Ring Est – Isabelle Corlier

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

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810MRJ3TcmL Ker – février 2018 – 280 pages

Quatrième de couverture :
Plongée dans le monde de la justice bruxelloise…
Le corps d’un homme battu à mort est découvert sur une aire de parking, non loin du Ring de Bruxelles. Aubry Dabancourt, juge d’instruction, est chargé de l’enquête.Une aubaine pour le magistrat qui compte bien tout faire pour que le mort emporte son secret dans la tombe.Un polar sombre et déroutant à travers les rues de Bruxelles !

Auteur : Isabelle Corlier est née à Namur en 1977 et vit depuis plus de vingt ans à Bruxelles. Elle nourrit une tendresse particulière pour le ciel plombé, les pavés mouillés, le peuple bigarré et la langue bizarre de son pays natal.

Mon avis : (lu en avril 2018)
Comme dans la série Colombo, le lecteur connaît le meurtrier dès les premières pages… Il assiste au meurtre. Suite à une altercation entre deux conducteurs, le corps d’un homme battu à mort est découvert sur une aire de parking, non loin du Ring de Bruxelles.
Différents protagonistes plus ou moins lointains de l’enquête vont être tour à tour les narrateurs, et le lecteur va suivre les différents points de vues et le jeu du chat et de la souris du meurtrier avec ceux-ci…
Aubry Dabancourt est le juge d’instruction en charge de l’enquête.

Zakaria est un jeune enquêteur prometteur chargé de l’enquête.
Inge est une étudiante en criminologie.
Stefi est la maîtresse de la victime, elle avait rendez-vous avec lui ce soir là et il n’est jamais venu.
Un homme anonyme est le témoin du meurtre, comme il a déjà également des actes à se reprocher, il n’ira pas de lui-même témoigner.
Armelle est journaliste, elle entretient une relation amoureuse avec Zakaria.
Le Ring (c’est à dire le périphérique) et Bruxelles sont également des personnages à part entière du roman.
J’ai trouvé ce polar urbain belge palpitant, original dans sa forme et intéressant car l’auteur aborde également en arrière plan quelques sujets de société très actuels comme les violences faites aux femmes, les préjugés, la multiculturalité, les difficultés d’assimilation culturelle, la violence animale…
Et pour ajouter à l’identité belge du roman, j’ai découvert quelques termes du patois bruxellois avec en note de bas de page la traduction en français…

Merci Babelio et les éditions Ker pour cette belle découverte !

NB : C’est surprenant que cette maison d’édition belge utilise et revendique le mot breton Ker (le village) comme nom…

 

Extrait : Prologue
– Est-ce que je pourrais tuer quelqu’un ?
Il avait ruminé la question, soucieux d’apporter la réflexion nécessaire à un sujet auquel la réponse semblait évidente. Il avait fini par se lancer sur un raclement de gorge.
– Tout dépend des circonstances, bien sûr, mais oui, si la situation l’exigeait, sans hésiter.
Elle avait hoché la tête et sorti une jambe nue de sous la couette pour l’enrouler autour des mollets du garçon, l’emprisonner dans le ciseau de ses cuisses et l’attirer au creux d’elle. Aubry avait aussitôt rejeté les draps pour se pencher sur elle avec gourmandise.
Une douleur inattendue lui serra la gorge quand il reconnut la tache de naissance sur le haut de la hanche.
Il l’avait oubliée.
La mémoire lui revint d’un coup, comme un boomerang lancé à pleine vitesse. C’était il y a quinze ans. Un orage grondait et ils avaient décidé de rester dans son kot (1) pour étudier.
– Tu pourrais me tuer ?
Une ombre attira son attention et transforma la scène. L’homme de tout à l’heure, debout au centre de la pièce, le club de golf le long du bras, ruisselait de sang sous la pluie et la boue. Il se tourna vers Caroline qui souriait toujours et avança vers elle.
Aubry vit le fer se lever, l’acier briller. Il voulait crier, mais aucun son ne sortait de sa gorge. Se précipiter sur eux, mais ses pieds étaient soudés au sol.
Il entendit Lily hurler.
Et le bruit des voitures sous la pluie.

(1) Chambre d’étudiant

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Le mois belge
(jour des Mauvais genres)

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La Chorale des dames de Chilbury – Jennifer Ryan

Lu en partenariat avec Albin Michel

91Netsp2frL Albin Michel – mars 2018 – 460 pages

traduit de l’anglais par Françoise du Sorbier

Titre original : The Chilbury ladies’ choir, 2018

Quatrième de couverture :
1940. Un paisible village anglais voit partir ses hommes au front. Restées seules, les femmes affrontent une autre bataille : sauver la chorale locale pour défier la guerre en chantant. Autour de Miss Primrose Trent, charismatique professeur de chant, se rassemble toute une communauté de femmes, saisie dans cet étrange moment de liberté : Mrs. Tilling, une veuve timide ; Venetia, la « tombeuse » du village ; Silvie, une jeune réfugiée juive; Edwina, une sage-femme qui cherche à fuir un passé sordide. Potins, jalousies, peurs, amours secrètes… Entre rires et larmes, Jennifer Ryan, s’inspirant des récits de sa grand-mère qui a vécu le conflit depuis un petit village du Kent, sonde les âmes de ce chœur que vous n’êtes pas près d’oublier.

Auteur : Née dans un petit village du Kent, Jennifer Ryan a été éditrice à Londres avant de partir à Washington avec sa famille. Plusieurs de ses nouvelles ont été publiées dans des revues littéraires. La Chorale des dames de Chilbury est son premier roman.

Mon avis : (lu en mars 2018)
J’ai dévoré ce livre lors du dernier week-end pluvieux… Ce livre m’a fait penser à un autre roman : Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates.
L’auteure s’est inspirée des histoires de sa propre grand-mère ainsi que d’extraits de journaux intimes tenus par des femmes de l’époque pour écrire ce beau roman plein de vie et de tendresse.
C’est une histoire typiquement britannique à propos d’une communauté de femmes qui contribuent à l’effort de guerre, essayant de survivre et de vivre leur vie pendant que le monde s’effondre autour d’elles. L’histoire est racontée au lecteur à travers de lettres échangées et d’extraits de journaux intimes de plusieurs personnages du petit village anglais de Chilbury de mars 1940 à août 1940.
Tout commence avec la décision du pasteur de dissoudre la chorale du village puisque tous les hommes ou presque sont partis à la guerre. Mais l’arrivée à Chilbury de miss Primerose Trent, dite Prim, professeur de chant, va permettre à la chorale de renaître avec uniquement des voix féminines. La chorale va fédérer les femmes. C’est l’occasion de se réunir pour se soutenir, pour rendre hommage aux disparus, pour se sentir vivantes, pour défier cette guerre et ses horreurs…
Avec les voix de Mrs Tilling, des sœurs Venetia et Kitty, de Silvie et d’Edwina, le quotidien de Chilbury est raconté avec ses joies et ses peines, ses  bombardements et ses morts, ses naissances et ses amours… Selon leur âge, leur vie et leurs rêves elles partagent avec nous leurs préoccupations et leurs doutes durant cette période troublée. Les personnages sont le plus souvent attachants et j’ai passé un très bon moment en compagnie des Dames de la chorale de Chilbury !
Merci Claire et Albin Michel pour m’avoir permis de savourer ce premier roman choral.

Extrait : (début du livre)
Premier enterrement de la guerre, et notre petite chorale de village ne pouvait tout simplement pas chanter juste. « Saint, saint, saint » boitait comme si nous étions un brouhaha de moineaux bavards. Mais ce n’était pas à cause de la guerre, ou le jeune scélérat Edmund Winthrop torpillé dans son sous-marin, ou même la conduite abyssale du Vicaire. Non, c’était parce que c’était la dernière performance du Chilbury Choir. Notre chanson de cygne. 
« Je ne vois pas pourquoi on devrait arrêter », a lancé sèchement Mrs. B. quand nous nous sommes assemblées ensuite dans le cimetière brumeux. « Ce n’est pas comme si nous étions une menace pour la sécurité nationale. »
– Tous les hommes sont partis, ai-je soufflé en retour, consciente que nos voix portaient de façon gênante dans la foule réunie pour l’enterrement. « Le pasteur dit qu’il ne peut pas y avoir de chœur sans hommes.
– Et pourquoi, sous prétexte que les hommes sont partis à la guerre, devrions-nous dissoudre la chorale ? Au moment précis où nous en avons le plus besoin ! Non mais, qu’est-ce qu’il va supprimer ensuite ? Ses carillonneurs bien-aimés ? Le culte du dimanche ? Noël ? Il y a des limites ! » Elle a croisé les bras exaspérée. « D’abord, on nous confisque nos hommes pour les envoyer combattre, ensuite on nous force à travailler, nous autres femmes, puis on rationne la nourriture et maintenant, on dissout notre chorale. D’ici à ce que les nazis arrivent, il ne restera plus rien, sauf une poignée de malheureuses prêtes à se rendre.
– Mais c’est la guerre, ai-je répliqué, essayant de tempérer ses récriminations. Nous autres femmes devons assumer une charge de travail supplémentaire pour la bonne cause. Cela ne me dérange pas de faire l’infirmière à l’hôpital, même si c’est assez lourd, en plus de mes tâches au dispensaire du village qu’il faut maintenir ouvert.
– La chorale fait partie de la vie de Chilbury depuis l’aube des temps. Il y a quelque chose de réconfortant à chanter ensemble. » Elle a bombé le torse, sa haute silhouette carrée évoquant celle d’un maréchal corpulent.
Le cortège a pris la direction du manoir de Chilbury pour le verre de sherry et le sandwich au concombre de rigueur.

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Ar-Men – Emmanuel Lepage

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ar-men Futuropolis – novembre 2017 – 96 pages

Quatrième de couverture :
La nouvelle bande dessinée d’Emmanuel Lepage : une plongée fantastique dans le plus mythique des phares, Ar-Men !
Ar-Men est le phare le plus exposé et le plus difficile d’accès de Bretagne, c’est-à-dire du monde. On le surnomme « l’enfer des enfers ». Mêlant fiction, documentaire et légendes, épopée autant que récit intimiste, Emmanuel Lepage livre un récit de forte intensité. Couleurs somptueuses, images à couper le souffle : Emmanuel Lepage au sommet de son art !

Auteur : Emmanuel Lepage est un dessinateur, scénariste et coloriste de bande dessinée, né en 1966 à Saint-Brieuc.

Mon avis : (relu en mars 2018)
Je suis une inconditionnelle des bandes dessinées d’Emmanuel Lepage et j’aime également beaucoup les phares et bien sûr la Bretagne. C’est donc naturellement que cette bande dessinée a fait partie des 3 choisies pour l’opération « La BD fait son festival » organisée par Priceminister.
Le phare d’Ar-Men est situé au large de l’île de Sein, c’est le plus exposé et le plus difficile d’accès de Bretagne. On le surnomme « l’Enfer des enfers ».
Dans cette BD, Emmanuel Lepage nous raconte ce phare mythique en mêlant fiction et réalité… Il nous raconte sa construction qui fût un exploit, en effet il a fallu 14 années pour parvenir à terminer le bâtiment. L’endroit choisit pour édifier ce phare à l’extrême ouest de la Bretagne ne se découvre que quelques heures par an et est battu par les tempêtes… Germain est l’un des derniers gardiens, il nous permet de découvrir son quotidien et son travail de veille et d’entretien sur Ar-Men. L’auteur évoque également les légendes de la ville d’Ys engloutie, du Bag Noz ou bateau fantôme…
Concernant le graphisme, c’est magnifique ! Le dessin est précis, les couleurs à l’aquarelle sont splendides, le ciel, la mer sont dans tous leurs états…
Une BD qui fait rêver, vibrer, s’émerveiller et voyager ! Un vrai coup de cœur !

Note : 20/20

Merci PriceMinister pour cette opération la BD fait son festival !

Extrait : (cliquer sur les planches pour les agrandir)

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Déjà lu du même auteur : 

1151_couv  Un Printemps à Tchernobyl 

 97888941 Voyage aux îles de la Désolation 

100314841 La Lune est blanche

Condor – Caryl Férey

Lu en partenariat avec Folio

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Folio – février 2018 – 512 pages

Gallimard – mars 2016 – 416 pages

Quatrième de couverture :
Dans le quartier brûlant de La Victoria, à Santiago, quatre cadavres d’adolescents sont retrouvés au cours de la même semaine. Face à l’indifférence des pouvoirs publics, Gabriela, jeune vidéaste mapuche habitée par sa destinée chamanique et les souffrances de son peuple, s’empare de l’affaire. Avec l’aide de son ami Stefano, militant rentré au Chili après plusieurs décennies d’exil, et de l’avocat Esteban Roz-Tagle, dandy abonné aux causes perdues qui convertit sa fortune familiale en litres de pisco sour, elle tente de percer le mystère. Dans un pays encore gangrené par l’héritage politique et économique de Pinochet, où les puissances de l’argent règnent en toute impunité, l’enquête dérange, les plaies se rouvrent, l’amour devient mystique et les cadavres s’accumulent…

Auteur : Écrivain, voyageur et scénariste, Caryl Férey s’est imposé comme l’un des meilleurs auteurs de thrillers français en 2008 avec Zulu, Grand Prix de littérature policière 2008 et Grand Prix des lectrices de Elle Policier 2009, et Mapuche, prix Landerneau polar 2012 et Meilleur Polar français 2012 du magazine Lire.

Mon avis : (lu en mars 2018)
Tout commence avec la découverte d’un gamin mort d’overdose dans un quartier pauvre de Santiago. Gabriela, une jeune mapuche rebelle, venue en ville pour étudier et vidéaste amateur, n’accepte pas que la police ne fasse aucune enquête après ce drame, d’autant plus que trois autres jeunes sont morts également les jours précédents. Gabriela décide donc de contacter un avocat, Esteban Roz-Tagle, le spécialiste des causes perdues…
Au début, il se passe beaucoup d’événements, on ne comprend pas encore les liens qui pourraient exister entre eux… Puis peu à peu les morceaux du puzzle s’assemblent et le lecteur se laisse entraîner dans ce thriller palpitant et haletant qui nous fait découvrir le Chili d’aujourd’hui,  qui a également des comptes à régler avec le passé.

Il est question de drogue, de politique, de corruption, de violence… mais également d’amour, de cinéma et de poésie… Caryl Férey a fait grand travail de documentation et a décrit ses personnages avec beaucoup de soins, certains sont très attachants, d’autres vraiment méchants. Les paysages sont également dépaysants, de Santiago au désert d’Atacama, le voyage a été réussi !

Merci les éditions Folio pour cette lecture haletante et palpitante.

Extrait : (début du livre)
L’ambiance était électrique Plaza Italia. Fumigènes, musique, chars bariolés, les hélicoptères de la police vrombissaient dans le ciel, surveillant d’un œil panoptique les vagues étudiantes qui affluaient sur l’artère centrale de Santiago.
Gabriela se fraya un chemin parmi la foule agglutinée le long des barrières de sécurité. Elle avait revêtu un jean noir, une cape de plastique transparent pour protéger sa caméra des canons à eau, de vieilles rangers trouvées aux puces, le tee-shirt noir où l’on pouvait lire « Yo quiero estudiar para no ser fuerza especial 1 » : sa tenue de combat.
C’était la première manifestation postélectorale mais, sous ses airs de militante urbaine, Gabriela appréhendait moins de se frotter aux pacos – les flics – que de revoir Camila.
Elles s’étaient rencontrées quelques années plus tôt sous l’ère Piñera, le président milliardaire, lors de la révolte de 2011 qui avait marqué les premières contestations massives depuis la fin de la dictature. Ici l’éducation était considérée comme un bien marchand. Chaque mensualité d’université équivalait au salaire d’un ouvrier, soixante-dix pour cent des étudiants étaient endettés, autant contraints d’abandonner en route sauf à taxer leurs parents, parfois à vie et sans garantie de résultats. À chaque esquisse de réforme, économistes et experts dissertaient sans convoquer aucun membre du corps enseignant, avant de laisser les banques gérer l’affaire – les fameux prêts étudiants, qui rapportaient gros.
Si après quarante années de néolibéralisme ce type de scandale n’étonnait plus personne, leur génération n’en voulait plus. Ils avaient lu Bourdieu, Chomsky, Foucault, le sous-commandant Marcos, Laclau, ces livres qu’on avait tant de mal à trouver dans les rares librairies de Santiago ou d’ailleurs. Ils n’avaient pas connu la dictature et la raillaient comme une breloque fasciste pour nostalgiques de l’ordre et du bâton ; ils vivaient à l’heure d’Internet, des Indignés et des réseaux sociaux, revendiquaient le droit à une « éducation gratuite et de qualité ». Les étudiants avaient fait grève presque toute l’année, bloqué les universités, manifesté en inventant de nouvelles formes, comme ces zombi walks géants où deux mille jeunes grimés en morts-vivants dansaient, synchrones, un véritable show médiatique devant des bataillons casqués qui n’y comprenaient rien. Piñera avait limogé quelques ministres pour calmer la fronde mais les enseignants, les ouvriers, les employés, même des retraités s’étaient ralliés aux contestataires.
Les forces antiémeutes ne tiraient plus à balles réelles sur la foule, comme au temps de Pinochet : elles se contentaient de repousser les manifestants au canon à eau depuis les blindés avant de les matraquer. Des dizaines de blessés, huit cents arrestations, passages à tabac, menaces, Gabriela avait tout filmé, parfois à ses risques et périls.

 1 : « Je veux étudier pour ne pas faire partie des Forces spéciales. »

Déjà lu du même auteur :

zulu Zulu haka_p Haka mapuche Mapuche

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Grand Atlas de la France 2018

Masse Critique Babelio

81eJNh0dD7L Éditions Autrement – janvier 2018 – 127 pages

Quatrième de couverture :
Un outil indispensable pour comprendre la France : Plus de 150 cartes inédites et mises à jour ; Un tour d’horizon complet des grands enjeux du pays ; Une synthèse actualisée et l’analyse des plus grands spécialistes ; Un dossier spécial sur la place des immigrés et des réfugiés : quelle politique, pour quelle société ?

Auteur : Frank Tétart, directeur de la rédaction du Grand Atlas Autrement depuis 2014. Ancien co-auteur de l’émission Le Dessous des cartes (1994-2008) et ex-rédacteur en chef des revues Moyen-Orient et Carto (2009-2011), il est docteur en géopolitique de l’Institut français de géopolitique (Paris 8) et diplômé en relations internationales (Paris 1). Il a notamment enseigné à Sciences Po Paris, à l’université Paris 1, à l’Institut européen de l’université de Genève et à Paris Sorbonne Abu Dhabi aux Émirats arabes unis. Il est également l’auteur de La Péninsule Arabique, cœur géopolitique du Moyen-Orient (Armand Colin, 2017).

Mon avis : (feuilleté en février et mars 2018)
Comme l’annonce la couverture, ce livre est un Atlas qui résume l’actualité de la France à l’aube de 2018 à l’aide de 150 cartes, du point de vue économique, politique, environnemental et international.
Cet ouvrage documentaire est divisé en cinq grandes parties qui analysent les évolutions et les mutations de la France d’aujourd’hui.
Cela commence sur un état des lieux de la France : démographie, société postindustrielle, la religion, les 18 régions, les élections 2017, l’abstention, faire face au terrorisme, Paris JO 2024.
Puis ce sont les enjeux économiques et sociaux : reprise économique, agriculture, pôles de compétitivité, l’industrie du luxe, tourisme, l’insertion par l’école, la pauvreté, la santé, les jeunes et le monde travail, le vieillissement.
L’enjeu du développement durable : écologie, aménagement durable du territoire, agriculture durable, transition énergétique, prévention des risques
La France, l’Europe et le monde : La Nouvelle-Calédonie et l’autodétermination en 2018, la francophonie, la France et l’Afrique, la France et la construction européenne, France et Europe face à la crise migratoire, la politique agricole commune 
Enfin une France plurielle : Immigration, xénophobie et montée des extrêmes, la France entre accueil et fermeture, la part des immigrés dans l’économie, les sportifs comme reflet des vagues migratoires, pays du vivre-ensemble ?
Et en annexes : les chiffres clés des 18 nouvelles régions, la bibliographie et les sources.
Comme tout atlas, c’est un livre que l’on feuillète plutôt que de le lire dans sa continuité. Cet atlas s’adressent à un large public : lycéens et étudiants, enseignants et tous ceux qui s’intéressent à comprendre la France.
J’ai plus l’habitude des cartes topographiques ou routières, mais je reconnais qu’une carte bien faite est souvent plus parlante qu’un long discours…
Il est vraiment intéressant de visualiser des chiffres et des analyses économiques ou sociales avec des cartes !
Merci Babelio pour cet atlas instructif et utile.

 

Extrait : (début de l’atlas)
Combien sommes-nous ?

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Alors que la population européenne connaît un déclin démographique depuis un peu plus d’une décennie, la population de la France se maintient, malgré depuis quelques années une baisse de la natalité et de la fécondité et un ralentissement de l’accroissement de l’espérance de vie.

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Une population assez stable
Selon l’Institut national d’études démographiques (INED), la population française est estimée au 1er janvier 2017 à 67 millions d’habitants, dont 2,1 millions dans les départements d’outre-mer (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion et Mayotte). Toutefois, le solde naturel, c’est-à-dire l’excédent des naissances par rapport au décès, ne cesse de diminuer : il est passé au cours des dix dernières années de 280 000 à 173 000. En cause la diminution du nombre de femmes en âge de procréer et la baisse de la fécondité. Alors que les femmes avaient encore en moyenne 2 enfants en 2010, ce qui correspond au seuil de renouvellement des générations, ce taux est en baisse et atteint 1,89 en 2016. La baisse de la fécondité est imputable aux femmes de moins de trente ans, la tendance à avoir des enfants de plus en plus tard se poursuivant. Les Françaises accouchent en moyenne en 2017 à 30,5 ans, alors qu’elles avaient en moyenne leur premier enfant à 26,5 ans, il y a quarante ans. Malgré la baisse récente de la fécondité, la France reste le pays le plus fécond de l’Union européenne. Comme ailleurs, cette diminution s’explique par les effets de la crise économique et la hausse du chômage et de l’incertitude qu’elles impliquent, même si elle reste plus modérée qu’ailleurs et est apparue plus tardivement en raison des politiques sociales et atteint 1,89 en 2016. La baisse de la fécondité est imputable aux femmes de moins de trente ans, la tendance à avoir des enfants de plus en plus tard se poursuivant. Les Françaises accouchent en moyenne en 2017 à 30,5 ans, alors qu’elles avaient en moyenne leur premier enfant à 26,5 ans, il y a quarante ans. Malgré la baisse récente de la fécondité, la France reste le pays le plus fécond de l’Union européenne. Comme ailleurs, cette diminution s’explique par les effets de la crise économique et la hausse du chômage et de l’incertitude qu’elles impliquent, même si elle reste plus modérée qu’ailleurs et est apparue plus tardivement en raison des politiques sociales et familiales qui en ont amorti l’impact.

La population française vieillit
En termes de groupes d’âge, la part des moins de 20 ans (24,2 %) est en recul. Elle représente un quart de la population depuis le début des années 2000, alors qu’elle correspondait encore à un tiers de la population dans les années 1980. La part des adultes âgés de 20 à 64 ans reste assez stable et compte pour plus de la moitié de la population (56,4 %). Quant aux seniors, leur part ne cesse de croître. En 2017, presque un Français sur cinq a plus de 65 ans (19,4 % de la population), alors que les séniors ne représentaient qu’un français sur six il y a 10 ans. Cette tendance s’est accélérée depuis 2012 en particulier avec l’arrivée des premiers baby-boomers dans le groupe des seniors.
Le solde migratoire (excédent des arrivées sur les sorties du territoire), bien que positif (+ 82 000 personnes) et en régulière augmentation (il a dépassé 107 000 en 2013), participe moins à la croissance démographique que dans la plupart des autres pays d’Europe. C’est une particularité de la démographie française, puisqu’ailleurs en Europe l’apport du solde migratoire est en effet supérieur à celui du solde naturel.

La durée de vie s’allonge
Depuis 1950, la mortalité en France n’a cessé de diminuer passant de 12,7 pour mille à moins de 9 depuis le début des années 2000, et ce, bien que la population ait continué d’augmenter. La durée de vie s’allonge. En 2016, l’espérance de vie à la naissance atteint 85,4 ans pour les Françaises et 79,4 ans pour les Français, contre respectivement 82,8 et 75,3 ans en l’an 2000, soit un gain de deux ans et demi pour les femmes et de plus de quatre ans pour les hommes. Mais l’espérance de vie progresse moins vite depuis 2012, en raison de fluctuations liées aux épidémies de grippes saisonnières comme celle de 2015.

Le nombre de centenaires continue aussi de progresser. Au 1er janvier 2016, on comptait, selon l’INSEE, 21 000 centenaires en France : c’est près de vingt fois plus qu’en 1970. Selon les prévisions démographiques, la France pourrait en compter 270 000 en 2070 : neuf femmes sur dix et huit hommes sur dix nés en 1990 deviendraient octogénaires, tandis que 13 % des femmes et 5 % des hommes nés en 1970 atteindraient leur centième anniversaire. 

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Le Poids de la neige – Christian Guay-Poliquin

Lu en partenariat avec Babelio et les Éditions de l’Observatoire

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Éditions de l’Observatoire – janvier 2018 – 256 pages

Éditions La Peuplade – septembre 2016 – 312 pages (Québec)

Prix France Québec 2017

Quatrième de couverture :
À la suite d’un accident, un homme se retrouve piégé dans un village enseveli sous la neige et coupé du monde par une panne d’électricité. Il est confié à Matthias, un vieillard qui accepte de le soigner en échange de bois, de vivres et, surtout, d’une place dans le convoi qui partira pour la ville au printemps, seule échappatoire.
Dans la véranda d’une maison où se croisent les courants d’air et de rares visiteurs, les deux hommes se retrouvent prisonniers de l’hiver et de leur rude face-à-face.
Cernés par une nature hostile et sublime, soumis aux rumeurs et aux passions qui secouent le village, ils tissent des liens complexes, oscillant entre méfiance, nécessité et entraide.
Alors que les centimètres de neige s’accumulent, tiendront-ils le coup face aux menaces extérieures et aux écueils intimes ?

Auteur : Né au Québec, en 1982, Christian Guay-Poliquin est doctorant en études littéraires. Le Poids de la neige, grand succès au Québec, a été distingué par plusieurs prix prestigieux.

Mon avis : (lu en février 2018)
La neige étant annoncée sur le nord de la France, j’ai décidé de lire enfin le roman québécois « Le poids de la neige » de Christian Guay-Poliquin.
C’est l’hiver et dehors, tout est sous la neige, le narrateur est un jeune homme blessé, immobilisé dans une maison isolée, et jour après jour, il surveille la hauteur de neige. Le village le plus proche est coupé du monde, car il y a également une panne générale d’électricité. Le jeune homme n’est pas seul, il a été confié à un vieil homme Matthias, s’occupe de lui, il le nourrit et le soigne.
Les premiers temps nos deux naufragés ont la visite de gens du village pour apporter du ravitaillement, provisions et bois pour le chauffage, celle de l’infirmière pour soigner notre blessé… Mais au fil des jours, les visites se raréfient, les plus actifs du village sont partis et les deux compagnons se retrouvent prix au piège de l’hiver et sont livrés à eux-même.
C’est une histoire d’attente, l’atmosphère est tour à tour réconfortante, inquiétante ou oppressante.

J’ai beaucoup aimé cette histoire dépaysante et hors du temps. Il y a beaucoup de poésie dans les belles descriptions de la nature, de la neige, du vent, de l’hiver.
Merci Babelio et les Éditions de l’Observatoire pour cette belle découverte !

Extrait : (début du livre)
1. Le labyrinthe
Regarde. C’est un lieu plus vaste que toute vie humaine. Celui qui tente de fuir est condamné à revenir sur ses pas. Celui qui pense avancer en ligne droite trace de grands cercles concentriques. Ici, tout échappe à l’emprise des mains et du regard. Ici, l’oubli du monde extérieur est plus fort que toute mémoire. Regarde encore. Ce labyrinthe est sans issue. Il s’étend partout où se posent nos yeux. Regarde mieux. Aucun monstre, aucune bête affamée ne hante ces dédales. Mais on est pris au piège. Soit on attend que les jours et les nuits aient raison de nous. Soit on se fabrique des ailes et on s’évade par les airs.

TRENTE-HUIT

La neige règne sans partage. Elle domine le paysage, elle écrase les montagnes. Les arbres s’inclinent, ploient vers le sol, courbent l’échine. Il n’y a que les grandes épinettes qui refusent de plier. Elles encaissent, droites et noires. Elles marquent la fin du village, le début de la forêt.
Près de ma fenêtre, des oiseaux vont et viennent, se querellent et picorent. De temps à autre, l’un d’eux observe la tranquillité de la maison d’un œil inquiet.
Sur le cadre extérieur, une fine branche écorcée a été fixée à l’horizontale, en guise de baromètre. Si elle pointe vers le haut, le temps sera clair et sec; si elle pointe vers le bas, il va neiger. Pour l’instant le temps est incertain, la branche est en plein milieu de sa trajectoire.
Il doit être tard. Le ciel gris est opaque et sans aucune nuance. Le soleil pourrait être n’importe où. Quelques flocons virevoltent dans l’air en s’accrochant à chaque seconde. À une centaine de pas de la maison, dans l’éclaircie, Matthias enfonce une longue perche dans la neige. On dirait le mât d’un bateau. Mais sans voile ni drapeau.
Des gouttes d’eau perlent sur la corniche et rejoignent la pointe des glaçons. Quand le soleil sort, ils brillent comme des lames acérées. De temps à autre, l’un d’eux se décroche, tombe et s’enfonce dans la neige. Un coup de poignard dans l’immensité. Mais la neige est invincible. Bientôt, elle atteindra le bas de ma fenêtre. Puis le haut. Et je ne verrai plus rien.
C’est l’hiver. Les journées sont brèves et glaciales. La neige montre les dents. Les grands espaces se recroquevillent.

Quelque part entre le bien et le mal – Christophe Molmy

Lu en partenariat avec les Editions de la Martinière 

131736_couverture_Hres_0 La Martinière – janvier 2018 – 352 pages

Quatrième de couverture : 
Sélectionné pour les prix du polar de Cognac, prix Landerneau, prix du Meilleur Polar des lecteurs de Points et prix du Goéland Masqué, Christophe Molmy confirme son talent avec ce nouveau roman magistral.
Coline a toujours rêvé d’intégrer la PJ. Mais elle n’a ni l’allure ni l’audace qu’on prête aux grands flics parisiens. Et puis… c’est une femme. Elle végète dans son commissariat de banlieue, jusqu’au jour où le suicide d’une jeune femme la met sur la piste d’un tueur en série.
De son côté, Philippe, vieux routier du 36 quai des Orfèvres, se débat avec une prise d’otage et des braqueurs manouches qu’il rêve de saisir en flagrant délit. Se peut-il que ces affaires soient liées ? Et jusqu’où chacun ira-t-il pour sauver sa peau. Ou risquer la sienne ?
Dans les rues de Paris se croisent flics, avocats, voyous et victimes. Au milieu de tout ce monde, le chien noir veille. Celui qui patiente, tapis en chacun de nous. Le maître de nos pulsions. Et qui n’attend qu’un bruit infime, un geste, pour se réveiller et nous emporter dans sa furie.

Auteur : Christophe Molmy est chef de la BRI de Paris (Brigade de recherche et d’intervention, dite aussi Brigade antigang), service spécialisé dans la lutte contre le grand banditisme. Quelque part entre le bien et le mal est son deuxième roman.

Mon avis : (lu en février 2018)
Dans le deuxième polar de Christophe Molmy, nous retrouvons deux personnages de son premier roman policier : Philippe Lelouedec du 36, quai des Orfèvres et Renan Pessac devenu commissaire en banlieue, à Villejuif.
Mais il n’est pas nécessaire d’avoir lu le premier roman policier pour apprécier le second.
L’équipe de Philippe Lelouedec surveille et traque deux frères manouches qui préparent l’attaque d’un DAB (distributeur automatique de billets).
Le quotidien de Renan Pessac est bien plus calme dans son commissariat de banlieue. Mais un jour, Céline, l’une de ses enquêtrices, remarque des similitudes entre différents cas de suicides. Toutes les suicidées sont de jeunes femmes blondes, vivant seules, chacune d’elles a été retrouvée pendue habillée d’une robe et coiffée d’une tresse.
Le lecteur va suivre les deux enquêtes en parallèle dans une intrigue réussie et efficace. L’auteur, lui-même policier, n’hésite pas à utiliser des termes spécifiques au métier (avec renvoi à une note explicative pour ne pas perdre le lecteur), et à décrire précisément les rôles et le travail de chacun. C’est donc à la fois intéressant de découvrir les dessous d’une enquête et de suivre l’enquête en direct.
Comme bon roman policier, il y a du suspens, des fausses pistes, des rebondissements… Les différents personnages sont également bien dessinés, aussi bien côté policier que du côté bandits.

Merci les Editions de la Martinière pour ce polar page turner réussi.

Extrait : (début du livre)
Le vol, c’est un métier comme un autre. Franck Schmidt en vivait depuis qu’il était enfant. Depuis que son père lui avait expliqué qu’en dehors des siens prendre ce qu’il désirait n’était pas du vol mais un mode de vie. Celui de gens qui avaient refusé le choix facile d’un appartement de banlieue et d’un petit boulot. Celui de ses oncles, ses cousins. De presque toutes les personnes qui l’avaient vu grandir. Ce métier, il l’abordait avec la rigueur et le sérieux d’un professionnel, exigeant et attentionné envers ses partenaires, habile et prudent sur le terrain, joueur et taiseux avec les flics. Il avait vite compris que, pour durer, le secret était de se gaver sans être trop regardant, ramasser tout ce qui était possible sans devenir trop gourmand. L’intérêt majeur de cette vie était la liberté. Ce qu’il devait préserver avant tout. La liberté, et le frisson qui le parcourait à chaque fois.

Lorsque Stéphane, son jeune frère, lui avait proposé de s’attaquer à des distributeurs de billets, il avait eu faim rien que d’y songer. Comme s’il tenait déjà un calibre à la main. Comme à chaque fois qu’il s’imaginait monter sur un braquage, avec ce sentiment de surpuissance qui le grisait, cette impression de dominer son destin.

Juché sur son scooter volé, il surveillait la rue tandis que Stéphane reculait pour prendre suffisamment d’élan. Avant que son cadet ne rabatte la visière de son casque de moto, il aperçut ses yeux soudain durcis par le stress et l’adrénaline ; aussi précis qu’une visée laser braquée sur la façade de la banque. Il aimait cet état presque second, celui où se mêlaient la peur et l’envie de tout faire voler devant soi, cette sensation de pouvoir tout écraser.

Il connaissait bien le quartier. Depuis Stalingrad, l’avenue Jean Jaurès filait tout droit vers Pantin. À quelques encablures de leur fief, dans les quartiers nord de Montreuil. Là où, avec Stéphane, ils avaient passé leur jeunesse à semer les flics sur des motos, puis au volant de voitures volées, à l’âge où d’autres perdaient leur temps à l’école. Ils connaissaient chaque sens interdit, chaque impasse. Autant de moyens de disparaître en cas de course-poursuite, du moins si une patrouille avait le temps de se pointer avant qu’ils ne s’envolent. Attentionnés, les flics prenaient toujours le soin de les prévenir de leur arrivée en mettant leur deux-tons.

Cela faisait maintenant cinq bonnes minutes que l’employé s’était enfermé dans le local de maintenance. Juste assez pour lancer la procédure de temporisation ; l’ouverture retardée des coffres relais qui abritaient l’argent destiné à alimenter le distributeur. Franck démarra pour s’assurer que son TMax n’allait pas le planter au moment de s’enfuir, fit un signe de tête à son frère. Stéphane allait se lancer d’une seconde à l’autre. Il n’hésiterait pas. Quand ils étaient gosses, Franck l’avait vu foncer sur un barrage de pandores au volant d’une voiture empruntée pour rentrer au camp en sortant de boîte. La berline diesel n’avait rien sous le capot. Compte tenu de leur âge ils ne risquaient pas grand-chose, pas même les foudres de leur daron. Et pourtant, Stéphane avait accéléré, en se marrant. Les gendarmes avaient trouvé ça moins drôle, rafalant l’arrière de la voiture et les traquant le reste de la nuit. Stéphane voulait s’amuser. Foncer et mordre le destin à pleines dents pour le faire lâcher prise. À près de trente-cinq ans, Franck avait renoncé à prendre des risques inutiles ; la dernière fois qu’ils s’étaient attaqués à un DAB, ils avaient pris plus de soixante-dix mille euros. Assez pour lever le pied un moment.

Ses muscles se tendirent. C’était toujours pareil avant un braquage. Même s’il y pensait depuis plusieurs jours, qu’il s’était levé avec l’idée de se retrouver là, un calibre dans la poche et prêt à tout, il fallait laisser à son corps le temps de s’y préparer. Dans quelques secondes, il aurait peut-être besoin de courir ou de se battre, de charger son frère derrière lui pour s’enfuir dans les rues de Paris. Sans qu’il ne puisse trouver les mots exacts pour le décrire, le temps parut s’étirer. Autour de lui, le monde tournait en ignorant le fracas qui s’annonçait. Il regarda une famille traverser devant lui. Il était presque midi, la mère avait dû aller chercher ses deux enfants à la sortie de l’école. Ils ne devaient pas avoir plus de dix ans, mais même son affection pour les gamins ne réussit pas à le toucher, à se frayer un chemin jusqu’à sa conscience. À ce moment précis, ils ne représentaient qu’une gêne potentielle. Une complication. Son instinct de survie écrasait tout le reste.

Déjà lu du même auteur :
102910076 (1) Les loups blessés

Petit bac 2018
Mot Positif (2)

Un fond de vérité – Zigmunt Miloszewski

Lu en partenariat avec le Prix SNCF du polar

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Pocket – septembre 2016 – 544 pages

Mirobole éditions – janvier 2015 – 472 pages

traduit du polonais par Kamil Barbarski

Titre original : Ziarno Prawdy, 2014

Quatrième de couverture :
Dans toute légende, dit-on, il y a un fond de vérité. À Sandomierz, sage bourgade de la province polonaise, on ne croit plus depuis longtemps que les Juifs enlèvent les enfants catholiques pour les vider de leur sang. Quoique… La découverte d’une jeune notable devant l’ancienne synagogue, égorgée suivant le rituel de l’abattage casher, réveille anciennes croyances et vieux démons… À charge pour le procureur Teodore Szacki, fraîchement divorcé et exilé de la capitale, de trouver la vérité.

Auteur : Né à Varsovie en 1976, Zygmunt Miłoszewski est écrivain et scénariste. Ses romans sont traduits en dix-sept langues. En France, grâce à sa trilogie de romans policiers mettant en scène le procureur Teodore Szacki, il a été finaliste du Grand Prix des lectrices de ELLE, du Prix du polar à Cognac et du Prix du polar européen du Point. Après Les Impliqués (2007) et Un fond de vérité (2015), La Rage (2016) a reçu le Prix Transfuge du meilleur polar étranger. Son dernier roman, Inavouable, a paru en 2017.

Mon avis : (lu en janvier 2018)
J’ai choisi de recevoir ce polar dans le cadre du Prix SNCF du polar pour deux raisons, d’abord car c’est un auteur que je voulais découvrir depuis quelques temps et d’autre part car c’est un auteur polonais pour mon Challenge Voisins Voisines
Ce roman policier est le deuxième de la trilogie avec  le procureur Teodore Szacki.
Teodore Szacki a choisi de quitter Varsovie pour s’installer dans la petite ville de Sandomierz, au bord de la Vistule. Mais Sandomierz est trop calme, Szaki s’ennuie jusqu’au jour où le corps d’une femme est découvert près de l’ancienne synagogue.
Ela Budnik la jeune épouse d’un conseiller municipal a été égorgée selon un rituel juif. Toute la ville est en émoi, on fait allusion à de vieilles légendes autour des juifs. Szacki est jugé le plus objectif pour mener l’enquête car à Sandomierz tout le monde se connaît. Il sera aidé par Barbara Sobieraj, également procureur, et Leon Wilczur, un vieux flic aigri. Alors que le procureur enquête sur son tueur d’autres crimes sanglants ont lieu et tous semblent faire penser à un meurtrier juif…
L’enquête est pleine de rebondissements et c’est l’occasion de découvrir un pan de l’histoire de la Pologne avec la difficile cohabitation entre juifs et catholiques. C’est instructif et passionnant, il est question de pogroms, du difficile retour des camps et du mythe du juif avide de sang chrétien qui vole et tue les enfants catholiques.
Teodore Szacki est un personnage attachant et je n’hésiterai pas à le retrouver dans les deux autres enquêtes le concernant.

Merci le  Prix SNCF du polar pour la découverte de ce polar polonais !

Extrait :
MERCREDI 15 AVRIL 2009

Les Juifs célèbrent le septième jour de Pessa’h et commémorent la traversée de la mer Rouge ; pour les chrétiens, c’est le quatrième jour de l’octave de Pâques ; pour les Polonais, le deuxième des trois que durera le deuil national décrété après l’incendie de Kamierî Pomorski où vingt-trois personnes ont trouvé la mort. Dans le monde du football de haut niveau européen, les clubs de Chelsea et de Manchester United accèdent aux demi-finales de la Ligue des Champions ; dans le monde du football polonais, quelques supporters du club LKS Lódz, opposé au rival local, le Widzew, sont mis en examen pour incitation à la haine raciale suite à leur interpellation vêtus de T-Shirt estampillés «Mort aux putes juives du Widzew». La direction générale de la police nationale publie son rapport sur la criminalité du mois de mars : on enregistre une hausse de 11 % par rapport à l’année précédente ; la police commente comme suit : «La crise va pousser les citoyens à commettre davantage de crimes.» À Sandomierz, elle a déjà poussé la caissière d’une boucherie à vendre sous le manteau des paquets de cigarettes au noir- la femme a été arrêtée. Dans cette ville, il fait froid, comme partout en Pologne ; la température ne dépasse pas les quatorze degrés, mais il s’agit malgré tout de la première journée ensoleillée après un week-end de Pâques glacial.

I

Les fantômes n’apparaissent certainement pas à minuit. A minuit, les films de deuxième partie de soirée ne sont pas terminés à la télé, les adolescents songent à leur enseignante sexy, les amants reprennent des forces avant de remettre ça, les vieux couples mènent des discussions sérieuses à propos de leur épargne, les épouses modèles sortent des gâteaux du four et les mauvais époux réveillent les enfants en tentant d’ouvrir la porte de l’appartement dans un état d’ébriété avancée. Il y a trop de vie à minuit pour que les fantômes fassent leur petit effet. Plus tard dans la nuit, à l’aube, c’est une tout autre histoire : même les employés des stations-service piquent du nez et la lumière blafarde extrait de l’obscurité des objets et des êtres dont nous ne soupçonnions pas l’existence.
Il était plus de 4 heures du matin, le soleil devait se lever une heure plus tard et Roman Myszynski luttait pour ne pas s endormir dans la salle d’étude des Archives nationales de Sandomierz, entouré par des morts. De part et d’autre de sa table de lecture s’empilaient des registres paroissiaux du XIXe siècle et, bien que la majorité des inscriptions concernât des moments de vie heureux – les baptêmes et les mariages étant plus nombreux que les avis de décès -, il sentait malgré tout l’odeur de la mort l’envahir. Il n’arrivait pas à se départir de l’idée que tous ces nourrissons et jeunes mariés mangeaient les pissenlits par la racine depuis plusieurs décennies pour certains et que ces livres, rarement consultés, rarement dépoussiérés, demeuraient l’unique témoignage de leur passage sur cette terre. Quoique ces macchabées aient eu relativement de la chance, si on pensait au sort que la guerre avait réservé à la plupart des archives du pays.

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Festival International de BD d’Angoulême

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Invitée par la SNCF, je passe la journée à Angoulême !

LE PROGRAMME :

Départ de Paris par un TGV à 8h30, arrivée prévue à Angoulême à 10h30
Visite de l’exposition « Alix : L’Art de Jacques Martin », au Musée de la BD
Déjeuner sur l’Espace Polar SNCF
Visite de l’exposition « L’Art de Naoki Urasawa »
Visite du Monde des Bulles
Retour par le TGV de 17h30, arrivée prévue à Paris à 19h30

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Fauve Polar SNCF 2018

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Les 5 albums en compétitions :

Bâtard, Max de Radiguès (Casterman)
La Cité des trois saints, Lorenzo Bizzarri & Stefano Nardella (Sarbacane)
Jean Doux et le mystère de la disquette molle, Philippe Valette (Delcourt)
The Private Eye, Marcos Martin & Brian K. Vaughan (Urban Comics)
Le profil de Jean Melville, Robin Cousin (FLBLB)
(Edit du 27/01/2018 – 22:10)

Le gagnant du Fauve Polar SNCF

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Jean Doux et le mystère de la disquette molle, Philippe Valette (Delcourt)
et dans quelques jours, le compte-rendu de ma journée…