Le Bal des folles – Victoria Mas

Le bal des folles 71mB4bXHpuL

Audiolib – février 2020 – 6h45 – Lu par Audrey Sourdive

Albin Michel – août 2019 – 256 pages

Prix Renaudot des Lycéens 2019

Quatrième de couverture :
Chaque année, à la mi-carême, se tient, à la Salpêtrière, le très mondain Bal des folles. Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires. Ce bal « costumé et dansant » n’est rien d’autre qu’une des dernières expérimentations du docteur Charcot, adepte de l’exposition des fous.
Dans ce livre terrible et puissant, Victoria Mas choisit de suivre le destin de ces femmes victimes d’une société masculine qui leur interdit tout écart et les emprisonne. Parmi elles, Geneviève, intendante dévouée corps et âme au célèbre neurologue ; Louise, une jeune fille « abusée » par son oncle ; Thérèse, une prostituée au grand cœur ; Eugénie enfin qui, parce qu’elle dialogue avec les morts, est internée par son père.
Un hymne à la liberté pour toutes les femmes que le XIXe siècle a tenté de contraindre au silence.

Auteure : Victoria Mas a travaillé dans le cinéma. Elle a été assistante de production, scripte et photographe de plateau. Elle signe avec Le Bal des folles son premier roman.

Lectrice : Audrey Sourdive commence le théâtre à 5 ans. Depuis elle interprète de grands rôles classiques comme Elvire ou Lady MacBeth et s’intéresse aussi au théâtre contemporain ainsi qu’au théâtre pour enfants. Elle a mis en scène Ninon, une pièce sur le handicap, et le Circuit Ordinaire de Jean-Claude Carrière. Elle est également comédienne de doublage (Millenium, Grey’s Anatomy, Spiderman…).

Mon avis : (écouté en février 2020)
Le Bal des folles, nous entraîne dans les coulisses de l’hôpital de la Salpêtrière où Charcot organisait un bal chaque année à la mi-carême. A l’occasion, ses patientes se mélangeaient à des invités chics et mondains ceux-ci espérant assister à des scènes d’hystérie de la part des « folles »…
Dans ce roman, Victoria Mas s’attache, un peu, aux préparatifs de cette soirée mais surtout au quotidien de ces femmes enfermées dans cet hôpital pour diverses raisons. Elle met en scène quatre personnages féminins : Louise, 16 ans, souffrant de crises d’hystérie sévère. Elle est l’une des patientes favorites du professeur Charcot qui l’exhibe toutes les semaines lors de cours d’hypnose en public.  Thérèse, la plus ancienne des aliénées, infatigable tricoteuse, elle s’est plutôt bien adaptée aux conditions d’enfermement de l’hôpital et ne souhaite pas en sortir. Eugénie Cléry, une jeune parisienne de bonne famille, conduite de force à la Salpêtrière par son propre père car elle a des dons de voyance et communique avec les défunts. Aucunement malade, elle cherche à le prouver pour quitter ce lieu où elle n’a rien à y faire. Enfin, Geneviève, l’infirmière en chef, sévère, qui veille, avec autorité, sur le bien-être de toutes ces patientes.
Cette histoire est à la fois passionnante et glaçante sur la condition féminine de l’époque car dans cet hôpital se mélangeaient d’authentiques malades, mais étaient également abusivement internées des épouses volages, des jeunes filles violées, des prostituées, des femmes gênantes pour un héritage, des femmes « coupables d’avoir une opinion »
La lectrice est très agréable à écouter, plein de nuances et de rythme donnant toute sa force à ce texte puissant.
L’entretien bonus avec Victoria Mas est comme toujours très intéressant et complète bien la lecture de ce premier roman.

Extrait : (début du livre)
Le 3 mars 1885
– Louise. Il est l’heure.
D’une main, Geneviève retire la couverture qui cache le corps endormi de l’adolescente recroquevillée sur le matelas étroit ; ses cheveux sombres et épais couvrent la surface de l’oreiller et une partie de son visage. La bouche entrouverte, Louise ronfle doucement. Elle n’entend pas autour d’elle, dans le dortoir, les autres femmes déjà debout. Entre les rangées de lits en fer, les silhouettes féminines s’étirent, remontent leurs cheveux en chignon, boutonnent leurs robes ébène par-dessus leurs chemises de nuit transparentes, puis marchent d’un pas monotone vers le réfectoire, sous l’œil attentif des infirmières. De timides rayons de soleil pénètrent par les fenêtres embuées.
Louise est la dernière levée. Chaque matin, une interne ou une aliénée vient la tirer de son sommeil. L’adolescente accueille le crépuscule avec soulagement et se laisse tomber dans des nuits si profondes qu’elle ne rêve pas. Dormir permet de ne plus se préoccuper de ce qu’il s’est passé, et de ne pas s’inquiéter de ce qui est à venir. Dormir est son seul moment de répit depuis les événements d’il y a trois ans qui l’ont conduite ici.
– Debout, Louise. On t’attend.
Geneviève secoue le bras de la jeune fille, qui finit par ouvrir un œil. Elle s’étonne d’abord de voir celle que les aliénées ont surnommée l’Ancienne attendre au pied de son lit, puis elle s’exclame :
– J’ai cours !
– Prépare-toi, tu as assez dormi.
– Oui !
La jeune fille saute à pieds joints du lit et saisit sur une chaise sa robe en lainage noir. Geneviève fait un pas de côté et l’observe. Son œil s’attarde sur les gestes hâtifs, les mouvements de tête incertains, la respiration rapide. Louise a fait une nouvelle crise hier : il n’est pas question qu’elle en fasse une autre avant le cours d’aujourd’hui.

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