Matricule 1139 – Peter Robinson

81wkUXPfcDL Livre de Poche – octobre 2007 – 480 pages

traduit de l’anglais par Henri Yvinec

Titre original : A Necessary End, 1989

Quatrième de couverture :
Eastvale, Yorkshire. Lors d’une manifestation antinucléaire, la police charge violemment la foule, faisant plusieurs blessés. Mais, à l’issue des échauffourées, on découvre le corps de l’agent Gill, poignardé. Les suspects ne manquent pas et la tâche de l’inspecteur Banks s’avère particulièrement délicate. D’autant que débarque de Londres un collègue réputé pour son racisme, son machisme et sa brutalité. « Dirty Dick » Burgess va obliger Banks à suivre une voie qui pourrait bien lui coûter sa carrière… ou pire. Et, comme on s’en doute, une mort n’arrive jamais seule…

Auteur : Auteur canadien d’origine anglaise, Peter Robinson est né en 1950 dans le Yorkshire. Il commence une carrière d’enseignant puis écrit, à partir de 1987, les premières enquêtes de l’inspecteur Alan Banks. En 2000, Saison sèche obtient le prestigieux Anthony Award et, en France, le Grand Prix de littérature policière. Peter Robinson a également reçu à six reprises le Arthur Ellis Award, prix du meilleur roman policier canadien. 

Mon avis : (lu en juillet 2020)
Troisième enquête de l’inspecteur divisionnaire Banks dans la campagne des Yorkshire Dales. Une manifestation antinucléaire et pacifique désorganisée par une charge violente de la police et le corps sans vie de l’agent Gill (Matricule 1139) est retrouvé sur le pavé… Les suspects sont nombreux et l’enquête s’annonce difficile pour Banks et son équipe. Et voilà qu’on lui envoie de Londres un collègue, « Dirty Dick » Burgess, pour diriger l’enquête. Une ambiance très « british », des litres de bière bus, des personnages haut en couleurs et des échanges savoureux entre Banks et son supérieur Burgess à la réputation difficile… Une lecture sympathique.

Extrait : (début du livre)
Les manifestants se pressaient sous la bruine de mars devant le Centre culturel d’Eastvale. Certains brandissaient des pancartes de fortune, mais les slogans antinucléaires s’étaient brouillés sous la pluie, telles les lettres rouges que l’on voit dégouliner sur l’écran au début des films d’horreur. Il était difficile à présent d’y lire quoi que ce soit. À huit heures et demie, tous étaient trempés jusqu’aux os et en avaient assez. Aucune caméra de télévision ne filmait la scène et pas un seul reporter ne se mêlait à la foule. Les protestations n’étaient plus à la mode et les médias ne s’intéressaient qu’à ce qui se déroulait à l’intérieur du Centre. D’autant que le temps était froid et humide et que dehors il faisait noir.

Malgré leur déception, les gens s’étaient jusque-là montrés patients. En dépit de la pluie qui leur plaquait les cheveux sur le crâne et leur coulait dans le cou, ils brandissaient leurs panneaux illisibles et dansaient d’un pied sur l’autre depuis une heure. Mais maintenant plusieurs d’entre eux commençaient à éprouver une sensation de claustrophobie. La North Market Street était étroite et seuls des réverbères à gaz à l’ancienne l’éclairaient. La foule était cernée de tous côtés par les forces de l’ordre, qui s’étaient tellement rapprochées qu’elle n’avait plus d’espace pour s’étaler. Un cordon supplémentaire de policiers montait la garde au sommet des marches, près des lourdes portes de chêne et, en face de la grande bâtisse, d’autres agents bloquaient les venelles qui menaient aux ruelles tortueuses et à la rase campagne, au-delà de Cardigan Drive.

 

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Angleterre

Petit bac 2020a(6) Objet

Le Rocher aux corbeaux – Peter Robinson

PeterRobinson2 Livre de Poche – avril 2006 – 352 pages

traduit de l’anglais par Henri Yvinec

Titre original : A Dedicated Man, 1988

Quatrième de couverture :
Tout le monde aimait et appréciait Harry Steadman. Tout le monde respectait et admirait ce professeur d’université, spécialiste d’archéologie industrielle, qui vivait à Swainsdale et en était devenu l’historien local. Pourtant, quelqu’un lui a fracassé le crâne et a abandonné son corps dans cette campagne du Yorkshire qu’il aimait tant: exactement le genre de crime qui bouleverse une petite ville. Si quelqu’un d’aussi populaire peut être assassiné de sang-froid et avec une telle barbarie, chaque citoyen est potentiellement une victime… ou un meurtrier.
Et pour l’inspecteur divisionnaire Banks, qui a quitté Londres pour échapper à son climat de violence, les suspects ne manquent pas. Reste à savoir qui a été tué: le mari, l’ancien amant d’une chanteuse de pop, l’archéologue, l’historien ou – pourquoi pas ? – l’habitué du pub ?

Auteur : Auteur canadien d’origine anglaise, Peter Robinson est né en 1950 dans le Yorkshire. Il commence une carrière d’enseignant puis écrit, à partir de 1987, les premières enquêtes de l’inspecteur Alan Banks. En 2000, Saison sèche obtient le prestigieux Anthony Award et, en France, le Grand Prix de littérature policière. Peter Robinson a également reçu à six reprises le Arthur Ellis Award, prix du meilleur roman policier canadien. 

Mon avis : (lu en juillet 2020)
Deuxième enquête de l’inspecteur divisionnaire Banks dans la campagne des Yorkshire Dales, une région qu’il ne connaît pas encore très bien, ayant lui-même longtemps travaillé à Londres.
Un éminent professeur universitaire a été retrouvé avec le crâne fracassé. Et pourtant, c’est un homme que tout le monde considère comme chaleureux et sans histoire… Banks va s’intéresser au passé de la victime et à ses proches.
Un polar très anglais où tout est dans l’atmosphère des lieux, dans l’analyse minutieuse des personnages… L’intrigue est menée plutôt classiquement, l’inspecteur et son équipe explorent de nombreuses pistes et peu à peu toutes les pièces du puzzle s’assemblent jusqu’à la résolution…
Une série que je vais peu à peu continuer à découvrir.

Extrait : (début du livre)
Quand le soleil fut assez haut pour répandre sa lumière sur les toits d’ardoises situés de l’autre côté de la rue, il s’infiltra par une fente à travers les rideaux de la chambre de Sally Lumb et darda ses rayons sur une mèche d’un blond doré, qui s’enroulait sur sa joue. La jeune fille rêvait. Minotaures, employés de bureau, gazelles et trolls s’ébattaient dans les granges, les appartements en duplex et les palais de style gothique qui peuplaient son sommeil. Mais quand elle se réveilla quelques heures plus tard, tout ce qui lui resta en mémoire, ce fut l’image troublante d’un chat qui marchait sur un grand mur hérissé de morceaux de verre brisé. Ah ! les rêves ! La plupart d’entre eux, elle les ignorait. Ils étaient totalement étrangers à ceux d’un autre genre, les plus importants, qu’elle faisait sans avoir besoin de s’endormir. Au cours de ceux-ci, elle était reçue à ses examens, elle était admise à la Marion Boyars Academy of Theater Arts. Sally y étudiait l’art dramatique, le travail de mannequin, les techniques du maquillage car elle était suffisamment réaliste pour se rendre compte que si elle n’avait pas le talent d’actrice d’une Kate Winslet ou d’une Gwyneth Paltrow, elle pourrait au moins travailler en marge de ce monde prestigieux.
Quand elle finit par se réveiller, le rai de lumière s’était déplacé et venait frapper le sol à proximité de son lit, barrant le tas de vêtements en désordre qu’elle y avait posé la veille au soir. Elle entendit le bruit des assiettes et des couverts dans la cuisine au rez-de-chaussée et le fumet du rosbif montait jusqu’à sa chambre. Elle se leva. C’était une bonne tactique, se dit-elle, que de descendre le plus vite possible et d’aider à préparer les légumes avant que sa mère l’appelle. « Le repas est servi ! » criait celle-ci de sa voix grinçante. En tout cas, en faisant preuve de bonne volonté, elle éviterait peut-être des questions trop précises sur son retard la veille au soir.

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Angleterre

Petit bac 2020a(6) Animal

Le Voyeur du Yorkshire – Peter Robinson

81-pkeXoGWL Livre de Poche – mars 2007 – 352 pages

traduit de l’anglais par Jean Esch

Titre original : Gallows View, 1987

Quatrième de couverture :
Eastvale, paisible petite ville du Yorkshire, au cadre idyllique. C’est là que vient d’être muté l’inspecteur Banks, qui a quitté sans regret Londres et son cortège de violences.
Mais, sous ce décor de carte postale, se cache une réalité beaucoup plus sombre, beaucoup plus dangereuse, incarnée
par un voyeur qui espionne les femmes la nuit dans leur chambre…
Le pervers ne choisit pas ses victimes au hasard : celles-ci semblent toutes avoir un point commun.
La tension monte d‘un cran dans la cité lorsqu’une vieille dame est retrouvée sauvagement assassinée.
Les deux affaires sont-elles liées ?
Et que penser de ces deux adolescents, petits délinquants passés du vol aux agressions ?
Banks va devoir faire preuve de perspicacité pour débusquer la vérité, au-delà des apparences.

Auteur : Auteur canadien d’origine anglaise, Peter Robinson est né en 1950 dans le Yorkshire. Il commence une carrière d’enseignant puis écrit, à partir de 1987, les premières enquêtes de l’inspecteur Alan Banks. En 2000, Saison sèche obtient le prestigieux Anthony Award et, en France, le Grand Prix de littérature policière. Peter Robinson a également reçu à six reprises le Arthur Ellis Award, prix du meilleur roman policier canadien. 

Mon avis : (lu en juin 2020)
Après avoir découvert la série DCI Banks à la télévision, j’ai voulu retrouver l’inspecteur Alan Banks dans les romans policiers de Peter Robinson (il y en a environ 20 traduits en français). C’est donc premier tome d’une longue série sur l’inspecteur Banks, et le premier que je lis. L’intrigue se situe bien avant le début de la série télévisée qui commence avec le douzième roman, les intrigues 6, 7, 8 et 11 ayant été adaptées ultérieurement.
Policier londonien, l’inspecteur Alan Banks est arrivé depuis six mois dans la petite ville d’Eastvale dans le Nord du Yorkshire. Un voyeur sévit dans la ville, il épie les femmes le soir dans leur chambre, de nombreux cambriolages ont également lieu et plus grave, une vieille dame est assassinée… L’inspecteur Banks et son équipe ont de quoi faire, et ils ont également l’aide du Pr Jenny Fuller, de l’université de York, une psychologue engagée par la police pour construire l’ébauche d’un portrait du voyeur…
J’ai bien aimé l’atmosphère de ce roman anglais et le personnage de Banks, policier attachant. Je poursuivrais ma lecture de cette série avec plaisir.

Extrait : (début du livre)
La femme pénétra dans le cercle de lumière et commença à se déshabiller. Elle portait un chemisier argenté fermé par des dizaines de minuscules boutons nacrés. Elle le sortit de sa jupe noire mi-longue et commença à le déboutonner, par le bas, très lentement, en regardant dans le vide comme si elle se remémorait un souvenir lointain. D’un haussement d’épaules, elle se débarrassa du chemisier, en tirant sur la manche gauche restée collée à son poignet sous l’effet de l’électricité statique. Elle baissa ensuite la tête et tendit les bras dans le dos, comme deux ailes, pour détacher son soutien-gorge, en levant une épaule puis l’autre pour faire glisser les fines bretelles. Elle avait des seins épais et lourds aux pointes brunes dressées.
Elle abaissa la fermeture Éclair de sa jupe sur le côté gauche et la laissa glisser jusqu’au sol. Elle l’enjamba et, pliée en deux, elle la ramassa pour la déposer soigneusement sur le dossier d’une chaise. Elle fit rouler son collant sur ses hanches, ses fesses et ses cuisses, puis s’assit au bord du lit pour l’ôter, en prenant soin de ne pas filer la maille. Quand elle se pencha en avant, la peau ferme de son ventre forma un pli sombre, ses seins pendirent et les deux mamelons vinrent frôler ses genoux, tour à tour.
Se relevant, elle glissa les pouces sous l’élastique de sa culotte noire et se pencha de nouveau pour l’ôter, en douceur. Elle enjamba le petit bout de tissu et, avec la pointe de son pied gauche, elle attrapa l’élastique de la culotte et la lança dans le coin de la chambre, près de la penderie.
Totalement nue, elle rejeta eh arrière ses cheveux blonds ondulés et se dirigea vers la commode.
C’est à cet instant qu’elle jeta un regard en direction des rideaux entrebâillés. Tout le corps de l’homme fut parcouru de frissons lorsqu’il vit la stupeur s’imprimer dans le regard de la femme.

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Angleterre

Petit bac 2020a(7) Lieu

 

 

Paul à la maison – Michel Rabagliati

2363cd_408e53f0a7654f8e9bc3d1c31adb5d4d~mv2 La Pastèque – janvier 2020 – pages

Quatrième de couverture :
Paul à la maison est le 9e tome de la série. Cette fois-ci, l’action de déroule en 2012, Paul est auteur de bande dessinée à temps plein et lance un nouvel ouvrage au Salon du livre de Montréal. Entretemps, sa fille part travailler en Angleterre, Lucie n’habite plus avec lui et sa mère ne va pas bien… Paul à la maison traite du deuil, sous de multiples formes. Un album émouvant.

Auteur : Michel Rabagliati est né en 1961 à Montréal où il a grandi dans le quartier Rosemont. Après s’être intéressé un moment à la typographie, il étudie en graphisme et il travaille à son compte dans ce domaine à partir de 1981. Puis, il se lance sérieusement dans l’illustration publicitaire à partir de 1988.
Depuis 1998, ses bandes dessinées révolutionnent le 9e art québécois. En 2007, l’auteur s’est vu décerner une Mention spéciale pour l’ensemble de son oeuvre par le Prix des libraires du Québec, et Paul à Québec a remporté plus de 7 prix, dont le Prix du public au Festival international de Bande dessinée d’Angoulême en 2010.

Mon avis : (lu en février 2020)
Paul à la maison est le tome 9 de la série.
Paul vit avec son petit chien dans un petit pavillon de banlieue, avec un jardin.
Lucie est partie, Rose vit chez sa mère et ne vient pas voir souvent son père. Et elle veut partir vivre en Angleterre.

Régulièrement Paul rend visite à sa mère qui vit dans une résidence pour personnes âgés, vieillissante elle n’est pas au mieux de sa forme.
A l’image de la couverture grise de cet album, tout cela n’est pas très gai… Solitude, dépression, le lecteur se trouve plongé au cœur de la détresse urbaine…
Malgré ce quotidien peu engageant, l’humour est toujours présent dans cet album !
Il y a Tonio l’agricoltore, le voisin italien de Paul, qui ne parle qu’anglais et dont le jardin, dont il s’occupe à longueur d’année, est sa raison de vivre. Depuis 50 ans, sa vie est immuablement synchronisée sur le calendrier agricole. En comparaison le jardin de Paul est une forêt vierge, son pommier est à moitié mort et l’eau de la piscine n’arrive pas à rester claire…
Paul ne supporte plus les gens hypnotisés par les téléphones portables et s’imagine les leur confisquer…
Il y a quelques pages sur Paul au Salon du Livre de Montréal ou sur Paul, ancien typographe, qui s’agace sur le changement de la police de caractère (Highway en Clearview) sur les panneaux de signalisation de l’autoroute…
Je suis une inconditionnelle des aventures de Paul, cet album émouvant est celui du temps qui passe et cela parle à tous !

Extrait :

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Petit bac 2020a(3) Son

Déjà lu du même auteur :

107640216 Paul en appartement paul au parc Paul au parc

109131365 Paul dans le Nord 110034991 Paul à Québec

paul à la campagne Paul à la campagne 110765699 Paul dans le métro

paul02 Paul a un travail d’été 116590218 Paul à la pêche

Sauvages – Nathalie Bernard

41q-8FaKseL Thierry Magnier – août 2018 – 282 pages

Quatrième de couverture :
Jonas vient d’avoir 16 ans, ce qui signifie qu’il n’a plus que deux mois à tenir avant de retrouver sa liberté. Deux mois, soixante jours, mille quatre cent quarante heures. D’ici là, surtout, ne pas craquer. Continuer à être exactement ce qu’ils lui demandent d’être. Un simple numéro, obéissant, productif et discipliné. En un mot, leur faire croire qu’ils sont parvenus à accomplir leur mission : tuer l’Indien dans l’enfant qu’il était en arrivant dans ce lieu de malheur, six années plus tôt. A travers ce destin, Nathalie Bernard nous parle de ces pensionnats autochtones qui ont existé au Québec jusque dans les années 1990 et qui ont « accueilli » des milliers d’enfants brutalement arrachés à leur culture indienne. Entre roman historique et thriller, l’auteur nous entraîne dans une course effrénée au cœur des immenses forêts québécoises. Une chasse à l’homme qui ne possède que deux issues : la liberté ou la mort.

Auteur : Nathalie Bernard est romancière, auteur d’une vingtaine de romans publiés depuis plus de quinze ans. Éclectique, elle s’est aventurée dans les genres fantastique, thriller historique, polar, nouvelles. Elle écrit pour la jeunesse depuis plusieurs années.
Par ailleurs chanteuse et parolière, elle construit à partir de ses livres des spectacles et des mises en voix. Elle anime également des rencontres et des ateliers d’écriture pour les 7-18 ans.

Mon avis : (lu en août 2019)
Même si l’auteur est française, je trouve que ce roman a sa place dans le « Challenge Québec en Novembre ».  Nathalie Bernard a été inspirée par les terribles témoignages sur les pensionnats autochtones qui ont existé dans tout le Canada, entre 1827 et 1996. Leur but étant d’assimiler des milliers d’enfants pour qu’ils oublient leur culture amérindienne.
En décembre 2015, au nom de l’État fédéral du Canada, le Premier ministre Justin Trudeau a demandé solennellement pardon aux Autochtones du pays .
L’auteur précise bien que son roman met en scène des personnages et des lieux fictifs.
Jonas a été enlevé à sa mère alors qu’il avait 10 ans, maintenant âgé de 16 ans, il attend avec impatience le jour où sera enfin libre. Encore deux mois à supporter ce que l’on exige de lui et les mauvais traitements, ensuite, il pourra retrouver celui qu’il est vraiment et qu’il n’a jamais cessé d’être malgré les apparences. En effet, pour supporter les brimades et les humiliations de la part des prêtres et des bonnes sœurs qui les éduquent, il fait profil bas, se soumet mais mentalement il s’évade dans ses souvenirs les plus heureux, il n’oublie rien de sa fierté et de sa vie d’Indien.
Le sujet est aussi intéressant que révoltant, et le récit est poignant et émouvant, Jonas l’Indien et Gabriel l’Inuit sont terriblement attachants et le lecteur souffre avec eux.

Extrait : (début du livre)
Au pensionnat du Bois Vert, l’hiver s’étalait du mois d’octobre au mois de mai avec une température moyenne de moins vingt degrés, autant dire qu’un mur de glace s’élevait entre nous et le reste du monde. Nous étions fin mars. Il faisait toujours froid, mais l’hiver tirait à sa fin et mon temps obligatoire aussi. Je venais d’avoir seize ans, ce qui voulait dire qu’il ne me restait plus que deux mois à tenir avant de retrouver ma liberté.

Deux mois.
Soixante jours.
Mille quatre cent quarante heures.

Oui, ils m’avaient parfaitement bien appris à compter ici… Mais en attendant que ces jours se soient écoulés, je ne devais pas me relâcher. Il fallait que je continue à être
exactement ce qu’ils me demandaient d’être. Je ne parlais pas algonquin, mais français. Je n’étais plus un Indien, mais je n’étais pas encore un Blanc. Je n’étais plus Jonas, mais un numéro.

Un simple numéro.
Obéissant, productif et discipliné.

Il faisait encore nuit, mais mon horloge interne me réveillait toujours un peu avant que sœur Clotilde n’allume le plafonnier de notre chambre en hurlant : « Debout ! »
J’aimais bien ce temps paisible avant le lever. J’avais l’illusion d’une petite parenthèse qui m’appartenait.
– Qui c’est qui mâche ? demanda une voix dans le noir.
– Je parie que c’est encore le numéro quarante-deux qu’a piqué des biscuits aux sœurs ! fit une autre voix plus enfantine.
– Alors ? Qui c’est, merde ? insista la première voix.
– Il va pas te répondre… et il t’en donnera pas non plus…
Le débat fut clos par l’apparition éclair de la sœur.
– Debout ! hurla-t-elle en déversant un flot de lumière sur nous.
Papillonnant des yeux, nos regards se tournèrent en direction du lit du numéro quarante-deux. Ce dernier s’essuyait la bouche avec un air satisfait.
– Quoi ? Vous voulez ma photo ? demanda-t-il à la ronde.
Personne ne lui répondit. Mais les messes basses continuèrent.

Je jetai un coup d’œil à ma montre. Six heures huit. Je m’accordai une minute pour observer ma chambrée. Le mur, d’un blanc sale, percé de deux fenêtres striées de barreaux de métal. Le plancher grossier qui accueillait une vingtaine de lits identiques et recouverts de vilaines couvertures marron foncé. Le plafond, de plus en plus lézardé,
comme si nos rêves de fuite finissaient par le ronger. Après six années passées au pensionnat, j’étais obligé de constater que ce décor me glaçait toujours autant. Pour la centième fois au moins, je me promis que je vivrais tout l’été à la belle étoile…

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Comment je ne suis pas devenu moine – Jean-Sébastien Bérubé

790554_01 Futuropolis – février 2017 – 226 pages

Quatrième de couverture :
Passé 25 ans, Jean-Sébastien Bérubé débarque à Katmandou au Népal pour devenir moine bouddhiste. Pour lui, le Bouddhisme est la religion la plus paisible du monde, et il espère qu’il pourra grâce à ce voyage enfin régler ses problèmes, échapper à la société occidentale de surconsommation aux valeurs superficielles et accéder au bonheur en suivant sa quête spirituelle. Il va découvrir que la réalité est assez éloignée de ses attentes. Un récit à rebours de l’image d’Épinal communément émise. En racontant sa propre histoire, Jean-Sébastien Bérubé nous fait découvrir une autre facette du Népal et du Tibet !

Auteur : Jean-Sébastien Bérubé est originaire de Rimouski au Québec. Son talent est découvert et récompensé au concours BD Hachette 2008 et c’est Glénat Québec qui publie sa première nouvelle dans Contes et Légendes du Québec en janvier 2009. S’ensuit son premier album au scénario et au dessin, sur le personnage historique Radisson, publié chez Glénat Québec. Le tome 1 a eu un très bon accueil public, d’excellentes critiques, et Bérubé a reçu le prix Bédéis Causa 2010 de l’auteur s’étant le plus illustré avec son premier album professionnel.

Mon avis : (lu en juillet 2019)
Cette histoire débute à Montréal dans un centre bouddhiste tibétain, car Jean-Sébastien Bérubé a décidé de devenir moine bouddhiste. Pour éprouver sa vocation et poursuivre sa quête spirituelle, rien de mieux que partir sac au dos sur les routes du Népal et du Tibet à la rencontre des sages et des sagesses. Il va vite découvrir que la réalité est différente de ses attentes. 
A son arrivée, il est hébergé par une famille de réfugiés politiques tibétains, avec des problèmes d’alcool, de corruptions, de vol…
Pour Jean-Sébastien Bérubé, les enseignements de Bouddha sont une philosophie profonde, il rencontre des pratiquants qui vénèrent Bouddha comme s’il était un dieu avec des pouvoirs surnaturels et qui croient en la magie et aux superstitions… 
Son voyage au Tibet, lui permet de découvrir les lieux sacrés et de témoigner sur les conséquences de l’occupation chinoise. La réalité de cette situation géopolitique n’est également pas celle qu’il pensait…
« Je croyais trouver la plénitude dans ce pays, dit l’auteur. J’y ai trouvé la pauvreté qui n’est pas que matérielle. Elle est aussi intellectuelle » 
Pour Jean-Sébastien Bérubé, c’est un choc de découvrir l’opportunisme des institutions religieuses, l’exploitation des touristes et surtout des personnes qui viennent chercher la paix et à qui l’on vend l’illumination spirituelle, en trahissant sans aucune vergogne les enseignements de Bouddha.
Le dessin sait mettre en valeur la toute beauté des paysages et des temples ouvragés.
Voilà une BD documentaire, très intéressante et instructive sur l’expérience d’un voyage spirituel.

 

Extrait : (début de la BD)

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Violence à l’origine – Martin Michaud

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Kennes Éditions – – 456 pages

Coup d’œil Édition – juin 2016 –

Goélette Édition – août 2019 – 400 pages

Quatrième de couverture :
Responsable de la section des crimes majeurs en l’absence de son supérieur, le sergent-détective Victor Lessard se voit confier la mission d’enquêter sur la mort d’un haut gradé du SPVM dont on a retrouvé la tête dans un conteneur à déchets. Formé du jeune Loïc Blouin-Dubois, de l’inimitable Jacinthe Taillon et de Nadja Fernandez, avec qui Victor partage sa vie, le groupe d’enquête qu’il dirige doit faire vite, car l’assassin a laissé un message qui annonce de nouvelles victimes. Confronté à un tueur particulièrement retors, qui peint de lugubres graffitis sur le lieu de ses meurtres et évoque un curieux personnage surnommé le « père Noël », pressé d’obtenir des résultats rapides par sa hiérarchie sans pour autant recevoir l’appui nécessaire, Victor Lessard s’entête envers et contre tout à ­résoudre « l’affaire du Graffiteur », dédale inextricable d’une noirceur absolue qui ravivera les meurtrissures de son âme, ébranlera ses convictions les plus profondes et le mènera au bord du gouffre.

Auteur : « Le maitre du polar québecois ». Né en 1970, établi à Montréal depuis plus de vingt ans, Martin Michaud a longuement pratiqué le métier d’avocat d’affaires avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Reconnu par la critique comme le chef de file des écrivains de romans policiers québécois, il a obtenu un succès sans cesse grandissant avec ses sept thrillers, qui lui ont valu la reconnaissance du public et de nombreux prix littéraires. Il scénarise en outre d’après son oeuvre une série télé intitulée Victor Lessard qui connaît un succès retentissant au Québec.

Mon avis : (lu en novembre 2019)
« Violence à ‘origine » est le quatrième volet des enquêtes de Victor Lessard,
J’ai retrouvé avec plaisir le sergent détective Victor Lessard, un policier au profil atypique ainsi que son équipe avec Jacinthe Taillon, sa fidèle coéquipière haute en couleur et au langage fleuri (en québécois), Loïc et Nadja.
Le livre s’ouvre avec les chapitres 48 et 49, au début, j’ai cru qu’il y avait une erreur dans mon livre numérique mais après vérification sur une version papier de la bibliothèque, j’ai compris que c’était normal et que l’auteur nous plongeait au cœur de l’enquête avant des flashbacks et différents points de vue…
La tête d’un commandant de police est découvert dans un conteneur à ordures, un vieil homme recherche désespérément sa fille Myriam, âgée de 20 ans, disparue depuis plusieurs mois, un petit garçon est enlevé puis séquestré par un homme qui se fait passer pour le Père Noël…
En l’absence de son supérieur, Victor Lessart est responsable de la section des crimes majeurs par intérim. Il enquête sur la mort violente du policier haut gradé du SPVM, puis sur une succession de meurtres tous plus horribles les uns que les autres, et sur chaque scène de crimes, un graffiti du meurtrier annonce son prochain crime.
Une construction originale d’une intrigue complexe et truffée de fausses pistes.
Je ne suis pas fan des thrillers sanglants, mais cette série québécoise fait partie des exceptions, les expressions québécoises et les traits d’humour des personnages atténuent efficacement le côté sombre de cette histoire.

Extrait : (début du livre)
La neige tombait dru depuis le milieu de l’après-midi. Marchant sur le trottoir enneigé de la rue Rachel, Maxime Rousseau rentrait chez lui. Il n’avait que deux cents mètres à franchir entre la porte de l’école et celle de la maison. Pour lui faire comprendre qu’il ne fallait jamais parler aux étrangers, sa maman lui avait raconté plusieurs fois une histoire effrayante : celle d’un petit garçon qui avait aperçu le visage du diable en montant dans la voiture d’un inconnu. Pourtant, lorsque l’homme en costume rouge et à la longue barbe blanche l’interpella, l’expression du garçon s’illumina. Le père Noël ! Il saisit la main qui lui était tendue sans se douter un seul instant qu’il venait d’apercevoir le visage du diable. Happées par la bourrasque, les deux silhouettes disparurent au bout du trottoir. On était le 18 décembre 1981. Maxime avait six ans. Sa maman ne le revit jamais.

CHAPITRE 48
Sous terre

Pistolet au poing, Victor Lessard braqua sa lampe de poche dans l’obscurité et se mit à avancer avec prudence dans la canalisation. Devant lui, le faisceau lumineux lécha la paroi de béton couverte de sédiments, puis éclaira l’eau boueuse qui coulait dans le conduit. Une odeur nauséabonde le prit aux narines ; il mordit en grimaçant dans le quartier de citron qu’il tenait coincé entre ses dents. C’était la première fois qu’il descendait dans les égouts et il redoutait d’y croiser des rats.
La voix bourrue de Jacinthe Taillon crépita dans son oreillette.
– Pis ? Vois-tu quelque chose ?
Il entendit le tonnerre gronder en arrière-fond et ne put s’empêcher d’y voir un mauvais présage. Le ciel s’était couvert et un orage se préparait.
Victor recracha le morceau de citron avant de répondre :
– Pas pour l’instant.
Là-haut, Jacinthe supervisait l’opération en attendant l’arrivée des renforts ainsi que des cols bleus chargés de l’entretien des égouts.
– Eille, Lessard… fais attention de pas salir tes runnings neufs. Si y avait juste une crotte dans le désert, tu trouverais le moyen de piler dedans.
Le rire crispé de sa coéquipière vrilla dans son oreillette. Pour détendre l’atmosphère, elle faisait allusion à la paire de Converse de cuir rouge qu’il avait reçue en cadeau pour son anniversaire, dix jours plus tôt. Victor n’eut pas besoin de regarder ses chaussures : l’eau souillée lui montait aux chevilles.
Dès le moment où il avait armé son pistolet, son pouls s’était accéléré, une boule avait grossi dans le creux de son estomac. Il éprouvait le même sentiment chaque fois qu’il dégainait son arme. Et il en connaissait la raison. La peur. Une peur qui, combinée à l’adrénaline giclant dans ses veines, risquait de devenir un cocktail explosif. Il éclaira le haut de la paroi : des concrétions calcaires avaient formé des stalactites. Au fur et à mesure qu’il avançait, la même vision défilait dans le halo de lumière : outre le liquide brunâtre qui s’écoulait dans le cylindre de béton, Victor ne voyait que du vide. Il s’arrêta, prit une grande goulée d’air et bloqua sa respiration. Il savait que l’on finit toujours par extraire quelque chose du vide. Et que lorsqu’on ferme les paupières et que les images se mettent à défiler, des ombres peuvent surgir des ténèbres, se matérialiser. Il réalisait surtout que si on leur ouvrait la porte, ces illusions devenaient des gouffres capables de nous avaler.

Déjà lu du même auteur :

Il ne faut pas parler dans l'ascenseur Il ne faut pas parler dans l’ascenseur

La-chorale-du-diable La chorale du diable 41XmwAq16zL Je me souviens

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Anne… La Maison aux pignons verts – Lucy Maud Montgomery

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Ici Radio Canada – 10h45 – Lu par Catherine Proulx Lemay

Livre audio créé à partir de l’édition de 2001 | Éditions Québec Amérique | 374 pages
Publication originale : 1964, Hachette, sous le titre Anne et le bonheur

Présentation :
Parue en anglais en 1908, l’histoire de cette orpheline de l’Île-du-Prince-Édouard est connue dans le monde entier et a été traduite en 40 langues. Anne, une jeune rouquine, se présente chez Marilla et Matthew, qui attendaient un orphelin pour les aider dans les travaux de la ferme. Avec son imagination débordante, son optimisme contagieux et son amour de la magie des mots, Anne bouleversera la vie de ce couple, qui choisit de la garder malgré ses maladresses et ses débordements. Vendu à plus de 60 millions d’exemplaires et adapté plusieurs fois au cinéma et à la télévision, ce roman jeunesse qui charme aussi les adultes est considéré comme le plus grand classique canadien-anglais de tous les temps. Anne… La maison aux pignons verts constitue le premier livre d’une série qui en compte huit.

Auteur : Lucy Maud Montgomery est une romancière canadienne de nouvelles et romans pour la jeunesse se déroulant généralement sur l’Île-du-Prince-Édouard, au Canada, dont le plus célèbre est Anne… la maison aux pignons verts.
Elle suit une formation à Charlottetown pour devenir enseignante et, de 1895 à 1896, elle étudie la littérature à l’Université Dalhousie à Halifax, Nouvelle-Écosse. À dix-sept ans, elle rédige pour les journaux locaux d’Halifax, Chronicle et Echo. Peu après, elle rejoint son père en Saskatchewan pendant un moment et retourne finalement sur l’île-du-Prince-Édouard. Elle connaît un succès international avec Anne… la maison aux pignons verts, paru en 1908, et qui a été traduit en seize langues. De ce roman qui s’adresse à toute la famille, ont été tirées plusieurs adaptations audiovisuelles. Celles-ci, très populaires dans le monde anglo-saxon, ont permis à Montgomery d’écrire d’autres livres sans soucis financiers.

Mon avis : (écouté en juillet 2019)
Ce livre est un classique jeunesse anglo-saxon. J’ai découvert Anne Shirley, grâce à un téléfilm, « Anne, la maison aux pignons verts » de John Kent Harrison datant de 2016 et que j’ai vu l’hiver dernier à la télévision.
Matthew et Marilla Cuthbert sont frère et sœur, ils exploitent ensemble une ferme sur l’Île-du-Prince-Edouard en Nouvelle-Ecosse. N’étant plus très jeunes, ils ont décidé d’accueillir chez eux un orphelin pour aider aux travaux à la ferme. Mais lorsque Matthew se rend a la gare de Bright River chercher le petit orphelin… il trouve une fillette aux cheveux roux, pétillante et très bavarde ! Ne pouvant la renvoyer, Matthew décide de rentrer aux Pignons Verts avec Anne et, pendant le trajet, tombe peu à peu sous le charme de la petite fille. Anne Shirley a une énergie et une imagination débordante, elle aime lire des romans et de la poésie, elle croque la vie avec optimisme, elle est curieuse de tout et pleine de générosité mais elle est également têtue et susceptible… Avec toute sa fantaisie et sa jeunesse, elle va bousculer la vie rangée des Cuthbert. Anne, de même que la communauté d’Avonlea sont attachantes, les descriptions de l’Île-du-Prince-Edouard sont dépaysantes et pleines de couleurs.
Anne m’a fait penser à la fois à Fifi Brindacier, Sophie (des
Malheurs de Sophie), Rémi (de Sans famille), Tom Sawyer… les héros de mon enfance et j’aurais adoré connaître bien plus tôt Anne et ses proches mais je suis ravie de savoir qu’il y a une suite avec une dizaine de livres à découvrir…
L
a série télévisée canadienne « Anne with an E » est également une libre adaptation de ce livre.

Extrait : (début du livre)
Madame Rachel Lynde habitait à l’endroit précis où la grand-route d’Avonlea plongeait brusquement dans le creux d’un vallon bordé d’aunes et de fuchsias et traversé d’un ruisseau qui prenait sa source dans le bois, en arrière de la vieille maison Cuthbert. On disait que ce ruisseau impétueux serpentait à travers le bois par un mystérieux dédale de méandres, de cuvettes et de cascades, mais, une fois arrivé à Lynde’s Hollow, il se transformait en un ruisselet paisible parfaitement discipliné, car même un ruisseau n’aurait pu passer devant la porte de Mme Rachel Lynde sans soigner son apparence et ses bonnes manières. Il était sans doute fort conscient, ce ruisseau, que Mme Rachel, assise derrière sa fenêtre, prenait bonne note de tout ce qu’elle apercevait, à commencer par les enfants et les cours d’eau. Il savait bien que, pour peu qu’elle remarquât quelque chose d’étrange ou de déplacé, elle ne serait en paix qu’après en avoir compris le pourquoi et le comment.

Bien des gens, à Avonlea comme ailleurs, s’occupent des affaires de leurs voisins et négligent les leurs. Pour sa part, Mme Rachel Lynde était de ces créatures particulièrement douées qui peuvent à la fois s’occuper de leurs affaires personnelles et mettre le nez dans celles des autres. C’était une maîtresse de maison hors pair ; elle s’acquittait toujours à la perfection de ses tâches domestiques ; elle dirigeait le cercle de couture, aidait à organiser les cours de catéchisme pour l’école du dimanche, et s’était instituée pilier de la société de bienfaisance de son église et auxiliaire des missions pour l’étranger.

Pourtant, en dépit de toute cette activité, Mme Rachel trouvait le temps de rester assise des heures durant à la fenêtre de sa cuisine pour tricoter des courtepointes à chaîne de coton – elle en avait tricoté seize, c’est ce que racontaient avec admiration les femmes d’Avonlea – tout en parcourant de son regard perçant la route principale qui, ayant traversé le vallon, montait, en s’essoufflant, la butte rouge que l’on voyait au loin. Comme Avonlea occupait une petite presqu’île triangulaire qui faisait saillie dans le golfe du Saint-Laurent, on n’avait pas d’autre choix, pour en sortir ou y rentrer, que de passer par la route de la colline ; on n’échappait donc jamais à l’œil inquisiteur de Mme Rachel.

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Miguetsh ! – Michel Noël

51Rzf6IjMiL Dominique et compagnie – janvier 2017 – 176 pages

Quatrième de couverture :
« Moi, Pien, je suis un Métis dont l’histoire est vieille comme ce continent. J’ai trouvé, grâce à Wawaté, à Kokum, aux Arbres, et à bien d’autres à qui je suis redevable, ma place dans l’univers, dans le monde contemporain. Je porte en moi la mémoire de mes ancêtres, comme s’ils m’avaient choisi pour les prolonger dans le monde d’aujourd’hui et de demain. »

Auteur : Métis d’origine algonquine, Michel Noël a vécu jusqu’à l’âge de 14 ans dans la forêt canadienne, en milieu amérindien. Il a connu la vie sous la tente, les lignes de trappe, les soirées au tambour, les danses et les chants traditionnels. Sa création littéraire est riche de plus de 90 œuvres, toutes tournées vers le partage de l’héritage culturel qui l’habite. Dans ce roman qui a reçu le prix White Ravens 2015, Michel Noël invite le lecteur à plonger dans une aventure envoûtante, au cœur de sa jeunesse.

Mon avis : (lu en juillet 2019)
Dans ce livre destiné aux adolescents, l’auteur s’inspire de sa propre jeunesse de métis d’origine algonquine pour nous livrer un très beau roman d’apprentissage.
Pien (Pierre) est élevé à l’amérindienne par son père et ses grands-parents paternels.

Son père est le gérant du poste de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson, il fait le lien entre leur communauté autochtone et les hommes blancs qui font du commerce avec eux.
Son grand-père, Wawaté, lui apprend tout, les légendes, les chansons, les prières, l’art de la chasse et sa vision du monde dans le respect de la nature.
Un jour, le territoire de chasse est envahi par des compagnies forestières, Pien prend alors la décision d’aller à l’école, loin de chez lui, dans le Sud, pour ne pas rester dans l’ignorance et se donner les moyens de mieux défendre son peuple.
Le texte est plein de poésie, c’est une ode à la nature, à la faune sauvage, à la beauté de la forêt, des saisons, du ciel…
Miguetsh ! signifie « Merci ! », un merci destiné à son grand-père, à ses ancêtres, à son peuple, à ta terre. Un témoignage fort et instructif.

Extrait : (début du livre)
Mon grand-père s’appelait Wawaté, un nom algonquin qui signifie «Aurores Boréales ». Il s’appelait ainsi car c’était un homme d’intelligence et de lumière. Cela éclatait dans ses petits yeux d’ours, ronds et foncés comme des bleuets dans la rosée du matin. Cela chantait dans sa voix grave comme le mugissement du vent dans la cime des grands arbres. Cela se voyait dans ses gestes qui, lorsqu’il nous parlait le soir autour du feu, montaient vers le ciel comme autant d’ombres mystérieuses parmi les étincelles étoilées.
Ma grand-mère s’appelait Kokum, ce qui se traduit par «Lune ». Elle s’appelait Lune car elle était généreuse et féconde.
Et moi, qui vous parle aujourd’hui, je suis Pien, ou Pierre. Je suis le petit-fils et l’héritier de la Lune et des Aurores Boréales.
Si vous regardez le ciel, l’hiver, un soir de lune, vous entendrez les aurores boréales vous chanter à l’oreille en harmonie avec les battements de votre cœur: «Wawaté, Wawaté, Wawaté. » Les aurores boréales danseront pour vous, dans le firmament embrasé, la folle farandole du Nord.
Wawaté connaissait comme le fond de son sac non seulement l’immense forêt boréale, mais aussi les surprenantes toundra et taïga, de même que leurs valeureux habitants
nomades, comme lui, jusque dans l’âme.
Ce vieil homme, qui avait toujours bon pied, bon œil, avait foulé de ses mocassins en peau d’orignal tous les sentiers et tous les portages. De son canot d’écorce, il avait
manœuvré l’aviron sur tous les lacs et toutes les rivières, battu les neiges les plus épaisses, chaussé de ses larges raquettes en babiche d’orignal.
Wawaté, en grand Anishnabé (1) qu’il était, marchait sa vie en toute liberté. Non seulement la marchait-il, mais il la chantait, la dansait, la priait et la contait au rythme de son tambour qu’il accordait aux battements de son cœur et de l’univers. Il était entier. Un tout. Un tout-puissant.
C’était un guérisseur car il avait appris dans la forêt, son immense territoire intérieur, à regarder comme pas un avec ses yeux, à sentir avec ses narines, à toucher avec ses mains, à écouter avec ses oreilles, et à aimer avec tout son être.

(1) Anishnabé : premier homme, humain originel

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Déjà lu du même auteur :

51GnIhY74vL Le pensionnat

 

Bondrée – Andrée-A. Michaud

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Éditions Rivages – septembre 2016 – 362 pages

Éditions Rivages – octobre 2017 – 379 pages

Quatrième de couverture :
A l’été 1967, une jeune fille nommée Zaza Mulligan disparaît dans les bois entourant Boundary Pond, un lac situé à la frontière entre le Québec et le Maine, rebaptisé « Bondrée » par un trappeur qui y avait vécu une tragique histoire d’amour. Les recherches s’organisent et Zaza est bientôt retrouvée morte, la jambe prise dans un piège à ours rouillé. L’enquête conclut à un accident. Mais lorsqu’une deuxième jeune fille disparaît à son tour, l’inspecteur Michaud se dit que les profondeurs silencieuses de la forêt recèlent d’autres pièges…

Auteur : Andrée A. Michaud, romancière québécoise de premier plan, est l’auteure de dix ouvrages, dont Le Ravissement (2001, Prix du Gouverneur général du Canada) et Mirror Lake (2007, Prix Ringuet).

Mon avis : (lu en août 2019)
Été 1967, à la frontière entre les États-Unis et le Canada, le lac Boundary, ou Bondrée, fait le bonheur des vacanciers. Un lac entouré d’une forêt profonde où les familles profitent du soleil, de la nature, de la chasse, de la pêche, des apéros et des barbecues…
Parmi eux, il y a Zaza et Sissy, deux jeunes filles insouciantes et libres qui fascinent les plus jeunes comme Andrée et ne laissent pas indifférents les garçons…
Un soir, Zaza disparaît avant d’être retrouvée morte. La victime est américaine et l’enquête est confiée à la police du Maine, en la personne de Stanley Michaud et de Jim Cusack son adjoint. Ils vont vite conclure à une mort accidentelle. Mais l’ambiance a changée autour du lac, angoisse, soupçons, rumeurs, de vieilles histoires ressortent… Et voilà que trois semaines plus tard, une deuxième jeune fille disparaît, le doute n’est plus permis, il s’agit de meurtres…
C’est un roman à plusieurs voix, celle de la petite Andrée, jeune fille de 12 ans qui laisse traîner partout ses yeux et ses oreilles et qui pose des questions naïves qui dérangent, mais aussi celle de l’enquêteur bien décidé à percer le mystère et même celles des victimes et du meurtrier…
Au fil des pages, l’ambiance devient de plus en plus lourde, l’air devient irrespirable dans cet été caniculaire, une sourde anxiété fait place à l’angoisse, l’atmosphère est envoûtante, hypnotique autour du lac, tout est hostile et oppressant.
Le style d’Andrée A. Michaud est particulier, il mêle le français, l’anglais et le québécois, au début, c’est déstabilisant puis je me suis habituée et j’ai beaucoup apprécié.
Les descriptions sont très évocatrices et le personnage d’Andrée tellement attachante !
Une très belle découverte !

Extrait : (début du livre)
Bondrée est un territoire où les ombres résistent aux lumières les plus crues, une enclave dont l’abondante végétation conserve le souvenir des forêts intouchées qui couvraient le continent nord-américain il y a de cela trois ou quatre siècles. Son nom provient d’une déformation de « boundary », frontière. Aucune ligne de démarcation, pourtant, ne signale l’appartenance de ce lieu à un pays autre que celui des forêts tempérées s’étalant du Maine, aux États-Unis, jusqu’au sud-est de la Beauce, au Québec. Boundary est une terre apatride, un no man’s land englobant un lac, Boundary Pond, et une montagne que les chasseurs ont rebaptisée Moose Trap, le Piège de l’orignal, après avoir constaté que les orignaux s’aventurant sur la rive ouest du lac étaient vite piégés au flanc de cette masse de roc escarpée avalant avec la même indifférence les soleils couchants. Bondrée comprend aussi plusieurs hectares de forêt appelés Peter’s Woods, du nom de Pierre Landry, un trappeur canuck installé dans la région au début des années 40 pour fuir la guerre, pour fuir la mort en la donnant. C’est dans cet éden qu’une dizaine d’années plus tard, quelques citadins en mal de silence ont choisi d’ériger des chalets, forçant Landry à se réfugier au fond des bois, jusqu’à ce que la beauté d’une femme nommée Maggie Harrison l’incite à revenir rôder près du lac et que l’engrenage qui allait transformer son paradis en enfer se mette en branle.

Les enfants étaient depuis longtemps couchés quand Zaza Mulligan, le vendredi 21 juillet, s’était engagée dans l’allée menant au chalet de ses parents en fredonnant A Whiter Shade of Pale, propulsé par Procol Harum aux côtés de Lucy in the Sky with Diamonds dans les feux étincelants de l’été 67. Elle avait trop bu, mais elle s’en fichait. Elle aimait voir les objets danser avec elle et les arbres onduler dans la nuit. Elle aimait la langueur de l’alcool, les étranges inclinaisons du sol instable, qui l’obligeaient à lever les bras comme un oiseau déploie ses ailes pour suivre les vents ascendants. Bird, bird, sweet bird, chantait-elle sur un air qui n’avait aucun sens, un air de jeune fille soûle, ses longs bras mimant l’albatros, les oiseaux d’autres cieux tanguant au-dessus des mers déferlantes. Tout bougeait autour d’elle, tout s’animait d’une vie molle, jusqu’à la serrure de la porte d’entrée, dans laquelle elle ne parvenait pas à introduire sa clé. Never mind, car elle n’avait pas vraiment envie de rentrer. La nuit était trop belle, les étoiles trop lumineuses. Elle avait donc rebroussé chemin, retraversé l’allée bordée de cèdres, puis elle avait marché sans autre but que de s’enivrer de son ivresse.

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