Né d’aucune femme – Franck Bouysse

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – septembre 2019 – 9h09 – Lu par Cachou Kirsch et Simon Duprez

La Manufacture de livres – janvier 2019 – 334 pages

Quatrième de couverture :
Dans le secret du confessionnal, on confie au père Gabriel une mission. Récupérer à l’asile voisin, sous la jupe d’une femme dont il doit bénir le corps, de mystérieux cahiers. C’est ainsi que sortent de l’ombre les carnets de la jeune Rose, ceux dans lesquels elle a conté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin.

Auteur : Franck Bouysse, né en 1965 à Brive-la-Gaillarde, a été enseignant en biologie et se lance dans l’écriture en 2004. Ses romans Grossir le ciel en 2014, puis Plateau en 2016 et Glaise en 2017 rencontrent un large succès public et remportent de nombreux prix littéraires. Son roman Né d’aucune femme achève d’imposer Franck Bouysse comme un auteur français de premier plan. Il partage aujourd’hui sa vie entre Limoges et un hameau en Corrèze.

Lecteurs : Comédienne et musicienne bruxelloise, sociologue de formation, Cachou Kirsch jongle depuis 2003, avec un plaisir non dissimulé, entre grosses productions théâtrales et « petits » projets passionnants, entre la vivacité du jeune public et les studios d’enregistrement.
Après avoir étudié à l’École Nationale Supérieur d’Art Dramatique du Théâtre National de Strasbourg, Simon Duprez débute sa carrière de comédien sur les planches. Il rencontre Isabelle Pousseur en 2000 pour la création de Quai Ouest de Bernard-Marie Koltès et la retrouvera en 2006 pour Electre au Théâtre National de Bruxelles. Depuis, il poursuit sa carrière en Belgique en collaborant avec Rémi Pons, Judith Ribardière, Guillemette Laurent ou encore Sarah Siré.

Mon avis : (écouté en septembre 2019)
J’avais beaucoup aimé le livre « Grossir le ciel », mais la couverture de ce nouveau livre ne me donnait pas spécialement envie de le découvrir… Après de nombreux billets admiratifs, de nombreux Prix gagnés et une présentation enthousiaste au Café Lecture, j’ai fini par m’y intéresser et accepter d’écouter la version audio. 
Le père Gabriel est appelé pour bénir le corps d’une femme décédée à l’asile voisin. Il a pour mission de récupérer les cahiers où cette femme a raconté sa terrible vie. Elle s’appelait Rose, aînée de quatre filles d’un couple de paysans pauvres. A 14 ans, elle est vendue par son père au maître des Forges. Ainsi commence ce roman chorale autour du père Gabriel, de Rose, d’Onésime, son père, d’Elle, sa mère, d’Edmond, le palefrenier, de l’Enfant qui brosse le portrait bouleversant de Rose, une jeune femme réduite au rôle d’esclave.
Mon avis est mitigé, car cette histoire est très sombre, violente, cruelle et même perverse. J’ai vite été mal à l’aise par ce trop plein de scènes dérangeantes et insupportables.

Merci Pauline et Audiolib pour cette histoire de femme.

Extrait : (début du livre)
Il se trouvait quelque part plus loin que les aiguilles de ma montre.
Cela n’a pas encore eu lieu. Il ne sait rien du trouble. Ce sont des odeurs de printemps suspendues dans l’air frais du matin, des odeurs d’abord, toujours, des odeurs maculées de couleurs, en dégradé de vert, en anarchie florale confinant à l’explosion. Puis il y a les sons, les bruits, les cris, qui expriment, divulguent, agitent, déglinguent. Il y a du bleu dans le ciel et des ombres au sol, qui étirent la forêt et étendent l’horizon. Et ce n’est pas grand-chose, parce qu’il y a aussi tout ce qui ne peut se nommer, s’exprimer, sans risquer de laisser en route la substance d’une émotion, la grâce d’un sentiment. Les mots ne sont rien face à cela ils sont des habits de tous les jours, qui s’endimanchent parfois, afin de masquer la géographie profonde et intime des peaux ; les mots, une invention des hommes pour mesurer le monde.
À l’époque, je m’attendais à plus rien dans ma vie.
Taire les mots. Laisser venir. Il ne resterait alors rien que la peau nue, les odeurs, les couleurs, les bruits et les silences.
Ça faisait longtemps que je me racontais plus d’histoires.
Les histoires qu’on raconte, celles qu’on se raconte. Les histoires sont des maisons aux murs de papier, et le loup rôde.
J’avais renoncé à partir… Pour aller où, d’abord ?
Les retours ne sont jamais sereins, toujours nourris des causes du départ. Que l’on s’en aille ou que l’on revienne, de gré ou bien de force, on est lourd des deux.
Le soleil était en train de chasser la gelée blanche.
Le soleil-monstre suinte, duplique les formes qu’il frappe en traître, traçant les contours de grandes cathédrales d’ombre sans matière. C’est la saison qui veut ça.
Je le voyais pas. Comment j’aurais pu deviner ?
Il connaît cet endroit autrement qu’en souvenir. Quelque chose parle dans sa chair, une langue qu’il ne comprend pas encore.
Comment j’aurais pu imaginer qui il était ?
Il est grand temps que les ombres passent aux aveux.

Déjà lu du même auteur :

81LN3r3XCrL Grossir le ciel

 

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Un chemin de tables – Maylis de Kerangal

Lu en partenariat avec Folio

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Folio – août 2019 – 106 pages

Seuil – mars 2016 – 112 pages

Quatrième de couverture :
« La plus grande violence de ce métier, tu sais, c’est que la cuisine exige qu’on lui sacrifie tout, qu’on lui donne sa vie. » Brasserie parisienne, restaurant étoilé, auberge gourmande, bistrot gastronomique : les tables défilent dans la vie de Mauro. Aux côtés de ce jeune chef en vogue, gardien d’un certain héritage, Maylis de Kerangal nous plonge dans l’univers méconnu de la restauration. Un monde fait de passion, de solidarité, mais aussi de violence et de fatigue. Un monde dans lequel la cuisine devient un langage qui s’invente, réunit et se partage, croqué avec brio par l’auteur de Réparer les vivants.

Auteur : Maylis de Kerangal est l’auteure de nombreux romans, notamment Corniche Kennedy (2008), Naissance d’un pont (prix Médicis 2010, prix Franz-Hessel) et Réparer les vivants (2014, dix prix littéraires), ainsi que de trois récits dans la collection « Minimales »: Ni fleurs ni couronnes (2006), Tangente vers l’est (2012, prix Landerneau) et A ce stade de la nuit (2015), Un chemin de tables (2016), Un monde à portée de main (2018)

Mon avis : (lu en septembre 2019)
Dans ce court texte, qui ressemble plus à un documentaire qu’à un roman, Maylis de Kerangal raconte le parcours de Mauro. Même si enfant il aimait faire des gâteaux ou plus tard préparer des repas pour ses amis, rien ne destinait Mauro à devenir un cuisinier professionnel. Étudiant en sciences éco, il alterne entre études et petits boulots dans la restauration, il voyage également à l’étranger grâce à Erasmus. Après des expériences variés dans une brasserie, un restaurant étoilé, il décide d’apprendre le métier dans les règles de l’art et de passer son CAP… Maylis de Kerangal est le témoin de son parcours atypique. Avec une écriture précise, technique et évocatrice, elle brosse un portrait attachant et sensible d’un jeune chef. Un témoignage intéressant et gourmand…

Merci Julie et les éditions Folio pour cette découverte

Extrait : (début du livre)
Un train roule vers Berlin. Il traverse à bonne vitesse des étendues rases, des champs qui fument, des rivières, c’est l’automne. Assis contre la vitre dans un wagon de seconde, il y a ce jeune homme, vingt ans, délié, maigre bagage, un livre entre les mains – je suis assise sur la banquette d’en face, je déchiffre le titre sur la couverture, La Cuisine de référence, Techniques et préparations de base, Fiches techniques de fabrication, repère trois toques stylisées sur fond bleu blanc rouge, puis je soulève les fesses et me penche en avant, bascule tête la première dans le livre, à l’intérieur des planches où s’alignent des vignettes légendées en italique, pas-à-pas photographiques où il n’est nul visage humain, nulle bouche humaine, mais des torses et des mains oui, des mains précises aux ongles propres, et ras, des mains maniant des ustensiles de métal, de verre ou de plastique, des mains plongées dans des récipients, des mains que prolongent des lames, toutes mains saisies dans un geste.

Déjà lu du même auteur : 

naissance_d_un_pont_folio Naissance d’un pont Reparer-les-vivants-de-Maylis-de-Kerangal_298_393 Réparer les vivants

kerangal Un monde à portée de main

petit bac 2019(6) Objet

20 histoires pour vivre ensemble – Pierre Gemme

Lu en partenariat avec Flammarion Jeunesse

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Père Castor / Flammarion Jeunesse – septembre 2019 – 144 pages

Illustrations Jules

Quatrième de couverture :
Dans la classe de Madame Angèle, ils sont vingt. Vingt enfants aux origines et caractères divers.
Racisme, harcèlement, handicap, égalité filles-garçons, défense de l’environnement… Vingt thèmes sont abordés et encouragent la tolérance, la solidarité, l’empathie… pour grandir heureux, ensemble  !

Auteur : Pierre Gemme est écrivain, membre de la Charte des Auteurs et Illustrateurs Jeunesse, et membre de la Société des Gens de Lettres. Auteur chez Flammarion jeunesse de la collection «L’école des dinos», il anime des ateliers d’écriture et participe à de nombreux salons. 

Illustratrice : Jules a été graphiste dans l’édition jeunesse avant de devenir illustratrice. Son dernier ouvrage publié « Les Princesses ont les cheveux jusqu’aux fesses ».

Mon avis : (lu en septembre 2019)
Voilà un livre qui raconte 20 histoires pour apprendre à bien vivre ensemble, à l’école et dans la vie. Ils sont 20 élèves dans la classe de Madame Angèle, vingt enfants d’origines différentes, garçons et filles, de caractères divers… Louane a un fauteuil roulant, Fatou est originaire du Cameroun, Brenda aime commander, Eric est en surpoids…
Les enfants se disputent, discutent et s’interrogent sur beaucoup de sujets : le sexisme, environnement, le racisme, le handicap, la solidarité, le harcèlement, la religion, les préjugés…
Les 20 histoires sont l’occasion d’aborder 20 thématiques, sans stigmatiser ou dramatiser une situation. Elles encouragent plutôt à la solidarité, à la tolérance et à l’empathie.
C’est tellement mieux d’apprendre à vivre et à grandir ensemble !
Cet ouvrage est à lire comme un grand roman ou alors en piochant histoire par histoire pour aborder un sujet particulier avec des enfants à partir de 8 ans.
En bonus, à la fin de chacune des histoires, il y a des informations documentaires, des quizz, des questions pour encourager réflexions et débats…

Merci Brigitte et les éditions Flammarion Jeunesse pour ce roman documentaire pédagogique et positif autour du vivre ensemble.

Extrait : (quelques pages)

 

Mes 150 pourquoi : La Terre – Anne-Claire Lévêque

Lu en partenariat avec Flammarion Jeunesse

71IcPd+ABbL Père Castor / Flammarion Jeunesse – août 2019 – 64 pages

Illustrations Stéphane Nicolet

Quatrième de couverture :
Le monde qui nous entoure est d’une grande complexité !
Pourquoi Internet a-t-il été une révolution planétaire ?
Pourquoi parle-t-on d’un « Continent de plastique » ?
Pourquoi un être humain sur dix n’a-t-il pas accès à l’eau potable ?
Pourquoi les Japonais célèbrent-ils la déesse du Fuji-Yama ?
Ouvre vite ton livre pour le savoir !

Auteur : Anne-Claire Lévêque vit à Paris. Anne-Claire Lévêque écrit des albums jeunesse pour le plaisir de s’envoler loin le temps d’une histoire, de jouer avec tous les mots… Elle est l’autrice de l’Archidoc, Les Pompiers chez Flammarion Jeunesse.

Illustrateur : Stéphane Nicolet est graphiste et illustrateur pour l’édition jeunesse et la presse. Il a déjà illustré deux textes de Muriel Zürcher : Youpi, oups, beurk (2016) et A quoi on joue ? (2016). Il vit en Dordogne.

Mon avis : (lu en août 2019)
Un livre destiné aux enfants à partir de 7 ans, un âge où l’on se pose pleins de questions, dans beaucoup de domaine…
Ici ont été regroupées environ 150 questions autour de la Terre. Elles sont présentées par thèmes : en introduction, sous forme de cartes pour présenter la Terre dans le système solaire, puis les plaques tectoniques, les continents et les océans, les différents climats et les saisons et enfin les pays du monde. Puis quatre parties où il est question des paysages (grandes prairies, montagnes, déserts…), de la population (villes, transports, drapeaux…), des ressources de la Terre (eau, agriculture, énergie…) et des cultures du monde (habitats, spécialités culinaires, jeux…).
C’est un livre intelligent, joliment illustré qui donne envie de comprendre et d’apprendre tout en se divertissant.
Même les + de 7 ans découvriront des réponses à des questions que l’on se pose à tout âge.
C’est un livre que l’on a envie de lire plusieurs fois, que l’on peut ouvrir au hasard et sans se lasser pour en découvrir un peu chaque jour…

Dans cette même collection, il existe déjà « Mes 150 pourquoi : les animaux » et « Mes 150 pourquoi : le corps humain »

Merci Brigitte et les éditions Flammarion Jeunesse pour cet album divertissant et intelligent.

Extrait : (quelques pages)

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« Merveilles de l’architecture »

p63

Grégoire et le vieux libraire – Marc Roger

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – juillet 2019 – 6h16 – Lu par l’auteur

Albin Michel – janvier 2019 – 240 pages

Quatrième de couverture :
Grégoire et le vieux libraire
, c’est la rencontre inattendue et merveilleuse entre un adolescent et un vieux libraire. L’un n’a jamais aimé lire, l’autre a pour seule richesse sa passion des livres. Ce trésor enfoui, Grégoire va peu à peu le découvrir en faisant, chaque jour, la lecture au vieil homme atteint de la maladie de Parkinson. Et tandis qu’à la musique des mots celui-ci renaît, Grégoire s’éveille à leur pouvoir mystérieux.
Dans cet hommage à la littérature et à l’amitié, on assiste émerveillé à la naissance d’un lecteur, à l’émancipation d’un jeune homme, et au bonheur retrouvé d’un passeur d’histoires.

Auteur : Marc Roger est lecteur public. Il organise des lectures partout en France et principalement dans des librairies. En 2014, il a été le coup de coeur du jury du Grand prix Livres Hebdo (présidé par Amélie Nothomb) pour son extraordinaire rôle de passeur entre les livres et le grand public. Grégoire et le vieux libraire est son premier roman.

Mon avis : (écouté en août 2019)
Après avoir raté son bac, Grégoire trouve un travail à la Résidence des Bleuets, une maison de retraite. Il travaille à la cuisine et apporte également les repas aux pensionnaires. Un jour, il fera la rencontre d’un vieux monsieur original et cultivé : Monsieur Picquier, appelé également le Vieux Libraire. Lorsqu’il est venu s’installer à la Résidence des Bleuets, il a dû choisir, parmi tous les livres de son ancienne librairie, ses trois mille titres préférés pour pouvoir les garder autour de lui  dans sa chambre. Mais maintenant, ses mains tremblantes l’empêchent de tenir un livre et ses yeux sont fatigués. Il va donc demander à Grégoire de venir lui faire la lecture une heure par jour.
Pour Grégoire qui n’avait jamais aimé lire et les livres, c’est une corvée qui va vite devenir un vrai plaisir ! Sa rencontre avec Monsieur Picquier sera décisive pour toute sa vie.
La vie dans une maison de retraite est souvent triste et morose, Grégoire et le Vieux Libraire vont donner un peu de joie et parfois de folie auprès des résidents et de ceux qui travaillent…
L’auteur étant également lecteur public, il était évident qu’il serait le lecteur de son propre livre ! D’autant que dans ce roman, Marc Roger nous explique l’importance de la lecture à voix haute, qui doit éveiller tous les sens du lecteur. Monsieur Picquier donne de nombreux conseils techniques à Grégoire. Conseils que bien entendu, Marc Roger applique lors de sa lecture. Une parfaite démonstration de ce que j’ai pu ressentir en écoutant cette belle histoire, émouvante, captivante, pleine de surprises et d’humanité.

Merci Pauline et Audiolib pour cette belle et émouvante découverte.

Extrait : (début du livre)
Avant de monter, on m’a bien expliqué. Pas de familiarité. Pas de tutoiement. Tu les vouvoies et tu leur donnes du madame ou du monsieur toujours suivi du nom de famille. Sur leur boîte de médocs, tu verras, c’est marqué. Nom, prénom, numéro de chambre, et d’autres renseignements plus cryptés pour le personnel soignant, mais ça, tu laisses tomber.
Depuis un mois que je travaille en cuisine, c’est mon premier service à la personne. 11 h 17. Chambre 28. Joël Picquier. Résidence Les Bleuets. Deuxième étage d’un bâtiment tout en longueur sur les bords du canal. La porte est close. Une inscription. Lettres cursives. En italique. Pauca meæ. J’ignore ce qu’elle veut dire. Je range mon chariot contre le mur et clique du pied sur les deux freins. Je frappe à la porte. Trois coups. Bien nets. Tout de suite, une voix bien qu’abîmée pleine de surprise, presque guillerette :
– Ah, déjà ? Une minute, s’il te plaît.
J’attends quelques secondes. Quatre plateaux-repas sur le chariot attendent aussi. Une légère condensation se forme sur chaque cloche transparente qui couvre les plats chauds. L’oreille aux aguets, j’écoute des bruits de papiers que l’on range à la hâte.
– Voilà ! Voilà ! Voilà ! Voilà ! Voilà ! Entre…
J’ouvre la porte. Quand il me voit, il plisse les yeux, hésite, puis certain que je ne suis pas l’auxiliaire habituel :
– Ah, un p’tit nouveau ! Béatrice serait-elle malade ?
– Non, mais j’ai cru comprendre que sa petite fille n’allait pas bien. Elle a pris sa journée. Enchanté de faire votre connaissance, monsieur Picquier. Je m’appelle Grégoire.
– Tiens, pose ça là, me dit-il en m’indiquant le coin d’une table partiellement encombrée de papiers et de livres. Ne t’étonne pas si je te tutoie, je tutoie tout le monde ici.
– Ça ne me dérange pas.
Et disant cela, plateau en mains j’entre dans sa chambre.
Une boîte. Un antre. Quatre murs, de haut en bas couverts de livres. Huit mètres carrés au sol. Entre la table, le lit, la chaise, le fauteuil, la commode, la penderie encastrée et la table de nuit, un seul couloir de déplacement, très étroit, d’une largeur de deux cannes à trépied. Dans l’entrée, derrière moi à présent, un fauteuil roulant, rangé, plié, contre le mur juste à côté d’une porte à soufflet ouvrant sur le coin douche et lavabo-WC. La fenêtre, pour moitié occultée de Post-it et de coupures de journaux illisibles d’où je suis, laisse passer au compte-gouttes la lumière du jardin en bordure de canal. Le début d’un cercueil pour ce vieil homme, là, debout devant moi, comme cousu sur mesure à l’espace. Un châtelain au milieu de son domaine, habillé impeccable. Ni suffisance ni fatuité, « tout simplement de la dignité à l’égard de soi-même », dit-il à ceux qui s’en étonnent. Il porte aux pieds des chaussettes fines de coton couleur sombre et des mocassins de cuir noir. Il préfère les chaussures à lacets, seulement ses mains ne peuvent plus.

petit bac 2019(5) Lecture

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Le Monde selon Guirec et Monique – Guirec Soudée

Lu dans le cadre de Masse Critique Babelio

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71F69yBQTHL Flammarion – avril 2019 – 304 pages

Quatrième de couverture :
Jeune Breton qui n’a jamais connu d’autre terrain de jeux que l’océan, Guirec Soudée écume les mers du globe avec pour seule compagnie une poule, Monique. Ensemble, ils ont traversé l’Atlantique, rallié le Groenland, affronté 130 jours emprisonnés au coeur de la banquise, franchi le périlleux passage du Nord-Ouest, mis les voiles pour le Grand Sud, essuyé des tempêtes dans les plus extrêmes latitudes, passé le cap Horn, rejoint l’Antarctique avant d’amorcer un long retour jusqu’en Bretagne. L’histoire incroyable d’un garçon opiniâtre, qui n’attend pas que ses rêves se dessinent à l’horizon, et d’une poule, concentré de fantaisie et de courage, qui offre un œuf par jour à l’aventurier.

Auteur : Guirec Soudée est originaire de la petite île d’Yvinec dans les Côtes-d’Armor. À 21 ans, convaincu qu’il vaut mieux vivre ses rêves plutôt que rêver sa vie, il quitte tout pour faire le tour du monde en solitaire, à bord d’un voilier de 10 mètres, fort de beaucoup d’humour et de ténacité.

Mon avis : (lu en juillet 2019)
J’ai dévoré avec plaisir le récit de voyage de ce jeune Breton qui avait décidé de quitter sa petite île bretonne, Yvinec (Côtes-d’Amor) avec son voilier pour aller explorer le Monde.
Depuis tout petit, il connaît la mer autour de son île ou de sa chère Bretagne… mais il est néophyte pour partir bien plus loin… Guidec a des rêves d’aventures, et il va les réaliser en prenant son temps… En décembre 2012, il met toutes ses économies pour acheter son petit voilier en Méditerranée, avec l’aide de deux copains il va le remonter chez lui, ce premier voyage et la préparation de son grand départ seront plus difficiles que prévu. Guidec doit alterner des petits boulots pour renflouer ses finances et la préparation de son bateau qui n’était pas en si bon état que cela… Mi-novembre 2013, il quitte Yvinec pour les Antilles, il y aura quelques haltes techniques dans le sud Finistère, puis en Espagne et au Portugal avant Madère en mars 2013… puis Les Canaries avec l’arrivée d’une coéquipière à bord, Monique (ou Momo) une poule rousse qui lui tiendra compagnie pendant son périple en solitaire et lui offrira un œuf presque tout les jours !   
Après la traversée de l’Atlantique et quelques mois passés sous les tropiques, Guidec fait route vers le Grand Nord et le Groenland, il rêve d’hiverner là-bas, le voilier pris dans la banquise… Il longera ensuite la côte arctique canadienne et franchira le périlleux passage du Nord-Ouest. Puis direction le Grand Sud, avec les pires tempêtes, Guidec et Monique passeront le cap Horn, avant de rejoindre l’Antarctique, puis un petit tour vers le Cap de Bonne Espérance avant le long retour jusqu’en Bretagne en repassant par les Antilles. En décembre 2018, Guidec et Monique mettent pieds (ou pattes) à terre à Yvinec après un long voyage de 5 ans !
Entre rêves et réalités, Guidec et Monique vont vivre des moments intenses, dangereux, cocasses, faire de nombreuses rencontres…
Entre l’insouciance, le courage et la détermination de Guidec, la fantaisie et la capacité d’adaptation de Momo,  merci de nous faire partager ce fabuleux voyage, ces paysages incroyables, ces conditions météorologiques difficiles ou splendides.

Merci Babelio, pour ce voyage par procuration !

Et pour en savoir plus sur Guidec et Monique et admirer de nombreuses photos de ce beau voyage…

Extrait : (début du livre)
Regarde bien, Monique, nous on est là. Ça s’appelle l’île de Vancouver. C’est beau, hein ? Et tout en haut ? C’est le Groenland ! La baie de Disko, qu’est-ce qu’on a pu rigoler là-bas tous les deux… Même si on s’est gelé les plumes, on peut dire qu’on a eu de sacrés coups de chaud ! Tu te souviens ? Alors maintenant, Momo, suis bien mon doigt. Voilà. Tu vois tout ce bleu ? C’est l’océan Pacifique. Et tous ces petits points au milieu du bleu ? Des îles. Arrête de gigoter, Momo, écoute-moi. Donc ça, c’est la Polynésie. Un endroit où les colliers sont faits de fleurs, où ça sent bon la vanille et la noix de coco. On y va. Ce sera un long voyage, Monique, un long voyage. Mais au bout, on trouvera de l’eau turquoise et du sable blanc très doux, comme chez moi à Yvinec, mon île bretonne. Je t’y emmènerai un jour. La Polynésie, ça nous fera du bien après la glace. Tu verras, c’est un peu comme chez toi, à Tenerife, ton île des Canaries. Dans ce paradis, tu pourras attraper tous les poissons que tu voudras. Et puis on fera de la planche, du paddle et même du kite et, promis, on ne s’envolera pas trop haut ! Alors, qu’est-ce que tu en dis ?

*

Nous ne sommes pas allés au paradis. Là-bas, ils n’ont pas voulu de nous. Enfin, c’est de toi qu’ils ne voulaient pas. Et moi, je n’irai nulle part sans toi.
Mais ce n’est pas grave, on en trouvera un autre de paradis.

carte_guidecCarte du voyage de Guidec et Monique

petit bac 2019(6) Lieu

La goûteuse d’Hitler – Rosella Postorino

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – mai 2019 – 9h36 – Lu par Audrey Sourdive

Albin Michel – janvier 2019 – 400 pages

traduit de l’italien par Dominique Vittoz

Titre original : Le assaggiatrici, 2018

Quatrième de couverture :
1943. Reclus dans son quartier général en Prusse orientale, terrorisé à l’idée que l’on attente à sa vie, Hitler a fait recruter des goûteuses. Parmi elles, Rosa.
Quand les S.S. lui ordonnent de porter une cuillerée à sa bouche, Rosa s’exécute, la peur au ventre : chaque bouchée est peut-être la dernière. Mais elle doit affronter une autre guerre entre les murs de ce réfectoire : considérée comme « l’étrangère », Rosa, qui vient de Berlin, est en butte à l’hostilité de ses compagnes, dont Elfriede, personnalité aussi charismatique qu’autoritaire.
Pourtant, la réalité est la même pour toutes : consentir à leur rôle, c’est à la fois vouloir survivre et accepter l’idée de mourir.
Couronné en Italie par le prestigieux prix Campiello, ce roman saisissant est inspiré de l’histoire vraie de Margot Wölk. Rosella Postorino signe un texte envoûtant qui, en explorant l’ambiguïté des relations, interroge ce que signifie être et rester humain.

Auteur : Née à Reggio de Calabre en 1978, Rosella Postorino vit à Rome. Elle est éditrice chez Einaudi et journaliste. Ses trois premiers romans, La stanza di sopra, L’estate che perdemmo Dio et Il corpo docile, ont été couronnés par plusieurs prix. Elle écrit également des essais, des pièces de théâtre, et contribue à des anthologies. La goûteuse d’Hitler est son premier roman traduit en français. Il vient d’être récompensé par le prestigieux prix Campiello.

Lecteur : Audrey Sourdive commence le théâtre à 5 ans. Depuis elle interprète de grands rôles classiques comme Elvire ou Lady MacBeth et s’intéresse aussi au théâtre contemporain ainsi qu’au théâtre pour enfants. Également metteur en scène, elle a récemment monté Ninon, une pièce sur le handicap, et le Circuit Ordinaire de Jean-Claude Carrière. Elle est également doubleuse (Millenium, Grey’s Anatomy, Spiderman…).

Mon avis : (écouté en juin 2019)
L’auteur s’est inspirée de l’histoire vraie de Margot Wölk, la dernière goûteuse d’Hitler pour écrire ce roman. C’est seulement en 2012, à l’âge de 95 ans que Margot Wölk a révélé son histoire, elles étaient 15 goûteuses et les 14 autres ont été tuées fin 1944, lors de l’arrivée des troupes soviétiques. Margot Wölk avait pu fuir par un train destination Berlin.
Son mari s’étant engagé dans l’armée, son appartement détruit et sa mère morte dans un bombardement à Berlin, Rosa est venue habiter à  Gross-Partsch, chez ses beaux-parents. Elle est alors réquisitionnée avec neuf autres jeunes femmes pour goûter les repas d’Hitler, ce dernier craignant d’être un jour empoisonné… Elles se retrouvent trois fois par jours pour ces « repas du hasard », puis devant attendre au moins une heure après chaque repas. Petit à petit, des liens vont se nouer entre les différentes goûteuses.
C’est la guerre, et même en Allemagne le ravitaillement pour la population est difficile.  La faim est bien présente et les goûteuses sont partagées entre l’opportunité de pouvoir manger des mets introuvables (fruits, légumes, desserts… Hitler étant végétarien) et la terrible angoisse de risquer d’être malade ou de mourir empoisonnée.
J’ai trouvé ce roman, basé sur des faits historiques, passionnant et captivant. Le rôle des goûteuses est bien décrit, leurs vies quotidiennes pendant la guerre également.
Rosa et ses camarades d’infortune sont très émouvantes et attachantes.
Ce livre qui m’avait été conseillé au Café Lecture de la Bibliothèque est une belle découverte !

Extrait : (début du livre)
Nous sommes entrées une par une. Après plusieurs heures d’attente debout dans le couloir, nous avions besoin de nous asseoir. La pièce était grande avec des murs blancs. Au centre, une longue table en bois déjà dressée pour nous. Ils nous ont fait signe de nous y installer.
Je me suis assise et j’ai croisé les mains sur mon ventre. Devant moi, une assiette en porcelaine blanche. J’avais faim.
Les autres femmes avaient pris place sans bruit. Nous étions dix. Certaines se tenaient droites, l’air compassé, les cheveux tirés en chignon. D’autres regardaient à la ronde. La jeune fille en face de moi mordillait ses peaux mortes et les déchiquetait entre ses incisives. Ses joues tendres étaient marquées de couperose. Elle avait faim.
À onze heures du matin, nous étions déjà affamées. Mais cela ne tenait pas à l’air de la campagne, au voyage en autocar. Ce trou dans l’estomac, c’était de la peur. Depuis des années nous avions faim et peur. Et quand les effluves de nourriture sont montés à nos narines,notre sang s’est mis à cogner à nos tempes, notre bouche à saliver. J’ai regardé la fille couperosée. Il y avait la même envie chez elle et chez moi.
Mes haricots verts étaient agrémentés d’une noix de beurre. Du beurre, je n’en avais pas mangé depuis mon mariage. L’odeur des poivrons grillés me chatouillait le nez, mon assiette débordait, je ne la lâchais pas des yeux. Celle de ma voisine d’en face contenait du riz et des petits pois.
« Mangez », ont-ils dit d’un angle de la salle, c’était à peine plus qu’une invitation et pas tout à fait un ordre. Ils lisaient l’appétit dans nos yeux. Bouches entrouvertes, respirations précipitées. Nous avons hésité. Personne ne nous avait souhaité bon appétit, alors je pouvais peut-être encore me lever et dire merci, les poules ont été généreuses ce matin, un œuf me suffira pour aujourd’hui.
J’ai recompté les convives. On était dix, ce n’était pas la cène.
« Mangez ! » ont-ils répété dans l’angle de la salle, mais j’avais déjà sucé un haricot et senti mon sang affluer à la racine de mes cheveux, à l’extrémité de mes orteils, senti mon cœur ralentir. Devant moi Tu dresses une table face à mes adversaires – ces poivrons sont si onctueux –, Tu dresses une table sur le bois nu, pas même une nappe, de la vaisselle blanche, dix femmes : voilées, nous aurions eu tout de religieuses, un réfectoire de religieuses tenues au vœu de silence.

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petit bac 2019(5) Métier

 

Tous dehors ! En bord de mer – Patrick Luneau

Lu dans le cadre de Masse Critique Babelio

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Editions de la Salamandre – mai 2019 – 140 pages

Quatrième de couverture :
Tous Dehors ! C’est une multitude de bonnes raisons à donner aux enfants pour sortir et profiter du grand air. Tous dehors ! en bord de mer rassemble de nombreuses activités
récréatives pour chaque âge à faire sur les plages, parmi les rochers et les dunes, les pieds dans le sable ou dans l’eau salée.

Construisez votre sous-marin, produisez votre sel, cherchez les larmes
de sirène, interrogez le sable, sculptez la seiche, consultez météo
algue… Le bord de mer est le lieu idéal pour transformer vos balades
avec les enfants en aventures.
Tous dehors ! en bord de mer est là pour aider parents, grands- parents mais aussi animateurs et éducateurs. Il s’agit alors de donner de bonnes raisons aux enfants pour sortir et profiter
du grand air. Chaque ouvrage est conçu comme un guide d’activités expliquées pas
à pas au moyen de photos authentiques et d’explications simples.
Découvrir l’escargot des dunes, distinguer la mouette du goéland…Déguster la laitue de mer, faire du beurre de crevette… Fabriquer un sablier, dessaler l’eau de mer… Jouer au golf des sables… Pratiquer le recycl-art, sauver les dunes… Autant d’activités qui saurontt séduire toute la famille et les éducateurs !

Auteur : A la fois cinéaste animalier, animateur nature, formateur et auteur, Patrick  Luneau a eu l’occasion d’imaginer et de tester durant 20 ans des centaines d’activités nature avec des enfants. Son ambition ? Sortir des sentiers battus, nous ouvrir des pistes inédites, créatives et ludiques qui amuseront autant les enfants que les adultes. 

Mon avis : (lu en juin 2019)
Le titre « Tous dehors ! En bord de mer » et le sous titre « 60 activités nature en famille » résument parfaitement le but de ce livre.
Le bord de la mer est un vrai terrain d’aventure et ce livre propose des activités pour les tranches d’âge « jusqu’à 3 ans », « de 4 à 7 ans » et « de 8 à 12 ans », avec 7 grandes directions pour partir à la découverte et s’amuser :
– Explorer : découvrez l’escargot des dunes, distinguez la mouette du goéland…
– Savourer : dégustez la laitue de mer, faites du beurre de crevette…
– Inventer : dessalez l’eau de mer, fabriquez un sablier…
– Se bidonner : faites carnavalgue, jouez au golf des sables…
– Aider la nature : pratiquez le recycl-art, sauvez les dunes…
– Se poser : réalisez un alguier, mariez l’eau et le sable…
– Tous dedans : créez une tortue de mer, faites danser le sel…

Que le bord de mer soit la plage, les rochers, le rivage, des dunes, du sable, des galets, il y a de nombreuses possibilités de s’amuser en famille et en plein air tout en découvrant un monde fabuleux…
A la fin du livre, se trouvent deux index bien pratiques : l’un avec les activités classées par tranche d’âges et le second avec les activités classées par saison.

Extrait :

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petit bac 2019(5) Lieu

Égarer la tristesse – Marion McGuinness

81LCEWbVl8L Editions Eyrolles – juin 2019 – 304 pages

Quatrième de couverture :
À 31 ans, Élise vit recluse dans son chagrin. Quelle idée saugrenue a eu son mari de mourir sans prévenir alors qu’elle était enceinte de leur premier enfant ?
Depuis ce jour, son fils est la seule chose qui la tient en vie, ou presque. Dans le quartier parisien où tout lui rappelle la présence de l’homme de sa vie, elle cultive sa solitude au gré de routines farouchement entretenues : les visites au cimetière le mardi, les promenades au square avec son petit garçon, les siestes partagées l’après-midi…
Pourtant, quand sa vieille voisine Manou lui tend les clés de sa maison sur la côte atlantique, Élise consent à y délocaliser sa tristesse. À Pornic, son appétit de solitude va vite se trouver contrarié : un colocataire inattendu s’invite à la villa, avec lequel la jeune femme est contrainte de cohabiter.

Auteur : Marion McGuinness est rédactrice et traductrice indépendante, pour des maisons d’édition, des sites parentaux ou encore des marques de vêtements pour enfants. Elle écrit sur des sujets aussi variés que la grossesse, la maternité, le maternage et la petite-enfance. 
« Égarer la tristesse » (2019) est son premier roman. Elle vit à Angers avec sa famille.

Mon avis : (lu en mai 2019)
Ce livre, au très joli titre, évoque un sujet douloureux, en effet il est question du deuil, de la reconstruction, des liens familiaux…

Après un an de mariage et alors qu’elle était enceinte, Élise perd brutalement Arthur, son mari. Au début de cette histoire, cela fait un an qu’Arthur est décédé et Ian, leur fils, a 9 mois. Noyée dans son chagrin, Élise arrive à survivre grâce à Ian et ses obligations de mère. Elle a organisé sa vie autour de son enfant et des souvenirs d’Arthur. Tous les mardis, c’est la visite au cimetière, tous les après-midis c’est la sieste pour l’enfant et pour la mère, puis la promenade au square… Manou, sa vieille voisine du dessus, est une présence précieuse qui sait l’écouter, la nourrir de chocolats et la sortir de son isolement où elle se réfugie. Un jour, Manou lui donne des clés, celles de sa maison de Pornic où elle l’encourage à aller passer des vacances avec son fils, pour changer d’air et quitter cet appartement qui est toujours remplis des souvenirs de son mari et qui l’empêche d’avancer et de pouvoir se projeter vers l’avenir.
Manou a également un petit-fils, Clément, qui travaille dans l’humanitaire comme sauveteur en mer…
Les personnages sont très attachants, l’écriture est simple, parfois poétique. L’histoire est parfois un peu prévisible, mais l’auteur a su y mettre une certaine profondeur dans les sentiments qui habitent ses personnages face au deuil, le sien ou celui d’un proche.

Grâce à Babelio et les éditions Eyrolles, j’ai eu la chance de participer à une rencontre très sympathique et intéressante avec Marion McGuinness

Extrait : (début du livre)
Élise lisait son horoscope, coincé entre un pub de crème amincissante et un jeu-concours pour gagner un affreux sac à main à la couleur indéterminée. En temps normal, Élise n’achetait jamais de magazines féminins débilitants, et même chez le coiffeur, elle évitait avec soin les prédictions vaseuses d’une astrologue autoproclamée.
Mais en temps normal, elle ne venait pas de célébrer le premier anniversaire de la mort de son mari en arrachant les mauvaises herbes autour de sa pierre tombale, et la veille, en rentrant chez elle après cette journée surréaliste, son fils endormi contre sa poitrine, Élise s’était surprise à ralentir devant le kiosque à deux pas de son immeuble. Elle s’était arrêtée sans trop y réfléchir, avait raflé quelques magazines format poche avec, en couverture, une gonzesse habillée à la mode lapone et un bébé joufflu retouché, payé en liquide, fourré monnaie et lecture dans son sac et repris le chemin de la maison.
En temps normal, le matin, quand elle se réveillait par miracle avant sa progéniture, Élise prenait le temps de boire un café bien fort et un peu trop chaud tout en regardant par la grande fenêtre de sa cuisine.

Le Magicien – Magdalena Parys

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

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LeMagicien Agullo – janvier 2019 – 499 pages

traduit du polonais par Margot Carlier et Caroline Raszka-Dewez

Titre original : Magik, 2016

Quatrième de couverture :
En 2011, dans un immeuble abandonné de Berlin, on retrouve le cadavre atrocement mutilé de Frank Derbach, employé aux archives de la Stasi.
Au même moment, Gerhard Samuel, photo-reporter, meurt dans d’étranges circonstances à Sofia, où il enquêtait sur la mort d’un de ses amis, disparu en 1980 à la frontière entre la Bulgarie et la Grèce.
Kowalski, le commissaire chargé de l’enquête berlinoise, est rapidement écarté au profit de la police fédérale et des services secrets. Mais Kowalski est un rebelle et il décide de poursuivre ses investigations discrètement, aidé par la belle-fille de Gerhard. Ce qu’ils vont découvrir pourrait mettre en cause un homme politique allemand très en vue…
Opérations secrètes, chantage et vengeance personnelle s’entrelacent dans ce roman à mi-chemin entre « noir » et roman historique, qui entremêle habilement réalité et fiction.

Auteur : Magdalena Parys est née en 1971 à Gdansk. À l’âge de 12 ans, elle émigre avec sa famille en Allemagne. Diplômée de pédagogie et de littérature polonaise à l’université Humboldt, elle vit à Berlin, où elle a fondé la revue littéraire polonaise-allemande Squaws. Le Magicien est son deuxième roman. Il a reçu le Prix de littérature de l’Union européenne en 2015.

Mon avis : (lu en avril 2019)
J’ai choisi ce roman policier à Masse Critique Babelio parce que l’auteure était polonaise et c’était donc une lecture supplémentaire pour mon Challenge Voisins Voisines…
En 2011, Frank Derbach, employé aux archives de la Stasi, est retrouvé sauvagement mutilé dans un immeuble abandonné à Berlin. Le commissaire Kowalski est rapidement et officiellement écarté de cette enquête jugée bien trop sensible. Il fera donc son enquête hors des circuits normaux.
Au même moment, Gérhard Samuel, reporter-photographe, meurt dans une rue de Sofia alors qu’il avait rendez-vous avec son ami Franck. Tout deux enquêtaient sur des disparitions à la frontière bulgare en 1980.
Siedel est un vieil homme, ses deux fils ont été abattus à la frontière bulgare alors qu’ils tentaient de passer à l’Ouest. Depuis, il a récolté de nombreux documents et photographies et constitué des archives, musée à la mémoire des victimes disparues en tentant de fuir les pays du bloc de l’est.
Depuis quelques semaines, Christian Schlangenberger, homme politique allemand bien en vue, est inquiet. Il reçoit anonymement des photos datant des années 80, où on le voit exécuter un opposant politique dans le cadre de l’opération secrète « le Magicien » visant à éliminer les dissidents du régime communiste…
Des faits, des questions et de nombreuses surprises et rebondissements attendent le lecteur.
Cette histoire est l’occasion de découvrir des faits réels au travers de personnages fictifs et d’une enquête policière et d’espionnage autour de la Stasi, la « police politique » de la RDA (République Démocratique Allemande – ex-Allemagne de l’Est).
En effet, à la fin des années soixante-dix, une série de disparitions avait été programmée pour tous ceux qui tentaient de fuir à l’Ouest. Ainsi vingt-sept opposants tchèques, polonais et hongrois ont été supprimés. Chaque opération était soigneusement planifiée et menée à la perfection : un « malheureux accident » par ville et les éventuels témoins étaient systématiquement liquidés…
Ce roman policier est passionnant historiquement, j’ai beaucoup appris sur l’histoire européenne de cette époque de la Guerre Froide. J’ai cependant trouvé l’intrigue un peu longue et confuse dans la forme de narration.

Merci Babelio et les éditions Agullo pour cette découverte polonaise.

 

Extrait : (début du livre)
Gerhard éteignit son portable. C’était la troisième fois que Frank Derbach essayait de le joindre. Il semblait très nerveux et voulait le voir immédiatement. Gerhard lui promit de passer à son hôtel dès qu’il le pourrait, mais il avait d’abord quelques affaires à régler.
— Non, pas ici.
— Pourquoi ?
— Parce que.
— Tu as bu ?
— Non.
Finalement, ils se donnèrent rendez-vous dans un café proche de l’hôtel de Gerhard.
— Mais tu viendras, sans faute ! insista Derbach.
— Oui, bien sûr, confirma Gerhard, agacé par tant d’obstination.
— Je t’attends, dit Frank Derbach en raccrochant.
Le taxi avançait péniblement dans la file de voitures coincées dans l’embouteillage matinal. Gerhard observait les larges artères monotones. La ville de Sofia lui rappelait le Varsovie des années quatre-vingt-dix. On construisait d’abord des hôtels de luxe, puis des banques, des pharmacies… et tout le reste venait après. Tout le reste pouvait attendre.
Il se retrouva bientôt dans les bureaux d’une administration où, assis sur une chaise inconfortable, il dut attendre que l’employée se mette du rouge à lèvres et passe quelques coups de fil avant de daigner enfin le regarder. L’endroit était à la fois une salle d’attente et un espace d’accueil du public.
Malgré l’amabilité apparente de l’employée, Gerhard avait vite compris qu’elle lui fournissait des réponses évasives et sans intérêt. Il décida donc d’exposer sans détour l’objet de ses recherches.
— Un Polonais, un ingénieur de Wrocław, Piotr Boszewski. Disparu en Bulgarie en 1980. Personne ne sait ce qui lui est arrivé. Il est parti en vacances avec sa femme et n’est jamais revenu.
— Vous devriez plutôt chercher du côté des archives polonaises, fit l’employée en haussant les épaules.
— Et moi, je pense qu’il faut chercher ici. J’en suis même certain, insista-t-il.
— Un tas de gens ont disparu, soupira-t-elle. Des Allemands, des Bulgares, des Polonais aussi.
— Je ne m’intéresse qu’à ce seul Polonais.
— Pourquoi croyez-vous qu’il ait disparu chez nous précisément ? demanda-t-elle.Elle essuya ses lunettes et fixa Gerhard de ses yeux fatigués de myope. Ce dernier lui montra une photo.
— Qu’est-ce que c’est ? Qui vous a donné ça ? murmura-t-elle, incrédule.

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petit bac 2019(3) Métier