Raif Badawi, rêver de liberté – Radio-Canada Estrie

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Radio-Canada – octobre 2017 – 127 pages

Présentation :
Raif Badawi est l’un des prisonniers d’opinion les plus connus de la planète. Même si le blogueur ne milite plus, ses idées, elles, continuent de voyager.
En le fouettant à 50 reprises devant une mosquée de Djeddah, le 9 janvier 2015, les autorités saoudiennes ne se doutaient probablement pas des conséquences de ce geste sur l’opinion publique. Depuis, partout à travers le monde, Raif Badawi est devenu un symbole de la liberté d’expression opprimée.
Mais qui est cet activiste? Que réclamait-il ? Pourquoi l’a-t-on condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans de prison?

Présentation Radio Canada

Texte : Geneviève Proulx
Dessin : Marie Eve Lacas et Myriam Roy

Mon avis : (lu en novembre 2018)
J’ai découvert l’existence de cette BD, vraiment par hasard… Il y a deux jours en allant prendre mon train du soir, Gare de Lyon à Paris, sur un panneau publicitaire numérique, mon œil a été attiré par le logo « Radio Canada » d’une publicité et j’ai retenu le nom de Raif Badawi… ensuite sur internet j’ai trouvé le lien gratuit pour découvrir cette BD et je me suis empressée de la lire…
La BD commence le le 9 janvier 2015, devant une mosquée de Djeddah, Raif Badawi, un blogueur emprisonné pour avoir défendu des idées progressistes en Arabie Saoudite, vient de recevoir les 50 premiers de coups de fouet de sa peine. Quelques jours plus tard, à l’autre bout du monde, à Sherbrooke au Québec, sa femme Ensaf explique à ses trois enfants qui est vraiment leur père et ce qu’il a du subir…
Eté 2000, Ensaf et Raif se rencontrent par hasard, suite à un faux numéro de téléphone…
En Arabie Saoudite, les lois entourant les relations entre un homme et une femme sont très strictes. Une conversation, même téléphonique, entre un homme et une femme qui ne se connaissent pas est interdite. C’est un acte criminel.
Pourtant, malgré les interdits, Ensaf et Raif vont discuter puis se dire des mots d’amour au téléphone, toutes les nuits en cachette. Ils souhaitent ensuite se marier mais la famille d’Ensaf ne le veut pas et il va falloir beaucoup de persévérance pour les amoureux pour pouvoir enfin en 2002 se dirent oui pour la vie ! 
Mais la pression de la famille d’Ensaf est toujours grande et rapidement, Raïf et Ensaf décident de quitter Jizan, petite ville de 100000 habitants, pour s’installer à Djeddah, la 2ème ville du pays. Raif ouvre une école de langues et d’informatique pour les femmes. Ensaf s’ennuie obligé de rester à la maison pour s’occuper des enfants. A partir de 2005, Raif se met à s’intéresser aux idées progressistes et en août 2006, il lance Le Réseau libéral saoudien, un forum internet où les gens peuvent discuter sur ce qu’ils souhaitent pour l’Arabie Saoudite. Avec ses idées libérales, Raif se fait des ennemis… Il est accusé d’apostasie (renoncement à une religion), il est interrogé plusieurs fois par la police religieuse, sa maison est fouillée… Son propre père est l’un de ses principaux opposants. En mars 2008, Raif est contraint de fermer son forum et il espère en avoir fini avec les problèmes. Mais en mai, il est accusé de complot, crime passible de 5 ans de prison. Finalement, il reste libre et décide de s’éloigner quelques temps du pays en voyageant Bahreïn, Koweït, Liban, sa famille le rejoint en Malaisie et leur périple s’achève en Égypte. Après réflexion, Raif décide de rentrer en Arabie Saoudite et de poursuivre l’activité de son blog et la défense de ses idées.
Les événements du printemps arabe en 2011, rendent méfiants les autorités et une fatwa est lancée contre Raif en mars 2012 et il est envoyé en prison en juin 2012. Entre temps, sa femme et ses enfants ont quitté l’Arabie Saoudite pour l’Égypte puis le Liban. Après l’arrestation de Raif, Ensaf fait une demande d’asile, pour elle et ses trois enfants, auprès du Haut-Commissariat des Nations Unis, un an après, le Canada accepte de les accueillir. 

En lisant cette BD documentaire, ce témoignage, le lecteur comprend les conditions de vie en Arabie Saoudite et le combat de Ensaf pour témoigner de l’histoire de son mari et la diffuser dans le monde entier. Car à ce jour, la famille est toujours séparée et ils espèrent toujours que Raif sorte de prison et puisse rejoindre les siens au Canada.

Extrait : (début de la BD)

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lien gratuit pour découvrir cette BD

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J’apprends le français – Marie-France Etchegoin

417yENABY7L JC Lattès – février 2018 – 200 pages

Quatrième de couverture :
De cette expérience, elle tire un récit tout à la fois bouleversant et drolatique : l’histoire passionnante et mouvementée d’un double apprentissage. Le sien puisqu’elle n’a jamais enseigné ni agit au quotidien auprès des migrants. Et celui de jeunes hommes, parfois illettrés, qui au terme d’un très long et terrible voyage, se retrouvent devant un tableau, confrontés à l’un des langues les plus difficiles du monde, dont ils n’ont jamais entendu un mot. Dans le huis clos de cette classe, ils disent à nouveau «  je  » et font entendre leur incroyable odyssée tandis que leur «  professeur  » invente sa méthode en s’efforçant d’éviter les maladresses.
Quand pour la première fois, elle a franchi les portes du centre d’hébergement d’urgence du 19eme arrondissement, près de chez elle, Marie France Etchegoin  savait seulement qu’elle voulait «  aider  » pour ne pas avoir «  à regretter de n’avoir rien fait  ». Elle n’imaginait pas que Sharokan,   Ibrahim ou Salomon lui en apprendraient autant sur elle-même et qu’à travers eux, elle allait redécouvrir la complexité et la richesse de la langue française et aussi ce qui, au fond, nous constitue et qui fait trait d’union au-delà des frontières : la force de la parole.

Auteur : Écrivaine, journaliste, auteure de nombreux essais, et ancienne rédactrice en chef de L’Obs, Marie-France Etchegoin s’est essayée au métier… de « professeur » pour des réfugiés venus d’Afghanistan, du Soudan, d’Érythrée, du Tchad, d’Éthiopie ou de Guinée. Depuis deux ans, elle leur apprend le français.

Mon avis : (lu en mai 2018)

Dès le début de la lecture de ce livre dont j’avais entendu parler à la télévision, j’ai pensé à celui de Bertrand Guillot, B.A.-BA. La vie sans savoir lire que j’ai lu en novembre dernier.
Un jour, Marie France Etchegoin décide d’aller aider le centre d’hébergement d’urgence installé dans l’ancien lycée Jean Quarré situé à côté de chez elle. On lui demande de donner des cours de français deux ou trois fois par semaines à des réfugiés. Ils viennent de tout horizon, « Afghanistan », « Soudan », « Érythrée » ou alors « Éthiopie », « Somalie », « Libye », « Tchad », « Guinée »… Non seulement Marie-France va donner des cours d’alphabétisation mais surtout faire la rencontre de Suleyman, Sharokan, Abdullah, Salomon, Ibrahim, Mahmoud, Abdelaziz, Aldon…
Avant d’arriver en France, ils ont du quitter leur pays, car leur vie était menacée, car ils ont tout perdu dans leur pays, car c’est la guerre… Leur voyage a été long et périlleux et maintenant qu’ils sont arrivés à Paris, ils ne savent pas quel sera leur avenir… Auront-ils le droit de rester en France ? Obtiendront-ils les papiers nécessaires ? Ils vivent au jour le jour, dans l’incertitude du lendemain mais ils restent dignes.
Marie-France leurs donne bénévolement des cours de français, mais elle reçoit en échanges beaucoup plus à travers les conversations et les confidences que les uns et les autres vont lui faire. Un livre passionnant et fort en émotions. 

Extrait : (début du livre)
— Bonjour, je suis Marie. Et vous ?
— Je suis Sharokan.
— Bonjour, je suis Marie. Et vous ?
— Je suis Abdullah.
— Bonjour, je suis Marie. Et vous ?
— Je suis Suleyman.
— Bonjour, je suis Marie. Et vous ?
— Je suis Salomon.
— Je suis Aldon, je suis Ibrahim, je suis Omar…
Chaque fois la même ritournelle. Cela n’a l’air de rien, c’est sans surprise. Mais, ici, nous savons pourquoi nous aimons ces salutations cent fois répétées, nous le savons confusément mais nous le savons. Ce rituel apprend à dire je
– JE, MOI,
unique, irremplaçable, ici et maintenant, ce rituel apprend le verbe être, sans lequel on n’est rien, quels que soient la langue que l’on parle et le pays d’où l’on vient. Comment être quand on a tout perdu ? Comment être quand on se cherche encore ? Je revisite ces mots avec vous.

JE SUIS, et le prénom qui nous a été donné. Trois mots collés ensemble et qui, selon la manière dont ils sont prononcés, divisent le monde en deux. Moi, je les formule sans avoir besoin d’y penser. Ils sont comme l’air que je respire, le pied que je mets en avant pour marcher, les yeux que je ferme pour dormir. Personne ne m’a jamais interdit de dire Je. Personne ne m’a jamais empêchée d’être, ou si peu. Je suis. Je suis l’amoureuse de mon mari. Je suis la mère d’enfants qui me ravissent. Je suis la fille qui honore sa mère et son père. Je suis une sœur aux côtés de son frère. Je suis une journaliste qui écrit des livres. Je suis une habitante de la Mouzaïa, quartier champêtre de la capitale à l’ombre de barres en béton. Je suis une Parisienne dont le seul véritable problème est d’avoir dépassé la cinquantaine. Je suis une femme qui mène une vie pleine mais qui n’aime pas se contenter de ce qu’elle a. Je suis une Occidentale moyennement névrosée, avec une voix planquée dans un recoin incognito de son petit moi qui lui serine parfois : « Es-tu sûre d’être vraiment ce que tu dis ? » Je suis quelqu’un à qui il arrive d’éprouver ce vertige que Freud appelait « l’inquiétante étrangeté ». Mais, au bout du bout, je suis. Je suis qui je suis. Je l’affirme en toute tranquillité : Je suis Marie et même Marie-France si je veux…