La Chambre des merveilles – Julien Sandrel

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – mai 2018 – 5h13 – Lu par Sophie Duez

Calmann-Levy – mars 2018 – 272 pages

Quatrième de couverture :
Bouleversant et drôle, le pari un peu fou d’une mère qui tente de sortir son fils du coma en réalisant chacun de ses rêves.
Louis a 12 ans. Ce matin, alors qu’il veut confier à sa mère, Thelma, qu’il est amoureux pour la première fois, il voit bien qu’elle pense à autre chose, à son travail sûrement. Alors il part, fâché et déçu, avec son skate, et traverse la rue à fond. Un camion le percute de plein fouet.
Le pronostic est sombre. Dans quatre semaines, s’il n’y a pas d’amélioration, il faudra débrancher le respirateur de Louis. En rentrant de l’hôpital, désespérée, Thelma trouve un carnet sous le matelas de son fils. À l’intérieur, il a dressé la liste de toutes ses « merveilles », c’est-à-dire les expériences qu’il aimerait vivre au cours de sa vie.
Thelma prend une décision : page après page, ces merveilles, elle va les accomplir à sa place. Si Louis entend ses aventures, il verra combien la vie est belle. Peut–être que ça l’aidera à revenir. Et si dans quatre semaines Louis doit mourir, à travers elle il aura vécu la vie dont il rêvait.
Mais il n’est pas si facile de vivre les rêves d’un ado, quand on a presque quarante
ans.

Auteur : Julien Sandrel est né en 1980 dans le sud de la France, est marié et père de deux enfants. Aujourd’hui il réalise son rêve d’enfant en publiant son premier roman, La Chambre des merveilles.

Lecteur : Après des études littéraires, Sophie Duez débute sa carrière au cinéma dans le film Marche à l’ombre de Michel Blanc. Elle alterne ensuite les tournages (Quai numéro 1) et le théâtre (Ruy BlasLes monologues du vagin). En 2002 elle devient sociétaire du Théâtre National de Nice : du théâtre classique au plus contemporain elle est dirigée notamment par Daniel Mesguich, Krzysztof Warlikowski, Daniel Benoin, Alfredo Arias ou encore Jérôme Savary, et fait ses premières mises en scène. Elle sera ensuite chargée de mission par la Ville de Nice sur de grands projets culturels et, depuis 2017, mène de front ses activités de comédienne et de conseil en ingénierie culturelle.

Mon avis : (écouté en juillet 2018)
Un très jolie titre pour cette histoire forte et émouvante. Thelma est une mère célibataire très occupée par son travail et par son fils Louis âgé de 12 ans. Ce matin de ce samedi 7 janvier, Louis voudrait confier à sa mère qu’il est amoureux pour la première fois, mais celle-ci est trop préoccupée par son travail… Déçu et furieux, il accélère sur son skate et descend la rue trop vite, il est 10 h 32  et c’est l’accident ! Louis se retrouve dans le coma et Thelma se sent coupable et impuissante face à son fils accidenté.
Quelques jour plus tard, alors que l’état de Louis ne s’améliore pas, Thelma trouve dans la chambre de son fils un petit carnet où Louis a dressé une liste des expériences qu’il voudrait vivre pendant sa vie.
Pour rester auprès de son fils et l’aider à se réveiller, Thelma décide de quitter son travail et de réaliser, par procuration, les rêves de son fils… Elle filmera ses exploits pour les diffuser dans la chambre d’hôpital n°405 qui va devenir « la chambre des merveilles ». C’est un récit à deux voix, car Louis intervient ponctuellement pour raconter ce qu’il ressent, il donne ainsi l’espoir qu’un jour il pourra se réveiller et cela confirme l’intuition de Thelma. Ainsi, même s’il ne réagit pas, il entend ce qui se passe autour de lui.
Un roman à la fois, triste, drôle, pleine d’espoir et d’amour. J’aime également beaucoup la couverture du livre !
La lectrice est très agréable à écouter. A découvrir !

Merci Pauline et Audiolib pour ce livre émouvant et fort.

Extrait : (début du livre)
— Louis, c’est l’heure ! Allez, je ne le répète plus, s’il te plaît lève-toi et habille-toi, on va être à la bourre, il est déjà 9 h 20.
C’est à peu près comme ça qu’a commencé ce qui allait devenir la pire journée de toute mon existence. Je ne le savais pas encore, mais il y aurait un avant et un après ce samedi 7 janvier 2017, 10 h 32. Pour toujours il y aurait cet avant, cette minute précédente que je désirerais figer pour l’éternité, ces sourires, ces bonheurs fugaces, ces photographies gravées à jamais dans les replis sombres de mon cerveau. Pour toujours il y aurait cet après, ces “ pourquoi ”, ces “ si seulement ”, ces larmes, ces cris, ce mascara hors de prix sur mes joues, ces sirènes hurlantes, ces regards remplis d’une compassion dégueulasse, ces soubresauts incontrôlables de mon abdomen refusant d’accepter. Tout ça, bien sûr, m’était alors inaccessible, un secret que seuls les dieux – s’il en existait, ce dont je doutais fort – pouvaient connaître. Que se disaient-elles alors, à 9 h 20, ces divinités ? Un de plus, un de moins, qu’est-ce que ça peut bien faire ? Tu es sûr de toi ? Pas forcément, mais pourquoi pas ? C’est vrai après tout pourquoi pas, ça ne changera pas la face du monde. J’étais loin de tout ça, loin des dieux, loin de mon cœur. J’étais juste moi, à cet instant précis si proche du point de basculement, de rupture, de non-retour. J’étais moi, et je pestais contre Louis qui décidément ne faisait aucun effort.

Petit bac 2018Mot positif (5)

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Les cosmonautes ne font que passer – Elitza Gueorguieva

Lu en partenariat avec Folio

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Folio – juin 2018 – 192 pages

Verticales – août 2016 – 184 pages

Quatrième de couverture :
«Ton grand-père est communiste. Un vrai, te dit-on plusieurs fois et tu comprends qu’il y en a aussi des faux. C’est comme avec les Barbie et les baskets Nike, qu’on peut trouver en vrai uniquement si on possède des relations de très haut niveau. Les tiennes sont Fausses. Les Barbie, tu t’en fous, sauf que Constantza en a une vraie et ça te rend un peu furieuse. Constantza a un autre grand avantage : elle a une mère en Grèce alors que la tienne reste à la maison. De ce fait découlent quelques autres, de plus en plus déplaisants : a) elle peut voyager à l’étranger, b) elle a un éléphant doré et surtout c) une vraie Barbie. Une chose te rassure dans ces moments de tristes constats : à l’âge de sept ans, elle n’a aucun idéal précis ni aucune vocation noble comme toi. Iouri Gagarine, elle s’en fout, elle se contente de jouer avec sa vraie Barbie et son faux grand-père qui n’est même pas communiste.»

Auteur : Née à Sofia, en Bulgarie, en 1982, Elitza Gueorguieva vit depuis quinze ans à Paris où elle se consacre à des projets artistiques multiples entre le documentaire de création, l’écriture littéraire et les performances. Les cosmonautes ne font que passer est son premier roman.

Mon avis : (lu en juillet 2018)
Dans ce premier roman, Elitza Gueorguieva offre au lecteur, avec tendresse et humanité, une vision sans concession sur la fin du communisme bulgare.
A travers le regard naïf d’une petite fille de 7 ans,  le lecteur découvre la Bulgarie avant et après la chute du Mur de Berlin.
La petite fille est fière de son grand-père qui est un « communiste émérite », elle boit du Coop Cola. Elle rêve de devenir un jour cosmonaute comme Iouri Gagarine ou Valentina Tereshkova…
Et c’est la chute du Mur de Berlin et la petite fille découvre le Père Noël, le Coca Cola… Son grand-père reste plus que jamais communiste mais commence à perdre la tête, sa grand-mère emmène la petite fille à l’église orthodoxe et la fait baptiser… La Démocratie Bulgare perd son adjectif « populaire » et la petite fille devenue adolescente découvre Kurt Cobain et Nirvana sur MTV…
Ce petit roman est l’occasion de faire un voyage dans le temps en Bulgarie.
Le style est original car écrit à la deuxième personne du singulier.

Merci Julie et les éditions Folio pour m’avoir permis de découvrir ce livre original plein de charme et d’humour…

Extrait : (début du livre)
Vous êtes devant une multitude de petits cailloux brillants de toutes les couleurs ne ressemblant à rien du tout, mais comme ta mère a l’air ému, tu comprends qu’on n’est pas là pour rigoler. Elle t’annonce que ça, c’est lui, c’est Iouri Gagarine et quand elle avait ton âge, il y a quelques siècles au moins, elle l’a personnellement vu planter des sapins, ici, dans l’allée de ce bâtiment : il s’agit de ta future école, et vous y êtes pour t’y inscrire, te dit ta mère en allumant sa dix-neuvième cigarette de la journée. Tu tournes la tête et tu constates que des enfants farouches de tout âge et de tout genre, collés à leur mère, d’énormes cartables sur le dos, marchent çà et là, dans l’immense cour d’école inondée par une lumière orange. Tu t’agrippes mécaniquement à ta mère et tu adoptes une expression menaçante au cas où quelqu’un oserait te regarder : tu ouvres grand tes narines, tu gonfles tes joues jusqu’à ce qu’elles deviennent complètement violettes, et tu remues tes oreilles dans le sens des aiguilles d’une montre. Ta mère poursuit ses explications, comme si de rien n’était : il est question à présent de la conquête spatiale. Tu n’es pas sûre de connaître ce dernier mot, et tu présumes qu’il s’agit de quelque chose de spécial, de glorieux, et de bien tout compte fait, et qui a un lien étroit avec la plantation des sapins mais comme tu ne sais pas encore lequel, tu préfères – afin d’éviter de te forger une représentation éloignée de la définition exacte du mot spatial – t’en tenir à ce que tes yeux voient à ce moment précis, c’est-à-dire une multitude de petits cailloux brillants de toutes les couleurs ne ressemblant à rien du tout.

Le malentendu se dissipe une heure plus tard lorsqu’une fois sortie de la cour tu te retournes et tu aperçois la même image de loin : la multitude de petits cailloux brillants de toutes les couleurs ne ressemblant à rien du tout est dotée d’une forme, et représente ce que ta mère appelle une mosaïque, un peu comme dans votre salle de bains mais pas exactement la même ; celle de la salle de bains ressemble à une omelette de particules vertes, grises, noires, sans prétention figurative – ici se joue autre chose : un homme, jeune, beau, bon et courageux, la bouche entrouverte, les yeux levés vers l’horizon, sur un fond entièrement noir, mais rouge et jaune aussi, au style fantastique dans l’ensemble mais réaliste dans les détails. En fait, c’est Iouri Gagarine en plein milieu d’une conquête spéciale. Tu voudrais t’arrêter et le contempler encore un peu, mais il est trop tard et ça suffit, te dit ta mère.

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A l’occasion des 20 ans de la collection Folio POLICIER,
20 titres de ces dernières années sont proposés à prix réduits

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Je viens de commencer le titre « Dust » de Sonja Delzongle, je vous en parlerai plus tard.

Visitons les phares de France – Clémentine Le Moigne

Lu en partenariat avec Babelio et Locus Solus éditions

CVT_Visitons-les-Phares-de-France_6462 Locus Solus éditions – juin 2018 – 128 pages

Quatrième de couverture :
Les joyaux du patrimoine maritime.
Une cinquantaine de phares sont visitables en France, offrant le plus souvent la montée à la tour et la vue imprenable, mais aussi un voyage dans la glorieuse histoire de la signalisation maritime.
Ils s’égrènent le long du littoral de l’Hexagone et en Outre-Mer. S’ils sont l’héritage d’un service public national, ils n’en affichent pas moins des contours qui donnent à chacun son identité.
Après un aperçu général des Phares et Balises et des précisions techniques, entrez dans ces sites uniques, de la maison du gardien jusqu’à la lentille de Fresnel, tout là-haut, après quelques dizaines (voire centaines) de marches !
Laissez-vous gagner par la beauté des sentinelles de la mer.

Auteur : Clémentine Le Moigne est depuis 2009 chargée du patrimoine culturel immatériel à la Fédération Régionale pour la Culture et le Patrimoine Maritime (FRCPM Bretagne). Ethnologue de formation, c’est une passionnée du patrimoine maritime qui œuvre à la sauvegarde et sa mise en valeur.

Photographe : Alain Roupie est photographe professionnel depuis une vingtaine d’années. Dans la lanterne d’un phare ou sur un navire, il sait saisir la beauté des paysages, le geste du professionnel ou un détail insolite. Amoureux de la Bretagne et de l’île de Groix où il a posé son sac, il expose dans son atelier Pixels de mer à Port-Tudy.

Mon avis : (lu en juillet 2018)
Depuis très longtemps, je suis fascinée par les phares. Chacun a son histoire, lors de sa construction, mais également lors de son exploitation, ses gardiens (seulement de passage depuis l’automatisation), ses bateaux sauvés ou échoués… chacun a ses caractéristiques, couleurs, nombre d’éclats ou fixe…
Architecturalement, tous les phares sont différents, il faut bien que les marins puissent les distinguer facilement pour se repérer…
Dans ce guide très complet sont recensés les phares de France (essentiellement en Métropole, il y a également deux phares ultramarins) que l’on peut visiter.
Une longue introduction présente la mission des phares, le service des Phares et Balises, un peu d’histoire, l’évolution technologique, le classement des phares selon leur portée et leur type d’éclairage…
Puis on passe en revue 47 phares, bateau-feu, feux et maisons-phares de France du nord au sud depuis Dunkerque jusqu’à Sartène en Corse, sans oublier le phare Amédée en Nouvelle-Calédonie et le phare de Bel-Air à La Réunion pour l’Outre-Mer. Pour chacun, une double page où l’on trouve sa localisation, un peu d’histoire sur le phare, des photos, une carte d’identité (date de construction, de mise en service, la hauteur, l’élévation (càd la hauteur au-dessus de la mer), la portée, la signature lumineuse, le type d’optique, la date d’automatisation et s’il est classé), les coordonnées géographiques, le site internet et numéro de téléphone où l’on pourra trouver les informations plus précises pour notre visite et une description succinct de ce qu’il y a à voir lors de la visite.
Et pour conclure, quelques pages avec la recette « du far au four du phare du Four », deux jeux de reconnaissance autour de l’architecture des phares ou des superlatifs et un lexique avec des mots du vocabulaire maritime.

Merci à Babelio et Locus Solus éditions , petite maison d’éditions bretonne, pour ce guide qui donne vraiment envie de faire une tour de France des phares !

 

Extrait :

couv2(c) Didier Grimberg : le phare de Biarritz

couv1(c) CRT Bretagne, Donatienne Guillaudeau : le phare d’Eckmühl
(c) Alain Roupie : la lanterne du phare de Cordouan, l’escalier du phare de la Coubre

Le bruit des choses qui commencent – Evita Greco

Lu en partenariat avec Albin Michel

51fvJqBmR7L Albin Michel – mai 2018 – 368 pages

traduit de l’italien par Marie Causse

Titre original : Il rumore delle cose che iniziano, 2016

Quatrième de couverture :
Lorsque Ada était petite, sa grand-mère avait inventé un jeu : il suffisait à la fillette de tendre l’oreille. Une tasse de café, des rires d’enfants, un oiseau… Le bruit des choses qui commencent, c’est une belle musique pour oublier les moments tristes.
Ada y pense souvent depuis que Teresa sa grand-mère, est malade. Dans les couloirs de l’hôpital, étreinte par l’angoisse et le sentiment d’abandon, la jeune femme guette cette petite musique. Et quand elle entend pour la première fois la voix débordante d’optimisme de Matteo, ou le rire de Giulia, une infirmière pleine de bienveillance, elle se dit que Teresa avait raison : chaque fois qu’une chose finit, une autre naît…
La ton, tout en douceur et en délicatesse, d’Evita Greco évoque, à travers le personnage de Ada, les étapes fondatrices de la vie. Un premier roman bouleversant qui transmet un grand feu de vie.

Auteur : Evita Greco a été sauveteur, caissière de supermarché, guide touristique et secrétaire avant de prendre la plume. Le bruit des choses qui commencent est son premier roman.

Mon avis : (lu en juin 2018)
Voilà une très belle histoire pleine de poésie et de douceur. J’ai choisi ce livre, pour son auteure italienne et pour son titre à la fois énigmatique et plein de promesse. Theresa invite Ada sa petite-fille à prendre le temps d’écouter le bruit des « premières fois », c’est une façon de la détourner de ses peurs, de ses moments de tristesse.
Ada, a été abandonnée toute petite par sa mère, et a été élevée par sa grand-mère Teresa.
Teresa est maintenant âgée est très malade et elle est hospitalisée. Ada passe donc beaucoup de temps à l’hôpital pour rester auprès d’elle. Toutes deux font la connaissance de Giulia, une infirmière attentive et bienveillante qui s’occupe bien de Teresa et qui remonte le moral d’Ada qui comprend que sa grand-mère va bientôt mourir…
Dans les couloirs de l’hôpital, Ada fait la connaissance de Matteo, visiteur médical, dont elle tombe amoureuse…
Je n’en raconterai pas plus pour vous laisser découvrir par vous même cette histoire pleine de tendresse et de sensibilité où il est question de vie, d’amour, de relations humaines…

Merci Claire et Albin Michel pour cette belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Il y a des bruits qui méritent qu’on s’y attarde, pense Ada : celui de l’orchestre quand les instruments s’accordent, juste avant le début d’un concert. Celui des feuilles lorsque le vent se lève. Des tasses que l’on pose sur le percolateur à la cafétéria.
Quand elles commencent, certaines choses ont une petite musique à elles. Ada s’arrête pour l’écouter.
C’est Teresa, sa grand-mère, qui lui a appris à reconnaître l’étonnement des débuts.
Ada avait trois ans quand sa mère avait décrété que son rôle ne l’intéressait pas. Un soir, elle l’avait mise au lit chez sa grand-mère. Le lendemain matin, elle était partie en disant qu’elle avait autre chose à faire. Et elle n’avait plus jamais donné signe de vie. Ada aurait préféré qu’il y ait une excuse plus sérieuse. Faute de quoi, elle avait fini par penser qu’elle n’était pas une petite fille qui valait la peine qu’on prenne du temps pour elle. Sa grand-mère avait beau lui répéter qu’elle était la prunelle de ses yeux, Ada avait continué à craindre qu’elle ne l’abandonne, elle aussi.

Un soir, elle demanda à Teresa si c’était la dernière fois qu’elle la mettait au lit. La vieille dame répondit que non, certainement pas, et pourtant, le lendemain matin, Ada lui demanda si c’était la dernière fois qu’elles prenaient le petit-déjeuner ensemble. Sa grand-mère lui répéta que non, certainement pas. Elle ne se lassait jamais de la rassurer.
Les choses se corsèrent quand le matin Ada refusa d’aller à l’école : et si c’était là, devant le portail de la maternelle, qu’elle voyait sa grand-mère pour la dernière fois ?
Teresa la réveillait puis l’aidait à s’habiller. Elle préparait son petit-déjeuner et lui mettait la blouse où elle avait brodé son prénom – et une petite abeille, car l’enfant adorait les abeilles ; elle lui avait cousu des yeux bleus « grands comme les tiens ». Malgré tous ses efforts, le résultat n’était pas aussi parfait qu’elle l’avait espéré : l’abeille avait un œil à demi fermé et ses pattes étaient trop longues ; en fait, elle n’était pas très jolie.
Pendant les préparatifs, Ada ne pleurait pas, ne protestait pas. Mais dès qu’elles partaient pour l’école, elle commençait à avoir mal partout. Une fois, c’était au ventre, une autre fois aux côtes, dont Ada croyait, de toute façon, qu’elles faisaient partie du ventre. Parfois, elle avait envie de vomir. Alors, elle disait à sa grand-mère qu’elle avait envie de vormir et sa grand-mère n’insistait pas. Dès que ces douleurs la prenaient, Teresa ramenait la petite fille à la maison.

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Hunter – Roy Braverman

Lu en partenariat avec Babelio et Hugo & Cie

CVT_Hunter_3805 Hugo & Cie – mai 2018 – 352 pages

Quatrième de couverture :
Plus personne ne s’arrête à Pilgrim’s Rest. Une vallée perdue dans les Appalaches. Un patelin isolé depuis des jours par le blizzard. Un motel racheté par le shérif et son frère simplet. Un bowling fermé depuis longtemps. Et l’obsédant souvenir d’une tragédie sans nom : cinq hommes sauvagement exécutés et leurs femmes à jamais disparues. Et voilà que Hunter, le demi-sang indien condamné pour ces crimes, s’évade du couloir de la mort et revient dans la vallée. Pour achever son œuvre ?
Après douze ans de haine et de chagrin, un homme se réjouit pourtant de revenir à Pilgrim’s Rest. Freeman a compris le petit jeu de Hunter et va lui mettre la main dessus. Et lui faire enfin avouer, par tous les moyens, où il a caché le corps de Louise, sa fille, une des cinq disparues. Pilgrim’s Rest sera peut-être le terminus de sa vengeance, mais ce que Freeman ignore encore, au volant de sa Camaro rouge qui remonte Murder Drive, c’est qu’il n’est pas le seul à vouloir se venger. Et que la vérité va se révéler plus cruelle et plus perverse encore. Car dans la tempête qui se déchaîne et présage du retour de la terreur, un serial killer peut en cacher un autre. Ou deux.

Auteur : Plus connu sous le pseudo Ian Manook, Roy Braverman est l’auteur de la série à succès Yeruldelgger. Le premier opus de la série a été récompensé en 2014 par : le Prix des lectrices Elle, le Prix SNCF du Polar et le Prix Quais du Polar. Hunter est le premier titre d’une nouvelle série de trois sous le pseudo Roy Braverman.

Mon avis : (lu en mai 2018)
Roy Braverman, alias Ian Manook, alias Patrick Manoukian (son vrai nom) a écrit ce thriller comme un film ! C’est le premier d’une trilogie, celui-ci se passe dans les Appalaches, le numéro 2 se passera en Alaska et le dernier en Louisiane. Il nous explique l’origine de son nouveau pseudo dans la préface de ce livre…
A Pilgrim’s Rest, petite ville isolée des Appalaches, plusieurs couples ont été victimes d’un tueur en série. Les hommes ont été retrouvés assassinés et les femmes ont disparu sans laisser de traces. Hunter a été condamné à mort pour ces crimes et après douze années de prison, il s’évade. Freeman, ancien policier et père de l’une des victimes, s’est lancé à ses trousses, obsédé par l’affaire et ayant étudié les différents crimes et son auteur, il sait que ce dernier va retourner sur les lieux de ses crimes et il compte bien le faire avouer où il a caché ses victimes féminines…
L’intrigue est posée mais bien sûr elle sera bien plus complexe que cela et des rebondissements inattendus vont se succéder avec beaucoup de rythme…
L’écriture est très cinématographique et lors de la première rencontre entre Freeman et Hunter, il s’en suit une scène cataclysmique, inoubliable pour le lecteur…
C’est un vrai roman noir, dans le ton, dans les thèmes abordés et heureusement l’auteur n’a pas oublié quelques touches d’humour pour permettre au lecteur de souffler un peu dans toute cette noirceur.
L’auteur prend beaucoup de soins à décrire la psychologie de chacun de ses personnages, le lecteur ne peut donc pas être indifférent, certains le touchent, il en déteste d’autres, il a très envie de connaître leur sort…
J’ai regretté que dans cette histoire l’environnement et la nature soient moins présents que dans la série Yeruldelgger…

Extrait : (début du livre)
Leur putain de mère s’est tirée. Leur putain de mère à tous les deux. Un père et un nom pour lui, un autre père et un autre nom pour son frère. Tous les deux de passage, les pères. Un à seize ans, l’autre à dix-huit ans, et à vingt et un ans elle se tire avec un courtier de New York en vacances qui abandonne femme et mômes dans son chalet de location pour le petit cul de leur maman moulé dans un short en vichy rose trop court. Ce fumier d’assureur leur a piqué le peu de mère qu’ils avaient encore avec ses taloches à tout va, ses repas de conserves, ses coucheries hurlantes et ses gueules de bois à la semaine. Elle se laissait prendre devant eux, tous les deux debout au garde-à-vous au pied du lit quand ses amants tordus l’exigeaient, en la baffant à grands revers de chevalières. Il sent encore la main de son frère serrer la sienne jusqu’à s’en blanchir les articulations, pour qu’il arrête de pleurer et ne se prenne pas la gifle de trop qu’il ne pourrait pas encaisser dans sa petite gueule de simplet. Et quand ces types en rut étaient partis, elle les attrapait et les serrait fort contre elle, contre son corps nu et chaud sur le lit défait, encore tout visqueux de tous ces cons.
Il enfouit son visage dans ses poings blanchis par la rage et se frappe le front pour chasser le goût amer de la peau de sa maman, quand il chialait dessus en reniflant. La sensation du grain de ses tétons marron encore bandés dans la paume de sa petite main de môme. L’odeur aigre de son sexe ouvert comme une blessure. Sa maman, sa petite maman ! Il s’en veut d’en bander encore quand il y repense. Il s’en frappe la tête tous les soirs à cinquante ans passés. Il se donne des coups comme ceux qu’elle prenait quand ces types s’énervaient contre elle, avec leurs braquemarts bringuebalant dans la bagarre. Comme des armes dont ils réussissaient toujours à la pénétrer. À la clouer quelque part. Dans des rugissements qui finissaient en borborygmes. C’est là qu’il avait appris que l’amour se donne et se prend dans les pleurs et la douleur. Dans la haine, dans la hargne, dans les coups. Dans ces hurlements injurieux qui se terminaient toujours en supplique. Et soudain Lyvia, la petite Lily, leur petite maman, jeune comme une grande sœur, finissait debout, pantelante, écartelée, transpercée, clouée au mur par le sexe de ces gros dégueulasses. Comme morte, les pieds à trente centimètres du sol.

Petit bac 2018Mot unique (4)

Ma chère sœur – Alf Kjetil Walgermo

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

81WxckjmHlL Bayard Jeunesse – avril 2018 – 192 pages

Quatrième de couverture :
« Si un jour on se retrouve, de l’autre côté, je ne veux pas qu’il y ait de choses à régler entre nous. »
Eli Anne a 16 ans et vient de perdre sa sœur, Amalie, d’un an sa cadette. Folle de chagrin, elle se rend régulièrement sur sa page Facebook, qu’elle refuse de supprimer. Un jour, elle se met à lui écrire. En parcourant les statuts et les photos postées par Amalie, Eli Anne revient sur sa relation avec sa sœur. Leur enfance, leur complicité, leurs désaccords, leurs rêves d’adolescentes. Et surtout, leur passion commune pour la musique : Eli Anne joue du piano, Amalie, fan de Patti Smith, chantait dans un groupe.
Au fil des messages, Eli Anne ouvre son cœur et avoue à sa sœur ce qu’elle n’a jamais osé lui dire…

Auteur : Alf Kjetil Walgermo est un auteur norvégien, journaliste et critique littéraire.

Mon avis : (lu en mai 2018)
Voilà un livre sur un sujet difficile, le deuil d’une sœur. Amalie, 15 ans, vient de mourir et Eli Anne, sa sœur âgée d’un an de plus, est désespérée de chagrin. Chaque jour Eli Anne va sur la page Facebook de sa sœur et lui écrit. Elle lui dit ce qu’elle a sur le cœur, elle évoque leurs souvenirs communs, elle parle du présent, du passé. Elle parle des amis, des parents, de la famille, du lycée… Elle lui avoue même des secrets qu’elle n’avait jamais partagé avec elle de son vivant…
Le livre se lit très rapidement, peut-être trop rapidement pour que je réussisse à vraiment m’attacher à Eli Anne et Amalie. L’histoire est émouvante mais elle manque de profondeur.
J’ai également un reproche à faire sur la forme du livre : l’absence de numéro de page, c’est vrai que l’on peut s’y retrouver avec les dates de chaque message, mais ce n’est quand même pas difficile de créer une pagination !

Extrait : (début du livre)
Eli Anne Storfjord >> Amalie Storfjord
5 octobre
Ma chère sœur,

Aujourd’hui, tu aurais eu 15 ans. Papa dit qu’on va s’en sortir. Que la vie vaut toujours la peine d’être vécue. Mais je n’ai même pas pu te dire au revoir. Ni te prendre dans mes bras une dernière fois. Je pensais qu’avec le temps, ce serait plus facile. Que les bons souvenirs atténueraient le chagrin. Mais c’est le contraire. Tu me manques de plus en plus. Je ressens ton absence toujours plus fort. Je n’ai pas réussi à t’écrire avant, mais aujourd’hui les parents ont dit qu’ils voulaient supprimer ton profil. J’ai décidé de t’écrire chaque jour jusqu’à ce que ça arrive. C’est mon seul moyen de te joindre.

Eli Anne Storfjord >> Amalie Storfjord
6 octobre
Ma chère sœur,

Quand je fais défiler ta page, j’ai presque l’impression que tu es en vie. Il y a tellement de gens qui t’ont écrit. Qui ont posté des photos, des poèmes et des mots en souvenir de toi. Après ta mort, presque tous tes amis ont écrit sur ton mur. Je regarde tous les jours s’il y a quelque chose de nouveau. Beaucoup ont dit que ton sourire leur manquait. Que tu étais la meilleure. Que tu les avais marqués. Mais maintenant plusieurs jours s’écoulent entre les messages. Tu es la seule qui puisse lire ce que j’écris. Je me suis connectée à ton compte pour changer les paramètres. Si un jour on se retrouve, de l’autre côté, je ne veux pas qu’il y ait des choses à régler entre nous.

Eli Anne Storfjord >> Amalie Storfjord
7 octobre
Ma chère sœur,

On a grandi dans cette maison. Le matin, on se préparait ensemble dans la salle de bains, on prenait ensemble le petit-déjeuner dans la cuisine, et on allait ensemble à l’école à vélo. Je savais que, quoi qu’il arrive, j’aurais toujours une amie. On ne pourra plus jamais s’asseoir sur le muret pour regarder les garçons pendant la récré. Plus jamais on ne restera dans nos lits à discuter jusqu’à ce que la lumière du jour se faufile derrière les rideaux. Plus jamais je ne sourirai en te voyant t’endormir avant moi, étendue sur le dos, les mains jointes sur la couette. Tu étais belle, on aurait dit que tu priais dans ton sommeil. Je t’entendais respirer. Ton souffle était si tranquille.

Eli Anne Storfjord >> Amalie Storfjord
8 octobre
Ma chère sœur,

Dans la classe, personne ne me demande pourquoi j’ai arrêté l’école de musique. Ils savent que tu es morte, et que je ne veux pas faire seule les allers-retours à Trondheim. Ils savent que je n’en ai pas la force. Pendant la récré, j’ai du mal à parler aux autres et, quand je souris, je sens que c’est faux. Mon sourire n’arrive pas jusqu’à mon regard. Hier, j’ai pris le bus mais je ne suis pas descendue à l’arrêt devant le lycée. J’ai préféré passer par les grands escaliers. Compter les marches, pour voir s’il y en avait toujours le même nombre. En ce moment, j’ai du mal à me concentrer. Mes pensées m’échappent. Pendant les cours, je n’entends pas ce que disent les profs. Je regarde la lampe verte accrochée au mur de la classe, elle me fait penser à une gerbe de fleurs.

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Les loyautés – Delphine de Vigan

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – mars 2018 – 4h07 – Lu par Marie Bouvier, Odile Cohen, Olivier Martinaud

JC Lattès – janvier 2018 – 208 pages

Quatrième de couverture :
« Chacun de nous abrite-t-il quelque chose d’innommable susceptible de se révéler un jour, comme une encre sale, antipathique, se révélerait sous la chaleur de la flamme ? Chacun de nous dissimule-t-il en lui-même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ? »

Auteur : Delphine de Vigan est notamment l’auteure de No et moi et de Rien ne s’oppose à la nuit. Son dernier roman, D’après une histoire vraie, a obtenu le Prix Renaudot et le Prix Goncourt des lycéens et la version audio, lue par Mariane Épin, a été récompensée par le Prix Audiolib 2016. Ses livres sont traduits dans le monde entier.

Lecteurs : Marie Bouvier est une comédienne éclectique que l’on peut voir au théâtre, au cinéma, où à la télévision. En 2009, elle a commencé à prêter sa voix pour l’émission Métropolis d’Arte, puis à de nombreux autres documentaires. On peut également l’entendre régulièrement dans les dramatiques de France Culture. Entré dans sa palette depuis 2015, le livre audio est devenu son pêché mignon.
Odile Cohen a commencé sa carrière au théâtre sous la direction de Robert Hossein et Daniel Mesguich. Elle est la voix française attitrée de Renée Zellweger, qui a incarné Bridget Jones au cinéma.
Comédien et metteur en scène, Olivier Martinaud a été formé au Conservatoire supérieur d’art dramatique. On le retrouve au cinéma, à la télévision pour Arte, et à la radio pour France Inter et France Culture, il prête également sa voix pour des émissions, documentaires et fictions.

Mon avis : (écouté en avril 2018)
J’ai écouté ce livre audio d’une traite, un dimanche après-midi. Cette histoire est dite à 4 voix. Celles d’Hélène Destrée, professeur principale dans un collège, ses élèves Théo Lubin et Mathis Guillaume âgés de 12 ans et demi et Cécile Guillaume, la mère de Mathis.
Hélène s’est aperçu que Théo allait de plus en plus mal. Ayant été elle-même battue dans son enfance, le comportement de Théo la renvoie à son enfance, elle est persuadée que Théo est victime de maltraitance. Sans preuve, sa hiérarchie lui interdit d’intervenir…
Théo est en garde alternée chez des parents qui ne communiquent plus du tout. Sa mère est toujours en colère contre son père. Son père n’a plus de travail et est en pleine dépression.
Mathis, le meilleur ami de Théo, vit dans un foyer uni.
Cécile est une femme traumatisée par ses origines et après 20 ans de mariage, elle découvre une part d’ombre de son mari.
Le lecteur est spectateur de cette histoire et de la détresse de ses différents personnages et des « loyautés » qui lient entre eux et les empêchent d’agir : loyauté de Théo vis à vis de son père, loyauté de Mathis pour Théo, loyauté de Cécile vis à vis de son fils, loyauté d’Hélène vis à vis de ses élèves ou de son travail…
L’histoire est forte et dérangeante, on ne peut qu’avoir de l’empathie pour Théo, Mathis, Hélène et Cécile.
Je regrette une conclusion de l’histoire un peu brutale, en plein action et je suis restée sur sa faim tellement la fin est ouverte…

Merci Pauline et Audiolib pour cette lecture inoubliable.

 

Extrait : (début du livre)
Les loyautés.
Ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres – aux morts comme aux vivants –, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d’ordre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de nos mémoires.
Ce sont les lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps, les valeurs au nom desquelles nous nous tenons droits, les fondements qui nous permettent de résister, les principes illisibles qui nous rongent et nous enferment. Nos ailes et nos carcans.
Ce sont les tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves.

HÉLÈNE

J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon de se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas. Les coups je les ai reçus quand j’étais gosse et les marques je les ai cachées jusqu’au bout, alors à moi, on ne me la fait pas. Je dis le gamin parce que franchement il faut les voir, les garçons, à cet âge-là, avec leurs cheveux fins comme ceux des filles, leur voix de petit poucet, et cette incertitude qui colle à leurs mouvements, il faut les voir s’étonner grands yeux écarquillés, ou se faire engueuler, mains nouées derrière le dos, la lèvre tremblotante, on leur donnerait le bon Dieu sans confession. Pourtant, il n’y a aucun doute, c’est à cet âge-là que ça commence, les vraies conneries.

Quelques semaines après la rentrée, j’ai demandé un entretien avec le Principal au sujet de Théo Lubin. Il a fallu que j’explique plusieurs fois. Non, pas de traces ni de confidences, c’était quelque chose dans l’attitude de l’élève, une sorte de claustration, une manière particulière de fuir l’attention. Monsieur Nemours a commencé par rire : fuir l’attention, mais n’était-ce pas le cas de la moitié de la classe ? Oui, bien sûr que je savais de quoi il parlait : cette habitude qu’ils ont de se tasser sur leur chaise pour ne pas être interrogés, de plonger dans leur sac ou de s’absorber soudain dans la contemplation de leur table comme si la survie de tout l’arrondissement en dépendait. Ceux-là, je les repère sans même relever les yeux. Mais cela n’avait rien à voir avec ça. J’ai demandé ce qu’on savait de l’élève, de sa famille. On devait bien pouvoir trouver quelques éléments dans le dossier, des remarques, un signalement antérieur. Le Principal a repris avec attention les commentaires rédigés sur les bulletins, plusieurs professeurs ont en effet observé son mutisme l’année dernière, mais rien de plus. Il me les a lus à voix haute, « élève très introverti », « il faut participer en classe », « bons résultats mais élève trop silencieux », et j’en passe. Les parents sont séparés, le gamin en garde alternée, rien que de très banal. Le Principal m’a demandé si Théo était lié avec d’autres garçons de la classe, je ne pouvais pas dire le contraire, ils sont toujours fourrés ensemble, tous les deux, ils se sont bien trouvés, même figure d’ange, même couleur de cheveux, même carnation claire, on croirait des jumeaux. Je les observe par la fenêtre quand ils sont dans la cour, ils forment un seul corps, farouche, une sorte de méduse qui se rétracte d’un coup lorsqu’on l’approche, puis s’étire de nouveau une fois le danger passé. Les rares moments où je vois Théo sourire, c’est quand il est avec Mathis Guillaume et qu’aucun adulte ne franchit leur périmètre de sécurité.

 

 

 

 

Ring Est – Isabelle Corlier

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

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810MRJ3TcmL Ker – février 2018 – 280 pages

Quatrième de couverture :
Plongée dans le monde de la justice bruxelloise…
Le corps d’un homme battu à mort est découvert sur une aire de parking, non loin du Ring de Bruxelles. Aubry Dabancourt, juge d’instruction, est chargé de l’enquête.Une aubaine pour le magistrat qui compte bien tout faire pour que le mort emporte son secret dans la tombe.Un polar sombre et déroutant à travers les rues de Bruxelles !

Auteur : Isabelle Corlier est née à Namur en 1977 et vit depuis plus de vingt ans à Bruxelles. Elle nourrit une tendresse particulière pour le ciel plombé, les pavés mouillés, le peuple bigarré et la langue bizarre de son pays natal.

Mon avis : (lu en avril 2018)
Comme dans la série Colombo, le lecteur connaît le meurtrier dès les premières pages… Il assiste au meurtre. Suite à une altercation entre deux conducteurs, le corps d’un homme battu à mort est découvert sur une aire de parking, non loin du Ring de Bruxelles.
Différents protagonistes plus ou moins lointains de l’enquête vont être tour à tour les narrateurs, et le lecteur va suivre les différents points de vues et le jeu du chat et de la souris du meurtrier avec ceux-ci…
Aubry Dabancourt est le juge d’instruction en charge de l’enquête.

Zakaria est un jeune enquêteur prometteur chargé de l’enquête.
Inge est une étudiante en criminologie.
Stefi est la maîtresse de la victime, elle avait rendez-vous avec lui ce soir là et il n’est jamais venu.
Un homme anonyme est le témoin du meurtre, comme il a déjà également des actes à se reprocher, il n’ira pas de lui-même témoigner.
Armelle est journaliste, elle entretient une relation amoureuse avec Zakaria.
Le Ring (c’est à dire le périphérique) et Bruxelles sont également des personnages à part entière du roman.
J’ai trouvé ce polar urbain belge palpitant, original dans sa forme et intéressant car l’auteur aborde également en arrière plan quelques sujets de société très actuels comme les violences faites aux femmes, les préjugés, la multiculturalité, les difficultés d’assimilation culturelle, la violence animale…
Et pour ajouter à l’identité belge du roman, j’ai découvert quelques termes du patois bruxellois avec en note de bas de page la traduction en français…

Merci Babelio et les éditions Ker pour cette belle découverte !

NB : C’est surprenant que cette maison d’édition belge utilise et revendique le mot breton Ker (le village) comme nom…

 

Extrait : Prologue
– Est-ce que je pourrais tuer quelqu’un ?
Il avait ruminé la question, soucieux d’apporter la réflexion nécessaire à un sujet auquel la réponse semblait évidente. Il avait fini par se lancer sur un raclement de gorge.
– Tout dépend des circonstances, bien sûr, mais oui, si la situation l’exigeait, sans hésiter.
Elle avait hoché la tête et sorti une jambe nue de sous la couette pour l’enrouler autour des mollets du garçon, l’emprisonner dans le ciseau de ses cuisses et l’attirer au creux d’elle. Aubry avait aussitôt rejeté les draps pour se pencher sur elle avec gourmandise.
Une douleur inattendue lui serra la gorge quand il reconnut la tache de naissance sur le haut de la hanche.
Il l’avait oubliée.
La mémoire lui revint d’un coup, comme un boomerang lancé à pleine vitesse. C’était il y a quinze ans. Un orage grondait et ils avaient décidé de rester dans son kot (1) pour étudier.
– Tu pourrais me tuer ?
Une ombre attira son attention et transforma la scène. L’homme de tout à l’heure, debout au centre de la pièce, le club de golf le long du bras, ruisselait de sang sous la pluie et la boue. Il se tourna vers Caroline qui souriait toujours et avança vers elle.
Aubry vit le fer se lever, l’acier briller. Il voulait crier, mais aucun son ne sortait de sa gorge. Se précipiter sur eux, mais ses pieds étaient soudés au sol.
Il entendit Lily hurler.
Et le bruit des voitures sous la pluie.

(1) Chambre d’étudiant

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Le mois belge
(jour des Mauvais genres)

La Chorale des dames de Chilbury – Jennifer Ryan

Lu en partenariat avec Albin Michel

91Netsp2frL Albin Michel – mars 2018 – 460 pages

traduit de l’anglais par Françoise du Sorbier

Titre original : The Chilbury ladies’ choir, 2018

Quatrième de couverture :
1940. Un paisible village anglais voit partir ses hommes au front. Restées seules, les femmes affrontent une autre bataille : sauver la chorale locale pour défier la guerre en chantant. Autour de Miss Primrose Trent, charismatique professeur de chant, se rassemble toute une communauté de femmes, saisie dans cet étrange moment de liberté : Mrs. Tilling, une veuve timide ; Venetia, la « tombeuse » du village ; Silvie, une jeune réfugiée juive; Edwina, une sage-femme qui cherche à fuir un passé sordide. Potins, jalousies, peurs, amours secrètes… Entre rires et larmes, Jennifer Ryan, s’inspirant des récits de sa grand-mère qui a vécu le conflit depuis un petit village du Kent, sonde les âmes de ce chœur que vous n’êtes pas près d’oublier.

Auteur : Née dans un petit village du Kent, Jennifer Ryan a été éditrice à Londres avant de partir à Washington avec sa famille. Plusieurs de ses nouvelles ont été publiées dans des revues littéraires. La Chorale des dames de Chilbury est son premier roman.

Mon avis : (lu en mars 2018)
J’ai dévoré ce livre lors du dernier week-end pluvieux… Ce livre m’a fait penser à un autre roman : Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates.
L’auteure s’est inspirée des histoires de sa propre grand-mère ainsi que d’extraits de journaux intimes tenus par des femmes de l’époque pour écrire ce beau roman plein de vie et de tendresse.
C’est une histoire typiquement britannique à propos d’une communauté de femmes qui contribuent à l’effort de guerre, essayant de survivre et de vivre leur vie pendant que le monde s’effondre autour d’elles. L’histoire est racontée au lecteur à travers de lettres échangées et d’extraits de journaux intimes de plusieurs personnages du petit village anglais de Chilbury de mars 1940 à août 1940.
Tout commence avec la décision du pasteur de dissoudre la chorale du village puisque tous les hommes ou presque sont partis à la guerre. Mais l’arrivée à Chilbury de miss Primerose Trent, dite Prim, professeur de chant, va permettre à la chorale de renaître avec uniquement des voix féminines. La chorale va fédérer les femmes. C’est l’occasion de se réunir pour se soutenir, pour rendre hommage aux disparus, pour se sentir vivantes, pour défier cette guerre et ses horreurs…
Avec les voix de Mrs Tilling, des sœurs Venetia et Kitty, de Silvie et d’Edwina, le quotidien de Chilbury est raconté avec ses joies et ses peines, ses  bombardements et ses morts, ses naissances et ses amours… Selon leur âge, leur vie et leurs rêves elles partagent avec nous leurs préoccupations et leurs doutes durant cette période troublée. Les personnages sont le plus souvent attachants et j’ai passé un très bon moment en compagnie des Dames de la chorale de Chilbury !
Merci Claire et Albin Michel pour m’avoir permis de savourer ce premier roman choral.

Extrait : (début du livre)
Premier enterrement de la guerre, et notre petite chorale de village ne pouvait tout simplement pas chanter juste. « Saint, saint, saint » boitait comme si nous étions un brouhaha de moineaux bavards. Mais ce n’était pas à cause de la guerre, ou le jeune scélérat Edmund Winthrop torpillé dans son sous-marin, ou même la conduite abyssale du Vicaire. Non, c’était parce que c’était la dernière performance du Chilbury Choir. Notre chanson de cygne. 
« Je ne vois pas pourquoi on devrait arrêter », a lancé sèchement Mrs. B. quand nous nous sommes assemblées ensuite dans le cimetière brumeux. « Ce n’est pas comme si nous étions une menace pour la sécurité nationale. »
– Tous les hommes sont partis, ai-je soufflé en retour, consciente que nos voix portaient de façon gênante dans la foule réunie pour l’enterrement. « Le pasteur dit qu’il ne peut pas y avoir de chœur sans hommes.
– Et pourquoi, sous prétexte que les hommes sont partis à la guerre, devrions-nous dissoudre la chorale ? Au moment précis où nous en avons le plus besoin ! Non mais, qu’est-ce qu’il va supprimer ensuite ? Ses carillonneurs bien-aimés ? Le culte du dimanche ? Noël ? Il y a des limites ! » Elle a croisé les bras exaspérée. « D’abord, on nous confisque nos hommes pour les envoyer combattre, ensuite on nous force à travailler, nous autres femmes, puis on rationne la nourriture et maintenant, on dissout notre chorale. D’ici à ce que les nazis arrivent, il ne restera plus rien, sauf une poignée de malheureuses prêtes à se rendre.
– Mais c’est la guerre, ai-je répliqué, essayant de tempérer ses récriminations. Nous autres femmes devons assumer une charge de travail supplémentaire pour la bonne cause. Cela ne me dérange pas de faire l’infirmière à l’hôpital, même si c’est assez lourd, en plus de mes tâches au dispensaire du village qu’il faut maintenir ouvert.
– La chorale fait partie de la vie de Chilbury depuis l’aube des temps. Il y a quelque chose de réconfortant à chanter ensemble. » Elle a bombé le torse, sa haute silhouette carrée évoquant celle d’un maréchal corpulent.
Le cortège a pris la direction du manoir de Chilbury pour le verre de sherry et le sandwich au concombre de rigueur.

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