’en débarrasser, elle choisit sur un coup de tête de s’y installer et de la restaurer. C’est ainsi qu’elle rencontre Jacques, un charpentier de la région. Son attachement naissant pour lui réveille chez Paloma, qui n’attendait plus rien de l’existence, bien des fragilités et des espoirs.

Auteure : Bénédicte Belpois vit à Besançon où elle exerce la profession de sage-femme. Elle a passé son enfance en Algérie. C’est lors d’un long séjour en Espagne qu’elle a commencé à écrire son premier roman, Suiza (2019), récompensé par le prix Marcel Aymé et le prix des lecteurs de la Ville de Brive.

Mon avis : (lu en mai 2022)
Paloma a toujours eu une relation difficile avec sa mère et depuis longtemps avait coupé les ponts avec elle, ne l’appelant plus que Camille. Lorsque Françoise, sa sœur, lui annonce « Maman est morte. », Paloma ne ressent rien. Pourtant, elle accepte de venir aux obsèques à Sète. A l’ouverture du testament chez le notaire, Paloma découvre qu’elle hérite d’une maison abandonnée dans les Cévennes et d’un cahier à lire là-bas pour avoir les réponses à ses questions… Dans un premier temps, Paloma est bien décidée à vendre cette maison, mais par curiosité, elle décide d’aller la voir avant de remonter sur Paris.
Paloma est d’abord subjuguée par les lieux, la vue dégagée sur les montagnes, le ciel, la lumière éblouissante de la fin d’automne et le silence apaisant de la nature… Mais c’est un petit calendrier, accroché au-dessus de l’évier de la cuisine qui décide définitivement Paloma de garder la maison, de la remettre en état et de s’y installer. Infirmière, elle trouve facilement du travail dans ce village isolé et va nouer des liens avec Rose, sa voisine, avec Philippe le médecin et rencontrer Jacques, un artisan de la région. Le cahier va révéler un secret de famille à Paloma et au lecteur…
Un roman sincère, apaisant et plein de douceur, avec des personnages simples et attachants sans oublier la présence de la nature et des Cévennes que j’ai très envie d’aller découvrir.

Merci aux éditions Folio pour cette jolie escapade.

Extrait : (début du livre)
Françoise m’a appelée, je ne me souvenais plus qu’elle avait mon numéro. Elle a dit simplement : « Maman est morte. » Elle voulait que je vienne, au moins ça. Elle s’occupait de tout, mais il y avait le notaire, je ne pouvais pas y échapper. J’ai raccroché. Je me suis répété : « Camille est morte » plusieurs fois. Cela ne changeait rien, ça ne me faisait pas mal comme cela aurait dû. Elle était morte depuis longtemps pour moi.
J’ai réveillé Pimpon, je me suis assise sur le bord de son lit et j’ai annoncé abruptement comme Françoise : « Camille est morte », sans même lui dire bonjour. Elle m’a pris la main, encore à moitié endormie et m’a juste demandé : « Qu’est-ce que tu vas faire ? »
Je ne savais pas vraiment. Il fallait que j’y aille, bien sûr, pas moyen de déroger. Je devais prendre quelques jours de congé et descendre m’occuper de tout ça, nous le savions toutes les deux.
« Je ne peux pas venir, maman, mes partiels commencent demain.
— Ça ira, ne t’inquiète pas, chérie. »
J’ai appelé ma surveillante. Pour une fois, elle a été compréhensive, le décès d’une mère tout de même, c’était un motif sérieux d’absence, pas une gastro-entérite. En reposant le combiné je me suis demandé qui allait s’y coller à ma place : le service était plein et nous étions en sous-effectif chronique.

Petit bac 2022
(4) Prénom

Café sans filtre – Jean-Philippe Blondel

71if5Gl9vTL Iconoclaste – avril 2022 – 283 pages

Quatrième de couverture :
Après des semaines de confinement, le Tom’s rouvre ses portes.
Ils sont tous là : Jocelyne, l’ancienne propriétaire du café, partie à la retraite mais qui n’arrive
pas à quitter les lieux, José, le serveur qui rêve d’ailleurs, et Fabrice, le nouveau patron.
Les clients passent, déposant sur les tables des rires et des confidences. Des vies se nouent et se dénouent. Assise au fond de la salle, Chloé observe, carnet et crayon en main.
Croquant ce petit théâtre du quotidien, Jean-Philippe Blondel signe une merveille de roman, plein d’humanité, qu’on referme le cœur léger et le sourire aux lèvres.

Auteur : Jean-Philippe Blondel est né en 1964. Marié, deux enfants, il enseigne l’anglais dans un lycée près de Troyes. En parallèle de son œuvre jeunesse, il est auteur en littérature générale. Il signe Blog, Un endroit pour vivre, Au rebond, (Re)play ! Brise glace, Double jeu, La Coloc, Le Groupe et Dancers, Le Baby-sitter, G229 (prix Virgin – Version femina), Et rester vivant et 06H41.

Mon avis : (lu en mai 2022)
Ce roman raconte une journée dans le huis clos d’un café d’une petite ville de province. Nous sommes en juillet 2021, c’est le temps de la réouverture des bars et restaurants après plusieurs mois d’arrêt… Finis les confinements et les couvre-feux, il y a encore une jauge et un cahier de rappel…
Tour à tour, chaque personnage entre en scène, avec leurs pensées du présent, leurs anecdotes du passé et parfois leurs espoirs pour la vie d’après. Le café, le « Tom’s » est à la fois un lieu public et un endroit plus intimiste propice à la confidence.
Chloé, 31 ans, assise seule au fond de la salle avec un crayon et un carnet de croquis, elle observe sans bouger tout ce qui se passe. Fabrice, le jeune patron et son ami d’enfance José, le serveur. Jocelyne, l’ancienne propriétaire. Pierre, Thibault, Guillaume et Françoise, le fils et la mère, Manon : les clients de passage… 
Au fil des chapitres chacun d’entre eux va se dévoiler plus ou moins. Les personnages sont attachants, finement observés. Jean-Philippe Blondel nous raconte avec simplicité, justesse et humanité le quotidien de gens ordinaires au destin ordinaire.
Voilà un roman choral qui se lit facilement et qui fait du bien. 

Extrait : (début du livre)
Chloé Fournier, 31 ans – table n° 8 (salle du fond, à gauche, baie vitrée)
Je suis un parasite.
C’est exactement ce que José, le serveur, doit penser. Il fait claquer sa serviette sur son épaule et pousse des soupirs excédés, mais il n’a pas encore menacé de me jeter dehors. Honnêtement, ce serait ridicule : depuis que j’ai trouvé refuge ici, la salle n’a jamais été qu’à moitié pleine.
Les clients reviennent à l’intérieur, oui, mais avec méfiance. Ils tiennent leur masque à portée de main et le touchent nerveusement. La jauge sanitaire est tombée et on peut se réunir à douze ou à quinze si cela nous chante. Le souci, c’est qu’on évoque beaucoup ce nouveau variant à qui l’on a donné une lettre grecque mais qui évoque quand même l’Inde, les éléphants majestueux, Bollywood et les villes surpeuplées.
Sur la terrasse, en revanche, c’est souvent bondé. On a compris qu’on ne risquait presque rien à l’air libre, que les gouttelettes s’envolaient au gré du vent et qu’elles n’allaient pas contaminer nos épidermes. Elles sont déconfinées, elles aussi, et immatérielles. Pourtant, les rires et les éclats de voix sont encore discrets. La faute à un début d’été maussade, des cieux menaçants, des orages diluviens. À la sortie du tunnel, aussi. On plisse les yeux. On tâte la clarté du jour. Les différents couvre-feux nous ont habitués à nous comporter en souris domestiques. Nous trottinons chez nous la nuit, sans pointer notre museau à l’extérieur.
C’est pareil pour les conversations. Elles sont souvent mezza voce, de peur de réveiller les démons de Wuhan ou d’ailleurs. Du bout des lèvres, on ose prononcer le mot « vacances » mais on l’accompagne d’une moue qui signifie que, comme l’an dernier, ce ne seront pas des congés habituels. On attend de voir. On attend tous de voir.
Sauf moi.
Assise sur ma banquette en skaï, je n’attends rien. J’observe. La façon dont les hommes et les femmes se comportent. Ceux qui s’accueillaient à bras ouverts se touchent maintenant l’épaule ou le biceps, osent parfois laisser s’attarder une main sur la peau de l’autre, puis retirent furtivement leurs doigts et cherchent mentalement où ils ont bien pu fourrer leur bouteille de gel hydroalcoolique.

Déjà lu du même auteur :

juke_box Juke Box  au_rebond Au rebond

le_baby_sitter Le Baby-sitter G229 G229  blog Blog

5317 Et rester vivant replay (Re)play  brise_glace Brise glace

acc_s_direct___la_plage Accès direct à la plage 6h41 06H41

double jeu Double jeu un hiver à paris Un hiver à Paris  9782330048204 La coloc

109646121 Mariages de saison 9782330075521 Le groupe  41dFUwhC8vL La Mise à Nu

41wfjmxTEwL  Dancers Il est encore temps !

 

Petit bac 2022
(4) Couleur

C’est lundi, que lisez-vous ? [189]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Millina

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne ces dernières semaines ?

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Le gosse – Véronique Olmi
Nowhere girl – Magali Le Huche
Où es-tu Mari ? – Kristel Peterson

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Le voyage de Monsieur Raminet – Daniel Rocher
Le goût de la nectarine – Lee Lai (BD)

Que lirai-je les semaines prochaines ?
Nagasaki – Eric Faye, Agnès Hostache (BD)
La cosmologie du futur – Alessandro Pignocchi (BD)
Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette : Nom d’une pipe ! – Nadine Monfils
Chez nous… Paroles de réfugiés – Marco Rizzo et Lelio Bonaccorso (BD)
Donbass – Benoît Vitkine
La jeune femme et la mer – Catherine Meurisse (BD)

Bonnes lectures, bonne semaine !

Où es-tu Mari ? – Kristel Peterson

619pdkVMIFL Les Éditions du 38 – février 2022 – 228 pages

Quatrième de couverture :
Maja vit à Forsøl, petit village norvégien à quelques kilomètres de la ville de Hammerfest, au nord du cercle polaire. Elle raconte dans son journal sa lutte quotidienne pour vivre malgré le chagrin qu’elle éprouve depuis la mystérieuse disparition de sa fille Mari. Elle essaie d’endormir sa douleur avec l’aquavit du placard de la cuisine et s’accroche à l’idée que Mari est encore vivante quelque part. Maja est prête à tout pour la retrouver, même à boire les tisanes hallucinogènes d’un vieux shaman sami. En s’isolant régulièrement dans sa cuisine avec des brioches et du thé pour écrire son journal et pour réfléchir, elle avance lentement dans la recherche de la vérité, mais plus elle progresse sur ce chemin, plus le danger, irrémédiablement, resserre son étau…

Auteur : Kristel Petersen, franco-norvégienne née en 1969, a grandi entre le sud-ouest de la France et la Norvège. Enfant curieuse et précoce, elle recopie frénétiquement des hiéroglyphes et devient ensuite une lectrice avide et forcenée qui cherche dans les livres des réponses impossibles à trouver. Géographe, elle poursuit sa quête à travers de nombreux voyages sur plusieurs continents et en explorant des cultures très différentes. Dans son premier roman policier, Où es-tu Mari ? , elle évoque la nature hostile du Finnmark, au nord de la Norvège, où elle a passé une partie de son enfance.

Mon avis : (lu en avril 2022)
C’est l’histoire de la disparition d’une enfant de six ans, Mari, dans le nord de la Norvège. Le prologue, nous raconte les circonstances de la disparition : Mari jouait dans le jardin avec le chien en lui lançant une balle et petit à petit ils se sont éloignés, un vieux renne habitué à venir à proximité s’est approché de la clôture, la fillette a ouvert la barrière pour le faire entrer dans la jardin. Mais le chien, jaloux, a détalé vers le plateau et Mari est partie à sa suite, marchant difficilement dans la neige…
Le roman commence près de trois ans après la disparition de Mari. Sa mère, Maja est toujours dévastée par la disparition de sa fille et n’arriva pas à croire qu’elle soit morte contrairement à son entourage ou presque. Maja vit à Forsøl, petit village de pêcheurs au nord du cercle polaire avec Bjarne son mari et Kristian, leur fils de 8 ans. Elle est institutrice.
Maja est norvégienne, mais son père était russe et sa mère est Sami. Maja est tombé follement amoureux d’un Sami, mais ce dernier l’a abandonnée alors qu’elle était enceinte de Mari. Maja a donc épousé Bjarne un norvégien avec une bonne situation.
Pour tenir le coup après le drame de la disparition de Mari, Maja boit en cachette et se confie dans un journal intime. Le lecteur va donc petit à petit découvrir la vie passée et actuelle de Maja et pouvoir répondre à la question « Où es-tu Mari ? »
J’ai aimé en apprendre un peu plus sur la culture et les croyances des Samis.
L’intrigue est plutôt bien construite avec quelques rebondissements… j’ai pourtant eu assez vite une idée sur l’identité d’un coupable…
Merci à Masse Critique Babelio pour cette lecture dépaysante

Extrait : (début du livre)
Prologue :
Mari jouait avec le chien dans le jardin. Elle lançait la balle dans la neige et Thor partait à toute vitesse pour la rattraper. Le rire innocent et cristallin de la petite fille se mêlait aux jappements du chien qui secouait joyeusement ses longs poils noirs pour se débarrasser de la neige. Dans son petit manteau de laine rouge, Mari s’élançait à la rencontre de Thor qui lui rapportait fièrement la balle, à bout de souffle. Elle lui caressait le dos en le regardant tendrement, puis reprenait la balle pour la lancer à nouveau très loin. Ravi, l’animal redressait les oreilles et aboyait avant de partir comme une flèche pour aller la chercher. Mari le poursuivait en riant aux éclats, dévoilant ses petites dents blanches et fines qui tranchaient avec ses lèvres rouges et sa peau dorée. Des dents de petite fille coquine, aux joues rondes et douces, aux cheveux noirs dont les mèches rebelles dépassaient toujours du bonnet.
Débordant d’énergie, Thor fit volte-face pour revenir une nouvelle fois avec la balle alors que Mari courait vers lui. Ils se télescopèrent et tombèrent l’un sur l’autre, Mari roulant dans la neige avec le chien. Ses éclats de rire se mêlaient aux aboiements de l’animal qui s’était remis sur ses pattes et lui donnait de grands coups de langue affectueux.
Soudain, Mari leva la tête et aperçut le vieux renne qui venait d’arriver derrière la clôture en planches contre laquelle il avait l’habitude de frotter ses bois. Il les avait sans doute entendus jouer et espérait recevoir lui aussi sa part de caresses, et peut-être une friandise à grignoter. Mari abandonna Thor pour se précipiter vers le renne en poussant des cris de ravissement. Elle lui ouvrit la petite barrière blanche et attendit qu’il entre dans le jardin. Il se gratta une dernière fois contre la clôture, puis s’avança lentement dans l’allée. La petite fille s’approcha doucement, elle savait qu’il ne fallait plus s’agiter ni faire de bruit si elle voulait pouvoir le caresser. Le gros animal se pencha vers un jeune arbuste d’ornement qui avait encore quelques feuilles tendres. Mari en profita pour frotter son dos couvert de poils blancs. L’animal délaissa un instant la plante pour relever la tête et poser sur elle ses grands yeux noirs. Mari lui chatouilla le museau. Son haleine fumait dans l’air froid de l’après-midi et dégageait des relents de mousse moisie et de lichen.
Thor se dressa sur ses pattes et détala en direction du plateau. Mari eut peur qu’il soit jaloux du renne et franchit la limite du jardin pour partir à sa poursuite en l’appelant et en avançant difficilement dans la neige épaisse où s’enfonçaient ses petites jambes. Le renne la suivit en trottant dans le petit bois de bouleaux nains. Il s’arrêta un instant pour humer l’air de la toundra avant de reprendre sa course. Il était sans doute le seul à percevoir les signes annonçant la tempête de neige toute proche. Une tempête d’automne violente et soudaine, comme elles l’étaient souvent ici, dans ces solitudes gelées de bout du monde : des vents glacés qui se déchaînaient en apportant une grande quantité de neige humide et lourde.

Petit bac 2022
(4) Ponctuation

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Norvège

Nowhere girl – Magali Le Huche

91I+79Mo7BL Dargaud – mars 2021 – 120 pages

Quatrième de couverture :
Magali a 11 ans. Elle aime les Beatles, dans la catégorie « passionnément » ou « à la folie ». Ce qu’elle aime moins, c’est l’école, surtout depuis qu’elle est au collège. Elle qui pensait être une élève comme les autres éprouve soudainement une peur panique à l’idée d’aller au collège. Telle une « Alice au pays des merveilles », elle se réfugie alors dans l’univers parallèle des Beatles nourri de leur musique et de couleurs éclatantes. Une bande dessinée autobiographique, sensible et drôle, en dépit de la gravité du sujet, la phobie scolaire.

Autrice : Magali Le Huche est née en Région parisienne en 1979. Elle passe cinq ans aux Arts décoratifs de Strasbourg, dont trois années dans l’atelier d’illustration. Elle sort de l’école en 2004 et retourne à Paris avec, sous le bras, « Les Sirènes de Belpêchao » (2005) et « Bertille Bonnepoire » (2006), ses deux premiers albums pour les enfants. Depuis, elle travaille régulièrement, comme auteure et comme illustratrice, pour la presse et l’édition jeunesse. « À la recherche du nouveau père » (2015) est sa deuxième bande dessinée en duo avec Gwendoline Raisson. Avec « Nowhere Girl » (2021), Magali signe une bande dessinée autobiographique, sensible et drôle, en dépit de la gravité du sujet, la phobie scolaire.

Mon avis : (lu en mars 2022)
Paris, durant les années 90, Magali entre en sixième, elle est à la fois contente et pleine de bonnes résolutions. Mais très rapidement, cette première année de collège ne se passe pas comme elle l’espérait. Certains professeurs terrorisent les élèves, Magali ne trouve pas de solidarité avec ses camarades de classe… Et au fil des jours, elle va en cours avec la boule au ventre, puis l’angoisse l’envahie à s’en rendre malade physiquement avec des vomissements et des évanouissements. Le diagnostic tombe : phobie scolaire. Magali finit par quitter son collège et poursuit sa scolarité à distance, en étant inscrite au Cned.
En parallèle, Magali découvre les Beatles et se réfugie dans leur musique, elle devient intarissable sur le sujet…
Voilà une BD très intéressante, sincère, lumineuse et pleine d’humour sur le sujet sérieux qu’est la phobie scolaire dont l’auteure a été victime lors de sa pré-adolescence. Elle a su passer le cap grâce à l’écoute de ses parents,  à sa passion pour la musique des Beatles et le dessin qui lui a permis d’exprimer son mal-être..

Extrait : (début du livre)

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Petit bac 2022(4) Art (chanson)