Rose Rage – Illana Cantin

Lu en partenariat avec Babelio

71IftGC9ZkL Hachette – septembre 2020 – 288 pages

Quatrième de couverture :
—  T’as entendu parler de cette fille qui a été renvoyée parce qu’elle avait tabassé un mec dans la file de la cantine  ? Il lui avait touché les fesses…
— C’est pas juste. C’est pas elle qui devrait être renvoyée, c’est lui. Et si j’avais un moyen de faire éclater la vérité au grand jour  ? 
Pour Rachèle, à la tête du journal du lycée,il est impossible de laisser passer une nouvelle injustice.Ça fait trop longtemps que ça dure.  Que tout le monde ferme les yeux.Elle décide donc d’appeler toutes les filles, toutes les femmesde l’établissement à faire grève.Il est temps pour elles de se faire entendre.Il faut que  certaines choses changent enfin.

Auteur : Illana Cantin a commencé à écrire à l’âge de onze ans, sur le vieil ordinateur familial, et ne s’est pas arrêtée depuis. En 2016, son premier roman est sorti en version numérique aux Éditions Arrow. Pendant ce temps, en parallèle de ses études d’anthropologie, elle publie ses textes sur Wattpad. L’histoire de Georges et de Priam est son premier roman édité en format papier.

Mon avis : (lu en septembre 2020)
Parce qu’une fille du lycée a été victime d’une injustice, Rachèle décide subitement de lancer une grève des femmes dans l’établissement. Ameline est victime de harcèlement sexuel de la part de Paul Müller, un élève de terminale, elle se révolte et gifle l’importun. Et c’est Ameline qui est exclue du lycée Olympe de Gouges pour violence !
La narratrice, Rachèle, s’occupe du journal du lycée avec son ami Martin et veulent tout deux faire éclater la vérité. Rachèle va commencer par mobiliser les filles : Manon, Carla, Inès, Imane, Kayla, Astrid sont prêtes à la rejoindre mais certaines ne voient pas d’un bon œil la présence de Martin, pourtant plein de bonne volonté, à leur côté. C’est un combat de filles et elles seules doivent décider des actions à mener…
Avec ce roman, l’auteure décrit tous les obstacles que les filles ou les femmes doivent affronter pour enfin être reconnues à égalité avec les hommes.

Un roman très actuelle qui aborde avec beaucoup de justesse et sans culpabilisation le féminisme et la notion de l’acceptation de soi.
A faire lire à nos adolescents filles et garçons !

Merci Babelio et les éditions Hachette pour cette lecture instructive et inspirante.

Extrait : (début du livre)
Le climat de ras-le-bol s’était installé bien avant l’épisode Ameline Brillant. Être renvoyées chez nous pour des jeans troués et des tee-shirts trop courts nous hérissait depuis un bon moment, mais s’il n’y avait que ça… Ça nous faisait criser quand les surveillants d’internat empêchaient les filles de visiter leurs amies après 21 heures sous prétexte qu’elles étaient trop bruyantes, alors que les garçons avaient la permission de 23 heures. Ça nous énervait de voir qu’on dépensait des sommes astronomiques pour que l’équipe masculine de handball fasse la tournée des championnats, quand les coureuses, pourtant plus nombreuses et bien mieux classées, devaient vendre des croissants tous les matins pour financer le voyage jusqu’à Londres.
Ça nous mettait en rogne d’apprendre qu’un prof de maths avait mis une retenue à une seconde qui avait éclaté en sanglots en plein cours à cause de ses règles douloureuses – elle faisait son cinéma, prétendait-il.
C’était donc loin d’être un secret : au lycée Olympe de Gouges, les femmes étaient moins bien loties que les hommes. Constat ironique quand on réalisait que l’établissement portait le nom d’une grande figure des droits des femmes, une qui aurait été du genre à balancer son porc. On ne s’y faisait pas, à cette ambiance misogyne, néanmoins on vivait avec ; l’établissement était renommé, et l’avoir fréquenté passait bien sur un dossier. Mais avec Ameline Brillant, tout avait éclaté.

Petit bac 2020a 
(8) Couleur


Resurrection Bay – Emma Viskic

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51dBT-NlJ0L Seuil – février 2020 – 320 pages

traduit de l’anglais (Australie) par Charles Bonnot

Titre original : Resurrection Bay, 2015

Quatrième de couverture :
Caleb Zelic, détective privé à Melbourne, est bien décidé à retrouver le meurtrier de son meilleur ami Gary, un flic intègre, retrouvé égorgé chez lui. Mais Caleb est sourd depuis l’enfance et lire sur les lèvres peut parfois porter à confusion… Il sait toutefois parfaitement lire les expressions et le moindre geste de ses interlocuteurs. De plus, Caleb n’oublie jamais un visage. Avec l’aide de son associée Frankie, ex flic alcoolo, il mène son enquête mais se fait brutalement agresser. Et Frankie disparaît. Blessé, aux abois, il se réfugie chez son ex-femme à Resurrection Bay, sa ville natale.
Alors qu’il commence à remonter le fil des derniers événements menant à la mort de Gary, il réalise que tous autour de lui ont quelque chose à cacher…

Auteure : Emma Viskic, clarinettiste professionnelle et professeure de musique, est désormais une auteure australienne de renom. Resurrection Bay l’a propulsée en tête des ventes dans son pays puis en Angleterre après qu’il a remporté le Ned Kelly Award en 2016 ainsi que le Davitt Award dans trois catégories.
Elle a étudié la langue des signes australienne (Auslan) pour concevoir son personnage principal, Caleb, que l’on retrouvera dans deux autres volumes.

Mon avis : (lu en juin 2020)
Voilà un polar venu d’Australie que j’ai accepté de recevoir grâce à Masse Critique Babelio.
C’est le premier tome d’une série de trois, mettant en scène le personnage de l’enquêteur Caleb Zelic, détective privé. L’originalité de cette série c’est que Caleb est malentendant et qu’il communique grâce à la langue des signes ou en lisant sur les lèvres. Il sait utiliser son apparente faiblesse comme un atout et son raisonnement est alors perspicace et clairvoyant car il a un sens de l’observation et du détail particulièrement développé.
Dans « Resurrection Bay, » Caleb enquête sur le meurtre de son ami d’enfance, Gary, un policier qui aidait Caleb, dans une enquête sur un cambriolage. Cet ami meurt dans ses bras, et la police commence à soupçonner Caleb. Avec l’aide de sa partenaire, Frankie, ancienne policière et ex-alcoolique, Caleb va partir sur les traces du tueur…
L’intrigue est assez classique, du rythme, des rebondissements, de la complexité qui est à la limite de donner quelques longueurs dans le milieu du livre mais heureusement le dénouement est convaincant.
Au cours de cette histoire, Caleb évolue vis à vis de sa surdité, car au début il refuse de l’assumer ouvertement, ce qui implique qu’il ne comprend pas toujours bien ce qu’on lui dit et son comportement peut prêter à confusion. Vers la fin, Caleb ose enfin demander à ses interlocuteurs de le regarder en face et d’articuler et à révéler le fait qu’il est malentendant.
Une enquête prenante et un enquêteur atypique et attachant que j’ai bien aimé suivre, lorsque les prochaines enquêtes de Caleb Zelic seront traduites, je les lirai avec plaisir.

Merci Babelio et les éditions Seuil pour cette découverte.

Extrait : (début du livre)
Caleb le serrait encore dans ses bras quand les secours arrivèrent. Complètement débile d’avoir appelé une ambulance : Gary était mort. Forcément. Difficile de respirer avec la gorge tranchée. Les urgentistes étaient apparemment de cet avis. Ils s’arrêtèrent net en voyant le carrelage de la cuisine inondé de sang, les yeux rivés sur le corps inerte de Gary qu’il tenait dans ses bras. Un homme et une femme. Ils arboraient un uniforme bleu et un air suspicieux. La femme parlait mais ses mots, trop informes pour qu’il puisse les saisir, lui échappaient.
– C’est trop tard, lui lança-t-il.
Elle fit un pas en arrière.
– Dites, mon vieux, vous avez un couteau ? Un objet tranchant ?
Elle parlait maintenant lentement et donnait à chaque syllabe une forme distincte.
– Non. Voyant que la tension ne quittait pas son visage, il ajouta : Ce n’est pas moi qui l’ai tué.
– Il y a quelqu’un d’autre dans la maison ?
– Non, mais les enfants de Gary vont bientôt rentrer de l’école. Il ne faut pas qu’ils voient ça.
Elle jeta un regard vers son collègue.
– Ok, est-ce que vous pourriez nous laisser examiner Gary maintenant ?
Il acquiesça mais il était incapable de bouger. Les ambulanciers échangèrent quelques mots avant d’approcher. Ils desserrèrent doucement son étreinte et déposèrent Gary sur le sol, cherchant du bout des doigts un pouls qu’ils ne pourraient jamais trouver. Du sang sur leurs gants. Il en avait sur lui aussi : ses mains et ses bras en étaient recouverts, son tee-shirt était trempé. Le tissu, encore chaud, lui collait au torse. Des mains le saisirent pour le relever et il parvint à marcher. Il traversa le salon, passa devant le meuble à tiroirs renversé, les coussins éventrés, le verre brisé, quittant l’effroyable vision de ce qui avait autrefois été Gary.

Bed Bug – Katherine Pancol

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – janvier 2020
– 8h24 – Lu par Audrey Botbol

Albin Michel – octobre 2019 – 352 pages

Quatrième de couverture :
« Rose est une jeune biologiste. Elle fait des recherches à Paris et à New York sur une luciole qui semble très prometteuse pour la recherche médicale. Si elle étudie avec une grande maîtrise l’alchimie sexuelle des insectes et leur reproduction, elle se trouve totalement désemparée face à Léo quand elle en tombe amoureuse. La vie n’est pas comme dans un laboratoire. Et ce n’est pas sa mère (cachée derrière des lunettes noires) ni sa grand-mère (qui parle à Dieu et à ses doigts de pied) qui vont pouvoir l’aider. »
Autour de Rose s’agite une constellation attachante et pancolienne : un amoureux qui a tout l’air d’un goujat sexy, un scientifique vénézuélien qui étudie le sperme des grillons, une chercheuse obèse qui tombe amoureuse toutes les 28 secondes ou une mère reine des abeilles… Mais tout cela est bien moins léger qu’il n’y paraît…

Auteur : Katherine Pancol s’est imposée dès son premier roman Moi d’abord comme l’une des nouvelles voix de la littérature. Depuis sa saga Les Yeux jaunes des crocodiles, La Valse lente des tortues, Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi, la trilogie des Muchachas et Trois Baisers, elle est devenue l’un des auteurs français les plus lus dans le monde (traduit dans 31 pays dont les États-Unis).

Lecteur : Audrey Botbol a démarré sa carrière dans la chanson. Elle élargit très vite son champ à celui de la voix en général : doublages de films, séries, dessins animés, enregistrement de pubs, voice over… Elle compose, écrit et interprète aussi de nombreux titres pour des bandes originales de longs métrages.

Mon avis : (écouté en avril 2020)
J’ai accepté de recevoir ce livre audio, après avoir entendu une interview de Katherine Pancol très enthousiaste et à fond sur tous les insectes qui peuplent ce livre !
J’ai toujours aimé observer ces petites bêtes donc j’étais curieuse de les découvrir dans ce roman.
L’héroïne de cette histoire, Rose est biologiste. Elle travaille à Paris dans un laboratoire de recherches sur la luciole alsacienne, Lamprohiza splendidula. Ses résultats sont prometteurs et devraient s’appliquer à la recherche médicale.  Leo est un chercheur américain qui travaille également sur une luciole, celle-ci est américaine, Photuris versicolor. Tous deux se sont rapprochés professionnellement et travaillent de concert.
Autant Rose est une pointure dans son travail de chercheuse, autant elle est totalement submergée par ses émotions qu’elles soient amoureuses ou relationnelles…
Dans ce roman, Katerine Pancol met en parallèle le comportement des humains, ici Rose, Leo et celui des insectes et petites bêtes.
L’auteure s’est attachée à ce que tous les passages scientifiques soient véridiques et elle les a donc fait relire par un biologiste.
J’ai surtout été intéressée par la partie biologie et « petites bêtes » qui sont finalement assez peu présentes dans l’ensemble de l’histoire, pour le reste de l’intrigue j’ai trouvé cela distrayant mais sans surprise.

Merci et Audiolib pour cette lecture mitigée.

Extrait : (début du livre)
Rose invita Leo à dîner un mardi soir huit jours avant Noël.
Elle avait hésité, se balançant sur les marches du laboratoire où ils avaient passé la journée à étudier Lamprohiza splendidula, une petite luciole de la famille des Lampyridae, qui vivait en Alsace et produisait une molécule prometteuse pour le traitement du cancer avec, en outre, une action régénérante sur les tissus cutanés. Le directeur du laboratoire se frottait les mains à l’idée d’exploiter cette découverte.
Rose s’était aussitôt demandé si c’était une bonne idée d’inviter Leo à dîner. Elle avait mordillé ses ongles, froissé et défroissé un pan de sa blouse de labo qui dépassait de son manteau, calculé le nombre exact de jours qu’il restait avant Noël. Leo repartait pour New York. Il fallait qu’elle l’invite, c’était une question de courtoisie, une manière de souligner que leur collaboration, ces six derniers mois, s’était bien passée, qu’elle avait été fructueuse, que leurs travaux pourraient déboucher sur une réelle avancée scientifique. Pour les malades atteints du cancer du sein et du poumon, et pour les grands brûlés, par exemple. Rose aimait être « utile ». Elle trouvait que ce mot était le plus beau de la langue française. Et s’il y avait deux choses que Rose aimait par-dessus tout, c’étaient les mots et les insectes.
Le lendemain, le laboratoire fermerait pour quelques jours. C’était donc maintenant ou jamais.

Déjà lu du même auteur :

les_yeux_jaunes_CD  Les yeux jaunes des crocodiles

Petit bac 2020a
(4) Animal

Comme des frères – Claudine Desmarteau

71HYWpDG0OL L’Iconoclaste – mars 2020 –

Quatrième de couverture :
Ça s’est passé un samedi, il y a six ans. Comment Raphaël pourrait-il l’oublier ? Ils étaient comme des frères : Kevin, Ryan, Idriss, Thomas, Lucas, Saïd et lui. Et Quentin, dit « Queue de rat », le dernier arrivé dans la bande. Quentin, le frère jumeau d’Iris…
Les journées étaient longues, dans cette petite ville.
Fallait bien tuer le temps. Zoner, toujours dans le même décor, regarder des vidéos sur YouTube, fumer des joints et boire des bières dans le cabanon d’un jardin ouvrier. Ils se lançaient des défis, testaient leurs limites… jusqu’à ce jour maudit.
Dans une langue à la fois crue et tendre, Claudine Desmarteau livre un roman au scénario implacable sur la violence de l’adolescence. Une grande histoire de culpabilité et de résilience.

Auteur : Claudine Desmarteau est romancière et illustratrice. Elle a publié plus d’une vingtaine de livres pour la jeunesse. Elle signe ici son premier roman pour les adultes.

Mon avis : (lu en mars 2020)
Dans ce premier roman adulte, Claudine Desmarteau raconte l’adolescence, avec son insouciance et sa violence.
« On se sentait libres, vivants, invincibles… »
Raphaël, le narrateur, se souvient du jour où son adolescence à basculé…
Six ans auparavant, il faisait partie d’une bande avec Kevin, Ryan, Idriss, Thomas, Lucas, Saïd. Ils se connaissaient tous depuis la maternelle et ensemble dans cette petite ville, ils passaient le temps en zonant, le cabanon d’un jardin ouvrier était leur QG et ils se vannaient, se testaient, se lançaient des défis… Le dernier arrivé dans la bande était Quentin, il a d’abord été le bouc émissaire de la bande, victime de quolibets, de bizutage… jusqu’à ce faire accepter. Quentin a une sœur jumelle, Iris qui a du caractère et qui ne laisse pas insensible Raphaël…
Dès les premières pages de ce roman le lecteur comprend qu’il va y avoir un drame… mais celui-ci ne va être révélé que dans les toutes dernières pages et tout est possible.

L’auteure a su parfaitement décrire ce qu’est l’adolescence, une période de la vie intense et contrastée, une période de grand bouleversements physique, émotionnel, c’est le moment où les jeunes expérimentent, c’est la fin de l’enfance et pas encore le début de l’âge adulte, une période qui peut être merveilleuse mais aussi douloureuse…
Merci Babelio pour cette découverte et cette belle rencontre !

Extrait : (début du livre)
La tristesse a une couleur – pour moi gris serpillière.
La couleur du ciel après la pluie.
La peur a une odeur. Les chiens la reniflent, on m’a appris ça quand j’étais môme. Il faut éviter de transpirer la trouille quand on croise un chien. À l’école et au collège c’est pareil. On est comme des chiens. La peur on la renifle. Elle rend agressif. Elle excite la meute.
Tu sues des mains
Tu pues des mains
Tu sues du cul
Tu pues du cul
Le dégoût de soi, il n’a ni goût ni odeur. Il serre la
gorge. Il dessèche les mains et la bouche.

En Bretagne. J’avais six ou sept ans, j’étais allé pêcher la crevette avec mon grand-père. Il donnait des coups de filet énergiques, soulevant des gros paquets d’algues. De temps à autre, il poussait un cri de joie en chopant deux ou trois crevettes frétillantes dans son filet. Je m’étais éloigné de lui, et lui de moi. J’avais péché quelques grosses crevettes, je ne voyais pas le temps passer. Quand j’ai levé la tête, je me suis aperçu que j’étais cerné par la mer. Je me rappelle du ciel, très bleu. De la lumière. Très dure en ce milieu d’après-midi. Le vent s’était levé et la mer, plus agitée, avait changé de couleur.
Un bleu presque noir. Je cherchais des yeux la casquette blanche de mon grand-père. Personne à l’horizon, à part les mouettes qui gueulaient plus fort que moi – ma petite voix ne portait pas bien loin, quand j’appelais mon grand-père en chialant à moitié. Dingue comment elle monte vite, la mer, par gros coefficient. 104, ce jour-là. Mon grand-père avait paniqué. Il était venu me chercher en trébuchant sur ses vieilles guiboles dans les rochers et il s’était vautré en glissant sur les algues brunes, plates, larges et luisantes. Il m’avait pris sur ses épaules. Je m’agrippais à son cou en l’étranglant presque. Au retour il avait de l’eau jusqu’à la taille et on sentait la force du courant. Je me rappelle ce qui m’avait le plus terrifié : ne plus reconnaître ce paysage familier.

Petit bac 2020a(4) Pluriel

L’usurpateur – Jørn Lier Horst

Lu en partenariat avec Folio

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Folio – février 2020 – 448 pages

Gallimard – mars 2019 – 448 pages

traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier

Titre original : Hulemannen, 2013

Quatrième de couverture :
Un homme mort depuis quatre mois retrouvé devant sa télé allumée ; un autre dans une forêt de sapins avec, dans la poche, un prospectus sur lequel la police retrouve les empreintes d’un tueur en série américain, c’est bien plus qu’il n’en faut pour lancer Line Wisting, journaliste à VG, et son père William, inspecteur de la police de Larvik, dans des enquêtes dont ils ne peuvent mesurer les conséquences. À quelques jours de Noël, par moins quinze et sous la neige, va s’engager une des plus incroyables chasses à l’homme que la Norvège ait connues.

Auteur : Ancien inspecteur de la police, Jørn Lier Horst figure parmi les auteurs les plus vendus en Norvège. L’usurpateur est le troisième tome des enquêtes de William Wisting publié après Fermé pour l’hiver (2017) et Les chiens de chasse (2018). 270 000 exemplaires ont déjà été vendus dans dix-huit pays.

Mon avis : (lu en février 2020)
Ce livre est le 9ème tome de la série William Wisting, dont seulement les 7ème, 8ème et 9ème enquêtes ont déjà été traduites en français. Pour ma part, c’est le premier roman policier de cet auteur que je lisais et c’est une bonne découverte.
Un homme est retrouvé, chez lui, devant sa télévision allumée, mort depuis 4 mois. C’est un voisin de l’inspecteur William Wisting, et la police conclue à une mort naturelle.

Line Wisting, journaliste à VG, et fille de l’inspecteur, décide de faire un article sur Viggo Hansen, ce voisin solitaire et dont personne s’est inquiété pendant plus de 4 mois. 
Quelques jours plus tard, un autre cadavre est retrouvé dans une plantation de sapins, vu son habillement et l’état du corps, il semble être là depuis l’été précédent. Il s’agit d’un meurtre et la police retrouve dans l’une de ses poches, un prospectus sur lequel il y a les empreintes d’un tueur en série américain… 
Les enquêtes de la fille et du père avancent parallèlement avec leurs surprises et rebondissements… Une lecture agréable et rythmée malgré les conditions météorologiques hivernales et glaciales.
Merci les éditions
Folio pour cette enquête norvégienne bien menée.

Extrait : (début du livre)
Assis dans son fauteuil, l’homme mort était totalement desséché. Il avait les lèvres lacérées. Ses dents découvertes étaient jaunies, noircies, son crâne parsemé çà et là de touffes de cheveux poussiéreux, sans vie. Des os pâles luisaient sous la peau de son visage. Ses doigts étaient rabougris, noirs, gercés.

William Wisting passa en revue les autres photos qu’avait prises l’agent de la police technique et scientifique. L’homme n’avait pas été très grand de son vivant, mais la rétractation des tissus et la putréfaction aidant, son corps paraissait encore plus petit.
Le dossier était intitulé Viggo Hansen. Les photos présentaient l’homme sous différents angles. Il examina les diverses images de ce corps presque momifié. D’ordinaire, les dossiers photographiques le laissaient de marbre. Accoutumé à la mort, il avait développé une capacité à se distancier des impressions visuelles. Plus de trente années dans la police lui avaient fait voir tant de cadavres qu’il ne les comptait plus. Mais ce cas-ci était différent. Non seulement parce qu’il n’avait jamais rien vu de semblable, mais parce qu’il connaissait l’homme dans le fauteuil. Ils étaient quasiment voisins. Viggo Hansen habitait dans le virage, trois maisons plus loin, où il était resté mort pendant quatre mois, sans que Wisting ou un quelconque voisin ne s’inquiète pour lui.
Il s’arrêta sur une vue générale du salon, prise de la cuisine. Dos tourné au photographe, l’homme était devant sa télé. Le poste était allumé, car il l’était toujours quand la patrouille de police avait forcé la porte d’entrée.

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Norvège

Papa clown – Alan Durant

Lu en partenariat avec Flammarion jeunesse

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traduit de l’anglais par Marie Hermet

Titre original : Clownfish, 2018

Quatrième de couverture :
– Papa ? Ça fait quoi, d’être un poisson ?
Mon père a sursauté, puis il a relevé la tête et s’est mis à nager vers moi. Sa petite bouche s’ouvrait et se fermait, comme s’il réfléchissait sérieusement à ma question. Finalement, il s’est décidé.
– C’est mouillé.
« Voilà comment tout a commencé : quelques jours après la mort de mon père, j’ai découvert qu’il était réapparu sous la forme d’un poisson-clown. C’est extraordinaire ! Mais je ne pense pas que maman soit prête à l’entendre. Tant pis ! Ce sera notre petit secret pour l’instant… »

Auteur : Alan Durant est l’auteur anglais de 40 livres pour enfants, des tout-petits aux adolescents. Ses livres ont été récompensés de plusieurs prix.
Alan Durant propose des ateliers d’écriture créative en prose et en poésie.
Alan a étudié la littérature anglaise à Oxford, Keble College.
Il a commencé par être journaliste, rédacteur pour une revue londonienne, avant d’être écrivain. Il teste ses nouveaux livres sur ses trois enfants.

Mon avis : (lu en février 2020)
Ce roman est une histoire émouvante sur le chagrin et l’amitié

Le père de Dak est mort depuis sept jours, quand soudain il réapparaît, réincarné en poisson-clown dans l’Aquarium de la ville. Dak est le seul à connaître ce secret… Il va donc se rendre tous les jours à l’Aquarium pour discuter et blaguer avec son « Papa-clown ». Dark va même travailler à l’Aquarium et y rencontrer Violet, la nièce du propriétaire. Violet a un caractère bien trempé et sa première rencontre avec Dark n’est pas des plus cordiale… Mais lorsque l’Aquarium sera en danger, Dark et Violet uniront leurs forces, leur énergie et leurs idées pour le sauver !
L’auteur a pris beaucoup de soin pour définir la psychologie et les personnalités des personnages que sont Dak et Violet. Ils sont tout les deux très différents mais aussi très attachants et avec un grand cœur.
Une belle histoire sur l’amour d’un garçon pour son père, sur le deuil mais aussi sur la famille et l’amitié.

Merci et les éditions Flammarion jeunesse pour ce beau roman poignant.

Extrait : (début du livre)
— Papa ? Ça fait quoi d’être un poisson ?
C’était une chose que j’avais envie de lui demander depuis longtemps ; pour une fois il se tenait tranquille, et l’aquarium était silencieux, alors ça semblait être le bon moment.
Mon père a sursauté, puis il a relevé la tête et s’est mis à nager vers moi. Sa petite bouche s’ouvrait et se fermait, comme s’il réfléchissait sérieusement à ma question. Finalement, il s’est décidé.
— C’est mouillé.
— Ah. Mais… C’est amusant ? Est-ce que tu es heureux ?
— Heureux ? Amusant ? Eh bien, c’est sûrement plus amusant que de s’occuper des poubelles de tout le monde, j’imagine. Et on est très occupé.
Avant de devenir un poisson, mon père travaillait au centre de tri des déchets.
— Très occupé ? Comment ? Qu’est-ce que tu fais toute la journée ?
Il a eu un mouvement de nageoire qui évoquait vrai-ment un haussement d’épaules.
— Oh, je nage tout autour de l’aquarium, je pour-suis la demoiselle bleue, je mange, je fais des bulles, je me repose au milieu de mon anémone de mer, je nage tout autour de l’aquarium…
— Oui, ça, tu l’as déjà dit.
Mon père a fait la moue.
— Ah bon ? Ma mémoire n’est plus ce qu’elle était…
— C’est parce que maintenant, tu es un poisson, papa, j’ai expliqué en riant. Ça doit être génial de vivre ici,dans l’aquarium, au milieu de toutes ces espèces fabuleuses. Et tous les matins, quand tu te réveilles, tu peux voir les raies.
Les raies, c’étaient nos préférées, avant. Elles ont cette manière bien à elles de nager à la surface en relevant leurs étranges têtes plates comme pour demander des caresses, avant de se retourner d’un bond. Certaines ont la peau rugueuse, d’autres sont visqueuses au toucher, et on peut pianoter sur les petites bosses de leur dos comme sur un instrument de musique.
— Oh, les raies ! s’est exclamé mon père d’un air dédaigneux. Des frimeuses, rien de plus. Ne perds pas ton temps avec elles.

 

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Petit bac 2020a(3) Animal (Titre original : Clownfish)

Marlene – Hanni Münzler

Lu en partenariat avec Masse Critique

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traduit de l’allemand par Anne-Judith Descombey

Titre original : Marlene, 2016

Quatrième de couverture :
Munich, juillet 1944. L’une des femmes les plus recherchées du IIIe Reich se tient face à la maison bombardée de Deborah et de son frère, qu’elle croit enfouis sous les décombres. Si elle était arrivée la veille, Marlene aurait pu les sauver.
Mais qui est au juste cette femme ? La veuve d’un notable connu pour ses sympathies nazies ? Une actrice en devenir ? Une résistante ?
Marlene va devoir prendre l’une des décisions les plus difficiles de sa vie : épargner la vie de millions de personnes… ou sacrifier l’homme qu’elle aime.
Dans le sillage d’ Au nom de ma mère, ce roman s’attache au destin d’une femme courageuse, confrontée aux soubresauts de l’Histoire.

Auteure : Née en Allemagne en 1965, Hanni Münzer conquiert le public dès 2013 avec son premier roman. Au nom de ma mère (l’Archipel, 2017), s’est vendu à plus de 250 000 exemplaires en Allemagne et a été traduit en douze langues.

Mon avis : (lu en février 2020)
Ce livre est la suite du premier roman d’Hanni Münzer, Au nom de ma mère. Pour ma part, je n’ai pas lu ce roman et je n’ai pas été gênée pour la lecture de Marlene.
Tout commence alors qu’âgée de 97 ans, Marlène décide d’écrire sa biographie pour raconter les événements qui se sont passés en 1944. Elle demande que l’œuvre ne soit publié qu’après sa mort, elle va cependant réunir ses proches autour d’elle pour leur raconter.
Le lecteur se retrouve donc en 1944 à Munich, sous les bombardements. Marlene est une jeune femme allemande, forte et courageuse engagée dans la Résistance contre l’Allemagne nazie. Elle se cache sous une fausse identité et tente de rejoindre Varsovie et la résistance. Évidement, le périple ne va pas être simple et plusieurs fois Marlene va se retrouver dans situations difficiles et même critiques… 
L’auteure décrit avec beaucoup de réalisme l’enfer du camp d’Auschwitz, c’est une partie du livre difficile à lire, mais c’est important pour l’Histoire d’être plongé dans la réalité du quotidien dans ce terrible camp.
J’ai aimé le côté historique de ce roman, mais je mettrais un bémol sur le côté sentimental de l’intrigue qui dilue parfois le message de ce livre.

Merci Masse Critique Babelio et les éditions de L’Archipel pour cette découverte.

Extrait : (début du livre)
Prologue
C’était un merveilleux été enveloppé de parfums et de souvenirs qui se gravèrent à jamais dans sa mémoire.
Elle se tenait dans le champ pendant les foins, le chant des grillons dans les oreilles, la poussière de la terre desséchée sur la langue, dans la lumière irisée du soleil de midi dont elle sentait la brûlure sur la nuque. Le soir, la grand-mère oindrait sa nuque d’une pommade à l’odeur forte qu’elle utilisait pour ses chevaux.
Elle avait seize ans, l’air embaumait les fleurs sauvages, le foin, et une langueur inconnue s’emparait d’elle quand elle échangeait des regards à la dérobée avec le fils de l’intendant. Elle notait chacune de leurs rencontres dans son journal intime. Une sensation neuve s’éveillait en elle et faisait chanter son sang.
C’était le jour de son anniversaire et, bien que son grand-père vît d’un mauvais œil qu’elle passât la journée dehors avec les valets, elle aidait ce jour-là à rentrer les foins. Elle adorait l’activité physique. Quand elle travaillait ainsi, elle se sentait vivante et proche de la nature et des hommes. Ses mains jeunes et vigoureuses savaient refréner les chevaux les plus fougueux. Leurs cals la remplissaient de fierté. Elle plaisantait avec les hommes, des journaliers du pays et des Polonais qui se louaient pour les récoltes en Allemagne. Elle était acceptée de tous non parce qu’elle était la petite-fille du propriétaire, mais parce qu’elle travaillait presque aussi dur qu’eux.
Elle n’entendit pas aussitôt le moteur de la voiture parce que les hommes avaient entonné un chant de récoltes. Ce furent des appels qui attirèrent son attention sur les nouveaux arrivants. La main en visière pour abriter ses yeux du soleil, elle regarda deux silhouettes surgir dans la lumière aveuglante et s’approcher d’eux. Elle connaissait ces deux hommes : c’était le Gauleiter local Mettmann et son fils Herbert. Ce dernier avait le même âge qu’elle et tous deux avaient fréquenté l’école du village.
— Je n’ai pas voulu croire mon fils quand il me l’a raconté, mademoiselle von Dürkheim ! s’échauffa Mettmann avant même de l’avoir rejointe. Mais maintenant, vous voilà avec cette clique de Juifs polonais !
Elle ne comprenait pas son indignation.
— Nous travaillons : quel mal y a-t-il à cela ? répondit-elle.
Elle observait ce gros homme dans son uniforme disgracieux qu’elle connaissait depuis son enfance. Paul Mettmann était l’épicier du village et quand elle était petite, lui et sa femme lui donnaient des bonbons à chacune de ses visites. Autrefois, il aimait plaisanter, il lui pinçait la joue dès qu’il la croisait et il était connu pour ne jamais rater une occasion de faire la fête.

 

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Ne te perds pas en chemin – Margaret Mizushima

Lu en partenariat avec les éditions Belfond

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Belfond – janvier 2020 – 352 pages

France Loisirs – octobre 2017 – 336 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Chloé Royer

Titre original : Stalking Ground, 2016

Quatrième de couverture :
Agent de police dans l’unité cynophile de Denver, Mattie Cobb est appelée en urgence dans sa ville natale de Timber Creek : Adrienne Howard, la petite amie du shérif adjoint, a disparu. La jeune femme travaille dans le luxueux spa local, mais aussi dans les ranchs alentour, où elle prodigue des soins aux chevaux de course.
Accompagnée de son fidèle berger allemand, Robo, Mattie peut compter sur l’aide de Cole Walker, un ami vétérinaire fraîchement divorcé. Mais l’enquête est plus périlleuse qu’elle n’y paraît et, en plongeant dans le passé d’Adrienne, Mattie réalise bientôt que ce sont ses propres démons qu’elle va devoir affronter.
Les épaisses forêts enneigées du Colorado n’ont pas fini de livrer leurs secrets. Et le danger guette ceux qui s’aventurent trop près de la vérité…

Auteure : Autrefois orthophoniste, Margaret Mizushima a poursuivi son exploration des mots sous un angle plus artistique grâce à l’écriture. Passionnée de nature et d’animaux, elle vit dans le Colorado entourée de chats et de chiens et vient souvent en aide à son mari, à la tête d’un cabinet vétérinaire. Après Les Sentiers de l’oubli (2019), Ne te perds pas en chemin est son deuxième roman publié en France.

Mon avis : (lu en janvier 2020)
L’originalité de ce roman policier c’est que l’héroïne Mattie Cobb est lieutenant de police dans une unité cynophile. Elle enquête donc avec l’aide de Robo, son fidèle berger allemand. Tout en suivant l’enquête de Mattie Cobb, le lecteur de découvre les dessous de ce métier et la complicité qui unit le chien policier et son maître.
L’intrigue se situe à Timber Creek, une petite ville du Colorado. Adrienne Howard, la compagne de Brody, shérif adjoint de la ville a disparu. Ce dernier va faire parti des premiers suspects et va devoir s’éloigner de l’enquête…
Une intrigue assez classique, assez simple, l’auteure s’est plus attachée à développer la psychologie de ses personnages principaux et secondaires, Mattie Cobb et Robo, Brody, mais aussi Cole Walker, un ami vétérinaire, qui élève seul ses deux filles… Les forêts enneigées du Colorado et la nature font également parties de l’histoire.
C’est la deuxième enquête de cette série, et si l’occasion se présente, je n’hésiterai pas à lire la première « Les Sentiers de l’oubli » publié en mars 2019.

J’ai passé un bon moment en compagnie de Mattie et Robo.

Merci Claire et les éditions Belfond pour cette découverte très plaisante.

Extrait : (début du livre)
Une goutte de sueur perla sur le front du lieutenant Mattie Lu Cobb, derrière la visière de son casque. Elle inclina légèrement la tête en arrière pour l’empêcher de couler dans son œil, et constata qu’il n’y avait pas un nuage à l’horizon. Il faisait très chaud à Denver pour un mois d’octobre – beaucoup plus chaud qu’à Timber Creek, où les forêts et les prairies absorbaient en partie les ardeurs du soleil. Ici, en ville, les rayons qui se réverbéraient sur le bitume transformaient les rues en véritables étuves.
Elle dirigeait une équipe chargée d’arrêter les cambrioleurs d’une bijouterie de Cherry Creek Mall qui avaient été repérés dans ce parc industriel du sud de Denver. D’après
les rapports qu’elle avait lus, ils étaient au moins deux, peut-être trois, et armés. Ils avaient abandonné leur véhicule, une Dodge Intrepid, sur le parking avant de disparaître dans le dédale des entrepôts. Mattie comptait sur le flair de son chien de détection, Robo, pour les retrouver.
Ses trois coéquipiers, qu’elle avait rencontrés le jour même, se déployèrent en éventail derrière elle. Armés de fusils d’assaut M-16, ils avaient pour noms de code Red, Blue et Green. Mattie, quant à elle, disposait d’un Glock 17. Elle leur fit signe de s’approcher.
« Il y a quatre rangées de trois bâtiments chacune, disposées en rectangle. On n’a qu’à les appeler rangée 1, 2, 3 et 4, en partant de la gauche. Ensuite, on numérote les bâtiments en commençant par la rangée un : bâtiment 1, 2, 3… »
Elle désigna les bâtiments un par un en comptant jusqu’à douze.
« Pour le moment, on se contente de suivre Robo. Des questions ? »
Elle attendit un instant, puis alluma l’émetteur radio accroché sur son épaule et s’adressa au sergent qui les supervisait.
« Brigade canine au rapport. On est prêts.
— Bien reçu, brigade canine. Allez-y. »
Mattie joua des épaules pour disperser la tension accumulée dans ses muscles. Sous son gilet en Kevlar, elle suait à grosses gouttes.
Concentre-toi. Ne te laisse pas distraire. Et surtout, observe ton chien.
Robo, un berger allemand de quarante kilos en gilet pare-balles et harnais de recherche bleu, se tenait debout à côté d’elle.
« On va travailler ? » lui lança-t‑elle d’une voix aiguë afin de stimuler son instinct de chasseur.
Il se dressa sur les pattes arrière, surexcité. Elle détacha la laisse de son harnais et la fixa à la ceinture qu’elle portait à la taille : elle savait que son chien lui obéirait, mais aussi
qu’il préférait être libre de ses mouvements pour mieux traquer sa proie. L’instinct de Robo était parfois la seule chose qui préservait Mattie d’une mort certaine, et elle se
le rappelait chaque jour qu’ils passaient ensemble.
Elle leva la main pour lancer les opérations.
« Allez, Robo. Au travail. »
Le chien sur les talons, elle ouvrit la portière passager de la Dodge et désigna le siège.

Les victorieuses – Laetitia Colombani

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – novembre 2019 – 5h28 – Lu par l’autrice

Grasset – mai 2019 – 224 pages

Quatrième de couverture :
Brillante avocate, Solène tente de se reconstruire après un burn-out. Acceptant une mission bénévole d’écrivain public, elle est envoyée au Palais de la Femme, vaste foyer au coeur de Paris. Les résidentes s’appellent Binta, Sumeya, Cvetana, Salma ou la Renée et viennent du monde entier. Lorsqu’elles voient arriver Solène, elles se montrent méfiantes. Solène vacille mais s’acharne, bien décidée à trouver sa place auprès de ces femmes aux destins tourmentés.
Un siècle plus tôt, Blanche Peyron oeuvre en faveur des démunis. Elle a voué sa vie à l’Armée du Salut et rêve d’offrir un refuge à toutes les exclues de la société. Le chemin est ardu, mais Blanche ne renonce jamais.
Laetitia Colombani donne vie à ces Victorieuses anonymes, à Blanche l’oubliée, et  toutes celles qui refusent de se résigner. Un hymne à la solidarité prodigieusement romanesque, porté par la lecture délicate de l’autrice elle-même.

Auteur : Laetitia Colombani est romancière, cinéaste et comédienne. Son premier roman, La Tresse, s’est vendu à un million d’exemplaires en France et a été traduit en 33 langues. Il est en cours d’adaptation au cinéma par l’autrice. Il a également été décliné en album jeunesse, La Tresse ou le voyage de Lalita.

Mon avis : (écouté en décembre 2019)
C’est grâce au Café Lecture que j’ai eu envie de découvrir ce livre dont la couverture ne me donnait pas du tout envie de m’y plonger…
Dans ce roman, Laetitia Colombani nous raconte une histoire, ou plutôt deux, autour des femmes marginalisées, exclues de la société et du bénévolat.
La première se passe de nos jours, Solène est une jeune avocate qui tente de se reconstruire après un burn out. Son psychiatre l’encourage à sortir de chez elle et à faire une activité tournée vers les autres… Sans grande conviction, elle accepte de tenir une permanence hebdomadaire comme écrivain public au « Palais de la Femme », rue de Charonne à Paris, dans un centre d’accueil pour femmes. Une expérience enrichissante et bouleversante pour Solène, son regard et ses valeurs vont évoluer au côté de ses femmes cabossées de la vie, venues chercher refuge dans cette Maison. Des femmes du bout du monde comme d’à côté, venue de la rue, victimes de leur mari, des coutumes de leur pays, de maltraitances… Solène est venue donner du temps, elle va recevoir beaucoup plus de toutes ses femmes qui n’ont rien.
Dans la seconde, Laetitia Colombani nous raconte la naissance de l’Armée du Salut en France et en particulier, rend hommage à Blanche Peyron qui créa le « Palais de la Femme » à Paris.
1925, engagés dans l’Armée du Salut, Blanche Peyron et son mari Albin ont déjà ouvert des refuges pour les sans abris à Paris et en Province. Ils ne ménagent pas leur peine. Combattante, engagés et tenace, Blanche Peyron a consacré sa vie aux autres et particulièrement aux femmes les plus démunies.
Le « Palais de la Femme », au si beau nom, est une vraie Tour de Babel, un lieu vivant, un lieu d’espoir où se côtoie le magnifique et le tragique, le drôle et l’insolite, le lecteur est ému et touché.
Dans cette version audio, il y a en bonus un entretien avec l’auteure, toujours très intéressant. Elle revient sur le succès de son premier roman « La tresse » et raconte la genèse de ce roman.

Merci Pauline et Audiolib pour cette lecture pleine d’humanité.

Extrait : (début du livre)
Tout s’est passé en un éclair. Solène sortait de la salle d’audience avec Arthur Saint-Clair. Elle s’apprêtait à lui dire qu’elle ne comprenait pas la décision du juge à son encontre, ni la sévérité dont il venait de témoigner. Elle n’en a pas eu le temps.
Saint-Clair s’est élancé vers le garde-corps en verre et l’a enjambé.
Il a sauté de la coursive du sixième étage du palais.
Durant quelques instants qui ont duré une éternité, son corps est resté suspendu dans le vide. Puis il est allé s’écraser vingt-cinq mètres plus bas.
La suite, Solène ne s’en souvient pas. Des images lui apparaissent dans le désordre, comme au ralenti. Elle a dû crier, certainement, avant de s’effondrer.
Elle s’est réveillée dans une chambre aux murs blancs.
Le médecin a prononcé ces mots : burn out. Au début, Solène s’est demandé s’il parlait d’elle ou de son client. Et le fil de l’histoire s’est reconstitué.
Elle connaissait depuis longtemps Arthur Saint-Clair, un homme d’affaires influent mis en examen pour fraude fiscale. Elle savait tout de sa vie, les mariages, les divorces, les petites amies, les pensions alimentaires versées à ses ex-femmes et ses enfants, les cadeaux qu’il leur rapportait de ses voyages à l’étranger. Elle avait visité sa villa à Sainte-Maxime, ses somptueux bureaux, son superbe appartement du VIIe arrondissement de Paris. Elle avait reçu ses confidences et ses secrets. Solène avait passé des mois à préparer l’audience, ne laissant rien au hasard, sacrifiant ses soirées, ses vacances, ses jours fériés. Elle était une excellente avocate, travailleuse, perfectionniste, consciencieuse. Ses qualités étaient unanimement appréciées dans le cabinet réputé où elle exerçait. L’aléa judiciaire existe, tout le monde le sait. Pourtant, Solène ne s’attendait pas à une telle sentence. Pour son client, le juge a retenu la prison ferme, des millions d’euros de dommages et intérêts.

Les roses de la nuit – Arnaldur Indridason

Lu en partenariat avec Babelio

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Anne-Marie Métailié – octobre 2019 – 236 pages

traduit de l’islandais par Eric Boury

Titre original : Dauðarósir, 1998

Quatrième de couverture :
A la sortie d’un bal, un couple pressé se réfugie dans le vieux cimetière, mais au cours de leurs ébats la jeune femme voit un cadavre sur une tombe et aperçoit une silhouette qui s’éloigne. Elle appelle la police tandis que son compagnon, lui, file en vitesse. Le commissaire Erlendur et son adjoint Sigurdur Oli arrivent sur les lieux pour découvrir la très jeune morte abandonnée sur la tombe fleurie d’un grand homme politique originaire des fjords de l’Ouest.
La victime a 16 ans, personne ne la connaît, elle se droguait. Erlendur questionne sa fille Eva Lind, qui connaît bien les milieux de la drogue pour en dépendre. Elle lui fournit des informations précieuses et gênantes à entendre pour un père. Il s’intéresse aussi à la tombe du héros national et va dans les fjords de l’Ouest où il découvre une amitié enfantine et une situation sociale alarmante. La vente des droits de pêche a créé un grand chômage et une émigration intérieure massive vers Reykjavík, dont les alentours se couvrent d’immeubles modernes pour loger les nouveaux arrivants. Sigurdur Oli, lui, s’intéresse plutôt à la jeune femme qui les a appelés.
Le parrain de la drogue, vieux rocker américanisé et proxénète, est enlevé au moment où la police révèle ses relations avec un promoteur immobilier amateur de très jeunes femmes. Pendant ce temps, contre toute déontologie, Sigurdur Oli tombe amoureux de son témoin.
Avec son duo d’enquêteur emblématique et classique, Erlendur, le râleur amoureux de l’Islande, et Sigurdur Oli, le jeune policier formé aux États-Unis, Indridason construit ses personnages et nous révèle leur passé, tout en développant une enquête impeccable dans laquelle on perçoit déjà ce qui fait l’originalité de ses romans : une grande tendresse pour ses personnages et une économie de l’intrigue exceptionnelle.

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavík en 1961. Diplômé en histoire, il est journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs couronnés de nombreux prix prestigieux, traduits dans 40 langues et vendus à plus de 13 millions d’exemplaires.

Mon avis : (lu en novembre 2019)
Chronologiquement, c’est la deuxième enquête d’Erlendur. Elle se situe entre « Les fils de la poussière »(premier livre de l’auteur, traduit seulement en 2018), que je n’ai pas encore lu, et « La cité des jarres ». C’est également, le deuxième roman policier écrit par Arnaldur Indridason et n’avait toujours pas été traduit en français.
J’ai toujours beaucoup de plaisir à retrouver Erlendur, déjà ombrageux et au prise à des problèmes avec ses enfants jeunes adultes. Avec l’inspectrice Elinborg et le jeune et ambitieux Sigurdur Oli, ils forment une équipe efficace.
Le corps d’une jeune fille est découvert dans un cimetière, sur la tombe du président Jon Sigurdsson, chef du mouvement pour la paix et l’indépendance de l’Islande au XIXème siècle. La victime, Birta, est une jeune fille paumée, droguée, trop seule qui se prostitue également. L’enquête s’oriente vers la région d’origine de la victime qui est également celle de Jon Sigurdsson, celle des Fjords de l’Ouest.
Les pistes sont nombreuses et l’enquête piétine.
L’enquête mène le lecteur vers les milieux de la drogue et de la prostitution, sur fond de trafic de quotas de pêche dans les fjords de l’ouest. C’est aussi l’occasion de découvrir la spéculation immobilière autour de Reykjavik et la crise qui pousse les pêcheurs des fjords de l’ouest à quitter leurs villages.
En parallèle à l’enquête, le lecteur en apprend un peu plus sur les relations d’Erlendur avec ses deux enfants, Sindri Snaer, le fils, est alcoolique multipliant les cures de désintoxication, Eva Lind, la fille, est droguée, elle fréquente des lieux plus ou moins sordides. Tout deux lui reprochent de les avoir abandonnés trop jeunes, en divorçant avec leur mère.
Une enquête parfois un peu brouillonne, mais très intéressante pour ceux qui veulent découvrir l’histoire et les paysages de l’Islande, et pour moi qui suis une inconditionnelle  d’Erlendur j’aime le découvrir un peu plus.

Extrait : (début du livre)
Ils avaient découvert le corps sur la tombe de Jon Sigurdsson, le héraut de l’Indépendance, dans le vieux cimetière de la rue Sudurgata. Assise à califourchon sur le jeune homme, c’était elle qui l’avait vu en premier.
Ils avaient remonté Sudurgata en se tenant par la main après avoir quitté l’hôtel Borg. Il l’avait prise dans ses bras et l’avait embrassée. Elle lui avait rendu son baiser, d’abord tendrement, puis en y mettant plus de passion et en se laissant emporter par sa fougue. Ils étaient partis de l’hôtel Borg vers trois heures du matin et avaient traversé la foule qui envahissait le centre. Il faisait beau, c’était peu après le solstice d’été.
Il l’avait invitée à dîner. Ils ne se connaissaient pas encore très bien, ce n’était que leur troisième rendez-vous. Elle possédait des parts dans une société de conception de logiciels dont il était également actionnaire. Génies de l’informatique depuis leur plus jeune âge, ils s’étaient bien entendu dès leur première rencontre. Au bout de quelques semaines, il avait pris l’initiative de l’inviter au restaurant de l’hôtel Borg. Ils avaient répété l’expérience deux fois. Quelque chose dans l’air indiquait que cette soirée ne se terminerait pas de la même manière que les deux autres où il l’avait reconduite chez elle. Ce soir-là, ni elle ni lui n’avaient pris leur voiture. Elle lui avait proposé au téléphone qu’il la raccompagne chez elle à pied et qu’ils prennent un café. Un café ! s’était-il dit avec un sourire entendu.
Ils s’étaient échauffés en dansant à l’hôtel Borg. Blonde, les cheveux courts, svelte mais le visage poupin, elle était vêtue d’une jolie veste beige et d’un legging assorti. Le foulard de soie qu’il avait au cou était selon elle le signe d’une certaine vanité. Il portait le costume Armani qu’il avait acheté récemment dans une boutique de mode pour la séduire. C’était réussi.
Il avait été surpris quand, ayant quitté le centre, elle lui avait proposé de prendre un raccourci par le vieux cimetière pour rentrer chez elle. Il s’était senti plutôt gêné quand il l’avait embrassée et que son sexe avait durci dans son caleçon, il avait eu peur qu’elle s’en aperçoive. Et elle n’avait pas manqué de le remarquer. Ça lui avait rappelé son adolescence et les bals du lycée où elle dansait avec des garçons constamment en érection. Les pauvres, il leur en fallait bien peu, se disait-elle alors, et là, cette pensée lui revenait. Il n’y avait pratiquement pas de circulation dans la rue. Ils avaient enjambé le mur du cimetière à l’angle nord-est où repose la respectable famille Thoroddsen. Puis ils avaient longé les tombes, lui en prenant garde à ne pas salir son costume.

Déjà lu du même auteur :

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la_voix La Voix l_homme_du_lac L’Homme du lac hiver_arctique Hiver Arctique

hypothermie Hypothermie la_rivi_re_noire La rivière noire betty Bettý

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91768788 La cité des jarres 95359847 Le Duel

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9782367623085-001-X Opération Napoléon 9782367627595-001-T Passage des ombres

71UbDwTos8L Ce que savait la nuit

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