[Direct du cœur] – Florence Medina

71Xc7xFSuxL Magnard jeunesse – août 2018 – 224 pages

Quatrième de couverture :
Ma mère m’a mis le deal entre les mains dès la fin du premier trimestre de seconde : soit je remontais ma moyenne générale de deux points, soit j’étais inscrit d’office à une option cette année. Il aurait suffi que je bosse un peu… Mais ça ! Faut croire que mes profs ont raison, je suis partisan du moindre effort. Le seul truc auquel j’ai échappé, c’est d’aller faire du russe ou du badminton dans un lycée à l’autre bout de Paris. Quitte à me taper une option, je voulais pas me faire des transports en plus. Résultat des courses : LSF. – Quoi ? j’ai dit la première fois que ma mère m’a parlé de ça. – LSF, langue des signes française. – Mais pour quoi faire ? C’est pour les sourds, la langue avec les mains. Je suis pas sourd. Franchement, j’ai même jamais croisé un sourd de ma vie. A quoi ça va me servir d’apprendre la LSF ? – A avoir des points au bac ! – Mais maman…!

Auteur : Florence Médina est née en 1968. Après avoir été comédienne, serveuse (comme toutes les comédiennes, ou presque…), hôtesse d’accueil, adjointe aux relations publiques, adjointe à tout dans une compagnie théâtrale, poseuse d’enduit mural…, elle s’est décidée à mettre sa manie de bouger les mains au service d’une noble profession : interprète français/LSF. À part ça, dès qu’elle le peut, elle écrit.

Mon avis : (lu en juillet 2019)
Parce que Timothée n’a pas remonté sa moyenne générale en fin de 3ème, sa mère l’oblige à prendre une option en Seconde, en prévision du Bac. N’ayant pas choisi cette option assez tôt, il n’a pas eu le choix et il se trouve en LSF (langue des signes française), le vendredi de 16h30 à 18h30… Quelle tuile !
Un cours très différent des autres, on n’écrit pas, on ne parle pas avec sa bouche…
La professeur, Sarah est « native », c’est à dire qu’elle est elle-même sourde, la LSF est donc sa première langue. Ils sont un groupe de 6 élèves, 4 filles très motivées et 2 garçons présents par défaut…
Avec ce cours, Timothée va découvrir le monde des Sourds, toute sa richesse et toute sa diversité.
Et nous lecteurs, également, les Sourds ne se considèrent comme étant handicapés, mais comme une communauté qui voudrait que l’on prenne en compte leurs spécificités et que l’on considère la LSF comme une langue à part entière.

Extrait :
Mardi 5 septembre. Dix heures. Lycée Rodin.
Nous y revoilà.
Tout le monde est là, tout est en place pour le premier acte de cette comédie qui s’appelle la « rentrée » et qu’on rejoue chaque année : les élèves, les potes et les autres, les petits nouveaux de seconde qui vont mettre au moins un trimestre à trouver leurs marques dans ce bahut immense, les profs, les CPE, le proviseur, la statue, la pendule qui orne la façade… A se demander si ses aiguilles ont bougé depuis qu’on est partis ou si elles sont restées, fidèles à elles-mêmes, figées sur un horaire de matin de rentrée !
J’ai l’impression d’être passé de juin à septembre en un dixième de seconde. Les vacances, ce bug spatio-temporel ! Franchement, si j’avais pas la marque des lunettes de soleil sur l’arête du nez, je jurerais qu’on n’a jamais bougé d’ici. Je prendrais bien du rab de grasses matinées et de plage, d’après-midis entiers à faire du roller, même en pleine canicule.
Je me sens floué.

petit bac 2019(5) Partie du corps

 

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Quand vient la vague – Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier

81E4YA33zGL.jpg Rageot – janvier 2018 – 288 pages

Quatrième de couverture :
Bouleversée, Nina quitte le domicile familial et jette ses clés dans une bouche d’égout… Quelques mois plus tard, son frère Clément se met à sa recherche. De Lacanau à Bordeaux puis Paris, il découvre la raison de sa fuite, ces «  vagues  » qui l’ont submergée, l’obligeant à tout quitter.

Auteurs : Ancien enseignant et formateur, Jean-Christophe Tixier vit à Pau. Pendant vingt ans, il a enseigné l’économie dans un lycée. Un poste à temps partiel qui lui a permis de mener maintes autres activités en parallèle. Ainsi, il a été directeur de collège, a créé et dirigé un centre de formation pour jeunes en grandes difficultés, a créé une société de communication aux débuts d’Internet et créé des sites Internet…
Lorsqu’il ne se consacre pas à l’écriture (de romans, mais aussi d’audio-guides pour la jeunesse), ce passionné de littérature organise le salon du polar de Pau, Un Aller-Retour dans le Noir, ou dirige la Collection « Quelqu’un m’a dit » aux éditions In8.
Manon Fargetton est une romancière française. Elle a grandi à Saint-Malo. Son bac S en poche, elle passe deux ans à Nantes pour préparer un diplôme des métiers d’arts en régie de spectacle, puis débarque à Paris et poursuit ses études de théâtre à la fois à l’université et en conservatoire. Diplômée d’un master en études théâtrales, elle est aujourd’hui régisseuse lumière au théâtre et écrit ses livres en parallèle.

Mon avis : (lu en juillet 2019)
Voilà 10 mois que Nina, alors âgée de 17 ans, s’est enfuie de chez elle, laissant ses parents et Clément, son petit frère, désemparés et plein d’inquiétude… L’enquête n’a pas abouti et Clément décide de mener lui-même son enquête, il redoute que Nina soit morte et bientôt, Nina aura 18 ans et pourrait ne plus jamais donner de ses nouvelles à sa famille.
Il va relire plus précisément, la lettre que Nina lui avait laissé avant de partir, et essayer de comprendre pourquoi sa sœur s’est enfuie et pourquoi ses parents ont l’air d’avoir arrêté de la chercher.
Le lecteur suit en parallèle la fuite de Nina il y a 1 an et les recherches de Clément aujourd’hui. Le lecteur reçoit tour à tour les points de vues des sœur et frère ce qui donne des éclairages différents sur l’histoire qui se complètent et la fait progresser. Le lecteur suit cette histoire comme une enquête avec du rythme et du suspense.
Il est question d’adolescence, de mensonges, de secret de famille…
Le personnage de Clément est sympathique et attachant contrairement à celui de Nina que je trouve plutôt égoïste, elle en veut à ses parents et elle disparaît sans laisser de trace, sans se préoccuper de l’angoisse dans laquelle elle laisse son frère et ses ami.e.s !
Une lecture captivante et sensible.

Extrait : (début du livre)
Prologue
Je claque la porte derrière moi, me laisse surprendre par la température extérieure. Il fait un froid glacial. A chaque expiration, un nuage de buée s’échappe de ma bouche, puis se dissipe comme s’il n’avait jamais existé.
Je pose mon sac à mes pieds, ferme les yeux, les rouvre. Comment imaginer que je ne reverrai jamais plus cet endroit ?
Alors que je remonte l’allée qui mène au portail, j’ai l’impression de traverser un décor de carton-pâte. Tout, autour de moi, est parfaitement à sa place. Les pins. La balançoire sur laquelle on jouait, mon frère et moi, il y a encore quatre ou cinq ans. Le tas de bûches sous l’appentis. Rien n’a bougé, pourtant, ça sonne faux désormais.  
Sans me retourner, je quitte le jardin pour la rue déserte.
En me réveillant ce matin, j’avais peur que des larmes mouillent mes yeux au moment de partir. J’ai lu quelque part qu’un amputé peut ressentir le membre absent, voire éprouver de la douleur là où il n’y a plus que le vide. Ce n’est pas mon cas. Je laisse derrière moi le lieu où j’ai grandi, sans que cela provoque la moindre souffrance, et ça me soulage.

petit bac 2019(5) Lecture

N’oublie pas de penser à demain – Siobhan Curham

Lu en partenariat avec Flammarion jeunesse

9782081449169 Flammarion jeunesse – mai 2019 – 420 pages

traduit de l’anglais par Marie Hermet

Titre original : Don’t stop thinking about tomorrow, 2018

Quatrième de couverture :
Stevie : « Je jette un coup d’œil vers Hafiz. Il se marre sans bruit. Des fossettes apparaissent de chaque côté de sa bouche et ses yeux turquoise brillent. Il me donne envie de rire, moi aussi.» Hafiz : « Je l’ai remarquée à la seconde où je l’ai vue assise toute seule, les sourcils froncés. S’il y avait eu une bulle de bande dessinée au-dessus de sa tête, on aurait pu lire : Je voudrais être ailleurs. » Stevie doit faire face à la dépression de sa mère. Hafiz a fui son pays déchiré par la guerre. Ensemble, ils vont retrouver l’insouciance qui manquait à leur vie.

Auteur : Siobhan Curham est auteure pour la jeunesse. Elle anime également des ateliers d’écriture et elle est coach de vie. Chez Flammarion Jeunesse, elle a publié la série Les Filles de Brick Lane (2 tomes).

Mon avis : (lu en juillet 2019)
Stevie est une fille sans histoire à l’école, sans amis car peu encline à laisser quelqu’un entrer dans sa vie. Son père est décédé brutalement deux ans auparavant et depuis sa mère est tombée dans une profonde dépression, incapable de s’occuper d’elle-même et de sa fille.
Le seul plaisir de Stevie, c’est la musique avec les disques et la guitare que lui a laissé son père. 
Hafiz a dû fuir la Syrie déchirée par la guerre pour se rendre au Royaume-Uni et vivre avec sa tante et son oncle. Il a laissé là-bas ses parents dont il n’a pas de nouvelles depuis longtemps et il s’inquiète pour eux.  Sa passion, c’est le football, lorsqu’il y joue, il s’évade de la vie réelle.
Tour à tour Stevie et Hafiz sont les narrateurs de cette histoire, ils se retrouvent à la même table de classe et Stevie est chargée de présenter l’école à Hafiz. Rapidement, ils deviennent inséparables et grâce à leur amitié, ils vont apprendre à rire, à sourire et à écrire leur propre histoire.
Ce livre est un coup cœur ! Stevie et Hafiz sont deux héros émouvants et touchants, leurs histoires personnelles sont réalistes et totalement dans l’actualité.
Un livre jeunesse destiné aux plus de 13 ans, que j’encourage à lire pour les adultes aussi…

Merci aux éditions  Flammarion jeunesse pour cette belle et poignante découverte.

Extrait : (début du livre)
  Anne Frank. Malala. Stevie Nicks. Je me répète ces noms tout bas dans mon lit, les yeux rivés sur une fissure du plafond. Je voudrais pouvoir y disparaître comme le génie dans sa bouteille. Anne Frank. Malala. Stevie Nicks. Je fais ça chaque fois que le trac menace de me rendre malade –avant un examen de maths, ou une séance de sport, ou un rendez-vous chez le dentiste, quand je sais qu’il va falloir passer sous la roulette. Je récite le nom de mes héroïnes pour me rappeler que les pires épreuves sont faites pour être surmontées. Si Anne Frank n’a pas perdu espoir malgré les nazis, si Malala a pu défier les talibans et Stevie Nicks se libérer de son addiction à la cocaïne avant d’écrire la plus magnifique chanson qui soit sur le sujet, je dois pouvoir affronter le jour de la rentrée.Quand j’entends Brayanne commencer son chant matinal, je me lève pour aller à la fenêtre. Brayanne, c’est le nom que j’ai donné au goéland qui s’installe chaque matin sur le toit de la maison en face de la mienne: il braille comme un malade jusqu’à ce qu’il ait réveillé tout le quartier. Ou qu’il m’ait réveillée, moi, en tout cas. Brayanne est perché à son poste favori, en haut de la cheminée; son bec jaune vif s’ouvre et se ferme comme un piège. Je pousse la fenêtre pour me pencher dehors. L’air est humide, avec un arrière-goût de sel. Ma mère et moi habitons un cottage ancien dans une ville ancienne, Lewes, à une douzaine de kilomètres de la côte. Ma chambre est nichée sous le toit. Quand nous avons emménagé ici, il y a deux ans, le plafond bas et mansardé me rendait claustrophobe. C’est un peu comme vivre dans une caverne. Maintenant, j’adore.

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Une fille au manteau bleu – Monica Hesse

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Gallimard Jeunesse – octobre 2016 – 349 pages

Gallimard Jeunesse – février 2019 – 368 pages

traduit de l’anglais par Anne Krief

Titre original : Girl in the Blue Coat, 2015

Quatrième de couverture :
« La jeune fille qui a disparu est juive. Il faut que tu la retrouves avant les nazis. »
Amsterdam, 1943. Hanneke sillonne à vélo les rues de la ville afin de se procurer au marché noir des marchandises qu’on lui commande. Ses parents ignorent tout de ses activités clandestines. Un jour, l’une de ses clients lui fait une requête particulière. Il s’agit de retrouver une jeune fille qu’elle cachait chez elle et qui a disparu. Elle s’appelle Mijam Roodvelt. Elle est juive.Un écho vibrant au «Journal d’Anne Frank». Monica Hesse, journaliste au «Washington Post», retrace de façon saisissante la vie, ordinaire et extraordinaire, des jeunes d’Amsterdam sous l’occupation.

Auteur : Monica Hesse est journaliste au Washington Post. En 2015, elle publie « Une fille au manteau bleu » (Girl in the Blue Coat). Elle vit à Washington avec son mari.

Mon avis : (lu en avril 2019)
A travers cette histoire, le lecteur découvre l’histoire des Pays-Bas sous l’occupation. En 1943, à Amsterdam, alors qu’Anne Frank, cachée dans un grenier, rédige son fameux Journal, Hanneke travaille dans un magasin de pompes funèbres. Pour faire vivre sa famille, avec la complicité de son employeur, elle fait du marché noir en utilisant les tickets de rationnement trouvés sur les morts. Hanneke est ingénieuse et débrouillarde, elle se joue du danger pour contenter ses clients… Un jour, l’une d’elle, lui demande un service, retrouver Mirjam Roodvelt, une juive de 15 ans qui se cachait chez elle, et qui a disparu. Comme seul indice, Mirjam portait un manteau bleu… Hanneke hésite mais touchée par la détresse de sa cliente, elle décide de se renseigner. Elle va croiser la route d’Ollie, le frère de Bas, son amoureux mort à la guerre quelques mois plus tôt. Ce dernier est engagé dans un mouvement étudiant de résistance et Hanneke découvre avec stupeur la réalité des traitements subis par les juifs à cette époque aux Pays-Bas…

Ce livre, très documenté, est émouvant et captivant, il raconte une histoire profondément humaine où il est question d’amitié et de solidarité durant l’occupation allemande.

Extrait : (début du livre)
Un jour, longtemps avant la mort de Bas, nous avons fait semblant de nous disputer pour savoir qui de nous deux était tombé amoureux le premier. « C’est ta faute, m’a-t-il dit, parce que tu es adorable. » Je lui ai répondu qu’il se trompait. Que c’était un peu facile de m’accuser. C’était même irresponsable.
Je me rappelle toute cette conversation. Ça se passait chez ses parents, dans le salon, et nous étions réunis autour du nouveau poste de radio familial pendant que je lui posais des questions sur un devoir de géométrie qui ne nous intéressait ni l’un ni l’autre. L’Américaine Judy Garland chantait You Made Me Love You. C’est comme ça que la discussion avait commencé. Bas a dit que c’était moi la responsable s’il m’aimait. Je me suis moquée de lui parce que je ne voulais pas qu’il sache combien mon cœur s’emballait en l’entendant prononcer les mots « aimer » et « toi » dans la même phrase.
Et puis il a dit que c’était aussi ma faute s’il avait envie de m’embrasser. Après quoi je lui ai dit que c’était sa faute si je le laissais faire. Là-dessus, son frère aîné est entré dans la pièce et nous a dit que c’était notre faute si notre discussion lui donnait mal au cœur.
Ce n’est que bien plus tard ce même jour, en rentrant à la maison – à l’époque où je pouvais encore rentrer à la maison sans m’inquiéter d’être contrôlée par les soldats ou de rater l’heure du couvre-feu ou d’être arrêtée – que j’ai réalisé que je ne le lui avais pas dit en retour. La première fois qu’il m’avait dit qu’il m’aimait, j’avais oublié de le lui dire aussi.
J’aurais dû. Si j’avais su ce qui allait arriver et ce que j’allais découvrir sur l’amour et la guerre, je me serais arrangée pour le lui dire à ce moment-là.
C’est bien ma faute.

petit bac 2019(3) Objet

 

Face nord – Jean-Marie Defossez

Lu en partenariat avec Flammarion Jeunesse

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Flammarion Jeunesse – mars 2019 – 157 pages

Flammarion – août 2010 – 160 pages

Flammarion – mars 2005 – 167 pages

Quatrième de couverture :
Pour fêter leur baccalauréat, ils décident de gravir la mythique face nord des Grandes Jorasses, dans les Alpes. A 4300 mètres d’altitude, c’est le drame : ils sont surpris par un orage qui déclenche une avalanche. Ils réussissent à se réfugier dans une grotte, mais sans téléphone portable ni matériel, comment vont-ils s’en sortir ? D’autant plus que Stéphane est grièvement blessé. Réussiront-ils à ressortir indemnes de cette expédition ?

Auteur : Jean-Marie Defossez est un écrivain belge. Il est titulaire d’un doctorat en sciences zoologiques, spécialisé en physiologie. Il a exercé différents métiers avant de trouver son véritable créneau : l’écriture de romans pour la jeunesse. Marié, père de deux garçons, Jean-Marie Defossez réside aujourd’hui dans la Sarthe.

Mon avis : (lu en avril 2019)
Il s’agit d’une réédition et je trouve particulièrement réussi la nouvelle couverture, très évocatrice et très moderne.
Éric, Julie et Stéphane sont amis depuis plus de 7 ans, ils se sont rencontrés lors d’un stage d’escalade lorsqu’ils avaient 10 ans.
A dix-sept ans, ils viennent de réussir leur bac et ils se sont promis de vaincre ensemble la face nord des Grandes Jorasses, une des faces mythiques des Alpes. Ce 14 juillet, après trois jours d’escalade difficile, avec une météo capricieuse, ils leur restent encore trente mètres d’ascension, la victoire est proche…
Le lecteur va suivre la fin de cette course en montagne qui va être contrariée par un orage et en parallèle, découvrir les relations qui se sont tissées entre Éric, Julie et Stéphane depuis leur rencontre à l’âge de dix ans où ils s’étaient dits : « On se jure de grimper toujours ensemble ! A la vie, à la mort ! »
Une belle histoire d’amitié, d’amour pour un trio attachant qui aiment par dessus tout la montagne et l’escalade !
Cette lecture est pleine d’émotions et de suspens.

Merci Brigitte et les éditions Flammarion Jeunesse pour cette très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
ÉPERON WALKER (MASSIF DU MONT-BLANC),LUNDI 14 JUILLET, 17H30

— Trente mètres ! Plus que trente mètres, et on le tient !
Éric le diable finit sa phrase en plongeant son regard dans celui de ses deux compagnons de cordée. Ses yeux marron, subitement énormes, brillent de la gourmandise de ceux qui sentent l’exploit et la revanche à portée de main. Une revanche et surtout sa revanche.

À dix-sept ans, ses amis et lui sont sur le point de vaincre l’une des faces mythiques des Alpes : la face nord des Grandes Jorasses. Depuis trois jours, ils se hissent sur cette paroi de roc, de neige et de glace à la force des bras. Trois jours qu’ils ouvrent une nouvelle voie dans des conditions extrêmes et une météo obstinément capricieuse, passant du soleil à la grêle en l’espace de quelques minutes. Trois jours de lutte qui n’ont pourtant en rien entamé leur appétit de victoire. Ces derniers mètres d’ailleurs, Éric est résolu à n’en faire qu’une bouchée. Stéphane et Julie peuvent s’accrocher. Il va les épater. Surtout elle.
Julie… La fille aux iris mauves, de la même couleur lumineuse que les cordes d’escalade. Julie qui n’ose pas se croire jolie, (peut-être) parce que personne ne lui a jamais glissé à l’oreille combien elle était craquante, avec ses lèvres fines, son sourire espiègle et fragile, qui dévoile juste un peu les dents du haut, et fait rosir le bandeau de taches de rousseur couvrant son nez et ses pommettes. Des taches de rousseur qu’elle déteste pour ces mêmes raisons.
Stéphane... Surnommé Samson à cause de son mètre quatre-vingt-dix, de ses cheveux longs et de sa barbe intégrale, un dérèglement hormonal spectaculaire mais bénin. Un véritable heaume de poils noirs derrière lequel il dissimulait il y a deux semaines encore son visage, sa timidité et sa peur des autres – à l’exception bien sûr d’Éric et de Julie.
Stéphane-Éric-Julie, un trio que tout unit. Au sens propre, par la corde en Kevlar qui relie leur baudrier comme un cordon ombilical. Et au figuré, par cette passion de l’escalade et par cette amitié qui les sou-dent depuis qu’ils sont gosses. Sept ans qu’ils se connaissent, et pas une fois ils n’ont grimpé autre-ment qu’ensemble. Pas une fois ils n’ont douté qu’entre eux ce serait à la vie, à la mort. Sauf peut-être Éric… une fois il y a très longtemps, et plus récemment depuis deux semaines, depuis que Stéphane s’est rasé la barbe et que les taches de rousseur de Julie rosissent plus que d’ordinaire quand elle pose les yeux sur lui.

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petit bac 2019(3) Partie du corps

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De l’autre côté – Stefan Casta

51dhuuvbnul Thierry Magnier – avril 2017 – 385 pages

traduit du suédois par Agneta Ségol

Titre original : På andra sidan Fågelsången, 2015

Quatrième de couverture :
Une maison isolée pleine de charme, ce sera le refuge idéal pour Elina et son père meurtris par la mort accidentelle de Vanessa. Mais la maison est aussi mystérieuse, on la dit maudite. Au fil des saisons, Elina apprivoisera le lieu, et nous racontera une année capitale de son existence. Mais qui est ce garçon brun qui semble si bien connaître la maison et s’y installe avec eux ? Et ce renard qui rôde autour de la maison a-t-il joué un rôle dans l’accident où Vanessa a trouvé la mort… Avec son écriture faussement simple, Stefan Casta parle de l’absurdité de la vie avec gravité, poésie et douceur.

Auteur : Stefan Casta écrit des livres pour la jeunesse et pour les adultes. Il a été producteur à la radio et à la télévision ainsi que journaliste. Il a reçu le prestigieux prix August en 1999 ainsi que le prix Astrid Lindgren en 2002 pour l’ensemble de son oeuvre. Née en Suède, Agneta Ségol vit depuis de nombreuses années en Normandie. Longtemps enseignante en Français langue étrangère, elle se consacre maintenant à la traduction de romans.

Mon avis : (lu en janvier 2019)
Voilà un roman « ados » que j’ai pris un peu par hasard à la Bibliothèque.
Cela commence par un accident de voiture qui n’a comme seul témoin, un renard. Il est décrit au ralenti de l’intérieur de la voiture par Elina, la narratrice. Son père, Jurgen, est le conducteur et elle et Vanessa, sa belle-mère, sont à ses côtés.
La première phrase du livre est : « Quelqu’un meurt », ce quelqu’un c’est Vanessa, une belle-mère avec qui Elina a une relation bien plus forte qu’avec sa mère biologique.
Au fil des quatre saisons, le lecteur suit le deuil et la reconstruction de Jurgen et Elina.
Jurgen se lance dans de nombreux projets farfelus pour gagner sa vie, jusqu’à que par hasard, la découverte d’une vieille maison isolée, en pleine nature, leurs redonne un sens à la vie. Et peu à peu, la nouvelle maison devient un personnage, à propre parler, de cette histoire. Elle se transforme comme la nature autour d’elle.
Le souvenir de la morte est très présent, ainsi, souvent, Elina sent sa présence et la voit à ses côtés.
J’ai mis un peu de temps à entrer dans cette histoire qui mêle le réel et l’imaginaire, où la nature est très présente. Il y a de la poésie, du mystère et beaucoup d’humanité. Le côté suédois transparaît essentiellement, dans la présence importante de la nature et dans « l’exotisme » des menus avalés par nos personnages… comme par exemple, un petit-déjeuner composé d’une tartine fromage-poisson !

Extrait : (début du livre)
Quelqu’un meurt. C’est comme ça que cette histoire commence. Quelqu’un meurt et quelqu’un gagne à un jeu de grattage. Ça va changer beaucoup de choses. Tout, en fait.
C’est un vendredi.
Le 21 juin. Une date que je n’oublierai jamais. Pas parce que c’est la Saint-Jean, mais à cause de ce qui arrive.
C’est donc l’été.
Enfin… l’été si on veut. Le temps est tellement pourri qu’il faut une bonne dose d’optimisme pour déceler le moindre signe de son arrivée. En somme, il faut être comme Jörgen qui, lui, en voit partout. Des signes, je veux dire.
Jörgen c’est mon père. Un fait qu’il a souvent tendance à oublier. En ce moment il est au volant. Il fait de grands discours en conduisant. Personne ne l’écoute. On a déjà tout entendu. Ce qui ne l’empêche pas de débiter imperturbablement son monologue enthousiaste et interminable. De temps en temps, il souligne ses propos par de grands gestes emphatiques qui l’obligent à lâcher le volant. Les voitures autour de nous klaxonnent et nous font des appels de phares mais Jörgen s’en fiche royalement. Rien ne peut arrêter le flot de paroles qui se déverse de sa bouche. Il parle comme s’il se trouvait en face d’un public. Et le public c’est nous, Vanessa et moi.

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petit bac 2019(1) Partie du corps

Mentine Tome 5 – On divorce ! – Jo Witek

Lu en partenariat avec Flammarion Jeunesse

9782081449398 Flammarion Jeunesse – janvier 2019 – 315 pages

Quatrième de couverture :
Mentine adore dépasser les limites, surtout celles de ses parents !
Cette fois ce sont les parents qui font n’importe quoi ! Et impossible de les arrêter. Jeudi, 17 h 45, la nouvelle tombe. Froide, sèche, définitive : à la poubelle, la famille unie! Heureusement quand les parents nous lâchent, « l’ union des filles » fait la force !
« Ménage partagé, courses collectives, apérocoloc… Les amies de ma mère étaient intarissables sur la colocation. J’allais passer un casting pour habiter chez des inconnus! Pas banal. Même en pleine crise, ma famille demeurait telle qu’elle avait toujours été : complètement foldingue. »

Auteur : Au départ comédienne et conteuse, Jo Witek se dirige assez vite vers l’écriture. D’abord pour le cinéma, en tant que scénariste et lectrice, puis pour la presse écrite et la littérature. Depuis 2009 elle écrit particulièrement pour les ados, des documentaires et des romans – En un tour de main et Récit intégral (ou presque) d’une coupe de cheveux ratée. Elle est l’auteur de Peur ExpressRêves en noirUn hiver en enferMa vie en chantier et Un jour j’irai chercher mon prince en skate. Elle réside aujourd’hui à Pézenas.

Mon avis : (lu en janvier 2019)
C’est le cinquième tome de la série et ma deuxième pour moi.
Pour Mentine, c’est la catastrophe, ses parents ont décidé de divorcer ! Sa mère est dévastée car son père est parti avec une autre femme. Mentine en veut à son père d’avoir cassé l’harmonie de la famille et refuse de le voir. Elle se voit obligée de s’occuper de sa mère qui déprime, puis qui se comporte comme une vraie adolescente… Mentine ne sait plus quoi faire… Pour une fois, elle n’est plus celle, au centre de toutes les attentions. Elle va même réussir à sécher les cours pendant près de 15 jours sans que ces parents s’en aperçoive… Heureusement elle et sa mère peuvent compter sur le soutien de leurs amies respectives.

La mère de Mentine va finir par réagir et reprendre sa vie en main en décidant de quitter l’appartement familial, devenu trop cher, pour une colocation. La recherche de cette colocation puis la vie en colocation seront hautes en couleurs… Pour ma part, c’est la partie de l’histoire qui m’a plu le plus.
Mentine, cette adolescente un peu hors norme est toujours aussi attachante et l’auteure arrive à traiter le sujet difficile du divorce des parents avec un ton léger et humoristique.

Merci Brigitte et Flammarion Jeunesse pour le plaisir d’avoir retrouvé Mentine et son univers.

Extrait : (début du livre)
Ils avaient tout pour réussir. Tout le monde avait parié sur eux, même moi. Comment ont-ils pu flancher à deux petites années de la ligne d’arrivée ? Attention, je vous parle de grands champions. Je vous parle de deux personnes super entraînées et bien au-dessus de la norme au niveau de l’amour. Ils avaient tout pour réussir. Une histoire qui avait commencé par un coup de foudre, des parents sympas, compréhensifs, des copains fidèles, des emplois stables, un chouette appartement duplex situé dans un quartier dynamique de Paris, à deux pas du parc des Buttes-Chaumont. En pleine santé, ils avaient passé la quarantaine avec brio, sachant prendre tous les deux des décisions drastiques pour vivre vieux et en pleine forme. Monsieur s’était mis au jogging, madame pratiquait le yoga deux fois par semaine. Ils ne fumaient pas, buvaient de l’alcool uniquement lorsqu’ils faisaient la fête, mangeaient six fruits et légumes bio chaque jour et n’hésitaient pas à s’hydrater tout au long de la journée, voire à s’octroyer des petits week-ends de jeûne avec des tisanes infectes pour prendre soin de ce qu’ils nommaient leur « capital santé ». De vrais champions, je vous dis. Seize ans qu’ils tenaient bon, ces deux-là. Et presque quinze ans qu’ils jouaient des coudes pour offrir un foyer stable et une éducation solide à leur fille diagnostiquée intellectuellement précoce.

Déjà lu du même auteur :

un jour j'irai chercher Un jour j’irai chercher mon prince en skate

106555489 Mentine T 02 : Cette fois c’est l’internat !

petit bac 2019(2) Prénom

Ueno Park – Antoine Dole

51bfifayjul Actes Sud Jeunesse – août 2018 – 119 pages

Quatrième de couverture :
Huit adolescents. Huit voix. Ils ne se connaissent pas mais ont en commun de rejeter les codes traditionnels de la société japonaise. Tous laissent entrevoir un furieux besoin d’imposer leur trace dans ce monde. A Ueno Park, ils vont se trouver réunis pour Hanami, le spectacle de l’éclosion des cerisiers.

Auteur : Né en 1981, Antoine Dole vit entre Chambéry et Paris. Après un premier roman remarqué en 2008, Je reviens de mourir, il publie Laisse brûler (2010), K-Cendres (2011), A copier cent fois (2013) et Ce qui ne nous tue pas (2014). Il crée en parallèle le personnage de bande dessinée Mortelle Adèle ainsi que différentes sagas pour la presse jeunesse (Zoé Super, Karen 2.0). 

Mon avis : (lu en décembre 2018)
A l’occasion d’Hanami, ce grand rassemblement annuel où les Japonais célèbrent la floraison des cerisiers, huit adolescents qui ne se connaissent pas se retrouvent à Ueno Park. Huit histoires indépendantes qui donnent la parole à Ayumi, Sora, Fuko, Natsuki, Haruto, Daïsuké , Aïri et Nozomu. Ils nous raconte le Japon d’aujourd’hui et en particulier de ceux qui rejettent les codes traditionnels de la société japonaise et qui préfèrent, dans un désir de liberté, affirmer un style de vie différent.
Ayumi, une hikikomori, pour la première fois depuis deux ans, elle sort enfin de sa chambre.
Malgré les insultes, Sora, affiche son look extrême et asexué de genderless kei.
Fuko, atteinte de leucémie, profite de son dernier Hanami avec sa jeune sœur Kazué.
Natsuki pratique le Enjo Kosai : une sorte d’escorte girl destinée à recevoir les pleurs et les lamentations de ses clients.
Haruto, tente de se reconstruire l’expérience traumatisante du tsunami de 2011.

Pour subvenir au besoin de sa famille, Daïsuké confectionne toute la journée des pancakes dans une petite échoppe proche d’Ueno Park. Il est devenu invisible.
Airi, fan obsessionnelle, fantasme encore et encore sur son idole.
Nozomu a dû abandonner le domicile familial et devenir SDF.
Avec son écriture poétique, Antoine Dole exprime avec justesse et humanité, les difficultés, les peines et les émotions profondes de ses personnages attachants et surprenants.

Extrait : (début du livre)
À la sortie de la gare, Ueno Park n’est qu’à quelques minutes. Un cerisier immense accueille les visiteurs. Un éclatement de douceur contre le paysage de béton froid. Vu d’ici, Tokyo n’est plus cette capitale immense qui mâche les corps et les recrache. Cette ville qui m’a tant fait peur ces derniers mois semble retenir son souffle. Tout au long du trajet qui m’a menée ici, j’ai la sensation d’avoir marché sur la pointe des pieds, en effleurant à peine le sol. À chaque pas, mon cœur sur le point de lâcher.

Déjà lu du même auteur :

a_copier_100_fois A copier 100 fois 95103899 Ce qui ne nous tue pas

106019616 Tout foutre en l’air

petit bac 2019(1) Lieu

Miss Crampon – Claire Castillon

Lu en partenariat avec Flammarion Jeunesse

9782081436572 Flammarion Jeunesse – janvier 2019 – 203 pages

Quatrième de couverture :
Souvent, Suzine se chut. Les cheveux plaqués sur les oreilles, elle se coupe du monde pour ne pas affronter les autres et pour cacher sa différence. Un jour, ses meilleures amies se disputent et lui demandent de choisir un camp. Suzine se chut, ses amies l’abandonnent. Elle va alors devoir faire preuve de courage pour retrouver confiance en elle.
Pendant ce temps, le concours de Miss France du club de foot se prépare…

Auteur : Après des études de lettres, Claire Castillon fait son entrée en littérature en 2000. Elle a publié son premier roman, Le Grenier, à vingt-cinq ans. Très vite, un lectorat fidèle et une reconnaissance critique ont entouré son travail. Elle a publié sept autres romans et trois recueils de nouvelles, dont Insecte qui a marqué le début d’une carrière internationale. Son œuvre est à présent traduite en de nombreuses langues.

Mon avis : (lu en janvier 2019)
Voilà un roman jeunesse intelligent sur la différence.
Suzine se chut fréquemment, elle a inventé ce mot pour dire qu’elle se tait ou qu’elle répond à son interlocuteur ce qu’il veut entendre et pas ce qu’elle pense vraiment. 
Suzine est une adolescente qui vit en alternance chez sa mère et chez son père et Camélia, sa jeune compagne. Elle est en 3ème et lorsque l’histoire commence, ses deux amies Violetta et Romane lui en veulent de ne pas avoir pris partie pour l’une ou l’autre au sujet de Tom, un garçon qui a brouillé les deux amies. 
Suzine a eu « petit problème » et cela ne l’aide pas à avoir confiance en elle.
Elle part donc en vacances avec son père et Camélia en espérant qu’à la rentrée l’état d’esprit de Violetta et Romane aura changé… Mais aux sports d’hiver, elle retrouve le fameux Tom…
J’ai beaucoup aimé les caractères bien décrits des différents personnages, parfois à la limite de la caricature. Il y a beaucoup d’humour dans le ton de ce livre et en même temps l’auteure aborde des sujets profonds comme la différence, le harcèlement scolaire…
Un seul regret, le parti pris de l’auteure de ne pas expliciter le « petit problème » de Suzine avant le tiers du livre. Pour ma part, je n’ai pas eu la patience d’attendre et après 30 pages de lecture, je n’ai pas résisté à aller lire le dernier chapitre pour m’aider à comprendre… Même si la demoiselle fait tout pour cacher son « petit problème », j’ai trouvé difficile de rester si longtemps dans l’ignorance.
L’histoire complète du « petit problème » est racontée dans les derniers chapitres…

Merci  Brigitte et Flammarion Jeunesse pour cette belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Je me chut : c’est la règle. Ne jamais dire ce que je pense est un principe que j’ai adopté à l’âge de cinq ans quand Camélia, ma belle-mère, m’a demandé si je préférais ses blagues au regard de galgos de ma mère, son mètre dix-huit de jambes au ventre de sharpei de ma mère, ses jurons de boxeur à la poésie vieux rose de ma mère. Et pour conclure, du moins pour ce jour fondateur de notre relation à venir : ses tenues de zumba à la raquette de tennis en bois de ma mère. Raquette vintage, objecterait Camélia, mais elle ferait fausse route. La raquette de ma mère est juste une vieille raquette en bois comme on n’en fait plus, portée par une mère ringarde comme on en fait peu (mais que j’aime plus que tout). Nous nous rencontrions pour la première fois, Camélia et moi, et j’ai senti, malgré le sourire ravi de mon père qui se félicitait que le courant circule entre nous, qu’il y avait un petit piège dans ses questions. Pas méchant mais posé là, sous ma langue. J’ai poussé un tel oui en réponse à sa demande de réassurance que depuis neuf ans, Camélia, gonflée d’orgueil par mon élan pour elle, se vante auprès de ses amies d’être, loin devant sa mère, la chouchoute de Suz’, sa belle-fille. Bien entendu, ma mère n’est pas au courant de ma trahison. D’ailleurs, elle continue de m’aimer tellement qu’à chaque retour de chez mon père, ma mère me fait l’offrande de quelques vers qu’elle a pondus en mon absence : « Ma Suzine, petite usine, toi le bateau qui vogue droit, tu resteras toujours à moi » ou « Suzine, si fine, sois heureuse même à Villetaneuse ».

petit bac 2019(1) Gros mot

Qui décide tous les soirs, d’allumer les étoiles ? – Carine Bausière

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51v-xV71DuL Ravet-Anceau – août 2016 – 198 pages

Quatrième de couverture :
Moi, c’est Camille. Je ne peux pas dire que je nage dans le bonheur. Mon père n’y comprend rien aux trucs de filles, mon petit frère Babar me colle constamment et je n’ai toujours pas de chéri. Mais surtout, surtout, je n’ai plus de maman. Elle est morte brutalement et nous a tous laissés complètement déboussolés. Heureusement, je peux compter sur Benjamin pour me remonter le moral avec ses blagues presque drôles. Benjamin, c’est mon meilleur ami. Ce serait aussi mon amoureux idéal s’il ne préférait pas les garçons. J’ai un grand rêve : quitter Roubaix pour découvrir New York, ses buildings et son effervescence permanente. Mais avant de le réaliser, je dois régler mes problèmes. Ça, ce n’est pas une mince affaire !

Auteur : Carine Bausière est née à Roubaix et y a suivi toute sa scolarité avant de poursuivre des études d’histoire à Lille 3. Passionnée de sport et plus particulièrement de football, elle a signé ses premières piges dans La Voix du Nord en 1994, avant d’en rejoindre la rédaction en tant que journaliste quelques années plus tard. Un rêve devenu réalité, tout comme désormais celui de publier son premier roman.

Mon avis : (lu en décembre 2018)
Ce livre correspond à moitié à ce que j’attendais du Masse Critique Jeunesse et Jeune Adulte… D’abord, il a mis plus de temps à arriver que prévu et ensuite j’attendais un livre audio et j’ai reçu un livre papier…
Camille, 13 ans, vient de perdre brutalement sa maman. Depuis à la maison, tout va à vau-l’eau, Babar, son petit frère de six ans est inconsolable, son père ne va pas mieux et ne sait pas gérer les trucs de filles et Camille est déboussolée entre sa rage et sa tristesse… Heureusement, elle peut compter sur Benjamin son meilleur ami et sur Zénobie et Adrien, leurs voisins.
Après le choc de la perte et de l’absence d’une mère et d’une épouse, la famille est effondrée, mais peu à peu au fil des mois de cette année scolaire, elle va se rassembler et affronter le quotidien, et se reconstruire pour continuer à vivre et à grandir.
Camille voudrait rencontrer un amoureux et à le grand rêve de partir à New York.
Benjamin est toujours présent pour lui redonner le sourire grâce à ces blagues.
Zénobie est une originale qui dit pleins de gros mots, conduit à sa façon une vieille 2 CV et déteste les supermarché, elle est attentive aux besoins de Babar et Camille et sait y faire pour les consoler et les faire rire !
Une histoire belle et émouvante, qui évoque avec beaucoup de justesse et de tact la perte d’un parent.
Merci Babelio pour cette belle et touchante découverte.

Extrait : (début du livre)
8 heures du mat’, j’ai le bourdon. Ça ressemble à un début de chanson sur la radio pour vieux de Maman. Le gars qui chante a des frissons. Moi aussi. Et je ne peux plus bouger. C’est la rentrée, ça fait un quart d’heure que je suis plantée sur le trottoir. Les portes du collège sont grandes ouvertes, je n’ai qu’à traverser pour rejoindre la cour, ce n’est pas que je ne veux pas, je ne peux pas. Mes jambes refusent de bouger, je suis raide comme un piquet, j’ai une énorme boule dans la gorge et je sens mes yeux s’embuer comme les hublots d’un paquebot en plein naufrage.
Sale journée.
Sur mon bout de trottoir, je ne peux pas m’empêcher de penser au même jour il y a deux ans. Je rentrais en sixième et si ce n’était pas franchement un événement pour moi, ça l’était pour Maman, remontée comme un coucou, comme si c’était elle qui allait découvrir le collège. Alors elle s’était levée bien plus tôt que d’habitude pour me préparer un copieux petit déjeuner avant de venir me réveiller en me sifflotant doucement à l’oreille. Puis elle m’avait aidée à choisir mes vêtements, « pas trop sérieux, pas pétasse non plus s’il te plaît ! », et elle m’avait conduite en voiture jusqu’à la grande porte pour m’observer une dernière fois, en m’enveloppant de son doux regard un peu plus brillant que d’habitude. « Ma Camille… » Cette fois-là, c’était elle le Titanic. Et il tanguait drôlement de l’intérieur.
Je me souviens avoir trouvé ça curieux. Les adultes, quand même… De mon côté, je n’étais pas émue du tout. Au contraire, c’est limite s’il ne fallait pas me retenir de sauter de la voiture en marche tellement j’étais impatiente. À 11 ans, je n’étais plus une gamine depuis longtemps. D’ailleurs, Maman me l’a souvent dit, j’ai toujours été en avance, plus mature que les enfants de mon âge. Là, c’était vraiment concret. En arrivant dans ce collège dont on m’avait tant parlé, j’ai eu l’impression d’avoir grandi d’un coup. Mais pas au point d’être blasée de retrouver ma mère plantée au même endroit sur le trottoir le midi, comme si elle n’avait pas bougé de la matinée pour être sûre de ne pas me rater.
Journée exceptionnelle oblige, nous avions mangé « entre filles » dans un restaurant italien sur la Grand-Place. Je lui avais raconté cette première matinée d’un air assuré, comme si le collège était déjà une vieille habitude et elle m’avait écoutée, avide de détails. « Ton prof principal, il est comment ? » Un vieux. Barbu. « Vieux ? » Ouais, au moins 40 ans. « Âge canonique en effet… Et ta classe ? » Bah, une classe, quoi. « Et les autres élèves, ils sont sympas ? » J’ai pas trop eu le temps de leur parler encore. « Même à ton voisin de table ? Tu es assise à côté de qui ? Une fille ? Un garçon ! Il est mignon ? » Mamaaaan ! Finie la belle assurance, j’étais rouge comme une pivoine et pas uniquement à cause de l’huile pimentée sur ma pizza. Oui, il était mignon, plus que ça même : si je n’avais pas discuté avec le reste de la classe, j’avais quand même jeté un œil sur les autres tables, genre distrait-mais-en-fait-très-affûté, pour me rendre compte que « M. le professeur principal » avait eu la main heureuse dans le placement. J’avais hérité du « SBG », le super beau gosse. Sauf qu’il m’intimidait tellement que je n’arrivais pas à le regarder en face. Et encore moins à en parler.
Évidemment, ça avait fait rire Maman de me voir comme ça. Mais elle n’avait pas insisté, domptant difficilement sa curiosité jusqu’au soir où j’avais eu droit au même rituel, sans la pizza. Des questions, encore des questions, dans la voiture, la cuisine, la salle de bains, avant la dernière salve au bord de mon lit. Assise sur une fesse, elle m’avait regardée d’un air grave. « Bon alors, il est vraiment mignon ce garçon ? » Comme je recommençais à virer au rouge, elle a pouffé de rire, passé sa main dans mes cheveux avant de m’embrasser. « Je te taquine, fleur bleue. » Mouais, elle avait plutôt une tronche de coquelicot, la fleur bleue…

petit bac 2019
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