La chorale du diable – Martin Michaud

La-chorale-du-diable 71-rMAHzgPL 81NWSSClyrL

Kennes – mai 2017 – 405 pages

Kennes Editions – mai 2015 – 507 pages

Québec loisirs – 2011 – 512 pages

Quatrième de couverture :
Dans ce qui a tout l’air d’être un drame familial, une femme et ses trois enfants sont sauvagement tués à coups de hache. L’auteur présumé du carnage, le mari, s’est suicidé après s’être tranché la langue. Mais est-ce bien ce qui s’est passé ? Deux jours après, une alerte enlèvement est déclenchée à l échelle de la province de Québec: une jeune fille dévoilant ses charmes sur Internet a été kidnappée. Par qui? Pourquoi? Deux énigmes que vont s’attacher à résoudre en parallèle deux policiers au style rentre-dedans: Victor Lessard qui, sans compter les cadavres laissés derrière lui, en voit d’autres surgir de son passé, enlaidis par le temps; et Jacinthe Taillon, son ancienne coéquipière à la Section des crimes majeurs, qui lui voue une haine infernale. Naviguant à travers le fanatisme religieux et la perversité de démons ordinaires, ils vont s’engager dans une valse à quatre temps diabolique entre Montréal, Sherbrooke, Val-d Or et… le Vatican. Jusqu’à découvrir le secret terrifiant de la chorale du diable.

Auteur : Né en 1970, établi à Montréal depuis plus de vingt ans, Martin Michaud a longuement pratiqué le métier d’avocat d’affaires avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Reconnu par la critique comme le chef de file des écrivains de romans policiers québécois, il a obtenu un succès sans cesse grandissant avec ses sept thrillers, qui lui ont valu la reconnaissance du public et de nombreux prix littéraires. Outre ses activités de romancier, il scénarise d’après son œuvre une série intitulée Victor Lessard diffusée en février 2017.

Mon avis : (lu en mars 2018)
Ce livre est la deuxième enquête du sergent-détective Victor Lessard. Tout commence avec un drame familiale, une femme et ses trois enfants sont sauvagement tués et l’on soupçonne le mari, trouvé également mort, d’être le coupable avant de s’être suicidé.
Cette enquête est douloureuse pour Victor Lessard, elle le renvoie à son passé et à un drame familial qui remonte à son enfance.
En parallèle, il y a le kidnapping d’une jeune femme, des hommes d’Eglise qui ont des comportements surprenants…
Victor Lessard va également se trouver directement impliqué dans un assassinat et poursuivit par des meurtriers. Pour se protéger, il va devoir s’isoler et faire cavalier seul, sans rendre des comptes à sa hiérarchie…
Voilà une intrigue sanglante, très bien construite et bien complexe, un policier attachant qui va se dévoiler un peu plus et bien sûr le charme des expressions québécoises !
Belle découverte québécoise !

Extrait : (début du livre)
1.

Montréal
Une semaine plus tôt, le 5 mai

Simone Fortin pose la tête sur l’épaule de Victor Lessard.
Le policier tient le parapluie en biais, pour essayer de la protéger de la pluie torrentielle. Après un moment, il baisse le parapluie, puis il le laisse carrément tomber sur le sol.
C’est peine perdue, ils sont trempés.
Le sergent-détective resserre l’étreinte du bras qu’il a passé autour des épaules de la jeune femme. Celle-ci le tient par la taille.
Simone pleure, Lessard aussi…
Bien que la pluie lui offre le couvert de son camouflage, il ne cherche aucunement à cacher ses émotions.
A quelques semaines près, ils célèbrent, cette année encore, un triste anniversaire.
Au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, le temps s’est arrêté pour permettre à Simone Fortin de se souvenir d’une presque soeur et rappeler à Victor Lessard les prémices d’une passion naissante.
L’horloge s’est figée à trente tours de cadran pour Ariane Bélanger, fauchée en plein élan par la lame d’un tueur dément.

Du cimetière, ils marchent bras dessus, bras dessous dans Côte-des-Neiges, jusqu’au café où le policier avait rencontré Ariane pour la première fois.
Une seule phrase a été prononcée.
Simone n’a pu s’empêcher de le reluquer des pieds à la tête. Il porte un jean Diesel, un t-shirt noir, un veston bien coupé et une paire d’espadrilles.
– Tu es beau, Victor. Et c’est fou comme tu as maigri ! Pris de court par le compliment, Lessard rougit et grommelle quelque chose d’inintelligible. Cela dit, Simone a raison : c’est près de quarante livres qu’il a gommées depuis leur rencontre précédente. Ils entrent.
Outre quelques travailleurs autonomes qui étirent leur café et profitent de la connexion Wi-Fi pour procrastiner sur Internet, l’endroit est presque vide. La serveuse, une barrique sur deux pattes avec une tête de crevette, vient prendre leur commande.
– Un double allongé déca avec un peu de lait chaud, dit le sergent-détective.
Simone fait une moue admirative.
– Mais comment arrives-tu à te souvenir de tout ça ? Un café régulier pour moi. Noir.
Lessard se tortille sur sa chaise.
Il se demande comment la jeune femme peut paraître si légère alors que lui se sent engourdi par ses sentiments. Chaque fois qu’ils se revoient, le spectre d’Ariane Bélanger plane sur leur rencontre et le plonge dans un cauchemar éveillé où il se remémore les événements qui ont entraîné sa mort tragique et celle de l’agent Nguyen. Ils n’en ont jamais parlé, mais il suppose que Simone est tout simplement plus forte que lui.
– Comment ça va, à l’hôpital ? commence-t-il pour briser la glace. Toujours aux urgences de Trois-Pistoles ?
– Toujours. Mais je suis en train de compléter une spécialité en gastro-entérologie.
– Palpitant ! lance-t-il avec dégoût. Mais comment fais-tu pour aller jouer dans le c… Enfin, je veux dire… Bref, tu comprends ?
Simone saisit très bien et elle ne peut s’empêcher de pouffer de rire.

Déjà lu du même auteur :

Il ne faut pas parler dans l'ascenseur Il ne faut pas parler dans l’ascenseur

Petit bac 2018Art (4)

Publicités

Les petites victoires – Yvon Roy

A1aWhPBuuIL Rue de Sèvres – mai 2017 – 150 pages

Quatrième de couverture :
Comment dire à son fils tant désiré qu’il est le plus formidable des petits garçons malgré le terrible diagnostic qui tombe comme un couperet : autisme, troubles psychomoteurs, inadaptation sociale…
C’est le combat que va mener ce père, resté uni à sa femme malgré leur séparation, pour transformer ensemble une défaite annoncée en formidables petites victoires.

Auteur : Yvon Roy est un auteur et illustrateur canadien. Il a réalisé, en collaboration avec Jean-Blaise Djian, l’adaptation en bande dessinée du roman phare d’Yves Thériault, Agaguk, ainsi que plusieurs contes pour enfants. Il vit au Québec, près de Montréal.

Mon avis : (lu en mars 2018)
Cette BD est un témoignage formidable et touchant d’un père qui refuse de baisser les bras devant l’autisme de son fils Olivier. Lorsque l’annonce du diagnostique de l’handicap d’Olivier est faite ses parents sont sous le choc. Mais Yvon, le père et auteur de cette BD, refuse de se résigner et il se met à observer son fils et avec son cœur, beaucoup de patience et d’inventivité, il ruse pour faire évoluer son fils. Il arrive donc après 3 mois de patience qu’Olivier ne hurle plus lorsqu’il voit des poussières dans son bain.
En jouant avec Olivier, Yvon lui apprend à regarder dans les yeux, puis à faire des câlins…
« Moi, je ne m’intéresse pas à l’autisme en général, je m’intéresse à mon fils. »
Même si le couple n’a pas résisté à l’handicap de leur enfant, la maman est également présente auprès d’Olivier et tout l’amour pour leur fils de ses deux parents va jour après jour permettre d’obtenir de petites victoires.

Ce témoignage touchant est un beau message d’espoir. 

Extrait : (cliquer sur les planches pour les agrandir)

914LT1v2UgL
91WuxzBCh9L 91tg1AJZcRL91weLAMP14L 91fV171dEmL A11Jbqwd9+L91BAtTGjsxL

Petit bac 2018Mot Positif (3)

Le Poids de la neige – Christian Guay-Poliquin

Lu en partenariat avec Babelio et les Éditions de l’Observatoire

lepoidsdelaneige 1481399020

Éditions de l’Observatoire – janvier 2018 – 256 pages

Éditions La Peuplade – septembre 2016 – 312 pages (Québec)

Prix France Québec 2017

Quatrième de couverture :
À la suite d’un accident, un homme se retrouve piégé dans un village enseveli sous la neige et coupé du monde par une panne d’électricité. Il est confié à Matthias, un vieillard qui accepte de le soigner en échange de bois, de vivres et, surtout, d’une place dans le convoi qui partira pour la ville au printemps, seule échappatoire.
Dans la véranda d’une maison où se croisent les courants d’air et de rares visiteurs, les deux hommes se retrouvent prisonniers de l’hiver et de leur rude face-à-face.
Cernés par une nature hostile et sublime, soumis aux rumeurs et aux passions qui secouent le village, ils tissent des liens complexes, oscillant entre méfiance, nécessité et entraide.
Alors que les centimètres de neige s’accumulent, tiendront-ils le coup face aux menaces extérieures et aux écueils intimes ?

Auteur : Né au Québec, en 1982, Christian Guay-Poliquin est doctorant en études littéraires. Le Poids de la neige, grand succès au Québec, a été distingué par plusieurs prix prestigieux.

Mon avis : (lu en février 2018)
La neige étant annoncée sur le nord de la France, j’ai décidé de lire enfin le roman québécois « Le poids de la neige » de Christian Guay-Poliquin.
C’est l’hiver et dehors, tout est sous la neige, le narrateur est un jeune homme blessé, immobilisé dans une maison isolée, et jour après jour, il surveille la hauteur de neige. Le village le plus proche est coupé du monde, car il y a également une panne générale d’électricité. Le jeune homme n’est pas seul, il a été confié à un vieil homme Matthias, s’occupe de lui, il le nourrit et le soigne.
Les premiers temps nos deux naufragés ont la visite de gens du village pour apporter du ravitaillement, provisions et bois pour le chauffage, celle de l’infirmière pour soigner notre blessé… Mais au fil des jours, les visites se raréfient, les plus actifs du village sont partis et les deux compagnons se retrouvent prix au piège de l’hiver et sont livrés à eux-même.
C’est une histoire d’attente, l’atmosphère est tour à tour réconfortante, inquiétante ou oppressante.

J’ai beaucoup aimé cette histoire dépaysante et hors du temps. Il y a beaucoup de poésie dans les belles descriptions de la nature, de la neige, du vent, de l’hiver.
Merci Babelio et les Éditions de l’Observatoire pour cette belle découverte !

Extrait : (début du livre)
1. Le labyrinthe
Regarde. C’est un lieu plus vaste que toute vie humaine. Celui qui tente de fuir est condamné à revenir sur ses pas. Celui qui pense avancer en ligne droite trace de grands cercles concentriques. Ici, tout échappe à l’emprise des mains et du regard. Ici, l’oubli du monde extérieur est plus fort que toute mémoire. Regarde encore. Ce labyrinthe est sans issue. Il s’étend partout où se posent nos yeux. Regarde mieux. Aucun monstre, aucune bête affamée ne hante ces dédales. Mais on est pris au piège. Soit on attend que les jours et les nuits aient raison de nous. Soit on se fabrique des ailes et on s’évade par les airs.

TRENTE-HUIT

La neige règne sans partage. Elle domine le paysage, elle écrase les montagnes. Les arbres s’inclinent, ploient vers le sol, courbent l’échine. Il n’y a que les grandes épinettes qui refusent de plier. Elles encaissent, droites et noires. Elles marquent la fin du village, le début de la forêt.
Près de ma fenêtre, des oiseaux vont et viennent, se querellent et picorent. De temps à autre, l’un d’eux observe la tranquillité de la maison d’un œil inquiet.
Sur le cadre extérieur, une fine branche écorcée a été fixée à l’horizontale, en guise de baromètre. Si elle pointe vers le haut, le temps sera clair et sec; si elle pointe vers le bas, il va neiger. Pour l’instant le temps est incertain, la branche est en plein milieu de sa trajectoire.
Il doit être tard. Le ciel gris est opaque et sans aucune nuance. Le soleil pourrait être n’importe où. Quelques flocons virevoltent dans l’air en s’accrochant à chaque seconde. À une centaine de pas de la maison, dans l’éclaircie, Matthias enfonce une longue perche dans la neige. On dirait le mât d’un bateau. Mais sans voile ni drapeau.
Des gouttes d’eau perlent sur la corniche et rejoignent la pointe des glaçons. Quand le soleil sort, ils brillent comme des lames acérées. De temps à autre, l’un d’eux se décroche, tombe et s’enfonce dans la neige. Un coup de poignard dans l’immensité. Mais la neige est invincible. Bientôt, elle atteindra le bas de ma fenêtre. Puis le haut. Et je ne verrai plus rien.
C’est l’hiver. Les journées sont brèves et glaciales. La neige montre les dents. Les grands espaces se recroquevillent.

La tresse – Laëtitia Colombani

logoprixaudiolib2018

Lu en partenariat avec Audiolib

9782367624617-001-T 71FtuYQlQrL

Audiolib – novembre 2017 – 5h02 – Lu par Laetitia Colombani, Rebecca Marder, Estelle Vincent
Grasset – mai 2017 – 224 pages

Quatrième de couverture :
Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est réservé et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

Auteur : Diplômée de l’École Nationale Supérieure Louis Lumière, Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs-métrages, À la folie. pas du tout et Mes stars et moi. Elle écrit aussi pour le théâtre et joue pour le cinéma et la télévision. La Tresse est son premier roman, il est en cours de traduction dans le monde entier.

Lecteurs : Née en 1995, Rebecca Marder se forme au Conservatoire de Paris 13 puis au Théâtre National de Strasbourg. Elle entre à la Comédie-Française en juin 2015, elle y interprète son premier rôle dans Les Rustres de Carlo Goldoni mis en scène par Jean-Louis Benoit. On la retrouve également à la télévision et au cinéma dans La Rafle, Ceci est mon corps ou encore Emma
Dès l’âge de 8 ans, Estelle Vincent, commence à tourner pour la télévision et le cinéma. Passionnée par l’art dramatique, elle intègre le cours Florent. Elle est pré-nominée aux Césars 2006 pour son rôle dans Une aventure, puis devient en 2010 l’héroïne de la série Marion Mazzano. Elle prête également sa voix pour des documentaires ou des émissions radio. Elle est l’auteure de trois pièces de théâtre et co-auteur d’un long-métrage.

Mon avis : (écouté en novembre 2017)
Voilà un roman profondément humain et touchant. Ce sont trois histoires de trois femmes courageuses. Trois beaux portraits de femmes dont le destin se croisent, une mère, une femme amoureuse, une femme dans le monde du travail. Trois femmes si différentes mais trois femmes combatives.
Smita vit en Inde, c’est une Intouchable. Elle n’a jamais pu aller à l’école car dès six ans, elle a dû accompagner sa mère et apprendre le misérable métier « d’extracteur » qui se transmet de mère en fille, depuis des générations. Elle refuse que sa fille Lalita ait la même vie qu’elle. Smita se bat pour que son mari accepte d’envoyer Lalita à l’école afin que leur fille puisse avoir un avenir meilleur.

Giulia est sicilienne, elle travaille dans l’atelier familiale de traitement de cheveux. Lorsque son père se retrouve à l’hôpital, dans le coma après un accident, Giulia découvre que ce dernier est endetté. Il va falloir prendre des décisions pour l’avenir de l’entreprise et de ses employés. 
Sarah vit au Canada, mère de 3 enfants, elle est également une brillante avocat à 
Montréal.  C’est une femme épanouie qui réussit à concilier sa vie de maman et sa vie professionnelle. Mais après avoir fait un malaise en pleine audience, elle va devoir prouver qu’elle est toujours la meilleure.
L’auteur à construit ce livre comme une tresse, le lecteur suit à tour de rôle l’histoire de Smita, Giulia et Sarah, brins d’histoire de l’une, puis de l’autre et peu à peu la tresse se construit de tous les combats de chacune contre l’injustice sociale, contre la faillite et contre la maladie.
La version audio est très agréable, lecture à trois voix, trois petites musiques en introduction de chaque chapitre indiquent où le lecteur doit se projeter : en Inde, en Sicile ou au Québec.
En bonus, il y a également un entretien avec l’auteur, c’est toujours très intéressant à écouter pour compléter la lecture du roman.

Merci Pauline et Audiolib pour cette lecture qui fait du bien.

Extrait : (début du livre)
Smita
Village de Badlapur, Uttar Pradesh, Inde.

Smita s’éveille avec un sentiment étrange, une urgence douce, un papillon inédit dans le ventre. Aujourd’hui est une journée dont elle se souviendra toute sa vie. Aujourd’hui, sa fille va entrer à l’école.
À l’école, Smita n’y a jamais mis les pieds. Ici à Badlapur, les gens comme elle n’y vont pas. Smita est une Dalit. Intouchable. De ceux que Gandhi appelait les enfants de Dieu. Hors caste, hors système, hors tout. Une espèce à part, jugée trop impure pour se mêler aux autres, un rebut indigne qu’on prend soin d’écarter, comme on sépare le bon grain de l’ivraie. Comme Smita, ils sont des millions à vivre en dehors des villages, de la société, à la périphérie de l’humanité.
Tous les matins, c’est le même rituel. À la manière d’un disque rayé rejouant à l’infini une symphonie infernale, Smita s’éveille dans la cahute qui lui sert de maison, près des champs cultivés par les Jatts. Elle lave son visage et ses pieds à l’eau rapportée la veille du puits, celui qui leur est réservé. Pas question de toucher à l’autre, celui des castes supérieures, pourtant proche et plus accessible. Certains sont morts pour moins que ça. Elle se prépare, coiffe Lalita, embrasse Nagarajan. Puis elle prend son panier de jonc tressé, ce panier que sa mère portait avant elle et qui lui donne des haut-le-cœur rien qu’à le regarder, ce panier à l’odeur tenace, âcre et indélébile, qu’elle porte toute la journée comme on porte une croix, un fardeau honteux. Ce panier, c’est son calvaire. Une malédiction. Une punition. Quelque chose qu’elle a dû faire dans une vie antérieure, il faut payer, expier, après tout cette vie n’a pas plus d’importance que les précédentes, ni les suivantes, c’est juste une vie parmi les autres, disait sa mère. C’est ainsi, c’est la sienne.

Il ne faut pas parler dans l’ascenseur – Martin Michaud

Lu en partenariat avec Babelio et Kennes éditions

Masse-Critique-speciale-Mauvais-Genres

Il ne faut pas parler dans l'ascenseur Kennes Editions – septembre 2016 – 405 pages

Quatrième de couverture :
Une jeune femme s’éveille après vingt-quatre heures passées dans le coma et se lance à la recherche d’un homme qui semble ne pas exister. Un meurtrier sans merci décide que chacun doit payer pour ses fautes et applique sa propre justice. Des meurtres commis à une journée d’intervalle dans des circonstances identiques tourmentent le responsable de l’enquête, le sergent-détective Victor Lessard, de la police de la Ville de Montréal.

Auteur : Né en 1970, établi à Montréal depuis plus de vingt ans, Martin Michaud a longuement pratiqué le métier d’avocat d’affaires avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Reconnu par la critique comme le chef de file des écrivains de romans policiers québécois, il a obtenu un succès sans cesse grandissant avec ses sept thrillers, qui lui ont valu la reconnaissance du public et de nombreux prix littéraires. Outre ses activités de romancier, il scénarise d’après son œuvre une série intitulée Victor Lessard diffusée en février 2017.

Mon avis : (lu en novembre 2017)
Ce livre est le premier de la série Victor Lessard, un enquêteur de la police de Montréal.
Au début, ce livre est déroutant. Le lecteur est perdu car il y a plusieurs narrateurs, plusieurs histoires qui se croisent pour finalement n’en faire qu’une.
Un meurtrier qui a décidé de faire payer leurs fautes à plusieurs victimes.
Une jeune femme qui se fait renverser par une voiture noire et qui vingt-quatre heures plus tard tente désespérément de retrouver l’homme qui l’a secourue.
Victor Lessard qui doit délaisser l’enquête sur l’accident de la jeune femme pour tenter d’élucider les meurtres de deux hommes…
L’auteur alterne les différents histoires en courts chapitres qui sont comme les différentes pièces d’un puzzle qui au fil de l’enquête vont s’assembler. L’intrigue est rythmée, les indices sont distillés avec finesse pour faire progresser lentement l’enquête et quelques rebondissements sont également présent pour tenir le lecteur en haleine.
Le texte est la version originale québécoise, en prêtant attention, le lecteur pourra alors découvrir quelques expressions locales.
Dans ce premier roman, Victor Lessard se dévoile peu, c’est un enquêteur rebelle avec  sa hiérarchie, divorcé, ancien alcoolique et tourmenté. J’ai beaucoup apprécié cette lecture et je continuerai certainement à découvrir cet auteur avec les autres tomes de la série.

Merci  Babelio et Kennes éditions pour cette belle découverte.

Extrait : Ville de Québec
L’obscurité.
Les paupières closes, il essaya de recréer une image mentale du visage, mais la vision s’estompait.
Pendant une fraction de seconde, il crut voir apparaître la naissance des sourcils, puis tout se brouilla. Quoi qu’il tente, il demeurait incapable de visualiser les yeux.
Lorsque les yeux aspirent la mort, ils ne reflètent que le vide. Je ne peux me représenter un tel vacuum.
Il secoua la tête. Sa vie n’était plus qu’un rêve, enfoui dans un autre rêve.
L’attente.
Les impacts réguliers sur les carreaux. La pluie cessa peu avant 20 h.

Accroupi dans l’obscurité, derrière le comptoir de la cuisine, il inspecta de nouveau l’arsenal étalé devant lui : un sac de hockey sur roulettes, une valise métallique, une pile de serviettes et une bouteille de nettoyant tout usage. Il demeurait invisible depuis l’entrée. Il n’aurait qu’à bondir vers l’avant pour atteindre l’homme.
Deux heures auparavant, il avait garé la voiture dans la rue et neutralisé le système d’alarme. Avant de quitter le véhicule, il avait rangé son ordinateur portable dans un sac à dos et glissé celui-ci sous la banquette arrière.
Il avait procédé avec méthode. Tout était en ordre.
Il caressa le manche du couteau fixé à sa cheville.
Bientôt, il allait extraire la mort de la mort.
 
L’homme qu’il s’apprêtait à tuer menait une vie rangée, dont il connaissait par coeur les moindres détails : le jeudi, il terminait son travail à 20 h 30 ; il s’arrêtait ensuite acheter un surgelé au supermarché avant de regagner son domicile ; dès son arrivée, il réchauffait son repas au micro-ondes et avalait le tout devant son téléviseur, calé dans un fauteuil
confortable.
Il était entré dans la maison à quelques reprises en l’absence de l’homme.
Il avait parcouru la pile de DVD que ce dernier rangeait dans une bibliothèque et noté avec dédain qu’il ne s’intéressait qu’aux séries américaines.
Les gens ne font que s’étourdir avec des divertissements grossiers et génériques.
Il avait aussi constaté que la maison, vaste et luxueuse, contrastait avec les habitudes de vie frugales de son propriétaire. Au salon, il avait observé un échiquier de marbre et les détails d’ornementation des pièces, finement ciselées.

Une telle maison était destinée à accueillir une famille et des enfants, pas une personne seule. Les gens perdaient le sens des vraies valeurs. Le culte de l’individualisme, du chacun-pour-soi, le révoltait.

Plus personne n’assume les conséquences de ses actes. Pour se disculper, on se contente de pointer le doigt vers ceux qui font pire que soi.
L’homme paierait pour ses fautes. Il s’en assurerait.