Malamute – Jean-Paul Didierlaurent

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

 Au Diable Vauvert – mars 2021 – 368 pages

Quatrième de couverture :
Le vieux Germain vit seul dans une ferme au cœur des Vosges. Sa fille lui impose de passer l’hiver avec Basile, lointain neveu qui vient faire sa saison de conducteur d’engin de damage dans la station voisine. Une jeune femme froide et distante qui conduit les engins des neiges mieux que tous ses collègues masculins, habite la ferme voisine, où ses parents élevaient une meute de chiens de traîneaux quarante ans auparavant. Mais bientôt, le village est isolé par une terrible tempête de neige qui, de jours en semaines puis en mois, semble ne pas vouloir s’achever. Alors l’ombre des Malamutes ressurgit dans la petite communauté coupée du monde… JPDL revient avec un grand roman situé dans un village de montagne au cœur d’une forêt omniprésente qui réunit tous les éléments du succès du Liseur du 6h27 : tendresse et humour, réalisme magique et incroyable inventivité, personnages hauts en couleur et machines broyeuses, jeunesse et relations intergénérationnelles, noirceur et rédemption…. Dépeignant la nature et des gens d’aujourd’hui dans une maîtrise narrative impeccable, Malamute est un conte moderne plein de mystère et de poésie qui enchante au moins autant que le Liseur du 6h27.

Auteur : Jean-Paul Didierlaurent vit dans les Vosges. Nouvelliste lauréat de nombreux concours de nouvelles, deux fois lauréat du Prix Hemingway, son premier roman, Le Liseur du 6h27, connaît un immense succès au Diable vauvert puis chez Folio (360.000 ex vendus). Il reçoit les prix du Roman d’Entreprise et du Travail, Michel Tournier, du Festival du Premier Roman de Chambéry, du CEZAM Inter CE, du Livre Pourpre, Complètement livres, ainsi que de nombreux prix de lecteurs en médiathèques, est traduit dans 34 pays et est en cours d’adaptation au cinéma. Jean-Paul Didierlaurent a depuis publié au Diable vauvert un recueil de nouvelles, Macadam, et les romans Le Reste de leur vie et La fissure, tous réédités chez Folio.

Mon avis : (lu en juin 2021)
Le livre commence en avril 1976, avec l’extrait du journal de Pavlina Radovic, avec son mari Dragan, depuis la Slovaquie, ils viennent d’arriver dans la station vosgienne de Voljoux pour s’installer dans une vieille ferme. Ils ont comme projet d’organiser des promenades à traineau tiré par leurs chiens Malamute.
En 2015, à Voljoux, Germain, octogénaire, vit seul dans sa ferme depuis le décès de sa femme. Françoise, sa fille qui vit en région parisienne, s’inquiète pour lui. Elle aimerait bien qu’il accepte d’aller en maison de retraite mais c’est hors de question pour Germain qui aime trop son indépendance et ses arbres de la forêt… Finalement, c’est Basile,
un petit-neveu de Germain, saisonnier comme dameur de piste à Voljoux qui va venir s’installer à la ferme pour surveiller le vieil homme. Il y a également Emmanuelle, voisine de Germain, la jeune femme est également la nouvelle collègue de Basile…
C’est au bout d’une centaine de pages que le lecteur va comprendre le lien entre 1976 et 2015… Et cette histoire étrange, angoissante va s’intensifier avec une terrible tempête de neige qui va isoler le village du reste du monde…
Je n’en raconte pas plus et malgré la tension présente à tout instant dans ce roman, j’ai bien aimé cette lecture et les personnages de Germain, d’Emmanuelle et de Basile. L’intrigue ne m’a pas complètement surprise, j’avais découvert certaines choses avant que le récit ne le dévoilent.
Merci Masse Critique Babelio et les éditions Au Diable Vauvert pour cette belle lecture.

Extrait : (début du livre)
Journal de Pavlina Radovic (traduit du slovaque) Avril 1976

Deux jours, nous avons mis deux jours pour franchir les mille trois cents kilomètres qui nous séparaient de notre nouveau domicile. Dragan avait espéré boucler le parcours en moins de vingt-quatre heures, le temps qu’il lui avait fallu les fois précédentes pour atteindre sa destination. C’était sans compter la remorque et les chiens. Pendant ces deux jours de route, les bêtes n’ont pas cessé d’aboyer et de grogner d’excitation, les babines écumantes de rage, comme pressées d’en découdre avec un ennemi invisible. Nous avons traversé plusieurs pays, franchi des fleuves larges comme deux autoroutes, longé des villes immenses, des champs infinis, des collines couvertes de vignobles, des plaines verdoyantes parsemées de villages au nom imprononçable. À mi-parcours, l’un des pneus de la remorque a éclaté et nous avons failli verser dans le fossé. Je frissonne encore à l’idée que notre aventure aurait pu s’achever au milieu de nulle part dans un bas-côté rempli d’eau croupissante, coincés entre le rêve vers lequel nous roulions et la vie que nous venions de laisser dans notre dos. L’idée d’échouer si près du but, de devoir rebrousser chemin pour retourner au pays me faisait horreur. Retrouver cette vie étroite dans laquelle je me trouvais confinée, à barboter tel un poisson dans une mare devenue trop petite, m’aurait été insupportable. Avant de changer la roue, Dragan a dû calmer les chiens qui hurlaient à la mort. Plus loin, le voyant de surchauffe moteur nous a contraints à un nouvel arrêt sur la première aire venue pour remettre du liquide de refroidissement. Les passages en douane nous ont beaucoup ralentis. Un temps précieux perdu pour des douaniers méticuleux, qui ont épluché un à un les carnets de vaccination des quatre malamutes et contrôlé leurs tatouages. Et à chaque fois l’obligation pour moi d’apaiser Dragan, de le raisonner, de lui dire que tout cela n’était rien, que l’arrivée à la maison, notre maison, n’en serait que plus belle. De la ferme, je ne connaissais que les rares photos qu’il m’en avait montrées. Plus que les clichés, c’est son enthousiasme contagieux qui m’a convertie à son projet.
 

Déjà lu du même auteur :

96496883 Le liseur du 6h27 105625583 Macadam

Petit Bac 2021
(5) Animal

Prends bien soin de toi ! – Rudo

Masse Critique Babelio

71N8vtCMwzL Bamboo – mai 2021 – 72 pages

Quatrième de couverture :
Après vingt ans de carrière dans le dessin et l’illustration, Geoffroy doit changer de profession. Sans argent, au bord de la séparation, pour vivre, on lui conseille de trouver un « vrai » métier. Mais quoi faire quand on a 42 ans et qu’on a tenu un crayon toute sa vie ? De déconvenue en refus pur et simple, Geoffroy saisit la chance qui se présente quand on lui propose un remplacement dans un EHPAD. Lui qui passait ses journées seul à sa table à dessin, se retrouve à faire la toilette à des malades d’Alzheimer, à aider des employés débordés et à faire face à une direction qui n’a pour objectif que de réaliser des profits pour le bien-être des actionnaires aux dépens de celui des pensionnaires.

Auteur : Dessinateur et illustrateur de presse depuis la fin de années 90, c’est à Fluide Glacial qu’il fait ses premiers pas. Son trait humoristique l’amène à collaborer avec différents magazines ( Spirou, Le Journal de Mickey, Science et vie Junior…). C’est en 2005, aux éditions Bamboo, qu’il publie Wesh Wesh Crew ,sa première série sur le graffiti, qu’il pratique en parallèle du dessin. Depuis, il a publié 15 albums d’humour chez différents éditeurs (Soleil, Delcourt, Vents d’Ouest, Jungle). Depuis 2017, Geoffroy n’avait pas retouché un crayon pour se réorienter vers le métier d’aide-soignant. Prends soin de toi  est donc un retour aux sources à la bande dessinée et le témoignage de cette période de silence.

Mon avis : (lu en mai 2021)
Le narrateur, Geoffroy est dessinateur et illustrateur depuis une vingtaine d’années lorsqu’il doit trouver un « vrai métier »… En effet, à cours de contrat et ayant expressément besoin d’argent, à 42 ans, il doit se résoudre à trouver un nouvel emploi… Durant deux années, il va travailler dans un EHPAD comme adjoint de soins. Dans un premier temps, il est affecté dans une unité spécialisée pour les malades d’Alzheimer, le travail est ingrat, mais Geoffroy se sent utile, il est là pour chouchouter les patients. Ensuite, il est employé dans un service classique où les conditions de travail sont très différentes, c’est la rentabilité de l’établissement exigée par les actionnaires, au détriment du temps passé et la qualité du service auprès de chaque résident.
En racontant une expérience très personnelle, Geoffroy montre l’humanité, l’engagement et la générosité des équipes soignantes qui, tant bien que mal, tentent d’assurer des soins de qualité et d’être attentif aux plus faibles. Il livre un témoignage juste et sensible sur la situation des pensionnaires comme du personnel de cet EHPAD.
En filigrane, Geoffroy évoque également la précarité du métier de dessinateur et illustrateur. Un métier de passion qui ne permet pas toujours de faire vivre correctement une famille…

Merci à Babelio pour ce Masse Critique spéciale qui m’a permis de découvrir cette bande dessinée.

Extrait : (début de la BD)

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Les fantômes de Reykjavik – Arnaldur Indridason

 

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Anne-Marie Métailié – février 2020 – 320 pages

Points – mars 2021 – 384 pages

traduit de l’islandais par Eric Boury

Titre original : Stúlkan hjá brúnni, 2018

Quatrième de couverture :
Inquiets pour leur petite-fille dont ils savent qu’elle fait du trafic de drogue, un couple fait appel à Konrad, un policier à la retraite, car la jeune fille a disparu. Dans le même temps une amie de Konrad lui parle d’une petite fille retrouvée noyée dans l’étang devant le Parlement en 1947. Elle lui demande de l’aider car l’enfant hante ses rêves. Il découvre que l’enquête sur la mort de la petite fille a été menée en dépit du bon sens. Lorsqu’on trouve le cadavre de la jeune trafiquante, il met encore en doute les méthodes de la police.
Konrad mène les deux enquêtes de front. Il nous apparaît comme un personnage solide, têtu, coléreux et rompu, par son enfance auprès de son père, à toutes les ruses des voyous. Toujours aux prises avec son enquête sur l’assassinat de son propre père, il avance vers la vérité.
Dans une construction particulièrement brillante, Indridason crée un suspens et des attentes sur des plans différents et surprenants. Il captive le lecteur et le tient en haleine avec brio. On peut dans ce volume saluer la naissance d’un nouvel enquêteur attachant, sensible mais violent, n’hésitant pas à faire le coup de poing. Par ailleurs l’auteur nous introduit au merveilleux islandais très insolite et terre à terre.

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavík en 1961. Diplômé en histoire, il est journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs couronnés de nombreux prix prestigieux, traduits dans 40 langues et vendus à plus de 13 millions d’exemplaires.

Mon avis : (lu en mars 2021)
Après « Ce que savait la nuit », c’est la deuxième enquête de Konrad, le nouveau personnage d’Arnaldur Indridason. Konrad est un policier à la retraite ayant perdu son épouse Erna depuis quelques mois. Il est sollicité par un couple de grands-parents dont Danni, leur petite fille, a disparu. Konrad va assez vite la retrouver, malheureusement morte d’une overdose… La police, en la personne de Marta va mener l’enquête mais Konrad va également s’y intéresser…
En parallèle, Eyglo, une amie de Konrad un peu médium est bouleversée par la vision d’une fillette à la recherche de sa poupée… Konrad est peu sensible à ces histoires mais pour tranquilliser son amie, il se met à enquêter sur cette fillette qui s’était noyée dans les années soixante et dont l’enquête avait été bâclée… Ces enquêtes vont l’amener à se replonger également dans son propre passé, en particulier sur les activités sombres de son père.
Même si le héros est nouveau, lire du Arnaldur Indridason est toujours aussi plaisant pour découvrir l’Islande à travers des sujets malheureusement toujours actuels.

 

Extrait : (début du livre)
Le jeune homme avait descendu la rue Skothusvegur, s’était arrêté sur le pont qui enjambait le lac de Tjörnin et, penché par-dessus le garde-corps métallique, il avait aperçu la poupée dans l’eau.

Ce pont dessinait un arc élégant là où le lac rétrécissait avant de continuer vers le sud, jusqu’à Hljomskalagardur, le Parc du kiosque à musique. Le jeune homme se tenait au sommet de l’ouvrage. C’était le soir. Dans la rue pour ainsi dire déserte, une voiture passa au ralenti. Bientôt, les ronflements de son moteur venus troubler la quiétude vespérale s’évanouirent. Le flâneur crut apercevoir un homme rue Soleyjargata. Un autre, vêtu d’un chapeau et d’un imperméable, le dépassa en marchant d’un pas résolu, sans regarder à gauche ni à droite. Accoudé à la rambarde, le jeune homme contemplait le lac, la Maison de l’Industrie en arrière-plan, les bâtiments du centre et, à l’horizon, le mont Esja, rassurant et immuable dans le crépuscule. La lune flottait en surplomb, comme un conte de fées issu d’un monde lointain. C’est en baissant les yeux qu’il vit la poupée dans l’eau.
Cette vision éminemment poétique toucha la sensibilité du jeune écrivain. Il sortit de sa poche son petit calepin et le stylo-plume qu’il avait toujours sur lui et griffonna quelques mots sur la perte de l’innocence, la fragilité de l’enfance et l’eau, à la fois source de vie et force destructrice. Ce joli calepin recouvert de cuir noir et portant l’inscription 1961 en lettres dorées contenait les méditations d’un jeune homme qui souhaitait devenir poète et y mettait toute son âme. Ses tiroirs renfermaient déjà largement de quoi publier un recueil, mais il n’avait jusque-là pas eu le courage de montrer ses textes à un éditeur. Craignant surtout qu’on le juge trop durement et qu’on lui oppose un refus, il passait son temps à les peaufiner, y ajoutant toujours un petit quelque chose, comme il le faisait en ce moment-même pour ces lignes sur la vanité de la vie.
Il était persuadé qu’une petite fille avait laissé tomber sa poupée dans le lac et n’avait pas réussi à la récupérer. Cela aussi, il l’écrivit dans son calepin. Il s’efforçait de saisir la quiétude du soir, de mettre en mots les lumières qui se reflétaient sur le Tjörnin. Il regarda vers l’îlot pris d’assaut par les sternes arctiques. Elles étaient aussi silencieuses que le voile de nuit recouvrant la ville, griffonna-t-il. Il remplaça le mot nuit par soir, raya ce dernier mot, biffa le voile, essaya d’y substituer le mot rideau, ce vers ne lui convenait pas.
Il rangea son stylo-plume et son calepin dans la poche de sa veste et s’apprêta à reprendre sa route, mais il se ravisa et se dit qu’il allait tenter d’attraper la poupée pour la déposer sur le pont au cas où la pauvre gamine reviendrait chercher sa compagne de jeu. Il descendit jusqu’à la rive, tendit le bras, mais le jouet était trop loin du bord pour qu’il puisse l’atteindre. Il remonta sur le pont, fouilla du regard les environs en quête d’un objet qui pourrait lui servir de crochet, un bâton ou une branche, mais ne trouva rien.

Déjà lu du même auteur :

la_cit__des_jarres La Cité des jarres  la_femme_en_vert La Femme en vert

la_voix La Voix l_homme_du_lac L’Homme du lac hiver_arctique Hiver Arctique

hypothermie Hypothermie la_rivi_re_noire La rivière noire betty Bettý

la_muraille_de_lave La muraille de lave etranges_rivages Étranges rivages

91768788 La cité des jarres 95359847 Le Duel

105501958 Les nuits de Reykjavik 110108840 Le lagon noir

9782367623085-001-X Opération Napoléon 9782367627595-001-T Passage des ombres

71UbDwTos8L Ce que savait la nuit 61YQz30gvAL Les roses de la nuit

Petit Bac 2021(3) Lieu

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Islande

Rose Rage – Illana Cantin

Lu en partenariat avec Babelio

71IftGC9ZkL Hachette – septembre 2020 – 288 pages

Quatrième de couverture :
—  T’as entendu parler de cette fille qui a été renvoyée parce qu’elle avait tabassé un mec dans la file de la cantine  ? Il lui avait touché les fesses…
— C’est pas juste. C’est pas elle qui devrait être renvoyée, c’est lui. Et si j’avais un moyen de faire éclater la vérité au grand jour  ? 
Pour Rachèle, à la tête du journal du lycée,il est impossible de laisser passer une nouvelle injustice.Ça fait trop longtemps que ça dure.  Que tout le monde ferme les yeux.Elle décide donc d’appeler toutes les filles, toutes les femmesde l’établissement à faire grève.Il est temps pour elles de se faire entendre.Il faut que  certaines choses changent enfin.

Auteur : Illana Cantin a commencé à écrire à l’âge de onze ans, sur le vieil ordinateur familial, et ne s’est pas arrêtée depuis. En 2016, son premier roman est sorti en version numérique aux Éditions Arrow. Pendant ce temps, en parallèle de ses études d’anthropologie, elle publie ses textes sur Wattpad. L’histoire de Georges et de Priam est son premier roman édité en format papier.

Mon avis : (lu en septembre 2020)
Parce qu’une fille du lycée a été victime d’une injustice, Rachèle décide subitement de lancer une grève des femmes dans l’établissement. Ameline est victime de harcèlement sexuel de la part de Paul Müller, un élève de terminale, elle se révolte et gifle l’importun. Et c’est Ameline qui est exclue du lycée Olympe de Gouges pour violence !
La narratrice, Rachèle, s’occupe du journal du lycée avec son ami Martin et veulent tout deux faire éclater la vérité. Rachèle va commencer par mobiliser les filles : Manon, Carla, Inès, Imane, Kayla, Astrid sont prêtes à la rejoindre mais certaines ne voient pas d’un bon œil la présence de Martin, pourtant plein de bonne volonté, à leur côté. C’est un combat de filles et elles seules doivent décider des actions à mener…
Avec ce roman, l’auteure décrit tous les obstacles que les filles ou les femmes doivent affronter pour enfin être reconnues à égalité avec les hommes.

Un roman très actuelle qui aborde avec beaucoup de justesse et sans culpabilisation le féminisme et la notion de l’acceptation de soi.
A faire lire à nos adolescents filles et garçons !

Merci Babelio et les éditions Hachette pour cette lecture instructive et inspirante.

Extrait : (début du livre)
Le climat de ras-le-bol s’était installé bien avant l’épisode Ameline Brillant. Être renvoyées chez nous pour des jeans troués et des tee-shirts trop courts nous hérissait depuis un bon moment, mais s’il n’y avait que ça… Ça nous faisait criser quand les surveillants d’internat empêchaient les filles de visiter leurs amies après 21 heures sous prétexte qu’elles étaient trop bruyantes, alors que les garçons avaient la permission de 23 heures. Ça nous énervait de voir qu’on dépensait des sommes astronomiques pour que l’équipe masculine de handball fasse la tournée des championnats, quand les coureuses, pourtant plus nombreuses et bien mieux classées, devaient vendre des croissants tous les matins pour financer le voyage jusqu’à Londres.
Ça nous mettait en rogne d’apprendre qu’un prof de maths avait mis une retenue à une seconde qui avait éclaté en sanglots en plein cours à cause de ses règles douloureuses – elle faisait son cinéma, prétendait-il.
C’était donc loin d’être un secret : au lycée Olympe de Gouges, les femmes étaient moins bien loties que les hommes. Constat ironique quand on réalisait que l’établissement portait le nom d’une grande figure des droits des femmes, une qui aurait été du genre à balancer son porc. On ne s’y faisait pas, à cette ambiance misogyne, néanmoins on vivait avec ; l’établissement était renommé, et l’avoir fréquenté passait bien sur un dossier. Mais avec Ameline Brillant, tout avait éclaté.

Petit bac 2020a 
(8) Couleur


Resurrection Bay – Emma Viskic

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51dBT-NlJ0L Seuil – février 2020 – 320 pages

traduit de l’anglais (Australie) par Charles Bonnot

Titre original : Resurrection Bay, 2015

Quatrième de couverture :
Caleb Zelic, détective privé à Melbourne, est bien décidé à retrouver le meurtrier de son meilleur ami Gary, un flic intègre, retrouvé égorgé chez lui. Mais Caleb est sourd depuis l’enfance et lire sur les lèvres peut parfois porter à confusion… Il sait toutefois parfaitement lire les expressions et le moindre geste de ses interlocuteurs. De plus, Caleb n’oublie jamais un visage. Avec l’aide de son associée Frankie, ex flic alcoolo, il mène son enquête mais se fait brutalement agresser. Et Frankie disparaît. Blessé, aux abois, il se réfugie chez son ex-femme à Resurrection Bay, sa ville natale.
Alors qu’il commence à remonter le fil des derniers événements menant à la mort de Gary, il réalise que tous autour de lui ont quelque chose à cacher…

Auteure : Emma Viskic, clarinettiste professionnelle et professeure de musique, est désormais une auteure australienne de renom. Resurrection Bay l’a propulsée en tête des ventes dans son pays puis en Angleterre après qu’il a remporté le Ned Kelly Award en 2016 ainsi que le Davitt Award dans trois catégories.
Elle a étudié la langue des signes australienne (Auslan) pour concevoir son personnage principal, Caleb, que l’on retrouvera dans deux autres volumes.

Mon avis : (lu en juin 2020)
Voilà un polar venu d’Australie que j’ai accepté de recevoir grâce à Masse Critique Babelio.
C’est le premier tome d’une série de trois, mettant en scène le personnage de l’enquêteur Caleb Zelic, détective privé. L’originalité de cette série c’est que Caleb est malentendant et qu’il communique grâce à la langue des signes ou en lisant sur les lèvres. Il sait utiliser son apparente faiblesse comme un atout et son raisonnement est alors perspicace et clairvoyant car il a un sens de l’observation et du détail particulièrement développé.
Dans « Resurrection Bay, » Caleb enquête sur le meurtre de son ami d’enfance, Gary, un policier qui aidait Caleb, dans une enquête sur un cambriolage. Cet ami meurt dans ses bras, et la police commence à soupçonner Caleb. Avec l’aide de sa partenaire, Frankie, ancienne policière et ex-alcoolique, Caleb va partir sur les traces du tueur…
L’intrigue est assez classique, du rythme, des rebondissements, de la complexité qui est à la limite de donner quelques longueurs dans le milieu du livre mais heureusement le dénouement est convaincant.
Au cours de cette histoire, Caleb évolue vis à vis de sa surdité, car au début il refuse de l’assumer ouvertement, ce qui implique qu’il ne comprend pas toujours bien ce qu’on lui dit et son comportement peut prêter à confusion. Vers la fin, Caleb ose enfin demander à ses interlocuteurs de le regarder en face et d’articuler et à révéler le fait qu’il est malentendant.
Une enquête prenante et un enquêteur atypique et attachant que j’ai bien aimé suivre, lorsque les prochaines enquêtes de Caleb Zelic seront traduites, je les lirai avec plaisir.

Merci Babelio et les éditions Seuil pour cette découverte.

Extrait : (début du livre)
Caleb le serrait encore dans ses bras quand les secours arrivèrent. Complètement débile d’avoir appelé une ambulance : Gary était mort. Forcément. Difficile de respirer avec la gorge tranchée. Les urgentistes étaient apparemment de cet avis. Ils s’arrêtèrent net en voyant le carrelage de la cuisine inondé de sang, les yeux rivés sur le corps inerte de Gary qu’il tenait dans ses bras. Un homme et une femme. Ils arboraient un uniforme bleu et un air suspicieux. La femme parlait mais ses mots, trop informes pour qu’il puisse les saisir, lui échappaient.
– C’est trop tard, lui lança-t-il.
Elle fit un pas en arrière.
– Dites, mon vieux, vous avez un couteau ? Un objet tranchant ?
Elle parlait maintenant lentement et donnait à chaque syllabe une forme distincte.
– Non. Voyant que la tension ne quittait pas son visage, il ajouta : Ce n’est pas moi qui l’ai tué.
– Il y a quelqu’un d’autre dans la maison ?
– Non, mais les enfants de Gary vont bientôt rentrer de l’école. Il ne faut pas qu’ils voient ça.
Elle jeta un regard vers son collègue.
– Ok, est-ce que vous pourriez nous laisser examiner Gary maintenant ?
Il acquiesça mais il était incapable de bouger. Les ambulanciers échangèrent quelques mots avant d’approcher. Ils desserrèrent doucement son étreinte et déposèrent Gary sur le sol, cherchant du bout des doigts un pouls qu’ils ne pourraient jamais trouver. Du sang sur leurs gants. Il en avait sur lui aussi : ses mains et ses bras en étaient recouverts, son tee-shirt était trempé. Le tissu, encore chaud, lui collait au torse. Des mains le saisirent pour le relever et il parvint à marcher. Il traversa le salon, passa devant le meuble à tiroirs renversé, les coussins éventrés, le verre brisé, quittant l’effroyable vision de ce qui avait autrefois été Gary.

Bed Bug – Katherine Pancol

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – janvier 2020
– 8h24 – Lu par Audrey Botbol

Albin Michel – octobre 2019 – 352 pages

Quatrième de couverture :
« Rose est une jeune biologiste. Elle fait des recherches à Paris et à New York sur une luciole qui semble très prometteuse pour la recherche médicale. Si elle étudie avec une grande maîtrise l’alchimie sexuelle des insectes et leur reproduction, elle se trouve totalement désemparée face à Léo quand elle en tombe amoureuse. La vie n’est pas comme dans un laboratoire. Et ce n’est pas sa mère (cachée derrière des lunettes noires) ni sa grand-mère (qui parle à Dieu et à ses doigts de pied) qui vont pouvoir l’aider. »
Autour de Rose s’agite une constellation attachante et pancolienne : un amoureux qui a tout l’air d’un goujat sexy, un scientifique vénézuélien qui étudie le sperme des grillons, une chercheuse obèse qui tombe amoureuse toutes les 28 secondes ou une mère reine des abeilles… Mais tout cela est bien moins léger qu’il n’y paraît…

Auteur : Katherine Pancol s’est imposée dès son premier roman Moi d’abord comme l’une des nouvelles voix de la littérature. Depuis sa saga Les Yeux jaunes des crocodiles, La Valse lente des tortues, Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi, la trilogie des Muchachas et Trois Baisers, elle est devenue l’un des auteurs français les plus lus dans le monde (traduit dans 31 pays dont les États-Unis).

Lecteur : Audrey Botbol a démarré sa carrière dans la chanson. Elle élargit très vite son champ à celui de la voix en général : doublages de films, séries, dessins animés, enregistrement de pubs, voice over… Elle compose, écrit et interprète aussi de nombreux titres pour des bandes originales de longs métrages.

Mon avis : (écouté en avril 2020)
J’ai accepté de recevoir ce livre audio, après avoir entendu une interview de Katherine Pancol très enthousiaste et à fond sur tous les insectes qui peuplent ce livre !
J’ai toujours aimé observer ces petites bêtes donc j’étais curieuse de les découvrir dans ce roman.
L’héroïne de cette histoire, Rose est biologiste. Elle travaille à Paris dans un laboratoire de recherches sur la luciole alsacienne, Lamprohiza splendidula. Ses résultats sont prometteurs et devraient s’appliquer à la recherche médicale.  Leo est un chercheur américain qui travaille également sur une luciole, celle-ci est américaine, Photuris versicolor. Tous deux se sont rapprochés professionnellement et travaillent de concert.
Autant Rose est une pointure dans son travail de chercheuse, autant elle est totalement submergée par ses émotions qu’elles soient amoureuses ou relationnelles…
Dans ce roman, Katerine Pancol met en parallèle le comportement des humains, ici Rose, Leo et celui des insectes et petites bêtes.
L’auteure s’est attachée à ce que tous les passages scientifiques soient véridiques et elle les a donc fait relire par un biologiste.
J’ai surtout été intéressée par la partie biologie et « petites bêtes » qui sont finalement assez peu présentes dans l’ensemble de l’histoire, pour le reste de l’intrigue j’ai trouvé cela distrayant mais sans surprise.

Merci et Audiolib pour cette lecture mitigée.

Extrait : (début du livre)
Rose invita Leo à dîner un mardi soir huit jours avant Noël.
Elle avait hésité, se balançant sur les marches du laboratoire où ils avaient passé la journée à étudier Lamprohiza splendidula, une petite luciole de la famille des Lampyridae, qui vivait en Alsace et produisait une molécule prometteuse pour le traitement du cancer avec, en outre, une action régénérante sur les tissus cutanés. Le directeur du laboratoire se frottait les mains à l’idée d’exploiter cette découverte.
Rose s’était aussitôt demandé si c’était une bonne idée d’inviter Leo à dîner. Elle avait mordillé ses ongles, froissé et défroissé un pan de sa blouse de labo qui dépassait de son manteau, calculé le nombre exact de jours qu’il restait avant Noël. Leo repartait pour New York. Il fallait qu’elle l’invite, c’était une question de courtoisie, une manière de souligner que leur collaboration, ces six derniers mois, s’était bien passée, qu’elle avait été fructueuse, que leurs travaux pourraient déboucher sur une réelle avancée scientifique. Pour les malades atteints du cancer du sein et du poumon, et pour les grands brûlés, par exemple. Rose aimait être « utile ». Elle trouvait que ce mot était le plus beau de la langue française. Et s’il y avait deux choses que Rose aimait par-dessus tout, c’étaient les mots et les insectes.
Le lendemain, le laboratoire fermerait pour quelques jours. C’était donc maintenant ou jamais.

Déjà lu du même auteur :

les_yeux_jaunes_CD  Les yeux jaunes des crocodiles

Petit bac 2020a
(4) Animal

Comme des frères – Claudine Desmarteau

71HYWpDG0OL L’Iconoclaste – mars 2020 –

Quatrième de couverture :
Ça s’est passé un samedi, il y a six ans. Comment Raphaël pourrait-il l’oublier ? Ils étaient comme des frères : Kevin, Ryan, Idriss, Thomas, Lucas, Saïd et lui. Et Quentin, dit « Queue de rat », le dernier arrivé dans la bande. Quentin, le frère jumeau d’Iris…
Les journées étaient longues, dans cette petite ville.
Fallait bien tuer le temps. Zoner, toujours dans le même décor, regarder des vidéos sur YouTube, fumer des joints et boire des bières dans le cabanon d’un jardin ouvrier. Ils se lançaient des défis, testaient leurs limites… jusqu’à ce jour maudit.
Dans une langue à la fois crue et tendre, Claudine Desmarteau livre un roman au scénario implacable sur la violence de l’adolescence. Une grande histoire de culpabilité et de résilience.

Auteur : Claudine Desmarteau est romancière et illustratrice. Elle a publié plus d’une vingtaine de livres pour la jeunesse. Elle signe ici son premier roman pour les adultes.

Mon avis : (lu en mars 2020)
Dans ce premier roman adulte, Claudine Desmarteau raconte l’adolescence, avec son insouciance et sa violence.
« On se sentait libres, vivants, invincibles… »
Raphaël, le narrateur, se souvient du jour où son adolescence à basculé…
Six ans auparavant, il faisait partie d’une bande avec Kevin, Ryan, Idriss, Thomas, Lucas, Saïd. Ils se connaissaient tous depuis la maternelle et ensemble dans cette petite ville, ils passaient le temps en zonant, le cabanon d’un jardin ouvrier était leur QG et ils se vannaient, se testaient, se lançaient des défis… Le dernier arrivé dans la bande était Quentin, il a d’abord été le bouc émissaire de la bande, victime de quolibets, de bizutage… jusqu’à ce faire accepter. Quentin a une sœur jumelle, Iris qui a du caractère et qui ne laisse pas insensible Raphaël…
Dès les premières pages de ce roman le lecteur comprend qu’il va y avoir un drame… mais celui-ci ne va être révélé que dans les toutes dernières pages et tout est possible.

L’auteure a su parfaitement décrire ce qu’est l’adolescence, une période de la vie intense et contrastée, une période de grand bouleversements physique, émotionnel, c’est le moment où les jeunes expérimentent, c’est la fin de l’enfance et pas encore le début de l’âge adulte, une période qui peut être merveilleuse mais aussi douloureuse…
Merci Babelio pour cette découverte et cette belle rencontre !

Extrait : (début du livre)
La tristesse a une couleur – pour moi gris serpillière.
La couleur du ciel après la pluie.
La peur a une odeur. Les chiens la reniflent, on m’a appris ça quand j’étais môme. Il faut éviter de transpirer la trouille quand on croise un chien. À l’école et au collège c’est pareil. On est comme des chiens. La peur on la renifle. Elle rend agressif. Elle excite la meute.
Tu sues des mains
Tu pues des mains
Tu sues du cul
Tu pues du cul
Le dégoût de soi, il n’a ni goût ni odeur. Il serre la
gorge. Il dessèche les mains et la bouche.

En Bretagne. J’avais six ou sept ans, j’étais allé pêcher la crevette avec mon grand-père. Il donnait des coups de filet énergiques, soulevant des gros paquets d’algues. De temps à autre, il poussait un cri de joie en chopant deux ou trois crevettes frétillantes dans son filet. Je m’étais éloigné de lui, et lui de moi. J’avais péché quelques grosses crevettes, je ne voyais pas le temps passer. Quand j’ai levé la tête, je me suis aperçu que j’étais cerné par la mer. Je me rappelle du ciel, très bleu. De la lumière. Très dure en ce milieu d’après-midi. Le vent s’était levé et la mer, plus agitée, avait changé de couleur.
Un bleu presque noir. Je cherchais des yeux la casquette blanche de mon grand-père. Personne à l’horizon, à part les mouettes qui gueulaient plus fort que moi – ma petite voix ne portait pas bien loin, quand j’appelais mon grand-père en chialant à moitié. Dingue comment elle monte vite, la mer, par gros coefficient. 104, ce jour-là. Mon grand-père avait paniqué. Il était venu me chercher en trébuchant sur ses vieilles guiboles dans les rochers et il s’était vautré en glissant sur les algues brunes, plates, larges et luisantes. Il m’avait pris sur ses épaules. Je m’agrippais à son cou en l’étranglant presque. Au retour il avait de l’eau jusqu’à la taille et on sentait la force du courant. Je me rappelle ce qui m’avait le plus terrifié : ne plus reconnaître ce paysage familier.

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L’usurpateur – Jørn Lier Horst

Lu en partenariat avec Folio

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Folio – février 2020 – 448 pages

Gallimard – mars 2019 – 448 pages

traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier

Titre original : Hulemannen, 2013

Quatrième de couverture :
Un homme mort depuis quatre mois retrouvé devant sa télé allumée ; un autre dans une forêt de sapins avec, dans la poche, un prospectus sur lequel la police retrouve les empreintes d’un tueur en série américain, c’est bien plus qu’il n’en faut pour lancer Line Wisting, journaliste à VG, et son père William, inspecteur de la police de Larvik, dans des enquêtes dont ils ne peuvent mesurer les conséquences. À quelques jours de Noël, par moins quinze et sous la neige, va s’engager une des plus incroyables chasses à l’homme que la Norvège ait connues.

Auteur : Ancien inspecteur de la police, Jørn Lier Horst figure parmi les auteurs les plus vendus en Norvège. L’usurpateur est le troisième tome des enquêtes de William Wisting publié après Fermé pour l’hiver (2017) et Les chiens de chasse (2018). 270 000 exemplaires ont déjà été vendus dans dix-huit pays.

Mon avis : (lu en février 2020)
Ce livre est le 9ème tome de la série William Wisting, dont seulement les 7ème, 8ème et 9ème enquêtes ont déjà été traduites en français. Pour ma part, c’est le premier roman policier de cet auteur que je lisais et c’est une bonne découverte.
Un homme est retrouvé, chez lui, devant sa télévision allumée, mort depuis 4 mois. C’est un voisin de l’inspecteur William Wisting, et la police conclue à une mort naturelle.

Line Wisting, journaliste à VG, et fille de l’inspecteur, décide de faire un article sur Viggo Hansen, ce voisin solitaire et dont personne s’est inquiété pendant plus de 4 mois. 
Quelques jours plus tard, un autre cadavre est retrouvé dans une plantation de sapins, vu son habillement et l’état du corps, il semble être là depuis l’été précédent. Il s’agit d’un meurtre et la police retrouve dans l’une de ses poches, un prospectus sur lequel il y a les empreintes d’un tueur en série américain… 
Les enquêtes de la fille et du père avancent parallèlement avec leurs surprises et rebondissements… Une lecture agréable et rythmée malgré les conditions météorologiques hivernales et glaciales.
Merci les éditions
Folio pour cette enquête norvégienne bien menée.

Extrait : (début du livre)
Assis dans son fauteuil, l’homme mort était totalement desséché. Il avait les lèvres lacérées. Ses dents découvertes étaient jaunies, noircies, son crâne parsemé çà et là de touffes de cheveux poussiéreux, sans vie. Des os pâles luisaient sous la peau de son visage. Ses doigts étaient rabougris, noirs, gercés.

William Wisting passa en revue les autres photos qu’avait prises l’agent de la police technique et scientifique. L’homme n’avait pas été très grand de son vivant, mais la rétractation des tissus et la putréfaction aidant, son corps paraissait encore plus petit.
Le dossier était intitulé Viggo Hansen. Les photos présentaient l’homme sous différents angles. Il examina les diverses images de ce corps presque momifié. D’ordinaire, les dossiers photographiques le laissaient de marbre. Accoutumé à la mort, il avait développé une capacité à se distancier des impressions visuelles. Plus de trente années dans la police lui avaient fait voir tant de cadavres qu’il ne les comptait plus. Mais ce cas-ci était différent. Non seulement parce qu’il n’avait jamais rien vu de semblable, mais parce qu’il connaissait l’homme dans le fauteuil. Ils étaient quasiment voisins. Viggo Hansen habitait dans le virage, trois maisons plus loin, où il était resté mort pendant quatre mois, sans que Wisting ou un quelconque voisin ne s’inquiète pour lui.
Il s’arrêta sur une vue générale du salon, prise de la cuisine. Dos tourné au photographe, l’homme était devant sa télé. Le poste était allumé, car il l’était toujours quand la patrouille de police avait forcé la porte d’entrée.

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Norvège

Papa clown – Alan Durant

Lu en partenariat avec Flammarion jeunesse

612hbBwqLyL Flammarion jeunesse – février 2020 – 272 pages

traduit de l’anglais par Marie Hermet

Titre original : Clownfish, 2018

Quatrième de couverture :
– Papa ? Ça fait quoi, d’être un poisson ?
Mon père a sursauté, puis il a relevé la tête et s’est mis à nager vers moi. Sa petite bouche s’ouvrait et se fermait, comme s’il réfléchissait sérieusement à ma question. Finalement, il s’est décidé.
– C’est mouillé.
« Voilà comment tout a commencé : quelques jours après la mort de mon père, j’ai découvert qu’il était réapparu sous la forme d’un poisson-clown. C’est extraordinaire ! Mais je ne pense pas que maman soit prête à l’entendre. Tant pis ! Ce sera notre petit secret pour l’instant… »

Auteur : Alan Durant est l’auteur anglais de 40 livres pour enfants, des tout-petits aux adolescents. Ses livres ont été récompensés de plusieurs prix.
Alan Durant propose des ateliers d’écriture créative en prose et en poésie.
Alan a étudié la littérature anglaise à Oxford, Keble College.
Il a commencé par être journaliste, rédacteur pour une revue londonienne, avant d’être écrivain. Il teste ses nouveaux livres sur ses trois enfants.

Mon avis : (lu en février 2020)
Ce roman est une histoire émouvante sur le chagrin et l’amitié

Le père de Dak est mort depuis sept jours, quand soudain il réapparaît, réincarné en poisson-clown dans l’Aquarium de la ville. Dak est le seul à connaître ce secret… Il va donc se rendre tous les jours à l’Aquarium pour discuter et blaguer avec son « Papa-clown ». Dark va même travailler à l’Aquarium et y rencontrer Violet, la nièce du propriétaire. Violet a un caractère bien trempé et sa première rencontre avec Dark n’est pas des plus cordiale… Mais lorsque l’Aquarium sera en danger, Dark et Violet uniront leurs forces, leur énergie et leurs idées pour le sauver !
L’auteur a pris beaucoup de soin pour définir la psychologie et les personnalités des personnages que sont Dak et Violet. Ils sont tout les deux très différents mais aussi très attachants et avec un grand cœur.
Une belle histoire sur l’amour d’un garçon pour son père, sur le deuil mais aussi sur la famille et l’amitié.

Merci et les éditions Flammarion jeunesse pour ce beau roman poignant.

Extrait : (début du livre)
— Papa ? Ça fait quoi d’être un poisson ?
C’était une chose que j’avais envie de lui demander depuis longtemps ; pour une fois il se tenait tranquille, et l’aquarium était silencieux, alors ça semblait être le bon moment.
Mon père a sursauté, puis il a relevé la tête et s’est mis à nager vers moi. Sa petite bouche s’ouvrait et se fermait, comme s’il réfléchissait sérieusement à ma question. Finalement, il s’est décidé.
— C’est mouillé.
— Ah. Mais… C’est amusant ? Est-ce que tu es heureux ?
— Heureux ? Amusant ? Eh bien, c’est sûrement plus amusant que de s’occuper des poubelles de tout le monde, j’imagine. Et on est très occupé.
Avant de devenir un poisson, mon père travaillait au centre de tri des déchets.
— Très occupé ? Comment ? Qu’est-ce que tu fais toute la journée ?
Il a eu un mouvement de nageoire qui évoquait vrai-ment un haussement d’épaules.
— Oh, je nage tout autour de l’aquarium, je pour-suis la demoiselle bleue, je mange, je fais des bulles, je me repose au milieu de mon anémone de mer, je nage tout autour de l’aquarium…
— Oui, ça, tu l’as déjà dit.
Mon père a fait la moue.
— Ah bon ? Ma mémoire n’est plus ce qu’elle était…
— C’est parce que maintenant, tu es un poisson, papa, j’ai expliqué en riant. Ça doit être génial de vivre ici,dans l’aquarium, au milieu de toutes ces espèces fabuleuses. Et tous les matins, quand tu te réveilles, tu peux voir les raies.
Les raies, c’étaient nos préférées, avant. Elles ont cette manière bien à elles de nager à la surface en relevant leurs étranges têtes plates comme pour demander des caresses, avant de se retourner d’un bond. Certaines ont la peau rugueuse, d’autres sont visqueuses au toucher, et on peut pianoter sur les petites bosses de leur dos comme sur un instrument de musique.
— Oh, les raies ! s’est exclamé mon père d’un air dédaigneux. Des frimeuses, rien de plus. Ne perds pas ton temps avec elles.

 

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Petit bac 2020a(3) Animal (Titre original : Clownfish)

Marlene – Hanni Münzler

Lu en partenariat avec Masse Critique

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61f9SwHNxFL L’Archipel – février 2020 – 464 pages

traduit de l’allemand par Anne-Judith Descombey

Titre original : Marlene, 2016

Quatrième de couverture :
Munich, juillet 1944. L’une des femmes les plus recherchées du IIIe Reich se tient face à la maison bombardée de Deborah et de son frère, qu’elle croit enfouis sous les décombres. Si elle était arrivée la veille, Marlene aurait pu les sauver.
Mais qui est au juste cette femme ? La veuve d’un notable connu pour ses sympathies nazies ? Une actrice en devenir ? Une résistante ?
Marlene va devoir prendre l’une des décisions les plus difficiles de sa vie : épargner la vie de millions de personnes… ou sacrifier l’homme qu’elle aime.
Dans le sillage d’ Au nom de ma mère, ce roman s’attache au destin d’une femme courageuse, confrontée aux soubresauts de l’Histoire.

Auteure : Née en Allemagne en 1965, Hanni Münzer conquiert le public dès 2013 avec son premier roman. Au nom de ma mère (l’Archipel, 2017), s’est vendu à plus de 250 000 exemplaires en Allemagne et a été traduit en douze langues.

Mon avis : (lu en février 2020)
Ce livre est la suite du premier roman d’Hanni Münzer, Au nom de ma mère. Pour ma part, je n’ai pas lu ce roman et je n’ai pas été gênée pour la lecture de Marlene.
Tout commence alors qu’âgée de 97 ans, Marlène décide d’écrire sa biographie pour raconter les événements qui se sont passés en 1944. Elle demande que l’œuvre ne soit publié qu’après sa mort, elle va cependant réunir ses proches autour d’elle pour leur raconter.
Le lecteur se retrouve donc en 1944 à Munich, sous les bombardements. Marlene est une jeune femme allemande, forte et courageuse engagée dans la Résistance contre l’Allemagne nazie. Elle se cache sous une fausse identité et tente de rejoindre Varsovie et la résistance. Évidement, le périple ne va pas être simple et plusieurs fois Marlene va se retrouver dans situations difficiles et même critiques… 
L’auteure décrit avec beaucoup de réalisme l’enfer du camp d’Auschwitz, c’est une partie du livre difficile à lire, mais c’est important pour l’Histoire d’être plongé dans la réalité du quotidien dans ce terrible camp.
J’ai aimé le côté historique de ce roman, mais je mettrais un bémol sur le côté sentimental de l’intrigue qui dilue parfois le message de ce livre.

Merci Masse Critique Babelio et les éditions de L’Archipel pour cette découverte.

Extrait : (début du livre)
Prologue
C’était un merveilleux été enveloppé de parfums et de souvenirs qui se gravèrent à jamais dans sa mémoire.
Elle se tenait dans le champ pendant les foins, le chant des grillons dans les oreilles, la poussière de la terre desséchée sur la langue, dans la lumière irisée du soleil de midi dont elle sentait la brûlure sur la nuque. Le soir, la grand-mère oindrait sa nuque d’une pommade à l’odeur forte qu’elle utilisait pour ses chevaux.
Elle avait seize ans, l’air embaumait les fleurs sauvages, le foin, et une langueur inconnue s’emparait d’elle quand elle échangeait des regards à la dérobée avec le fils de l’intendant. Elle notait chacune de leurs rencontres dans son journal intime. Une sensation neuve s’éveillait en elle et faisait chanter son sang.
C’était le jour de son anniversaire et, bien que son grand-père vît d’un mauvais œil qu’elle passât la journée dehors avec les valets, elle aidait ce jour-là à rentrer les foins. Elle adorait l’activité physique. Quand elle travaillait ainsi, elle se sentait vivante et proche de la nature et des hommes. Ses mains jeunes et vigoureuses savaient refréner les chevaux les plus fougueux. Leurs cals la remplissaient de fierté. Elle plaisantait avec les hommes, des journaliers du pays et des Polonais qui se louaient pour les récoltes en Allemagne. Elle était acceptée de tous non parce qu’elle était la petite-fille du propriétaire, mais parce qu’elle travaillait presque aussi dur qu’eux.
Elle n’entendit pas aussitôt le moteur de la voiture parce que les hommes avaient entonné un chant de récoltes. Ce furent des appels qui attirèrent son attention sur les nouveaux arrivants. La main en visière pour abriter ses yeux du soleil, elle regarda deux silhouettes surgir dans la lumière aveuglante et s’approcher d’eux. Elle connaissait ces deux hommes : c’était le Gauleiter local Mettmann et son fils Herbert. Ce dernier avait le même âge qu’elle et tous deux avaient fréquenté l’école du village.
— Je n’ai pas voulu croire mon fils quand il me l’a raconté, mademoiselle von Dürkheim ! s’échauffa Mettmann avant même de l’avoir rejointe. Mais maintenant, vous voilà avec cette clique de Juifs polonais !
Elle ne comprenait pas son indignation.
— Nous travaillons : quel mal y a-t-il à cela ? répondit-elle.
Elle observait ce gros homme dans son uniforme disgracieux qu’elle connaissait depuis son enfance. Paul Mettmann était l’épicier du village et quand elle était petite, lui et sa femme lui donnaient des bonbons à chacune de ses visites. Autrefois, il aimait plaisanter, il lui pinçait la joue dès qu’il la croisait et il était connu pour ne jamais rater une occasion de faire la fête.

 

parlement-europeen2020_600Allemagne

Petit bac 2020a(2) Prénom