Dancers – Jean-Philippe Blondel

41wfjmxTEwL Actes Sud Junior – août 2018 – 176 pages

Quatrième de couverture :
Un triangle amoureux. Une fille et deux garçons. Amour, amitié, séparation. Mais ce qui les relie irréductiblement l’un à l’autre est la danse, le hip-hop. La seule passion du mouvement, de la circulation dans et entre les corps, d’un art vécu comme une sérénité. Anais, Adrien et Sanjeewa : l’ancienne gymnaste à la carrière contrariée, le garçon en colère contre l’injustice familiale et le fils d’immigrés Tamoul que l’on ne sait pas trop où caser. Le trio réinvente les lois de l’attraction dans la vie comme sur un plateau. Nourri de culture musicale, Jean-Philippe Blondel n’a pas son pareil pour mettre en scène l’adolescence avec énergie, sensualité et confiance.

Auteur : Jean-Philippe Blondel est né en 1964. Marié, deux enfants, il enseigne l’anglais en lycée et vit près de Troyes, en Champagne-Ardennes. Il publie en littérature générale et en littérature jeunesse depuis 2003. Le Baby-sitter, G229 (prix Virgin – Version femina), Et rester vivant et 06H41 ont rencontré un réel succès.

Mon avis : (lu en décembre 2018)
Jean-Philippe Blondel nous plonge dans le quotidien de trois adolescents qui ont comme passion commune la danse.
Anaïs est une ancienne gymnaste qui a perdu toute confiance en elle après un échec au sein de l’équipe nationale. Elle a trouvé dans la danse le moyen d’exprimer ses émotions. Elle cache ses fêlures sous un aspect rigide et distante.
Adrien est un danseur instinctif, inné. Très créatif, il invente des mouvements, la danse est naturellement en lui. Il est poussé par une colère qu’il cache en lui depuis longtemps et dont vous découvrirez la raison dans l’histoire…
Anaïs et Adrien vont se rapprocher et d’amis devenir amoureux… jusqu’au jour où un événement va les séparer, et Sanjeewa entre dans la danse.
Sanjeewa est un fils d’immigrés Sri Lankais, arrivé en France à l’âge de 7 ans, il a souffert de l’arrachement à sa terre natale. Il a grandi bien plus vite que les enfants de son âge. Il est lumineux et solaire, il ne vit que pour le plaisir de vibrer, de danser, de mettre en scène ses ressentis. Il mêlant la danse traditionnelle des Tamouls et le hip hop.
L’histoire commence par un petit triangle amoureux, puis des amitiés sincères vont se construire peu et à peu… En dévoilant aux autres, chacun leurs failles, Anaïs, Adrien et Sanjeewa vont pouvoir se retrouver à travers une ultime danse !
Une belle leçon de vie, d’espoir et de tolérance.

Extrait : (début du livre)
Adrien
D’abord, les poignets. C’est ce qu’il y a de plus fragile, les poignets. Je ferme les yeux tandis que je les assouplis. Quand je les ouvre à nouveau, je suis face au miroir. J’ai le regard dur.
Anaïs me le reprochait souvent. Je répondais que j’étais comme ça, un point c’est tout, j’ajoutais que je ne changerais pas, mais elle rétorquait que c’était idiot, comme position. Elle souriait, elle tournait légèrement la tête et elle disait que tout le monde change, tout le temps, et que vouloir lutter contre les avis extérieurs, c’était ridicule. Il fallait les accueillir et les filtrer, au contraire.
– On est la somme de tout ce qui nous influence, a-t-elle remarqué une fois, et tu sais quoi ? J’adore cette idée.
Ne pas penser à Anaïs. Se concentrer sur les articulations, d’abord. Les chevilles. Si la cheville cède, le corps s’effondre – et avec lui, l’avenir et le monde, tout simplement. La cheville porte et supporte tout. Mes pouces et mes index massent la gauche, d’abord. Je sens le frisson de plaisir monter du bas de mon dos à ma nuque, mais je ne bronche pas. J’ai eu du mal à accepter que oui, toucher son propre corps pouvait rassurer et permettre d’atteindre un état second, mais maintenant, j’en suis conscient. Je l’assume pleinement.
Il y a tellement de choses que j’ai eu du mal à accepter. La première d’entre elles : être un garçon qui danse. Les deux termes semblaient totalement opposés. J’habite dans un village du Grand Est depuis sept ans maintenant. Avant, nous logions dans un appartement en ville, mais je n’en ai presque aucun souvenir. Dans la campagne où je vis, les garçons jouent au foot ou au handball, pratiquent les arts martiaux, organisent des parties de paintball dans la forêt, se déplacent à moto ou en quad. Ils vont à la chasse aussi. Pendant les soirées, ils restent ensemble, descendent des bières ou du coca, lancent des vannes grasses sur les filles présentes en se donnant des coups d’épaule. Ils ne dansent pas. Partout, sur internet, à la télé, dans les magazines, on entend dire que la société s’est modifiée en profondeur et que les stéréotypes sont dépassés. Aujourd’hui, tout le monde serait apparemment prêt à accepter que sa fille soit gardienne de foot ou boxeuse, et que son fils entre dans la haute couture ou se passionne pour le maquillage. Ou la danse. Laissez-moi en douter.
La première chose que tu apprends quand tu es un garçon et que tu ne vis pas dans une capitale, c’est omettre. Passer sous silence. C’est exactement ce que j’ai fait pour la danse. Je n’ai jamais parlé des cours que je suivais en ville. Ni de l’option pour laquelle je me suis inscrit dans ce lycée dont mon collège ne dépend pas. Motus. Les autres, ceux qui me côtoient au village, je suis sûr qu’ils sont tous au courant et qu’ils se moquent derrière mon dos, mais devant moi, rien, pas un mot plus haut que l’autre. Tant qu’on ne nomme pas la réalité, elle a encore une chance de ne pas exister.

Déjà lu du même auteur :

juke_box Juke Box  au_rebond Au rebond

le_baby_sitter Le Baby-sitter G229 G229  blog Blog

5317 Et rester vivant replay (Re)play  brise_glace Brise glace

acc_s_direct___la_plage Accès direct à la plage 6h41 06H41

double jeu Double jeu un hiver à paris Un hiver à Paris  9782330048204 La coloc

109646121 Mariages de saison 9782330075521 Le groupe  41dFUwhC8vL La Mise à Nu

Petit bac 2018Art (7)

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Le pensionnat – Michel Noël

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Dominique et compagnie – janvier 2018 – 260 pages

Michel Quintin – 1998 – (Dompter l’enfant sauvage – tome 2 : Le pensionnat)

Quatrième de couverture :
Voici une histoire tragique inscrite dans le passé de notre pays. Celle de Nipishish et de ses amis, qui sont transplantés contre leur gré dans un pensionnat indien. Pour le privilège d’apprendre à lire et à compter, les jeunes Amérindiens auront un prix horrible à payer…
Une aventure vécue, écrite dans une langue magnifique, qui restera gravée dans le cœur des lecteurs.

Auteur : Né au Québec, Michel Noël se définit lui-même comme étant « un québécois d’origine amérindienne », car il a vécu les 14 premières années de sa vie en milieu algonquin.
Après des études pédagogiques, il entame une licence en lettres et poursuit ses études en obtenant une maîtrise en Arts, puis un doctorat en 1983.
En plus d’être un universitaire, il est aussi un homme de terrain : il passe la majeure partie de son temps dans les réserves ou sur les territoires ancestraux. Compte tenu de son imposante production littéraire, Michel Noël prend le temps d’écrire. A son actif, plus de cinquante livres comprenant des albums et ouvrages pour enfants. Il a été récompensé par plusieurs prix dont celui du Gouverneur général du Canada en 1997, pour l’excellence de son œuvre et sa contribution à l’harmonisation des relations entre les peuples.
À ce sujet, il se dit un « conteur » comme l’étaient ses ancêtres. Excellent médiateur, il croit en son rôle de transmettre aux autres, particulièrement aux jeunes, toutes les connaissances, la sagesse et le savoir dont il a hérité de ses parents et grands-parents. Pour son implication, Michel Noël a été nommé Citoyen du monde par l’Association canadienne pour les Nations Unies. En 2002, il a reçu la médaille de reconnaissance du Sénat pour son apport à la promotion de la langue et de la culture française.

Illustration de la couverture : Réal Binette
Illustrations de l’intérieur : Jacques Néwashish

Mon avis : (lu en septembre 2018)
Une histoire vécue par plus de 150 000 jeunes autochtones qui met en lumière un épisode cruel de l’Histoire du Canada et des peuples autochtones.
L’auteur est « un québécois d’origine amérindienne », il nous raconte l’histoire de Nipishish et de ses amis, qui ont été forcés de quitter leur communauté pour aller dans un pensionnat indien tenu par des religieux. Par la voix de Nipishish, le lecteur découvre le quotidien de ces pensionnats surtout destinés à évangéliser et assimiler les jeunes indiens plutôt qu’à les instruire. Les enfants sont humiliés, maltraités et il leur est interdit de parler leur langue. Tout est fait pour qu’ils soient éloignés de leurs proches et qu’ils oublient leur culture…
Avant chaque début de chapitre, on retrouve une sagesse amérindienne, pleine de poésie, illustrée par Jacques Néwashish.
Le mot de l’auteur à la fin du livre est très instructive, il explique ses sources d’inspiration, en particulier le témoignage d’un de ses amis ayant fréquenté ce type de pensionnat. Il fait le constat désastreux de cette politique d’assimilation massive qui a encore aujourd’hui des conséquences désastreuses.
Un livre poignant et fort.

Extrait : (début du livre)
Mon grand-père s’appelle Wawaté. C’est ainsi que les Anishnabés nomment les aurores boréales. Ma grand-mère s’appelle Kokum. C’est le nom que nous donnons à la lune lorsqu’elle est ronde. Ma mère, que j’ai peu connue, porte un beau nom et un beau prénom. Elle s’appelle Flore St-Amour. Flore comme une fleur sauvage et Amour pour la plus belle création de l’humanité. Mon père s’appelle Shipu, ce qui signifie Grande Rivière. Et moi, il m’a baptisé Nipishish, Petite Rivière. Je suis le fils d’une  Grande Rivière et d’une Fleur Sauvage et le petit-fils des aurores boréales et de la pleine lune.

J’ai des doutes sur la sincérité de notre missionnaire, le révérend père Beauchêne. Je n’aime pas son odeur ; il pue la mousse humide et les champignons écrasés. C’est un rusé, ça se voit dans ses petits yeux vitreux de belette. Mon père ne l’aime pas non plus, mais il n’a pas le choix. Il lui faut le tolérer sans maugréer. Les Indiens n’ont pas le droit de parole. Comme s’ils n’existaient pas.

En forêt, nous avons des maîtres absolus et omniprésents : la CIP (Canadian International Paper, la plus grande entreprise forestière de la région), la HBC (Hudson’s Bay Compagny, magasin général et commerce de fourrures), la Police montée et le clergé. Ceux sont eux qui contrôlent tout, qui prennent toutes les décisions. Ils disent que cela vaut mieux puisque nous agissons comme des enfants et que, de toute façon, ils ne veulent que notre bien.

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Sauveur & Fils saison 4 – Marie-Aude Murail

41mFka+jzUL.jpg École des Loisirs – juin 2017 – 320 pages

Quatrième de couverture :
Comment résoudre tous nos problèmes ?
On peut, comme Jean-Jacques, s’enfermer dans sa chambre et ne plus penser à rien en dégommant des terroristes sur son ordinateur. On peut, comme Gabin, s’enfoncer des écouteurs dans les oreilles et passer ses nuits en compagnie des zombis de The Walking Dead. On peut aussi, comme Frédérique, demander à une voyante de lire l’avenir, ou bien, comme Jérôme, s’enfuir en abandonnant femme et enfants.
Mais on peut également consulter monsieur Sauveur Saint-Yves, psychologue clinicien, comme Solo, comme Margaux, comme Samuel, comme Ella, et regarder la vie en face.
Le bonheur sera peut-être au rendez-vous.

Auteur : Marie-Aude Murail est née au Havre en 1954. Elle vit avec son mari et a trois enfants, deux garçons et une fille. Elle a commencé à écrire pour la jeunesse en 1986. Au début, ses romans étaient surtout destinés à des femmes, puis elle s’est mise à écrire pour les jeunes de 7 à 16 ans. Dans ses romans, on peut retrouver énormément de dialogues entre les personnages. Son but est de séduire ses lecteurs grâce à de l’émotion et de l’amour. Le plus souvent, dans ses livres, les histoires se passent dans des milieux urbains et les héros sont des hommes, souvent des ados, motivés par des femmes. Elle a écrit Oh boy (2000), Simple (2004), Maïté coiffure (2004), Miss Charity (2008), Papa et Maman sont dans un bateau (2009), 3000 façons de dire je t’aime (2013).

Mon avis : (lu en août 2018)
J’ai toujours autant de plaisir à suivre les différents épisodes de la série « Sauveur & Fils », nous voilà à la 4ème saison qui semble-t-il est également (à mon grand regret) la dernière.
Sauveur est psychologue clinicien à Orléans, d’origine martiniquaise, veuf, il élève seul son fils Lazare.
Côté professionnel, le lecteur découvre les différents patients du psychologue et leurs questionnements, problèmes et évolutions… Des adultes, des enfants, ils sont souvent très attachants et qui nous fait réfléchir sur des sujets très actuels et variés. Ella voudrait être un garçon, son père, Camille, est un alcoolique en désintoxication, Maïlys, quatre ans, cherche à attirer l’attention de ses parents, il y a Margaux et Blandine, deux sœurs, ou Samuel, qui ne supporte plus sa mère très envahissante. Solo le gardien prison et Jean-Jacques, qui refuse de quitter sa chambre, sont de nouveaux patients…

Côté personnel, Sauveur s’est créé une famille recomposée en accueillant chez lui, Gabin, l’adolescent dont la mère est malade, Jovo, l’ancien légionnaire SDF, qui fait office de grand-père. Il y a également Louise, son amoureuse, et ses deux enfants : Paul, copain inséparable de Lazare, et Alice, sa grande sœur. Ils ont du mal à se faire une place à plein temps dans la petite maison de Sauveur… Et enfin, il ne faut pas oublier la grande famille des hamsters qui n’en finit pas de s’agrandir…
Je vous encourage à découvrir cette série formidable, intelligente et réaliste. Une série qui fait du bien, avec beaucoup d’humanité, d’empathie, de bienveillance et également de l’humour !

Extrait : (début du livre)
Semaine du 4 au 10 janvier 2016
– Pourquoi on est là, au fait ?

– Mais tu sais bien, c’est le docteur qui t’a dit de voir ce psy.
– Mais j’ai rien à lui dire. Comment il s’appelle déjà ?
– Sauveur Saint-Yves.
Le jeune homme passa la main sur la barbe mousseuse et clairsemée qui lui envahissait les joues et le cou comme de la mauvaise herbe.
– Je lui dis quoi ?
– Mais tu sais bien, dit sa mère. Que tu dors pas. Que tu sors pas. Que tu es toujours sur tes jeux.
– Il va me répondre : achète-toi une vie.
Tous les deux parlaient à voix basse, avec les précautions qu’on prend dans la chambre d’un grand malade qui s’est endormi malgré la souffrance.
– Monsieur Luciani ?
Le jeune homme tressaillit. Comme il ne sortait plus de sa chambre, personne ne l’interpellait de cette façon. Il tourna la tête vers la porte qui venait de s’ouvrir et eut un regard d’ébahissement qui le fit paraître très enfantin, très démuni. Il s’attendait à voir un docteur dans le style de Dubois-Guérin, son médecin généraliste, un petit moustachu ratatiné derrière son bureau. Mais ce psychologue de quartier était un grand Noir décontracté dans un costard avec chemise blanche au col ouvert.
– Si vous voulez bien me suivre ? dit-il avec un discret signe de tête pour saluer la femme.
Il leur fit traverser le couloir qui séparait la salle d’attente de son cabinet de consultation. D’ordinaire, les nouveaux patients jetaient autour d’eux un bref regard d’inspection. Mais le jeune homme se tint immobile près d’un fauteuil, les yeux dans le vide.
– Asseyez-vous, l’invita Sauveur. Vous aussi, madame.
Madame Luciani posa son sac et son manteau sur le canapé et s’assit. C’était une petite femme au teint olivâtre, des cernes noirs lui creusant les yeux. Ses cheveux mal coupés, qui avaient été d’un noir de jais, grisonnaient à la racine.
– C’est moi qui vous ai appelé la semaine dernière pour prendre un rendez-vous pour mon fils.
– Mm, mm.
– Sur le conseil de mon généraliste.
– D’accord.
Silence. Lourde respiration du jeune homme. Il déplaça son corps dans le fauteuil comme un dormeur se retourne sur son matelas.
– Et vous, monsieur ? le sollicita Sauveur.

Déjà lu du même auteur :

Simple Simple et Simple (relecture)

papa_et_maman_sont_dans_un_bateau Papa et Maman sont dans un bateau

MissCharityGRAND Miss Charity la_fille_du_docteur_Baudoin Le fille du docteur Baudoin

92806891 3000 façons de dire je t’aime 

114911377 Sauveur et fils – saison 1 117081217 Sauveur & Fils – saison 2 

51dQo72i0DL Sauveur et Fils saison 3

Petit bac 2018
Mot positif (6)

Les Cahiers d’Esther : Histoires de mes 11 ans – Riad Sattouf

51ZNjb2mdML Allary éditions – janvier 2017 – 54 pages

Quatrième de couverture :
Je m’appelle Esther et j’ai 11 ans. Dans ce livre, vous trouverez 52 histoires qui me sont réellement arrivées (sujets : amours, école, attentats, famille, vraie vie des jeunes) et que Riad Sattouf a transformées en bandes dessinées (c’est le meilleur dessinateur du monde en ce moment apparemment).
Note sur la couverture : j’ai jamais fait ça en vrai, c’est juste un délire. Comment réagiraient les gens si je le faisais vraiment ? Ça me fait trop rire de l’imaginer (oui je suis un peu folle parfois).

Auteur : Riad Sattouf est l’auteur de nombreuses bandes dessinées, parmi lesquelles Retour au collège, Pascal Brutal, ou La vie secrète des jeunes. Il est l’un des rares auteurs de bandes dessinées à avoir obtenu deux fois le prix du meilleur album au festival d’Angoulême ( Pascal Brutal 3 en 2010, et L’Arabe du futuren 2015). Il est également cinéaste ( Les beaux gosses, 2010, César du meilleur premier film, et Jacky au royaume des filles, 2014).

Mon avis : (lu en juillet 2018)
Après Esther et l’histoire de ses 10 ans, voilà l’histoire de ses 11 ans ! Elle est maintenant en CM2 dans la même école privée. Il y a eu des fraudes lors des élections des élèves délégués. Esther étudie Arthur Rimbaud et Paul Verlaine. Elle vient d’avoir un petit frère, Gaëtan. Il a de nombreux cheveux tout blond. Son avis sur les garçons a évolué, « Pour la première fois, il m’a fait un sourire TROP TROP MIGNON »
A l’école, Esther a 3 amoureux « on se parle jamais mais on se sourit et on sait que l’amour nous lie. » Après le vendredi 13 novembre et les nouveaux attentats, les élèves ont peur dans la cours de récréation. Plus tard, Esther veut devenir éditrice. Elle aime faire des listes comme des choses qu’elle trouve belles, des choses qui la rend joyeuse…
Pour tenter d’aller l’année prochaine dans un collège public très prestigieux du centre de Paris, Esther doit passer un test. Sinon, elle devra aller dans le même collège que son frère, « C’est une ZPEP, ça veut dire que c’est un endroit dangereux où la violence est de rigueur. »
Authentique et drôle, Esther est pleine de vie, de naïveté et de bon sens sur le monde qui l’entoure. A suivre…

Extrait : (début de la BD) (cliquer sur les planches pour les agrandir)

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Déjà lu du même auteur :

100708942 L’Arabe du futur : Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)

106163512 L’Arabe du futur – Tome 2 : Une jeunesse au Moyen-Orient (1984 – 1985)

114098671 L’Arabe du futur – Tome 3 : Une jeunesse au Moyen-Orient, 1985-1987

61Xcfw864ML Les Cahiers d’Esther : Histoires de mes 10 ans

Les Cahiers d’Esther : Histoires de mes 10 ans – Riad Sattouf

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Quatrième de couverture :
Je m’appelle Esther et j’ai 10 ans. J’ai raconté 52 histoires vraies extrêmement intéressantes sur moi (ma famille, mes amis, ma vie etc.) à Riad Sattouf et il en a fait ce livre très réaliste avec des gros mots (merde – con – putain) parce qu’on parle comme ça nous les jeunes.

Auteur : Riad Sattouf est l’auteur de nombreuses bandes dessinées, parmi lesquelles Retour au collège, Pascal Brutal, ou La vie secrète des jeunes. Il est l’un des rares auteurs de bandes dessinées à avoir obtenu deux fois le prix du meilleur album au festival d’Angoulême ( Pascal Brutal 3 en 2010, et L’Arabe du futur en 2015). Il est également cinéaste ( Les beaux gosses, 2010, César du meilleur premier film, et Jacky au royaume des filles, 2014).

Mon avis : (lu en juillet 2018)
Esther a 10 ans, elle habite dans le 17ème arrondissement à Paris. Son père est coach sportif dans une salle de sport, sa mère dans une banque. Esther a un grand frère, Antoine, âgé de 14 ans avec qui elle partage la chambre. « Il est assez con, mais c’est normal pour un garçon ». Esther est en CM1 dans une école privé, Antoine va dans un collège normal. Eugénie est sa meilleure amie, elle aime également Cassandre. Esther aimerait beaucoup avoir un Iphone comme Eugénie, mais son père refuse qu’elle est un téléphone avant son entrée au collège. Il préfère qu’Esther lise des livres…
Esther nous raconte son quotidien, elle parle de sa famille, de l’école, des amoureux à la récré, des vacances chez mamie en Bretagne… Elle donne son avis sur le racisme, sur Dieu, sur les attentats de Charlie, sur le futur… Elle parle de son film préféré, de la musique qu’elle écoute et qu’elle aime…
Esther est pleine de fraîcheur, drôle et parfois sans pitié. Voilà une BD touchante et pleine d’humour !
J’ai continué à découvrir la série avec les tomes : 11 ans et 12 ans (billets à venir), et Riad Sattouf a prévu de suivre Esther jusqu’à ses 18 ans…

Edit 3/09/2018 : « Les Cahiers d’Esther, histoires de mes 10 ans » arrivent en dessins animés à la télé : 50 épisodes seront diffusés en CLAIR sur CANAL+ à 20h55 !

Extrait : (début de la BD) (cliquer sur les planches pour les agrandir)

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Déjà lu du même auteur :

100708942 L’Arabe du futur : Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)

106163512 L’Arabe du futur – Tome 2 : Une jeunesse au Moyen-Orient (1984 – 1985)

114098671 L’Arabe du futur – Tome 3 : Une jeunesse au Moyen-Orient, 1985-1987

Petit bac 2018Objet (5)

Coupée en deux – Charlotte Erlih

51Z-CQO9HIL Actes Sud – janvier 2018 – 96 pages

Quatrième de couverture :
« — Qu’est-ce que tu voudrais, toi, dans un monde
idéal ? reprend la juge après un silence.
Ce que je voudrais, moi, dans un monde idéal ?!…
Je voudrais que mes parents soient ensemble et que Laure et Nina existent aussi.
Je voudrais ne vivre qu’avec Maman et ne vivre qu’avec Papa.
Je voudrais arrêter d’être trimballée d’un endroit à un autre et en même temps vivre des deux côtés.
Je voudrais partir en Australie avec Maman et que Papa y vienne aussi.
Je voudrais que la question ne se pose pas. »

Auteur : Normalienne, agrégée de lettres modernes et cinéaste, Charlotte Erlih a enseigné les arts du spectacle à l’université de Nanterre, avant de se consacrer à l’écriture et à la réalisation. Elle est l’auteur de Bacha Posh (récompensé par de nombreux prix dont le prix NRP et le prix Sésame), 20 pieds sous terre (prix des lycéens allemands) et Highline (prix Jean-Claude Izzo).

Mon avis : (lu en juillet 2018)
Depuis 5 ans et le divorce de ces parents, Camille a fini par apprivoiser le rythme de la garde partagée, malgré tout, les dimanches et les lundis matin sont toujours difficiles à passer. Camille se sent déchirée.
La mère de Camille a choisi de partir travailler en Australie et Camille vit un vrai dilemme. Camille a rendez-vous avec une juge, elle doit choisir entrer rester à Paris avec son père, sa nouvelle compagne et sa petite sœur Nina, encore un bébé, ou partir à l’autre bout du monde avec sa mère.
Dans cette histoire d’une réalité devenue assez banale, c’est Camille la narratrice : elle va exprimer ses interrogations, ses peurs, ses doutes à propos d’une situation qu’elle n’a pas choisie et qui doit être tranchée…
Ce court roman est vraiment réussi, les mots sont simples, pleins de pudeur et de justesse. Il est destiné aux adolescents à partir de 13 ans et également aux adultes !

Extrait : (début du livre)
Métro Cité. Sur l’escalator qui remonte vers la rue, Maman pose sa main sur mon épaule. Elle a un toucher spécial, ma mère. Elle n’appuie pas, on l’a sent à peine, pourtant c’est comme un courant tiède qui me traverse. Je peux être n’importe où, dans un hall de gare ou sur la table d’examen du médecin, dès qu’elle me pose la main dessus, je me sens chez moi.
Je monte à pied les dernières marches de l’escalier roulant. Maman n’anticipe pas mon mouvement. Sa main retombe le long de son buste. A l’endroit où elle me touchait, aujourd’hui, ça me brûle.
Le soleil m’éblouit. Je baisse la tête. J’aurais préféré qu’il pleuve. Ou au moins qu’il fasse gris.
– C’est là, dit ma mère en désignant l’autre côté du boulevard.
– Dans une église ? !
– Non ! La Sainte-Chapelle se trouve dans le Palais de Justice mais les deux n’ont rien à voir.
Bizarre…

Déjà lu du même auteur :

C_Bacha-Posh_1965 Bacha Posh 20 pieds sous terre 20 pieds sous terre

Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens – Becky Albertalli

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – juin 2018 – 5h51 – Lu par Gauthier Battoue

Hachette – avril 2015 – 320 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Mathilde Tamae-Bouhon

Titre original : Simon vs. the Homo Sapiens Agenda, 2015

Quatrième de couverture :
Moi, c’est Simon. Simon Spier. Je vis dans une petite ville en banlieue d’Atlanta (traduisez : un trou paumé). J’ai deux soeurs, un chien et les trois meilleurs amis du monde. Je suis fan d’Harry Potter, j’ai une passion profonde pour les Oréos, je fais du théâtre. Et je suis raide dingue de Blue.
Blue, c’est un garçon que j’ai rencontré sur le Tumblr du lycée. On se dit tout, sauf notre nom. Je le croise peut-être tous les jours dans le couloir, mais je ne sais pas qui c’est. En fait, ça me plaît bien : je ne suis pas du tout pressé d’annoncer à tout le monde que je suis gay. Personne n’est au courant, à part Blue… et maintenant cette fouine de Martin Addison, qui a lu mes e-mails et menace de tout révéler…
Un héros irrésistible, un style plein d’humour et une histoire d’amour captivante : voilà le roman inoubliable qui a inspiré le film Love, Simon. Lu par la voix française de Simon au cinéma.

Auteur : Becky Albertali est née dans la banlieue d’Atlanta. L’écriture et la lecture ont toujours été importantes pour elle. Elle suit des études de psychologie dans une université du Connecticut et passe un an en Écosse, à l’université de Saint Andrews. Elle déménage ensuite à Washington pour y passer son doctorat. Après avoir été psychologue, elle se consacre désormais à l’écriture.

Lecteur : Comédien depuis ses 16 ans, Gauthier Battoue a joué pour le théâtre (Chère Elena, mis en scène par Didier Long), la télévision et le cinéma (Bonne Pomme avec Gérard Depardieu). Il est le doubleur de Zach Efron, Ezra Miller et Dylan Minette (Clay dans la série).

Mon avis : (écouté en juillet 2018)
Simon vit dans une petite ville de banlieue d’Atlanta. Il a seize ans et se sait homosexuel depuis plusieurs années mais n’a encore jamais osé en parler avec ses amis ou sa famille. Une seule personne le sait : Blue. Blue est un garçon du lycée que Simon a rencontré sur le réseau social Tumblr. Tous deux s’échangent des mails où ils se racontent tout mais sans s’être donné leur vraie identité : ils sont l’un pour l’autre Jack et Blue.
Et voilà que Martin Addison, un camarade de classe, a lu les mails de Simon et le menace de tout révéler.
Simon est un garçon attachant et touchant.
 Le lecteur pris par l’histoire, cherche à reconnaître parmi les garçons du lycée qui pourrait bien être Blue et espère que Simon va pouvoir surmonter ses peurs et s’accepter tel qu’il est.
Le livre est construit avec le récit de Simon et en alternance les mails que s’échangent Blue et Jack (Simon). En audio, ce n’est pas toujours facile de suivre la lecture des mails, si on n’est pas spécialement attentif,  on perd vite le fil, surtout on ne sait plus qui écrit…

Une adaptation de ce livre a été faite au cinéma par le réalisateur Greg Berlanti, avec le film « Love, Simon » .
Merci Pauline et Audiolib pour m’avoir permis de découvrir cette histoire d’adolescents originale et touchante.

Extrait : (début du livre)
C’est une conversation étrangement subtile. Tout juste si je m’aperçois du chantage.
Nous sommes dans les coulisses, assis sur des chaises pliantes en métal, quand Martin Addison m’annonce :
— J’ai lu tes mails.
— Quoi ?
Je lève la tête.
— Tout à l’heure. À la bibliothèque. Sans le faire exprès, bien sûr.
— Tu as lu mes mails ?
— Disons que j’ai utilisé l’ordi juste après toi, et quand je suis allé sur Gmail, ton compte s’est ouvert. Tu aurais dû te déconnecter.
Je le dévisage, médusé.
— Pourquoi ce pseudo ? demande-t-il en martelant le pied de sa chaise.
Merde, excellente question. À quoi bon utiliser un pseudonyme si le premier clown venu perce à jour mon identité secrète ?
Il a dû me voir devant l’ordinateur, je suppose.
Et je suppose que je suis le roi des crétins.
C’est qu’il sourit, en plus.
— Enfin bref, ça t’intéressera sans doute de savoir que mon frère est gay.
— Euh, pas particulièrement.
Il me fixe. Je demande :
— Qu’est-ce que tu essaies de me dire ?
— Rien. Écoute, Spier, ça ne me pose aucun problème, à moi. Disons que je m’en contrefiche.
Sauf que c’est quand même une petite catastrophe. Voire un foutu cataclysme, suivant la capacité de Martin à la fermer.
— C’est vraiment gênant, dit-il.
Je ne sais même pas quoi répondre.
— Enfin, reprend-il, tu n’as clairement pas envie que ça se sache.
Franchement… Je suppose que non. Même si le coming out ne me fait pas peur. Oui, bien sûr, plus gênant tu meurs, et on ne va pas se leurrer, je ne suis pas pressé d’y être. Mais ça ne sera pas la fin du monde. Pas pour moi.
Le problème, c’est que ça serait délicat pour Blue. Si jamais Martin venait à parler.
Martin Addison. Il fallait que ce soit lui qui se connecte à Gmail après moi ! Comprenez : jamais je n’aurais utilisé l’ordi de la bibliothèque si j’avais pu me connecter au Wi-Fi depuis mon portable. Or c’était un de ces jours où je n’avais pas la patience d’attendre d’être rentré pour lire mes messages. Je ne pouvais même pas attendre de sortir sur le parking pour consulter mon téléphone.
Parce que j’avais écrit à Blue depuis ma boîte secrète le matin même. Un mail plutôt important.
Je voulais simplement voir s’il m’avait répondu.
— Perso, je pense que tout le monde réagirait plutôt bien, poursuit Martin. Tu devrais être toi-même.
Que voulez-vous répondre à ça ? Un gamin hétéro, qui me connaît à peine et qui me conseille de sortir du placard. Je lève les yeux au ciel, obligé.
— Okay, enfin, comme tu voudras. Je garderai tout ça pour moi, dit-il.
L’espace d’une minute, je me sens bêtement soulagé. Avant de saisir.
— Garder quoi pour toi ?
Il rougit, triture l’ourlet de sa manche. Quelque chose dans son expression me tord l’estomac.
— Est-ce que… tu aurais fait une capture d’écran, par hasard ?
— Ben, dit-il, j’allais justement t’en parler.
— Minute – tu as fait une putain de capture d’écran ?

Petit bac 2018Animal (4)

Bluebird – Tristan Koëgel

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Didier Jeunesse – septembre 2015 – 320 pages

Livre de poche jeunesse – novembre 2017 – 320 pages

Quatrième de couverture :
Elwyn est fils d’immigrés irlandais, Minnie, fille d’un chanteur itinérant noir. Ils se rencontrent dans une plantation, et tombent amoureux. Ils ont treize ans, et ne savent pas que leur vie est sur le point de basculer. Quelques jours plus tard, en effet, Minnie assiste au passage à tabac de son père par des hommes du Ku Klux Klan. Effondrée, elle saute dans le premier train, en partance pour Chicago.

Auteur : Tristan Koëgel est né en 1980 et vit à Aix-en-Provence. Après avoir été tour à tour distributeur de prospectus, garçon de café, pizzaïolo, animateur radio, écrivain public, il obtient une maîtrise de Lettres et enseigne la littérature et la langue française. Parallèlement à son activité d’enseignant, il écrit des poésies et collabore à plusieurs revues. Il a aussi l’ambition folle de visiter tous les pays du monde en ramenant à chaque fois une histoire à raconter.

Mon avis : (lu en juillet 2018)
J’ai d’abord été attirée par la beauté de la couverture de ce livre. En lisant, la quatrième de couverture, j’ai compris que l’histoire m’intéresserait également beaucoup.
Mississippi dans les années 40, Minnie, 13 ans, et son père vont de ferme en ferme et partagent leur musique avec ceux qu’ils rencontrent. Curtis joue de la guitare, Minnie de l’harmonica. Parce que Minnie s’est blessée à un pied, elle va devoir se reposer quelques temps dans une ferme et Curtis va aider ses hôtes à ramasser le coton. A cette occasion, Minnie va faire la rencontre d’Elwyn, un garçon de son âge, d’origine irlandaise, c’est le fils des gardiens du domaine Manu et Abbie Dalley. Ils sont attirés l’un par l’autre, mais ce n’est pas possible qu’une fille noire fréquente un garçon blanc… Pour faire régner l’ordre dans la plantation, Manu et Abbie Dalley sont secondés par l’Indien Nashoba qu’ils ont accueilli dans leur famille et qui est comme un grand frère pour Elwyn.
La musique est importante dans la vie de Minnie, de son père et des employés de la plantation, mais la réalité c’est également la violence à l’égard des noirs, la ségrégation et les actions du Ku Klux Klan… A la suite d’une attaque du Ku Klux Klan dans l’église lors d’un office, Minnie fuit laissant son père qu’elle croit mort. Elle se retrouve à la gare où elle monte dans un train en direction de Chicago, là-bas une nouvelle vie l’attend.
Tour à tour différents personnages sont les narrateurs, Minnie, Elwyn et Nashoba et leurs différents points de vue donnent du relief à cette histoire pleine de surprises…
J’ai découvert vers la fin de ma lecture, qu’une playlist regroupant les titres joués tout au long du roman est présente sur la 3ème de couverture (http://bit.ly/Bluebird-playlist), n’ayant pas internet sur mon lieu de vacances, je n’ai pas eu l’occasion de les découvrir.
Voilà un roman, intéressant, captivant et émouvant à découvrir sans hésiter !

Extrait : (début du livre)
Minnie
Le Sud m’avait tout pris : ma mère, mon père et mes rêves de petite fille.
Je m’étais juré de ne jamais y retourner. De ne jamais plus respirer l’air épais du Delta, qui vous serre la gorge comme les serpents étouffent leurs proies dans ses marais. De ne jamais plus poser le pied sur les terres boueuses des rives de son fleuve. J’étais née dans le Sud, j’y avais grandi et j’avais tout perdu dans cet enfer où on volait la vie des hommes pour les changer en bêtes. Seulement, voilà : assise dans mon compartiment, sur un siège confortable, entraînée par une locomotive qui sifflait comme un vieil harmonica malade, je laissais ce chemin de fer m’y reconduire sans vraiment protester.
Par la fenêtre s’étalait sous mon nez la vallée du Mississippi. Vaste. Verte. Elle n’était pas vilaine, cette vallée. Les hauts arbres de ses forêts où nichaient des milliers d’oiseaux la rendaient presque réconfortante quand on venait de la ville. Et ses champs, ses champs si grands, on s’y voyait courir, le parfum de leurs fleurs nous faisait déjà tourner la tête. Mais si on tendait l’oreille, au plus près de ces champs, on entendait monter une drôle de voix, par- dessus les forêts, plus haut que les nuages. La voix de ceux qui ont sculpté le Delta. La voix de ces hommes, et de ces femmes, qu’on disait libres et qui travaillaient pourtant comme des chiens, là où leurs ancêtres avaient déjà creusé leur tombe en raclant contre la terre les chaînes qui leur rongeaient les pieds. Ces voix ne gémissaient pas, ces voix chantaient. Des chansons où les chevaux s’évadent, où les lapins échappent aux renards, où les corbeaux sont plumés, et où les femmes finissent par s’en aller.
Voilà vers quoi je retournais, six ans plus tard, installée dans ce compartiment, comme une princesse dans son carrosse.

Petit bac 2018Animal (5)

Ma chère sœur – Alf Kjetil Walgermo

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

81WxckjmHlL Bayard Jeunesse – avril 2018 – 192 pages

Quatrième de couverture :
« Si un jour on se retrouve, de l’autre côté, je ne veux pas qu’il y ait de choses à régler entre nous. »
Eli Anne a 16 ans et vient de perdre sa sœur, Amalie, d’un an sa cadette. Folle de chagrin, elle se rend régulièrement sur sa page Facebook, qu’elle refuse de supprimer. Un jour, elle se met à lui écrire. En parcourant les statuts et les photos postées par Amalie, Eli Anne revient sur sa relation avec sa sœur. Leur enfance, leur complicité, leurs désaccords, leurs rêves d’adolescentes. Et surtout, leur passion commune pour la musique : Eli Anne joue du piano, Amalie, fan de Patti Smith, chantait dans un groupe.
Au fil des messages, Eli Anne ouvre son cœur et avoue à sa sœur ce qu’elle n’a jamais osé lui dire…

Auteur : Alf Kjetil Walgermo est un auteur norvégien, journaliste et critique littéraire.

Mon avis : (lu en mai 2018)
Voilà un livre sur un sujet difficile, le deuil d’une sœur. Amalie, 15 ans, vient de mourir et Eli Anne, sa sœur âgée d’un an de plus, est désespérée de chagrin. Chaque jour Eli Anne va sur la page Facebook de sa sœur et lui écrit. Elle lui dit ce qu’elle a sur le cœur, elle évoque leurs souvenirs communs, elle parle du présent, du passé. Elle parle des amis, des parents, de la famille, du lycée… Elle lui avoue même des secrets qu’elle n’avait jamais partagé avec elle de son vivant…
Le livre se lit très rapidement, peut-être trop rapidement pour que je réussisse à vraiment m’attacher à Eli Anne et Amalie. L’histoire est émouvante mais elle manque de profondeur.
J’ai également un reproche à faire sur la forme du livre : l’absence de numéro de page, c’est vrai que l’on peut s’y retrouver avec les dates de chaque message, mais ce n’est quand même pas difficile de créer une pagination !

Extrait : (début du livre)
Eli Anne Storfjord >> Amalie Storfjord
5 octobre
Ma chère sœur,

Aujourd’hui, tu aurais eu 15 ans. Papa dit qu’on va s’en sortir. Que la vie vaut toujours la peine d’être vécue. Mais je n’ai même pas pu te dire au revoir. Ni te prendre dans mes bras une dernière fois. Je pensais qu’avec le temps, ce serait plus facile. Que les bons souvenirs atténueraient le chagrin. Mais c’est le contraire. Tu me manques de plus en plus. Je ressens ton absence toujours plus fort. Je n’ai pas réussi à t’écrire avant, mais aujourd’hui les parents ont dit qu’ils voulaient supprimer ton profil. J’ai décidé de t’écrire chaque jour jusqu’à ce que ça arrive. C’est mon seul moyen de te joindre.

Eli Anne Storfjord >> Amalie Storfjord
6 octobre
Ma chère sœur,

Quand je fais défiler ta page, j’ai presque l’impression que tu es en vie. Il y a tellement de gens qui t’ont écrit. Qui ont posté des photos, des poèmes et des mots en souvenir de toi. Après ta mort, presque tous tes amis ont écrit sur ton mur. Je regarde tous les jours s’il y a quelque chose de nouveau. Beaucoup ont dit que ton sourire leur manquait. Que tu étais la meilleure. Que tu les avais marqués. Mais maintenant plusieurs jours s’écoulent entre les messages. Tu es la seule qui puisse lire ce que j’écris. Je me suis connectée à ton compte pour changer les paramètres. Si un jour on se retrouve, de l’autre côté, je ne veux pas qu’il y ait des choses à régler entre nous.

Eli Anne Storfjord >> Amalie Storfjord
7 octobre
Ma chère sœur,

On a grandi dans cette maison. Le matin, on se préparait ensemble dans la salle de bains, on prenait ensemble le petit-déjeuner dans la cuisine, et on allait ensemble à l’école à vélo. Je savais que, quoi qu’il arrive, j’aurais toujours une amie. On ne pourra plus jamais s’asseoir sur le muret pour regarder les garçons pendant la récré. Plus jamais on ne restera dans nos lits à discuter jusqu’à ce que la lumière du jour se faufile derrière les rideaux. Plus jamais je ne sourirai en te voyant t’endormir avant moi, étendue sur le dos, les mains jointes sur la couette. Tu étais belle, on aurait dit que tu priais dans ton sommeil. Je t’entendais respirer. Ton souffle était si tranquille.

Eli Anne Storfjord >> Amalie Storfjord
8 octobre
Ma chère sœur,

Dans la classe, personne ne me demande pourquoi j’ai arrêté l’école de musique. Ils savent que tu es morte, et que je ne veux pas faire seule les allers-retours à Trondheim. Ils savent que je n’en ai pas la force. Pendant la récré, j’ai du mal à parler aux autres et, quand je souris, je sens que c’est faux. Mon sourire n’arrive pas jusqu’à mon regard. Hier, j’ai pris le bus mais je ne suis pas descendue à l’arrêt devant le lycée. J’ai préféré passer par les grands escaliers. Compter les marches, pour voir s’il y en avait toujours le même nombre. En ce moment, j’ai du mal à me concentrer. Mes pensées m’échappent. Pendant les cours, je n’entends pas ce que disent les profs. Je regarde la lampe verte accrochée au mur de la classe, elle me fait penser à une gerbe de fleurs.

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Les belles vies – Benoît Minville

71UUNJh7RmL Éditions Sarbacane – octobre 2016 – 231 pages

Quatrième de couverture :
Vasco et Djib, deux banlieusards inséparables, sont envoyés pour un été en pension au coeur de la Nièvre… Un choc des cultures, des personnages flamboyants : la vie belle, les belles vies.

Auteur : Benoît Minville est né en 1978 à Paris et vit à Sartrouville (Yvelines). Il doit à sa mère libraire de lui avoir inoculé le doux virus : il est entré en librairie pour un été et y est toujours, treize ans plus tard. Il publie trois romans jeunesses, Je suis sa fille (2013), Les Géants (2014), Les belles vies (2016) et un roman noir adultes Rural noir (2016).

Mon avis : (lu en mai 2018)
Vasco et Djib sont deux adolescents turbulents qui vivent en banlieue parisienne. Ils se connaissent depuis toujours. Après une bagarre qui a fini au poste de police, pour les punir et les faire réfléchir, leurs parents décident de les envoyer passer l’été à la campagne, au cœur de la Nièvre chez Tonton et Tata. Tonton et Tata (Albert et Marie Favre) ont 80 et 60 ans, ils consacrent leur temps à huit enfants de 6 à 17 ans que leur a confié la Ddass.
Le temps d’un été, Vasco et Djib vont être dépaysés, découvrir la vie en communauté, la nature et ses plaisirs simples, les balades en vélo, les baignades dans le lac, les parties de foot, ramasser les œufs du poulaillers, fabriquer le pain quotidien… Les deux ados vont découvrir la tolérance, l’entraide, et leurs premiers émois amoureux.
Cette histoire est écrite avec humour et beaucoup d’émotions, les enfants de Tata et Tonton : Dylan, Chloé, Jessica, Gaëtan, Gwen, Kamel, Farah et Sirine  sont attachants et Vasco et Djib comprennent très vite la chance qu’ils ont d’avoir des parents aimants…
Un été inoubliable, dans une grande maison remplie de bonne humeur qui aura fait grandir nos deux grands adolescents.
Un très beau roman sur la fin de l’adolescence, l’amitié, les premiers amours. Un livre qui fait du bien.

Extrait : (début du livre)
Vasco et Djib se demandent si ça ne va pas être plus grave qu’ils ne le pensaient.

Fesses vissées sur son banc, les mains dans les poches de son jean, Vasco tente de se vider la tête en suivant le parcours d’une araignée sur le mur blanc blindé d’affiches de prévention. Djib a la trouille au ventre ; il n’a qu’à fermer les yeux et ceux de sa mère apparaissent, la nausée n’est pas loin.
Un policier passe devant eux. Les bras chargés de paperasse, il rentre dans le bureau d’à côté.
Le commissariat est calme. Vasco glisse ses mains dans ses cheveux gavés au Pento et tente un coup d’œil à son meilleur pote, son frère de cœur… Djib se contente de hausser les épaules. Le silence est interminable, interrompu parfois par des bruits de doigts sur des claviers, des éclats de voix, une machine à café qui vrombit.
Un autre agent arrive — il marche d’un pas décidé, suivi d’une vieille dame qui peine à tenir la distance. Vasco s’attarde sur le bandage qu’elle porte au front, soupire et se penche vers Djib.
— Tu vas la rappeler, Samia ?
— Je t’ai dit d’oublier mon nom.
— Putain, je t’ai dit que j’étais désolé !… Tu crois que je m’en veux pas ?
— Me soûle pas, Vasco.
Du fond de sa colère, Djib ne comprend toujours pas comment tout ça a pu déraper si vite.