Ce pays qu’on appelle vivre – Ariane Bois

615X8H+K72L Plon – janvier 2023 – 281 pages

Quatrième de couverture :
Jeune caricaturiste de presse juif allemand, Leonard Stein est réfugié sur la Côte d’Azur, lorsque la guerre le rattrape à l’été 40. Arrêté par les gendarmes français, il est envoyé aux Milles, près d’Aix en Provence. Cette ancienne usine de tuiles peuplée d’un millier d’étrangers « indésirables » transformée en un effroyable camp d’internement est aussi paradoxalement un centre de culture et de création, rassemblant intellectuels et artistes de Max Ernst à Hans Bellmer.
En cherchant à s’échapper des Milles par tous les moyens, Leo fait la rencontre de Margot Keller, volontaire d’un réseau de sauvetage marseillais, dont il tombe éperdument amoureux. Alors que leurs efforts conjugués présagent la liberté, l’été 42 s’annonce, meurtrier et cruel. Le jeune couple décide de tenter l’impossible : sauver les enfants juifs de la déportation et rejoindre la résistance…
Dans la lignée du Gardien de nos frères, prix Wizo 2016, Ariane Bois signe un grand roman d’amour et de résistance et dresse le portrait de deux héros au courage prodigieux, pris dans l’enfer du plus grand camp d’internement et de déportation français de la zone sud, encore intact aujourd’hui et longtemps méconnu.

Auteure : Ariane Bois est romancière, grand reporter et critique littéraire. Elle est notamment l’auteure, récompensée par de nombreux prix littéraires, du Gardien de nos frères (2015), Dakota Song (2017), L’Île aux enfants (2019), finaliste du prix Maison de la presse, et L’Amour au temps des éléphants (2021), Éteindre le soleil (2022).

Mon avis : (lu en janvier 2023)
Ce roman a pour cadre historique le camp d’internement et de déportations des Milles situé à proximité d’Aix-en-Provence, il met en scène des personnages de fictions et des personnages réels.
Leonard Stein est un jeune caricaturiste de presse,  juif allemand, il a dû quitter sa famille et son pays après avoir été interné à Dachau. Il a pu se réfugier sur la Côte d’Azur. Mais la Guerre va le rattraper et comme beaucoup d’étrangers réfugiés dans le sud de la France, il est envoyé au camp des Milles. Là-bas, il ne sait pas ce qu’il va se passer pour eux tous. Il cherche donc tous les moyens possible pour sortir. Il va alors rencontrer Margot Keller, une jeune juive française qui vit à Marseille et qui aide les réfugiés. Elle sera pour lui l’espoir de la liberté. Depuis l’extérieur du camp, elle tente de l’aider à d’obtenir un visa pour un pays étranger accueillant. C’est à la fois une course contre la montre et un parcours du combattant… Dans le camp, Leo rencontrera Max Ernst et Franz Hessel parmi les intellectuels et des artistes qui ont fui le nazisme.
Dans ce roman historique pour se souvenir du camp français des Milles, il est question de l’horreur de la guerre mais surtout de solidarité, de courage, d’engagement, de liberté, d’art et de culture. L’usine de tuiles des Milles verra passer 10 000 étrangers, en majorité juifs. Après les avoir accueilli sur le sol français, l’État français n’hésitera pas à les trahir en les livrant aux Allemands avant même que la zone libre soit abolie…  Il y aura heureusement des hommes et des femmes courageux, des Justes, qui feront tout ce qu’ils pourrons pour sauver le maximum d’internés et notamment des enfants en les exfiltrant du camp. Ce roman leurs rend hommage.

Merci Babelio et les éditions Plon pour m’avoir permis de découvrir le nouveau livre d’Ariane Bois avant une rencontre prévue mercredi 18 janvier à laquelle je n’ai malheureusement pas pu assister en raison de la grève du lendemain…

Pour en savoir plus : Site-Mémorial du Camp des Milles

Extrait : (début du livre)
Il reconnaît l’air, toujours le même.
Un refrain patriotique entonné par des centaines de jeunes poitrines masculines, des garçons au garde-à-vous martelant les paroles d’un air martial. Puis arrivent les ordres lancés par la masse d’hommes galvanisés, nettoyez la terre allemande, honte aux ennemis du peuple, ou encore pas de place pour les auteurs dégénérés. Ensuite, dans la foule qui s’ouvre, dansent les drapeaux agités frénétiquement. La manifestation est passée par la porte de Brandebourg, puis a défilé avenue Unter den Linden avant de se grouper là, place de l’Opéra. La cérémonie peut commencer, sous une pluie battante. Les étudiants et les Jeunesses hitlériennes sont pressés d’en découdre, de se battre, même si leurs ennemis pour l’instant sont composés d’encre et de papier, et non de chair et d’os.
Aujourd’hui, à Berlin, comme dans vingt et une villes de la nouvelle Allemagne, on brûle des œuvres jugées antiallemandes. Un bûcher identique à ceux de l’Inquisition, pense le jeune homme, et cela dans son propre pays !
Contre la lutte des classes et le matérialisme, pour la communauté nationale. Je jette dans les flammes les écrits de Marx, récite un officiant.
Et juste après, l’odeur des pages qui s’embrasent, la couverture de l’ouvrage se tordant et, à la lueur des torches, les rictus virils des étudiants qui, un à un, s’avancent et précipitent avec solennité les textes de Freud, de Heine, de Mann, de Kautsky dans le feu.
Tous ces livres que son père, Jakob Stein, aime à la passion et dont il peut réciter des paragraphes ou des pages entiers. Il les vendait, ces auteurs favoris.
Avant, quand l’Allemagne n’avait pas été capturée par un fou qui entendait purger le pays de ses éléments indésirables, et établir un ordre nouveau, celui de la république nationale-socialiste. Lorsque le brasier atteint son paroxysme et que les cris deviennent
clameur, Leo entend des sales Juifs et des dehors hurlés à son endroit. Ils l’ont repéré, se lancent à sa poursuite. Alors, dans ce Berlin qu’il connaît mal, le jeune homme se met à courir, à courir, à perdre le souffle.

Déjà lu du même auteur : 

Petit bac 2023(2) Lieu

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L’Archiviste – Alexandra Koszelyk

71pth5YXMHL Aux forges de Vulcain – octobre 2022 – 272 pages

Quatrième de couverture :
K est archiviste dans une ville détruite par la guerre, en Ukraine. Le jour, elle veille sur sa mère mourante. La nuit, elle veille sur des œuvres d’art. Lors de l’évacuation, elles ont été entassées dans la bibliothèque dont elle a la charge. Un soir, elle reçoit la visite d’un des envahisseurs, qui lui demande d’aider les vainqueurs à détruire ce qu’il reste de son pays : ses tableaux, ses poèmes et ses chansons. Il lui demande de falsifier les œuvres sur lesquelles elle doit veiller. En échange, sa famille aura la vie sauve. Commence alors un jeu de dupes entre le bourreau et sa victime, dont l’enjeu est l’espoir, espoir d’un peuple à survivre toujours, malgré la barbarie.

Auteure : Alexandra Koszelyk est née en 1976. Elle enseigne, en collège, le français, le latin et le grec ancien.

Mon avis : (lu en novembre 2022)
Dans ce roman, Alexandra Koszelyk nous entraîne en Ukraine, c’est la guerre et son héroïne K. est archiviste dans une ville en ruine. Dans les sous-sols de la bibliothèque qu’elle dirige, elle tente de protéger les trésors littéraires et artistiques nationaux. Elle veille également sur sa mère mourante qui perd un peu la tête.
Un soir, K reçoit la visite d’un personnage inquiétant, « l’Homme au chapeau ». Celui-ci représente l’envahisseur, qui n’est jamais nommé, il lui demande de falsifier différentes œuvres pour réécrire l’Histoire et effacer la culture ukrainienne de celle-ci… Une demande impossible à exécuter pour K. mais si elle ne le fait pas, Mila, sa sœur jumelle, est menacée de mort.
En premier lieu, K. doit modifier quelques mots sur le manuscrit de l’hymne national ukrainien. Avant de s’exécuter, K. reçoit la visite d’ombres du passé et/ou se retrouve dans le passé, elle va tenter d’obéir à l’ennemi tout en laissant subtilement un message, témoignage de la falsification…
Cette intrigue permet au lecteur de découvrir aux côtés de K. la culture ukrainienne à travers des artistes comme Tchoubynsky, Chevtchenko, Alla Horska ou Primatchenko, Gogol, Sonia Delaunay et des événements marquants de l’histoire ukrainienne comme Holodomor, Tchernobyl ou Maïdan.

Et nous comprenons d’autant mieux, la volonté du peuple Ukrainien de résister à l’envahisseur, la fierté pour son identité et pour son indépendance culturelle.
Une très belle histoire, une héroïne terriblement attachante et une découverte passionnante d’un petit peu de l’Histoire et de la culture ukrainienne.

Extrait : (début du livre)
La nuit était tombée sur l’Ukraine.
Comme à son habitude, K était assise au bord du lit, attendant que sa mère s’endorme. La jeune femme était revenue vivre dans l’appartement de son enfance, après la crise qui avait laissé sa mère infirme. Une fois que les traits de celle-ci se détendirent, que sa respiration devint paisible, qu’elle retrouva sur son visage cette lucidité que l’éveil lui ôtait, K sortit de la chambre et referma la porte avec douceur. Dans la cuisine, elle prépara un café et, pendant que l’eau chauffait, alluma une cigarette, appuyée contre la fenêtre. Son regard se perdit dans la ville où les réverbères diffusaient une lumière douceâtre.
Des images de l’invasion lui revinrent.
La sidération le jour même, la bascule d’un temps vers un autre, ouvert à d’effrayantes incertitudes, cette faculté déjà de percevoir qu’un point sans retour venait d’être franchi… Comment aurait-elle pu se dire qu’un passé, dont chacun possédait encore le souvenir, allait redevenir l’exacte réalité ? N’apprend-on donc rien des leçons de la guerre ?
Les premiers bombardements, les premiers tirs, les incendies, les murs des immeubles qui tombaient par morceaux, éclatant au sol comme des fruits trop mûrs à la fin de l’été, des fruits lourds de tout ce que l’être humain n’arrive pas à comprendre. Partout disséminés, des objets du quotidien qui ne retrouveraient jamais leur usage et qui dans la rue devenaient absurdes, piétinés par la foule qui courait se mettre à l’abri aux premières sirènes. Combien de visages pétrifiés, ahuris à jamais par ce monde plein de douleurs, combien de corps fallait-il jeter à la hâte au creux des fosses pour éviter les maladies et la prolifération des vermines, combien d’enfants aux yeux emplis de visions d’horreur qui ne s’endormaient qu’au matin, épuisés par un combat nocturne contre une fatigue au goût de mort ?
Et ces autres, là-bas, dans ces pays hors d’atteinte où le quotidien n’avait pas été saccagé : combien de temps fallait-il pour que nos voix leur parviennent ? Jusqu’où l’écho d’un appel aux armes devait-il aller ? Quel degré d’horreur devait-on atteindre pour qu’ils réagissent ?
Les jours passaient et personne ne venait, les gens restaient incrédules.
Au hasard des rues, K aperçut ce duo de soldats, le fusil en bandoulière. Ils avaient visiblement pour mission de décrocher des panneaux. Les suites de la guerre passaient aussi par ces corrections apparemment anodines : faire passer toute la signalétique dans la langue de l’envahisseur, bannir celle du pays. L’invasion n’était pas terminée qu’elle préparait déjà le temps d’après : vieille méthode romaine de débaptiser les lieux.

Déjà lu de la même auteure :

715TlZ+GONL A crier dans les ruines

Les recettes des dames de Fenley – Jennifer Ryan

81BJMCCqlLL Albin Michel – mars 2022 – 512 pages

traduit de l’anglais par Françoise du Sorbier

Titre original : The Kitchen Front, 2021

Quatrième de couverture :
La résistance féminine s’organise… derrière les fourneaux !
Prenez des femmes déterminées, des prisonniers de guerre et des hommes malveillants, ajoutez quelques recettes excentriques, saupoudrez d’une bonne dose d’humour typiquement british… Après le succès de La Chorale des dames de Chilbury, Jennyfer Ryan nous ouvre l’arrière-cuisine de la Seconde Guerre mondiale : un régal !
Épuisée par le conflit, ravagée par le Blitz, confrontée à une terrible pénurie alimentaire, l’Angleterre de Churchill invite les ménagères à participer à un concours de cuisine via les ondes de la BBC. La gagnante deviendra la première femme à coanimer une émission radiophonique. Lancées à corps perdu dans la compétition, quatre participantes vont révéler des trésors d’habileté et de ruse. Car l’enjeu est de taille, et ce concours, qui avait pour but de resserrer la communauté, risque de la diviser…

Auteur : Née dans un petit village du Kent, Jennifer Ryan a été éditrice à Londres avant de partir à Washington avec sa famille. Plusieurs de ses nouvelles ont été publiées dans des revues littéraires. Après La Chorale des dames de Chilbury, succès international, Les Recettes des dames de Fenley est son deuxième roman

Mon avis : (lu en juin 2022)
En 1942, en Angleterre ce sont les tickets de rationnement et les pénuries alimentaires… Pour soutenir et donner des idées et astuces aux cuisinières, il y a à la BBC l’émission « The Kitchen Front » animé par Ambrose. Celui-ci décide de lancer un concours auprès des meilleures cuisinières de la région pour sélectionner la première femme à coanimer son émission. Il y aura quatre candidates aux profils différents mais très compétentes. Audrey est une veuve de guerre qui vend des tourtes pour payer ses dettes et élever ses enfants. Lady Gwendoline est la sœur cadette d’Audrey, elle organise des ateliers de cuisine pour le compte du ministère du Ravitaillement, elle vit dans l’une des meilleures maisons de la région. Nell est seconde de cuisine sous les ordres de Mrs Quince, elle a du talent malgré sa timidité maladive. Enfin, Zelda, est une chef londonienne non reconnue là-bas car femme, elle est arrivée à Fenley dans une situation délicate… La compétition s’organise en trois manches : la première autour des entrées, la seconde autour des plats de résistance et la dernière autour des desserts. La candidate qui aura obtenu le meilleur score à l’issue de ces trois épreuves sera la gagnante !
Ce roman trace les portraits de quatre femmes dans l’Angleterre des années 40, de milieux très différents mais qui partagent comme passion et raison de vivre la cuisine. Au delà du concours de cuisine et des nombreuses recettes de cuisine présentes dans le livre, le lecteur découvre au fil des pages des femmes courageuses, tenaces et qui rivalisent de créativité et d’ingéniosité.
Un bel hommage à nos grands-mères qui ont mené également cette guerre du ravitaillement.

Extrait : (début du livre)
ENTRÉE
Rations alimentaires hebdomadaires pour un adulte pendant la guerre :
100 g de bacon ou de jambon (environ 4 tranches minces)

2 livres de viande hachée ou 1 livre de viande avec ou sans os
50 g de fromage (un cube de 5 cm)
100 g de margarine (8 cuillerées à soupe)
50 g de beurre (4 cuillerées à soupe)
1,5 litre de lait
200 g de sucre
50 g de confiture (4 cuillerées à soupe)
50 g de thé en vrac (de quoi faire environ 15 à 20 tasses)
1 œuf frais (plus un paquet mensuel d’œufs en poudre, l’équivalent de 12 œufs)
150 g de bonbons ou de sucre d’orge
Saucisses, poisson, légumes, farine et pain ne sont pas rationnés, mais parfois difficiles à trouver. On peut se procurer les conserves, les sardines et la mélasse avec les 24 points mensuels en libre utilisation sur les nouvelles cartes dans le cadre du plan de rationnement par points.

Source : Compilation de documents imprimés du ministère du Ravitaillement.

Mrs Audrey Landon
Willow Lodge, village de Fenley, Angleterre
Juin 1942
Une tornade s’engouffra dans la cuisine, qu’une superbe matinée de printemps éclairait de toute sa splendeur dorée. Des garçons se poursuivaient en se tirant dessus, dans un tohu-bohu censé reproduire la bataille de Dunkerque.
« Allez, ouste, sortez d’ici ! » Audrey les chassa d’un coup de torchon.
L’odeur de fruits rouges en train de compoter – framboises, fraises, groseilles – emplissait la grande cuisine vétuste où une mince femme d’une quarantaine d’années ajoutait une pincée de cannelle et une autre de muscade. Vêtue d’un pull d’homme rentré dans un pantalon d’homme, elle semblait harassée et peu soucieuse de son apparence. Ses vieilles bottes étaient maculées de boue en provenance du potager.
L’horloge de bois accrochée au mur sonna la demie et Audrey s’essuya le front du dos de la main. « Oh là là, non ! Déjà huit heures et demie ! »

 Déjà lu du même auteure :

91Netsp2frL La Chorale des dames de Chilbury

Petit bac 2022
(5) Lieu

voisinsvoisines2021_new50
Angleterre

Un pays de neige et de cendres – Petra Rautiainen

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

913hqAasxpL Seuil – mars 2022 – 320 pages

traduit du finnois par Sébastien Cagnoli.

Titre original : Tuhkaan piirretty maa, 2020

Quatrième de couverture :
En 1944, au milieu des étendues sauvages de la Laponie, un jeune soldat finlandais, Olavi Heiskanen, officie comme traducteur dans un camp de prisonniers dirigé par les Allemands. La cruauté fait partie du quotidien, détenus et gardiens luttent pour préserver leur humanité.
Enontekiö, 1947. La journaliste Inkeri Lindqvist s’installe dans la ville pour écrire sur la reconstruction de la Laponie. Mais elle cherche avant tout, et en toute discrétion, à élucider le mystère qui entoure la disparition de son mari durant la guerre.
Alors qu’Olavi et Inkeri cohabitent, la journaliste découvre peu à peu ce que tout un peuple sami a subi dans l’indifférence la plus totale. Et dans la nuit polaire, l’Histoire s’apprête à révéler, sous le soleil de minuit, ses plus sombres secrets.

Auteur : Petra Rautiainen est née en 1988 en Finlande. Elle s’intéresse à la représentation du peuple sami dans les médias. Un pays de neige et de cendres, son premier roman, est un best-seller et a été traduit dans douze langues.

Mon avis : (lu en février 2022)
Avec ce roman, le lecteur découvre la Laponie et son peuple autochtone, les Samis, durant la fin de la Seconde Guerre Mondiale et l’après-guerre. La Laponie représente une zone qui couvre le nord de la Suède, de la Norvège et de la Finlande ainsi que la péninsule de Kola en Russie.
« Un pays de neige et de cendres » est composé en alternance de deux parties qui reflètent deux époques. Il y a en premier le journal intime de Väinö Remes, un soldat finlandais, écrit entre février à septembre 1944 racontant son quotidien de traducteur et de gardien dans un camp de prisonniers à Inari.
La deuxième partie se passe de 1947 à 1950 avec la journaliste Inkeri Lindqvist venue s’installer à Enontekiö pour, officiellement, écrire sur la reconstruction de la Laponie. En réalité, elle enquête discrètement, à comprendre comment son mari a disparu durant la guerre.
Avec l’aide d’un vieux Sami, Piera et de sa petite fille, Bigga, Inkeri va découvrir ce pays qu’elle ne connaissait pas. En donnant des cours d’art et de photographie aux enfants du village, elle va peu à peu comprendre ce que tout un peuple a subi durant la guerre dans l’indifférence la plus totale. Dans la même maison, il y a également Olavi, ancien soldat qui est resté à Enontekiö après la guerre, silencieux
Ce roman se lit comme un roman policier puisque le suspens est présent à savoir si Inkeri aboutira dans son enquête. Le lecteur en sait plus qu’Inkeri grâce au point de vue du journal intime de Väinö. Historiquement, le roman, très bien documenté est passionnant.
Le ciel, le soleil de minuit, la nuit polaire et la nature de Laponie sont également fascinants à découvrir dans cet ouvrage.

Merci Babelio et les éditions du Seuil pour cette belle découverte.

Extrait : (début du livre)
INARI
Février 1944
Je suis arrivé hier à Inari : au centre pénitentiaire suivant, après celui de Hyljelahti. Ce camp ne figure pas sur les cartes finlandaises. Il est situé à une vingtaine de kilomètres à l’est nord-est du centre-bourg. Le lac est proche. La voie qui mène ici n’a de route que le nom, et deux grands arbres obstruent la
vue dans cette direction. À leur niveau, des panneaux signalent qu’il est interdit de passer sous peine de mort. Ils sont écrits en allemand et en same d’Inari. En same parce que, si quelqu’un passait par là, ce serait probablement un nomade traversant la toundra. À supposer qu’ils sachent lire, ces gens-là.
Hänninen est venu à ma rencontre. Je me suis présenté : « Väinö Remes, autorité militaire, interprète. » Sans rien dire, il m’a examiné de la tête aux pieds. Je dois avoir l’air jeune. Nous avons roulé sur un sentier pédestre dans une voiture allemande. Arrivés devant le portail, nous sommes sortis du véhicule. Le gardien n’a pas réagi tout de suite ; mais en voyant l’officier, il a changé d’expression, le boche. J’ai lu la peur dans ses yeux. Il avait une tête de mort sur le col. Hänninen lui a dit quelque chose et lui a proposé une cigarette. Le garde n’y a pas touché. Je ne sais pas s’il comprenait le finnois. Hänninen m’a expliqué ce que je savais déjà. Comme partout ailleurs, les prisonniers sont répartis entre différentes tentes. Dans celle de gauche, il y a des Ukrainiens ; dans la suivante, d’autres Soviétiques ; ensuite, des Serbes. J’ai vu
une quatrième tente. Mais il n’en a pas parlé. Je ne sais pas à quoi elle sert.
Il n’y a pas de Juifs. Les Juifs – avérés ou soupçonnés – sont expédiés au camp pénitentiaire de Hyljelahti. D’ailleurs, les détenus sont relativement peu nombreux ici, mais ils affluent à un rythme continu. Hänninen m’a parlé de tout un navire de prisonniers arrivé l’autre nuit depuis Dantzig ; dans le lot, il y avait des Polonais et des Roumains. Dès le matin, ils sont partis construire une route vers le nord. À part ça, dans les environs, il y a deux ou trois autres camps, dont un est réservé aux Allemands coupables de trahison à la patrie ou à la race. Les traîtres à la race, ce sont les pires. Tous les dimanches, ils sont emmenés à la prison communale d’Inari pour être exécutés.

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Petit bac 2022
(2) Couleur

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Finlande

Les enfants de la Liberté – Alain Grand, Marc Levy

002768142 Casterman – septembre 2013 – 162 pages

Quatrième de couverture :
Ils s’appelaient Raymond, Claude, Charles, Emile, Boris, Jan, Catherine, Damira, Sophie ou Osna. C’est l’histoire vraie de ces enfants de l’Occupation devenus trop vite adultes. C’est l’histoire de leur engagement dans la résistance toulousaine.

Auteurs : Né en 1955 à Saint-Gaudens, Alain Grand se passionne pour le cinéma d’animation. Après un bac scientifique, c’est à l’occasion d’un prix bd amateur que Jijé lui remet son trophée, en 1974 (un bon souvenir, forcément). En 1981, il obtient une thèse de doctorat en chirurgie dentaire, tout en publiant diverses couvertures, planches de bande dessinée et illustrations, en particulier pour les éditions Milan et le journal Mikado. En 1991, son premier album, Opération Comics, est publié, et sélectionné pour le prix du public au festival d’Angoulême qui suit. En 2001, c’est avec Gérard Moncomble au scénario qu’il sort cette fois Un ange passe. En 2007, toujours avec le même scénariste, et l’amiénois David François à la couleur, il signe le premier tome de Vilaine, non sans avoir auparavant, en 2006, mis un terme à son activité dans la chirurgie dentaire… 
Né en 1961 à Boulogne dans les Hauts-de-Seine, Marc Levy quitte la France pour les États-Unis à 23 ans et fonde une société spécialisée dans l’image de synthèse. Il reste en Amérique du Nord, sa seconde patrie, pendant sept ans et revient à Paris avec le projet de créer un cabinet d’architecture avec deux de ses amis. Il en est directeur pendant près de dix ans. Aimant raconter des histoires, Marc Levy se met à l’écriture en amateur. Finalement, il décide d’envoyer son manuscrit à plusieurs éditeurs et ce sont les éditions Robert Laffont qui le contacteront. Son premier roman ‘Et si c’était vrai …’ est très bien accueilli par le public et adapté au cinéma en 2005. Depuis, il se consacre à l’écriture et emmène le lecteur dans son univers où tout est possible. ‘La Prochaine Fois’ paraît en février 2005. En janvier 2006, les ventes de ses cinq livres, toutes éditions et langues confondues, ont dépassé les dix millions d’exemplaires. Ses romans, ‘Mes amis, mes amours’ et ‘Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites’ sont venus confirmer l’engouement pour cet auteur. Marc Levy vit à Londres.

Mon avis : (lu en décembre 2021)
Les enfants de la liberté est le septième roman de Marc Levy, il est très différent des histoires habituelles de l’auteur. Il rend hommage aux étrangers qui se sont battus pour la France lors de la Seconde Guerre Mondiale.
L’auteur raconte ici l’histoire de son père et de son oncle, deux jeunes Juifs qui rentrent dans la Résistance, ils combattent, ils ont peur, ils tuent, des camarades se font tuer ou se font arrêter, ils passeront quelques temps dans la prison Saint-Michel de Toulouse, puis se feront déporter après un périple long et pénible en train… Malgré les trahisons, les arrestations et la mort, l’espoir, le courage et la liberté sont toujours présents pour les faire avancer et espérer à un avenir meilleur.
« Les Enfants de la liberté » est une bande-dessinée touchante, forte et passionnante. Les dessins, sobres mais soignés, dépeignent avec justesse l’atmosphère de l’époque et les actions des résistants, ils donnent encore plus de force et d’humanité aux personnages.
En bonus, à la fin de cet album un dossier avec des documents authentiques appartenant au père de Marc Levy. 
Une belle lecture pour découvrir ou redécouvrir ce roman témoignage.

Extrait :

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Petit bac 2022
(2) Famille

Déjà lu l’original :

les enfants de la liberté Les enfants de la liberté – Marc Levy

Khalat – Giulia Pex

71li5LAWYlL Éditions Presque lune – janvier 2020 – 116 pages

Quatrième de couverture :
Qu’emporteriez-vous si, une nuit, vous étiez contraints de quitter votre maison pour toujours ? A quels compromis seriez-vous disposés à vous résoudre et où finiraient vos ambitions, les rêves et l’amour ? Inspiré d’une histoire vraie, Khalat raconte ce qui se cache derrière l’un des nombreux visages qui peuplent nos villes, celui d’une femme et de sa marche forcée, de la naïveté au désenchantement, de la Syrie à l’Europe.

Auteur : Giulia Pex est née en 1992 dans la province de Milan. Après avoir fréquenté l’Istituto Italiano di Fotografia, où elle expérimente le mélange des genres, mêlant ses clichés au dessin, elle décide de se consacrer entièrement à l’illustration et s’inscrit à la Scuola del Fumetto. Les lignes nettes au crayon et aquarelles légères contribuent à donner vie à son imaginaire, dans lequel trouble et tranquillité trouvent leur place et coexistent pacifiquement. L’art romantique, les lumières de Hopper, le cinéma indépendant et la musique post-rock sont ses influences.

Mon avis : (lu en mai 2020)
Ce témoignage est tiré d’une histoire vraie, évoqué par Davide Coltri dans son recueil de différentes histoires Dov’è casa mia est raconté par Khalat elle-même dans un journal intime à partir de mars 2011, au début du printemps arabe, jusqu’à 2015, année du début de l’exode massif des migrants vers l’Allemagne.
En 2011, Khalat, jeune femme kurde syrienne, n’a pas vingt ans, vient d’intégrer l’université de Damas et elle rêve de devenir écrivaine, journaliste ou enseignante, de vivre loin de sa Syrie natale et d’y revenir de temps à temps pour voir ses parents et   Muhsen, son frère aîné adoré.
Mais quelques mois plus tard, la guerre civile détruit ses rêves d’émancipation et Khalat retourne auprès des siens, à ­Qamichli, la « capitale » du Kurdistan ­syrien. Puis Muhsen, devenu militant Kurde, disparaît… Avec ses parents et Kawa, son neveu âgé de moins de deux ans, ils doivent fuir la Syrie et partir à travers l’Irak, la Turquie, la Grèce, la Macédoine, la Serbie, la Hongrie, l’Autriche et plusieurs camps de migrants pour trouver finalement refuge en Allemagne.
Une bande dessinée d’une grande subtilité, le dessin d’une grande beauté donne à ce récit poignant toute sa profondeur. Les regards, les gestes sont dessinés avec une délicatesse qui sublime toute la sensibilité des mots.

Extrait : (quelques dessins)

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Petit bac 2020a
(6) Prénom

La Guerre des Lulus, Tome 6 : Lucien – Régis Hautière & Hardoc

81lt6xsQZmL Casterman – novembre 2019 – 64 pages

Quatrième de couverture :
Novembre 1918 : Les armes se sont tues mais le combat des Laina pour leur propre survie continue. Hospitalisé à Troyes, Lucien se souvient de son arrivée à l’orphelinat de Valencourt et de sa rencontre avec ceux qui allaient devenir ses meilleurs amis. A cette époque, la Grande Guerre n’avait pas encore ravagé l’Europe et les moments de joie et d’insouciance étaient fréquents. Pourtant, la douleur, le danger et les vexations fraisaient déjà partie du quotidien des Lulus..

Auteurs : Depuis 2004, le scénariste d’origine bretonne Régis Hautière, pilier des éditions Paquet a signé une vingtaine d’albums en seulement cinq ans dont le Dernier Envol avec Romain Hugault. Il multiplie aujourd’hui les projets chez d’autres éditeurs comme Soleil, Kstr, Glénat, Delcourt ou Dargaud. Après des études supérieures de philosophie et d’histoire et un troisième cycle en ingénierie de la connaissance, Régis Hautière a travaillé une dizaine d’années pour le festival BD d’Amiens.
Diplômé en génie électro-technique et licencié en Arts Plastiques, Hardoc démarre précocement sa carrière comme illustrateur pour une émission jeunesse de France 2, à 15 ans. Il gagne l’Écureuil d’Or qui récompense le meilleur jeune espoir au festival BD d’Angoulême en 1996. Hardoc rencontre ensuite Régis Hautière dans une association bédéesque d’Amiens (!!) et ils décident de travailler ensemble sur la série Le Loup, l’Agneau et les Chiens de guerre (éd. Paquet). Il participe, en mars 2005, au collectif des Nouvelles de Jules Verne en bandes dessinées des éditions Petit à Petit. En 2009, il publie, toujours avec Régis au scénario, l’histoire des Lulus, Jeux de guerre, dans le collectif Cicatrices de guerre(s). Et c’est avec impatience que l’on attendait leurs aventures complètes chez Casterman, La Guerre des lulus est arrivée, en janvier 2013.

Mon avis : (lu en février 2019)
Dans ce premier tome d’après-guerre, nous retrouvons Lucien. Alors que l’armistice vient d’être signé, Lucien est à l’hôpital après avoir perdu une jambe. C’est à l’occasion de sa rééducation qu’il rencontre et se rapproche d’Adélaïde, une jeune infirmière. Il va lui raconter son arrivée à l’orphelinat et comment il s’est rapproché des trois autres Lulus.
Dans ce tome, il n’y a  ni action, ni aventure mais plutôt une introspection de Lucien, blessé et seul, il se sent un peu perdu…
C’est l’occasion pour le lecteur d’en découvrir plus sur l’enfance de Lucien et sur l’avant-guerre des Lulus à l’orphelinat.
À la fin de ce tome, Lucien a la visite à l’hôpital d’un de la bande… Le lecteur apprend ainsi qu’un prochain tome est prévu…
Un album avec beaucoup de sensibilité et des personnages attachants. J’apprécie toujours autant cette série.

Extrait : (cliquer sur les planches pour les agrandir)

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Déjà lu du même auteur :

la_guerre_des_lulus_1914 La Guerre des Lulus, Tome 1 : 1914 : La maison des enfants trouvés

la_guerre_des_lulus_1915 La Guerre des Lulus, Tome 2 : 1915 : Hans

la guerre des lulus_3 La Guerre des Lulus, Tome 3 : 1916 : Le tas de briques

114664162 La Guerre des Lulus, Tome 4 : 1917 : La déchirure

91Gr1Gv91rL La Guerre des Lulus, Tome 5 : 1918 : La ders des ders

Petit bac 2020a(3) Crime et justice

Elle s’appelait Sarah – Pascal Bresson et Horne

71Xlq7-DsnL Marabulles – novembre 2018 – 208 pages

Quatrième de couverture :
Paris, juillet 1942 : Sarah, une fillette de dix ans qui porte l’étoile jaune, est arrêtée avec ses parents par la police française, en pleine nuit. Paniquée, elle met son petit frère à l’abri en lui promettant de revenir le libérer dès que possible. Paris, mai 2002 : Julia Jarmond, une journaliste américaine mariée à un Français, doit couvrir la commémoration de la rafle du Vél’ d’Hiv’. Soixante ans après, son chemin va croiser celui de Sarah, et sa vie changer à jamais.

Auteurs : Pascal Bresson scénariste et dessinateur, est né à Reims en 1969. Depuis 25 ans, il habite à Saint-Malo. Pascal a appris le métier dès l’âge de 12 ans auprès de deux maîtres du 9e art : Tibet et René Follet. Il a publié plus de 40 bandes dessinées et livres pour la jeunesse et a été récompensé pour son travail par plus de 15 prix, dont le « Grand Prix Public BD Européenne des Médias 2015 » pour Plus fort que la Haine (Glénat). Scénariste de Simone Veil. L’Immortelle (Marabout), Elle s’appelait Sarah est sa seconde collaboration avec les éditions Marabout. Sa citation préférée : « Un stylo peut transformer une tragédie en espoir et victoire. » Nelson Mandela.
Né en 1978 à Saint-Jean-Albert dans les Pyrénées Orientales, Horne est dessinateur et graphiste. Il se forme à la bande dessinée avec Sternis qui signe avec lui plusieurs albums chez Vents d’Ouest. Il travaille ensuite avec Corbeyran pour Bayard Presse. Ils réaliseront ensemble La Métamorphose de Franz Kafka (Delcourt), Le Quatrième mur de Sorj Chalandon, Lennon de David Foenkinos (Marabulles), Watchdogs, tome 1 & 2 Les deux royaumes ; Malpasset, L’Homme de l’année 1421, La Métamorphose (Delcourt) ; Le Port de la lune, tome 1 & 2 (Vent d’ouest), Tête de vache, le conquérant nu (Marabulles).

Mon avis : (lu en juin 2019)
Cette BD est l’adaptation très réussie du roman : Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay. Deux histoires se déroulent en parallèle, celle de Sarah, en 1942, déportée avec son père et sa mère, lors de la rafle du Vel’ D’Hiv’ et celle de Julia, américaine vivant à Paris en 2000 avec son mari Bertrand et sa fille Zoë.
En juillet 1942, Sarah a 10 ans, elle porte l’étoile jaune et elle est arrêtée, au milieu de la nuit, avec ses parents par la police française. Elle met à l’abri son petit frère et lui promet de revenir le chercher très vite. 
Paris, mai 2002, Julia Jarmond, journaliste américaine mariée à un Français, doit écrire un article pour la commémoration de la rafle du Vél d’Hiv. Un peu par hasard, soixante après, Julia va retrouver la trace de Sarah et s’intéresser à son histoire…
Le dessin est en noir et blanc pour évoquer le présent et l’enquête de Julia, pour l’histoire vue par les yeux de Sarah, quelques touches de couleurs donnent du relief à la hauteur de la gravité de l’époque.
Une histoire poignante qu’il est bon de lire ou relire pour ne pas oublier la tragédie de la rafle du Vel’ d’Hiv’ du 16 août 1942.

Extrait :

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Le roman adapté :

elle_s_appelait_sarah_p Elle s’appelait Sarah

La goûteuse d’Hitler – Rosella Postorino

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – mai 2019 – 9h36 – Lu par Audrey Sourdive

Albin Michel – janvier 2019 – 400 pages

traduit de l’italien par Dominique Vittoz

Titre original : Le assaggiatrici, 2018

Quatrième de couverture :
1943. Reclus dans son quartier général en Prusse orientale, terrorisé à l’idée que l’on attente à sa vie, Hitler a fait recruter des goûteuses. Parmi elles, Rosa.
Quand les S.S. lui ordonnent de porter une cuillerée à sa bouche, Rosa s’exécute, la peur au ventre : chaque bouchée est peut-être la dernière. Mais elle doit affronter une autre guerre entre les murs de ce réfectoire : considérée comme « l’étrangère », Rosa, qui vient de Berlin, est en butte à l’hostilité de ses compagnes, dont Elfriede, personnalité aussi charismatique qu’autoritaire.
Pourtant, la réalité est la même pour toutes : consentir à leur rôle, c’est à la fois vouloir survivre et accepter l’idée de mourir.
Couronné en Italie par le prestigieux prix Campiello, ce roman saisissant est inspiré de l’histoire vraie de Margot Wölk. Rosella Postorino signe un texte envoûtant qui, en explorant l’ambiguïté des relations, interroge ce que signifie être et rester humain.

Auteur : Née à Reggio de Calabre en 1978, Rosella Postorino vit à Rome. Elle est éditrice chez Einaudi et journaliste. Ses trois premiers romans, La stanza di sopra, L’estate che perdemmo Dio et Il corpo docile, ont été couronnés par plusieurs prix. Elle écrit également des essais, des pièces de théâtre, et contribue à des anthologies. La goûteuse d’Hitler est son premier roman traduit en français. Il vient d’être récompensé par le prestigieux prix Campiello.

Lecteur : Audrey Sourdive commence le théâtre à 5 ans. Depuis elle interprète de grands rôles classiques comme Elvire ou Lady MacBeth et s’intéresse aussi au théâtre contemporain ainsi qu’au théâtre pour enfants. Également metteur en scène, elle a récemment monté Ninon, une pièce sur le handicap, et le Circuit Ordinaire de Jean-Claude Carrière. Elle est également doubleuse (Millenium, Grey’s Anatomy, Spiderman…).

Mon avis : (écouté en juin 2019)
L’auteur s’est inspirée de l’histoire vraie de Margot Wölk, la dernière goûteuse d’Hitler pour écrire ce roman. C’est seulement en 2012, à l’âge de 95 ans que Margot Wölk a révélé son histoire, elles étaient 15 goûteuses et les 14 autres ont été tuées fin 1944, lors de l’arrivée des troupes soviétiques. Margot Wölk avait pu fuir par un train destination Berlin.
Son mari s’étant engagé dans l’armée, son appartement détruit et sa mère morte dans un bombardement à Berlin, Rosa est venue habiter à  Gross-Partsch, chez ses beaux-parents. Elle est alors réquisitionnée avec neuf autres jeunes femmes pour goûter les repas d’Hitler, ce dernier craignant d’être un jour empoisonné… Elles se retrouvent trois fois par jours pour ces « repas du hasard », puis devant attendre au moins une heure après chaque repas. Petit à petit, des liens vont se nouer entre les différentes goûteuses.
C’est la guerre, et même en Allemagne le ravitaillement pour la population est difficile.  La faim est bien présente et les goûteuses sont partagées entre l’opportunité de pouvoir manger des mets introuvables (fruits, légumes, desserts… Hitler étant végétarien) et la terrible angoisse de risquer d’être malade ou de mourir empoisonnée.
J’ai trouvé ce roman, basé sur des faits historiques, passionnant et captivant. Le rôle des goûteuses est bien décrit, leurs vies quotidiennes pendant la guerre également.
Rosa et ses camarades d’infortune sont très émouvantes et attachantes.
Ce livre qui m’avait été conseillé au Café Lecture de la Bibliothèque est une belle découverte !

Extrait : (début du livre)
Nous sommes entrées une par une. Après plusieurs heures d’attente debout dans le couloir, nous avions besoin de nous asseoir. La pièce était grande avec des murs blancs. Au centre, une longue table en bois déjà dressée pour nous. Ils nous ont fait signe de nous y installer.
Je me suis assise et j’ai croisé les mains sur mon ventre. Devant moi, une assiette en porcelaine blanche. J’avais faim.
Les autres femmes avaient pris place sans bruit. Nous étions dix. Certaines se tenaient droites, l’air compassé, les cheveux tirés en chignon. D’autres regardaient à la ronde. La jeune fille en face de moi mordillait ses peaux mortes et les déchiquetait entre ses incisives. Ses joues tendres étaient marquées de couperose. Elle avait faim.
À onze heures du matin, nous étions déjà affamées. Mais cela ne tenait pas à l’air de la campagne, au voyage en autocar. Ce trou dans l’estomac, c’était de la peur. Depuis des années nous avions faim et peur. Et quand les effluves de nourriture sont montés à nos narines,notre sang s’est mis à cogner à nos tempes, notre bouche à saliver. J’ai regardé la fille couperosée. Il y avait la même envie chez elle et chez moi.
Mes haricots verts étaient agrémentés d’une noix de beurre. Du beurre, je n’en avais pas mangé depuis mon mariage. L’odeur des poivrons grillés me chatouillait le nez, mon assiette débordait, je ne la lâchais pas des yeux. Celle de ma voisine d’en face contenait du riz et des petits pois.
« Mangez », ont-ils dit d’un angle de la salle, c’était à peine plus qu’une invitation et pas tout à fait un ordre. Ils lisaient l’appétit dans nos yeux. Bouches entrouvertes, respirations précipitées. Nous avons hésité. Personne ne nous avait souhaité bon appétit, alors je pouvais peut-être encore me lever et dire merci, les poules ont été généreuses ce matin, un œuf me suffira pour aujourd’hui.
J’ai recompté les convives. On était dix, ce n’était pas la cène.
« Mangez ! » ont-ils répété dans l’angle de la salle, mais j’avais déjà sucé un haricot et senti mon sang affluer à la racine de mes cheveux, à l’extrémité de mes orteils, senti mon cœur ralentir. Devant moi Tu dresses une table face à mes adversaires – ces poivrons sont si onctueux –, Tu dresses une table sur le bois nu, pas même une nappe, de la vaisselle blanche, dix femmes : voilées, nous aurions eu tout de religieuses, un réfectoire de religieuses tenues au vœu de silence.

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Irena – tome 4 : Je suis fier de toi – Jean-David Morvan, David Evrard, Séverine Tréfouël

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Présentation :
Nous sommes en 1983 à Yad Vashem, au mémorial de la Shoah à Jérusalem. Irena a enfin été autorisée par les autorités communistes Polonaises à venir planter son arbre dans l’allée des Justes parmi les nations. 18 ans après avoir été honorée. C’est ici qu’elle rencontre une jeune femme qu’elle a sauvée, et sa petite fille. Irena leur raconte son histoire, son retour de l’enfer de la torture en 1944, à Varsovie, la fin de la guerre… et le début d’un autre combat.

Auteur :  Né  en 1969, Jean-David Morvan est l’un des scénaristes de BD les plus prolifiques de sa génération. Il s’est d’abord essayé au dessin mais abandonne les études pour devenir scénariste. Il publie ses premiers textes dans un fanzine où il rencontre Yann Le Gall avec qui il écrira en 2001 la série Zorn et Dirna. En 1994, il publie Nomad avec Sylvain Savoia. La série Sillage, commencée en 1998 avec Buchet au dessin, remporte un succès immédiat. Il est également l’auteur des séries Troll, HK, Al Togo, Reality Show et Je suis morte. En 2009 il remporte un Silver Award au Prix international du manga pour l’album Zaya.
En 2013, chez Glénat, il donne une suite à la série Nomad avec un second cycle qu’il intitule Nomad 2.0 avec, cette fois-ci, Julien Carette au dessin. L’année suivante, toujours chez Glénat, il scénarise : Sherlock Fox (dessin de Du Yu), SpyGames (dessin de Jung-Gi Kim) et l’album de la collection « Ils ont fait l’Histoire » consacré à Jaurès.

Mon avis : (lu en mai 2019)
En 1983, au mémorial de la Shoah à Jérusalem, Irena a été autorisée par les autorités communistes Polonaises à venir planter son arbre dans l’allée des Justes parmi les nations. A cette occasion, Irena raconte son histoire : comment elle a pu s’en sortir après son arrestation et après avoir été torturée en 1944, son retour à Varsovie jusqu’à la fin de la fin de la guerre où elle est obligée de se cacher et le début d’un nouveau combat.
Une BD toujours aussi poignante qui nous fait découvrir le destin hors-norme de cette grande héroïne polonaise de la Seconde Guerre mondiale.
Une suite (et fin ?) est prévue avec cinquième tome « La vie, après ».

Extrait : (début de la BD)

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Déjà lu du même auteur :

91sYNAhtwWL Irena – tome 1 : Le ghetto  91dLnOPDZ-L Irena – tome 2 : Les justes

51RBT9XNMpL  Irena – tome 3 : Varso-Vie