Le mur des silences – Arnaldur Indridason

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Anne-Marie Métailié – février 2022 – 336 pages

traduit de l’islandais par Eric Boury

Titre original : Þagnarmúr, 2020

Quatrième de couverture :
Dans une vieille maison, dans laquelle toutes les femmes qui y ont vécu se sont senties oppressées sans raison, un mur de la cave s’effondre et on trouve un corps.
Konrad, très intrigué par ce cadavre inconnu, enquête et fait resurgir des affaires traitées dans ses trois romans précédents. Par ailleurs, il presse la police d’élucider le meurtre de son père mais il a oublié qu’à l’époque il avait menti et se retrouve inculpé. Toujours dans une ambiance à la Simenon et avec un Konrad très ambigu, moyennement sympathique et noyé dans l’alcool.
Le Mur des silences est un beau roman noir sur la violence familiale, la vulnérabilité, les sacrifices et l’impunité, dans lequel les coldcases ressurgissent toujours.

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavík en 1961. Diplômé en histoire, il est journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs couronnés de nombreux prix prestigieux, traduits dans 40 langues et vendus à plus de 13 millions d’exemplaires.

Mon avis : (lu en juillet 2022)
C’est la quatrième enquête de Konrad, le nouveau personnage d’Arnaldur Indridason. En écrivant ce billet, je m’aperçois que je n’ai pas lu la troisième enquête… Je me rattraperai ultérieurement.
Tout commence avec la découverte macabre d’un corps emmuré depuis longtemps dans une maison. Certains anciens occupants de cette maison ne s’y étaient jamais sentis à l’aise sans en comprendre la raison.
Nous retrouvons Konrad, policier à la retraite et veuf. Il se questionne toujours sur les circonstances de l’assassinat de son père et plus de trente ans après, il enquête toujours pour résoudre cet affaire.
En parallèle, le lecteur suit l’histoire d’Elisa, une femme battue par un mari qui exerce également une grande emprise sur elle. Au fil des pages, le lecteur va découvrir que cette histoire se déroule dans le passé et qu’indirectement, elle a un lien avec le père de Konrad…
Je n’en dirai pas plus pour ne rien divulgâcher.
J’ai toujours autant de plaisir à lire du Arnaldur Indridason pour découvrir l’Islande à travers des sujets malheureusement toujours actuels.

Extrait : (début du livre)
Peu après être entrée dans la maison, Eyglo avait vite ressenti le malaise évoqué par la femme.
Il arrivait régulièrement que des gens l’appellent en lui demandant de venir chez eux parce qu’ils souffraient d’angoisses inexplicables. Certains cherchaient à entrer en contact avec leurs proches défunts et parlaient de bruits inquiétants. Eyglo refusait de participer à ces chasses aux fantômes, à quelques rares exceptions près, et elle avait réussi à se débarrasser de cette femme au téléphone quelques jours plus tôt en lui notifiant une fin de non recevoir assez ferme. Son répit avait été de courte durée.
Deux jours plus tard, par une soirée d’automne, une quinquagénaire qu’elle n’avait jamais vue était venue sonner à sa porte. Juchée en haut des marches, sous une pluie diluvienne et souriant d’un air embarrassé, elle avait avoué être la personne qui l’avait appelée récemment pour lui parler de sa maison. Elle s’était empressée d’ajouter qu’elle ne venait pas lui demander d’organiser une séance de spiritisme ou quoi que ce soit de ce genre, mais souhaitait uniquement qu’elle l’accompagne chez elle pour faire le tour de la maison et lui dire si, elle aussi, elle percevait quelque chose susceptible d’expliquer l’anxiété et le trouble qu’elle ressentait depuis qu’elle avait emménagé, une peur et une appréhension lancinantes qu’elle n’avait jusque-là jamais éprouvées.
Ne voulant pas laisser l’inconnue sous la pluie battante, Eyglo l’avait invitée à rentrer s’abriter à l’intérieur.
– Je sais que les fantômes n’existent pas, avait repris la femme en refusant de s’aventurer au-delà du vestibule, mais il y a dans cette maison quelque chose qui ne va pas. Oui… il y a quelque chose. J’en suis persuadée et j’aimerais savoir si vous le percevez aussi. Pardonnez-moi… mon Dieu, j’ai l’impression de devenir folle.
Eyglo l’avait invitée à s’asseoir sur la chaise dans l’entrée. Son interlocutrice s’était adressée à la Société islandaise de spiritisme et Malfridur, une amie d’Eyglo, lui avait suggéré de la contacter car personne n’était mieux placé qu’elle pour l’aider même si elle se montrait souvent assez réticente. Ce n’était pas la première fois que Malfridur lui envoyait des gens sans son accord alors qu’elle lui avait maintes fois répété vouloir cesser toute activité liée à la voyance, mais Malfridur ne l’écoutait pas.

Déjà lu du même auteur :

la_cit__des_jarres La Cité des jarres  la_femme_en_vert La Femme en vert

la_voix La Voix l_homme_du_lac L’Homme du lac hiver_arctique Hiver Arctique

hypothermie Hypothermie la_rivi_re_noire La rivière noire betty Bettý

la_muraille_de_lave La muraille de lave etranges_rivages Étranges rivages

91768788 La cité des jarres 95359847 Le Duel

105501958 Les nuits de Reykjavik 110108840 Le lagon noir

9782367623085-001-X Opération Napoléon 9782367627595-001-T Passage des ombres

71UbDwTos8L Ce que savait la nuit 61YQz30gvAL Les roses de la nuit  Les fantômes de Reykjavik

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Dix âmes, pas plus – Ragnar Jónasson

91uYpniw9AL La Martinière – janvier 2022 – 352 pages

traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün

Titre original : Þorpið, 2019

Quatrième de couverture :
Recherche professeur au bout du monde. Voici une petite annonce qui découragerait toute personne saine d’esprit. Pas Una. La jeune femme quitte Reykjavík pour Skálar, l’un des villages les plus reculés d’Islande, qui ne compte que dix habitants. Malgré l’hostilité des villageois. Malgré l’isolement vertigineux.
Là-bas, Una entend des voix et le son fantomatique d’une berceuse. Et bientôt, une mort brutale survient. Quels secrets cache ce village ? Jusqu’où iront ses habitants pour les protéger ?

Auteur : Ragnar Jónasson est né à Reykjavík en 1976. Grand lecteur d’Agatha Christie, il entreprend, à dix-sept ans, la traduction de ses romans en islandais. Découvert par l’agent d’Henning Mankell, Ragnar a accédé en quelques années au rang des plus grands auteurs de polars internationaux. La Dernière Tempête clôt la trilogie  » La Dame de Reykjavík « , mettant en scène l’enquêtrice Hulda Hermansdóttir à plusieurs âges de sa vie, en remontant le temps. Ce dernier volet se déroule 25 ans avant La Dame de Reykjavík et 10 ans avant L’Île au secret. Les œuvres de Ragnar sont traduites dans une trentaine de pays.

Mon avis : (lu en février 2022)
« Recherche enseignant au bout du monde », sur un coup de tête Una décide de répondre à cette petite annonce peu commune. Sa vie à Reykjavík ne lui convient plus, elle imagine que cette aventure pourrait lui faire le plus grand bien… Ce bout du monde c’est Skálar, un village situé à l’extrémité nord-est de l’Islande, sur la pénincule de Langanes, à huit heures de route de Reykjavík. Un hameau de dix âmes pas plus et parmi eux, deux jeunes élèves : Eda et Kolbrun. Una va loger chez Salka, qui élève seule sa fille Eda.
L’accueil à Skálar est assez froid, les gens sont le plus souvent gentils mais gardent leur distance vis à vis de la nouvelle arrivée. Dès les premières heures, Una ressent un malaise, chacun de ses gestes sont épiés, ses nuits sont hantées par le fantôme d’une petite fille… En plus des conditions météorologiques rudes et hostiles, l’atmosphère du village est oppressante, secrète car toute la petite communauté reste unie et fermée aux étrangers.
Dans cette histoire, il faut attendre près de la moitié du livre avant qu’un évènement dramatique arrive et Una va se mette à poser des questions, trop de questions ?
Ce huis clos est inégal, j’ai aimé les descriptions de la nature, de l’atmosphère de ce long hiver islandais. Mais l’intrigue n’est pas aussi palpitante que d’habitude, et j’ai été un peu perdu par les passages en italique qui relate des évènements du passé. La description du village et de chacun des habitants manque de profondeur. Je suis un peu déçue.

Extrait : (début du livre)
Una se réveilla en sursaut.
Elle ouvrit les yeux. Plongée dans l’obscurité, elle ne voyait rien. Incapable de se rappeler où elle se trouvait, elle avait la sensation d’être perdue, allongée sur un lit inconnu. Son corps se raidit dans un soudain accès de panique. Elle frissonna, puis comprit qu’elle avait jeté sa couette par terre dans son sommeil. Il faisait un froid glacial dans la chambre. Elle se redressa doucement. Prise d’un léger vertige, elle se ressaisit rapidement et se souvint tout à coup d’où elle était.
Le village de Skálar, sur la péninsule de Langanes. Seule, abandonnée dans son petit appartement sous les combles.
Et elle savait ce qui l’avait réveillée. Enfin, elle croyait savoir… Avec ses sens encore engourdis, difficile de distinguer le rêve de la réalité. Elle avait entendu du bruit, un étrange son. Tandis que sa conscience s’éclaircissait, la peau de ses bras se couvrit de chair de poule.
Une fillette, oui, c’était ça, à présent cela lui revenait très nettement : une petite fille qui chantait une berceuse.
N’y tenant plus, elle s’extirpa du lit, tâtonna dans les ténèbres à la recherche de l’interrupteur du plafonnier.Complètement aveugle, elle pesta de ne pas avoir de lampe de chevet. Pourtant, elle hésitait encore à allumer ; l’obscurité avait quelque chose de sécurisant.
La voix de la petite fille résonna de nouveau dans sa tête, fredonnant cette berceuse qui ne lui laissait qu’un souvenir flou. Il devait s’agir d’un rêve, bien sûr, mais cela lui avait semblé si réel.
Un grand fracas déchira le silence. Retenant un cri, elle perdit l’équilibre. Bon sang, que se passait-il ? Envahie d’une vive douleur, elle comprit qu’elle avait marché sur le verre de vin rouge abandonné par terre la veille au soir. Elle passa la main sous son pied ; un tesson s’était fiché dans sa peau, et un filet de sang chaud s’échappait de la plaie. Elle tira prudemment sur le bout de verre en serrant les dents.

Déjà lu du même auteur :

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Vík 61SOhjLqcBL Sigló 61vr1ntPaLL La dernière tempête

Petit bac 2022
(1) Chiffre

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Ör – Auður Ava Ólafsdóttir

516j19nSWIL Zulma – octobre 2017 – 240 pages

traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson

Prix Médicis étranger 2019

Titre original : Ör, 2016

Quatrième de couverture :
Se décrivant lui-même comme un « homme de quarante-neuf ans, divorcé, hétérosexuel, sans envergure, qui n’a pas tenu dans ses bras de corps féminin nu – en tout cas pas délibérément – depuis huit ans et cinq mois », Jónas Ebeneser n’a qu’une passion : restaurer, retaper, réparer. Mais le bricoleur est en crise et la crise est profonde. Et guère de réconfort à attendre des trois Guðrún de sa vie – son ex-femme, un joli accident de jeunesse, sa fille, spécialiste volage de l’écosystème des océans, et sa propre mère, ancienne prof de maths à l’esprit égaré, collectionneuse des données chiffrées de toutes les guerres du monde… Doit-il se faire tatouer une aile de rapace sur l’omoplate ou carrément emprunter le fusil de chasse de son voisin pour en finir à la date de son choix ? Autant se mettre en route pour un voyage sans retour à destination d’un pays abîmé par la guerre, avec sa caisse à outils pour tout bagage et sa perceuse en bandoulière. Ör (« Cicatrices ») est le roman poétique et profond, drôle, délicat, d’un homme qui s’en va – en quête de réparation.

Auteure : Explorant avec grâce les troublantes drôleries de l’inconstance humaine, Auður Ava Ólafsdóttir poursuit, d’un roman à l’autre, une œuvre d’une grande finesse. Ör, encensé par la presse lors de sa parution en novembre 2016, lauréat du Prix des Libraires islandais, est un tourbillon de charme, d’humour et d’humanité, qui a également valu à son auteur l’Íslensku bókmenntaverðlaunin, le plus prestigieux prix littéraire d’Islande. Auður Ava Ólafsdóttir vit à Reykjavík.

Mon avis : (lu en janvier 2022)
Jonas, 49 ans, est un homme silencieux, très grand bricoleur. Divorcé, il vient de découvrir que sa fille n’est pas tout à fait sa fille, sa mère, ancienne professeur de maths, n’a plus tout à fait sa tête séjourne dans une maison de retraite. Jonas
se sent très seul et ne voit plus aucune raison de vivre… Il essaye d’emprunter le fusil de son voisin pour en finir, mais ne voulant pas traumatiser le proche qui le retrouverai, il change de plan. Il décide de quitter l’Islande pour un pays détruit par la guerre, il fait la réservation d’une chambre d’hôtel pour une semaine pour disparaître là-bas. Il part donc avec presque rien comme bagage emportant malgré tout sa caisse à outils pour pouvoir éventuellement installer un crochet solide…
Mais rien ne va se passer comme Jonas l’a imaginé. Là-bas, il réalise que son désespoir est dérisoire et ridicule face aux blessures visibles et invisibles des survivants de ce pays ravagé… Ses talents de bricoleur sont précieux là où tout est en ruines et où tout manque. Entre bricolage et rencontres, Jonas va peu à peu se rendre utile, trouver sa place et se remettre à vivre.
Un roman touchant, plein de poésie et de sensibilité.

L’auteure de Rosa Candida contemple avec poésie et sensibilité la difficulté d’être un homme aujourd’hui, remettant en question la souffrance et le sens du bonheur dans des sociétés où, en théorie, on ne manque de rien d’autre qu’un peu d’amour quelquefois.
Un merveilleux roman où chaque phrase engage la réflexion.

Extrait : (début du livre)
31 MAI
Je sais bien que j’ai l’air ridicule, tout nu, mais je me déshabille quand même. J’enlève d’abord mon pantalon et mes chaussettes, puis je déboutonne ma chemise, laissant apparaître un nymphéa d’un blanc éclatant sur ma chair rose, sur le côté gauche de la cage thoracique, à une demi-lame de couteau du muscle qui pompe huit mille litres de sang par jour, je termine par mon caleçon. Dans cet ordre. Ça ne prend pas longtemps. Me voilà nu, debout sur le parquet, devant la femme, tel que Dieu m’a fait, avec quarante-neuf ans et six jours de plus. Non que mes pensées aillent vers Dieu en cet instant précis. Il y a encore trois lattes de parquet entre elle et moi, du pin rouge de la forêt environnante, laquelle est parsemée de mines explosives. Chaque planche mesure dans les trente centimètres de large, sans compter les interstices, je tends la main, tâtonnant dans sa direction comme un aveugle qui cherche des points de repère, j’approche le bout des doigts de l’enveloppe extérieure de son corps, la peau. Un rai de lune caresse son dos par la fente des rideaux. Elle fait un pas vers moi, j’avance sur une latte qui grince, tandis qu’elle aussi tend la main, ajuste sa paume contre ma paume, ligne de vie contre ligne de vie ; je sens aussitôt un afflux tumultueux dans ma carotide, une pulsation dans mes genoux et mes bras ; je sens le flot sanguin se répandre dans mes organes. Il y a du papier peint à motif de feuillage sur le mur au-dessus du lit de la chambre numéro onze de l’Hôtel Silence et je me dis que demain je poncerai le parquet avant de le cirer.

Déjà lu du même auteur : 

Rosa_candida Rosa Candida  l_embellie L’Embellie

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Islande

 

Les fantômes de Reykjavik – Arnaldur Indridason

 

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Anne-Marie Métailié – février 2020 – 320 pages

Points – mars 2021 – 384 pages

traduit de l’islandais par Eric Boury

Titre original : Stúlkan hjá brúnni, 2018

Quatrième de couverture :
Inquiets pour leur petite-fille dont ils savent qu’elle fait du trafic de drogue, un couple fait appel à Konrad, un policier à la retraite, car la jeune fille a disparu. Dans le même temps une amie de Konrad lui parle d’une petite fille retrouvée noyée dans l’étang devant le Parlement en 1947. Elle lui demande de l’aider car l’enfant hante ses rêves. Il découvre que l’enquête sur la mort de la petite fille a été menée en dépit du bon sens. Lorsqu’on trouve le cadavre de la jeune trafiquante, il met encore en doute les méthodes de la police.
Konrad mène les deux enquêtes de front. Il nous apparaît comme un personnage solide, têtu, coléreux et rompu, par son enfance auprès de son père, à toutes les ruses des voyous. Toujours aux prises avec son enquête sur l’assassinat de son propre père, il avance vers la vérité.
Dans une construction particulièrement brillante, Indridason crée un suspens et des attentes sur des plans différents et surprenants. Il captive le lecteur et le tient en haleine avec brio. On peut dans ce volume saluer la naissance d’un nouvel enquêteur attachant, sensible mais violent, n’hésitant pas à faire le coup de poing. Par ailleurs l’auteur nous introduit au merveilleux islandais très insolite et terre à terre.

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavík en 1961. Diplômé en histoire, il est journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs couronnés de nombreux prix prestigieux, traduits dans 40 langues et vendus à plus de 13 millions d’exemplaires.

Mon avis : (lu en mars 2021)
Après « Ce que savait la nuit », c’est la deuxième enquête de Konrad, le nouveau personnage d’Arnaldur Indridason. Konrad est un policier à la retraite ayant perdu son épouse Erna depuis quelques mois. Il est sollicité par un couple de grands-parents dont Danni, leur petite fille, a disparu. Konrad va assez vite la retrouver, malheureusement morte d’une overdose… La police, en la personne de Marta va mener l’enquête mais Konrad va également s’y intéresser…
En parallèle, Eyglo, une amie de Konrad un peu médium est bouleversée par la vision d’une fillette à la recherche de sa poupée… Konrad est peu sensible à ces histoires mais pour tranquilliser son amie, il se met à enquêter sur cette fillette qui s’était noyée dans les années soixante et dont l’enquête avait été bâclée… Ces enquêtes vont l’amener à se replonger également dans son propre passé, en particulier sur les activités sombres de son père.
Même si le héros est nouveau, lire du Arnaldur Indridason est toujours aussi plaisant pour découvrir l’Islande à travers des sujets malheureusement toujours actuels.

 

Extrait : (début du livre)
Le jeune homme avait descendu la rue Skothusvegur, s’était arrêté sur le pont qui enjambait le lac de Tjörnin et, penché par-dessus le garde-corps métallique, il avait aperçu la poupée dans l’eau.

Ce pont dessinait un arc élégant là où le lac rétrécissait avant de continuer vers le sud, jusqu’à Hljomskalagardur, le Parc du kiosque à musique. Le jeune homme se tenait au sommet de l’ouvrage. C’était le soir. Dans la rue pour ainsi dire déserte, une voiture passa au ralenti. Bientôt, les ronflements de son moteur venus troubler la quiétude vespérale s’évanouirent. Le flâneur crut apercevoir un homme rue Soleyjargata. Un autre, vêtu d’un chapeau et d’un imperméable, le dépassa en marchant d’un pas résolu, sans regarder à gauche ni à droite. Accoudé à la rambarde, le jeune homme contemplait le lac, la Maison de l’Industrie en arrière-plan, les bâtiments du centre et, à l’horizon, le mont Esja, rassurant et immuable dans le crépuscule. La lune flottait en surplomb, comme un conte de fées issu d’un monde lointain. C’est en baissant les yeux qu’il vit la poupée dans l’eau.
Cette vision éminemment poétique toucha la sensibilité du jeune écrivain. Il sortit de sa poche son petit calepin et le stylo-plume qu’il avait toujours sur lui et griffonna quelques mots sur la perte de l’innocence, la fragilité de l’enfance et l’eau, à la fois source de vie et force destructrice. Ce joli calepin recouvert de cuir noir et portant l’inscription 1961 en lettres dorées contenait les méditations d’un jeune homme qui souhaitait devenir poète et y mettait toute son âme. Ses tiroirs renfermaient déjà largement de quoi publier un recueil, mais il n’avait jusque-là pas eu le courage de montrer ses textes à un éditeur. Craignant surtout qu’on le juge trop durement et qu’on lui oppose un refus, il passait son temps à les peaufiner, y ajoutant toujours un petit quelque chose, comme il le faisait en ce moment-même pour ces lignes sur la vanité de la vie.
Il était persuadé qu’une petite fille avait laissé tomber sa poupée dans le lac et n’avait pas réussi à la récupérer. Cela aussi, il l’écrivit dans son calepin. Il s’efforçait de saisir la quiétude du soir, de mettre en mots les lumières qui se reflétaient sur le Tjörnin. Il regarda vers l’îlot pris d’assaut par les sternes arctiques. Elles étaient aussi silencieuses que le voile de nuit recouvrant la ville, griffonna-t-il. Il remplaça le mot nuit par soir, raya ce dernier mot, biffa le voile, essaya d’y substituer le mot rideau, ce vers ne lui convenait pas.
Il rangea son stylo-plume et son calepin dans la poche de sa veste et s’apprêta à reprendre sa route, mais il se ravisa et se dit qu’il allait tenter d’attraper la poupée pour la déposer sur le pont au cas où la pauvre gamine reviendrait chercher sa compagne de jeu. Il descendit jusqu’à la rive, tendit le bras, mais le jouet était trop loin du bord pour qu’il puisse l’atteindre. Il remonta sur le pont, fouilla du regard les environs en quête d’un objet qui pourrait lui servir de crochet, un bâton ou une branche, mais ne trouva rien.

Déjà lu du même auteur :

la_cit__des_jarres La Cité des jarres  la_femme_en_vert La Femme en vert

la_voix La Voix l_homme_du_lac L’Homme du lac hiver_arctique Hiver Arctique

hypothermie Hypothermie la_rivi_re_noire La rivière noire betty Bettý

la_muraille_de_lave La muraille de lave etranges_rivages Étranges rivages

91768788 La cité des jarres 95359847 Le Duel

105501958 Les nuits de Reykjavik 110108840 Le lagon noir

9782367623085-001-X Opération Napoléon 9782367627595-001-T Passage des ombres

71UbDwTos8L Ce que savait la nuit 61YQz30gvAL Les roses de la nuit

Petit Bac 2021(3) Lieu

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Sigló – Ragnar Jónasson

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61SOhjLqcBL La Martinière – septembre 2020 – 272 pages

traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün

Titre original : Vetrarmein, 2020

Quatrième de couverture :
À Siglufjördur,  » Sigló  » pour les plus connaisseurs, petit port de pêche au nord de l’Islande, les ténèbres hivernales se sont dissipées. La vie y est paisible. Mais quelques jours avant Pâques, Ari Thór, l’inspecteur de la police locale, est appelé au beau milieu de la nuit : le corps d’une adolescente a été retrouvé gisant dans la rue principale.
Un meurtre paraît peu plausible dans une bourgade aussi calme. Pourtant, non loin de là, dans une maison de retraite, un vieil homme sénile a écrit sur les murs de sa chambre : Elle a été tuée. Et s’il disait la vérité ?
Après plusieurs années passées à Sigló, l’inspecteur Ari Thór s’y sent toujours comme un étranger. Jongler avec son travail et sa vie de famille est un casse-tête. Mais l’enquête se complique, et le temps presse : une nouvelle tempête de neige pourrait bien paralyser toute la ville.

Auteur : Ragnar Jónasson est né à Reykjavik en 1976. Grand lecteur d’Agatha Christie, il entreprend, à dix-sept ans, la traduction de ses romans en islandais. Découvert par l’agent d’Henning Mankell, Ragnar a accédé en quelques années ans seulement au rang des plus grands auteurs de polars internationaux. Avec plus d’un million de lecteurs, la France occupe la première place parmi les trente pays où est Ragnar est traduit. En remerciement, l’auteur a écrit ce roman policier en avant-première mondiale pour son public français.

Mon avis : (lu en septembre 2020)
Pour remercier ces très nombreux lectrices et lecteurs français (plus d’un million), Ragnar Jónasson dédie ce nouveau roman policier de la série Ari Thór « A mes lecteurs français » et il est publié en avant-première mondiale en France… (deux mois avant sa sortie en Islande). Et pour la première fois, nous avons directement une traduction depuis l’islandais et non depuis la version anglaise… Et les anglophones auront cette fois-ci, une traduction de la version française !
« Sigló », c’est le petit nom ou l’abréviation de Siglufjördur, le petit port de pêche du nord de l’Islande où l’inspecteur Ari Thór est en poste depuis 7 années.
C’est lui qui a maintenant la responsabilité du poste de police, il est secondé par Ögmunður, un jeune policier.
Trois jours avant Pâques, le corps d’une jeune fille tombée d’un balcon est découvert  dans la rue principale. Tout semble penser qu’il s’agisse d’un accident ou un suicide, mais pour en être convaincu, Ari Thór ouvre une enquête et tente de mieux connaître la vie de la jeune fille pour comprendre la raison de ce geste ultime. D’autre part, le lendemain, Ari est appelé à la maison de retraite où l’un des pensionnaires, en apprenant l’accident de la jeune fille, a écrit sur le mur la phrase « Elle a été assassinée ». Le vieil homme n’a plus toute sa tête, mais sais-t-il vraiment quelque chose ? Ou c’est souvenir d’une tragédie plus ancienne qui le hante ? Beaucoup de questions auxqu’elles Ari Thór va devoir trouver des réponses…
Côté personnel, Ari Thór est séparé de sa femme, Kristín, qui vit maintenant en Suède avec leur petit garçon, Stefnir. A l’approche des fêtes de Pâques, tous deux viennent quelques jours à Siglufjörður. Ari serait bien tenté de réunir sa famille et pourquoi pas de reprendre une vie à trois… Mais durant l’enquête, il a repris contact avec Ugla, rencontrée et aimée lors de Snjór (premier livre de la série publié en France)… Des retrouvailles qui m’ont fait plaisir, Ugla étant un personnage que j’avais à l’époque beaucoup aimé.
Une enquête bien menée et plaisante à suivre.

Merci Babelio et les éditions de La Martinière pour cet épisode en avant-première mondiale !

Extrait : (début du livre)
– Police. Ari Thór Arason.
À l’autre bout du fil, un opérateur de la ligne d’urgence.
– On vient tout juste de nous appeler de Siglufjördur, vous êtes de garde ?

 L’été, la nuit se confondait avec le jour à Siglufjördur, les journées n’avaient ni début ni fin. C’était dans ces moments qu’Ari se sentait le mieux, comme si rien ne pouvait l’arrêter.
Puis venaient les ténèbres hivernales et la neige.
Ari avait tout tenté pour s’endormir, rien ne fonctionnait. Il occupait encore la grande chambre dans sa maison de la rue Eyrargata. Cette même chambre qu’il avait partagée avec Kristín et le petit Stefnir avant leur départ pour la Suède.
Les abondantes chutes de neige qui touchaient la région en cette saison l’avaient lourdement affecté à une époque, mais il avait fini par s’y faire, et désormais il ne se sentait plus que rarement atteint de claustrophobie. De même, Reykjavík ne lui manquait presque plus. La capitale jouissait d’une prospérité nouvelle, mais à vrai dire, Siglufjördur en bénéficiait aussi. Chaque été, des touristes venus du monde entier affluaient dans la petite ville, et l’hiver, de nombreux voyageurs, majoritairement islandais, venaient faire du ski. Les vacances de Pâques étaient particulièrement populaires et le week-end s’annonçait chargé sur les pistes.
La trentaine passée, Ari avait la sensation d’être revenu au point de départ. Il vivait seul, ne voyait presque jamais son fils, et n’imaginait pas parvenir à sauver un jour sa relation avec Kristín ; tous les recours avaient pour ainsi dire été épuisés.
En vérité, il s’était constitué une routine plutôt agréable et n’était pas sûr de vouloir menacer cet équilibre. Devenu inspecteur, il dirigeait aujourd’hui le poste de police, et à présent qu’il avait atteint cet objectif de longue date, il lui fallait déterminer s’il comptait s’arrêter là ou tenter de poursuivre sa progression. Difficile toutefois d’envisager d’évoluer à Siglufjördur – il aurait beau donner le meilleur de lui-même, personne ne serait là pour en être témoin.

Déjà lu du même auteur :

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Ordre de publication original de la série Dark Iceland :
Fölsk nóta (2009)*

Snjóblinda (Snowblind) – 2010, publié en français sous le titre Snjór en 2016
Myrknætti (Blackout) – 2011, publié en français sous le titre Nátt en 2018
Rof (Rupture) – 2012, publié en français sous le titre Sótt en 2018
Andköf (Whiteout) – 2013, publié en français sous le titre Vík en 2019
Náttblinda (Nightblind) – 2014, publié en français sous le titre Mörk en 2017
Vetrarmein  – 2020, publié en français sous le titre Sigló en 2020

* C’est le premier roman mettant en vedette Ari Thór Arason, en tant que jeune étudiant en théologie à la recherche de son père disparu. Il ne se passe pas à Siglufjördur.
Il n’a pas été traduit en anglais.

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Petit bac 2020a(8) Lieu

Vík – Ragnar Jónasson

71ZaB+yo38L La Martinière – octobre 2019 – 304 pages

traduit de la version anglaise, d’après l’islandais, par Ombeline Marchon

« Ce roman a été traduit depuis l’édition anglaise du livre à la demande de l’auteur qui a revu et changé des éléments de son histoire, et considère donc le texte anglais comme la version définitive de son roman »

Titre original : Andköf, 2013

Quatrième de couverture :
Des années ont passé avant qu’Ásta ne se décide à remettre les pieds à Kálfshamarsvík, à l’extrême nord de l’Islande. Là-bas, c’est comme si le temps avait tout figé : le phare, la maison qui surplombe la baie (vík, en islandais), ses rares habitants. Et le retour de la jeune femme n’est pas perçu d’un bon œil.
Quand, quelques jours avant Noël, le corps d’Ásta est retrouvé au pied de la falaise, l’inspecteur Ari Thór est dépêché sur les lieux. Dans cette contrée perdue, l’étau se resserre inévitablement sur une poignée de suspects. Mais la vérité est peut-être à chercher ailleurs, dans un passé aux résonances morbides, refoulé depuis près de vingt-cinq ans…

Auteur : Ragnar Jónasson est né à Reykjavik en 1976. Ses grands-parents sont originaires de Siglufjördur, la ville où se déroule Snjór. Grand lecteur d’Agatha Christie dès son plus jeune âge – et plus tard de P.D. James ou Peter May –, il entreprend la traduction, à 17 ans, de quatorze de ses romans en islandais. Avocat et professeur de droit à l’Université de Reykjavik, il est aussi écrivain et le cofondateur du Festival international de romans policiers « Iceland Noir ».

Mon avis : (lu en juillet 2020)
Après vingt années passées à Reykjavík, et à l’approche des fêtes de fin d’année, Ásta décide de partir quelques jours dans la région du nord, revoir la maison de son enfance et profiter du calme et de la nature. A la pointe nord-ouest de l’Islande, à Kálfshamarsvik, un ancien village de pêcheurs situé au pied d’une falaise surplombant une large baie, C’est là qu’Ásta a grandi avec sa famille mais également l’endroit où sa mère et sa jeune sœur sont brutalement décédées.
Elle y retrouve déjà présent vingt ans plus tôt lors de la mort de sa mère et de sa sœur, Thóra, la gouvernante et son frère Óskar âgés de presque soixante-dix ans et deux amis d’enfance, Reynir, personnage public et propriétaire des lieux et Arnór qui s’occupe du phare et des chevaux de Reynir et vit dans la ferme voisine. Deux jours après son arrivée, le corps de la jeune femme est retrouvé au pied d’une des falaises.
Ari Thór va faire équipe avec son ancien chef Tómas pour élucider cette mort dont les circonstances rappellent tellement celles survenues plus de vingt ans plus tôt… Pourquoi Ásta est-elle revenue après tant d’années ?
En cette saison, la neige est là, il fait un froid polaire, cette enquête est donc un huis-clos dans une ambiance glaciale, avec seulement quatre suspects présents, des taiseux qui ne sont pas près de dévoiler tous leurs secrets…

Extrait : (début du livre)
Prologue

La petite fille leva les mains devant elle, puis tout se passa très vite : la gravité l’emporta et elle tomba. Elle n’eut même pas le temps de pousser un cri.
Pour l’accueillir, la mer et les rochers.
Elle était trop jeune pour sentir la mort approcher.
La pointe, la plage, le phare, le paysage – c’était son terrain de jeu.
Jusqu’à ce qu’elle heurte la pierre.

C’est une image qu’Ásta Káradóttir n’oublierait jamais, même si elle n’était qu’une enfant à l’époque – ou peut-être pour cette raison précise.
Elle se trouvait dans sa chambre, au grenier, quand c’est arrivé. Porte et fenêtres closes, la pièce sentait le renfermé. Assise sur son lit dont les ressorts grinçaient quand elle se retournait la nuit, elle regardait par la fenêtre. Il était possible, et même probable, que des détails empruntés à d’autres moments de son enfance se soient mêlés au souvenir qu’elle gardait de cette journée bien particulière. Dans tous les cas, jamais elle n’oublierait le terrible événement auquel elle avait assisté.
Elle n’en avait jamais parlé à personne.
Et voilà qu’elle revenait, après des années d’exil.

En ce mois de décembre, la fine couche de neige qui recouvrait le paysage témoignait de l’approche de Noël. Les températures restaient cependant clémentes. Elle avait fait le trajet en voiture depuis le Sud sous la bruine. Le chauffage, activé pour désembuer le pare-brise, avait transformé la voiture en fournaise.
Ásta n’avait pas eu de problème à quitter le centre de Reykjavík : elle avait suivi l’Ártúnsbrekka. Elle n’était pas fâchée de partir d’une ville dont on pouvait dire, comme d’un mauvais amant, que c’était toujours mieux que rien, mais à peine. Elle n’allait pas changer radicalement de vie, non, juste dire adieu à son existence monotone et à son triste soixante-quatre mètres carrés en sous-sol, où elle étouffait. Parfois elle ouvrait les rideaux pour faire entrer un peu de lumière, mais alors les passants de cette rue très fréquentée pouvaient la regarder de haut et espionner ses allées et venues. Elle faisait une croix sur son intimité…

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Phare et falaise de Kálfshamarsvík

Déjà lu du même auteur :

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Ordre de publication original de la série Dark Iceland :
Fölsk nóta (2009)*

Snjóblinda (Snowblind) – 2010, publié en français sous le titre Snjór en 2016
Myrknætti (Blackout) – 2011, publié en français sous le titre Nátt en 2018
Rof (Rupture) – 2012, publié en français sous le titre Sótt en 2018
Andköf (Whiteout) – 2013, publié en français sous le titre Vík en 2019
Náttblinda (Nightblind) – 2014, publié en français sous le titre Mörk en 2017

* C’est le premier roman mettant en vedette Ari Thór Arason, en tant que jeune étudiant en théologie à la recherche de son père disparu. Il ne se passe pas à Siglufjördur.
Il n’a pas été traduit en anglais.

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Islande

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Miss Islande – Auður Ava Ólafsdóttir

71vRrWamYxL Zulma – septembre 2019 – 261 pages

traduit de l’islandais par Eric Boury

Prix Médicis étranger 2019

Titre original : Ungfrú Ísland, 2018

Quatrième de couverture :
Islande, 1963. Hekla, vingt et un ans, quitte la ferme de ses parents et prend le car pour Reykjavík. Il est temps d’accomplir son destin : elle sera écrivain. Sauf qu’à la capitale, on la verrait plutôt briguer le titre de Miss Islande. Avec son prénom de volcan, Hekla bouillonne d’énergie créatrice, entraînant avec elle Ísey, l’amie d’enfance qui s’évade par les mots – ceux qu’on dit et ceux qu’on ne dit pas -, et son cher Jón John, qui rêve de stylisme entre deux campagnes de pêche… Miss Islande est le roman, féministe et insolent, de ces pionniers qui ne tiennent pas dans les cases. Un magnifique roman sur la liberté, la création et l’accomplissement.

Auteure : Explorant avec grâce les troublantes drôleries de l’inconstance humaine, Auður Ava Ólafsdóttir poursuit, d’un roman à l’autre, une œuvre d’une grande finesse. En 2018, elle a reçu, pour son roman Ör, l’ Íslensku bókmenntaver ðlaunin , le plus prestigieux prix littéraire d’Islande, et le Nordic Council Literature Prize , la plus haute distinction décernée à un écrivain des cinq pays nordiques.

Mon avis : (lu en février 2020)
Ce roman raconte l’Islande de 1963.
Hekla quitte en car, la ferme de ses parents située dans la la province des Dalir, pour Reykjavík. Hekla rêve de devenir écrivaine. Malheureusement, à cette époque, une femme auteure n’est pas prise au sérieux et aucun éditeur ne veut de ses romans. De plus, sa beauté naturelle pousse les hommes à vouloir qu’elle participe au concours de Miss Islande !
Isey, son amie d’enfance, mène une vie de femme soumise, à 22 ans, elle a déjà un mari et 2 enfants. Hekla et Isey s’échangent une correspondance. Isey envie parfois le courage et la liberté d’Hekla.
Jon John, le meilleur ami d’Hekla, est gay. Il souhaiterai vivre librement, sans se cacher, sans avoir besoin de se justifier de ne pas être marié.
A travers ses trois personnages et quelques autres secondaires, Auður Ava Ólafsdóttir dresse un portrait pertinent de l’Islande de cette époque. En 1963 en Islande, la société est très conservatrice et le féminisme comme l’homosexualité n’ont pas leur place.
Miss Islande est également un hommage à la création littéraire car dans ce pays, le moins densément peuplé d’Europe occidentale, il se publie le plus de nouveaux titres par habitant au monde et un Islandais sur dix publie un livre au cours de sa vie.

J’ai également beaucoup aimé les passages de ce livre évoquant les volcans : Hekla porte le nom d’un volcan, son père étant passionné par le sujet, ainsi durant le roman il est question de l’apparition soudaine d’un nouveau volcan en mer, c’est une histoire vraie : en novembre 1963, c’est la naissance d’une île volcanique Surtsey !

 

Reportage de Radio Canada

Extrait : (début du livre)
Poète est un mot masculin

L’autocar de Reykjavík laisse dans son sillage un nuage de poussière. La route en terre, tout en creux et en bosses, serpente de virage en virage et on ne voit déjà presque plus rien par les vitres sales. Le cadre de la Saga des Gens du Val-au-Saumon aura bientôt disparu derrière un écran de boue.
La boîte de vitesses grince à chaque fois qu’on descend ou qu’on gravit une colline, et j’ai comme l’impression que l’autocar n’a pas de freins. L’énorme fissure qui traverse le pare-brise de part en part ne semble pas gêner le chauffeur. Il n’y a pas grand-monde sur la route. Les rares fois où nous croisons un autre véhicule, notre conducteur klaxonne vigoureusement. Au passage d’une niveleuse, il doit se déporter sur l’accotement où il vacille un peu. Les Ponts et chaussées ont décidé de remettre en état les routes en terre de la province des Dalir, ce qui donne aux conducteurs l’occasion de discuter un bon moment, vitres baissées.
— Je pourrai m’estimer heureux si je ne perds pas un essieu dans tous ces cahots, déclare le chauffeur de l’autocar.
Nous avons à peine quitté le village de Búdardalur, mais en fait je suis à Dublin, l’index posé sur la page vingt-trois d’Ulysse de Joyce. On m’avait parlé d’un roman plus épais que la Saga de Njáll qu’on pouvait se procurer à la librairie anglaise de la rue Hafnarstræti. Je me le suis fait livrer à la ferme.
— Ce que vous dites, c’est du français, monsieur ? demanda la vieille femme à Haines.
Il lui répondit longuement, avec assurance.
— De l’irlandais, observa Buck Mulligan. Où il est passé, votre gaélique ?
— Je me disais bien que c’était de l’irlandais, répondit-elle, je reconnaissais les sonorités.
Ma lecture avance lentement, entravée par les bringuebalements de l’autocar autant que par la médiocrité de mon anglais. Le dictionnaire est ouvert sur le siège inoccupé à côté du mien, mais cette langue est plus ardue que je ne le soupçonnais.

Je cherche un coin de la vitre qui ne soit pas couvert de boue pour regarder le paysage. N’est-ce pas dans cette ferme qu’a vécu une poétesse autrefois ? Avec cette rivière impétueuse aux eaux gris anthracite chargées de sable et de boue qui murmurait au creux de ses veines ? Ses vaches en pâtissaient, disait-on. Pendant qu’elle couchait sur le papier des amours et des destins tragiques, s’échinant à convertir les couleurs des brebis en couchers de soleil sur le Breidafjördur, elle oubliait de les traire. Or il n’y a pas pire péché que de ne pas vider des mamelles gorgées de lait.

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« Jolabokaflod », les Islandais célèbrent les livres

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En Islande, la lecture, c’est sacré.
En effet, chaque année, près de sept Islandais sur dix achètent un ou plusieurs livres à glisser sous le sapin. La tradition veut que chacun, après avoir profité d’un bon repas de Noël, se plonge, chocolat chaud à la main, dans l’un des romans qu’il vient de recevoir. Un moment de calme et de douceur pour finir les festivités en beauté.

La tradition du “Jolabokaflod” (ce qui signifie, « fleuve de livres de Noël ») date de la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 1944, l’Islande obtient son indépendance vis à vis du Danemark, et les années qui suivent sont difficiles. Pour éviter l’endettement des ménages, l’Islande limite les importations, mais le papier, lui, reste bon marché. Rapidement les livres remplacent alors les jouets sous le sapin. Et petit à petit, les sorties littéraires se sont naturellement concentrées avant la période des fêtes.

Pays le moins densément peuplé d’Europe occidentale, l’Islande est en revanche celui qui publie le plus de nouveaux titres par habitant au monde, derrière le Royaume-Uni, selon l’Association internationale des éditeurs.

Un Islandais sur dix publie un livre au cours de sa vie. Et les Islandais sont naturellement de grands lecteurs. L’île compte 83 bibliothèques, et une journée nationale leur est consacrée chaque année début septembre depuis 2011.

5def82fc210000170434f859(article inspiré par ceux de Positivr et Huffingtonpost)

Je ne connaissais pas cette belle tradition… je l’applique depuis très longtemps,
car j’offre quasiment toujours des livres à ceux que j’aime !

 

Les roses de la nuit – Arnaldur Indridason

Lu en partenariat avec Babelio

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Anne-Marie Métailié – octobre 2019 – 236 pages

traduit de l’islandais par Eric Boury

Titre original : Dauðarósir, 1998

Quatrième de couverture :
A la sortie d’un bal, un couple pressé se réfugie dans le vieux cimetière, mais au cours de leurs ébats la jeune femme voit un cadavre sur une tombe et aperçoit une silhouette qui s’éloigne. Elle appelle la police tandis que son compagnon, lui, file en vitesse. Le commissaire Erlendur et son adjoint Sigurdur Oli arrivent sur les lieux pour découvrir la très jeune morte abandonnée sur la tombe fleurie d’un grand homme politique originaire des fjords de l’Ouest.
La victime a 16 ans, personne ne la connaît, elle se droguait. Erlendur questionne sa fille Eva Lind, qui connaît bien les milieux de la drogue pour en dépendre. Elle lui fournit des informations précieuses et gênantes à entendre pour un père. Il s’intéresse aussi à la tombe du héros national et va dans les fjords de l’Ouest où il découvre une amitié enfantine et une situation sociale alarmante. La vente des droits de pêche a créé un grand chômage et une émigration intérieure massive vers Reykjavík, dont les alentours se couvrent d’immeubles modernes pour loger les nouveaux arrivants. Sigurdur Oli, lui, s’intéresse plutôt à la jeune femme qui les a appelés.
Le parrain de la drogue, vieux rocker américanisé et proxénète, est enlevé au moment où la police révèle ses relations avec un promoteur immobilier amateur de très jeunes femmes. Pendant ce temps, contre toute déontologie, Sigurdur Oli tombe amoureux de son témoin.
Avec son duo d’enquêteur emblématique et classique, Erlendur, le râleur amoureux de l’Islande, et Sigurdur Oli, le jeune policier formé aux États-Unis, Indridason construit ses personnages et nous révèle leur passé, tout en développant une enquête impeccable dans laquelle on perçoit déjà ce qui fait l’originalité de ses romans : une grande tendresse pour ses personnages et une économie de l’intrigue exceptionnelle.

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavík en 1961. Diplômé en histoire, il est journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs couronnés de nombreux prix prestigieux, traduits dans 40 langues et vendus à plus de 13 millions d’exemplaires.

Mon avis : (lu en novembre 2019)
Chronologiquement, c’est la deuxième enquête d’Erlendur. Elle se situe entre « Les fils de la poussière »(premier livre de l’auteur, traduit seulement en 2018), que je n’ai pas encore lu, et « La cité des jarres ». C’est également, le deuxième roman policier écrit par Arnaldur Indridason et n’avait toujours pas été traduit en français.
J’ai toujours beaucoup de plaisir à retrouver Erlendur, déjà ombrageux et au prise à des problèmes avec ses enfants jeunes adultes. Avec l’inspectrice Elinborg et le jeune et ambitieux Sigurdur Oli, ils forment une équipe efficace.
Le corps d’une jeune fille est découvert dans un cimetière, sur la tombe du président Jon Sigurdsson, chef du mouvement pour la paix et l’indépendance de l’Islande au XIXème siècle. La victime, Birta, est une jeune fille paumée, droguée, trop seule qui se prostitue également. L’enquête s’oriente vers la région d’origine de la victime qui est également celle de Jon Sigurdsson, celle des Fjords de l’Ouest.
Les pistes sont nombreuses et l’enquête piétine.
L’enquête mène le lecteur vers les milieux de la drogue et de la prostitution, sur fond de trafic de quotas de pêche dans les fjords de l’ouest. C’est aussi l’occasion de découvrir la spéculation immobilière autour de Reykjavik et la crise qui pousse les pêcheurs des fjords de l’ouest à quitter leurs villages.
En parallèle à l’enquête, le lecteur en apprend un peu plus sur les relations d’Erlendur avec ses deux enfants, Sindri Snaer, le fils, est alcoolique multipliant les cures de désintoxication, Eva Lind, la fille, est droguée, elle fréquente des lieux plus ou moins sordides. Tout deux lui reprochent de les avoir abandonnés trop jeunes, en divorçant avec leur mère.
Une enquête parfois un peu brouillonne, mais très intéressante pour ceux qui veulent découvrir l’histoire et les paysages de l’Islande, et pour moi qui suis une inconditionnelle  d’Erlendur j’aime le découvrir un peu plus.

Extrait : (début du livre)
Ils avaient découvert le corps sur la tombe de Jon Sigurdsson, le héraut de l’Indépendance, dans le vieux cimetière de la rue Sudurgata. Assise à califourchon sur le jeune homme, c’était elle qui l’avait vu en premier.
Ils avaient remonté Sudurgata en se tenant par la main après avoir quitté l’hôtel Borg. Il l’avait prise dans ses bras et l’avait embrassée. Elle lui avait rendu son baiser, d’abord tendrement, puis en y mettant plus de passion et en se laissant emporter par sa fougue. Ils étaient partis de l’hôtel Borg vers trois heures du matin et avaient traversé la foule qui envahissait le centre. Il faisait beau, c’était peu après le solstice d’été.
Il l’avait invitée à dîner. Ils ne se connaissaient pas encore très bien, ce n’était que leur troisième rendez-vous. Elle possédait des parts dans une société de conception de logiciels dont il était également actionnaire. Génies de l’informatique depuis leur plus jeune âge, ils s’étaient bien entendu dès leur première rencontre. Au bout de quelques semaines, il avait pris l’initiative de l’inviter au restaurant de l’hôtel Borg. Ils avaient répété l’expérience deux fois. Quelque chose dans l’air indiquait que cette soirée ne se terminerait pas de la même manière que les deux autres où il l’avait reconduite chez elle. Ce soir-là, ni elle ni lui n’avaient pris leur voiture. Elle lui avait proposé au téléphone qu’il la raccompagne chez elle à pied et qu’ils prennent un café. Un café ! s’était-il dit avec un sourire entendu.
Ils s’étaient échauffés en dansant à l’hôtel Borg. Blonde, les cheveux courts, svelte mais le visage poupin, elle était vêtue d’une jolie veste beige et d’un legging assorti. Le foulard de soie qu’il avait au cou était selon elle le signe d’une certaine vanité. Il portait le costume Armani qu’il avait acheté récemment dans une boutique de mode pour la séduire. C’était réussi.
Il avait été surpris quand, ayant quitté le centre, elle lui avait proposé de prendre un raccourci par le vieux cimetière pour rentrer chez elle. Il s’était senti plutôt gêné quand il l’avait embrassée et que son sexe avait durci dans son caleçon, il avait eu peur qu’elle s’en aperçoive. Et elle n’avait pas manqué de le remarquer. Ça lui avait rappelé son adolescence et les bals du lycée où elle dansait avec des garçons constamment en érection. Les pauvres, il leur en fallait bien peu, se disait-elle alors, et là, cette pensée lui revenait. Il n’y avait pratiquement pas de circulation dans la rue. Ils avaient enjambé le mur du cimetière à l’angle nord-est où repose la respectable famille Thoroddsen. Puis ils avaient longé les tombes, lui en prenant garde à ne pas salir son costume.

Déjà lu du même auteur :

la_cit__des_jarres La Cité des jarres  la_femme_en_vert La Femme en vert

la_voix La Voix l_homme_du_lac L’Homme du lac hiver_arctique Hiver Arctique

hypothermie Hypothermie la_rivi_re_noire La rivière noire betty Bettý

la_muraille_de_lave La muraille de lave etranges_rivages Etranges rivages

91768788 La cité des jarres 95359847 Le Duel

105501958 Les nuits de Reykjavik 110108840 Le lagon noir

9782367623085-001-X Opération Napoléon 9782367627595-001-T Passage des ombres

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petit bac 2019(8) Couleur

Ce que savait la nuit – Arnaldur Indriðason

71UbDwTos8L Métailié – février 2019 – 320 pages

traduit de l’islandais par Eric Boury

Titre original : Myrkrið veit, 2017

Quatrième de couverture :
Les touristes affluent en Islande et les glaciers reculent lentement. Le cadavre d’un homme d’affaires disparu depuis trente ans émerge du glacier de Langjökull. Son associé de l’époque est de nouveau arrêté, et Konrad, policier à la retraite, doit reprendre bien malgré lui une enquête qui a toujours pesé sur sa conscience.
Au moment où il pensait vivre sa douleur dans la solitude – son père menteur et escroc a été assassiné sans que l’affaire soit jamais élucidée et l’amour de sa vie vient de mourir d’un cancer –, Konrad est pressé par le principal suspect, mourant, de découvrir la vérité. Seul le témoignage d’une femme qui vient lui raconter l’histoire de son frère tué par un chauffard pourrait l’aider à avancer…
Dans la lignée de Simenon, Indridason excelle dans la construction d’un environnement social et affectif soigné et captivant, et dévoile peu à peu le passé trouble de ce nouvel enquêteur, jetant une lumière crue sur sa personnalité. Un beau roman noir sensible aux rebondissements surprenants.

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavík en 1961. Diplômé en histoire, il est journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs couronnés de nombreux prix prestigieux, traduits dans 40 langues et vendus à plus de 13 millions d’exemplaires.

Mon avis : (lu en mars 2019)
Des touristes allemands en expédition sur le glacier de Langjökull font une macabre découverte : celui du cadavre d’un homme disparu depuis trente ans…
C’est Konrad, policier à la retraite, (déjà présent dans Passage des Ombres) qui va reprendre l’enquête plus ou moins officieusement… A l’époque, jeune inspecteur, il avait participé à l’enquête en interrogeant l’associé du disparu que tout désignait comme étant le coupable. Mais il n’avait jamais voulu avouer et l’enquête n’avait pas aboutie.

Le corps rendu par le glacier va réactiver les mémoires et quelques indices vont permettre à la police et à Konrad d’explorer de nouvelles pistes…
Une intrigue bien construite, un nouveau personnage, Konrad, qui se dévoile un peu, un pays, l’Islande, dont on découvre les paysages et la société aujourd’hui et celle d’il y a trente ans… Je découvre toujours avec beaucoup de plaisir les enquêtes islandaises d’Arnaldur Indridason.

Extrait : (début du livre)
Le temps était radieux. Assise depuis un moment avec le reste du groupe pour se reposer après leur longue marche, elle avait sorti un casse-croûte de son sac à dos et admirait la vue sur le glacier. Son regard s’arrêta tout à coup sur le visage qui affleurait à la surface.
Comprenant avec un temps de retard la nature exacte de ce qu’elle avait sous les yeux, elle se leva d’un bond avec un hurlement qui troubla la quiétude des lieux.
Assis en petits groupes sur la glace, les touristes allemands sursautèrent. Ils ne voyaient pas ce qui avait pu bouleverser à ce point leur guide islandaise, cette femme d’âge mûr qui gardait son calme en toutes circonstances.
La veille, ils avaient gravi l’Eyjafjallajökull. Le volcan situé sous ce glacier était devenu célèbre quelques années plus tôt, lorsqu’il était entré en éruption. Le nuage de cendres qui s’en était dégagé avait bloqué le trafic aérien en Europe. L’épaisse couche de scories qui avait recouvert les environs avait aujourd’hui disparu, dispersée par le vent ou absorbée par le sol avec la pluie. Les flancs du glacier avaient retrouvé leur couleur naturelle. Le paysage s’était remis de la catastrophe.
Le voyage devait durer dix jours au cours desquels le groupe était censé gravir quatre glaciers. Ils avaient quitté Reykjavík environ une semaine plus tôt à bord de véhicules adaptés à la conduite sur glace et étaient hébergés dans de confortables hôtels dans la province du Sudurland. Ces touristes, un groupe d’amis originaires de la ville de Wolfsburg, connue pour son usine de voitures, étaient des gens aisés qui ne se refusaient rien. On leur portait de délicieux repas pendant leurs excursions et le soir, quand ils redescendaient, ils faisaient de grandes fêtes. Des randonnées de longueur raisonnable étaient organisées sur les glaciers, ponctuées par des pauses pour se restaurer. Le groupe avait été particulièrement chanceux avec la météo. Le soleil brillait dans un ciel limpide chaque jour de ce mois de septembre. Les touristes passaient leur temps à interroger leur guide sur le global warming et les conséquences de l’effet de serre en Islande. Leur guide parlait couramment l’allemand, ayant étudié la littérature à Heidelberg pendant plusieurs années, il y avait maintenant presque vingt ans. Les conversations se déroulaient exclusivement dans cette langue, la seule exception étant cette expression anglaise, global warming, qui revenait régulièrement.

Déjà lu du même auteur :

la_cit__des_jarres La Cité des jarres  la_femme_en_vert La Femme en vert

la_voix La Voix l_homme_du_lac L’Homme du lac hiver_arctique Hiver Arctique

hypothermie Hypothermie la_rivi_re_noire La rivière noire betty Bettý

la_muraille_de_lave La muraille de lave etranges_rivages Etranges rivages

91768788 La cité des jarres 95359847 Le Duel

105501958 Les nuits de Reykjavik 110108840 Le lagon noir

9782367623085-001-X Opération Napoléon 9782367627595-001-T Passage des ombres

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