Condor – Caryl Férey

Lu en partenariat avec Folio

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Folio – février 2018 – 512 pages

Gallimard – mars 2016 – 416 pages

Quatrième de couverture :
Dans le quartier brûlant de La Victoria, à Santiago, quatre cadavres d’adolescents sont retrouvés au cours de la même semaine. Face à l’indifférence des pouvoirs publics, Gabriela, jeune vidéaste mapuche habitée par sa destinée chamanique et les souffrances de son peuple, s’empare de l’affaire. Avec l’aide de son ami Stefano, militant rentré au Chili après plusieurs décennies d’exil, et de l’avocat Esteban Roz-Tagle, dandy abonné aux causes perdues qui convertit sa fortune familiale en litres de pisco sour, elle tente de percer le mystère. Dans un pays encore gangrené par l’héritage politique et économique de Pinochet, où les puissances de l’argent règnent en toute impunité, l’enquête dérange, les plaies se rouvrent, l’amour devient mystique et les cadavres s’accumulent…

Auteur : Écrivain, voyageur et scénariste, Caryl Férey s’est imposé comme l’un des meilleurs auteurs de thrillers français en 2008 avec Zulu, Grand Prix de littérature policière 2008 et Grand Prix des lectrices de Elle Policier 2009, et Mapuche, prix Landerneau polar 2012 et Meilleur Polar français 2012 du magazine Lire.

Mon avis : (lu en mars 2018)
Tout commence avec la découverte d’un gamin mort d’overdose dans un quartier pauvre de Santiago. Gabriela, une jeune mapuche rebelle, venue en ville pour étudier et vidéaste amateur, n’accepte pas que la police ne fasse aucune enquête après ce drame, d’autant plus que trois autres jeunes sont morts également les jours précédents. Gabriela décide donc de contacter un avocat, Esteban Roz-Tagle, le spécialiste des causes perdues…
Au début, il se passe beaucoup d’événements, on ne comprend pas encore les liens qui pourraient exister entre eux… Puis peu à peu les morceaux du puzzle s’assemblent et le lecteur se laisse entraîner dans ce thriller palpitant et haletant qui nous fait découvrir le Chili d’aujourd’hui,  qui a également des comptes à régler avec le passé.

Il est question de drogue, de politique, de corruption, de violence… mais également d’amour, de cinéma et de poésie… Caryl Férey a fait grand travail de documentation et a décrit ses personnages avec beaucoup de soins, certains sont très attachants, d’autres vraiment méchants. Les paysages sont également dépaysants, de Santiago au désert d’Atacama, le voyage a été réussi !

Merci les éditions Folio pour cette lecture haletante et palpitante.

Extrait : (début du livre)
L’ambiance était électrique Plaza Italia. Fumigènes, musique, chars bariolés, les hélicoptères de la police vrombissaient dans le ciel, surveillant d’un œil panoptique les vagues étudiantes qui affluaient sur l’artère centrale de Santiago.
Gabriela se fraya un chemin parmi la foule agglutinée le long des barrières de sécurité. Elle avait revêtu un jean noir, une cape de plastique transparent pour protéger sa caméra des canons à eau, de vieilles rangers trouvées aux puces, le tee-shirt noir où l’on pouvait lire « Yo quiero estudiar para no ser fuerza especial 1 » : sa tenue de combat.
C’était la première manifestation postélectorale mais, sous ses airs de militante urbaine, Gabriela appréhendait moins de se frotter aux pacos – les flics – que de revoir Camila.
Elles s’étaient rencontrées quelques années plus tôt sous l’ère Piñera, le président milliardaire, lors de la révolte de 2011 qui avait marqué les premières contestations massives depuis la fin de la dictature. Ici l’éducation était considérée comme un bien marchand. Chaque mensualité d’université équivalait au salaire d’un ouvrier, soixante-dix pour cent des étudiants étaient endettés, autant contraints d’abandonner en route sauf à taxer leurs parents, parfois à vie et sans garantie de résultats. À chaque esquisse de réforme, économistes et experts dissertaient sans convoquer aucun membre du corps enseignant, avant de laisser les banques gérer l’affaire – les fameux prêts étudiants, qui rapportaient gros.
Si après quarante années de néolibéralisme ce type de scandale n’étonnait plus personne, leur génération n’en voulait plus. Ils avaient lu Bourdieu, Chomsky, Foucault, le sous-commandant Marcos, Laclau, ces livres qu’on avait tant de mal à trouver dans les rares librairies de Santiago ou d’ailleurs. Ils n’avaient pas connu la dictature et la raillaient comme une breloque fasciste pour nostalgiques de l’ordre et du bâton ; ils vivaient à l’heure d’Internet, des Indignés et des réseaux sociaux, revendiquaient le droit à une « éducation gratuite et de qualité ». Les étudiants avaient fait grève presque toute l’année, bloqué les universités, manifesté en inventant de nouvelles formes, comme ces zombi walks géants où deux mille jeunes grimés en morts-vivants dansaient, synchrones, un véritable show médiatique devant des bataillons casqués qui n’y comprenaient rien. Piñera avait limogé quelques ministres pour calmer la fronde mais les enseignants, les ouvriers, les employés, même des retraités s’étaient ralliés aux contestataires.
Les forces antiémeutes ne tiraient plus à balles réelles sur la foule, comme au temps de Pinochet : elles se contentaient de repousser les manifestants au canon à eau depuis les blindés avant de les matraquer. Des dizaines de blessés, huit cents arrestations, passages à tabac, menaces, Gabriela avait tout filmé, parfois à ses risques et périls.

 1 : « Je veux étudier pour ne pas faire partie des Forces spéciales. »

Déjà lu du même auteur :

zulu Zulu haka_p Haka mapuche Mapuche

Petit bac 2018Animal (2)

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