Il est encore temps ! – Jean-Philippe Blondel

41PTaFOCLhL Actes Sud Junior – mai 2020 – 176 pages

Quatrième de couverture :
« J’imaginais bien qu’un jour je trouverais un mentor ou un modèle, un ou une artiste, quelqu’un qui exprime ses émotions et les fait partager à un public. Jamais je n’aurais cru que mon existence puisse être bouleversée par une espèce de gamine rouquine qui ressemble à toutes les petites sœurs chiantes du monde et qui s’exprime bizarrement parce qu’elle est autiste tendance Asperger.
Je la regarde et je suis fascinée. La vidéo se termine avec un nouveau hashtag ClimateStrike. La grève pour le climat. Tout ce que je parviens à prononcer, c’est « Waow ». »
À quoi bon étudier pour un futur incertain, quand on nous promet l’apocalypse, sécheresses catastrophiques, ouragans dévastateurs et extinction des espèces ? La peur des périls climatiques à venir plonge Lou dans le plus profond abattement. Tout est foutu, alors ? Un jour, c’est le déclic, une vidéo devient virale sur internet. Au lieu de se morfondre et d’attendre le pire, il est encore temps d’alerter, d’agir !

Auteur : Jean-Philippe Blondel est né en 1964. Marié, deux enfants, il enseigne l’anglais dans un lycée près de Troyes. En parallèle de son œuvre jeunesse, il est auteur en littérature générale. Il signe Blog, Un endroit pour vivre, Au rebond, (Re)play ! Brise glace, Double jeu, La Coloc, Le Groupe et Dancers, Le Baby-sitter, G229 (prix Virgin – Version femina), Et rester vivant et 06H41.

Mon avis : (lu en août 2021)
Depuis quelque temps, Lou a perdu le goût d’étudier, de vivre… Son désespoir est profond et son anxiété grandit de jour en jour. Elle ne comprend pas l’insouciance et l’incompréhension de ses parents. Lou a l’impression que le monde va tellement mal qu’aucun avenir n’est envisageable pour elle, à quoi bon étudier ? Pourquoi parler de développement durable et d’écologie si personne ne fait rien pour changer la situation… Mais heureusement, Lou découvre les actions et les discours de la jeune militante suédoise Greta Thunberg. Avec deux camarades, Lou va pouvoir agir en alertant autour d’elle et en mobilisant ses camarades, des professeurs et des parents lors d’une manifestation pour la climat.
Voilà un roman ancré dans l’actualité, engagé, plein d’optimisme et de foi dans la jeunesse.

Extrait : (début du livre)
– Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?
Je fronce les sourcils. Je suis consciente de l’agitation autour, du bruit, des corps qui passent à gauche et à droite, de la sirène des pompiers un peu plus loin. Quelqu’un me bouscule et s’excuse. Nous restons immobiles tandis que la foule défile. Je fixe le journaliste en face de moi. La cinquantaine, rondouillard, plutôt sympathique. Il doit aimer les repas de famille, les week-ends où ses enfants étudiants reviennent au bercail, les romans policiers et ses chats, oui, il a sans doute plusieurs chats, et allez, il doit y en avoir un qui s’appelle Mistigri. Non, le nom d’un président. Nixon. Voilà. Nixon. Celui qui a été obligé de démissionner suite à l’enquête menée par deux reporters de ce canard américain dont je ne me rappelle plus le nom.
– Je ne comprends pas le sens de votre question.
– Satisfaite ? Heureuse ? Après tout, c’est un vrai succès, non ?

Déjà lu du même auteur :

juke_box Juke Box  au_rebond Au rebond

le_baby_sitter Le Baby-sitter G229 G229  blog Blog

5317 Et rester vivant replay (Re)play  brise_glace Brise glace

acc_s_direct___la_plage Accès direct à la plage 6h41 06H41

double jeu Double jeu un hiver à paris Un hiver à Paris  9782330048204 La coloc

109646121 Mariages de saison 9782330075521 Le groupe  41dFUwhC8vL La Mise à Nu

41wfjmxTEwL  Dancers

Petit Bac 2021
(6) Météo

L’année des pierres – Rachel Corenblit

61Tn7kiUzgL Casterman – août 2019 – 412 pages

Quatrième de couverture :
Ce n’est pas parce qu’on est tous paumés et loin de chez nous qu’on se ressemble.
Ce n’est pas parce qu’on devient amis que les choses seront plus simples.
Ce n’est pas parce qu’ils nous prennent pour cibles qu’ils sont nos ennemis.
Ce n’est pas parce qu’on est montés dans ce bus qu’on en redescendra indemnes.

Auteur : Après des études de philosophie, Rachel Corenblit se tourne vers l’enseignement en 1997. Elle exerce aujourd’hui à Toulouse en tant que professeur des écoles. Elle est l’auteur de plusieurs romans.

Mon avis : (lu en mai 2021)
En empruntant ce livre à la bibliothèque début avril, je n’imaginais pas qu’il serait malheureusement d’actualité…
Daniel, Christophe, les jumelles Anna et Anaïs, Jérémy et Sonia, cousin et cousine, Amir, Benjamin, Rose, Lucille sont pensionnaires au lycée français de Jérusalem. En décembre 1987, ils sont en excursion dans un autobus en direction du mur de Jéricho et soudain ils deviennent la cible de Palestiniens en colère, le bus est attaqué à coup de pierres…
Mon avis sur ce livre est mitigé car j’ai peiné à le lire… Cela commence fort avec le cœur de l’histoire soit l’attaque. Ensuite, Daniel est le narrateur et il raconte l’histoire des dix adolescents et comment ils se sont retrouvés là, ensemble ce jour-là. La plupart n’a pas choisi de passer cette année en Israël. Ils ont 16 ans et des préoccupations de leur âge. Ils sont très loin du conflit israélo-palestinien qui se passe autour d’eux… Il y aura un avant plutôt insouciant et un après cette attaque brutale où les jeunes vont s’interroger sur leur avenir…
Je suis contente d’avoir pu terminer cette lecture mais j’ai trouvé qu’elle manquait de rythme et que les nombreuses histoires des dix protagonistes brouillaient le message de l’absurdité de cette guerre et des multiples impacts qu’il en découle.

 

Extrait : (début du livre)
Décembre1987
La terre est rouge. Diluée dans les roches, le sable, et des palmiers encadrent la route qui longe la ville, comme au garde-à-vous.
La terre est rouge et absorbe la chaleur du soleil. Elle l’incorpore. Elle la digère. On pourrait presque la voir bouillir, cette terre qui forme sur le bas-côté des tas inégaux, des ondulations que le vent défait.
C’est Jéricho, quoi, quand même, avec ses trompettes et ses murs, son folklore. Les bus de touristes passent devant avec les guides à bord, qui doivent raconter toujours la même histoire, la légende, la Bible. Les textes saints. Au micro, ça décrit l’effondrement des murailles et certains se penchent derrière les vitres teintées pour les apercevoir. Ça blablate, ça brode, ça enjolive un passé de massacres et d’apocalypse.
Mais ils sont où, ces murs que Dieu a fait s’écrouler ?
Est-ce qu’on peut les contempler ?
Ils sont déçus, un peu, les gens, avec leurs appareils photo en bandoulière, leurs casquettes vissées sur le haut du crâne, leur Coca frais dans la glacière, de ne rien voir, que les façades des maisons récentes qui ressemblent à des ruines à force d’être toujours en construction, jamais achevées. Les toits plats, les minarets, les falaises derrière, d’un rouge plus pâle, presque roses dans leur élancement vers le ciel.
Bleu, le ciel. Il n’a pas beaucoup plu, cette année, à se demander comment le Jourdain trouve la force de couler, où il puise son eau, ce brave ruisseau, ce ruban silencieux qui va s’abandonner dans la mer Morte, un filet, essoufflé et si courageux.
Il en faut du courage pour traverser cette terre.
Verte aussi par endroits. Des champs. Des plantations que les touristes n’identifient pas forcément et de toute façon, ils s’en fichent. Ils veulent du divin, du passé, de l’émotion archéologique. Et pourtant, ces carrés, ces rectangles, toute cette géométrie, vue du ciel, doit être belle. Esthétique. Un vert passé, usé, qui résiste au goutte-à-goutte des cieux, que les hommes cultivent et parfois, abandonnent. Alors la route se parsème, sur les bas-côtés, d’un jaune fané, brûlé, rogné comme des regrets. Comme si plus rien ne valait la peine. Comme si ce pays achevait l’espoir de ceux qui tentaient de le faire croître et multiplier.
C’est Jéricho, donc.
À deux cents mètres sous le niveau de la mer. On peut s’imaginer qu’un beau jour, prise de folie, celle-ci déborde : des plages de Tel-Aviv, la voilà qui remonte vers Jérusalem, dépasse les collines, suit les traces de la route qui s’élance vers les hauteurs. Emportée par son élan, elle engloutit tout sur son passage. Le mur des Lamentations et l’esplanade des Mosquées et le Saint-Sépulcre. Elle plonge vers la vallée du Jourdain pour la recouvrir. Au nord, Jéricho et plus loin, la Galilée. Au sud, la mer Morte, ses boues noires, ses eaux trop salées. Elle comble le trou, elle rétablit l’équilibre et remet les niveaux à zéro.
Ce serait peut-être une solution.
Que la mer se révolte et qu’elle emporte sur son passage les hommes, leurs monuments, leurs querelles, leurs empreintes, leurs mensonges et leurs dieux. Qu’il ne reste rien d’eux.

Petit Bac 2021
(4) Objet

 

Déjà lu du même auteure :

9782330053758 (1) 146298

 

Bande de poètes – Alexandre Chardin

Lu en partenariat avec Babelio et Casterman

711C6D2sggL Casterman – mars 2021 – 216 pages

Quatrième de couverture :
Julien craint le pire pour la rentrée. Son père l’a inscrit au collège Rostand où vont les jeunes les plus défavorisés de la cité. Premier défi pour Julien : s’intégrer en étant le fils du maire, le blanc-bec de service qui préfère le groove d’une trompette au flow du rap. Deuxième défi : briller aux yeux de la fière Nour, et survivre au regard-mitraillette de son frère. Les choses semblent mal parties et pourtant…
il se pourrait que Julien rencontre ses meilleurs alliés durant cette année, et même qu’ils montent ensemble un projet musical unique (rap, piano et trompette) pour faire entendre leurs voix !

Auteur : Je suis né trop tard pour être Rahan, le fils des âges farouches, Davy Crocket ou même Charles Bronson. J’aurais dû naître en Alaska, vaincre mon premier grizzly au canif à 4 ans, devenir éleveur de colibris en Islande et surfeur de vagues géantes pour épater les otaries. Mais je suis né à Strasbourg, ce qui n’est déjà pas si mal. J’ai élevé des chenilles urticantes, des orvets, des larves de moustiques et des têtards sous l’œil confiant de mes parents. A 8 ans, j’ai voulu sauter du grand tremplin de saut à ski en Autriche, papa a hésité, maman a dit non, je lui en veux encore. Et puis un jour mon cœur fait boum car je découvre le Voyage au bout de la nuit de Louis Ferdinand Céline. Et hop, ce sera la fac de lettres de Strasbourg. J’ai beaucoup appris, voyagé et j’ai rencontré la femme de ma vie à la « cafet » de la fac de lettres, romantisme absolu ! J’ai eu une 2CV qui avait 16 trous dans le toit, une moquette rose au sol et une moumoute assortie sur le volant. J’ai ensuite déménagé à Mulhouse dans un immeuble plein de yorkshires et de sorciers. Mais aujourd’hui, la gloire est proche car j’ai une petite fille merveilleuse, un petit garçon-soleil et une voiture dans laquelle ma 2CV aurait pu rentrer. Pour les 243 prochaines années, je compte apprendre à jouer de la batterie, pulvériser le record d’Usain Bolt sur 200 m, retourner au Kirghistan, relire l’Histoire de Tönle de Mario Rigoni Stern, construire 14 cabanes dans les arbres dans la forêt de mon papa, voir une aurore boréale, manger un waterzoi, écrire un roman traduit en estonien et assister à la disparition de la bêtise arrogante. Mais je suis confiant, il y a de beaux enfants, curieux aux yeux rieurs qui me donnent toujours envie d’enseigner.

Mon avis : (lu en mars 2021)
Lorsque j’ai accepté de recevoir ce livre dans le cadre d’un Masse Critique spécial, je ne m’attendais pas à recevoir un livre écrit en vers ! C’est surprenant mais finalement la lecture se fait très bien. En avant-propos, l’auteur nous conseille d’entendre ce texte plutôt que de le lire…
Le père de Julien est le Maire de la ville, il a inscrit son fils au collège où vont les adolescents les plus défavorisés de la ville… Non seulement Julien se retrouve sans ses copains, mais il va devoir s’intégrer dans une classe qui ne lui ressemble pas du tout. En arrivant au collège, il a une bonne surprise en découvrant Nour, une splendide fille qu’il a vraiment envie de mieux connaître…
Nour a un frère plutôt protecteur, Amir, qui dès le début prend en grippe Julien… Abou se tient dans l’ombre d’Amir, c’est garçon assez mystérieux qui préfère discuter avec Julien que de l’affronter comme Amir… Je n’en raconterai pas plus mais tout ce petit groupe, en se fréquentant et en échangeant va se trouver des points communs et construire ensemble un beau projet.
Une très belle histoire que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir.
Merci Babelio etles éditions Casterman pour cette lecture positive.

Extrait : (début du livre)
Cher lecteur, permets-moi, avant de commencer,
De t’expliquer dans quoi tu viens de te lancer.
Tu reconnais des rimes et des vers… « Oh, misère ! »
Tu te dis: « Non, pitié ! Je vais vivre l’enfer !

Il est fou cet auteur ? Il nous fait un caprice,
C’est pas pour moi, ce truc ! Non merci, le supplice ! »
Sans doute connais-tu le beau récit d’Homère,
Ulysse aux mille ruses méritait des vers…

Dix ans de guerre à Troie, puis monstres et tempêtes,
Cyclopes, dieux, sirènes, une terrible quête.
Si j’ai choisi les vers, c’est que mes personnages
Sont des aventuriers : écoute leur courage.

Les rimes et les vers pour des actes héroïques,
Une histoire d’enfants passionnés de musique.
Amir, Abou, Julien, la valeureuse Nour,
N’attendent que ta voix pour voir vraiment le jour.

Car ce texte, lecteur, ne doit pas qu’être lu !
N’hésite pas, dis-le ! Il veut être entendu.
Mais tu t’impatientes: « Quel bavard, on enrage !
Raconte-nous l’histoire, on voudrait des images ! »

Voici donc, mon ami, le début du récit,
Personnages et lecteur, un dernier mot : merci !

Petit Bac 2021
(3) Objet

Sauveur & Fils saison 6 – Marie-Aude Murail

81ddqapXT2L École des Loisirs – août 2020 – 332 pages

Quatrième de couverture :
Jamais une psychothérapie n’a autant ressemblé à une enquête policière que dans cette saison 6. Qui est cet homme qui veut être reçu à 7 heures du matin au 12, rue des Murlins et qui a l’air de connaître la maison de Sauveur comme s’il y avait déjà vécu ? D’où vient Gilbert le Démon qui persécute la jeune Sarah en lui criant à l’oreille des insanités ? Pour-quoi Ghazil Naciri a-t-elle volé une clé dans le sac de sa prof de SVT ? Qu’est-ce que Kimi va faire de ce revolver qui lui est tombé entre les mains ? Et Jovo, mythomane ou psychopathe ? Va-t-on enfin connaître son passé ? Si vous n’avez pas toutes les réponses en saison 6, c’est qu’il y aura une saison 7.

Auteur : Marie-Aude Murail est née au Havre en 1954. Elle vit avec son mari et a trois enfants, deux garçons et une fille. Elle a commencé à écrire pour la jeunesse en 1986. Au début, ses romans étaient surtout destinés à des femmes, puis elle s’est mise à écrire pour les jeunes de 7 à 16 ans. Dans ses romans, on peut retrouver énormément de dialogues entre les personnages. Son but est de séduire ses lecteurs grâce à de l’émotion et de l’amour. Le plus souvent, dans ses livres, les histoires se passent dans des milieux urbains et les héros sont des hommes, souvent des ados, motivés par des femmes. Elle a écrit Oh boy (2000), Simple (2004), Maïté coiffure (2004), Miss Charity (2008), Papa et Maman sont dans un bateau (2009), 3000 façons de dire je t’aime (2013).

Mon avis : (lu en janvier 2021)
J’ai toujours autant de plaisir à suivre les différents épisodes de la série « Sauveur & Fils », nous voilà déjà à la 6ème saison.
Sauveur est psychologue clinicien à Orléans, d’origine martiniquaise, veuf, après avoir élevé seul son fils Lazare, il a créé une famille recomposée avec Louise, son amoureuse, et ses deux enfants : Paul, copain inséparable de Lazare, et Alice, sa grande sœur. Sans oublier, Jovo, l’ancien légionnaire SDF, qui fait office de grand-père et Gabin parti s’engager dans la Marine… Lazare et Paul sont moins complices qu’avant, le premier est sérieux, sage et serviable mais désolé d’être obligé de couvrir son copain qui file un mauvais coton… car Paul fréquente des camarades peu recommandables, rechigne à faire ses devoirs et collectionne les mauvaises notes…
Côté professionnel, le lecteur découvre les différents patients du psychologue et leurs questionnements, problèmes et évolutions… Des adultes, des enfants, ils sont souvent très attachants et qui nous fait réfléchir sur des sujets très actuels et variés. Nous retrouvons les sœurs Margaux et Blandine et leur demi-frère Maxime, diagnostiqué autiste, Samuel, Solo le gardien prison, Ella-Elliot et son ami Kimi, Frédérique Jovanovic, la petite-fille de Jovo, et bien sûr de nouveaux patients… Les hamsters ainsi que le chat Miou sont toujours présents dans la maison et dans le cabinet de Sauveur auprès de ses patients. Jovo s’essaye à la psychologie et détourne quelques clients de Sauveur…
U
ne lecture facile qui fait du bien, avec beaucoup d’humanité, d’empathie, de bienveillance et également de l’humour !
Et la quatrième de couverture annonce déjà un tome 7, mais sans nous donner de date !

Extrait : (début du livre)
Du lundi 26 novembre au dimanche 2 décembre 2018
Il faisait encore nuit. L’homme ne s’était pas attendu à trouver beaucoup d’animation dans une ville de province au petit matin, mais il eut la sensation angoissante d’être le seul vivant sur terre. À cette heure-ci, à Paris, les cafés allumaient leurs néons et les percolateurs faisaient entendre les premiers gargouillis.

Il descendit de voiture et son regard se porta sur le trottoir opposé. Les trois marches qui menaient au seuil de cette maison lui serrèrent le cœur. L’enfant était là, assis sur l’une de ces marches, accablé de remords, l’enfant qu’il avait été. Il traversa, invinciblement aimanté. Pourquoi avait-il eu besoin de revenir au numéro 12 de la rue des Murlins ? Cela n’avait aucun intérêt, cela ne pouvait l’aider en rien. C’est alors qu’il vit à côté de la porte une plaque dont un lampadaire faisait étinceler les lettres dorées. Sauveur ! « Que notre Sauveur vous soutienne dans cette épreuve ! » C’était la phrase qu’avait dite le prêtre au cimetière le 26 novembre 1976. Quarante-deux ans s’étaient écoulés, mais il n’avait pas oublié cette phrase, parce qu’à l’époque personne ne l’avait soutenu.
Sauveur Saint-Yves
Psychologue clinicien
L’homme aperçut la lumière qui filtrait à travers les rideaux. Quelqu’un était derrière cette fenêtre du rez-de-chaussée, quelqu’un qui ne dormait pas. Sans réfléchir à ce qu’il faisait, l’homme posa la main sur le heurtoir en forme de poing et l’abaissa trois fois. Allait-on entendre les trois coups de l’autre côté ? Il eut la tentation de s’asseoir sur les marches comme avait fait l’enfant au retour de l’enterrement. Mais un crachin désagréable s’était mis à tomber. Il se disposait à actionner de nouveau le heurtoir quand la porte s’ouvrit. Un homme grand et maigre se tenait dans l’embrasure.

– Monsieur Sauveur… Monsieur Saint-Yves ?
– C’est ici, fit une voix qui semblait sortir des profondeurs de la terre.
– Il est très tôt, je sais, et je n’ai pas pris de rendez-vous… Est-ce que vous pouvez me recevoir ?

Déjà lu du même auteur :

Simple Simple et Simple (relecture)

papa_et_maman_sont_dans_un_bateau Papa et Maman sont dans un bateau

MissCharityGRAND Miss Charity la_fille_du_docteur_Baudoin Le fille du docteur Baudoin

92806891 3000 façons de dire je t’aime 

114911377 Sauveur et fils – saison 1 117081217 Sauveur & Fils – saison 2 

51dQo72i0DL Sauveur et Fils saison 3 41mFka+jzUL Sauveur & Fils saison 4

91id2wkWgOL Sauveur & Fils saison 5

Petit Bac 2021(2) Être humain

 

 

Espérance – Résistance – Juliette Keating

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

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81nHrD1e9sL Thierry Magnard – septembre 2020 – 96 pages

Quatrième de couverture :
Wassim vit à la cité de l’Espérance, avec son grand terre-plein vide, ses copains… Et quand un soir son père lui annonce que les jardins ouvriers au pied de leurs tours vont être vendus à un promoteur immobilier pour construire des bureaux, son sang ne fait qu’un tour.
Lorsqu’il découvre les mots si puissants de Greta Thunberg à la télévision criant « How dare you? », il entend l’urgence d’agir pour sauver les jardins. Qu’est-ce qu’il doit faire ? Qu’est-ce qu’il peut faire ? Avec Mia, qui le fait fondre et qui ressemble tellement à Greta, Bouba, Alice, Fatou, Saïd, ils s’organisent. Lui et ses copains sont jeunes, et alors ? Quand les vieux deviennent fous, n’est-ce pas aux jeunes d’être sages ?

Auteure : Née dans la région parisienne, Juliette Keating publie depuis 2011, des billets de littérature politique, des chroniques, des nouvelles et de la poésie sur son blog hébergé par Mediapart. Elle collabore au magazine culturel en ligne Délibéré. Elle a publié Demain, j’ai quinze ans. 

Mon avis : (lu en décembre 2020)
Le titre de ce roman « Espérance Résistance » est tout un programme !
Espérance c’est le nom de la cité où Wassim, quatorze ans, vit avec sa famille et ses copains. Au pied des immeubles, le long de la voie ferrée, il y a les jardins familiaux laissés en partie à l’abandon où seuls Bakary, un jeune malien, et le père d’Alice continuent à cultiver des légumes et des fleurs. Un promoteur et son 4×4 noir rôde à proximité des jardins, la mairie étant bien décidée à céder les terrains pour y construire un immeuble de bureaux et un fast-food…
Après avoir vu et entendu Greta Thunberg sur une video, Wassim se sent concerné et veut faire quelque chose contre la destruction des jardins, grands-parents, parents et enfants y on tous de beaux souvenirs dans ses « jardins ouvriers » devenus « jardins familiaux »… Avec ses copains Bouba, Mia, Alice, Lorenzo, Fatou, Saïd, Wassim va créer le groupe « Espérance Résistance » et mobiliser le quartier pour sauver les jardins. Quand les vieux deviennent fous, n’est ce pas aux jeunes d’être sages ?
Voilà un roman très court (96 pages) pour les Ados, facile à lire, sur un sujet d’actualité et qui met en scène des adolescents qui s’engagent contre la bétonisation de leur quartier. Idéal pour éveiller leur conscience.
La première moitié du roman lue par l’auteure est disponible gratuitement sur le site de l’éditeur, Thierry Magnard

Extrait : (début du livre)
Johnny le clodo déboule sur la dalle. Il titube devant le magasin. Crishhhh… Il ouvre une canette. Il l’a piquée et glissée dans sa poche. Mais il voit tout sur son écran, le Chinois ! Il a installé des caméras. Faut être un dieu pour lui chourer un truc. Et voilà Johnny qui lève sa canette volée vers le ciel gris. Il chantonne : « À vot’ santéééé les jeunes ! »
Il boit d’une traite, heureux. Une nuée d’oiseaux criaillent en se posant sur l’arbre. Il fait lourd. On s’ennuie. J’écoute la balle de Lorenzo frapper le sol : tap tap tap tap. Mia aspire les dernières gouttes d’un multivitamines. Tap tap tap tap tap. Personne d’autre sur la dalle. Depuis combien de temps on est là, Lorenzo, Mia et moi ? À attendre quoi, assis sur le muret devant le magasin du Chinois, nos nuques courbées sur Snapchat ? Tap tap tap jusqu’au bout du dimanche, répond la balle de Lorenzo.
Johnny est bourré. Il ricane dans son coin. Les oiseaux s’envolent. Mia se lève et va jeter sa gourde dans la poubelle qui déborde. Elle s’avance vers Johnny en mordillant la paille orange. Qu’est-ce qu’il lui prend ? Elle crie : « Eh, l’alcoolo, cache tes chicots ! »
Lorenzo éclate d’un rire qui rebondit sur les tours. Le ballon lui échappe et va rouler dans les jambes de Johnny. Il vacille, devient plus rouge encore. Il lance sa canette, qui explose en crachant la bière. Attention à la colère de Johnny !
– Raaah ! Raaah !
Il s’approche, l’air féroce. On se dresse en hurlant.

Extrait audio lu par l’auteure (voir onglet « Ressources »)

Anne d’Avonlea – Lucy Maud Montgomery

 Québec Amérique – avril 2007 – 330 pages

traduit de l’anglais par Hélène Rioux

Titre original : Anna of Avonlea, 1996

Quatrième de couverture :
Quand Matthew Cuthbert, son père adoptif, meurt subitement, Anne renonce à ses études et choisit de rester aux Pignons verts, aux côtés de Marilla. C’est ainsi qu’à seize ans et demi, elle se retrouve institutrice à l’école d’Avonlea. Au cours des deux années qui suivent, Anne se dévoue corps et âme à l’enseignement, et fait partager ses connaissances aux enfants avec la fougue et la passion qui la caractérisent. Et quand les jumeaux Dora et Davy, orphelins eux aussi, arrivent aux Pignons verts, Anne et Marilla voient leur belle sérénité s’évanouir, car les deux garnements vont leur en faire voir de toutes les couleurs. Anne d’Avonlea, c’est le portrait inoubliable d’une jeune fille du début du siècle, impétueuse et espiègle, d’une charmante naïveté, convaincue qu’un jour elle parviendra à changer le monde.

Auteur : Lucy Maud Montgomery est une romancière canadienne de nouvelles et romans pour la jeunesse se déroulant généralement sur l’Île-du-Prince-Édouard, au Canada, dont le plus célèbre est Anne… la maison aux pignons verts.
Elle suit une formation à Charlottetown pour devenir enseignante et, de 1895 à 1896, elle étudie la littérature à l’Université Dalhousie à Halifax, Nouvelle-Écosse. À dix-sept ans, elle rédige pour les journaux locaux d’Halifax, Chronicle et Echo. Peu après, elle rejoint son père en Saskatchewan pendant un moment et retourne finalement sur l’île-du-Prince-Édouard. Elle connaît un succès international avec Anne… la maison aux pignons verts, paru en 1908, et qui a été traduit en seize langues. De ce roman qui s’adresse à toute la famille, ont été tirées plusieurs adaptations audiovisuelles. Celles-ci, très populaires dans le monde anglo-saxon, ont permis à Montgomery d’écrire d’autres livres sans soucis financiers.

Mon avis : (lu en novembre 2020)
C’est le tome 2 de la série « Anne, la maison aux pignons verts ».

Après le décès Matthew Cuthbert, Anne décide de rester à Avonlea, sur l’Île-du-Prince-Édouard, pour ne pas laisser Marilla seule. A seize ans, Anne est donc devenue la maîtresse de l’école du village. Elle est toujours pétillante, pleine d’entrain et d’idées pour aider les autres. Son imagination est toujours immense et la nature autour d’elle lui évoque des sentiments pleins de poésie… Bientôt deux jumeaux orphelins arrivent aux Pignons Verts, Dora et Davy sont âgés de sept ans et leur éducation va bien occuper Marilla et Anne. Si Dora est une petite fille sage, obéissante, Davy est plein d’imagination pour faire des bêtises et il a toujours mille questions à poser…
J’ai lu avec beaucoup de plaisir ce tome 2 des aventures d’Anne où le lecteur va faire connaissance avec de nouveaux personnages comme Monsieur Harrison, Paul Irving ou Miss Lavander… L’ambiance est bienveillante et il y a également quelques situations qui m’ont bien fait rire. Et bien sûr, je continuerai à découvrir la série !

Extrait : (début du livre)
Par un chaud après-midi du mois d’août, une grande et mince jeune fille de seize ans et demi, aux yeux gris sérieux et aux cheveux que ses amis qualifiaient d’auburn, était assise sur le large seuil de grès rouge d’une ferme de l’Île-du-Prince-Édouard, déterminée à analyser un passage d’un livre de Virgile.
Mais un après-midi du mois d’août, alors que des vapeurs bleues serpentent dans les champs en pente, que des brises chuchotent comme des elfes dans les peupliers et que, dans un coin de la cerisaie, des coquelicots improvisent un ballet flamboyant contre un taillis sombre de jeunes sapins, n’est-il pas plus propice à la rêverie qu’à l’étude des langues mortes ? Le Virgile glissa bientôt sur le sol sans qu’Anne y prête attention ; le menton posé sur ses mains jointes et le regard fixé sur la masse de floconneux nuages s’amoncelant en une montagne blanche juste au-dessus de la maison de M. Harrison, elle était rendue très loin, dans un monde délicieux où une certaine institutrice accomplissait un travail magnifique, formant la destinée de futurs hommes d’État et insufflant dans le cœur et l’esprit des jeunes des idéaux nobles et élevés.
Bien sûr, si on regardait les choses en face et, il faut bien l’avouer, Anne ne s’y résolvait que lorsqu’elle y était contrainte, il semblait peu probable que beaucoup de célébrités émergent de l’école d’Avonlea ; mais on ne sait jamais ce qui peut se produire lorsqu’une institutrice exerce une influence salutaire. Anne était convaincue qu’un professeur peut accomplir de grandes choses à condition de prendre les bons moyens pour y parvenir ; elle se trouvait donc au beau milieu d’une scène idyllique, quarante années plus tard, avec un personnage célèbre – Anne ne savait pas encore exactement ce qui ferait sa renommée, mais elle se disait qu’un recteur d’université ou un premier ministre du Canada serait tout à fait approprié – s’inclinant sur sa main ridée et l’assurant que c’était à elle, en premier lieu, qu’il devait son ambition et que toute la réussite de sa vie reposait sur les leçons qu’elle lui avait inculquées jadis, à l’école d’Avonlea. Cette vision enchanteresse fut soudain interrompue de façon très désagréable.

Déjà lu du même auteur :
anne-la-maison-aux-pignons-verts-lucy-maud-montgomery Anne… La Maison aux pignons verts

 

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Balade à Toronto – Jean Leloup 
Un livre d’un auteur canadien, mais pas québécois

 


Rose Rage – Illana Cantin

Lu en partenariat avec Babelio

71IftGC9ZkL Hachette – septembre 2020 – 288 pages

Quatrième de couverture :
—  T’as entendu parler de cette fille qui a été renvoyée parce qu’elle avait tabassé un mec dans la file de la cantine  ? Il lui avait touché les fesses…
— C’est pas juste. C’est pas elle qui devrait être renvoyée, c’est lui. Et si j’avais un moyen de faire éclater la vérité au grand jour  ? 
Pour Rachèle, à la tête du journal du lycée,il est impossible de laisser passer une nouvelle injustice.Ça fait trop longtemps que ça dure.  Que tout le monde ferme les yeux.Elle décide donc d’appeler toutes les filles, toutes les femmesde l’établissement à faire grève.Il est temps pour elles de se faire entendre.Il faut que  certaines choses changent enfin.

Auteur : Illana Cantin a commencé à écrire à l’âge de onze ans, sur le vieil ordinateur familial, et ne s’est pas arrêtée depuis. En 2016, son premier roman est sorti en version numérique aux Éditions Arrow. Pendant ce temps, en parallèle de ses études d’anthropologie, elle publie ses textes sur Wattpad. L’histoire de Georges et de Priam est son premier roman édité en format papier.

Mon avis : (lu en septembre 2020)
Parce qu’une fille du lycée a été victime d’une injustice, Rachèle décide subitement de lancer une grève des femmes dans l’établissement. Ameline est victime de harcèlement sexuel de la part de Paul Müller, un élève de terminale, elle se révolte et gifle l’importun. Et c’est Ameline qui est exclue du lycée Olympe de Gouges pour violence !
La narratrice, Rachèle, s’occupe du journal du lycée avec son ami Martin et veulent tout deux faire éclater la vérité. Rachèle va commencer par mobiliser les filles : Manon, Carla, Inès, Imane, Kayla, Astrid sont prêtes à la rejoindre mais certaines ne voient pas d’un bon œil la présence de Martin, pourtant plein de bonne volonté, à leur côté. C’est un combat de filles et elles seules doivent décider des actions à mener…
Avec ce roman, l’auteure décrit tous les obstacles que les filles ou les femmes doivent affronter pour enfin être reconnues à égalité avec les hommes.

Un roman très actuelle qui aborde avec beaucoup de justesse et sans culpabilisation le féminisme et la notion de l’acceptation de soi.
A faire lire à nos adolescents filles et garçons !

Merci Babelio et les éditions Hachette pour cette lecture instructive et inspirante.

Extrait : (début du livre)
Le climat de ras-le-bol s’était installé bien avant l’épisode Ameline Brillant. Être renvoyées chez nous pour des jeans troués et des tee-shirts trop courts nous hérissait depuis un bon moment, mais s’il n’y avait que ça… Ça nous faisait criser quand les surveillants d’internat empêchaient les filles de visiter leurs amies après 21 heures sous prétexte qu’elles étaient trop bruyantes, alors que les garçons avaient la permission de 23 heures. Ça nous énervait de voir qu’on dépensait des sommes astronomiques pour que l’équipe masculine de handball fasse la tournée des championnats, quand les coureuses, pourtant plus nombreuses et bien mieux classées, devaient vendre des croissants tous les matins pour financer le voyage jusqu’à Londres.
Ça nous mettait en rogne d’apprendre qu’un prof de maths avait mis une retenue à une seconde qui avait éclaté en sanglots en plein cours à cause de ses règles douloureuses – elle faisait son cinéma, prétendait-il.
C’était donc loin d’être un secret : au lycée Olympe de Gouges, les femmes étaient moins bien loties que les hommes. Constat ironique quand on réalisait que l’établissement portait le nom d’une grande figure des droits des femmes, une qui aurait été du genre à balancer son porc. On ne s’y faisait pas, à cette ambiance misogyne, néanmoins on vivait avec ; l’établissement était renommé, et l’avoir fréquenté passait bien sur un dossier. Mais avec Ameline Brillant, tout avait éclaté.

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(8) Couleur


Le garçon du sous-sol – Katherine Marsh

71vYP+VnC3L Robert Laffont – février 2020 – 450 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Blandine Longre

Titre original : Nowhere boy, 2018

Quatrième de couverture :
Max, 13 ans, a quitté à contrecœur les États-Unis pour suivre sa famille à Bruxelles. Quand il découvre un jeune réfugié syrien, Ahmed, caché dans le sous-sol de sa nouvelle maison, il décide de l’aider sans en parler à ses parents.
L’amitié entre les deux garçons grandit au fil des jours, mais avec les attentats terroristes de 2015, les contrôles policiers sont renforcés et Ahmed risque à tout moment d’ être arrêté et renvoyé en Syrie. Avec l’aide de ses camarades, Max va tout faire pour éviter ce drame.

Auteure : Auteure de plusieurs romans jeunesse à succès, Katherine Marsh a notamment reçu le prestigieux Edgard Award. Après avoir habité plus d’un an à Bruxelles avec son mari et leurs deux enfants, elle s’est installée à Washington.

Mon avis : (lu en août 2020)
Ahmed est un Syrien de 14 ans sa mère et ses sœurs sont mortes sous un bombardement à Alep. Au début de cette histoire, il est avec son père et d’autres migrants sur un canot qui prend l’eau dans une mer très agitée, il fait nuit, le moteur stoppe et le père plonge pour de tirer le canot et une vague le fait disparaître. Ahmed se retrouve tout seul.
Max est un jeune américain de 13 ans, il a quitté les États-Unis avec sa famille, pour vivre à Bruxelles où son père doit travailler. Cela ne lui plaît pas du tout. Il doit apprendre le français, subir le climat pluvieux, écrire avec un stylo plume… Son intégration est difficile ! Aussi quand il découvre qu’Ahmed s’est caché dans le sous-sol de sa maison, il décide de ne rien dire à ses parents et de l’aider.
Peu à peu, les deux garçons vont s’apprivoiser, pour Ahmed, c’est la survie, il aménage sa cachette, se nourrit grâce à ce que Max lui apporte et occupe ses longues heures de solitude en s’occupant des plantes laissées à l’abandon à la cave, il doit rester le plus discret possible… Max prend son rôle très au sérieux et lui qui essuyait échec sur échec reprend confiance en lui et se doit d’aider son nouvel ami.
Une histoire palpitante sur l’amitié et la solidarité à lire par les adultes comme les adolescents. Belle découverte !

Extrait : (début du livre)
Ils avaient attendu exprès une nuit de juillet nuageuse et sans lune. Le risque que les gardes-côtes grecs les repèrent serait ainsi moins grand, avaient affirmé les passeurs.
Mais leur invisibilité posait à présent problème. Le rebord du canot pneumatique, ballotté sur la mer Égée, se trouvait à dix centimètres à peine au-dessus de l’eau, beaucoup plus bas que lorsqu’ils avaient embarqué. Il n’y avait aucune terre en vue. Le capitaine se démenait pour redémarrer le moteur, tandis que les silhouettes de dix-huit hommes, trois femmes et quatre enfants se blottissaient les unes contre les autres. Certains passagers portaient des gilets de sauvetage qui leur allaient mal ; seuls quelques-uns d’entre eux savaient nager.
– Si le moteur ne se remet pas en marche, nous nous noierons, déclara une femme dont la voix fluette, dans son affolement, monta dans les aigus.
Personne ne la contredit.
Ahmed Nasser serra contre lui son gilet de sauvetage, trop petit pour un adolescent de quatorze ans – de surcroît presque aussi grand que son père. Il se rappelait les histoires qu’il avait entendues en Turquie à propos de passeurs vendant des gilets de sauvetage défectueux qui faisaient couler les gens plutôt qu’ils ne les aidaient à flotter.
Une main se posa sur son épaule.
– Ahmed, mon âme, n’aie pas peur.
Le garçon leva les yeux vers son père, dont la large carrure était à l’étroit contre le bord du canot. Une chambre à air noire était passée à son épaule, et il souriait calmement, comme s’il savait que tout irait bien. Mais tout indiquait le contraire à Ahmed – l’odeur des corps sales et transpirants, les regards terrifiés, les vagues clapotantes qui donnaient la nausée.
– Cette dame a raison, murmura le garçon. Le bateau se dégonfle. Le moteur ne va pas redémarrer…
– Chut, fit son père.
Sa voix était autoritaire et pourtant douce, comme s’il cherchait à apaiser un enfant. Mais Ahmed était assez âgé pour savoir quelle impuissance celle-ci dissimulait. Il pensa à sa mère, à ses sœurs, à son grand-père – sa mort serait-elle pire que la leur ? Son père lui avait assuré qu’ils n’avaient pas souffert. Leur supplice avait en tout cas été moins long que ce qu’Ahmed vivait à présent. Ils n’avaient pas eu le temps d’échanger de fausses paroles de réconfort.

Le dernier sur la plaine – Nathalie Bernard

41WOIO0T5QL Éditions Thierry Magnier – août 2019 – 358 pages

Quatrième de couverture :
Au cœur du XIXe siècle, dans les grandes plaines de l’Ouest américain, les quatre parties de ce récit retracent le destin de Quanah Parker, dernier chef Comanche qui mena toute sa vie un combat pour tenter de sauver la culture, les croyances et les terres de son peuple.

Auteure : Nathalie Bernard est romancière, auteur d’une vingtaine de romans publiés depuis plus de quinze ans. Éclectique, elle s’est aventurée dans les genres fantastique, thriller historique, polar, nouvelles. Elle écrit pour la jeunesse depuis plusieurs années.
Par ailleurs chanteuse et parolière, elle construit à partir de ses livres des spectacles et des mises en voix. Elle anime également des rencontres et des ateliers d’écriture pour les 7-18 ans.

Mon avis : (lu en juillet 2020)
Ce récit captivant est inspiré de faits réels. C’est l’histoire romancée de Quanah Parker et de la dernière tribu de Comanches libres.
A la naissance, son nom est Kwana, il vit dans la tribu des Noconis. Il est le fils du chef Comanche Peta Nocona et de Nautdah, une femme à la peau claire et aux yeux bleus. Lorsque le roman commence, en décembre 1860, le campement se fait attaquer et Kwana et Pecos, son petit frère, sont obligés de fuir sur leurs chevaux, laissant derrière eux, leur père abattu par l’ennemi et leur mère et leur petite sœur l’arme d’un soldat pointant sur elle… Les deux enfants n’ont pas d’autre choix que de partir retrouver d’autres Noconis sans laisser de traces… Le lecteur va découvrir la vie incroyable de Quanah de sa naissance à la fin de son enfance, de son adolescence à l’âge adulte, il va se battre tout au long de sa vie pour tenter de sauver les terres de son peuple et sa culture.
En arrière plan, Nathalie Bernard évoque l’évolution des États-Unis avec la construction du chemins de fer, la volonté des rangers de créer des réserves pour les Indiens et de les y cantonner ainsi que l’extermination des bisons…
Édité dans une collection jeunesse, ce roman passionnant, instructif et émouvant est  également destiné aux adultes. Une très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Prologue
À la lune des jeunes bisons, la vaste prairie qui s’étire au pied des montagnes Wichita se pare d’une multitude de fleurs. Des corolles jaunes au cœur pourpre, d’autres pourpres au cœur jaune éclatent un peu partout et libèrent des odeurs sucrées et délicates qui attirent toutes sortes d’insectes. Dans le même temps, les berges de la rivière Washita se couvrent de broussailles et une foule d’oiseaux accourt pour s’y réfugier…
Le jour de ma naissance, au milieu de ces bourdonnements et de ces chants d’oiseaux, un gémissement monte dans l’air tiède. Une femme à la peau blanche et aux yeux clairs, accroupie au pied d’un tilleul, est en train de devenir ma mère. Au-dessus d’elle, l’aigle à tête blanche pousse son cri strident et mon corps tout neuf glisse entre ses cuisses.
– Kwana, murmure ma mère tandis que l’herbe verte et épaisse de mes ancêtres m’accueille tendrement.
– Le Parfumé, répète mon père, pour s’imprégner de mon existence.
Ma grand-mère s’approche à petits pas, comme je l’ai toujours vue se déplacer. Elle est si légère que ses mocassins foulent la terre sans y laisser d’empreinte. Elle s’accroupit près de ma mère, retire le couteau qu’elle a glissé dans sa ceinture et, d’un coup sec, elle coupe le cordon ombilical. Ses lèvres s’entrouvrent, elle avale un peu d’air pour dire à voix haute cette vérité qu’elle a entendue bien des fois de la bouche des anciens :
– Dire le nom, c’est commencer l’histoire

Déjà lu du même auteur :

41q-8FaKseL Sauvages

Et mes yeux se sont fermés – Patrick Bard

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Syros – aout 2016 – 208 pages

PJK – septembre 2018 – 208 pages

Quatrième  de couverture :
L’histoire d’une adolescente française revenue de Syrie.
A priori, Maëlle n’est pas différente des autres filles de seize ans. Cette année-là, elle passe de plus en plus de temps sur Facebook, abandonne le sport, modifie sa façon de s’habiller, quitte son petit ami… Sans hésitation ni compromis, elle prend un virage à 180 degrés. C’est pour, croit-elle, sauver le monde, qu’elle rejoint l’organisation Daech. Un an plus tard, Maëlle revient pourtant de Syrie.

Auteur : Patrick Bard est romancier, écrivain-voyageur et photojournaliste. Les frontières et la question des femmes sont au centre de son travail. Son premier roman, La frontière, a reçu le prix Michel Lebrun (2002), le prix Brigada 21 (Espagne, 2005) et le Prix Ancres Noires 2006. Il est l’auteur de six romans : Orphelins de sang, sur le trafic d’enfants en Amérique latine, a été récompensé par le Prix Sang d’encre des lycéens 2010 et le Prix Lion noir 2011. En 2015, il a publié Poussières d’exil, couronné par le prix 1001 feuilles noires, et Mon neveu Jeanne, un essai documentaire sur la question du genre. Et mes yeux se sont fermés, paru en 2016, est son premier roman pour les adolescents, dans lequel il raconte l’embrigadement d’une jeune fille partie faire le djihad en Syrie, puis son retour en France.

Mon avis : (lu en juillet 2020)
L’auteur s’est inspiré d’une histoire vraie pour écrire ce livre instructif et très documenté.
Maëlle, 16 ans, est une lycéenne française qui poursuit une scolarité normale. Jeune fille sensible, intelligente, douée pour les études, elle est pourtant révoltée par l’injustice du monde, par la dégradation de l’environnement, par le sort des enfants dans les pays en guerre… Elle a envie d’aider. Mais influencée par Internet et les réseaux sociaux, elle découvre un monde inconnu pour elle et y plonge les yeux fermés, sans discernement et se retrouve quelques mois plus tard… en Syrie ! Et son entourage n’avait rien vu venir…
L’embrigadement de Maëlle, son départ en Syrie et son retour sont racontés par elle-même et par plusieurs personnes de son entourage: Céline, sa mère, Hugo, son premier petit ami, Jeanne, sa sœur, Souad, une camarade de classe, son professeur de français, Redouane, son « mari », Amina, une amie embrigadée en même temps que Maëlle, Aïcha, celle qui aide Maëlle, qui se fait appeler Ayat, dans le lourd et long travail de désembrigadement.
Ce livre est édité dans une collection jeunesse et il est plutôt délicat d’aborder cette thématique sans un accompagnement parental. Une lecture qui fait réfléchir, à partager avec ses jeunes !

Extrait : (début du livre)
Parfois je me demande si je ne suis pas morte. Mais non, je suis vivante, et le bébé qui bouge dans mon ventre est là pour me le rappeler. Je suis vivante, et Redouane est mort. Par la fenêtre, j’aperçois le jardin de notre pavillon, avec ses géraniums, sa pelouse tondue bien ras, son parterre de rosiers fanés. Notre maison ressemble à s’y méprendre à celle de nos voisins de droite et à celle de nos voisins de gauche. Heureusement qu’il y a des numéros sur les portes pour s’y retrouver.
Je contemple cette chambre irréelle. La zone plus claire sur les murs, à l’emplacement des posters de Beyoncé qu’une adolescente que je ne reconnais plus a arrachés.
J’ai envie de sortir. Je n’ai pas le droit. Pas encore. Sauf pour pointer. Matin, midi et soir.
Je longe l’avenue des Tilleuls, je passe devant le marchand de motoculteurs, le gymnase, le magasin de bricolage, la boulangerie, le Café des sports. La gendarmerie, enfin, où je signe ma feuille de présence, matin, midi et soir, soir et matin et midi.
Après ça, je refais le chemin en sens inverse et je rentre. 
L’idée que j’ai été manipulée, c’est ça le plus dur à avaler. Des fois, j’ai envie d’aller sur Facebook, de parler avec mes sœurs pour me rassurer. On faisait ça tout le temps, elles m’entouraient vraiment beaucoup. Mais Maman a coupé ma connexion Internet et je n’ai même plus droit au portable. Confisqué. Je ne me suis jamais sentie aussi seule. Elle ne comprend pas que Maëlle ne reviendra jamais, que je demeurerai Ayat, que c’est pour toujours, à présent.

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