Les victorieuses – Laetitia Colombani

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – novembre 2019 – 5h28 – Lu par l’autrice

Grasset – mai 2019 – 224 pages

Quatrième de couverture :
Brillante avocate, Solène tente de se reconstruire après un burn-out. Acceptant une mission bénévole d’écrivain public, elle est envoyée au Palais de la Femme, vaste foyer au coeur de Paris. Les résidentes s’appellent Binta, Sumeya, Cvetana, Salma ou la Renée et viennent du monde entier. Lorsqu’elles voient arriver Solène, elles se montrent méfiantes. Solène vacille mais s’acharne, bien décidée à trouver sa place auprès de ces femmes aux destins tourmentés.
Un siècle plus tôt, Blanche Peyron oeuvre en faveur des démunis. Elle a voué sa vie à l’Armée du Salut et rêve d’offrir un refuge à toutes les exclues de la société. Le chemin est ardu, mais Blanche ne renonce jamais.
Laetitia Colombani donne vie à ces Victorieuses anonymes, à Blanche l’oubliée, et  toutes celles qui refusent de se résigner. Un hymne à la solidarité prodigieusement romanesque, porté par la lecture délicate de l’autrice elle-même.

Auteur : Laetitia Colombani est romancière, cinéaste et comédienne. Son premier roman, La Tresse, s’est vendu à un million d’exemplaires en France et a été traduit en 33 langues. Il est en cours d’adaptation au cinéma par l’autrice. Il a également été décliné en album jeunesse, La Tresse ou le voyage de Lalita.

Mon avis : (écouté en décembre 2019)
C’est grâce au Café Lecture que j’ai eu envie de découvrir ce livre dont la couverture ne me donnait pas du tout envie de m’y plonger…
Dans ce roman, Laetitia Colombani nous raconte une histoire, ou plutôt deux, autour des femmes marginalisées, exclues de la société et du bénévolat.
La première se passe de nos jours, Solène est une jeune avocate qui tente de se reconstruire après un burn out. Son psychiatre l’encourage à sortir de chez elle et à faire une activité tournée vers les autres… Sans grande conviction, elle accepte de tenir une permanence hebdomadaire comme écrivain public au « Palais de la Femme », rue de Charonne à Paris, dans un centre d’accueil pour femmes. Une expérience enrichissante et bouleversante pour Solène, son regard et ses valeurs vont évoluer au côté de ses femmes cabossées de la vie, venues chercher refuge dans cette Maison. Des femmes du bout du monde comme d’à côté, venue de la rue, victimes de leur mari, des coutumes de leur pays, de maltraitances… Solène est venue donner du temps, elle va recevoir beaucoup plus de toutes ses femmes qui n’ont rien.
Dans la seconde, Laetitia Colombani nous raconte la naissance de l’Armée du Salut en France et en particulier, rend hommage à Blanche Peyron qui créa le « Palais de la Femme » à Paris.
1925, engagés dans l’Armée du Salut, Blanche Peyron et son mari Albin ont déjà ouvert des refuges pour les sans abris à Paris et en Province. Ils ne ménagent pas leur peine. Combattante, engagés et tenace, Blanche Peyron a consacré sa vie aux autres et particulièrement aux femmes les plus démunies.
Le « Palais de la Femme », au si beau nom, est une vraie Tour de Babel, un lieu vivant, un lieu d’espoir où se côtoie le magnifique et le tragique, le drôle et l’insolite, le lecteur est ému et touché.
Dans cette version audio, il y a en bonus un entretien avec l’auteure, toujours très intéressant. Elle revient sur le succès de son premier roman « La tresse » et raconte la genèse de ce roman.

Merci Pauline et Audiolib pour cette lecture pleine d’humanité.

Extrait : (début du livre)
Tout s’est passé en un éclair. Solène sortait de la salle d’audience avec Arthur Saint-Clair. Elle s’apprêtait à lui dire qu’elle ne comprenait pas la décision du juge à son encontre, ni la sévérité dont il venait de témoigner. Elle n’en a pas eu le temps.
Saint-Clair s’est élancé vers le garde-corps en verre et l’a enjambé.
Il a sauté de la coursive du sixième étage du palais.
Durant quelques instants qui ont duré une éternité, son corps est resté suspendu dans le vide. Puis il est allé s’écraser vingt-cinq mètres plus bas.
La suite, Solène ne s’en souvient pas. Des images lui apparaissent dans le désordre, comme au ralenti. Elle a dû crier, certainement, avant de s’effondrer.
Elle s’est réveillée dans une chambre aux murs blancs.
Le médecin a prononcé ces mots : burn out. Au début, Solène s’est demandé s’il parlait d’elle ou de son client. Et le fil de l’histoire s’est reconstitué.
Elle connaissait depuis longtemps Arthur Saint-Clair, un homme d’affaires influent mis en examen pour fraude fiscale. Elle savait tout de sa vie, les mariages, les divorces, les petites amies, les pensions alimentaires versées à ses ex-femmes et ses enfants, les cadeaux qu’il leur rapportait de ses voyages à l’étranger. Elle avait visité sa villa à Sainte-Maxime, ses somptueux bureaux, son superbe appartement du VIIe arrondissement de Paris. Elle avait reçu ses confidences et ses secrets. Solène avait passé des mois à préparer l’audience, ne laissant rien au hasard, sacrifiant ses soirées, ses vacances, ses jours fériés. Elle était une excellente avocate, travailleuse, perfectionniste, consciencieuse. Ses qualités étaient unanimement appréciées dans le cabinet réputé où elle exerçait. L’aléa judiciaire existe, tout le monde le sait. Pourtant, Solène ne s’attendait pas à une telle sentence. Pour son client, le juge a retenu la prison ferme, des millions d’euros de dommages et intérêts.

Les roses de la nuit – Arnaldur Indridason

Lu en partenariat avec Babelio

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Anne-Marie Métailié – octobre 2019 – 236 pages

traduit de l’islandais par Eric Boury

Titre original : Dauðarósir, 1998

Quatrième de couverture :
A la sortie d’un bal, un couple pressé se réfugie dans le vieux cimetière, mais au cours de leurs ébats la jeune femme voit un cadavre sur une tombe et aperçoit une silhouette qui s’éloigne. Elle appelle la police tandis que son compagnon, lui, file en vitesse. Le commissaire Erlendur et son adjoint Sigurdur Oli arrivent sur les lieux pour découvrir la très jeune morte abandonnée sur la tombe fleurie d’un grand homme politique originaire des fjords de l’Ouest.
La victime a 16 ans, personne ne la connaît, elle se droguait. Erlendur questionne sa fille Eva Lind, qui connaît bien les milieux de la drogue pour en dépendre. Elle lui fournit des informations précieuses et gênantes à entendre pour un père. Il s’intéresse aussi à la tombe du héros national et va dans les fjords de l’Ouest où il découvre une amitié enfantine et une situation sociale alarmante. La vente des droits de pêche a créé un grand chômage et une émigration intérieure massive vers Reykjavík, dont les alentours se couvrent d’immeubles modernes pour loger les nouveaux arrivants. Sigurdur Oli, lui, s’intéresse plutôt à la jeune femme qui les a appelés.
Le parrain de la drogue, vieux rocker américanisé et proxénète, est enlevé au moment où la police révèle ses relations avec un promoteur immobilier amateur de très jeunes femmes. Pendant ce temps, contre toute déontologie, Sigurdur Oli tombe amoureux de son témoin.
Avec son duo d’enquêteur emblématique et classique, Erlendur, le râleur amoureux de l’Islande, et Sigurdur Oli, le jeune policier formé aux États-Unis, Indridason construit ses personnages et nous révèle leur passé, tout en développant une enquête impeccable dans laquelle on perçoit déjà ce qui fait l’originalité de ses romans : une grande tendresse pour ses personnages et une économie de l’intrigue exceptionnelle.

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavík en 1961. Diplômé en histoire, il est journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs couronnés de nombreux prix prestigieux, traduits dans 40 langues et vendus à plus de 13 millions d’exemplaires.

Mon avis : (lu en novembre 2019)
Chronologiquement, c’est la deuxième enquête d’Erlendur. Elle se situe entre « Les fils de la poussière »(premier livre de l’auteur, traduit seulement en 2018), que je n’ai pas encore lu, et « La cité des jarres ». C’est également, le deuxième roman policier écrit par Arnaldur Indridason et n’avait toujours pas été traduit en français.
J’ai toujours beaucoup de plaisir à retrouver Erlendur, déjà ombrageux et au prise à des problèmes avec ses enfants jeunes adultes. Avec l’inspectrice Elinborg et le jeune et ambitieux Sigurdur Oli, ils forment une équipe efficace.
Le corps d’une jeune fille est découvert dans un cimetière, sur la tombe du président Jon Sigurdsson, chef du mouvement pour la paix et l’indépendance de l’Islande au XIXème siècle. La victime, Birta, est une jeune fille paumée, droguée, trop seule qui se prostitue également. L’enquête s’oriente vers la région d’origine de la victime qui est également celle de Jon Sigurdsson, celle des Fjords de l’Ouest.
Les pistes sont nombreuses et l’enquête piétine.
L’enquête mène le lecteur vers les milieux de la drogue et de la prostitution, sur fond de trafic de quotas de pêche dans les fjords de l’ouest. C’est aussi l’occasion de découvrir la spéculation immobilière autour de Reykjavik et la crise qui pousse les pêcheurs des fjords de l’ouest à quitter leurs villages.
En parallèle à l’enquête, le lecteur en apprend un peu plus sur les relations d’Erlendur avec ses deux enfants, Sindri Snaer, le fils, est alcoolique multipliant les cures de désintoxication, Eva Lind, la fille, est droguée, elle fréquente des lieux plus ou moins sordides. Tout deux lui reprochent de les avoir abandonnés trop jeunes, en divorçant avec leur mère.
Une enquête parfois un peu brouillonne, mais très intéressante pour ceux qui veulent découvrir l’histoire et les paysages de l’Islande, et pour moi qui suis une inconditionnelle  d’Erlendur j’aime le découvrir un peu plus.

Extrait : (début du livre)
Ils avaient découvert le corps sur la tombe de Jon Sigurdsson, le héraut de l’Indépendance, dans le vieux cimetière de la rue Sudurgata. Assise à califourchon sur le jeune homme, c’était elle qui l’avait vu en premier.
Ils avaient remonté Sudurgata en se tenant par la main après avoir quitté l’hôtel Borg. Il l’avait prise dans ses bras et l’avait embrassée. Elle lui avait rendu son baiser, d’abord tendrement, puis en y mettant plus de passion et en se laissant emporter par sa fougue. Ils étaient partis de l’hôtel Borg vers trois heures du matin et avaient traversé la foule qui envahissait le centre. Il faisait beau, c’était peu après le solstice d’été.
Il l’avait invitée à dîner. Ils ne se connaissaient pas encore très bien, ce n’était que leur troisième rendez-vous. Elle possédait des parts dans une société de conception de logiciels dont il était également actionnaire. Génies de l’informatique depuis leur plus jeune âge, ils s’étaient bien entendu dès leur première rencontre. Au bout de quelques semaines, il avait pris l’initiative de l’inviter au restaurant de l’hôtel Borg. Ils avaient répété l’expérience deux fois. Quelque chose dans l’air indiquait que cette soirée ne se terminerait pas de la même manière que les deux autres où il l’avait reconduite chez elle. Ce soir-là, ni elle ni lui n’avaient pris leur voiture. Elle lui avait proposé au téléphone qu’il la raccompagne chez elle à pied et qu’ils prennent un café. Un café ! s’était-il dit avec un sourire entendu.
Ils s’étaient échauffés en dansant à l’hôtel Borg. Blonde, les cheveux courts, svelte mais le visage poupin, elle était vêtue d’une jolie veste beige et d’un legging assorti. Le foulard de soie qu’il avait au cou était selon elle le signe d’une certaine vanité. Il portait le costume Armani qu’il avait acheté récemment dans une boutique de mode pour la séduire. C’était réussi.
Il avait été surpris quand, ayant quitté le centre, elle lui avait proposé de prendre un raccourci par le vieux cimetière pour rentrer chez elle. Il s’était senti plutôt gêné quand il l’avait embrassée et que son sexe avait durci dans son caleçon, il avait eu peur qu’elle s’en aperçoive. Et elle n’avait pas manqué de le remarquer. Ça lui avait rappelé son adolescence et les bals du lycée où elle dansait avec des garçons constamment en érection. Les pauvres, il leur en fallait bien peu, se disait-elle alors, et là, cette pensée lui revenait. Il n’y avait pratiquement pas de circulation dans la rue. Ils avaient enjambé le mur du cimetière à l’angle nord-est où repose la respectable famille Thoroddsen. Puis ils avaient longé les tombes, lui en prenant garde à ne pas salir son costume.

Déjà lu du même auteur :

la_cit__des_jarres La Cité des jarres  la_femme_en_vert La Femme en vert

la_voix La Voix l_homme_du_lac L’Homme du lac hiver_arctique Hiver Arctique

hypothermie Hypothermie la_rivi_re_noire La rivière noire betty Bettý

la_muraille_de_lave La muraille de lave etranges_rivages Etranges rivages

91768788 La cité des jarres 95359847 Le Duel

105501958 Les nuits de Reykjavik 110108840 Le lagon noir

9782367623085-001-X Opération Napoléon 9782367627595-001-T Passage des ombres

71UbDwTos8L Ce que savait la nuit

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Police – Hugo Boris

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – août 2019 – 3h30 – Lu par Axelle Lafont

Grasset – août 2016 – 198 pages

Pocket – septembre 2017 – 176 pages

Quatrième de couverture :
Ils sont gardiens de la paix. Des flics en tenue, ceux que l’on croise tous les jours et dont on ne parle jamais, hommes et femmes invisibles sous l’uniforme.
Un soir d’été caniculaire, Virginie, Érik et Aristide font équipe pour une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Mais Virginie, en pleine tempête personnelle, comprend que ce retour au pays est synonyme de mort. Au côté de leur passager tétanisé, toutes les certitudes explosent. Jusqu’à la confrontation finale, sur les pistes de Roissy-Charles-de-Gaulle, où ces quatre vies s’apprêtent à basculer.
En quelques heures d’un huis clos tendu à l’extrême se déploie le suspense des plus grandes tragédies. Comment être soi, chaque jour, à chaque instant, dans le monde tel qu’il va ?

Auteur : Hugo Boris est l’auteur de quatre romans très remarqués, Le Baiser dans la nuque (2005), La Délégation norvégienne (2007), Je n’ai pas dansé depuis longtemps (2010) et Trois grands fauves (2013). Ce dernier a reçu un excellent accueil médiatique (prix Thyde Monnier 2013, prix Millepages 2013, finaliste du prix du roman Fnac).

Lecteur : Actrice, autrice et réalisatrice, Axelle Laffont a commencé à se faire connaitre sur la chaîne Comédie dans La Grosse Émission suivie de Nulle Part ailleurs sur Canal +. Elle tourne en parallèle dans des comédies 3 Zéros, Je déteste les enfants des autres ou encore Paulette. Plus tard, elle écrit et joue ses deux one-woman-show La folie du spectacle et Hypersensible. Elle a également réalisé une mini-série, Addict, pour Canal + et un long métrage Milf, sorti en 2018.

Mon avis : (écouté en octobre 2019)
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce livre n’est pas un roman policier, mais un roman sur des policiers… Le lecteur va accompagner durant une soirée d’été une brigade de trois policiers, Virginie, Aristide et Erik qui ont une mission inhabituelle, celle de prendre en charge un réfugié Tadjike en situation irrégulière et de le convoyer jusqu’à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle.
Le lecteur assiste à un huis clos dans cette voiture de police, Virginie va ouvrir le dossier du réfugié et apprendre que l’expulsion de ce dernier vers son pays le condamne à mort. Que faire ? Obéir et faire docilement le travail ? Laisser une chance de s’échapper au  réfugié ? Le Tadjike est mutique, résigné…
J’ai écouté ce roman coup de poing d’une traite, en une après-midi. La rudesse du quotidien et la complexité du rôle de la police sont mises en évidence à travers les états d’âme de Virginie et de ses deux collègues. Les descriptions sont très réalistes, la tension augmente inexorablement et malgré la noirceur de la situation, les personnages sont emprunts d’une rare humanité.

Merci Pauline et les éditions Audiolib pour cette lecture coup de poing.

Extrait : (début du livre)
Le sang sur son treillis n’est pas le sien. Elle est intervenue sur une bagarre plus tôt dans la journée, se sera salie à cette occasion. Elle est seule dans le vestiaire, debout à côté du lavabo, jambes nues sur le carrelage, à fouiller parmi les pantalons de son casier. Elle en passe un premier qui lui arrive à mi-ventre. Elle sait que le poids du ceinturon, de l’arme, du chargeur, des menottes et de la matraque fera redescendre le treillis au niveau des hanches. L’entrejambe traînera à mi-cuisse, si bas qu’elle aura l’air de porter un baggy, alors elle le laisse glisser à ses pieds, en pioche un autre dans la pile. La fourche du deuxième est plus haute, mais les jambes sont trop longues, pochent aux genoux. Elle en attrape un troisième qui la serre à la taille. Assise, elle aura du mal à respirer, alors elle essaye maintenant un modèle d’homme, coupe hiver, bien qu’elle soit une femme en été, et voilà qu’elle ressent un sentiment proche de la peur, une accélération du sang, un frémissement qui dirait la présence d’un danger alors qu’elle est seule devant une rangée d’armoires métalliques. Elle pourrait essayer en vain tous les pantalons de la police nationale, en commander dans toutes les tailles, tous les tissus, tester tous les patrons, français ou italiens, y épuiser ses huit cents points de capital annuel, aucun ne lui ira jamais.
Par terre, son gilet pare-balles tient tout seul, donne l’illusion qu’elle a arraché sa cage thoracique pour la poser là un instant. Elle s’est voûtée sous son poids au cours de la journée. Elle redresse la tête, son visage est le même dans le miroir du lavabo. Il ne trahit pas sa pensée, celle d’être une femme qui avorte demain. La permanence de ses traits ne cesse de l’étonner. Elle n’arrive pas à réconcilier ce qu’elle vit depuis plusieurs semaines et l’image inchangée dans le miroir, cette bouche, ce nez, ces yeux familiers. Au lieu d’une figure affaissée, de tissus qui feraient ventre, il y a toujours ce petit visage aigu et ces yeux gris, ce léger strabisme accentué seulement par la fatigue, qui lui vaut de n’être pas jolie mais piquante, cet air indocile qui fait son charme à la fin.
Une collègue entrebâille la porte, passe la tête.
— Virginie, les autres sont d’accord.
Ce soir, son équipage a accepté une mission hors circonscription qui va déborder l’horaire de fin de service. C’est elle qui a dit oui la première, sans savoir de quoi il s’agissait exactement. Elle a embauché en début d’après-midi. Elle ferait une double vacation sans dételer si on le lui permettait.
— Vous avez rendez-vous au Centre de rétention administrative de Vincennes, avenue de Joinville, pour assistance dans le cadre d’une mission d’escorte.

Déjà lu du même auteur :

je_n_ai_pas_dans__depuis_longtemps Je n’ai pas dansé depuis longtemps

 

La soif – Jo Nesbø

Lu en partenariat avec Folio

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Folio – août 2019 – 736 pages

Gallimard – octobre 2017 – 624 pages

traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier

Titre original : Tørst, 2017

Quatrième de couverture :
Une jeune femme est assassinée après un rendez-vous pris sur un site de rencontres. Les violentes marques de morsures dans son cou laissent les enquêteurs sans voix.
Deux jours plus tard, le corps d’une autre utilisatrice de ce site est découvert, mutilé de la même façon. Pour le chef de la police, un seul homme peut identifier ce tueur. Mais Harry Hole, libéré de ses démons et heureux avec son épouse, s’est promis de ne plus mettre les siens en danger. Malgré tout, un détail de cette affaire l’intrigue, comme un écho d’une enquête classée depuis longtemps. Le destin le place face à un dilemme : mener une vie paisible et tirer un trait définitif sur son passé, ou arrêter enfin le seul criminel qui lui a échappé et qui continue de le hanter…

Auteur : Ancien footballeur, musicien et économiste, Jo Nesbo est né à Oslo en 1960.Il a été propulsé en France sur la scène littéraire avec L’homme chauve-souris, sacré en 1998 meilleur roman policier nordique de l’année. Sa série Harry Hole, traduite en près de cinquante langues et vendue à plus de quarante millions d’exemplaires dans le monde, a fait de lui un auteur incontournable.

Mon avis : (lu en octobre 2019)
En préparant ce billet, je me suis aperçue que c’était seulement mon deuxième Harry Hole lu, le premier datant de 2010… Cet épisode est le numéro 11 de la série.
Chronologiquement cet épisode se situe trois ans après la fin du précédent tome, « Police ». Harry Hole a quitté le terrain pour l’École supérieure de police où il est devenu maître de conférences.
Oslo, des femmes à la recherche de l’âme sœur surfent sur des applications de rencontres sans se douter qu’elles sont en danger… En effet, la police retrouve plusieurs femmes violemment assassinées après avoir eu un rendez-vous sur un site de rencontres. Le tueur semble être un adepte de vampirisme. L’inspectrice Katrine Bratt est en charge de l’enquête avec son équipe. Mais les premiers résultats tardent et le directeur de la police qui compte beaucoup sur la résolution de cette enquête pour ses ambitions politiques s’impatiente. Face à la complexité de ce cas hors norme, l’inspectrice Katherine Bratt rappelle Harry Hole, son ex-mentor pour prendre la tête d’une équipe parallèle. Ces meurtres vont lui rappeler ses vieux démons et une enquête non résolue.
L’intrigue est très rythmée, captivante, ancrée dans la société actuelle avec ses technologies et très souvent inquiétante…
Harry Hole est un personnage attachant, il est intuitif, réfléchi, franc mais il a aussi ses failles, ancien alcoolique… De nombreux autres personnages participent à l’enquête ou sont en marge de celle-ci. L’auteur en fait des portraits intéressants et précis. Il tisse entre eux des liens divers (d’amitié, de trahison, de pouvoir). Cela donne de l’épaisseur et ajoute de la complexité crédible à l’intrigue.

Merci Folio pour ces retrouvailles réussies avec Harry Hole, j’ai de nombreuses lectures en perspective si je veux rattraper mon retard !

Extrait : (début du livre)
Il fixait le néant blanc.
Comme il le faisait depuis trois ans.
Personne ne le voyait et il ne voyait personne. À part chaque fois que la porte s’ouvrait et aspirait suffisamment de vapeur pour lui permettre de distinguer un homme nu, l’espace d’une seconde, avant qu’elle se rabatte et que tout se nimbe de brouillard.
Les bains allaient bientôt fermer. Il était seul.
Il resserra le peignoir en éponge autour de sa taille, se leva de la banquette, sortit, passa devant le bassin vide, gagna les vestiaires.
Pas d’eau coulant dans les douches, pas de conversations en turc, pas de pieds nus sur les carreaux du sol. Il se contempla dans le miroir, passa un doigt le long de la cicatrice de sa dernière opération, qui était encore visible. Il avait mis du temps à s’habituer à son nouveau visage. Son doigt poursuivit sur le cou, la poitrine, s’arrêta à la naissance du tatouage.
Il ouvrit le cadenas de son casier, enfila son pantalon, passa sa veste par-dessus son peignoir encore humide, laça ses chaussures. Il s’assura une dernière fois qu’il était seul avant de rejoindre le casier dont le cadenas à chiffres avait une tache de peinture bleue. Il composa 0999 à l’aide des molettes, décrocha le cadenas et ouvrit le casier. Il admira une seconde l’imposant revolver qui se trouvait à l’intérieur avant d’en saisir la crosse rouge et de l’enfoncer dans la poche de sa veste. Puis il prit l’enveloppe et la décacheta. Une clef. Une adresse et des renseignements plus détaillés.
Le casier contenait encore un objet.
Peint en noir, fait de fer.
Il le leva d’une main à la lumière, examina la ferronnerie avec fascination.
Il allait devoir le laver, le récurer, mais il sentait déjà son exaltation à l’idée d’en faire usage.
Trois ans. Trois ans dans le néant blanc, dans un désert de jours vides de contenu.
Il était temps. Il était temps de boire la vie.
Temps de revenir.
Harry se réveilla en sursaut. Il fixa la pénombre de la chambre à coucher. C’était lui, de nouveau, il était de retour, il était là.
« Tu as fait un cauchemar, chéri ? »
La voix qui chuchotait à ses côtés était chaude et calme. Il se tourna vers elle. Ses yeux bruns scrutaient les siens. Et le fantôme pâlit, puis disparut.
« Je suis là, dit Rakel.
— Et je suis là, moi aussi, répondit-il.
— Qui c’était, cette fois ?
— Personne, mentit-il en posant la main sur sa joue. Dors. »
Harry ferma les yeux. Il attendit d’être sûr qu’elle dorme pour les rouvrir. Il explora le visage de Rakel. Il l’avait vu dans une forêt cette fois-ci. Paysage marécageux, enveloppé d’un brouillard blanc qui soufflait autour d’eux. Il levait la main, braquait quelque chose sur Harry. Harry avait juste eu le temps d’entrevoir le visage de démon tatoué sur sa poitrine nue avant que le brouillard ne se densifie et qu’il ne disparaisse. De nouveau.
« Et je suis là, moi aussi », répéta Harry Hole en chuchotant.

Déjà lu du même auteur :

l_homme_chauve_souris L’homme chauve-souris

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Les Mange-Mange – Zemanel

Lu en partenariat avec Flammarion Jeunesse

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Flammarion Jeunesse – Père Castor – octobre 2019 – 32 pages

Illustré par Madeleine Brunelet

Quatrième de couverture :
Un conte de Zemanel, d’après la tradition tchadienne.

Auteur : Comédien puis metteur en scène et auteur, Zemanel met en scène des ouvrages de Flammarion jeunesse, dont ses propres histoires, comme Dans le ventre du moustiqueLa sieste de MoussaLe petit hérisson partageur, Un travail de fourmis, ainsi que l’album Les Quatre Géants.

Illustratrice : Madeleine Brunelet a illustré de nombreux ouvrages, dont plusieurs Classiques chez Père Castor – Flammarion jeunesse comme La petite Poule Rouge et Aladin ou la lampe merveilleuse. Elle est également l’illustratrice de plusieurs Imagiers du Père Castor et auteure-illustratrice de la série « Les P’timounes ».

Mon avis : (lu en octobre 2019)
J’ai été élevée aux histoires du Père Castor et j’ai moi-même lu ces histoires à mes enfants lorsqu’ils étaient petits… Depuis 1931, ces histoires existent et encore aujourd’hui de nouveaux auteurs perpétuent cette tradition. Cela me ravie !
Cette histoire est inspirée d’un conte du Tchad,  qui met en scène un couple de paysans et leurs trois enfants, une famille unie, courageuse et pleine d’amour, ils habitent une case faite de terre et de paille et possèdent une vache maigre et cultivent un pauvre champ.
Les deux aînés, Azif et Assia sont deux enfants obéissants contrairement au petit dernier, Lunes qui n’en fait qu’à sa tête et dit trop souvent « non » à tout. 
Mais l’année a été très mauvaise et la famille perd sa récolte et sa maigre vache, un soir, ils sont ensemble tous les cinq dans leur petite case, on gratte à la porte…
Les Mange-Mange sont là. Ils sont trois démons qui viennent terroriser les gens lorsqu’il y a du mauvais temps. Ils s’invitent chez les gens et exigent de manger. Si on ne répond pas favorablement à leurs exigences, les Mange-Mange n’hésitent pas à dévorer sur le champ leur hôte et sa famille ! 
Que va faire le père pour protéger sa famille ? En particulier pour faire comprendre à Lunes qu’il faut obéir à ses parents…
Destiné aux jeunes enfants, voilà un très beau conte, très joliment illustrée qui offre à réfléchir sur la désobéissance et qui fait découvrir la vie d’une famille en Afrique.

Merci à Brigitte et à Flammarion Jeunesse pour ce retour à l’enfance.

Extrait : (début de l’album)
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Né d’aucune femme – Franck Bouysse

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – septembre 2019 – 9h09 – Lu par Cachou Kirsch et Simon Duprez

La Manufacture de livres – janvier 2019 – 334 pages

Quatrième de couverture :
Dans le secret du confessionnal, on confie au père Gabriel une mission. Récupérer à l’asile voisin, sous la jupe d’une femme dont il doit bénir le corps, de mystérieux cahiers. C’est ainsi que sortent de l’ombre les carnets de la jeune Rose, ceux dans lesquels elle a conté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin.

Auteur : Franck Bouysse, né en 1965 à Brive-la-Gaillarde, a été enseignant en biologie et se lance dans l’écriture en 2004. Ses romans Grossir le ciel en 2014, puis Plateau en 2016 et Glaise en 2017 rencontrent un large succès public et remportent de nombreux prix littéraires. Son roman Né d’aucune femme achève d’imposer Franck Bouysse comme un auteur français de premier plan. Il partage aujourd’hui sa vie entre Limoges et un hameau en Corrèze.

Lecteurs : Comédienne et musicienne bruxelloise, sociologue de formation, Cachou Kirsch jongle depuis 2003, avec un plaisir non dissimulé, entre grosses productions théâtrales et « petits » projets passionnants, entre la vivacité du jeune public et les studios d’enregistrement.
Après avoir étudié à l’École Nationale Supérieur d’Art Dramatique du Théâtre National de Strasbourg, Simon Duprez débute sa carrière de comédien sur les planches. Il rencontre Isabelle Pousseur en 2000 pour la création de Quai Ouest de Bernard-Marie Koltès et la retrouvera en 2006 pour Electre au Théâtre National de Bruxelles. Depuis, il poursuit sa carrière en Belgique en collaborant avec Rémi Pons, Judith Ribardière, Guillemette Laurent ou encore Sarah Siré.

Mon avis : (écouté en septembre 2019)
J’avais beaucoup aimé le livre « Grossir le ciel », mais la couverture de ce nouveau livre ne me donnait pas spécialement envie de le découvrir… Après de nombreux billets admiratifs, de nombreux Prix gagnés et une présentation enthousiaste au Café Lecture, j’ai fini par m’y intéresser et accepter d’écouter la version audio. 
Le père Gabriel est appelé pour bénir le corps d’une femme décédée à l’asile voisin. Il a pour mission de récupérer les cahiers où cette femme a raconté sa terrible vie. Elle s’appelait Rose, aînée de quatre filles d’un couple de paysans pauvres. A 14 ans, elle est vendue par son père au maître des Forges. Ainsi commence ce roman chorale autour du père Gabriel, de Rose, d’Onésime, son père, d’Elle, sa mère, d’Edmond, le palefrenier, de l’Enfant qui brosse le portrait bouleversant de Rose, une jeune femme réduite au rôle d’esclave.
Mon avis est mitigé, car cette histoire est très sombre, violente, cruelle et même perverse. J’ai vite été mal à l’aise par ce trop plein de scènes dérangeantes et insupportables.

Merci Pauline et Audiolib pour cette histoire de femme.

Extrait : (début du livre)
Il se trouvait quelque part plus loin que les aiguilles de ma montre.
Cela n’a pas encore eu lieu. Il ne sait rien du trouble. Ce sont des odeurs de printemps suspendues dans l’air frais du matin, des odeurs d’abord, toujours, des odeurs maculées de couleurs, en dégradé de vert, en anarchie florale confinant à l’explosion. Puis il y a les sons, les bruits, les cris, qui expriment, divulguent, agitent, déglinguent. Il y a du bleu dans le ciel et des ombres au sol, qui étirent la forêt et étendent l’horizon. Et ce n’est pas grand-chose, parce qu’il y a aussi tout ce qui ne peut se nommer, s’exprimer, sans risquer de laisser en route la substance d’une émotion, la grâce d’un sentiment. Les mots ne sont rien face à cela ils sont des habits de tous les jours, qui s’endimanchent parfois, afin de masquer la géographie profonde et intime des peaux ; les mots, une invention des hommes pour mesurer le monde.
À l’époque, je m’attendais à plus rien dans ma vie.
Taire les mots. Laisser venir. Il ne resterait alors rien que la peau nue, les odeurs, les couleurs, les bruits et les silences.
Ça faisait longtemps que je me racontais plus d’histoires.
Les histoires qu’on raconte, celles qu’on se raconte. Les histoires sont des maisons aux murs de papier, et le loup rôde.
J’avais renoncé à partir… Pour aller où, d’abord ?
Les retours ne sont jamais sereins, toujours nourris des causes du départ. Que l’on s’en aille ou que l’on revienne, de gré ou bien de force, on est lourd des deux.
Le soleil était en train de chasser la gelée blanche.
Le soleil-monstre suinte, duplique les formes qu’il frappe en traître, traçant les contours de grandes cathédrales d’ombre sans matière. C’est la saison qui veut ça.
Je le voyais pas. Comment j’aurais pu deviner ?
Il connaît cet endroit autrement qu’en souvenir. Quelque chose parle dans sa chair, une langue qu’il ne comprend pas encore.
Comment j’aurais pu imaginer qui il était ?
Il est grand temps que les ombres passent aux aveux.

Déjà lu du même auteur :

81LN3r3XCrL Grossir le ciel

 

Un chemin de tables – Maylis de Kerangal

Lu en partenariat avec Folio

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Folio – août 2019 – 106 pages

Seuil – mars 2016 – 112 pages

Quatrième de couverture :
« La plus grande violence de ce métier, tu sais, c’est que la cuisine exige qu’on lui sacrifie tout, qu’on lui donne sa vie. » Brasserie parisienne, restaurant étoilé, auberge gourmande, bistrot gastronomique : les tables défilent dans la vie de Mauro. Aux côtés de ce jeune chef en vogue, gardien d’un certain héritage, Maylis de Kerangal nous plonge dans l’univers méconnu de la restauration. Un monde fait de passion, de solidarité, mais aussi de violence et de fatigue. Un monde dans lequel la cuisine devient un langage qui s’invente, réunit et se partage, croqué avec brio par l’auteur de Réparer les vivants.

Auteur : Maylis de Kerangal est l’auteure de nombreux romans, notamment Corniche Kennedy (2008), Naissance d’un pont (prix Médicis 2010, prix Franz-Hessel) et Réparer les vivants (2014, dix prix littéraires), ainsi que de trois récits dans la collection « Minimales »: Ni fleurs ni couronnes (2006), Tangente vers l’est (2012, prix Landerneau) et A ce stade de la nuit (2015), Un chemin de tables (2016), Un monde à portée de main (2018)

Mon avis : (lu en septembre 2019)
Dans ce court texte, qui ressemble plus à un documentaire qu’à un roman, Maylis de Kerangal raconte le parcours de Mauro. Même si enfant il aimait faire des gâteaux ou plus tard préparer des repas pour ses amis, rien ne destinait Mauro à devenir un cuisinier professionnel. Étudiant en sciences éco, il alterne entre études et petits boulots dans la restauration, il voyage également à l’étranger grâce à Erasmus. Après des expériences variés dans une brasserie, un restaurant étoilé, il décide d’apprendre le métier dans les règles de l’art et de passer son CAP… Maylis de Kerangal est le témoin de son parcours atypique. Avec une écriture précise, technique et évocatrice, elle brosse un portrait attachant et sensible d’un jeune chef. Un témoignage intéressant et gourmand…

Merci Julie et les éditions Folio pour cette découverte

Extrait : (début du livre)
Un train roule vers Berlin. Il traverse à bonne vitesse des étendues rases, des champs qui fument, des rivières, c’est l’automne. Assis contre la vitre dans un wagon de seconde, il y a ce jeune homme, vingt ans, délié, maigre bagage, un livre entre les mains – je suis assise sur la banquette d’en face, je déchiffre le titre sur la couverture, La Cuisine de référence, Techniques et préparations de base, Fiches techniques de fabrication, repère trois toques stylisées sur fond bleu blanc rouge, puis je soulève les fesses et me penche en avant, bascule tête la première dans le livre, à l’intérieur des planches où s’alignent des vignettes légendées en italique, pas-à-pas photographiques où il n’est nul visage humain, nulle bouche humaine, mais des torses et des mains oui, des mains précises aux ongles propres, et ras, des mains maniant des ustensiles de métal, de verre ou de plastique, des mains plongées dans des récipients, des mains que prolongent des lames, toutes mains saisies dans un geste.

Déjà lu du même auteur : 

naissance_d_un_pont_folio Naissance d’un pont Reparer-les-vivants-de-Maylis-de-Kerangal_298_393 Réparer les vivants

kerangal Un monde à portée de main

petit bac 2019(6) Objet

20 histoires pour vivre ensemble – Pierre Gemme

Lu en partenariat avec Flammarion Jeunesse

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Père Castor / Flammarion Jeunesse – septembre 2019 – 144 pages

Illustrations Jules

Quatrième de couverture :
Dans la classe de Madame Angèle, ils sont vingt. Vingt enfants aux origines et caractères divers.
Racisme, harcèlement, handicap, égalité filles-garçons, défense de l’environnement… Vingt thèmes sont abordés et encouragent la tolérance, la solidarité, l’empathie… pour grandir heureux, ensemble  !

Auteur : Pierre Gemme est écrivain, membre de la Charte des Auteurs et Illustrateurs Jeunesse, et membre de la Société des Gens de Lettres. Auteur chez Flammarion jeunesse de la collection «L’école des dinos», il anime des ateliers d’écriture et participe à de nombreux salons. 

Illustratrice : Jules a été graphiste dans l’édition jeunesse avant de devenir illustratrice. Son dernier ouvrage publié « Les Princesses ont les cheveux jusqu’aux fesses ».

Mon avis : (lu en septembre 2019)
Voilà un livre qui raconte 20 histoires pour apprendre à bien vivre ensemble, à l’école et dans la vie. Ils sont 20 élèves dans la classe de Madame Angèle, vingt enfants d’origines différentes, garçons et filles, de caractères divers… Louane a un fauteuil roulant, Fatou est originaire du Cameroun, Brenda aime commander, Eric est en surpoids…
Les enfants se disputent, discutent et s’interrogent sur beaucoup de sujets : le sexisme, environnement, le racisme, le handicap, la solidarité, le harcèlement, la religion, les préjugés…
Les 20 histoires sont l’occasion d’aborder 20 thématiques, sans stigmatiser ou dramatiser une situation. Elles encouragent plutôt à la solidarité, à la tolérance et à l’empathie.
C’est tellement mieux d’apprendre à vivre et à grandir ensemble !
Cet ouvrage est à lire comme un grand roman ou alors en piochant histoire par histoire pour aborder un sujet particulier avec des enfants à partir de 8 ans.
En bonus, à la fin de chacune des histoires, il y a des informations documentaires, des quizz, des questions pour encourager réflexions et débats…

Merci Brigitte et les éditions Flammarion Jeunesse pour ce roman documentaire pédagogique et positif autour du vivre ensemble.

Extrait : (quelques pages)

 

Mes 150 pourquoi : La Terre – Anne-Claire Lévêque

Lu en partenariat avec Flammarion Jeunesse

71IcPd+ABbL Père Castor / Flammarion Jeunesse – août 2019 – 64 pages

Illustrations Stéphane Nicolet

Quatrième de couverture :
Le monde qui nous entoure est d’une grande complexité !
Pourquoi Internet a-t-il été une révolution planétaire ?
Pourquoi parle-t-on d’un « Continent de plastique » ?
Pourquoi un être humain sur dix n’a-t-il pas accès à l’eau potable ?
Pourquoi les Japonais célèbrent-ils la déesse du Fuji-Yama ?
Ouvre vite ton livre pour le savoir !

Auteur : Anne-Claire Lévêque vit à Paris. Anne-Claire Lévêque écrit des albums jeunesse pour le plaisir de s’envoler loin le temps d’une histoire, de jouer avec tous les mots… Elle est l’autrice de l’Archidoc, Les Pompiers chez Flammarion Jeunesse.

Illustrateur : Stéphane Nicolet est graphiste et illustrateur pour l’édition jeunesse et la presse. Il a déjà illustré deux textes de Muriel Zürcher : Youpi, oups, beurk (2016) et A quoi on joue ? (2016). Il vit en Dordogne.

Mon avis : (lu en août 2019)
Un livre destiné aux enfants à partir de 7 ans, un âge où l’on se pose pleins de questions, dans beaucoup de domaine…
Ici ont été regroupées environ 150 questions autour de la Terre. Elles sont présentées par thèmes : en introduction, sous forme de cartes pour présenter la Terre dans le système solaire, puis les plaques tectoniques, les continents et les océans, les différents climats et les saisons et enfin les pays du monde. Puis quatre parties où il est question des paysages (grandes prairies, montagnes, déserts…), de la population (villes, transports, drapeaux…), des ressources de la Terre (eau, agriculture, énergie…) et des cultures du monde (habitats, spécialités culinaires, jeux…).
C’est un livre intelligent, joliment illustré qui donne envie de comprendre et d’apprendre tout en se divertissant.
Même les + de 7 ans découvriront des réponses à des questions que l’on se pose à tout âge.
C’est un livre que l’on a envie de lire plusieurs fois, que l’on peut ouvrir au hasard et sans se lasser pour en découvrir un peu chaque jour…

Dans cette même collection, il existe déjà « Mes 150 pourquoi : les animaux » et « Mes 150 pourquoi : le corps humain »

Merci Brigitte et les éditions Flammarion Jeunesse pour cet album divertissant et intelligent.

Extrait : (quelques pages)

p6p7

« Merveilles de l’architecture »

p63

Grégoire et le vieux libraire – Marc Roger

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – juillet 2019 – 6h16 – Lu par l’auteur

Albin Michel – janvier 2019 – 240 pages

Quatrième de couverture :
Grégoire et le vieux libraire
, c’est la rencontre inattendue et merveilleuse entre un adolescent et un vieux libraire. L’un n’a jamais aimé lire, l’autre a pour seule richesse sa passion des livres. Ce trésor enfoui, Grégoire va peu à peu le découvrir en faisant, chaque jour, la lecture au vieil homme atteint de la maladie de Parkinson. Et tandis qu’à la musique des mots celui-ci renaît, Grégoire s’éveille à leur pouvoir mystérieux.
Dans cet hommage à la littérature et à l’amitié, on assiste émerveillé à la naissance d’un lecteur, à l’émancipation d’un jeune homme, et au bonheur retrouvé d’un passeur d’histoires.

Auteur : Marc Roger est lecteur public. Il organise des lectures partout en France et principalement dans des librairies. En 2014, il a été le coup de coeur du jury du Grand prix Livres Hebdo (présidé par Amélie Nothomb) pour son extraordinaire rôle de passeur entre les livres et le grand public. Grégoire et le vieux libraire est son premier roman.

Mon avis : (écouté en août 2019)
Après avoir raté son bac, Grégoire trouve un travail à la Résidence des Bleuets, une maison de retraite. Il travaille à la cuisine et apporte également les repas aux pensionnaires. Un jour, il fera la rencontre d’un vieux monsieur original et cultivé : Monsieur Picquier, appelé également le Vieux Libraire. Lorsqu’il est venu s’installer à la Résidence des Bleuets, il a dû choisir, parmi tous les livres de son ancienne librairie, ses trois mille titres préférés pour pouvoir les garder autour de lui  dans sa chambre. Mais maintenant, ses mains tremblantes l’empêchent de tenir un livre et ses yeux sont fatigués. Il va donc demander à Grégoire de venir lui faire la lecture une heure par jour.
Pour Grégoire qui n’avait jamais aimé lire et les livres, c’est une corvée qui va vite devenir un vrai plaisir ! Sa rencontre avec Monsieur Picquier sera décisive pour toute sa vie.
La vie dans une maison de retraite est souvent triste et morose, Grégoire et le Vieux Libraire vont donner un peu de joie et parfois de folie auprès des résidents et de ceux qui travaillent…
L’auteur étant également lecteur public, il était évident qu’il serait le lecteur de son propre livre ! D’autant que dans ce roman, Marc Roger nous explique l’importance de la lecture à voix haute, qui doit éveiller tous les sens du lecteur. Monsieur Picquier donne de nombreux conseils techniques à Grégoire. Conseils que bien entendu, Marc Roger applique lors de sa lecture. Une parfaite démonstration de ce que j’ai pu ressentir en écoutant cette belle histoire, émouvante, captivante, pleine de surprises et d’humanité.

Merci Pauline et Audiolib pour cette belle et émouvante découverte.

Extrait : (début du livre)
Avant de monter, on m’a bien expliqué. Pas de familiarité. Pas de tutoiement. Tu les vouvoies et tu leur donnes du madame ou du monsieur toujours suivi du nom de famille. Sur leur boîte de médocs, tu verras, c’est marqué. Nom, prénom, numéro de chambre, et d’autres renseignements plus cryptés pour le personnel soignant, mais ça, tu laisses tomber.
Depuis un mois que je travaille en cuisine, c’est mon premier service à la personne. 11 h 17. Chambre 28. Joël Picquier. Résidence Les Bleuets. Deuxième étage d’un bâtiment tout en longueur sur les bords du canal. La porte est close. Une inscription. Lettres cursives. En italique. Pauca meæ. J’ignore ce qu’elle veut dire. Je range mon chariot contre le mur et clique du pied sur les deux freins. Je frappe à la porte. Trois coups. Bien nets. Tout de suite, une voix bien qu’abîmée pleine de surprise, presque guillerette :
– Ah, déjà ? Une minute, s’il te plaît.
J’attends quelques secondes. Quatre plateaux-repas sur le chariot attendent aussi. Une légère condensation se forme sur chaque cloche transparente qui couvre les plats chauds. L’oreille aux aguets, j’écoute des bruits de papiers que l’on range à la hâte.
– Voilà ! Voilà ! Voilà ! Voilà ! Voilà ! Entre…
J’ouvre la porte. Quand il me voit, il plisse les yeux, hésite, puis certain que je ne suis pas l’auxiliaire habituel :
– Ah, un p’tit nouveau ! Béatrice serait-elle malade ?
– Non, mais j’ai cru comprendre que sa petite fille n’allait pas bien. Elle a pris sa journée. Enchanté de faire votre connaissance, monsieur Picquier. Je m’appelle Grégoire.
– Tiens, pose ça là, me dit-il en m’indiquant le coin d’une table partiellement encombrée de papiers et de livres. Ne t’étonne pas si je te tutoie, je tutoie tout le monde ici.
– Ça ne me dérange pas.
Et disant cela, plateau en mains j’entre dans sa chambre.
Une boîte. Un antre. Quatre murs, de haut en bas couverts de livres. Huit mètres carrés au sol. Entre la table, le lit, la chaise, le fauteuil, la commode, la penderie encastrée et la table de nuit, un seul couloir de déplacement, très étroit, d’une largeur de deux cannes à trépied. Dans l’entrée, derrière moi à présent, un fauteuil roulant, rangé, plié, contre le mur juste à côté d’une porte à soufflet ouvrant sur le coin douche et lavabo-WC. La fenêtre, pour moitié occultée de Post-it et de coupures de journaux illisibles d’où je suis, laisse passer au compte-gouttes la lumière du jardin en bordure de canal. Le début d’un cercueil pour ce vieil homme, là, debout devant moi, comme cousu sur mesure à l’espace. Un châtelain au milieu de son domaine, habillé impeccable. Ni suffisance ni fatuité, « tout simplement de la dignité à l’égard de soi-même », dit-il à ceux qui s’en étonnent. Il porte aux pieds des chaussettes fines de coton couleur sombre et des mocassins de cuir noir. Il préfère les chaussures à lacets, seulement ses mains ne peuvent plus.

petit bac 2019(5) Lecture

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