Ce que savait la nuit – Arnaldur Indriðason

71UbDwTos8L Métailié – février 2019 – 320 pages

traduit de l’islandais par Eric Boury

Titre original : Myrkrið veit, 2017

Quatrième de couverture :
Les touristes affluent en Islande et les glaciers reculent lentement. Le cadavre d’un homme d’affaires disparu depuis trente ans émerge du glacier de Langjökull. Son associé de l’époque est de nouveau arrêté, et Konrad, policier à la retraite, doit reprendre bien malgré lui une enquête qui a toujours pesé sur sa conscience.
Au moment où il pensait vivre sa douleur dans la solitude – son père menteur et escroc a été assassiné sans que l’affaire soit jamais élucidée et l’amour de sa vie vient de mourir d’un cancer –, Konrad est pressé par le principal suspect, mourant, de découvrir la vérité. Seul le témoignage d’une femme qui vient lui raconter l’histoire de son frère tué par un chauffard pourrait l’aider à avancer…
Dans la lignée de Simenon, Indridason excelle dans la construction d’un environnement social et affectif soigné et captivant, et dévoile peu à peu le passé trouble de ce nouvel enquêteur, jetant une lumière crue sur sa personnalité. Un beau roman noir sensible aux rebondissements surprenants.

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavík en 1961. Diplômé en histoire, il est journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs couronnés de nombreux prix prestigieux, traduits dans 40 langues et vendus à plus de 13 millions d’exemplaires.

Mon avis : (lu en mars 2019)
Des touristes allemands en expédition sur le glacier de Langjökull font une macabre découverte : celui du cadavre d’un homme disparu depuis trente ans…
C’est Konrad, policier à la retraite, (déjà présent dans Passage des Ombres) qui va reprendre l’enquête plus ou moins officieusement… A l’époque, jeune inspecteur, il avait participé à l’enquête en interrogeant l’associé du disparu que tout désignait comme étant le coupable. Mais il n’avait jamais voulu avouer et l’enquête n’avait pas aboutie.

Le corps rendu par le glacier va réactiver les mémoires et quelques indices vont permettre à la police et à Konrad d’explorer de nouvelles pistes…
Une intrigue bien construite, un nouveau personnage, Konrad, qui se dévoile un peu, un pays, l’Islande, dont on découvre les paysages et la société aujourd’hui et celle d’il y a trente ans… Je découvre toujours avec beaucoup de plaisir les enquêtes islandaises d’Arnaldur Indridason.

Extrait : (début du livre)
Le temps était radieux. Assise depuis un moment avec le reste du groupe pour se reposer après leur longue marche, elle avait sorti un casse-croûte de son sac à dos et admirait la vue sur le glacier. Son regard s’arrêta tout à coup sur le visage qui affleurait à la surface.
Comprenant avec un temps de retard la nature exacte de ce qu’elle avait sous les yeux, elle se leva d’un bond avec un hurlement qui troubla la quiétude des lieux.
Assis en petits groupes sur la glace, les touristes allemands sursautèrent. Ils ne voyaient pas ce qui avait pu bouleverser à ce point leur guide islandaise, cette femme d’âge mûr qui gardait son calme en toutes circonstances.
La veille, ils avaient gravi l’Eyjafjallajökull. Le volcan situé sous ce glacier était devenu célèbre quelques années plus tôt, lorsqu’il était entré en éruption. Le nuage de cendres qui s’en était dégagé avait bloqué le trafic aérien en Europe. L’épaisse couche de scories qui avait recouvert les environs avait aujourd’hui disparu, dispersée par le vent ou absorbée par le sol avec la pluie. Les flancs du glacier avaient retrouvé leur couleur naturelle. Le paysage s’était remis de la catastrophe.
Le voyage devait durer dix jours au cours desquels le groupe était censé gravir quatre glaciers. Ils avaient quitté Reykjavík environ une semaine plus tôt à bord de véhicules adaptés à la conduite sur glace et étaient hébergés dans de confortables hôtels dans la province du Sudurland. Ces touristes, un groupe d’amis originaires de la ville de Wolfsburg, connue pour son usine de voitures, étaient des gens aisés qui ne se refusaient rien. On leur portait de délicieux repas pendant leurs excursions et le soir, quand ils redescendaient, ils faisaient de grandes fêtes. Des randonnées de longueur raisonnable étaient organisées sur les glaciers, ponctuées par des pauses pour se restaurer. Le groupe avait été particulièrement chanceux avec la météo. Le soleil brillait dans un ciel limpide chaque jour de ce mois de septembre. Les touristes passaient leur temps à interroger leur guide sur le global warming et les conséquences de l’effet de serre en Islande. Leur guide parlait couramment l’allemand, ayant étudié la littérature à Heidelberg pendant plusieurs années, il y avait maintenant presque vingt ans. Les conversations se déroulaient exclusivement dans cette langue, la seule exception étant cette expression anglaise, global warming, qui revenait régulièrement.

Déjà lu du même auteur :

la_cit__des_jarres La Cité des jarres  la_femme_en_vert La Femme en vert

la_voix La Voix l_homme_du_lac L’Homme du lac hiver_arctique Hiver Arctique

hypothermie Hypothermie la_rivi_re_noire La rivière noire betty Bettý

la_muraille_de_lave La muraille de lave etranges_rivages Etranges rivages

91768788 La cité des jarres 95359847 Le Duel

105501958 Les nuits de Reykjavik 110108840 Le lagon noir

9782367623085-001-X Opération Napoléon 9782367627595-001-T Passage des ombres

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Sótt – Ragnar Jónasson

71+z3uzsa7l La Martinière – septembre 2018 – 352 pages

traduit de l’anglais par Ombeline Marchon

« Ce roman a été traduit depuis l’édition anglaise du livre à la demande de l’auteur qui a revu et changé des éléments de son histoire, et considère donc le texte anglais comme la version définitive de son roman »

Titre original : Rof, 2012

Quatrième de couverture :
Mais que se passe-t-il encore à Siglufjördur ? L’inspecteur Ari Thór n’est pas venu à bout des secrets de ce village en apparence si tranquille. Lui qui avait fini par se faire à la rudesse du climat et aux hivers trop longs se sent de nouveau pris à la gorge par un terrible sentiment de claustrophobie. La ville est mise sous quarantaine car on suspecte une épidémie de fièvre hémorragique (sótt, en islandais). Les premières victimes succombent tandis qu’un crime vieux de cinquante ans remonte à la surface… Le huis clos se referme sur les habitants de Siglufjördur.

Auteur : Ragnar Jónasson est né à Reykjavik en 1976. Ses grands-parents sont originaires de Siglufjördur, la ville où se déroule Snjór. Grand lecteur d’Agatha Christie dès son plus jeune âge – et plus tard de P.D. James ou Peter May –, il entreprend la traduction, à 17 ans, de quatorze de ses romans en islandais. Avocat et professeur de droit à l’Université de Reykjavik, il est aussi écrivain et le cofondateur du Festival international de romans policiers « Iceland Noir ».

Mon avis : (lu en janvier 2019)
Chronologiquement, c’est la troisième enquête de l’inspecteur Ari Thor et le quatrième livre traduit en français (la cinquième enquête est paru en France juste après la première enquête… voir le détail à la fin de cet article).
Tout commence alors que Siglufjördur est en quarantaine à cause d’un cas suspect de fièvre hémorragique (Sótt). La vie du village s’est arrêtée, les magasins et restaurants sont fermés, la population s’est cloîtrée chez elle.
Plusieurs intrigues s’offrent au lecteur en parallèle, quelqu’un s’est introduit chez un couple avec enfant, un homme a été renversé par une voiture, il s’avère qu’il a un passé de toxicomane et qu’est le fils d’un ancien homme politique…
Ari Thor s’intéresse également à une histoire vieille de cinquante ans : un suicide qui a eu lieu dans une ferme dans un fjord  isolé. Il y a plusieurs ombres à cette histoire et à partir de photos, de témoignages, Ari Thor va tenter de découvrir des secrets du passé.

Sans possibilité de sortir de la ville, Ari Thor se trouve en Isrún , une journaliste de Reykjavík, une alliée précieuse.
J’ai bien aimé ce huis clos, riche en péripéties, en personnages complexes et qui me permet de découvrir un nouveau visage de l’Islande. Le personnage d’Isrún m’a beaucoup plu et j’espère le retrouver dans une future enquête…
L’intrigue est efficace et prenante. J’attends la suite…

Extrait : (début du livre)
Ils avaient passé la soirée à paresser sur le canapé, comme d’habitude.
Ils vivaient dans un petit appartement au rez-de-chaussée d’une bâtisse mitoyenne à deux autres maisons vieillottes, datant des années 1930, rue Ljósvallagata, à l’extrême ouest de Reykjavík. Róbert se redressa, se frotta les yeux et contempla le petit jardin par la fenêtre. La nuit tombait. En mars, la météo n’en faisait qu’à sa tête – pour l’instant, il pleuvait. Le dessin régulier des gouttes sur la vitre avait quelque chose d’apaisant.
Les études, ça allait. Il attaquait à vingt-huit ans sa première année en école d’ingénieurs. Il avait toujours adoré les chiffres. Ses parents, tous deux comptables, habitaient Árbaer, plus près du centre-ville. Ils ne s’étaient jamais bien entendus, et il avait fini par rompre complètement toute relation avec eux : son style de vie semblait incompatible avec leur idée de la réussite. Ils avaient fait de leur mieux pour l’orienter vers la comptabilité lui aussi, mais en vain – il avait choisi une autre voie.
Il n’avait même pas jugé nécessaire d’aviser ses parents qu’il était enfin entré à l’université. Il tentait de se concentrer sur ses études, même si en ce moment ses pensées s’échappaient du côté des Westfjords. Il partageait là-bas un petit bateau avec des amis et attendait les beaux jours avec impatience. Il était si facile de tout oublier en mer, les bonheurs comme les soucis. Le bercement des flots apaisait son stress et le calme parfait des eaux libérait son esprit. Dès la fin du mois, il prendrait la route vers l’ouest pour préparer le bateau. Pour ses amis, ce voyage au milieu des fjords s’apparentait à une immense beuverie. Pas pour Róbert. Voilà deux ans qu’il était sobre – il était devenu vital pour lui de mettre un terme à la période d’abus qui avait commencé ce fameux jour, il y a huit ans.
C’était une belle journée. Pas un souffle de vent par cette chaleur d’été, et le public était venu en nombre. Ils s’orientaient vers une victoire sur l’équipe adverse, moins convaincante. Róbert pourrait bientôt s’entraîner avec l’équipe nationale junior, et, pourquoi pas, intégrer à l’essai une équipe norvégienne de haut niveau quelques mois plus tard. Selon son agent, certains clubs anglais s’intéressaient de près à lui. Son père n’était pas peu fier. Malgré un niveau correct, il n’avait jamais lui-même accédé au statut de footballeur professionnel. Mais les temps avaient changé, de nouvelles chances s’ouvraient désormais.
Il ne restait plus que cinq minutes à jouer au moment où Róbert prit la passe. Il traversa la ligne de défense et arriva devant la cage. Une fois de plus, le gardien de but n’en menait pas large. Ils allaient remporter le match cinq à zéro.
Le tacle le prit par surprise. Sa jambe se brisa en trois endroits. Il entendit le craquement de l’os et sentit une douleur intense l’envahir. Tétanisé, il constata qu’il avait une fracture ouverte.

Déjà lu du même auteur :

131349_couverture_Hres_0 Snjór 114926779 Mörk 51JJg1VQLwL Nátt

Ordre de publication original de la série Dark Iceland :
Fölsk nóta (2009)*

Snjóblinda (Snowblind) – 2010, publié en français sous le titre Snjór en 2016
Myrknætti (Blackout) – 2011, publié en français sous le titre Nátt en 2018
Rof (Rupture) – 2012, publié en français sous le titre Sótt en 2018
Andköf (Whiteout) – 2013
Náttblinda (Nightblind) – 2014, publié en français sous le titre Mörk en 2017

* C’est le premier roman mettant en vedette Ari Thór Arason, en tant que jeune étudiant en théologie à la recherche de son père disparu. Il ne se passe pas à Siglufjördur.
Il n’a pas été traduit en anglais.

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Passage des ombres – Arnaldur Indridason

Lu en partenariat avec Audiolib

9782367627595-001-T Audiolib – octobre 2018 – 8h27 – Lu par Philippe Résimont

traduit de l’islandais par Eric Boury

Titre original : Skuggasund, 2013

Quatrième de couverture :
Un vieil homme solitaire est retrouvé mort dans son lit. Il semble avoir été étouffé sous son oreiller. Dans ses tiroirs, des coupures de presse sur la découverte du corps d’une jeune couturière dans le passage des Ombres en 1944, pendant l’occupation américaine. Pourquoi cet ancien crime refait-il surface après tout ce temps ? La police a-t-elle arrêté un innocent ? Soixante ans plus tard, l’ex-inspecteur Konrad décide de mener une double enquête. Jumeau littéraire d’Erlendur, il a grandi en ville, dans ce quartier des Ombres si mal famé, avec un père escroc, vraie brute et faux spirite. Il découvre que l’Islande de la « situation » n’est pas tendre avec les jeunes filles, trompées, abusées, abandonnées, à qui on souffle parfois, une fois l’affaire consommée, « Tu diras que c’était les elfes ».
Un polar prenant qui mêle avec brio deux époques et deux enquêtes dans un vertigineux jeu de miroirs. Où l’on découvre que les elfes n’ont peut-être pas tous les torts et que les fééries islandaises ont bon dos…

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavik en 1961. Diplômé en Histoire, il est journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs couronnés de nombreux prix prestigieux, publiés dans trente-sept pays.

Lecteur : Philippe Résimont brûle les planches depuis plus de vingt ans dans des registres très différents (Cyrano de Bergerac, Le Misanthrope, Ladies Night, Littoral). Il participe également à quelques aventures cinématographiques (Les convoyeurs attendent, Maternelle, Une nuit).

Mon avis : (écouté en novembre 2018)
J’ai accepté de recevoir ce livre audio pour l’épisode 3 de la Trilogie des Ombres sans avoir lu les deux épisodes précédents… Cela ne m’a pas gênée dans ma lecture.
De nos jours, un vieux monsieur est retrouvé mort dans son lit. Lors de l’autopsie le médecin constate que la mort n’est pas naturelle et que l’homme a été étouffé avec un oreiller. La police est surpris également de trouver dans l’appartement, des vieux articles de presse concernant le meurtre d’une jeune fille, en 1944.

Konrad, policier en retraite, va mener cette double enquête concernant des faits ayant eu lieu avec près de soixante-dix ans d’écart.
En 1944, les troupes américaines sont installées en Islande. Le corps d’une jeune fille, Rosamunda, a été trouvé derrière le Théâtre National à Reykjavik.
Les deux enquêteurs Flovent et Thorson, vont assez rapidement trouver un coupable idéal pour ce meurtre. Et pourtant, cette enquête leur laissera un goût d’inachevée…
La grande Histoire et l’histoire intime de l’Islande se mêle adroitement, on découvre la condition féminine de l’époque, ce pays à la situation stratégique occupée par les Américains sans oublier les croyances et les légendes populaires islandaises…
Cela m’a donnée vraiment envie de découvrir les deux premiers tomes de la Trilogie !
Merci Pauline et Audiolib pour cette belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Les policiers firent venir un serrurier plutôt que de défoncer la porte. Quelques minutes de plus ou de moins ne changeaient pas grand-chose.
Au lieu d’appeler la Centrale d’urgence, la voisine s’était directement adressée au commissariat principal. Le standard l’avait mise en relation avec un policier à qui elle avait expliqué qu’elle n’avait pas vu l’homme qui occupait le logement à côté de chez elle depuis plusieurs jours.
– Il passe parfois chez moi quand il revient de faire ses courses. Normalement, je l’entends marcher dans son appartement et je le vois de ma fenêtre quand il descend au magasin. Et là, je ne l’ai ni vu ni entendu depuis un moment.
– Il est peut-être parti en voyage ?
– En voyage ? Il ne quitte jamais Reykjavík.
– Et qui vous dit qu’il n’est pas allé dans sa famille ou chez des amis ?
– Je ne crois pas qu’il ait beaucoup d’amis, et il ne m’a jamais parlé de sa famille.
– Quel âge a-t-il ?
– Plus de quatre-vingt-dix ans, mais il est robuste et complètement autonome.
– On a pu l’hospitaliser ?
– Non… je m’en serais rendu compte. Je suis sa voisine.
– Il est peut-être parti en maison de retraite. À son âge…
– Je… Vous avez de ces questions ! Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Tout le monde n’a pas envie d’aller en maison de retraite. Et il est en très bonne santé.
– Merci de nous avoir prévenus, je vous envoie quelqu’un.
Les deux policiers patientaient devant la porte du vieil homme en compagnie de sa voisine Birgitta. Le premier avait une énorme bedaine et le second, beaucoup plus jeune, était si maigre qu’il flottait dans son uniforme. Tous deux formaient un couple un peu comique. Plus expérimenté, le plus âgé avait souvent dû faire appel à un serrurier pour pénétrer chez des gens. La police devait régulièrement s’assurer que tout allait bien chez des gens qui n’avaient pas de famille et avaient échappé à la vigilance des services sociaux. Omar, le serrurier, cousin du policier obèse, ouvrait les portes en un tournemain.
Ils se donnèrent l’accolade quand ce dernier arriva. Omar força sans difficulté la serrure.

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Déjà lu du même auteur :

la_cit__des_jarres La Cité des jarres  la_femme_en_vert La Femme en vert

la_voix La Voix l_homme_du_lac L’Homme du lac hiver_arctique Hiver Arctique

hypothermie Hypothermie la_rivi_re_noire La rivière noire betty Bettý

la_muraille_de_lave La muraille de lave etranges_rivages Etranges rivages

91768788 La cité des jarres 95359847 Le Duel

105501958 Les nuits de Reykjavik 110108840 Le lagon noir

9782367623085-001-X Opération Napoléon

Nátt – Ragnar Jónasson

51JJg1VQLwL La Martinière – mars 2018 – 352 pages

traduit de la version anglaise, d’après l’islandais par Philippe Reilly

Titre original : Myrknætti, 2011

Quatrième de couverture :
En Islande, les fjords et les volcans dissimulent des secrets macabres. Une seule règle : ne pas se fier aux apparences.
C’est l’été à Siglufjördur. Le climat de ce village du nord de l’Islande est si rude que le jeune policier Ari Thór voit arriver avec soulagement cette saison où le soleil brille à toute heure du jour et de la nuit. Mais le répit est de courte durée. Un homme battu à mort est découvert sur les bords d’un fjord tranquille. Une jeune journaliste vient fouiner d’un peu trop près. Que cherche-t-elle à découvrir ? Ou à étouffer ?
Surtout, l’éruption spectaculaire de l’Eyjafjallajökull recouvre peu à peu toute l’Islande d’un épais nuage de cendres. Cette étrange  » nuit  » – nátt, en islandais – fait remonter les secrets les plus enfouis. Personne ne sera épargné. Pas même Ari Thór, qui doit pourtant boucler son enquête au plus vite, s’il veut éviter de nouveaux crimes.

Auteur : Ragnar Jónasson est né à Reykjavik en 1976. Ses grands-parents sont originaires de Siglufjördur, la ville où se déroule Snjór. Grand lecteur d’Agatha Christie dès son plus jeune âge – et plus tard de P.D. James ou Peter May –, il entreprend la traduction, à 17 ans, de quatorze de ses romans en islandais. Avocat et professeur de droit à l’Université de Reykjavik, il est aussi écrivain et le cofondateur du Festival international de romans policiers « Iceland Noir « .

Mon avis : (lu en mars 2018)
En préambule, l’éditeur nous précise que les événements de Nátt se situent un peu après Snjór, premier volume de la série des enquêtes d’Ari Thór, et un peu avant Mörk, le deuxième volume. C’est vrai en France, car en regardant les dates de parutions en Islande de cette série, les trois histoires sont parus chronologiquement : Snjór (2010), Nátt (2011) et Mörk (2015)… Encore une bizarrerie d’éditeur de nous traduire les livres dans l’ordre 1, 3 et 2 !
Le titre de l’édition française, Nátt signifie nuit en islandais, le titre original islandais est Myrknætti, c’est à dire nuit noire.
L’histoire se passe en été, et à cette saison, à Siglufjördur, dans le nord de l’Islande, le soleil brille jour et nuit, alors que l’été arctique sur Reykajvik est perturbée par une récente éruption volcanique.
Un homme sauvagement battu à mort est découvert par un touriste américain.
Une jeune journaliste quitte Reykajvik pour venir enquêter par elle-même sur ce meurtre.
Dans le commissariat de Siglufjördur, Tómas est triste car sa femme est partie à Reykjavík, Ari Thór est célibataire depuis qu’il a avoué à Kristín qu’il l’avait trompé avec Ugla, sa voisine prof de piano et pour compléter le tableau Hlynur est perturbé par la réception d’e-mails plutôt inquiétants… Hésitant à quitter le métier, Tómas fait confiance à Ari Thór pour mener l’enquête.
Une enquête qui va s’avérer plus complexe qu’elle en a l’air, ainsi il est questions de non-dits et d’histoires du passé… Fausses pistes, rebondissements peu à peu le lecteur reconstitue le puzzle de l’intrigue.
J’ai toujours plaisir à retrouver cette série (même dans le désordre…) et les beaux espaces du nord de l’Islande !

Extrait : (début du livre)
Ça vous plaît, l’Islande ?
Depuis son arrivée dans l’île, tout le monde lui posait cette question.

La belle aurore de juin annonçait une journée prometteuse. Non qu’il y ait une différence très nette entre le matin et le soir : à cette période de l’année, le soleil brillait pratiquement sans interruption, jetant sa lumière aveuglante partout où Evan Fein portait le regard.
Étudiant en histoire de l’art, originaire de l’Ohio, il se préparait depuis longtemps à découvrir cette île aux confins du monde habitable. Et il s’y trouvait enfin. Peu avant son arrivée, les Islandais avaient eu droit à deux éruptions volcaniques consécutives, comme si la Nature avait concentré toute son énergie pour ajouter au désastre du crash financier. L’activité du volcan s’était, depuis, quelque peu apaisée ; Evan n’avait pas assisté au plus fort du spectacle.
Il avait commencé par quelques jours à Reykjavík et dans ses environs pour admirer les sites touristiques incontournables, puis loué une voiture et pris la route du Nord. Après une nuit passée dans un camping de Blönduós, il partit de bonne heure en direction de Skagafjördur. La voiture était équipée d’un lecteur CD, il y glissa l’album de vieilles ballades islandaises qu’il venait d’acheter. Cette musique lui plaisait, même s’il ne comprenait pas les paroles. Il se sentait heureux, ainsi immergé dans la culture du pays qu’il explorait comme un vrai baroudeur.
Il s’engagea sur la route sinueuse de Thverárfall qu’il quitta juste avant la ville de Saudárkrókur, sur le versant le plus lointain de la péninsule. Il avait envie de jeter un coup d’œil à la source de Grettir, ce bain chaud ancestral entouré d’un muret de pierre, censée, se situer dans les environs, non loin de la côte. Roulant au pas sur la piste cahoteuse, il se demanda s’il ne perdait pas son temps à essayer de le localiser. Toutefois, l’idée de se détendre un peu dans l’eau fumante tout en savourant la beauté du paysage et la tranquillité du matin était séduisante. Il continua d’avancer lentement, dispersant sur son passage les troupeaux de moutons, mais les sources demeuraient introuvables. Il avait dû rater un embranchement. Chaque fois qu’il passait devant une ferme, il scrutait le paysage pour repérer l’accès aux sources – au fond d’un champ, en contrebas d’un virage, le long d’un chemin de terre… Avait-il roulé trop longtemps ?
Enfin, il avisa une jolie maison en bordure de route qui, vue de plus près, paraissait inachevée. Une camionnette grise était garée juste devant. Evan se rangea le long du chemin. Et sursauta.

Déjà lu du même auteur :

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Petit bac 2018Mot unique (2)

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Quand sort la recluse – Fred Vargas

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Audiolib – novembre 2017 – 11h54 – Lu par Thierry Jansen

Quatrième de couverture :
– Trois morts, c’est exact, dit Danglard. Mais cela regarde les médecins, les épidémiologistes, les zoologues. Nous, en aucun cas. Ce n’est pas de notre compétence.
– Ce qu’il serait bon de vérifier, dit Adamsberg. J’ai donc rendez-vous demain au Muséum d’Histoire naturelle.
– Je ne veux pas y croire, je ne veux pas y croire. Revenez-nous, commissaire. Bon sang mais dans quelles brumes avez-vous perdu la vue?
– Je vois très bien dans les brumes, dit Adamsberg un peu sèchement, en posant ses deux mains à plat sur la table. Je vais donc être net. Je crois que ces trois hommes ont été assassinés.
– Assassinés, répéta le commandant Danglard. Par l’araignée recluse ?

Auteur : Fred Vargas est née en 1957. Médiéviste et titulaire d’un doctorat d’Histoire, elle est chercheur en Histoire et Archéologie au CNRS. La quasi-totalité de son œuvre – les « rompols » comme elle appelle ses textes policiers – est publiée aux Éditions Viviane Hamy. Primés à plusieurs reprises, adaptés au cinéma – Pars vite et reviens tard – et à la télévision, traduits dans plus de 40 langues, ses livres sont des best-sellers en France comme en Allemagne et en Italie.
Lecteur : Comédien, auteur et metteur en scène formé au clown et à la commedia dell’arte, Thierry Janssen a travaillé entre autres avec Carlo Boso et Franco Dragone. Il a déjà enregistré pour Audiolib, notamment, Pars vite et reviens tard, Dans les bois éternels, Temps glaciaires de Fred Vargas, pour lequel il a obtenu prix du livre audio France Culture / Lire dans le noir.

Mon avis : (relu en audio en janvier 2018)
J’ai beaucoup aimé cette nouvelle enquête du commissaire Adamsberg où j’ai retrouvé l’esprit et le rythme de ses premières enquêtes !
J’ai découvert l’existence de cette araignée : la Loxosceles reclusa, « recluse brune » ou « araignée violoniste » dont la morsure peut provoquer la nécrose des tissus touchés et des infections. Une arme vraiment originale !
Adamsberg est intrigué par la mort de plusieurs hommes, dans le sud-est de la France, mordus par cette petite araignée. Dès le  début, il a l’intuition que ces morts sont suspects, car cette araignée n’est pas de nature agressive et un spécialiste du Muséum National d’Histoire Naturelle confirmera que pour injecter une dose de poison suffisant pour tuer, il faudrait vingt-deux recluses, très énervées et qui déchargent en même temps leur venin sur leur proie, c’est donc hautement improbable !
Danglard, le fidèle second du commissaire, a dans cette enquête un comportement bizarre, il fait tout pour dissuader Adamsberg de se lancer dans l’enquête, il cherche même à diviser l’équipe… C’est donc Veyrenc, le Béarnais, qui jouera le rôle de second et sans oublier l’aide de la fidèle Retancourt, de Froissy, de Voisenet que le commissaire mènera cette enquête jusqu’au bout…
L’intrigue est vraiment bien construite, on ne lâche pas son livre et c’est également un vrai plaisir de retrouver tous les personnages emblématiques de l’équipe d’Adamsberg ! J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à écouter ce roman policier et le coup de cœur s’est confirmé !
Je regrette une seule chose sur ce livre audio, c’est l’absence d’un entretien avec l’auteure, sa parole est si rare ! Dommage.
Merci Pauline et les éditions Audiolib pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
Adamsberg, assis sur un rocher de la jetée du port, regardait les marins de Grimsey rentrer de la pêche quotidienne, amarrer, soulever les filets. Ici, sur cette petite île islandaise, on l’appelait « Berg ». Vent du large, onze degrés, soleil brouillé et puanteur des déchets de poisson. Il avait oublié qu’il y a un temps, il était commissaire, à la tête des vingt-sept agents de la Brigade criminelle de Paris, 13e arrondissement. Son téléphone était tombé dans les excréments d’une brebis et la bête l’y avait enfoncé d’un coup de sabot précis, sans agressivité. Ce qui était une manière inédite de perdre son portable, et Adamsberg l’avait appréciée à sa juste valeur.
Gunnlaugur, le propriétaire de la petite auberge, arrivait lui aussi au port, prêt à choisir les meilleures pièces pour le repas du soir. Souriant, Adamsberg lui adressa un signe. Mais Gunnlaugur n’avait pas sa tête des bons jours. Il vint droit vers lui, négligeant le début de la criée, sourcils blonds froncés, et lui tendit un message.
— Fyrir þig, dit-il en le montrant du doigt. [Pour toi.]
— Ég ? [Moi ?]
Adamsberg, incapable de mémoriser les rudiments les plus enfantins d’une langue étrangère, avait acquis ici, inexplicablement, un bagage d’environ soixante-dix mots, le tout en dix-sept jours. On s’exprimait avec lui le plus simplement possible, avec force gestes.
De Paris, ce papier venait de Paris, forcément. On le rappelait là-bas, forcément. Il ressentit une triste rage et secoua la tête en signe de refus, tournant son visage vers la mer. Gunnlaugur insista en dépliant le feuillet puis en le lui glissant entre les doigts.

Femme écrasée. Un mari, un amant. Pas si simple. Présence souhaitée. Informations suivent.

Adamsberg baissa la tête, sa main s’ouvrit et laissa filer la feuille au vent. Paris ? Comment cela, Paris ? Où était-ce, Paris ?
— Dauður maður ? demanda Gunnlaugur. [Un mort ?]
— . [Oui.]
— Ertu að fara, Berg ? Ertu að fara ? [Tu pars, Berg ? Tu pars ?]
Adamsberg se redressa pesamment, leva le regard vers le soleil blanc.
— Nei, dit-il. [Non.]
— , Berg, soupira Gunnlaugur. [Si, Berg.]
— , admit Adamsberg. [Oui.]
Gunnlaugur lui secoua l’épaule, l’entraînant avec lui.
— Drekka, borða, dit-il. [Boire, manger.]
— Já. [Oui.]

Le choc des roues de l’avion sur le tarmac de Roissy-Charles de Gaulle lui déclencha une migraine subite, telle qu’il n’en avait pas connu depuis des années, en même temps qu’il lui semblait qu’on le rouait de coups. C’était le retour, l’attaque de Paris, la grande ville de pierre. À moins que ce ne fussent les verres avalés la veille pour honorer son départ, là-bas, à l’auberge. Ils étaient pourtant bien petits, ces verres. Mais nombreux. Et c’était le dernier soir. Et c’était du brennívin.
Un regard furtif par le hublot. Ne pas descendre, ne pas y aller.
Il y était déjà. Présence souhaitée.

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