A bord de l’Aquarius – Marco Rizzo et Lelio Bonaccorso

914E4BPV1wL Futuropolis – janvier 2019 – 128 pages

traduit de l’italien par Hélène Dauniol – Remaud

Titre original : Salvezza, 2018

Quatrième de couverture :
Un récit documentaire à bord de l’Aquarius, un bateau humanitaire qui parcourt la Méditerranée pour secourir des migrants. En juin 2018, l’Italie et la France lui refusaient d’accoster condamnant le navire à une errance de 9 jours, mettant ainsi en lumière les ambigüités des gouvernements européens sur la politique d’accueil des réfugiés.

Auteurs : Né en 1983, Marco Rizzo  est un scénariste de bande dessinée et journaliste italien, surtout connu pour ses reportages en bande dessinée.
Lelio Bonaccorso est dessinateur et enseignant de BD sicilien. Après plusieurs collaborations avec DC Comics et Marvel, le dessinateur fétiche de l’écrivain Marco Rizzo sera son binôme sur de nombreuses bandes dessinées politico-sociales italiennes 

Mon avis : (lu en juillet 2019)
Cette BD documentaire signée par deux Italiens, un journaliste et un dessinateur, est un témoignage très fort et pédagogique sur la réalité de ce qui se passe à bord de l’Aquarius, un bateau affrété par l’ONG SOS Méditerranée pour sauver des migrants en mer. 
En novembre 2017, les auteurs embarquent sur l’Aquarius. Il y a à bord, une trentaine de personnes, marins, membres de l’association et médecins. En 2017, grâce à cette action citoyenne, c’est plus de 15 000 personnes, de 40 nationalités différentes, qui ont pu être sauvées. Les deux auteurs racontent le quotidien de la mission, les sauvetages, ils donnent la parole à l’équipage mais aussi aux migrants recueillis. Les témoignages sont poignants, parfois insoutenables, les migrants fuient leurs pays, la violence, la guerre, la misère… Avant de partir, ils n’imaginent pas les difficultés qu’ils vont rencontrer : la longue route avant la traversée, le viol des femmes, la cupidité des passeurs, les séquestrations arbitraires en Libye contre rançon et la traversée au péril de leurs vies, sur des rafiots en mauvais état et surchargés… Lorsqu’ils ont la chance d’être sauvés par un bateau d’une ONG, ils ne savent pas encore dans quel pays ils vont être débarqués.
Un livre courageux et instructif qui est malheureusement complètement dans l’actualité.
Aux prises avec la justice italiennes, l’Aquarius a arrêté ses missions en décembre 2018.
SOS Méditerranée a repris depuis juillet 2019 une nouvelle campagne de sauvetage au large des côtes libyennes, à l’aide d’un navire norvégien, l’Ocean Viking. Vendredi dernier, après douze jours d’attente en mer, 356 personnes secourues ont été débarqués à Malte.
A découvrir sans tarder !

Extrait : (début de la BD)

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L’extraordinaire voyage du fakir qui etait resté coincé dans une armoire Ikéa – Zidrou, Falzar, KyungEun

d’après le roman de Romain Puertolas

51biYcblr1L Jungle – octobre 2017 – 48 pages

Quatrième de couverture :
Une aventure rocambolesque et hilarante aux quatre coins de l’Europe et dans la Libye post-Kadhafiste.
Une histoire d’amour plus pétillante que le champagne, un éclat de rire à chaque page mais aussi le reflet d’une terrible réalité, le combat que mènent chaque jour les clandestins, ultimes aventuriers de notre siècle, sur le chemin des pays libres.
Les tribulations d’un fakir devenu culte.

Auteurs : Zidrou (Benoît Drousie) est né en 1962 à Bruxelles. D’abord instituteur, il se lance au début des années 1990 dans l’écriture de livres et de chansons pour enfants. En 1991, il rencontre le dessinateur Godi avec qui il crée L’Elève Ducobu. Sa carrière de scénariste de bande dessinée est lancée ! Il signe de nombreuses séries pour enfants et adolescents, des Crannibales à Tamara, de Scott Zombi à Sac à Puces, assure la reprise de La Ribambelle. Il est également l’auteur des plus réalistes, mais non moins sensibles, La Peau de l’ours, Lydie, Folies Bergères, La Mondaine, Les 3 Fruits. En 2015, Zidrou revient en force avec trois nouveaux albums : en août Le Bouffon avec Francis Porcel, en septembre, une nouvelle série familiale, Les Beaux Etés avec Jordi et en octobre, en duo avec P. Berthet, un polar dans les régions reculées de l’Australie, « Crime qui est le tien ». Pour 2016, l’auteur continue d’écrire les souvenirs de vacances de la famille Faldéraut dans « Les Beaux Étés » et proclame la fin de Venise dans « Marina ».
Kyung Eun Park
est un auteur coréen de bandes dessinées. Après des études universitaires d’arts plastiques, il travaille un temps comme animateur dans un studio de dessin animé. Il décide ensuite de venir en France pour suivre la formation d’illustrateur à Lyon, qu’il complète par un cursus aux Arts déco de Strasbourg.
Falzar
est scénariste coloriste. Né 15 avril 1961 à Mons, François d’Hont, pseudonyme Falzar a une double formation d’instituteur et de criminologue, mais il exerce deux professions assez éloignées de cette base. Il est à la fois animateur dans le cadre d’un hôpital psychiatrique et scénariste de bandes dessinées humoristiques. 

Mon avis : (lu en mai 2019)
Je n’ai pas lu le livre original de Romain Puertolas avant d’emprunter cette BD à la Bibliothèque mais je connaissais déjà le début de l’histoire… Le héros Ajatashatru Lavash Patel ou Aja est un fakir un peu escroc et très débrouillard qui vient d’arriver à Paris pour y acheter un lit à clous repéré en soldes sur le catalogue Ikea. Malheureusement, le produit n’est plus en stock et Aja va devoir revenir le lendemain. N’ayant nulle part où dormir, il décide de se cacher dans le magasin pour y passer la nuit. Il s’enferme dans une armoire mais celle-ci fait partie d’un lot à déstocker et Aja se retrouve, malgré lui, en route vers l’Angleterre… C’est le début d’une aventure rocambolesque à travers l’Europe et au-delà… le fakir va découvrir le quotidien des migrants, renvoyés de frontières en frontières. Il sera poursuivi par les polices des frontières mais aussi par le taxi qu’il a entourloupé lors de son arrivée à Paris…
Une lecture sympathique mais l’intrigue pas toujours facile à suivre, cette adaptation ne m’a pas spécialement donnée envie de lire le roman.

Extrait : (début de la BD)

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petit bac 2019(5) Objet

La goûteuse d’Hitler – Rosella Postorino

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – mai 2019 – 9h36 – Lu par Audrey Sourdive

Albin Michel – janvier 2019 – 400 pages

traduit de l’italien par Dominique Vittoz

Titre original : Le assaggiatrici, 2018

Quatrième de couverture :
1943. Reclus dans son quartier général en Prusse orientale, terrorisé à l’idée que l’on attente à sa vie, Hitler a fait recruter des goûteuses. Parmi elles, Rosa.
Quand les S.S. lui ordonnent de porter une cuillerée à sa bouche, Rosa s’exécute, la peur au ventre : chaque bouchée est peut-être la dernière. Mais elle doit affronter une autre guerre entre les murs de ce réfectoire : considérée comme « l’étrangère », Rosa, qui vient de Berlin, est en butte à l’hostilité de ses compagnes, dont Elfriede, personnalité aussi charismatique qu’autoritaire.
Pourtant, la réalité est la même pour toutes : consentir à leur rôle, c’est à la fois vouloir survivre et accepter l’idée de mourir.
Couronné en Italie par le prestigieux prix Campiello, ce roman saisissant est inspiré de l’histoire vraie de Margot Wölk. Rosella Postorino signe un texte envoûtant qui, en explorant l’ambiguïté des relations, interroge ce que signifie être et rester humain.

Auteur : Née à Reggio de Calabre en 1978, Rosella Postorino vit à Rome. Elle est éditrice chez Einaudi et journaliste. Ses trois premiers romans, La stanza di sopra, L’estate che perdemmo Dio et Il corpo docile, ont été couronnés par plusieurs prix. Elle écrit également des essais, des pièces de théâtre, et contribue à des anthologies. La goûteuse d’Hitler est son premier roman traduit en français. Il vient d’être récompensé par le prestigieux prix Campiello.

Lecteur : Audrey Sourdive commence le théâtre à 5 ans. Depuis elle interprète de grands rôles classiques comme Elvire ou Lady MacBeth et s’intéresse aussi au théâtre contemporain ainsi qu’au théâtre pour enfants. Également metteur en scène, elle a récemment monté Ninon, une pièce sur le handicap, et le Circuit Ordinaire de Jean-Claude Carrière. Elle est également doubleuse (Millenium, Grey’s Anatomy, Spiderman…).

Mon avis : (écouté en juin 2019)
L’auteur s’est inspirée de l’histoire vraie de Margot Wölk, la dernière goûteuse d’Hitler pour écrire ce roman. C’est seulement en 2012, à l’âge de 95 ans que Margot Wölk a révélé son histoire, elles étaient 15 goûteuses et les 14 autres ont été tuées fin 1944, lors de l’arrivée des troupes soviétiques. Margot Wölk avait pu fuir par un train destination Berlin.
Son mari s’étant engagé dans l’armée, son appartement détruit et sa mère morte dans un bombardement à Berlin, Rosa est venue habiter à  Gross-Partsch, chez ses beaux-parents. Elle est alors réquisitionnée avec neuf autres jeunes femmes pour goûter les repas d’Hitler, ce dernier craignant d’être un jour empoisonné… Elles se retrouvent trois fois par jours pour ces « repas du hasard », puis devant attendre au moins une heure après chaque repas. Petit à petit, des liens vont se nouer entre les différentes goûteuses.
C’est la guerre, et même en Allemagne le ravitaillement pour la population est difficile.  La faim est bien présente et les goûteuses sont partagées entre l’opportunité de pouvoir manger des mets introuvables (fruits, légumes, desserts… Hitler étant végétarien) et la terrible angoisse de risquer d’être malade ou de mourir empoisonnée.
J’ai trouvé ce roman, basé sur des faits historiques, passionnant et captivant. Le rôle des goûteuses est bien décrit, leurs vies quotidiennes pendant la guerre également.
Rosa et ses camarades d’infortune sont très émouvantes et attachantes.
Ce livre qui m’avait été conseillé au Café Lecture de la Bibliothèque est une belle découverte !

Extrait : (début du livre)
Nous sommes entrées une par une. Après plusieurs heures d’attente debout dans le couloir, nous avions besoin de nous asseoir. La pièce était grande avec des murs blancs. Au centre, une longue table en bois déjà dressée pour nous. Ils nous ont fait signe de nous y installer.
Je me suis assise et j’ai croisé les mains sur mon ventre. Devant moi, une assiette en porcelaine blanche. J’avais faim.
Les autres femmes avaient pris place sans bruit. Nous étions dix. Certaines se tenaient droites, l’air compassé, les cheveux tirés en chignon. D’autres regardaient à la ronde. La jeune fille en face de moi mordillait ses peaux mortes et les déchiquetait entre ses incisives. Ses joues tendres étaient marquées de couperose. Elle avait faim.
À onze heures du matin, nous étions déjà affamées. Mais cela ne tenait pas à l’air de la campagne, au voyage en autocar. Ce trou dans l’estomac, c’était de la peur. Depuis des années nous avions faim et peur. Et quand les effluves de nourriture sont montés à nos narines,notre sang s’est mis à cogner à nos tempes, notre bouche à saliver. J’ai regardé la fille couperosée. Il y avait la même envie chez elle et chez moi.
Mes haricots verts étaient agrémentés d’une noix de beurre. Du beurre, je n’en avais pas mangé depuis mon mariage. L’odeur des poivrons grillés me chatouillait le nez, mon assiette débordait, je ne la lâchais pas des yeux. Celle de ma voisine d’en face contenait du riz et des petits pois.
« Mangez », ont-ils dit d’un angle de la salle, c’était à peine plus qu’une invitation et pas tout à fait un ordre. Ils lisaient l’appétit dans nos yeux. Bouches entrouvertes, respirations précipitées. Nous avons hésité. Personne ne nous avait souhaité bon appétit, alors je pouvais peut-être encore me lever et dire merci, les poules ont été généreuses ce matin, un œuf me suffira pour aujourd’hui.
J’ai recompté les convives. On était dix, ce n’était pas la cène.
« Mangez ! » ont-ils répété dans l’angle de la salle, mais j’avais déjà sucé un haricot et senti mon sang affluer à la racine de mes cheveux, à l’extrémité de mes orteils, senti mon cœur ralentir. Devant moi Tu dresses une table face à mes adversaires – ces poivrons sont si onctueux –, Tu dresses une table sur le bois nu, pas même une nappe, de la vaisselle blanche, dix femmes : voilées, nous aurions eu tout de religieuses, un réfectoire de religieuses tenues au vœu de silence.

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petit bac 2019(5) Métier

 

Ada – Barbara Baldi

51PyHJpY-kL Ici Même – février 2019 – 120 pages

Quatrième de couverture :
Début du XXè siècle, quelque part en Europe centrale. La jeune Ada vit seule avec son père, un bûcheron aussi rustre qu’autoritaire. Le talent et la curiosité de la fillette pour la peinture ne font qu’attiser la colère et le mépris du père. Consciente que l’affrontement n’est pas une option, Ada fait mine de se soumettre à l’autorité paternelle, pour mieux, secrètement, s’adonner à sa passion. Pour autant, l’orage se prépare au loin et il sera difficile d’y échapper.

Auteur : Barbara Baldi (Pavie, 1976), coloriste clé du film Winx 2, a à son actif de nombreuses publications pour le marché italien, américain et français, parmi lesquelles « Sky Doll » et « Monster Allergy ». Elle est illustratrice et coloriste pour plusieurs maisons d’édition, dont Pixar, Disney, Marvel et DeA Planeta. Barbara Baldi signe avec La Partition de Flintham son premier roman graphique.

Mon avis : (lu en mai 2019)
Une superbe BD, l’histoire est assez simple et classique, les mots sont rares mais le dessin est d’une beauté graphique exceptionnelle.
1917, Ada vit seule avec son père au milieu de la forêt à proximité de Vienne. Ce père est  un homme tyrannique et cruel aussi sa mère a préféré partir pour le fuir. Ada supporte ce quotidien rude et difficile en se réfugiant dans la peinture. En cachette de son père, inspirée par la nature qui l’entoure, Ada peint des toiles pleines d’émotions, avec des couleurs qui happent le lecteur. Ada n’est pas résignée, un jour, elle quittera ce père violent. L’atmosphère est à la fois envoûtante, sombre et étouffante.
Une BD que l’on ne se lasse pas de contempler.

Extrait : (début de la BD)

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petit bac 2019(4) Animal
(oiseau)

L’Art de la joie – Goliarda Sapienza

logo prix audiolib 2019

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Audiolib – février 2019 – 23h10 – Lu par Valérie Muzzi

Le Tripode – octobre 2016 – 800 pages

traduit Nathalie Castagné

Titre original : L’Arte della gioia, 1998

Quatrième de couverture :
« Comment pouvais-je le savoir si la vie ne me le disait pas ? Comment pouvais-je savoir que le bonheur le plus grand était caché dans les années apparemment les plus sombres de mon existence ? S’abandonner à la vie sans peur, toujours… Et maintenant encore, entre sifflements de trains et portes claquées, la vie m’appelle et je dois y aller. »
L’Art de la joie est le roman d’une vie, celle de Modesta. Née le 1er janvier 1900 dans une famille miséreuse de Sicile, farouche et insoumise, la jeune femme nous entraîne sur le chemin d’une liberté qui gagne irrésistiblement le lecteur.
L’édition définitive de ce texte, devenu un classique de la littérature italienne, a été établie par Angelo Maria Pellegrino, qui fut le dernier compagnon de l’autrice et sauva ce roman culte de l’oubli.

Auteur : Goliarda Sapienza (1924-1996) est née à Catane (Sicile) dans une famille anarcho-socialiste. Elle connaît le succès au théâtre avant de se consacrer à l’écriture. Son œuvre flamboyante laisse les éditeurs italiens perplexes. Elle meurt dans l’anonymat en 1996. Elle sera reconnue grâce notamment, en 2005, à la traduction en France de L’Art de la joie. Les Éditions Le Tripode entreprennent la publication de ses œuvres complètes.

Lecteur : Diplômée de l’Insas et de la section cinéma de l’université de Bruxelles, Valérie Muzzi partage son temps entre les studios, les tournages, l’écriture et la réalisation.

Mon avis : (écouté partiellement en mai 2019)
Je n’ai pas réussi à terminer dans les temps ce dernier livre audio de la sélection du Prix Audiolib 2019. J’ai sous-estimé la durée du livre audio et mes capacités d’écoute… J’écris donc ce billet après seulement 50% de lecture.
La narratrice, Modesta, est née, en Italie, le 1er janvier 1900. Elle nous raconte l’histoire extraordinaire de sa vie, celle d’une femme libre et indépendante. Petite fille pauvre élevée avec une sœur handicapée par une mère seule, après une agression, Modesta est recueillit dans un monastère, où elle a l’occasion d’apprendre à lire, à écrire… Sa curiosité est sans limite, mais pour les sœurs sont avenir est tout tracé, elle sera des leurs. Mais Modesta ambitionne autre chose ! Elle a un caractère hors du commun, qui lui permettre de résister au pire. Grâce à son esprit curieux et son envie de connaissances, elle développe son intelligence et sa réflexion.
Dans cette histoire, il est question de la vie, de la mort, de l’amour, d’être femme, de sensualité, de sexualité féminine, de sentiments, de liberté…
C’est un roman exigeant, dense avec également des longueurs… Pour l’instant, je vais le laisser de côté, mais je compte le terminer lorsque j’aurais plus de temps, sans doute lors de prochaines vacances.

Extrait : (début du livre)
Et voyez, me voici à quatre, cinq ans traînant un bout de bois immense dans un terrain boueux. Il n’y a pas d’arbres ni de maisons autour, il n’y a que la sueur due à l’effort de traîner ce corps dur et la brûlure aiguë des paumes blessées par le bois. Je m’enfonce dans la boue jusqu’aux chevilles, mais je dois tirer, je ne sais pas pourquoi, mais je dois le faire. Laissons ce premier souvenir tel qu’il est : ça ne me convient pas de faire des suppositions ou d’inventer. Je veux vous dire ce qui a été sans rien altérer.
Donc, je traînais ce bout de bois ; et après l’avoir caché ou abandonné, j’entrai dans le grand trou du mur, que ne fermait qu’un voile noir couvert de mouches. Je me trouve à présent dans l’obscurité de la chambre où l’on dormait, où l’on mangeait pain et olives, pain et oignon. On ne cuisinait que le dimanche. Ma mère, les yeux dilatés par le silence, coud dans un coin. Elle ne parle jamais, ma mère. Ou elle hurle, ou elle se tait. Ses cheveux de lourd voile noir sont couverts de mouches. Ma sœur assise par terre la fixe de deux fentes sombres ensevelies dans la graisse. Toute la vie, du moins ce que dura leur vie, elle la suivit toujours en la fixant de cette façon. Et si ma mère – chose rare – sortait, il fallait l’enfermer dans les cabinets, parce qu’elle refusait de se détacher d’elle. Et dans ces cabinets elle hurlait, elle s’arrachait les cheveux, elle se tapait la tête contre les murs jusqu’à ce qu’elle, ma mère, revienne, la prenne dans ses bras et la caresse sans rien dire.
Pendant des années je l’avais entendue hurler ainsi sans y faire attention, jusqu’au jour où, fatiguée de traîner ce bois, m’étant jetée par terre, je ressentis à l’entendre crier comme une douceur dans tout le corps. Douceur qui bientôt se transforma en frissons de plaisir, si bien que peu à peu, tous les jours je commençai à espérer que ma mère sorte pour pouvoir écouter, l’oreille à la porte des cabinets, et jouir de ces hurlements.

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Summits of my life – Kilian Jornet

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

9782081425811_1_75 Arthaud – octobre 2018 – 208 pages

traduit du Castillan par Bruno Hurtado

Quatrième de couverture :
Kilian Jornet, légende de l’ultra-trail, sky runner à l’assaut des sommets et du ciel, a toujours considéré ses incroyables records comme autant d’étapes dans une quête personnelle d’accomplissement sportif et spirituel.
Mont Blanc, Cervin, Elbrouz, Denali, Aconcagua, Everest…, ces sommets parmi les plus hauts du monde ont inspiré Kilian depuis son enfance. Avec l’épopée Summits of my life, celui qu’on surnomme l’ultra terrestre a transformé ses rêves en autant d’ascensions et d’exploits inédits.
Ce tour de force sportif est pour lui l’occasion de défendre deux valeurs essentielles : l’amitié et l’écologie, en s’engageant au plus près de la nature sans assistance et sans laisser la moindre trace derrière soi. Une philosophie puriste et minimaliste à l’origine de l’immense popularité de ce champion hors normes.

Auteur : Kilian Jornet, né en 1987, est un sportif professionnel espagnol, spécialiste de ski alpinisme, d’ultra-trail et de course en montagne.
Il est l’auteur de Courir ou mourir (Arthaud, 2015) et La Frontière invisible (Arthaud, 2017).

Mon avis : (lu en décembre 2018)
J’ai choisi de recevoir ce livre en pensant à mon mari qui depuis quelques années c’est mis à courir… Il n’est pas comparable à Kilian Jornet dans ses exploits, mais plutôt dans le côté de prendre du plaisir à courir dans la nature, en forêt, sur les sentiers des douaniers et plus rarement en montagne.
Dès que j’ai eu ce beau livre entre les mains, juste en le feuilletant, j’ai été émerveillée par les nombreuses superbes photos.
Kilian Jornet est LE fameux coureur de l’extrême. Après avoir gagné de nombreuses compétitions de ski de montagne, à 17 ans il se lance dans les compétitions de course à pied en montagne et à 25 ans il a remporté toutes les courses auxquelles il avait rêvé de participer.
Il lui fallait donc un nouveau projet pour avoir la motivation de s’entraîner et de courir. En 2011, Kilian choisit huit sommets pour le défi sportif qu’ils représentaient, pour leur histoire ou leur beauté et pour leurs difficultés. Le but étant de battre le record de l’ascension mais en suivant une charte de valeurs.
Il avait envie d’une aventure non seulement sportive mais humaine où la nature reste maître…
Il a choisi les objectifs suivants : Traversée du Mont Blanc, le Mont Blanc (4808 m), Innominata (une arrête italienne du Mont-Blanc), Cervin (4478 m, Suisse, Italie), Elbrouz (5642 m, Russie), Denali (6186 m, Alaska), Aconcagua (6962 m, Argentine) et bien sûr l’Everest (8848 m, Népal)
Il a fallu accepter des échecs, la nature est plus forte que l’homme. Ainsi, pour l’Everest, Kilian s’y ait repris à plusieurs fois. Le premier voyage devait avoir lieu quelques jours après le séisme du Népal du 25 avril 2015, il annule son ascension mais part quand même au Népal pour tenter de se rendre dans la vallée du Langtang, coupée du monde depuis le séisme, pour porter secours aux populations. Kilian y était déjà venu une vingtaine de fois depuis qu’il escalade les montagnes. Il réussira l’ascension de l’Everest en 2017.
J’ai trouvé ce livre non seulement très beau, mais également très intéressant.
Bien au chaud à la maison, lire ces récits d’ascension est passionnant et cela nous fait voyager sans danger vers l’extrême !

Extrait :

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Mont-Blanc

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La ballade de l’enfant gris – Baptiste Beaulieu

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Fayard/Mazarine – septembre 2016 – 416 pages

Livre de Poche – février 2018 – 384 pages

Quatrième de couverture :
C’est l’histoire de Jo’, un jeune interne en pédiatrie à la personnalité fantasque, à qui tout sourit.
C’est l’histoire de No’, un garçon de sept ans, attachant et joueur, qui est atteint d’un mal incurable et ne comprend pas pourquoi sa maman ne vient pas le voir plus souvent à l’hôpital.
C’est l’histoire de Maria, une mère secrète, qui disparaît à l’autre bout du monde au lieu de rester au chevet de son fils.
Un matin survient un drame qui lie pour toujours le destin de ces trois êtres.
Inspiré par le choc ressenti lors de la disparition de l’un de ses jeunes patients, l’auteur nous offre un troisième roman poignant qui nous entraîne dans une quête initiatique bouleversante.

Auteur : Jeune médecin généraliste, Baptiste Beaulieu est l’auteur d’un premier livre remarqué, Alors voilà, les 1001 vies des Urgences. Son blog « Alors voilà » compte plus de 5 millions de visiteurs.

Mon avis : (lu en septembre 2018)
Jo est un jeune interne au service pédiatrique de l’hôpital, il fait la connaissance de No, un petit malade de 7 ans, solitaire, il attend patiemment les visites trop rare de sa maman… Jo se rapproche de No, pour le distraire et le sortir de cette attente…
Cette histoire est touchante et pleine d’amour et de tendresse, mais je suis vraiment passée à côté de ce roman… C’est certainement dû à la forme, l’histoire commence par le jour de la déchirure puis ensuite la lecture alterne entre le passé par un compte à rebours et le présent, soit l’après déchirure, avec la quête de Jo pour retrouver Maria et comprendre son attitude. Cette alternance m’a complètement embrouillée et j’ai fini le livre en lisant dans la continuité d’une part les chapitres « passé » et de l’autre les chapitres « présent » pour tenter de comprendre le fond de l’histoire…

Extrait : (début du livre)
Le nombre total d’étoiles dans l’univers tombe-t-il pair ou impair ? Jonas ne savait pas, mais la question lui paraissait importante.
Dimanche, 9 h 54, grande banlieue de Paris. Le brillant étudiant en médecine de vingt-quatre ans observait le ciel nocturne peint dans la cabine d’ascenseur quand une secousse le sortit de sa rêverie. Il y était. Septième étage. Pédiatrie. Ça sentait toujours pareil, ici : antiseptique répandu sur le sol et urine froide. Il aimait ça, Jo’, c’était comme si l’odeur avait une vieille voix – une de ces voix à mâchonner des clopes plutôt qu’à les fumer – et qu’elle lui chuchotait : « Hey, hey, gamin ! Ici on sauve des vies ! »
À 9 h 58, Jo’ poussa mollement la porte du service quand son téléphone vibra. Sa mère lui annonça la nouvelle qui le fit vaciller. Il promit d’arriver au plus tôt, puis raccrocha. Il tremblait.
Il était alors 10 h 02. À quelques mètres de la chambre 33, il se baissa pour boire à la fontaine à eau dans le couloir, heurta le robinet.
« Fais pas ta chochotte ! » se gronda-t-il, une main posée sur son front qui saignait, l’autre sur la poignée de porte.
Chambre 33…
Aurait-il su ce qui l’attendait dans cette pièce que Jo’ aurait immédiatement fait demi-tour et pris ses jambes à son cou. Car le destin avait décidé qu’il n’arriverait pas à temps pour soutenir sa mère : il resterait dans cet hôpital toute une journée et toute une nuit, et ne le quitterait que le lendemain matin, deux heures avant les lueurs de l’aube, éreinté, l’âme vieillie.
À 10 h 04, Jo’ entra dans la chambre 33, vit Maria Tulith et son enfant de sept ans, allongé sur le lit.
À 10 h 10, il se produisit entre eux ce que Jonas appellerait la « Déchirure ». Toute sa vie, il y aurait un avant et un après cette Déchirure.
À cause d’elle, il partit en voyage, par-dessus les montagnes puis au-delà des mers, jusqu’au bout du monde, pour réinventer sa vie et trouver la vérité.
Avec le fantôme de l’enfant.

Petit bac 2018Couleur (6)

Le bruit des choses qui commencent – Evita Greco

Lu en partenariat avec Albin Michel

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traduit de l’italien par Marie Causse

Titre original : Il rumore delle cose che iniziano, 2016

Quatrième de couverture :
Lorsque Ada était petite, sa grand-mère avait inventé un jeu : il suffisait à la fillette de tendre l’oreille. Une tasse de café, des rires d’enfants, un oiseau… Le bruit des choses qui commencent, c’est une belle musique pour oublier les moments tristes.
Ada y pense souvent depuis que Teresa sa grand-mère, est malade. Dans les couloirs de l’hôpital, étreinte par l’angoisse et le sentiment d’abandon, la jeune femme guette cette petite musique. Et quand elle entend pour la première fois la voix débordante d’optimisme de Matteo, ou le rire de Giulia, une infirmière pleine de bienveillance, elle se dit que Teresa avait raison : chaque fois qu’une chose finit, une autre naît…
La ton, tout en douceur et en délicatesse, d’Evita Greco évoque, à travers le personnage de Ada, les étapes fondatrices de la vie. Un premier roman bouleversant qui transmet un grand feu de vie.

Auteur : Evita Greco a été sauveteur, caissière de supermarché, guide touristique et secrétaire avant de prendre la plume. Le bruit des choses qui commencent est son premier roman.

Mon avis : (lu en juin 2018)
Voilà une très belle histoire pleine de poésie et de douceur. J’ai choisi ce livre, pour son auteure italienne et pour son titre à la fois énigmatique et plein de promesse. Theresa invite Ada sa petite-fille à prendre le temps d’écouter le bruit des « premières fois », c’est une façon de la détourner de ses peurs, de ses moments de tristesse.
Ada, a été abandonnée toute petite par sa mère, et a été élevée par sa grand-mère Teresa.
Teresa est maintenant âgée est très malade et elle est hospitalisée. Ada passe donc beaucoup de temps à l’hôpital pour rester auprès d’elle. Toutes deux font la connaissance de Giulia, une infirmière attentive et bienveillante qui s’occupe bien de Teresa et qui remonte le moral d’Ada qui comprend que sa grand-mère va bientôt mourir…
Dans les couloirs de l’hôpital, Ada fait la connaissance de Matteo, visiteur médical, dont elle tombe amoureuse…
Je n’en raconterai pas plus pour vous laisser découvrir par vous même cette histoire pleine de tendresse et de sensibilité où il est question de vie, d’amour, de relations humaines…

Merci Claire et Albin Michel pour cette belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Il y a des bruits qui méritent qu’on s’y attarde, pense Ada : celui de l’orchestre quand les instruments s’accordent, juste avant le début d’un concert. Celui des feuilles lorsque le vent se lève. Des tasses que l’on pose sur le percolateur à la cafétéria.
Quand elles commencent, certaines choses ont une petite musique à elles. Ada s’arrête pour l’écouter.
C’est Teresa, sa grand-mère, qui lui a appris à reconnaître l’étonnement des débuts.
Ada avait trois ans quand sa mère avait décrété que son rôle ne l’intéressait pas. Un soir, elle l’avait mise au lit chez sa grand-mère. Le lendemain matin, elle était partie en disant qu’elle avait autre chose à faire. Et elle n’avait plus jamais donné signe de vie. Ada aurait préféré qu’il y ait une excuse plus sérieuse. Faute de quoi, elle avait fini par penser qu’elle n’était pas une petite fille qui valait la peine qu’on prenne du temps pour elle. Sa grand-mère avait beau lui répéter qu’elle était la prunelle de ses yeux, Ada avait continué à craindre qu’elle ne l’abandonne, elle aussi.

Un soir, elle demanda à Teresa si c’était la dernière fois qu’elle la mettait au lit. La vieille dame répondit que non, certainement pas, et pourtant, le lendemain matin, Ada lui demanda si c’était la dernière fois qu’elles prenaient le petit-déjeuner ensemble. Sa grand-mère lui répéta que non, certainement pas. Elle ne se lassait jamais de la rassurer.
Les choses se corsèrent quand le matin Ada refusa d’aller à l’école : et si c’était là, devant le portail de la maternelle, qu’elle voyait sa grand-mère pour la dernière fois ?
Teresa la réveillait puis l’aidait à s’habiller. Elle préparait son petit-déjeuner et lui mettait la blouse où elle avait brodé son prénom – et une petite abeille, car l’enfant adorait les abeilles ; elle lui avait cousu des yeux bleus « grands comme les tiens ». Malgré tous ses efforts, le résultat n’était pas aussi parfait qu’elle l’avait espéré : l’abeille avait un œil à demi fermé et ses pattes étaient trop longues ; en fait, elle n’était pas très jolie.
Pendant les préparatifs, Ada ne pleurait pas, ne protestait pas. Mais dès qu’elles partaient pour l’école, elle commençait à avoir mal partout. Une fois, c’était au ventre, une autre fois aux côtes, dont Ada croyait, de toute façon, qu’elles faisaient partie du ventre. Parfois, elle avait envie de vomir. Alors, elle disait à sa grand-mère qu’elle avait envie de vormir et sa grand-mère n’insistait pas. Dès que ces douleurs la prenaient, Teresa ramenait la petite fille à la maison.

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Bakhita – Véronique Olmi

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Audiolib – mars 2018 – 13h11 – Lu par Véronique Olmi

Albin Michel – août 2017 – 464 pages

Quatrième de couverture :
Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion. Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres.  Bakhita  est le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte. Avec une rare puissance d’évocation, Véronique Olmi en restitue le destin, les combats incroyables, la force et la grandeur d’âme dont la source cachée puise au souvenir de sa petite enfance avant qu’elle soit razziée.

Auteur : Dramaturge, comédienne, nouvelliste et romancière, Véronique Olmi est l’auteure de nombreux succès, dont Bord de mer, Le Premier amour ou Cet été-là. Les Éditions Albin Michel ont publié trois de ses romans, Nous étions faits pour être heureuxLa nuit en vérité, J’aimais mieux quand c’était toi et deux pièces de théâtre, Une séparation et Un autre que moi. 

Mon avis : (écouté et lu en avril 2018)
Quelle histoire poignante que celle de Bakhita, esclave soudanaise devenue religieuse, et qui a été canonisée par le pape Jean-Paul II en 2000.
Bakhita est née au Darfour vers 1869. Elle avait alors un autre prénom dont elle n’a pas gardé le souvenir. A cinq ans, elle est confrontée pour la première fois à la violence lorsque sa sœur aînée est enlevée dans son village. Quelques années plus tard, c’est elle-même qui subit le même sort. Elle a sept ans, alors qu’elle s’est écartée de son village, elle est enlevée par deux hommes qui la vendront à des négriers, elle découvre alors la violence, les coups, les humiliations du monde des esclaves… Les premiers jours, elle espère que son père viendra la sauver, puis elle se raccroche à ses souvenirs de la vie d’avant pour résister et espérer un avenir meilleur. Il lui faudra attendre six années avant d’être acheté par Calisto Legnani, un Italien, consul à Khartoum. Elle arrivera à le convaincre de l’emmener en Italie où une nouvelle vie va s’ouvrir à elle.
L’histoire de Bakhita est une histoire vraie, l’auteur a su nous la raconter avec simplicité et beaucoup de sensibilité. Bakhita est admirable de bonté et d’amour. Dans sa simplicité d’âme, et malgré les horreurs qu’elle a du subir et traverser, elle a toujours gardé espoir et fait le bien autour d’elle. Son histoire a encore une résonance avec ce qui se passe de nos jours, migrants, esclavage moderne…
J’ai écouté ce livre en parti en version audio et en version papier. J’ai eu un peu de mal au départ avec le ton pris par l’auteur dans la version audio et en même temps j’étais captivé par le texte et l’histoire de Bakhita que je ne voulais pas lâcher.
J’ai beaucoup aimé l’entretien avec l’auteur en bonus du livre audio, c’est un complément formidable à la lecture du livre.

 

Extrait : (début du livre)
Elle ne sait pas comment elle s’appelle. Elle ne sait pas en quelle langue sont ses rêves. Elle se souvient de mots en arabe, en turc, en italien, et elle parle quelques dialectes. Plusieurs viennent du Soudan et un autre, de Vénétie. Les gens disent : « un mélange ». Elle parle un mélange et on la comprend mal. On doit tout redire avec d’autres mots. Qu’elle ne connaît pas. Elle lit avec une lenteur passionnée l’italien, et elle signe d’une écriture tremblante, presque enfantine. Elle connaît trois prières en latin. Des chants religieux qu’elle chante d’une voix basse et forte.

On lui a demandé souvent de raconter sa vie, et elle l’a racontée encore et encore, depuis le début. C’est le début qui les intéressait, si terrible. Avec son mélange, elle leur a raconté, et c’est comme ça que sa mémoire est revenue. En disant, dans l’ordre chronologique, ce qui était si lointain et si douloureux. Storia meravigliosa. C’est le titre de la brochure sur sa vie. Un feuilleton dans le journal, et plus tard, un livre. Elle ne l’a jamais lue. Sa vie, à eux racontée. Elle en a été fière et honteuse. Elle a craint les réactions et elle a aimé qu’on l’aime, pour cette histoire, avec ce qu’elle a osé et ce qu’elle a tu, qu’ils n’auraient pas voulu entendre, qu’ils n’auraient pas compris, et qu’elle n’a de toute façon jamais dit à personne. Une histoire merveilleuse. Pour ce récit, sa mémoire est revenue. Mais son nom, elle ne l’a jamais retrouvé. Elle n’a jamais su comment elle s’appelait. Mais le plus important n’est pas là. Car qui elle était, enfant, quand elle portait le nom donné par son père, elle ne l’a pas oublié. Elle garde en elle, comme un hommage à l’enfance, la petite qu’elle fut. Cette enfant qui aurait dû mourir dans l’esclavage a survécu, cette enfant était et reste ce que personne jamais n’a réussi à lui prendre.

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Où les eaux se partagent – Dominique Fernandez

Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey

9782848766508 Philippe Rey – janvier 2018 – 266 pages

Quatrième de couverture :
Un peintre français, Lucien, et sa compagne Maria, en vacances en Sicile, arrivent dans un port à l’écart des circuits touristiques. La beauté du lieu et leur rencontre d’un vieux prince désargenté les amènent à acheter une maison rudimentaire, au bord de la falaise, malgré les réticences de Maria.
Lucien est fasciné par les Siciliens, leur pays, leurs coutumes, leurs superstitions, leur personnalité pittoresque et surprenante… Tandis que Maria, tout empreinte des préjugés des Italiens du Nord, les considère comme une population barbare. Elle est révulsée par l’éducation sévère infligée aux filles contrastant avec le laxisme de celle des garçons, les « crimes d’honneur », l’absence de femmes sur les plages, cause d’un intérêt malsain des hommes, appâtés par la blondeur de Maria…
En face de la maison se trouve une ligne de partage entre deux mers. Et si là, devant l’un des plus beaux paysages du monde, une autre ligne, celle de la séparation, se dessinait au sein d’un couple, pourtant arrivé enjoué et uni ?
Un roman subtil sur le lien amoureux, les mouvements souterrains de la personnalité, mais aussi une peinture foisonnante de la Sicile et de ses habitants.

Auteur : Romancier et essayiste, membre de l’Académie française, Dominique Fernandez est l’auteur de plus de soixante ouvrages dont Dans la main de l’ange (prix Goncourt 1982), Porporino ou les mystères de Naples (prix Médicis 1974), Ramon et Le Piéton de Rome. Il a publié plusieurs beaux-livres à la suite de nombreux voyages : Rome, Saint-Pétersbourg, Palerme et la Sicile, Prague, Syrie, L’Âme russe, etc.

Mon avis : (lu en décembre 2017)
J’ai accepté de recevoir ce roman pour découvrir la Sicile à travers ce roman.
Lucien et Maria ont acheté, un peu par hasard, une maison sans prétention dans le petit village de Marzapalo, à la pointe sud-est de la Sicile. Lucien est un peintre français et il a été éblouie par le paysage et les habitants de cet endroit. Maria, Italienne du Nord, est plus réticente, elle préfère la ville et considère les Siciliens comme peu intéressants…  
Lucien et Maria n’étant sur la même longueur d’onde, des tensions vont se créer dans le couple…
J’ai aimé découvrir cette région de Sicile et les Siciliens dans le roman mais j’ai vite été lassée par cette histoire de couple… J’ai également été gênée par les nombreuses inclusions de locutions en italien non traduites en français qui émaillent le roman.

Merci Anaïs et éditions Philippe Rey pour cette lecture mitigée.

Extrait : ici

Petit bac 2018
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