Elle s’appelait Sarah – Pascal Bresson et Horne

71Xlq7-DsnL Marabulles – novembre 2018 – 208 pages

Quatrième de couverture :
Paris, juillet 1942 : Sarah, une fillette de dix ans qui porte l’étoile jaune, est arrêtée avec ses parents par la police française, en pleine nuit. Paniquée, elle met son petit frère à l’abri en lui promettant de revenir le libérer dès que possible. Paris, mai 2002 : Julia Jarmond, une journaliste américaine mariée à un Français, doit couvrir la commémoration de la rafle du Vél’ d’Hiv’. Soixante ans après, son chemin va croiser celui de Sarah, et sa vie changer à jamais.

Auteurs : Pascal Bresson scénariste et dessinateur, est né à Reims en 1969. Depuis 25 ans, il habite à Saint-Malo. Pascal a appris le métier dès l’âge de 12 ans auprès de deux maîtres du 9e art : Tibet et René Follet. Il a publié plus de 40 bandes dessinées et livres pour la jeunesse et a été récompensé pour son travail par plus de 15 prix, dont le « Grand Prix Public BD Européenne des Médias 2015 » pour Plus fort que la Haine (Glénat). Scénariste de Simone Veil. L’Immortelle (Marabout), Elle s’appelait Sarah est sa seconde collaboration avec les éditions Marabout. Sa citation préférée : « Un stylo peut transformer une tragédie en espoir et victoire. » Nelson Mandela.
Né en 1978 à Saint-Jean-Albert dans les Pyrénées Orientales, Horne est dessinateur et graphiste. Il se forme à la bande dessinée avec Sternis qui signe avec lui plusieurs albums chez Vents d’Ouest. Il travaille ensuite avec Corbeyran pour Bayard Presse. Ils réaliseront ensemble La Métamorphose de Franz Kafka (Delcourt), Le Quatrième mur de Sorj Chalandon, Lennon de David Foenkinos (Marabulles), Watchdogs, tome 1 & 2 Les deux royaumes ; Malpasset, L’Homme de l’année 1421, La Métamorphose (Delcourt) ; Le Port de la lune, tome 1 & 2 (Vent d’ouest), Tête de vache, le conquérant nu (Marabulles).

Mon avis : (lu en juin 2019)
Cette BD est l’adaptation très réussie du roman : Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay. Deux histoires se déroulent en parallèle, celle de Sarah, en 1942, déportée avec son père et sa mère, lors de la rafle du Vel’ D’Hiv’ et celle de Julia, américaine vivant à Paris en 2000 avec son mari Bertrand et sa fille Zoë.
En juillet 1942, Sarah a 10 ans, elle porte l’étoile jaune et elle est arrêtée, au milieu de la nuit, avec ses parents par la police française. Elle met à l’abri son petit frère et lui promet de revenir le chercher très vite. 
Paris, mai 2002, Julia Jarmond, journaliste américaine mariée à un Français, doit écrire un article pour la commémoration de la rafle du Vél d’Hiv. Un peu par hasard, soixante après, Julia va retrouver la trace de Sarah et s’intéresser à son histoire…
Le dessin est en noir et blanc pour évoquer le présent et l’enquête de Julia, pour l’histoire vue par les yeux de Sarah, quelques touches de couleurs donnent du relief à la hauteur de la gravité de l’époque.
Une histoire poignante qu’il est bon de lire ou relire pour ne pas oublier la tragédie de la rafle du Vel’ d’Hiv’ du 16 août 1942.

Extrait :

elle-sappelait-sarah-1 ELLE-SAPPELAIT-SARAHpage7 ELLE-SAPPELAIT-SARAHpage37 Elle-Sappelait-Sarah-113

Le roman adapté :

elle_s_appelait_sarah_p Elle s’appelait Sarah

Publicités

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee et Fred Fordham

814fRJsD9RL Grasset – novembre 2018 – 288 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Stoïanov,
relu et actualisé par Isabelle Hausser

Titre original : To Kill a Mockingbird, 1960

Quatrième de couverture :
Livre culte dans le monde entier, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur raconte l’histoire d’Atticus Finch, jeune avocat, qui élève seul ses deux enfants Jem et Scout. Lorsqu’il est commis d’office pour la défense d’un homme noir accusé d’avoir violé une femme blanche, la vie de la petite famille bascule. Nous sommes dans les années 1930, dans une petite ville de l’Alabama et certaines vérités peuvent être dangereuses à démontrer…
Grâce au talent de Fred Fordham (notamment découvert en France grâce à Nightfall, paru chez Delcourt), ce roman graphique donne une nouvelle vie au chef d’œuvre d’Harper Lee. L’illustrateur a exploré les lieux qui ont compté pour la mythique auteure américaine en se plongeant dans sa vie afin de s’approcher au plus près de son imaginaire. Fred Fordham offre un éclairage inédit du texte avec ce magnifique ouvrage qui renforce encore la modernité de l’œuvre de Lee. Couronné par le prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est l’un des plus grands classiques de la littérature du xxème siècle.

Auteurs : Harper Lee est née en 1926 à Monroeville, dans l’Alabama. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, premier et longtemps unique roman de celle qui fut la grande amie de Truman Capote, a connu un destin hors du commun, et demeure à ce jour l’un des livres les plus aimés des lecteurs du monde entier. Harper Lee a créé l’événement en publiant, cinquante ans plus tard, Va et poste une sentinelle (2015). Elle est décédée le 19 février 2016.
Fred Fordham est né en 1985 et a grandi dans le nord de Londres. Parallèlement à ses études de sciences politiques et de philosophie à Sussex University, il travaillait en tant que portraitiste et muraliste. Désormais illustrateur, on lui doit notamment la série Nightfall.

Mon avis : (lu en février 2019)
Cette histoire est un grand classique de la littérature américaine écrit en 1960 et qui nous plonge au cœur du sud des Etats-Unis, dans l’Alabama, dans les années 30, quand les noirs et les blancs vivaient séparés.
La narratrice, Scout, est âgée d’une dizaine d’années, elle vit à Maycomb avec son grand frère Jem, leur père veuf et leur gouvernante Calpunia. C’est l’été, le temps de l’innocence et des jeux avec Dill, le petit voisin, ils construisent des cabanes, se font peur en passant devant la maison du mystérieux Boo Radley… Leur père, Atticus Finch, est un avocat qui défend le plus souvent des causes perdues. Le regard d’enfant de Scout et Jem va changer le jour où ils assistent au procès où leur père défend un homme noir, accusé à tort de viol sur une femme blanche. 
L’adaptation de ce roman initiatique qui incite au respect, à la tolérance et à l’amitié est magnifiquement réussi. Fidèle au texte, on ne peut s’empêcher de retrouver également des images du film « Du silence et des ombres » adaptation au cinéma de Robert Mulligan en 1962, avec Grégory Peck qui recevra l’Oscar du meilleur acteur.
Une bande dessinée idéale pour faire connaître cette oeuvre et donner envie de lire l’original !

Extrait : 

9782246815235-7 9782246815235-89782246815235-9 9782246815235-10

 

Extrait en ligne

petit bac 2019(2) Animal

Déjà lu du même auteur :

41238697_p  Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

ne tirez Ne tirez-pas sur l’oiseau moqueur (version audio)

Les nymphéas noirs – Michel Bussi, Didier Cassegrain, Fred Duval

nympheas Dupuis – janvier 2019 – 144 pages

Quatrième de couverture :
Dans le village de Giverny, où Claude Monet peint quelques-unes de ses plus belles toiles, la quiétude est brusquement troublée par un meurtre inexpliqué. Tandis qu’un enquêteur est envoyé sur place pour résoudre l’affaire, trois femmes croisent son parcours. Mais qui, de la fillette passionnée de peinture, de la séduisante institutrice ou de la vieille dame calfeutrée chez elle pour espionner ses voisins, en sait le plus sur ce crime ? D’autant qu’une rumeur court selon laquelle des tableaux d’une immense valeur, au nombre desquels les fameux Nymphéas noirs, auraient été dérobés ou bien perdus.

Auteurs : Né en janvier 1965 à Rouen, Fred Duval y suit des études en histoire. Il décroche sa maîtrise en étudiant les caricatures d’un journal durant l’affaire Dreyfus. Dans les années 80, il joue beaucoup de guitare et affûte sa plume dans des fanzines et journaux d’étudiants. Fred publie son premier album, « 500 fusils », en 1995. La même année, il réalise son premier grand succès, « Carmen Mc Callum », au sein du Label « Série B ». S’ensuivent « Travis » et « Hauteville House ». En 2008, il publie avec Philippe Ogaki, « Meteors », une série de science-fiction, avant de s’attaquer avec le dessinateur Zanzim à un vieux rêve : adapter « Tartuffe » en bandes dessinées. Il intègre en 2010 l’équipe du Casse avec « La Grande Escroquerie » et crée « Nico », avec Philippe Berthet aux éditions Dargaud Benelux. La même année, il se lance aux côtés de Jean-Pierre Pécau dans l’aventure « Jour J », une série concept dirigée par Fred Blanchard qui revisite les grands tournants de l’Histoire. En 2012 il publie « L’homme de l’année 1917 » qui a connu un beau succès critique et commercial, en 2014 un paraît un album consacré à Esterhazy et l’Affaire Dreyfus ainsi que « Wonderball », ambitieux thriller écrit avec Pecau et dessiné par Colin Wilson. En 2016 paraissent deux nouvelles séries chez Delcourt : « Mousquetaire » et « Nom de code : Martin ». En octobre 2016 paraît l’album « XIII Mystery » écrit sous la direction de Jean Van Hamme et dessiné par Corentin Rouge. Fred vient de publier avec Pécau et Subic une grande saga Steampunk autour des personnages des Sherlock Holmes et Moriarty. En octobre 2018 paraît chez Dargaud le premier tome d’une nouvelle série de Science-Fiction crée avec Emem et Fred Blanchard : « Renaissance ». Fred adapte actuellement avec Didier Cassegrain le bestseller « Nymphéas Noirs » de Michel Bussi.
Didier Cassegrain est né le 16 décembre 1966 à Châteaudun, dans l’Eure-et-Loir, et vit actuellement à Avignon. Dès la fin de la troisième, il s’oriente vers un lycée technique de dessin. Il continue pendant deux ans sa formation aux Gobelins, une école de dessins animés rattachée à la Chambre de commerce de Paris, puis travaille pour des séries télévisées chez France Animation. Il poursuit sa carrière aux Studios Disney de Montreuil durant un an avant d’intégrer la société Story pendant deux ans. C’est là qu’il rencontre Fred Blanchard et Olivier Vatine qui le poussent tous deux à faire de la bande dessinée. De cette rencontre naît Tao Bang, album où il fait preuve d’une originalité et d’une qualité graphique évidente. En 2006 il entame avec Fred Duval les aventures de Code Mc Callum, aux Éditions Delcourt.

Mon avis : (lu en février 2019)
Pas facile de réussir à adapter ce roman dont la construction de l’intrigue est particulière, incroyable et bluffante… Lors de ma première lecture, je ne m’attendais absolument pas à la conclusion de cette histoire et dans la BD, cela fonctionne exactement pareil. Je n’en dis pas plus pour ne rien dévoiler.
Trois femmes sont au centre de cette intrigue, une vieille femme qui semble tout savoir et qui déambule à toute heure dans Giverny, avec Neptune, son chien, une institutrice très séduisante et une fillette de onze ans surdouée pour la peinture.

Tout commence avec l’assassinat de Jérôme Morval, chirurgien ophtalmo, à Giverny. Laurenç Salignac, le jeune enquêteur qui vient d’arriver à ce poste, pense que le coupable ne peut être que Jacques Dupain, le mari de la belle institutrice. Sylvio Bénavides, son adjoint, n’est pas convaincu et explore minutieusement toutes les autres pistes possibles…
Il fallait aussi pour cette histoire un soin particulier pour le dessin puisque dans cette histoire il est question de Giverny et de peinture et c’est vraiment réussi, le dessin et les couleurs de Didier Cassegrain sont magnifiques !
Je me suis replongée dans cette intrigue avec beaucoup de plaisir en parcourant cette BD aussi belle que des tableaux.

Extrait : (début du livre)

nympheas_noirs_p1 nympheas_noirs_p2 nympheas_noirs_p3 nympheas_noirs_p4nympheas_noirs_p5

petit bac 2019(1) Couleur

 

Les Vestiges du jour – Kazuo Ishiguro

51RE650M3FL 51BjqmZ4N7L

Calmann-Lévy – août 2001 – 266 pages

Folio – mars 2010 – 352 pages

traduit de l’anglais par Sophie Mayoux

Titre original : The Remains of the Day, 1989

Quatrième de couverture :
 » Les grands majordomes sont grands parce qu’ils ont la capacité d’habiter leur rôle professionnel, et de l’habiter autant que faire se peut ; ils ne se laissent pas ébranler par les événements extérieurs, fussent-ils surprenants, alarmants ou offensants. Ils portent leur professionnalisme comme un homme bien élevé porte son costume. C’est, je l’ai dit, une question de « dignité ».  » Stevens a passé sa vie à servir les autres, majordome pendant les années 1930 de l’influent Lord Darlington puis d’un riche Américain. Les temps ont changé et il n’est plus certain de satisfaire son employeur. Jusqu’à ce qu’il parte en voyage vers Miss Kenton, l’ancienne gouvernante qu’il aurait pu aimer, et songe face à la campagne anglaise au sens de sa loyauté et de ses choix passés…

Auteur : Kazuo Ishiguro, né à Nagasaki en 1954, vit en Grande-Bretagne depuis l’âge de cinq ans. En 1995, Kazuo Ishiguro a reçu le titre d’officier de l’Ordre de l’Empire britannique et en 1998 la France l’a fait Chevalier des Arts et des Lettres. Il habite Londres avec sa femme et sa fille. Il est l’auteur de : « Lumière pâle sur les collines » qui a remporté le Royal society of literature prize, « Un artiste du monde flottant » lauréat du Whitebread Book of the year en 1986. « Les Vestiges du jour » fut couronné par le Booker prize en 1989 et adapté par James Ivory avec Anthony Hopkins et Emma Thompson. Avec « L’Inconsolé », il remporta le Cheltenham prize en 1995.

Mon avis : (lu en janvier 2019)
J’avais déjà vu plusieurs fois le film adapté de ce livre en 1993 par James Ivory avec Anthony Hopkins et Emma Thompson avant de lire le roman de Kazuo Ishiguro. Mr Stevens est un majordome anglais qui a toujours dédié sa vie à son travail, en particulier auprès de Lord Darlington. Il s’est complètement oublié, en particulier lorsqu’il a travaillé longtemps auprès de la gouvernante Miss Kenton. Celle-ci avait manifestement des sentiments pour lui, et lui n’était pas indifférent à la jeune femme mais au nom de la « dignité » de son rôle de majordome et de son éducation, il n’avait jamais laissé paraître ses sentiments. 
Vingt ans plus tard, Darlington Hall appartient à un millionnaire américain, les positions de Lord Darlington durant l’entre-deux-guerres sont désormais mal vues. Mr Stevens, toujours majordome à Darlington Hall, a l’occasion de revoir Miss Kenton, devenue Mrs Benne à la suite d’un mariage décevant. Le lecteur va suivre le voyage en automobile dans la campagne anglaise de Mr Stevens, il revient sur ses souvenirs à la grande époque de Darlington Hall, sur des réflexions concernant sa fonction, et bien sûr sur ses retrouvailles avec Miss Kenton.
C’est un roman mélancolique, le bilan d’une vie, d’une époque révolue…
J’ai adoré le film et le jeu subtile des deux acteurs principaux. J’ai aimé découvrir le livre qui donne une part plus importante au personnage de Mr Stevens, celui-ci étant le narrateur, que dans le film.

les-vestiges-du-jour

Extrait : (début du livre)
Il semble de plus en plus probable que je vais réellement entreprendre l’expédition qui tient depuis quelques jours une place importante dans mon imagination. Une expédition, je dois le préciser, que j’entreprendrai seul, dans le confort de la Ford de Mr. Farraday ; une expédition qui, telle que je l’envisage, me conduira à travers une des plus belles campagnes d’Angleterre jusqu’au West Country, et pourrait bien me tenir éloigné de Darlington Hall pendant cinq ou six jours. L’idée de ce voyage, je dois le souligner, est née d’une suggestion fort aimable émise à mon intention par Mr. Farraday lui-même voici presque quinze jours, tandis que j’époussetais les portraits dans la bibliothèque. En fait, si je me souviens bien, j’époussetais, monté sur l’escabeau, le portrait du vicomte Wetherby lorsque mon employeur entra, chargé de quelques volumes dont il désirait sans doute qu’on les remît en rayon. Remarquant ma présence, il profita de cette occasion pour m’informer qu’il venait précisément de parachever le projet de retourner aux États-Unis pour une période de cinq semaines, entre août et septembre. Cela annoncé, mon employeur posa ses volumes sur une table, s’assit sur la chaise longue et allongea les jambes. Ce fut alors que, levant les yeux vers moi, il déclara : « Vous vous doutez, Stevens, que je ne vous demande pas de rester enfermé dans cette maison pendant toute la durée de mon absence. Si vous preniez la voiture pour aller vous balader pendant quelques jours ? À en juger par votre mine, un petit congé ne vous ferait pas de mal. »
Devant une proposition aussi imprévue, je ne savais trop comment réagir. Je me rappelle l’avoir remercié de sa sollicitude, mais sans doute ne dis-je rien de très précis car mon employeur poursuivit :
« Je parle sérieusement, Stevens. Vous devriez vraiment prendre un petit congé. Je paierai la note d’essence. Vous autres, vous passez votre vie enfermés dans ces grandes maisons à vous rendre utiles, et quand est-ce que vous arrivez à voir ce beau pays qui est le vôtre ? »
Ce n’était pas la première fois que mon employeur soulevait cette question ; en fait, il semble sincèrement préoccupé par ce problème. Ce jour, cependant, il me vint une sorte de repartie tandis que j’étais juché là-haut sur l’escabeau ; repartie visant à souligner que dans notre profession, si nous ne voyons pas à proprement parler le pays en sillonnant la campagne et en visitant des sites pittoresques, nous « voyons » en fait une part d’Angleterre plus grande que bien des gens, placés comme nous le sommes dans des demeures où se rassemblent les personnes les plus importantes du pays. Certes, je ne pouvais exprimer ce point de vue à l’intention de Mr. Farraday sans me lancer dans un discours qui aurait pu paraître présomptueux. Je me contentai donc de dire simplement :
« J’ai eu le privilège, monsieur, de voir entre ces mêmes murs, au fil des années, ce que l’Angleterre a de meilleur. »
Mr. Farraday ne sembla pas comprendre cette remarque, car il continua sur sa lancée : « J’insiste, Stevens. Ce n’est pas bien qu’un gars ne puisse pas visiter son propre pays. Suivez mon conseil, sortez de la maison pendant quelques jours. »

voisinsvoisines2019_2Angleterre

petit bac 2019(2) Couleur

L’intérêt de l’enfant – Ian McEwan

l'interetdel'enfant 81L6I5BzsxL 51nmcv7j9dl._aa300_

Gallimard – octobre 2015 – 240 pages

Folio – avril 2017 – 240 pages

Gallimard – décembre 2018 – 6h05 – Lu par Marie-Christine Barrault

traduit de l’anglais par France Camus-Pichon

Titre original : The Children Act, 2014

Quatrième de couverture :
À l’âge de cinquante-neuf ans, Fiona Maye est une brillante magistrate spécialiste du droit de la famille. Passionnée, parfois même hantée par son travail, elle en délaisse sa vie personnelle et son mari Jack. Surtout depuis cette nouvelle affaire : Adam Henry, un adolescent de dix-sept ans atteint de leucémie, risque la mort. Les croyances religieuses de ses parents interdisant la transfusion sanguine qui pourrait le sauver, les médecins s’en remettent à la cour. Après avoir entendu les deux parties, Fiona décide soudainement de se rendre à l’hôpital, auprès du garçon. Mais cette brève rencontre s’avère troublante et, indécise, la magistrate doit pourtant rendre son jugement. Dans ce court roman, Ian McEwan allie avec justesse la froideur de la justice à la poésie et à la musicalité qui imprègnent la vie des personnages. Dans un style limpide, il crée une ambiance oppressante et fait preuve d’une complexité thématique impressionnante. Les certitudes se dérobent : où s’arrête et où commence l’intérêt de l’enfant ?

Auteur : Ian McEwan a passé une grande partie de sa jeunesse en Extrême-Orient, en Afrique du Nord (en Libye), et en Allemagne, où son père, officier dans l’armée britannique, était envoyé. Il a fait ses études à l’université du Sussex et l’université d’East Anglia, où il a été le premier diplômé du cours d’écriture créative créé par Malcolm Bradbury. Insolite et insolente, provocatrice, hautement originale, l’œuvre de Ian McEwan surprend par ses tours de force de concision et d’humour. L’auteur joue avec les énigmes qui sont l’essence de la narration. Tous ses romans affichent une parenté lointaine, sous forme de simulacre, avec l’énigme policière. Il a publié plusieurs nouvelles et romans pour adultes et, en 1994, «Le Rêveur», un recueil de nouvelles pour la jeunesse.

Lecteur : En quarante ans d’une brillante carrière au théâtre, au cinéma et à la télévision, Marie-Christine Barrault a combiné tous les genres, de la comédie au drame. C’est d’abord le cinéma qui la fait connaître avec Ma nuit chez Maud de Rohmer. Au théâtre, elle incarne les héroïnes de Tchékov, Claudel ou Duras et la télévision fait d’elle une inoubliable Marie Curie. Elle a brillé sur scène avec L’Allée du Roi de Françoise Chandernagor, ou Opening Night de John Cromwell.

Mon avis : (lu en décembre 2018)
C’est après avoir vu le film My Lady, que j’ai beaucoup aimé que j’ai eu envie de découvrir le livre dont c’est l’adaptation. Le scénario a également été écrit par l’auteur.
Le titre du livre, fait référence à une loi datant de 1989, The Children Act, qui définit les modalités de protection des enfants.
Fiona Maye, juge des affaires familiales à la Haute Cour de Londres. Sa charge aussi passionnante lui demande beaucoup de travail et d’énormes responsabilités.
Toute à son travail, Fiona délaisse peu à peu sa vie personnelle et son mari.
Lorsque l’histoire commence, Jack, son mari, pour la faire réagir, provoque une crise conjugale en lui annonçant qu’il va avoir une liaison…
Elle n’a pas le temps de s’effondrer car au même moment, elle est appelée pour une urgence, le cas complexe d’un jeune garçon, mineur, âgé de 17 ans et 9 mois, atteint de leucémie. Pour son traitement, il aurait besoin d’une transfusion sanguine mais lui et ses parents le refusent car ils sont témoins de Jéhovah. Fiona doit prendre une décision juste et rapide car la vie d’Adam est en jeu. Après avoir entendus les différentes parties au tribunal, fait exceptionnel, Fiona décide de rendre visite à Adam à l’hôpital.
Fiona découvre un adolescent intelligent, malicieux, plein de fraîcheur et enthousiaste. Elle est touchée par sa poésie, ses projets de musique.
Adam a grandi dans un environnement fermé et strict, il est reconnaissant d’être consulté, écouté par cette juge qui connaît tellement de choses. Elle lui ouvre une porte vers la liberté, vers des perspectives d’avenir…
La visite se conclue par une mélodie mélancolique irlandaise jouée au violon par Adam et chantée par Fiona avec les paroles du poème de Yeats, « Down by the Salley Gardens ».
Cette rencontre va les lier à jamais.
Adam voudra garder contact avec Fiona, pour la remercier. Il voit en elle un exemple, un modèle, une personne qui pourrait répondre aux nombreuses questions qu’il se pose sur la vie…

Fiona est un très beau personnage de juge, forte dans son travail, qui cache aux autres toute sa sensibilité. Elle exprime ses sentiments profonds, toute sa fragilité, en jouant du piano et lorsqu’elle se retrouve seule avec elle-même.
J’ai autant aimé les deux personnages de Fiona et Adam dans le film comme dans le livre, leur humanité authentique. La fine description psychologique de cette juge aux affaires familiales qui doit prendre et argumenter des décisions aux enjeux importants, sans se laisser influencer par sa vie personnelle. Et le portrait magnifique de cet adolescent honnête, vulnérable, pleins de questionnements.
J’ai retrouvé beaucoup d’images du film dans les descriptions précises de Ian McEwan, une exception, il pleut beaucoup à Londres dans le livre contrairement au film !

Dans la version audio, Marie-Christine Barrault incarne avec justesse et sensibilité Fiona.

Film : sortie en août 2018
réalisé par Richard Eyre avec Emma Thompson, Stanley Tucci, Fionn Whitehead
avec un scénario de Ian McEwan

3333197.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Extrait : (début du livre)
Londres. Une semaine après la Pentecôte. Pluie implacable de juin. Fiona Maye, juge aux affaires familiales, un dimanche soir, chez elle, allongée sur une méridienne, regardant fixement, au-delà de ses pieds gainés par un collant, le fond de la pièce, un pan de la bibliothèque installée en retrait de la cheminée, et de l’autre côté, près d’une haute fenêtre, la minuscule lithographie de Renoir représentant une baigneuse, achetée trente ans plus tôt pour cinquante livres. Sans doute un faux. Dessous, au centre d’une table ronde en noyer, un vase bleu. Aucun souvenir des circonstances de son acquisition. Ni de la dernière fois où elle y a mis des fleurs. Pas de feu dans la cheminée depuis un an. Le tic-tac irrégulier des gouttes de pluie noirâtres tombant dans l’âtre sur des feuilles de papier journal jauni roulées en boule. Un tapis de Boukhara sur le parquet ciré à larges lames. En lisière de son champ de vision, un piano demi-queue avec plusieurs photos de famille à cadre d’argent posées sur sa laque d’un noir profond. Par terre, au pied de la méridienne et à portée de main, la copie d’un jugement. Et Fiona couchée sur le dos, rêvant de tout envoyer par dix mètres de fond.
Dans sa main droite, son deuxième scotch coupé d’eau. Elle était encore sous le choc, mal remise d’un moment difficile avec son mari. Elle buvait rarement, mais le Talisker à l’eau du robinet l’apaisait, et elle n’excluait pas de retraverser la pièce pour s’en servir un troisième. Moins de whisky, plus d’eau, car elle siégeait au tribunal le lendemain, et là elle était d’astreinte, à disposition en cas de requête urgente, alors même qu’elle essayait de récupérer. Il avait tenu des propos choquants et placé un fardeau insupportable sur ses épaules. Pour la première fois depuis des années, elle avait crié, et un vague écho résonnait encore à ses oreilles. « Quel con ! Quel pauvre con ! » Elle n’avait pas juré à voix haute depuis ses virées d’adolescente à Newcastle, même si un gros mot lui venait parfois à l’esprit lorsqu’elle entendait un témoignage complaisant ou un argument irrecevable.

Déjà lu du même auteur :

35457286_p Sur la plage de Chesil

voisinsvoisines2019_2Angleterre

Un sac de billes – Kris et Vincent Bailly

unsacde billes

uSdB1 uSdB2

Futuropolis – février 2017 – 128 pages

Futuropolis – avril 2011 – 64 pages  (tome 1 : Partie 1)

Futuropolis – novembre 2012 – 64 pages  (tome 2 : Partie 2)

Quatrième de couverture :
Traduit dans le monde entier, dont récemment en Chine, avec quelque 25 millions d’exemplaires vendus, Un Sac de billes est devenu un classique de la littérature. Joffo y raconte ses souvenirs de jeune Juif durant l’Occupation allemande. La force de son récit réside en la candeur et le pragmatisme du regard d’enfant, qu’il porte, à l’époque, sur les faits quotidiens de cette étrange et terrible période.

Auteurs : Kris est né en 1972, vit en Bretagne.
Il se lance dans la BD en 2002: Toussaint 66, puis Le Déserteur.
2006: Un Homme est mort et Le Monde de Lucie.
2008: Coupures Irlandaises et Les Ensembles contraires.
2009: Les Ensembles contraires, tome 2 et Notre Mère la Guerre.
Vincent Bailly, qui naît à Nancy en 1967 et fait ses études à l’école des Arts Décoratifs de Strasbourg, réside à présent à Chalons-en-Champagne avec sa famille. Ses deux premières années professionnelles sont consacrées aux dessins de presse et à l’illustration de livres pour enfants, mais c’est une période difficile car son trait est plutôt dur, rêche et brut. Il rencontre Roger Seiter et Isabelle Mercier, tous deux scénaristes de bandes dessinées, qui lui proposent une collaboration. À la veille d’une signature de contrat pour son premier album, un poste de professeur de dessin lui est proposé, mais il décline l’offre, délaissant la perspective d’un travail plus stable au profit d’une aventure, celle de Coeur de Sang. Amateur de bandes dessinées depuis longtemps, il aime beaucoup Druillet, Corben et Loisel, qu’il compte d’ailleurs dans ses principales influences, tout comme Miller, Mignola et Thierry Robin.

Mon avis : (lu en septembre 2018)
C’est l’adaptation en BD du roman « Un sac de billes» de Joseph Joffo, un classique de la littérature jeunesse. En septembre 1941, Jo a 10 ans, c’est un gamin parisien, joyeux, farceur et dégourdi du 18e arrondissement. C’est le petit dernier d’une fratrie de six, complice de Maurice est son aîné de deux ans. Les Allemands occupent Paris et le port de l’étoile jaune devient obligatoire pour tous les Juifs. Leurs parents décident que leurs deux cadets doivent fuir et gagner la zone libre pour rejoindre leurs frères aînés installés à Menton. Avec un peu d’argent et l’importante consigne : « Ne dis jamais que tu es juif ! », Joseph et Maurice partent pour un long voyage vers la liberté. Grâce à leur débrouillardise, à leur bon sens, à leur courage, à l’aide d’hommes justes et à la chance, ils vont réussir cette entreprise un peu folle…
Cette bande dessinée fidèle au récit d’origine est un bon moyen de découvrir le témoignage autobiographique de l’auteur du haut de ses dix ans.

Extrait :

4550_p PlancheS_27551

sac_de_billes_page_11   un_sac_de_billes_page_73_

Petit bac 2018Objet (6)

Au théâtre…

Spectacle20180102

Présentation :
Paris, années soixante. Momo, un garçon juif de douze ans, devient l’ami du vieil épicier arabe de la rue Bleue pour échapper à une famille sans amour. Mais les apparences sont trompeuses : Monsieur Ibrahim n’est pas arabe, la rue Bleue n’est pas bleue et la vie ordinaire peut-être pas si ordinaire… L’histoire tendre et drôle d’un gamin au franc-parler et de l’épicier arabe de sa rue. Comment échapper à la solitude, à la malédiction du malheur ? Comment apprendre à sourire ?
Une histoire qui a fait le tour du monde.

Interprété par Éric-Emmanuel Schmitt
Mise en scène : Anne Bourgeois
Décor : Nicolas Sire
Lumières : Laurent Béal
Costumes : Pascale Bordet
Son : Jacques Cassard

Mon avis : (vu à Vincennes, le 1/02/2018)
J’ai très rarement l’occasion d’aller au spectacle, hier soir, je suis allée voir le spectacle d’Eric-Emmanuel Schmitt « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran ».
J’avais déjà lu le livre il y a quelques années, j’ai été touché comme si je découvrais le texte pour la première fois.
Cette histoire d’amitié entre un épicier arabe et un jeune garçon juif est un message de tolérance et de sagesse qui résonne en nous tous. C’est à la fois grave et plein d’humour, léger et profond.
Le spectacle est vraiment réussi, Eric-Emmanuel Schmitt joue tous les rôles, le décor assez simple, suggère parfaitement les différents lieux, l’appartement de Momo, l’épicerie de Monsieur Ibrahim… 
Voilà un texte que je relirai certainement !