Moi, Mikko et Annikki – Tiitu Takalo

2873_couv Rue de l’Échiquier – janvier 2020 – 248 pages

traduit du finnois par Kirsi Kinnunen

Titre original : Minä, Mikko ja Annikki, 2014

Quatrième de couverture :
À Tampere, en Finlande, les habitants du quartier historique d’Annikki promis à la démolition unissent leurs forces face à la rapacité des promoteurs et de leurs complices politiques. Avec son compagnon Mikko, l’autrice Tiitu Takalo est aux avant-postes de cette lutte pacifique et nécessaire. Elle tient en images la chronique de sa communauté en résistance, au service d’une idée aussi vitale qu’universelle : et si la richesse et l’âme d’une ville résidaient d’abord dans son patrimoine, et que sa préservation était la clé de nos identités collectives comme de nos avenirs possibles ?

Auteure : Illustratrice et autrice finlandaise de bande dessinée, enseignante et féministe revendiquée, Tiitu Takalo vit et travaille à Tampere, dans un quartier ancien dont elle retrace ici l’histoire et le.sauvetage par ses habitants. 

Mon avis : (lu en avril 2020)
J’ai été attirée par cette BD, tout d’abord parce qu’elle est finlandaise et que c’est une première pour moi… Ensuite en la feuilletant, j’ai découvert la variété du style de dessin de l’auteure qui alterne l’aquarelle sur papier blanc et l’utilisation de pages de couleurs avec des dessins aux crayons noir et blanc…
Tampere est la deuxième ville de Finlande, coincée entre deux lacs, sa situation géographique lui a permis de devenir un centre industriel important dès le 19ème siècle. Au cours des années, la ville a grandi, s’est étendue, de nouveaux faubourgs sont apparus mais grâce au courage et la volonté de ses habitants Tampere n’a pas perdu son identité. 
Dans cette BD, l’auteure Tiitu Takalo et son compagnon Mikko racontent leur propre histoire avec le quartier historique d’Annikki. Ce quartier a été de nombreuses fois promis à la démolition, mais ses habitants ont toujours résisté pacifiquement aux promoteurs et politiques complices, pour préserver ce patrimoine témoin de l’histoire de la ville.
Tiitu raconte d’une part l’histoire de Tampere puis plus spécifiquement de son quartier, elle évoque la naissance de la ville, l’évolution de l’urbanisme, l’impact industriel, celui des guerres et des aléas géostratégiques et d’autre part les étapes de son installation dans le quartier avec son amoureux.
Tiitu aime récupérer de vieux objets et recycle dans la mesure du possible. A l’échelle de la ville, elle s’interroge sur ces problématiques liées à l’environnement et au développement durable. Pourquoi démolir des habitations alors qu’il est possible de les rénover ?
Graphiquement, la vie de Tiitu et Mikko est dessinée à l’aquarelle avec des teintes vives sur des feuilles blanches.
Les passages historiques sont dessinés sur du papier sombre brun, gris, rouge et ocre au crayon noir rehaussé de blanc.
La lutte pour la sauvegarde d’Annikki à partir des années 2000, entre l’Association du quartier et la municipalité est dessinée dans un style illustration médiévale… C’est surprenant mais s’intègre très bien à l’ensemble.
La partie historique peut paraître un peu longue et rébarbative pour quelqu’un comme moi qui connaît peu de choses sur l’histoire finlandaise… Je vous conseille donc de ne pas faire l’impasse sur « l’avis au lecteur » présent en introduction où l’auteure nous donne de nombreuses clés pour mieux comprendre sa bande dessinée.
Une belle découverte bien documentée, très intéressante et vraiment originale graphiquement.

Extrait : 
Pour montrer la grande variété des styles de Tiitu Takalo, j’ai choisi des planches non consécutives.

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Petit bac 2020a
(5) Prénom

Derniers mètres jusqu’au cimetière – Antti Tuomainen

71Sg3yS3UVL Fleuve éditions – février 2019 – 320 pages

traduit du finnois par Alexandre André

Titre original : Mies joka kuoli, 2016

Quatrième de couverture :
À 37 ans, Jaakko a tout pour être heureux.
Jusqu’au jour où, lors d’une simple visite médicale, il apprend qu’il va bientôt mourir. La raison de ce triste verdict : quelqu’un l’empoisonne depuis longtemps à son insu.
Alors que cette annonce aurait suffi pour faire de cette journée la pire de sa vie, Jaakko n’est pas au bout de ses surprises.
En rentrant chez lui, il découvre sa femme sur la chaise longue du jardin en plein ébat avec le livreur de leur entreprise. Trop, c’est trop !
Jaakko décide d’utiliser les derniers jours qui lui restent pour enquêter lui-même sur son empoisonnement. Et nombreux sont ceux à avoir un mobile pour tuer celui qui est l’heureux propriétaire d’une société hautement rentable et spécialisée dans la culture d’un champignon : le matsutake. Une espèce particulière qui pousse en Finlande et dont les Japonais raffolent au point de l’acheter à des prix déraisonnables !
Le chemin de la vérité sera parsemé de morts, qui n’empêcheront pas Jaakko de garder en tête le plus important : c’est surtout dans les derniers mètres jusqu’au cimetière qu’il faut profiter de chaque instant.

Auteur : Antti Tuomainen, né en 1971, est l’un des auteurs les plus lus en Finlande. Ses romans ont été traduits dans plus de 25 langues. Couronné « Le Roi d’Helsinki Noir », il a gagné le cœur des lecteurs et des critiques avec ce dernier roman, au style perçant et évocateur.

Mon avis : (lu en juin 2019)
Digne compatriote d’Arto Paasilinna, Antti Tuomainen nous entraîne dans une intrigue originale, palpitante et déjantée…
Jaakko, le narrateur de cette histoire, le propriétaire d’une société spécialisée dans la culture d’un champignon : le matsutake. Une espèce qui pousse en Finlande et dont les Japonais sont très friands et qui l’achètent à des prix déraisonnables !
Jakko vient d’apprendre qu’il va bientôt mourir, car il est empoisonné à son insu depuis quelques temps. Jakko est sonné par cette mauvaise nouvelle et doit l’annoncer au plus vite à sa femme. Mais lorsqu’il arrive chez lui, il surprend sa femme dans les bras de son employé. Qui donc a intérêt à le voir mourir ? Jakko est bien décidé à découvrir qui cherche à l’assassiner et il va profiter de ces derniers jours pour mener l’enquête… En polar et humour noir, le lecteur n’est pas au bout de ses surprises et même si certaines situations sont parfois un peu exagérées et pas toujours crédibles, j’ai passé un très bon moment de lecture !

Extrait : (début du livre)
— Vous avez bien fait de nous fournir un échantillon d’urine.
Le visage allongé du médecin assis derrière le bureau respire le sérieux et la gravité. La monture sombre de ses lunettes souligne le bleu de ses yeux et sa manière de fixer son interlocuteur.
— Cela…, commence-t-il, cela requiert quelques explications. J’ai été en contact avec mes collègues de Kotka et de Helsinki. Ce qu’ils disent correspond sur toute la ligne à ce que nous pouvons déjà en conclure. Nous n’aurions rien pu faire, même si nous l’avions décelé lors de votre visite précédente. Comment vous sentez-vous ?
Je hausse les épaules. Je répète les mêmes informations que la fois précédente, en y ajoutant les derniers symptômes. Tout a commencé subitement avec de fortes nausées qui m’ont littéralement fauché. Mon état s’est ensuite amélioré, mais pour un instant seulement. Par moments, je me sens si faible que je crains de m’évanouir. Je suis pris de quintes de toux. La nuit, le stress me tient éveillé. Quand je m’endors enfin, je fais des cauchemars. J’ai souvent mal à la tête, comme si je me prenais des coups de couteau derrière les yeux. J’ai la gorge sèche en permanence. Les vomissements ont repris et surgissent sans crier gare.
Et ce, au moment précis où notre entreprise se prépare à la période la plus cruciale de l’année, au plus grand défi et à l’effort le plus important de son existence.
— En effet, dit le praticien en hochant la tête. En effet.
Je ne relève pas. Il marque une pause avant de poursuivre.
— Il ne s’agit pas des symptômes d’une méchante grippe qui se serait éternisée, comme nous l’avions supposé au début. Sans l’échantillon urinaire, nous n’aurions rien pu élucider. Il nous a beaucoup appris et nous a poussés à faire une IRM. Le résultat nous a permis d’avoir une vision d’ensemble. Il se trouve que vos reins, votre foie et votre pancréas, autrement dit, vos organes vitaux, sont gravement endommagés. D’après ce que vous me dites, j’en conclus aussi que votre système nerveux central est déjà atteint. Il se peut que vous souffriez de lésions cérébrales. Tout cela est la conséquence directe de l’empoisonnement que nous avons décelé grâce à l’analyse d’urine. La toxicité, à savoir, la quantité de poison, est telle qu’elle rendrait malade même un hippopotame.

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