Un pays de neige et de cendres – Petra Rautiainen

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

913hqAasxpL Seuil – mars 2022 – 320 pages

traduit du finnois par Sébastien Cagnoli.

Titre original : Tuhkaan piirretty maa, 2020

Quatrième de couverture :
En 1944, au milieu des étendues sauvages de la Laponie, un jeune soldat finlandais, Olavi Heiskanen, officie comme traducteur dans un camp de prisonniers dirigé par les Allemands. La cruauté fait partie du quotidien, détenus et gardiens luttent pour préserver leur humanité.
Enontekiö, 1947. La journaliste Inkeri Lindqvist s’installe dans la ville pour écrire sur la reconstruction de la Laponie. Mais elle cherche avant tout, et en toute discrétion, à élucider le mystère qui entoure la disparition de son mari durant la guerre.
Alors qu’Olavi et Inkeri cohabitent, la journaliste découvre peu à peu ce que tout un peuple sami a subi dans l’indifférence la plus totale. Et dans la nuit polaire, l’Histoire s’apprête à révéler, sous le soleil de minuit, ses plus sombres secrets.

Auteur : Petra Rautiainen est née en 1988 en Finlande. Elle s’intéresse à la représentation du peuple sami dans les médias. Un pays de neige et de cendres, son premier roman, est un best-seller et a été traduit dans douze langues.

Mon avis : (lu en février 2022)
Avec ce roman, le lecteur découvre la Laponie et son peuple autochtone, les Samis, durant la fin de la Seconde Guerre Mondiale et l’après-guerre. La Laponie représente une zone qui couvre le nord de la Suède, de la Norvège et de la Finlande ainsi que la péninsule de Kola en Russie.
« Un pays de neige et de cendres » est composé en alternance de deux parties qui reflètent deux époques. Il y a en premier le journal intime de Väinö Remes, un soldat finlandais, écrit entre février à septembre 1944 racontant son quotidien de traducteur et de gardien dans un camp de prisonniers à Inari.
La deuxième partie se passe de 1947 à 1950 avec la journaliste Inkeri Lindqvist venue s’installer à Enontekiö pour, officiellement, écrire sur la reconstruction de la Laponie. En réalité, elle enquête discrètement, à comprendre comment son mari a disparu durant la guerre.
Avec l’aide d’un vieux Sami, Piera et de sa petite fille, Bigga, Inkeri va découvrir ce pays qu’elle ne connaissait pas. En donnant des cours d’art et de photographie aux enfants du village, elle va peu à peu comprendre ce que tout un peuple a subi durant la guerre dans l’indifférence la plus totale. Dans la même maison, il y a également Olavi, ancien soldat qui est resté à Enontekiö après la guerre, silencieux
Ce roman se lit comme un roman policier puisque le suspens est présent à savoir si Inkeri aboutira dans son enquête. Le lecteur en sait plus qu’Inkeri grâce au point de vue du journal intime de Väinö. Historiquement, le roman, très bien documenté est passionnant.
Le ciel, le soleil de minuit, la nuit polaire et la nature de Laponie sont également fascinants à découvrir dans cet ouvrage.

Merci Babelio et les éditions du Seuil pour cette belle découverte.

Extrait : (début du livre)
INARI
Février 1944
Je suis arrivé hier à Inari : au centre pénitentiaire suivant, après celui de Hyljelahti. Ce camp ne figure pas sur les cartes finlandaises. Il est situé à une vingtaine de kilomètres à l’est nord-est du centre-bourg. Le lac est proche. La voie qui mène ici n’a de route que le nom, et deux grands arbres obstruent la
vue dans cette direction. À leur niveau, des panneaux signalent qu’il est interdit de passer sous peine de mort. Ils sont écrits en allemand et en same d’Inari. En same parce que, si quelqu’un passait par là, ce serait probablement un nomade traversant la toundra. À supposer qu’ils sachent lire, ces gens-là.
Hänninen est venu à ma rencontre. Je me suis présenté : « Väinö Remes, autorité militaire, interprète. » Sans rien dire, il m’a examiné de la tête aux pieds. Je dois avoir l’air jeune. Nous avons roulé sur un sentier pédestre dans une voiture allemande. Arrivés devant le portail, nous sommes sortis du véhicule. Le gardien n’a pas réagi tout de suite ; mais en voyant l’officier, il a changé d’expression, le boche. J’ai lu la peur dans ses yeux. Il avait une tête de mort sur le col. Hänninen lui a dit quelque chose et lui a proposé une cigarette. Le garde n’y a pas touché. Je ne sais pas s’il comprenait le finnois. Hänninen m’a expliqué ce que je savais déjà. Comme partout ailleurs, les prisonniers sont répartis entre différentes tentes. Dans celle de gauche, il y a des Ukrainiens ; dans la suivante, d’autres Soviétiques ; ensuite, des Serbes. J’ai vu
une quatrième tente. Mais il n’en a pas parlé. Je ne sais pas à quoi elle sert.
Il n’y a pas de Juifs. Les Juifs – avérés ou soupçonnés – sont expédiés au camp pénitentiaire de Hyljelahti. D’ailleurs, les détenus sont relativement peu nombreux ici, mais ils affluent à un rythme continu. Hänninen m’a parlé de tout un navire de prisonniers arrivé l’autre nuit depuis Dantzig ; dans le lot, il y avait des Polonais et des Roumains. Dès le matin, ils sont partis construire une route vers le nord. À part ça, dans les environs, il y a deux ou trois autres camps, dont un est réservé aux Allemands coupables de trahison à la patrie ou à la race. Les traîtres à la race, ce sont les pires. Tous les dimanches, ils sont emmenés à la prison communale d’Inari pour être exécutés.

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Petit bac 2022
(2) Couleur

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Finlande

Les enfants de la Liberté – Alain Grand, Marc Levy

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Quatrième de couverture :
Ils s’appelaient Raymond, Claude, Charles, Emile, Boris, Jan, Catherine, Damira, Sophie ou Osna. C’est l’histoire vraie de ces enfants de l’Occupation devenus trop vite adultes. C’est l’histoire de leur engagement dans la résistance toulousaine.

Auteurs : Né en 1955 à Saint-Gaudens, Alain Grand se passionne pour le cinéma d’animation. Après un bac scientifique, c’est à l’occasion d’un prix bd amateur que Jijé lui remet son trophée, en 1974 (un bon souvenir, forcément). En 1981, il obtient une thèse de doctorat en chirurgie dentaire, tout en publiant diverses couvertures, planches de bande dessinée et illustrations, en particulier pour les éditions Milan et le journal Mikado. En 1991, son premier album, Opération Comics, est publié, et sélectionné pour le prix du public au festival d’Angoulême qui suit. En 2001, c’est avec Gérard Moncomble au scénario qu’il sort cette fois Un ange passe. En 2007, toujours avec le même scénariste, et l’amiénois David François à la couleur, il signe le premier tome de Vilaine, non sans avoir auparavant, en 2006, mis un terme à son activité dans la chirurgie dentaire… 
Né en 1961 à Boulogne dans les Hauts-de-Seine, Marc Levy quitte la France pour les États-Unis à 23 ans et fonde une société spécialisée dans l’image de synthèse. Il reste en Amérique du Nord, sa seconde patrie, pendant sept ans et revient à Paris avec le projet de créer un cabinet d’architecture avec deux de ses amis. Il en est directeur pendant près de dix ans. Aimant raconter des histoires, Marc Levy se met à l’écriture en amateur. Finalement, il décide d’envoyer son manuscrit à plusieurs éditeurs et ce sont les éditions Robert Laffont qui le contacteront. Son premier roman ‘Et si c’était vrai …’ est très bien accueilli par le public et adapté au cinéma en 2005. Depuis, il se consacre à l’écriture et emmène le lecteur dans son univers où tout est possible. ‘La Prochaine Fois’ paraît en février 2005. En janvier 2006, les ventes de ses cinq livres, toutes éditions et langues confondues, ont dépassé les dix millions d’exemplaires. Ses romans, ‘Mes amis, mes amours’ et ‘Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites’ sont venus confirmer l’engouement pour cet auteur. Marc Levy vit à Londres.

Mon avis : (lu en décembre 2021)
Les enfants de la liberté est le septième roman de Marc Levy, il est très différent des histoires habituelles de l’auteur. Il rend hommage aux étrangers qui se sont battus pour la France lors de la Seconde Guerre Mondiale.
L’auteur raconte ici l’histoire de son père et de son oncle, deux jeunes Juifs qui rentrent dans la Résistance, ils combattent, ils ont peur, ils tuent, des camarades se font tuer ou se font arrêter, ils passeront quelques temps dans la prison Saint-Michel de Toulouse, puis se feront déporter après un périple long et pénible en train… Malgré les trahisons, les arrestations et la mort, l’espoir, le courage et la liberté sont toujours présents pour les faire avancer et espérer à un avenir meilleur.
« Les Enfants de la liberté » est une bande-dessinée touchante, forte et passionnante. Les dessins, sobres mais soignés, dépeignent avec justesse l’atmosphère de l’époque et les actions des résistants, ils donnent encore plus de force et d’humanité aux personnages.
En bonus, à la fin de cet album un dossier avec des documents authentiques appartenant au père de Marc Levy. 
Une belle lecture pour découvrir ou redécouvrir ce roman témoignage.

Extrait :

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Petit bac 2022
(2) Famille

Déjà lu l’original :

les enfants de la liberté Les enfants de la liberté – Marc Levy

Khalat – Giulia Pex

71li5LAWYlL Éditions Presque lune – janvier 2020 – 116 pages

Quatrième de couverture :
Qu’emporteriez-vous si, une nuit, vous étiez contraints de quitter votre maison pour toujours ? A quels compromis seriez-vous disposés à vous résoudre et où finiraient vos ambitions, les rêves et l’amour ? Inspiré d’une histoire vraie, Khalat raconte ce qui se cache derrière l’un des nombreux visages qui peuplent nos villes, celui d’une femme et de sa marche forcée, de la naïveté au désenchantement, de la Syrie à l’Europe.

Auteur : Giulia Pex est née en 1992 dans la province de Milan. Après avoir fréquenté l’Istituto Italiano di Fotografia, où elle expérimente le mélange des genres, mêlant ses clichés au dessin, elle décide de se consacrer entièrement à l’illustration et s’inscrit à la Scuola del Fumetto. Les lignes nettes au crayon et aquarelles légères contribuent à donner vie à son imaginaire, dans lequel trouble et tranquillité trouvent leur place et coexistent pacifiquement. L’art romantique, les lumières de Hopper, le cinéma indépendant et la musique post-rock sont ses influences.

Mon avis : (lu en mai 2020)
Ce témoignage est tiré d’une histoire vraie, évoqué par Davide Coltri dans son recueil de différentes histoires Dov’è casa mia est raconté par Khalat elle-même dans un journal intime à partir de mars 2011, au début du printemps arabe, jusqu’à 2015, année du début de l’exode massif des migrants vers l’Allemagne.
En 2011, Khalat, jeune femme kurde syrienne, n’a pas vingt ans, vient d’intégrer l’université de Damas et elle rêve de devenir écrivaine, journaliste ou enseignante, de vivre loin de sa Syrie natale et d’y revenir de temps à temps pour voir ses parents et   Muhsen, son frère aîné adoré.
Mais quelques mois plus tard, la guerre civile détruit ses rêves d’émancipation et Khalat retourne auprès des siens, à ­Qamichli, la « capitale » du Kurdistan ­syrien. Puis Muhsen, devenu militant Kurde, disparaît… Avec ses parents et Kawa, son neveu âgé de moins de deux ans, ils doivent fuir la Syrie et partir à travers l’Irak, la Turquie, la Grèce, la Macédoine, la Serbie, la Hongrie, l’Autriche et plusieurs camps de migrants pour trouver finalement refuge en Allemagne.
Une bande dessinée d’une grande subtilité, le dessin d’une grande beauté donne à ce récit poignant toute sa profondeur. Les regards, les gestes sont dessinés avec une délicatesse qui sublime toute la sensibilité des mots.

Extrait : (quelques dessins)

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(6) Prénom

La Guerre des Lulus, Tome 6 : Lucien – Régis Hautière & Hardoc

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Quatrième de couverture :
Novembre 1918 : Les armes se sont tues mais le combat des Laina pour leur propre survie continue. Hospitalisé à Troyes, Lucien se souvient de son arrivée à l’orphelinat de Valencourt et de sa rencontre avec ceux qui allaient devenir ses meilleurs amis. A cette époque, la Grande Guerre n’avait pas encore ravagé l’Europe et les moments de joie et d’insouciance étaient fréquents. Pourtant, la douleur, le danger et les vexations fraisaient déjà partie du quotidien des Lulus..

Auteurs : Depuis 2004, le scénariste d’origine bretonne Régis Hautière, pilier des éditions Paquet a signé une vingtaine d’albums en seulement cinq ans dont le Dernier Envol avec Romain Hugault. Il multiplie aujourd’hui les projets chez d’autres éditeurs comme Soleil, Kstr, Glénat, Delcourt ou Dargaud. Après des études supérieures de philosophie et d’histoire et un troisième cycle en ingénierie de la connaissance, Régis Hautière a travaillé une dizaine d’années pour le festival BD d’Amiens.
Diplômé en génie électro-technique et licencié en Arts Plastiques, Hardoc démarre précocement sa carrière comme illustrateur pour une émission jeunesse de France 2, à 15 ans. Il gagne l’Écureuil d’Or qui récompense le meilleur jeune espoir au festival BD d’Angoulême en 1996. Hardoc rencontre ensuite Régis Hautière dans une association bédéesque d’Amiens (!!) et ils décident de travailler ensemble sur la série Le Loup, l’Agneau et les Chiens de guerre (éd. Paquet). Il participe, en mars 2005, au collectif des Nouvelles de Jules Verne en bandes dessinées des éditions Petit à Petit. En 2009, il publie, toujours avec Régis au scénario, l’histoire des Lulus, Jeux de guerre, dans le collectif Cicatrices de guerre(s). Et c’est avec impatience que l’on attendait leurs aventures complètes chez Casterman, La Guerre des lulus est arrivée, en janvier 2013.

Mon avis : (lu en février 2019)
Dans ce premier tome d’après-guerre, nous retrouvons Lucien. Alors que l’armistice vient d’être signé, Lucien est à l’hôpital après avoir perdu une jambe. C’est à l’occasion de sa rééducation qu’il rencontre et se rapproche d’Adélaïde, une jeune infirmière. Il va lui raconter son arrivée à l’orphelinat et comment il s’est rapproché des trois autres Lulus.
Dans ce tome, il n’y a  ni action, ni aventure mais plutôt une introspection de Lucien, blessé et seul, il se sent un peu perdu…
C’est l’occasion pour le lecteur d’en découvrir plus sur l’enfance de Lucien et sur l’avant-guerre des Lulus à l’orphelinat.
À la fin de ce tome, Lucien a la visite à l’hôpital d’un de la bande… Le lecteur apprend ainsi qu’un prochain tome est prévu…
Un album avec beaucoup de sensibilité et des personnages attachants. J’apprécie toujours autant cette série.

Extrait : (cliquer sur les planches pour les agrandir)

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Déjà lu du même auteur :

la_guerre_des_lulus_1914 La Guerre des Lulus, Tome 1 : 1914 : La maison des enfants trouvés

la_guerre_des_lulus_1915 La Guerre des Lulus, Tome 2 : 1915 : Hans

la guerre des lulus_3 La Guerre des Lulus, Tome 3 : 1916 : Le tas de briques

114664162 La Guerre des Lulus, Tome 4 : 1917 : La déchirure

91Gr1Gv91rL La Guerre des Lulus, Tome 5 : 1918 : La ders des ders

Petit bac 2020a(3) Crime et justice

Elle s’appelait Sarah – Pascal Bresson et Horne

71Xlq7-DsnL Marabulles – novembre 2018 – 208 pages

Quatrième de couverture :
Paris, juillet 1942 : Sarah, une fillette de dix ans qui porte l’étoile jaune, est arrêtée avec ses parents par la police française, en pleine nuit. Paniquée, elle met son petit frère à l’abri en lui promettant de revenir le libérer dès que possible. Paris, mai 2002 : Julia Jarmond, une journaliste américaine mariée à un Français, doit couvrir la commémoration de la rafle du Vél’ d’Hiv’. Soixante ans après, son chemin va croiser celui de Sarah, et sa vie changer à jamais.

Auteurs : Pascal Bresson scénariste et dessinateur, est né à Reims en 1969. Depuis 25 ans, il habite à Saint-Malo. Pascal a appris le métier dès l’âge de 12 ans auprès de deux maîtres du 9e art : Tibet et René Follet. Il a publié plus de 40 bandes dessinées et livres pour la jeunesse et a été récompensé pour son travail par plus de 15 prix, dont le « Grand Prix Public BD Européenne des Médias 2015 » pour Plus fort que la Haine (Glénat). Scénariste de Simone Veil. L’Immortelle (Marabout), Elle s’appelait Sarah est sa seconde collaboration avec les éditions Marabout. Sa citation préférée : « Un stylo peut transformer une tragédie en espoir et victoire. » Nelson Mandela.
Né en 1978 à Saint-Jean-Albert dans les Pyrénées Orientales, Horne est dessinateur et graphiste. Il se forme à la bande dessinée avec Sternis qui signe avec lui plusieurs albums chez Vents d’Ouest. Il travaille ensuite avec Corbeyran pour Bayard Presse. Ils réaliseront ensemble La Métamorphose de Franz Kafka (Delcourt), Le Quatrième mur de Sorj Chalandon, Lennon de David Foenkinos (Marabulles), Watchdogs, tome 1 & 2 Les deux royaumes ; Malpasset, L’Homme de l’année 1421, La Métamorphose (Delcourt) ; Le Port de la lune, tome 1 & 2 (Vent d’ouest), Tête de vache, le conquérant nu (Marabulles).

Mon avis : (lu en juin 2019)
Cette BD est l’adaptation très réussie du roman : Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay. Deux histoires se déroulent en parallèle, celle de Sarah, en 1942, déportée avec son père et sa mère, lors de la rafle du Vel’ D’Hiv’ et celle de Julia, américaine vivant à Paris en 2000 avec son mari Bertrand et sa fille Zoë.
En juillet 1942, Sarah a 10 ans, elle porte l’étoile jaune et elle est arrêtée, au milieu de la nuit, avec ses parents par la police française. Elle met à l’abri son petit frère et lui promet de revenir le chercher très vite. 
Paris, mai 2002, Julia Jarmond, journaliste américaine mariée à un Français, doit écrire un article pour la commémoration de la rafle du Vél d’Hiv. Un peu par hasard, soixante après, Julia va retrouver la trace de Sarah et s’intéresser à son histoire…
Le dessin est en noir et blanc pour évoquer le présent et l’enquête de Julia, pour l’histoire vue par les yeux de Sarah, quelques touches de couleurs donnent du relief à la hauteur de la gravité de l’époque.
Une histoire poignante qu’il est bon de lire ou relire pour ne pas oublier la tragédie de la rafle du Vel’ d’Hiv’ du 16 août 1942.

Extrait :

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Le roman adapté :

elle_s_appelait_sarah_p Elle s’appelait Sarah

La goûteuse d’Hitler – Rosella Postorino

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – mai 2019 – 9h36 – Lu par Audrey Sourdive

Albin Michel – janvier 2019 – 400 pages

traduit de l’italien par Dominique Vittoz

Titre original : Le assaggiatrici, 2018

Quatrième de couverture :
1943. Reclus dans son quartier général en Prusse orientale, terrorisé à l’idée que l’on attente à sa vie, Hitler a fait recruter des goûteuses. Parmi elles, Rosa.
Quand les S.S. lui ordonnent de porter une cuillerée à sa bouche, Rosa s’exécute, la peur au ventre : chaque bouchée est peut-être la dernière. Mais elle doit affronter une autre guerre entre les murs de ce réfectoire : considérée comme « l’étrangère », Rosa, qui vient de Berlin, est en butte à l’hostilité de ses compagnes, dont Elfriede, personnalité aussi charismatique qu’autoritaire.
Pourtant, la réalité est la même pour toutes : consentir à leur rôle, c’est à la fois vouloir survivre et accepter l’idée de mourir.
Couronné en Italie par le prestigieux prix Campiello, ce roman saisissant est inspiré de l’histoire vraie de Margot Wölk. Rosella Postorino signe un texte envoûtant qui, en explorant l’ambiguïté des relations, interroge ce que signifie être et rester humain.

Auteur : Née à Reggio de Calabre en 1978, Rosella Postorino vit à Rome. Elle est éditrice chez Einaudi et journaliste. Ses trois premiers romans, La stanza di sopra, L’estate che perdemmo Dio et Il corpo docile, ont été couronnés par plusieurs prix. Elle écrit également des essais, des pièces de théâtre, et contribue à des anthologies. La goûteuse d’Hitler est son premier roman traduit en français. Il vient d’être récompensé par le prestigieux prix Campiello.

Lecteur : Audrey Sourdive commence le théâtre à 5 ans. Depuis elle interprète de grands rôles classiques comme Elvire ou Lady MacBeth et s’intéresse aussi au théâtre contemporain ainsi qu’au théâtre pour enfants. Également metteur en scène, elle a récemment monté Ninon, une pièce sur le handicap, et le Circuit Ordinaire de Jean-Claude Carrière. Elle est également doubleuse (Millenium, Grey’s Anatomy, Spiderman…).

Mon avis : (écouté en juin 2019)
L’auteur s’est inspirée de l’histoire vraie de Margot Wölk, la dernière goûteuse d’Hitler pour écrire ce roman. C’est seulement en 2012, à l’âge de 95 ans que Margot Wölk a révélé son histoire, elles étaient 15 goûteuses et les 14 autres ont été tuées fin 1944, lors de l’arrivée des troupes soviétiques. Margot Wölk avait pu fuir par un train destination Berlin.
Son mari s’étant engagé dans l’armée, son appartement détruit et sa mère morte dans un bombardement à Berlin, Rosa est venue habiter à  Gross-Partsch, chez ses beaux-parents. Elle est alors réquisitionnée avec neuf autres jeunes femmes pour goûter les repas d’Hitler, ce dernier craignant d’être un jour empoisonné… Elles se retrouvent trois fois par jours pour ces « repas du hasard », puis devant attendre au moins une heure après chaque repas. Petit à petit, des liens vont se nouer entre les différentes goûteuses.
C’est la guerre, et même en Allemagne le ravitaillement pour la population est difficile.  La faim est bien présente et les goûteuses sont partagées entre l’opportunité de pouvoir manger des mets introuvables (fruits, légumes, desserts… Hitler étant végétarien) et la terrible angoisse de risquer d’être malade ou de mourir empoisonnée.
J’ai trouvé ce roman, basé sur des faits historiques, passionnant et captivant. Le rôle des goûteuses est bien décrit, leurs vies quotidiennes pendant la guerre également.
Rosa et ses camarades d’infortune sont très émouvantes et attachantes.
Ce livre qui m’avait été conseillé au Café Lecture de la Bibliothèque est une belle découverte !

Extrait : (début du livre)
Nous sommes entrées une par une. Après plusieurs heures d’attente debout dans le couloir, nous avions besoin de nous asseoir. La pièce était grande avec des murs blancs. Au centre, une longue table en bois déjà dressée pour nous. Ils nous ont fait signe de nous y installer.
Je me suis assise et j’ai croisé les mains sur mon ventre. Devant moi, une assiette en porcelaine blanche. J’avais faim.
Les autres femmes avaient pris place sans bruit. Nous étions dix. Certaines se tenaient droites, l’air compassé, les cheveux tirés en chignon. D’autres regardaient à la ronde. La jeune fille en face de moi mordillait ses peaux mortes et les déchiquetait entre ses incisives. Ses joues tendres étaient marquées de couperose. Elle avait faim.
À onze heures du matin, nous étions déjà affamées. Mais cela ne tenait pas à l’air de la campagne, au voyage en autocar. Ce trou dans l’estomac, c’était de la peur. Depuis des années nous avions faim et peur. Et quand les effluves de nourriture sont montés à nos narines,notre sang s’est mis à cogner à nos tempes, notre bouche à saliver. J’ai regardé la fille couperosée. Il y avait la même envie chez elle et chez moi.
Mes haricots verts étaient agrémentés d’une noix de beurre. Du beurre, je n’en avais pas mangé depuis mon mariage. L’odeur des poivrons grillés me chatouillait le nez, mon assiette débordait, je ne la lâchais pas des yeux. Celle de ma voisine d’en face contenait du riz et des petits pois.
« Mangez », ont-ils dit d’un angle de la salle, c’était à peine plus qu’une invitation et pas tout à fait un ordre. Ils lisaient l’appétit dans nos yeux. Bouches entrouvertes, respirations précipitées. Nous avons hésité. Personne ne nous avait souhaité bon appétit, alors je pouvais peut-être encore me lever et dire merci, les poules ont été généreuses ce matin, un œuf me suffira pour aujourd’hui.
J’ai recompté les convives. On était dix, ce n’était pas la cène.
« Mangez ! » ont-ils répété dans l’angle de la salle, mais j’avais déjà sucé un haricot et senti mon sang affluer à la racine de mes cheveux, à l’extrémité de mes orteils, senti mon cœur ralentir. Devant moi Tu dresses une table face à mes adversaires – ces poivrons sont si onctueux –, Tu dresses une table sur le bois nu, pas même une nappe, de la vaisselle blanche, dix femmes : voilées, nous aurions eu tout de religieuses, un réfectoire de religieuses tenues au vœu de silence.

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Irena – tome 4 : Je suis fier de toi – Jean-David Morvan, David Evrard, Séverine Tréfouël

81zW7nPj1WL Glénat – mars 2019 – 72 pages

Présentation :
Nous sommes en 1983 à Yad Vashem, au mémorial de la Shoah à Jérusalem. Irena a enfin été autorisée par les autorités communistes Polonaises à venir planter son arbre dans l’allée des Justes parmi les nations. 18 ans après avoir été honorée. C’est ici qu’elle rencontre une jeune femme qu’elle a sauvée, et sa petite fille. Irena leur raconte son histoire, son retour de l’enfer de la torture en 1944, à Varsovie, la fin de la guerre… et le début d’un autre combat.

Auteur :  Né  en 1969, Jean-David Morvan est l’un des scénaristes de BD les plus prolifiques de sa génération. Il s’est d’abord essayé au dessin mais abandonne les études pour devenir scénariste. Il publie ses premiers textes dans un fanzine où il rencontre Yann Le Gall avec qui il écrira en 2001 la série Zorn et Dirna. En 1994, il publie Nomad avec Sylvain Savoia. La série Sillage, commencée en 1998 avec Buchet au dessin, remporte un succès immédiat. Il est également l’auteur des séries Troll, HK, Al Togo, Reality Show et Je suis morte. En 2009 il remporte un Silver Award au Prix international du manga pour l’album Zaya.
En 2013, chez Glénat, il donne une suite à la série Nomad avec un second cycle qu’il intitule Nomad 2.0 avec, cette fois-ci, Julien Carette au dessin. L’année suivante, toujours chez Glénat, il scénarise : Sherlock Fox (dessin de Du Yu), SpyGames (dessin de Jung-Gi Kim) et l’album de la collection « Ils ont fait l’Histoire » consacré à Jaurès.

Mon avis : (lu en mai 2019)
En 1983, au mémorial de la Shoah à Jérusalem, Irena a été autorisée par les autorités communistes Polonaises à venir planter son arbre dans l’allée des Justes parmi les nations. A cette occasion, Irena raconte son histoire : comment elle a pu s’en sortir après son arrestation et après avoir été torturée en 1944, son retour à Varsovie jusqu’à la fin de la fin de la guerre où elle est obligée de se cacher et le début d’un nouveau combat.
Une BD toujours aussi poignante qui nous fait découvrir le destin hors-norme de cette grande héroïne polonaise de la Seconde Guerre mondiale.
Une suite (et fin ?) est prévue avec cinquième tome « La vie, après ».

Extrait : (début de la BD)

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Déjà lu du même auteur :

91sYNAhtwWL Irena – tome 1 : Le ghetto  91dLnOPDZ-L Irena – tome 2 : Les justes

51RBT9XNMpL  Irena – tome 3 : Varso-Vie

Une fille au manteau bleu – Monica Hesse

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Gallimard Jeunesse – octobre 2016 – 349 pages

Gallimard Jeunesse – février 2019 – 368 pages

traduit de l’anglais par Anne Krief

Titre original : Girl in the Blue Coat, 2015

Quatrième de couverture :
« La jeune fille qui a disparu est juive. Il faut que tu la retrouves avant les nazis. »
Amsterdam, 1943. Hanneke sillonne à vélo les rues de la ville afin de se procurer au marché noir des marchandises qu’on lui commande. Ses parents ignorent tout de ses activités clandestines. Un jour, l’une de ses clients lui fait une requête particulière. Il s’agit de retrouver une jeune fille qu’elle cachait chez elle et qui a disparu. Elle s’appelle Mijam Roodvelt. Elle est juive.Un écho vibrant au «Journal d’Anne Frank». Monica Hesse, journaliste au «Washington Post», retrace de façon saisissante la vie, ordinaire et extraordinaire, des jeunes d’Amsterdam sous l’occupation.

Auteur : Monica Hesse est journaliste au Washington Post. En 2015, elle publie « Une fille au manteau bleu » (Girl in the Blue Coat). Elle vit à Washington avec son mari.

Mon avis : (lu en avril 2019)
A travers cette histoire, le lecteur découvre l’histoire des Pays-Bas sous l’occupation. En 1943, à Amsterdam, alors qu’Anne Frank, cachée dans un grenier, rédige son fameux Journal, Hanneke travaille dans un magasin de pompes funèbres. Pour faire vivre sa famille, avec la complicité de son employeur, elle fait du marché noir en utilisant les tickets de rationnement trouvés sur les morts. Hanneke est ingénieuse et débrouillarde, elle se joue du danger pour contenter ses clients… Un jour, l’une d’elle, lui demande un service, retrouver Mirjam Roodvelt, une juive de 15 ans qui se cachait chez elle, et qui a disparu. Comme seul indice, Mirjam portait un manteau bleu… Hanneke hésite mais touchée par la détresse de sa cliente, elle décide de se renseigner. Elle va croiser la route d’Ollie, le frère de Bas, son amoureux mort à la guerre quelques mois plus tôt. Ce dernier est engagé dans un mouvement étudiant de résistance et Hanneke découvre avec stupeur la réalité des traitements subis par les juifs à cette époque aux Pays-Bas…

Ce livre, très documenté, est émouvant et captivant, il raconte une histoire profondément humaine où il est question d’amitié et de solidarité durant l’occupation allemande.

Extrait : (début du livre)
Un jour, longtemps avant la mort de Bas, nous avons fait semblant de nous disputer pour savoir qui de nous deux était tombé amoureux le premier. « C’est ta faute, m’a-t-il dit, parce que tu es adorable. » Je lui ai répondu qu’il se trompait. Que c’était un peu facile de m’accuser. C’était même irresponsable.
Je me rappelle toute cette conversation. Ça se passait chez ses parents, dans le salon, et nous étions réunis autour du nouveau poste de radio familial pendant que je lui posais des questions sur un devoir de géométrie qui ne nous intéressait ni l’un ni l’autre. L’Américaine Judy Garland chantait You Made Me Love You. C’est comme ça que la discussion avait commencé. Bas a dit que c’était moi la responsable s’il m’aimait. Je me suis moquée de lui parce que je ne voulais pas qu’il sache combien mon cœur s’emballait en l’entendant prononcer les mots « aimer » et « toi » dans la même phrase.
Et puis il a dit que c’était aussi ma faute s’il avait envie de m’embrasser. Après quoi je lui ai dit que c’était sa faute si je le laissais faire. Là-dessus, son frère aîné est entré dans la pièce et nous a dit que c’était notre faute si notre discussion lui donnait mal au cœur.
Ce n’est que bien plus tard ce même jour, en rentrant à la maison – à l’époque où je pouvais encore rentrer à la maison sans m’inquiéter d’être contrôlée par les soldats ou de rater l’heure du couvre-feu ou d’être arrêtée – que j’ai réalisé que je ne le lui avais pas dit en retour. La première fois qu’il m’avait dit qu’il m’aimait, j’avais oublié de le lui dire aussi.
J’aurais dû. Si j’avais su ce qui allait arriver et ce que j’allais découvrir sur l’amour et la guerre, je me serais arrangée pour le lui dire à ce moment-là.
C’est bien ma faute.

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Le voyage de Marcel Grob – Philippe Collin et Sébastien Goethals

9782754822480 Futuropolis – octobre 2018 – 192 pages

Quatrième de couverture :
Le destin tragique de Marcel Grob, jeune Alsacien de 18 ans, enrôlé de force en juin 1944, dans la Waffen SS. Philippe Collin et Sébastien Goethals se basent sur l’histoire vraie d’un de ces « malgré nous » pour raconter comment et dans quelles conditions ces jeunes Alsaciens furent incorporés et durent combattre dans la SS.

Auteurs : Philippe Collin est un producteur de radio, auteur et journaliste, né à Brest le 6 avril 1975. Il effectue des études d’histoire à l’Université de Bretagne occidentale, à Brest. Il est titulaire d’une maîtrise d’histoire contemporaine consacrée à l’épuration des collaborateurs à la Libération.  En 2018, il est l’auteur avec Sébastien Goethals de la bande dessinée « Le voyage de Marcel Grob ». Il raconte l’histoire de Marcel Grob, un malgré-nous, un jeune alsacien de 17 ans qui doit intégrer la Waffen-SS en 1944. La bande dessinée est inspirée d’une histoire vraie, celle du grand oncle de Philippe Collin.
Né en 1970, Sébastien Goethals est un spécialiste du thriller en bande dessinée. De 2000 à 2002, il met en images les trois albums de Tower sur un scénario de l’écrivain bicéphale Ange. En 2004 et 2005, il met son sens de l’action et de l’efficacité graphique au service du premier épisode d’Angeline écrit par la comédienne Adeline Blondieau et le réalisateur Éric Summer. Il prend alors un certain recul par rapport à la bande dessinée. Par ailleurs il a réalisé les couleurs du premier épisode de Spoon & White, polar humoristique signé Yann et Jean Léturgie. Mais l’autre domaine de prédilection de Sébastien est l’animation et notamment la création de personnage. Il a ainsi travaillé sur le long métrage Kong et les séries Lost Continent, Stargate et Les Copains de la forêt. C’est avec grand plaisir qu’on le voit de retour en BD avec Ceci est mon corps.

Mon avis : (lu en février 2019)
Cette BD raconte l’histoire peu connue des « Malgré-nous », à travers le destin tragique de Marcel Grob, jeune Alsacien de 18 ans, enrôlé de force dans la Waffen SS, en juin 1944 .
En octobre 2009, Marcel Grob est un vieil homme de 83 ans qui se retrouve devant un juge qui l’interroge sur sa vie. Plus particulièrement sur le 28 juin 1944, jour où ce jeune Alsacien est intégré dans la 16e division Reichsführer, de la Waffen SS.
Pour le juge qui instruit son affaire, il va falloir convaincre le tribunal qu’il n’a pas été un criminel nazi. Marcel Grob doit se replonger dans ses douloureux souvenirs d’un « Malgré-nous », forcé d’aller combattre en Italie dans l’une des plus sinistres divisions SS.
Il n’est pas facile de différencier les jeunes Alsaciens enrôlés de force et les Volontaires venus combattre de leur plein gré…
Cette BD est l’occasion de découvrir un pan de l’Histoire, de la Seconde Guerre Mondiale et de l’Alsace à cette époque.
A la fin de l’album, il y a un cahier historique intéressant et rappelle l’horreur absolue des massacres systématiques de villages entiers durant tout le conflit aussi bien par les SS que par l’armée allemande.

Extrait :

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Le Lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux – Martha Hall Kelly

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Charleston éditions – janvier 2018 – 576 pages

Pocket – janvier 2019 – 672 pages

traduit de l’américain par Géraldine d’Amicot

Titre original : Lilac girls, 2016

Quatrième de couverture :
Septembre 1939 : les hordes nazies déferlent sur la Pologne. Commence alors, pour trois femmes que tout oppose, un terrible et rigoureux hiver…
Il y a Caroline, d’abord. L’ancienne actrice américaine vit dans l’opulence, mais la guerre en Europe va bouleverser tout son quotidien… Kasia ensuite, cette jeune Polonaise qui rentre en Résistance, au péril de sa vie et de celles des siens. Herta, enfin, que son ambition dévorante jettera parmi les monstres – au point de s’y conformer.
Toutes trois l’ignorent encore mais elles ont rendez-vous, au plus noir de l’hiver : au camp de Ravensbrück…
Un premier roman remarquable sur le pouvoir méconnu des femmes à changer l’Histoire à travers la quête de l’amour, de la liberté et des deuxièmes chances.

Auteur : Martha Hall Kelly vit à Atlanta, en Géorgie. Son premier roman, Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux, a paru en 2018. Comparé à Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay, inspiré de faits réels, ce roman est devenu dès sa parution un best-seller du New York Times.  

Mon avis : (lu en décembre 2018)
C’est grâce au Café Lecture de la Bibliothèque que j’ai découvert ce livre. Martha Hall Kelly s’est inspirée de faits réels pour raconter l’histoire de trois femmes durant la Seconde Guerre mondiale : l’américaine Caroline Ferriday , l’allemande Herta Oberheuser et l’adolescente polonaise Kasia Kuzmerick. Les deux premières ont réellement existé, la dernière est un personnage de fiction inspiré de personnes réelles. 
Caroline Ferriday est une philanthrope américaine qui travaille bénévolement au consulat de France de New-York  avec l’Association des Déportés et Internées Résistantes (ADIR) afin de venir en aide aux orphelins français.
Kasia est une jeune résistante Polonaise envoyée à Ravensbruck, camp de concentration pour femmes, où elle croisera la route de l’ambitieuse médecin allemand Herta Oberheuser qui lui fera subir de cruelles expérimentations médicales.
Cette histoire dénonce la lâcheté et la cruauté de ces années mais montre également le courage et la force de Kasia et Caroline pour que l’Histoire n’oublie jamais.

Extrait : (début du livre)
Caroline
Si j’avais su que j’allais rencontrer l’homme qui me fracasserait comme le pot de terre contre le pot de fer, j’aurais fait la grasse matinée plutôt que de tirer de son lit notre fleuriste, M. Sitwell, pour qu’il me prépare une boutonnière. C’était mon premier gala au consulat et je n’allais pas me gêner.
Je me fondis dans la marée humaine qui remontait la cinquième avenue. Des hommes coiffés de feutre gris me dépassaient. Les journaux du matin, fichés dans leurs mallettes, arboraient les derniers titres anodins de la décennie. Aucun orage ne menaçait à l’est ce jour-là, aucun mauvais présage de ce qui nous attendait. Rien de mauvais ne nous venait de l’Europe, si ce n’est l’odeur d’eau stagnante qui montait de l’East River.
À l’approche de notre immeuble, au coin de la cinquième avenue et de la 49e rue, je sentis le regard de Roger qui me guettait de sa fenêtre à l’étage. Il avait licencié des employés pour bien moins que vingt minutes de retard. Mais je n’allais quand même pas me contenter d’une boutonnière minable, le seul jour de l’année où l’élite new-yorkaise ouvrait son portefeuille et prétendait se soucier de la France.
Je passai le coin et vis les lettres d’or gravées sur la pierre angulaire briller au soleil : LA MAISON FRANÇAISE. Le bâtiment français où se trouvait le consulat de France se dressait à côté de celui de l’Empire britannique. Tous les deux donnaient sur la cinquième avenue et faisaient partie du Rockefeller Center, le nouvel ensemble de granit et de calcaire construit par Rockefeller Junior. De nombreux consulats étrangers y avaient leurs bureaux, ce qui favorisait les échanges diplomatiques internationaux.
— Avancez jusqu’au fond et tournez-vous vers la porte, ordonna Cuddy, notre garçon d’ascenseur.
M. Rockefeller avait lui-même trié tous ses employés sur le volet, selon des critères esthétiques et en fonction de leurs bonnes manières. Cuddy était particulièrement beau même si ses cheveux étaient déjà poivre et sel, comme si son corps se hâtait de vieillir.
Cuddy fixa les chiffres illuminés au-dessus des portes.
— Il y a foule dans vos bureaux aujourd’hui, mademoiselle Ferriday. Pia a dit que deux nouveaux bateaux étaient arrivés.
— Merveilleux.
Cuddy épousseta une poussière invisible sur la manche de sa veste d’uniforme bleu marine.
— Est-ce que vous finirez encore tard ce soir ?
Si nos ascenseurs étaient censés être les plus rapides du monde, ils prenaient quand même une éternité.
— Je partirai à cinq heures ce soir. Nous avons un gala.
J’adorais mon travail. C’était ma grand-mère Woolsey qui avait instauré la tradition du bénévolat dans ma famille en soignant des soldats sur le champ de bataille de Gettysburg. J’étais responsable de l’aide aux familles pour le consulat de France, mais ce n’était pas vraiment du travail à mes yeux, plutôt une passion héréditaire pour tout ce qui était français. Mon père avait beau être à demi irlandais, son cœur battait pour la France. De plus, Mère avait hérité d’un appartement à Paris, où nous passions tous les mois d’août, aussi m’y sentais-je chez moi.
L’ascenseur s’arrêta. La terrible cacophonie qui me parvint, même à travers les portes fermées, me fit trembler.
— Troisième étage, annonça Cuddy. Consulat de France. Attention à…

petit bac 2019(1) Végétal