Le garçon du sous-sol – Katherine Marsh

71vYP+VnC3L Robert Laffont – février 2020 – 450 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Blandine Longre

Titre original : Nowhere boy, 2018

Quatrième de couverture :
Max, 13 ans, a quitté à contrecœur les États-Unis pour suivre sa famille à Bruxelles. Quand il découvre un jeune réfugié syrien, Ahmed, caché dans le sous-sol de sa nouvelle maison, il décide de l’aider sans en parler à ses parents.
L’amitié entre les deux garçons grandit au fil des jours, mais avec les attentats terroristes de 2015, les contrôles policiers sont renforcés et Ahmed risque à tout moment d’ être arrêté et renvoyé en Syrie. Avec l’aide de ses camarades, Max va tout faire pour éviter ce drame.

Auteure : Auteure de plusieurs romans jeunesse à succès, Katherine Marsh a notamment reçu le prestigieux Edgard Award. Après avoir habité plus d’un an à Bruxelles avec son mari et leurs deux enfants, elle s’est installée à Washington.

Mon avis : (lu en août 2020)
Ahmed est un Syrien de 14 ans sa mère et ses sœurs sont mortes sous un bombardement à Alep. Au début de cette histoire, il est avec son père et d’autres migrants sur un canot qui prend l’eau dans une mer très agitée, il fait nuit, le moteur stoppe et le père plonge pour de tirer le canot et une vague le fait disparaître. Ahmed se retrouve tout seul.
Max est un jeune américain de 13 ans, il a quitté les États-Unis avec sa famille, pour vivre à Bruxelles où son père doit travailler. Cela ne lui plaît pas du tout. Il doit apprendre le français, subir le climat pluvieux, écrire avec un stylo plume… Son intégration est difficile ! Aussi quand il découvre qu’Ahmed s’est caché dans le sous-sol de sa maison, il décide de ne rien dire à ses parents et de l’aider.
Peu à peu, les deux garçons vont s’apprivoiser, pour Ahmed, c’est la survie, il aménage sa cachette, se nourrit grâce à ce que Max lui apporte et occupe ses longues heures de solitude en s’occupant des plantes laissées à l’abandon à la cave, il doit rester le plus discret possible… Max prend son rôle très au sérieux et lui qui essuyait échec sur échec reprend confiance en lui et se doit d’aider son nouvel ami.
Une histoire palpitante sur l’amitié et la solidarité à lire par les adultes comme les adolescents. Belle découverte !

Extrait : (début du livre)
Ils avaient attendu exprès une nuit de juillet nuageuse et sans lune. Le risque que les gardes-côtes grecs les repèrent serait ainsi moins grand, avaient affirmé les passeurs.
Mais leur invisibilité posait à présent problème. Le rebord du canot pneumatique, ballotté sur la mer Égée, se trouvait à dix centimètres à peine au-dessus de l’eau, beaucoup plus bas que lorsqu’ils avaient embarqué. Il n’y avait aucune terre en vue. Le capitaine se démenait pour redémarrer le moteur, tandis que les silhouettes de dix-huit hommes, trois femmes et quatre enfants se blottissaient les unes contre les autres. Certains passagers portaient des gilets de sauvetage qui leur allaient mal ; seuls quelques-uns d’entre eux savaient nager.
– Si le moteur ne se remet pas en marche, nous nous noierons, déclara une femme dont la voix fluette, dans son affolement, monta dans les aigus.
Personne ne la contredit.
Ahmed Nasser serra contre lui son gilet de sauvetage, trop petit pour un adolescent de quatorze ans – de surcroît presque aussi grand que son père. Il se rappelait les histoires qu’il avait entendues en Turquie à propos de passeurs vendant des gilets de sauvetage défectueux qui faisaient couler les gens plutôt qu’ils ne les aidaient à flotter.
Une main se posa sur son épaule.
– Ahmed, mon âme, n’aie pas peur.
Le garçon leva les yeux vers son père, dont la large carrure était à l’étroit contre le bord du canot. Une chambre à air noire était passée à son épaule, et il souriait calmement, comme s’il savait que tout irait bien. Mais tout indiquait le contraire à Ahmed – l’odeur des corps sales et transpirants, les regards terrifiés, les vagues clapotantes qui donnaient la nausée.
– Cette dame a raison, murmura le garçon. Le bateau se dégonfle. Le moteur ne va pas redémarrer…
– Chut, fit son père.
Sa voix était autoritaire et pourtant douce, comme s’il cherchait à apaiser un enfant. Mais Ahmed était assez âgé pour savoir quelle impuissance celle-ci dissimulait. Il pensa à sa mère, à ses sœurs, à son grand-père – sa mort serait-elle pire que la leur ? Son père lui avait assuré qu’ils n’avaient pas souffert. Leur supplice avait en tout cas été moins long que ce qu’Ahmed vivait à présent. Ils n’avaient pas eu le temps d’échanger de fausses paroles de réconfort.

Le dernier sur la plaine – Nathalie Bernard

41WOIO0T5QL Éditions Thierry Magnier – août 2019 – 358 pages

Quatrième de couverture :
Au cœur du XIXe siècle, dans les grandes plaines de l’Ouest américain, les quatre parties de ce récit retracent le destin de Quanah Parker, dernier chef Comanche qui mena toute sa vie un combat pour tenter de sauver la culture, les croyances et les terres de son peuple.

Auteure : Nathalie Bernard est romancière, auteur d’une vingtaine de romans publiés depuis plus de quinze ans. Éclectique, elle s’est aventurée dans les genres fantastique, thriller historique, polar, nouvelles. Elle écrit pour la jeunesse depuis plusieurs années.
Par ailleurs chanteuse et parolière, elle construit à partir de ses livres des spectacles et des mises en voix. Elle anime également des rencontres et des ateliers d’écriture pour les 7-18 ans.

Mon avis : (lu en juillet 2020)
Ce récit captivant est inspiré de faits réels. C’est l’histoire romancée de Quanah Parker et de la dernière tribu de Comanches libres.
A la naissance, son nom est Kwana, il vit dans la tribu des Noconis. Il est le fils du chef Comanche Peta Nocona et de Nautdah, une femme à la peau claire et aux yeux bleus. Lorsque le roman commence, en décembre 1860, le campement se fait attaquer et Kwana et Pecos, son petit frère, sont obligés de fuir sur leurs chevaux, laissant derrière eux, leur père abattu par l’ennemi et leur mère et leur petite sœur l’arme d’un soldat pointant sur elle… Les deux enfants n’ont pas d’autre choix que de partir retrouver d’autres Noconis sans laisser de traces… Le lecteur va découvrir la vie incroyable de Quanah de sa naissance à la fin de son enfance, de son adolescence à l’âge adulte, il va se battre tout au long de sa vie pour tenter de sauver les terres de son peuple et sa culture.
En arrière plan, Nathalie Bernard évoque l’évolution des États-Unis avec la construction du chemins de fer, la volonté des rangers de créer des réserves pour les Indiens et de les y cantonner ainsi que l’extermination des bisons…
Édité dans une collection jeunesse, ce roman passionnant, instructif et émouvant est  également destiné aux adultes. Une très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Prologue
À la lune des jeunes bisons, la vaste prairie qui s’étire au pied des montagnes Wichita se pare d’une multitude de fleurs. Des corolles jaunes au cœur pourpre, d’autres pourpres au cœur jaune éclatent un peu partout et libèrent des odeurs sucrées et délicates qui attirent toutes sortes d’insectes. Dans le même temps, les berges de la rivière Washita se couvrent de broussailles et une foule d’oiseaux accourt pour s’y réfugier…
Le jour de ma naissance, au milieu de ces bourdonnements et de ces chants d’oiseaux, un gémissement monte dans l’air tiède. Une femme à la peau blanche et aux yeux clairs, accroupie au pied d’un tilleul, est en train de devenir ma mère. Au-dessus d’elle, l’aigle à tête blanche pousse son cri strident et mon corps tout neuf glisse entre ses cuisses.
– Kwana, murmure ma mère tandis que l’herbe verte et épaisse de mes ancêtres m’accueille tendrement.
– Le Parfumé, répète mon père, pour s’imprégner de mon existence.
Ma grand-mère s’approche à petits pas, comme je l’ai toujours vue se déplacer. Elle est si légère que ses mocassins foulent la terre sans y laisser d’empreinte. Elle s’accroupit près de ma mère, retire le couteau qu’elle a glissé dans sa ceinture et, d’un coup sec, elle coupe le cordon ombilical. Ses lèvres s’entrouvrent, elle avale un peu d’air pour dire à voix haute cette vérité qu’elle a entendue bien des fois de la bouche des anciens :
– Dire le nom, c’est commencer l’histoire

Déjà lu du même auteur :

41q-8FaKseL Sauvages

Là où chantent les écrevisses – Delia Owens

61nR1joWakL Seuil – janvier 2020 – 480 pages

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marc Amfreville

Titre original : Where the Crawdads Sing, 2018

Quatrième de couverture :
Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.
A l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour.
La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie.
Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…

Auteure : Delia Owens est née en 1949 en Géorgie, aux États-Unis. Diplômée en zoologie et biologie, elle a vécu plus de vingt ans en Afrique et a publié trois ouvrages consacrés à la nature et aux animaux, tous best-sellers aux USA.
Là où chantent les écrevisses est son premier roman. Phénomène d’édition, ce livre a déjà conquis des millions de lecteurs et poursuit son incroyable destinée dans le monde entier. Une adaptation au cinéma est également en cours.

Mon avis : (lu en juin 2020)
Un titre mystérieux et un roman coup de cœur découvert grâce une amie du Café Lecture de la Bibliothèque. L’auteur nous raconte deux histoires en parallèle, la première se déroule en 1969, le matin du 30 octobre, lorsque le corps sans vie de Chase Andrews est retrouvé dans le marécage. Il y aura une enquête, un procès…
Pour la seconde histoire, nous sommes en 1952, à six ans, Kya se retrouve seule avec un père violent dans la cabane qui leur sert de maison, au cœur du marais, loin de la petite ville de Barkley Cove, en Caroline du Sud. Lassée par la violence de son mari, sa mère a quitté la maison. Puis ce fut le tour de tous ces frères et sœurs avec en dernier Jodie, son frère adoré, qui la protégeait. Malgré son jeune âge, Kya réussit à survivre auprès de ce père souvent absent et qui ne s’occupe pas de sa fille. Grâce à sa force de caractère et au soutien discret de Mabel et Jumping, un couple de Noirs qui tient la station service en bordure du marais, Kya s’élèvera et s’éduquera seule ou presque. Les services sociaux tenteront de l’envoyer à l’école mais Kya ne le supportera pas plus d’une journée. Elle préfèrera découvrir la nature par elle-même, en l’observant et en collectionnant les plumes des oiseaux, les coquillages, les plantes, les insectes… Grâce à Tate, un jeune garçon, qui l’apprivoisera peu à peu, Kya apprendra à lire et écrire…
C’est un roman plein de délicatesse, de pudeur, de poésie et de surprises. C’est un hymne à la nature et à la liberté qui raconte le destin magnifique et hors norme de la femme qu’est Kya.
Un grand coup de cœur !

Extrait : (début du livre)
1969
Un marais n’est pas un marécage. Le marais, c’est un espace de lumière, où l’herbe pousse dans l’eau, et l’eau se déverse dans le ciel. Des ruisseaux paresseux charrient le disque du soleil jusqu’à la mer, et des échassiers s’en envolent avec une grâce inattendue – comme s’ils n’étaient pas faits pour rejoindre les airs – dans le vacarme d’un millier d’oies des neiges.Puis, à l’intérieur du marais, çà et là, de vrais marécages se forment dans les tourbières peu profondes, enfouis dans la chaleur moite des forêts. Parce qu’elle a absorbé toute la lumière dans sa gorge fangeuse, l’eau des marécages est sombre et stagnante. Même l’activité des vers de terre paraît moins nocturne dans ces lieux reculés. On entend quelques bruits, bien sûr, mais comparé au marais, le marécage est silencieux parce que c’est au cœur des cellules que se pro-duit le travail de désagrégation. La vie se décompose, elle se putréfie, et elle redevient humus : une saisissante tourbière de mort qui engendre la vie. Le matin du 30 octobre 1969, le corps de Chase Andrews fut retrouvé dans le marécage, qui, sans surprise, l’aurait englouti en silence. Le faisant disparaître à tout jamais. Un marécage n’ignore rien de la mort, et ne la considère pas nécessairement comme une tragédie, en tout cas, pas comme un péché. Mais ce matin-là, deux garçons de la petite ville pédalèrent jusqu’à la vieille tour de guet et, en arrivant au troisième palier, repérèrent en contrebas son blouson en jean.

Petit bac 2020a
(5) Animal

Tyler Cross – tome 3 : Miami – Fabien Nury et Brüno

61ptfbgS8eL Dargaud – mars 2018 – 96 pages

Quatrième de couverture :
Nous avions quitté un Tyler Cross fatigué mais libre après son évasion du centre pénitentiaire d’Angola. Nous le retrouvons fringuant et en chemisette à fleurs sous le soleil de Floride. Entraîné malgré lui par son avocat véreux, Tyler s’immerge dans le monde poisseux de la promotion immobilière. Et se concentre sur un objectif alléchant : un braquage de 700 000 dollars. Dans cette nouvelle affaire criminelle, Tyler Cross rencontre une alliée surprenante en la personne de Shirley Axelrod, apparemment normale, mais qui apprend vite. Très vite.

Auteurs : Né en 1975, Brüno commence ses études à l’école Estienne, à Paris, avant d’obtenir une maîtrise d’arts plastiques à Rennes. En 2001, il publie le premier tome de Nemo, libre adaptation de vingt mille lieux sous les mers. À partir de 2003, il publie avec Fatima Ammari-B une série policière, Inner City Blues, puis anime sur Internet de 2003 à 2006 avec Pascal Jousselin un feuilleton à quatre mains, les aventures de Michel Swing. En 2007, il publie avec Appollo chez Dargaud biotope et la série commando colonial, puis en 2011 avec Fabien Nury Atar Cull ou le destin d’un esclave modèle.
Fabien Nury est né en 1976. Il se lance dans la bande dessinée en 2003, encouragé par le scénariste Xavier Dorison, avec lequel il travaille sur w.e.s.t. De 2004 à 2007, il signe la série fantastique je suis légion, avec le dessinateur John Cassaday, avant d’écrire le scénario d’il était une fois en France, dessiné par Sylvain Vallée (prix de la meilleure série à Angoulême en 2011). Chez Dargaud, il publie deux séries, le maître de Benson Gate (avec Renaud Carreta) et la mort de Staline (avec Thierry Robin), avant de travailler avec le dessinateur Brüno sur Atar Cull.

Mon avis : (lu en juin 2020)
J’ai un peu oublié les deux précédents tomes de la série, mais cela n’a aucune importance pour découvrir ce troisième tome.
Tyler Cross est recherché dans cinq États américains et la mafia a mis sa tête à prix… Le voilà sous le soleil de Floride, à Miami, venu rechercher la somme de 720000 dollars qu’il avait confié à son avocat. Ce dernier, Sid Kabikoff, ex-bagnard devenu un avocat véreux, pensant son client mort dans un incendie, a investi la somme dans un projet immobilier. Tyler Cross est bien décidé à récupérer son dû… Une ambiance de polar des années 50, un style cinématographique, une sombre affaire immobilière, des assassinats, de la mafia cubaine, des trahisons, des magouilles financières… Une intrigue rythmée, efficace avec des rebondissements. J’ai passé un très bon moment en compagnie de cette BD.

Extrait :

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Déjà lu du même auteur :

tyler-cross-tome-1-tyler-cross Tyler Cross Couv_251488 Tyler Cross – tome 2 : Angola

Beloved – Toni Morrison

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Audiolib – mars 2011 – 12h38 – Lu par Anne Alvaro

Christian Bourgois Editeur – 432 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Hortense Chabrier et Sylviane Rué

Titre original : Beloved, 1987

Quatrième de couverture :
« Le 124 était habité de malveillance. Imprégné de la malédiction d’un bébé… »
À Bluestone Road, près de Cincinnati, vers 1870, les meubles volent, la lumière allume au sol des flaques de sang, des gâteaux sortent du four marqués de l’empreinte d’une petite main de bébé. Dix-huit ans après son acte de violence et d’amour maternel, Sethe l’ancienne esclave et les siens sont encore hantés par la petite fille de deux ans qu’elle a égorgée. Jusqu’au jour où une inconnue, Beloved, arrivée mystérieusement au 124, donne enfin à cette mère hors-la-loi la possibilité d’exorciser son passé. Parce que pour ceux qui ont tout perdu, la rédemption ne vient pas du souvenir, mais de l’oubli.
Ce roman aux résonances de tragédie grecque, au style d’une flamboyante beauté lyrique, a reçu en 1988 le prix Pulitzer, et a figuré pendant des mois en tête des listes de best-sellers en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Auteure : Toni Morrison est née en 1931 à Lorain (Ohio) dans une famille ouvrière de quatre enfants. Après des études de lettres et une thèse sur le thème du suicide dans l’œuvre de William Faulkner et de Virginia Woolf, elle fait une carrière de professeur aux universités de Texas Southern, Howard et Princeton à partir de 1989. Après avoir travaillé comme éditrice chez Random House, elle obtient en 1988 le prix Pulitzer avec Beloved. C’est en 1993 que le prix Nobel de littérature lui est décerné.

Lecteur : Anne Alvaro est une actrice française de théâtre et de cinéma. Elle a joué notamment dans Le Goût des autres d’Agnès Jaoui, La chose publique de Mathieu Amalric, Le Scaphandre et le papillon ou encore Le Bruit des glaçons de Bertrand Blier. Elle remporte à deux reprises, le César de la meilleure actrice dans un second rôle.

Mon avis : (écouté et lu en mai 2020)
États-Unis, près de Cincinnati, dans les années 1870, c’est l’histoire de Sethe, ancienne esclave. Dix-huit ans plus tôt, par amour pour sa fille et pour éviter qu’elle devienne une esclave, Sete a tué son enfant. Depuis Sete vit avec sa culpabilité, et le fantôme de sa fille qui la suit partout… Sete vit maintenant seule avec sa fille Denver, dans la maison grise et blanche de Bluestone Road à côté d’un fleuve qui, autrefois, symbolisait pour les esclaves le début de leur liberté. Un beau jour arrive chez elles, une jeune inconnue Beloved qui va bouleverser Sete…
L’histoire que nous raconte Toni Morrison est inspirée d’une histoire vraie et aborde des sujets chers à l’auteur, la condition des esclaves, de leur affranchissement et de leur après la liberté retrouvée. 
Difficile pour moi, de faire un billet sur ce livre, j’en attendais sans doute trop et j’ai eu du mal d’abord à écouter car je n’ai pas aimé la lectrice, je trouve que assez souvent le son sature et c’est très déplaisant à l’oreille… Je n’ai donc pas écouté le livre en entier, mais pris une version papier pour le terminer. Malgré cela, le rendez-vous est en partie raté car j’ai également eu du mal à suivre la chronologie, les perpétuels flash-back me perdant…

Extrait : (début du livre)
Le 124 était habité de malveillance. Imprégné de la malédiction d’un bébé. Les femmes de la maison le savaient, et les enfants aussi. Pendant des années, chacun s’accommoda à sa manière de cette méchanceté ; puis, à partir de 1873, il n’y eut plus que Sethe et sa fille Denver à en être victimes. La grand-mère, Baby Suggs, était morte, et les fils, Howard et Buglar s’étaient enfuis à l’âge de treize ans, l’un, le jour où un simple regard sur un miroir le fit voler en éclats (ce fut le signal pour Buglar) ; l’autre, le jour où l’empreinte de deux petites mains apparut sur le gâteau (cela décida Howard). Aucun des deux garçons n’attendit d’en voir davantage : plus de chaudronnée de pois chiches renversée toute fumante sur le plancher ; plus de biscuits secs écrasés et émiettés en ligne contre la porte. Non, ils n’attendirent pas non plus l’une des périodes de répit : ces semaines, voire ces mois, où tout était calme. Chacun d’eux s’enfuit dans l’instant, au moment même où la maison commit l’ultime outrage dont il leur sembla impossible d’être les témoins passifs une seconde fois. En l’espace de deux mois, en plein hiver, ils abandonnèrent leur grand-mère Baby Suggs, Sethe, leur mère, et leur petite sœur Denver, les laissant se débrouiller seules dans la maison grise et blanche de Bluestone Road. En ce temps-là, il n’y avait pas de numéro, parce que Cincinnati ne s’étendait pas aussi loin. En fait, l’Ohio n’était devenu un Etat que depuis soixante-dix ans quand un frère, puis l’autre, fourrèrent leur chapeau d’un capiton de coton, ramassèrent leurs chaussures et partirent sur la pointe des pieds pour échapper à la hargne virulente dont la maison les poursuivait.
Baby Suggs ne leva même pas la tête. Elle les entendit s’en aller de son lit de malade, mais son état ne fut pour rien à son absence de réaction. Ce qui l’étonna, c’est que ses petits-fils aient mis si longtemps à se rendre compte que les maisons n’étaient pas toutes comme celle de Bluestone Road. Suspendue entre malignité de l’existence et méchanceté des morts, Baby Suggs ne parvenait plus à s’intéresser de savoir si elle allait laisser sa vie mourir ou mûrir encore un peu, et moins encore aux terreurs de deux gamins fugueurs. Son passé avait été semblable à son présent – intolérable –, et comme elle n’ignorait pas que la mort était tout sauf l’oubli, elle utilisait le peu d’énergie qui lui restait pour méditer sur les couleurs.

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(5) Amour

Une saison à l’ONU, Au cœur de la diplomatie mondiale – Karim Lebhour, Aude Massot

71dgt7TZBuL Steinkis – octobre 2018 – 207 pages

Quatrième de couverture :
En 1945, l’Organisation des Nations unies est créée pour maintenir la paix et la sécurité dans le monde. Ce « machin », comme l’appelait le général de Gaulle, tout le monde en a entendu parler, mais combien savent exactement ce que fait l’ONU et comment elle fonctionne ? Karim Lebhour a été correspondant de presse au siège de New York pendant quatre ans. Dessinées par Aude Massot, ses chroniques parfois décalées, souvent drôles, toujours édifiantes font vivre les coulisses de la seule instance internationale dans laquelle tous les pays peuvent faire entendre leur voix.

Auteurs : Karim Lebhour a été correspondant à l’ONU de 2010 à 2014, après cinq ans au Proche-Orient où il a écrit Jours tranquilles à Gaza (récit préfacé par Stéphane Hessel). De son expérience à l’ONU, il avait tiré un premier reportage pour La Revue Dessinée avec James et Thierry Martin, publié au printemps 2014. Karim doit son éducation à la BD à la bienveillance du personnel de la Fnac de Grenoble qui le laissaient lire dans les rayons. II travaille aujourd’hui pour International Crisis Group Washington.
Sortie des ateliers BD de l’école bruxelloise Saint-Luc en 2006, Aude Massot entame à Paris une carrière de storyboarder dans le dessin animé, et s’installe stratégiquement entre une librairie BD et son bistrot préféré. Après un séjour à Montréal, elle devient l’auteur de Québec Land, un journal dessiné sur le quotidien d’un couple d’expatriés français au Québec (Sarbacane). En 2015, elle réalise une enquête sur le Samu social de Paris, Chronique du 115 (2017).

Mon avis : (lu en mai 2020)
Karim Lebhour a été correspondant de presse pour RFI au siège de l’ONU à New York pendant quatre ans, de 2011 à 2013. Dans l’esprit des chroniques de Guy Delisle ( ), l’auteur nous raconte son quotidien à l’ONU.
Tout d’abord, il nous explique « comment ça marche » avec l’Assemblée Générale et ses 193 États membres, le Conseil de Sécurité composé de cinq membres permanents (Chine, États-Unis, France, Royaume Uni et Russie) et dix membres élus pour deux ans, puis la galaxie ONU avec les Casques Bleus, le Secrétaire Général, le Conseil économique et social, la Cour internationale de justice et la Cour pénale internationale de La Haye…
L’ONU a également créé plusieurs agences et programmes pour soutenir son action (OMS : organisation mondiale de la santé, UNESCO : organisation pour l’éducation, la science et la culture, UNICEF : fonds pour l’enfance, UNHCR : agence pour les réfugiés…).
Entre du purement documentaire et des anecdotes personnelles et amusantes, cette BD nous permet de comprendre le fonctionnement et les enjeux de cette institution.
L’ONU est une véritable usine à gaz, où chaque État membre y défend ses intérêts nationaux, en particulier les cinq membres permanents du conseil de sécurité et leur fameux droit de veto, ces grandes puissances votent plus pour leurs intérêts que pour l’intérêt commun… C’est un lieu où les états peuvent se rencontrer mais décident rarement de quelque chose, une tribune devant le monde où des dictateurs peuvent se  montrer et où les ennemis se serrent les mains devant les caméras pour mieux se déchirer mutuellement après…
Côté anecdotes, il y a l
e discours du ministre indien qui ne se rend compte qu’au bout de longues minutes qu’il est en train de lire le texte de son homologue portugais et non le sien… Ou l’interview 100% langue de bois de Ban-Ki-Moon, le Secrétaire Général, qui prend soin de ne fâcher personne en utilisant les mêmes éléments de langage pour chacune des questions posées…
Un témoignage instructif et passionnant à lire sur la diplomatie mondiale.

Extrait : (début de la BD)

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Petit bac 2020a
(5) Amour

Bed Bug – Katherine Pancol

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – janvier 2020
– 8h24 – Lu par Audrey Botbol

Albin Michel – octobre 2019 – 352 pages

Quatrième de couverture :
« Rose est une jeune biologiste. Elle fait des recherches à Paris et à New York sur une luciole qui semble très prometteuse pour la recherche médicale. Si elle étudie avec une grande maîtrise l’alchimie sexuelle des insectes et leur reproduction, elle se trouve totalement désemparée face à Léo quand elle en tombe amoureuse. La vie n’est pas comme dans un laboratoire. Et ce n’est pas sa mère (cachée derrière des lunettes noires) ni sa grand-mère (qui parle à Dieu et à ses doigts de pied) qui vont pouvoir l’aider. »
Autour de Rose s’agite une constellation attachante et pancolienne : un amoureux qui a tout l’air d’un goujat sexy, un scientifique vénézuélien qui étudie le sperme des grillons, une chercheuse obèse qui tombe amoureuse toutes les 28 secondes ou une mère reine des abeilles… Mais tout cela est bien moins léger qu’il n’y paraît…

Auteur : Katherine Pancol s’est imposée dès son premier roman Moi d’abord comme l’une des nouvelles voix de la littérature. Depuis sa saga Les Yeux jaunes des crocodiles, La Valse lente des tortues, Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi, la trilogie des Muchachas et Trois Baisers, elle est devenue l’un des auteurs français les plus lus dans le monde (traduit dans 31 pays dont les États-Unis).

Lecteur : Audrey Botbol a démarré sa carrière dans la chanson. Elle élargit très vite son champ à celui de la voix en général : doublages de films, séries, dessins animés, enregistrement de pubs, voice over… Elle compose, écrit et interprète aussi de nombreux titres pour des bandes originales de longs métrages.

Mon avis : (écouté en avril 2020)
J’ai accepté de recevoir ce livre audio, après avoir entendu une interview de Katherine Pancol très enthousiaste et à fond sur tous les insectes qui peuplent ce livre !
J’ai toujours aimé observer ces petites bêtes donc j’étais curieuse de les découvrir dans ce roman.
L’héroïne de cette histoire, Rose est biologiste. Elle travaille à Paris dans un laboratoire de recherches sur la luciole alsacienne, Lamprohiza splendidula. Ses résultats sont prometteurs et devraient s’appliquer à la recherche médicale.  Leo est un chercheur américain qui travaille également sur une luciole, celle-ci est américaine, Photuris versicolor. Tous deux se sont rapprochés professionnellement et travaillent de concert.
Autant Rose est une pointure dans son travail de chercheuse, autant elle est totalement submergée par ses émotions qu’elles soient amoureuses ou relationnelles…
Dans ce roman, Katerine Pancol met en parallèle le comportement des humains, ici Rose, Leo et celui des insectes et petites bêtes.
L’auteure s’est attachée à ce que tous les passages scientifiques soient véridiques et elle les a donc fait relire par un biologiste.
J’ai surtout été intéressée par la partie biologie et « petites bêtes » qui sont finalement assez peu présentes dans l’ensemble de l’histoire, pour le reste de l’intrigue j’ai trouvé cela distrayant mais sans surprise.

Merci et Audiolib pour cette lecture mitigée.

Extrait : (début du livre)
Rose invita Leo à dîner un mardi soir huit jours avant Noël.
Elle avait hésité, se balançant sur les marches du laboratoire où ils avaient passé la journée à étudier Lamprohiza splendidula, une petite luciole de la famille des Lampyridae, qui vivait en Alsace et produisait une molécule prometteuse pour le traitement du cancer avec, en outre, une action régénérante sur les tissus cutanés. Le directeur du laboratoire se frottait les mains à l’idée d’exploiter cette découverte.
Rose s’était aussitôt demandé si c’était une bonne idée d’inviter Leo à dîner. Elle avait mordillé ses ongles, froissé et défroissé un pan de sa blouse de labo qui dépassait de son manteau, calculé le nombre exact de jours qu’il restait avant Noël. Leo repartait pour New York. Il fallait qu’elle l’invite, c’était une question de courtoisie, une manière de souligner que leur collaboration, ces six derniers mois, s’était bien passée, qu’elle avait été fructueuse, que leurs travaux pourraient déboucher sur une réelle avancée scientifique. Pour les malades atteints du cancer du sein et du poumon, et pour les grands brûlés, par exemple. Rose aimait être « utile ». Elle trouvait que ce mot était le plus beau de la langue française. Et s’il y avait deux choses que Rose aimait par-dessus tout, c’étaient les mots et les insectes.
Le lendemain, le laboratoire fermerait pour quelques jours. C’était donc maintenant ou jamais.

Déjà lu du même auteur :

les_yeux_jaunes_CD  Les yeux jaunes des crocodiles

Petit bac 2020a
(4) Animal

Ici n’est pas ici – Tommy Orange

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Audiolib – novembre 2019 – 8h44 – Lu par Sylvain Agaësse, Benjamin Jungers, Audrey Sourdive

Albin Michel – 21 août 2019 – 352 pages

traduit de l’américain par Stéphane Roques

Titre original : There there, 2018

Quatrième de couverture :
« Être Indien en Amérique n’a jamais consisté à retrouver notre terre. Notre terre est partout ou nulle part. »
À Oakland, dans la baie de San Francisco, les Indiens ne vivent pas sur une réserve mais dans un univers façonné par la rue et par la pauvreté, où chacun porte les traces d’une histoire douloureuse. Pourtant, tous les membres de cette communauté disparate tiennent à célébrer la beauté d’une culture que l’Amérique a bien failli engloutir. À l’occasion d’un grand pow-wow, douze personnages, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, vont voir leurs destins se lier. Ensemble, ils vont faire l’expérience de la violence et de la destruction, comme leurs ancêtres tant de fois avant eux.
Débordant de rage et de poésie, ce premier roman impose une nouvelle voix saisissante, véritable révélation littéraire aux États-Unis, où il a été consacré « Meilleur roman de l’année » par l’ensemble de la presse américaine. Finaliste du prix Pulitzer et du National Book Award, il a reçu plusieurs récompenses prestigieuses dont le PEN/Hemingway Award.

Auteur : Né en 1982, Tommy Orange a grandi à Oakland, en Californie, mais ses racines sont en Oklahoma. Il appartient à la tribu des Cheyennes du Sud. Diplômé de l’Institute of American Indian Arts, où il a eu comme professeurs Sherman Alexie et Joseph Boyden, il a fait sensation sur la scène littéraire américaine avec ce premier roman.

Lecteurs : Comédien et metteur en scène de théâtre, Sylvain Agaësse double de nombreux comédiens étrangers pour les versions françaises de films et séries. Il écrit également scénarios, pièces de théâtre et chansons qu’il compose et interprète.
Benjamin Jungers, pensionnaire de la Comédie-Française de 2007 à 2015, y rencontre de nombreux metteurs en scène et y monte deux monologues écrits par lui-même, ainsi qu’une courte pièce de Marivaux. Il a notamment tourné avec Claire Devers et Gérard Jourd’hui pour la télévision, et dans Cessez-le-feu avec Emmanuel Courcol pour le cinéma.

Audrey Sourdive commence le théâtre à 5 ans. Depuis elle interprète de grands rôles classiques comme Elvire ou Lady MacBeth et s’intéresse aussi au théâtre contemporain ainsi qu’au théâtre pour enfants. Elle a mis en scène Ninon, une pièce sur le handicap, et le Circuit Ordinaire de Jean-Claude Carrière. Elle est également comédienne de doublage (Millenium, Grey’s Anatomy, Spiderman…).

Mon avis : (lu en mars 2020)
Voilà un roman sur l’identité amérindienne.
« Nous sommes des Indiens et des Indigènes américains, Indiens-Américains et Indiens natifs d’Amérique du Nord, Autochtones Indiens des Premières Nations et Indiens tellement indiens que soit on pense chaque jour à cet état de fait, soit on n’y pense jamais. »
Tommy Orange, descendant Cheyenne, nous raconte à travers le destin de douze personnages résidant à Oakland. Ils sont tous Autochtones, ce sont des femmes, des hommes, des enfants, des jeunes, des plus âgés… Ils ont tous des vies cabossées et ils sont dans l’attente du grand Pow Wow qui se prépare… Sont-ils là par tradition ? Pour le folklore ? ou… Pour la plupart, ils ont toujours vécu en ville.
Dans l’ordre d’apparition comme narrateur, nous avons :

Tony Loneman, 21 ans, il est atteint du syndrome d’alcoolisation fœtale.
Dene Oxendene, membre des tribus cheyenne et arapaho, il a pour projet de collecter des témoignages d’Indiens d’Oakland, le Pow Wow est la bonne occasion.
Opale Victoria s’occupe de la fille et des petits-enfants de sa sœur Jacquie.
Edwin Black est un no life obèse, sa mère est blanche, son père cheyenne, il est embauché comme stagiaire pour préparer le pow-wow
Bill Davis est le beau-père d’Edwin.
Jacquie Red Feather  est la sœur d’Opale.
Orvil Red Feather est le petit-fils aîné de Jacquie.
Calvin Johnson, Octavio Gomez, Daniel Gonzalez préparent un braquage.
Le Pow-Wow est organisé par Blue, abandonnée à la naissance, est en quête de ses racines.
Thomas Frank est un colosse indien, joueur de tambour qui a des problèmes d’alcool.
Cette lecture est très intéressante mais parfois un peu brouillonne, la version audio n’est peut-être la mieux adaptée pour suivre les interactions entre les douze narrateurs et personnages. J’ai été obligée de prendre des notes au fur et à mesure de mon écoute et d’emprunter la version papier à la Bibliothèque pour rédiger ce billet…
La lecture à trois lecteurs différents (une femme et deux hommes) est une aide à l’écoute pour différencier le passage d’un personnage à l’autre.

Extrait : (début du livre)
Il y avait une tête d’Indien, la tête d’un Indien, le dessin de la tête d’un Indien aux longs cheveux parée d’une coiffe de plumes d’aigle, dessinée par un artiste anonyme en 1939 et diffusée jusqu’à la fin des années soixante-dix sur tous les écrans de télé américains une fois les programmes terminés. Cela s’appelait la Mire à tête d’Indien. Si on laissait la télé allumée, on entendait le son d’une fréquence de 440 hertz – celle servant à accorder les instruments – et on voyait cet Indien, entouré de cercles pareils à ceux de la lunette de visée d’un fusil. Il y avait ce qui ressemblait à une cible au centre de l’écran, et des chiffres comme autant de coordonnées. La tête de l’Indien était juste au-dessus de la cible, comme s’il suffisait de hocher le menton en signe d’approbation pour l’avoir dans sa ligne de visée. Ce n’était qu’une mire.

En 1621, peu après une cession de terres, les colons anglais invitèrent Massasoit, chef des Wampanoags, à un banquet. Massasoit arriva avec quatre-vingt-dix de ses guerriers. C’est en mémoire de ce repas que nous partageons toujours le dîner de Thanksgiving en novembre. Pour le célébrer en tant que nation. Mais ce repas-là n’était pas un repas d’action de grâce. C’était un repas scellant une cession de terres. Deux ans plus tard, il y en eut un autre, identique, pour symboliser une amitié éternelle. Deux cents Indiens furent décimés ce soir-là par un poison inconnu.

PRIX AUDIOLIB 2020_logo (2)

 

 

Un été d’enfer ! – Vera Brosgol

91nIxfXvz9L Rue de Sèvre – mars 2019 – 256 pages

traduit par Alice Delarbre

Titre original : Be prepared, 2018

Quatrième de couverture :
Et si ce n’était pas si cool que ça, la colo ? Tout juste arrivée de Russie, Vera aimerait tellement que ses copines américaines la considèrent comme l’une des leurs. Mais ses multiples tentatives pour y parvenir sont rarement couronnées de succès… Son rêve : que sa maman, qui l’élève seule avec son frère et sa sœur, puisse un jour l’envoyer dans une de ces luxueuses colonies de vacances du pays. Vera sait bien que sa famille n’a pas les moyens de se permettre ce privilège. Pourtant, elle trouve une solution, et la voilà inscrite pour deux semaines et elle compte bien profiter de tout à fond !

Auteure : Vera Brosgol est née en Russie, à Moscou en 1984. Elle a 5 ans quand elle arrive avec sa famille aux États-Unis où elle obtient plus tard un diplôme en cinéma d’animation. Elle exerce dans ce domaine pendant plusieurs années avant de se consacrer entièrement à l’écriture et à l’illustration de livres. Sa première bande dessinée, Anya’s Ghost, parue en 2011, a remporté le prestigieux Eisner Award.

Mon avis : (lu en mars 2020)
Vera a neuf ans, avec sa maman et son petit frère, Phil, elle vient d’arriver aux États-Unis en provenance de Russie. Ce n’est pas facile pour elle de se faire des amies et de s’intégrer dans un nouveau pays quand on ne connaît pas les codes… Après avoir entendu parler d’un camp scout géré par la communauté russe, Vera y voit enfin une solution de se faire de vraies amies.
Vera en attendait tellement de ce camp, pleine d’espoir et d’attente… Et c’est rapidement la déception… Elle se retrouve à partager sa tente avec deux filles plus âgées, déjà amies et aux aspirations très différentes que les siennes, les garçons sont méchants et prétentieux, aller aux toilettes est une épreuve… Vera est agressée par des araignées ou des animaux potentiellement porteur de rage… Voilà un été que Vera n’oubliera pas, un été d’enfer durant lequel elle devra se débrouiller toute seule, se confronter à des situations embarrassantes ce qui la fera grandir…
Un récit autobiographique drôle, touchant et plein de nostalgie que j’ai beaucoup aimé !

Extrait : (début de la BD)

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Petit bac 2020a(4) Crime et justice

Dans la forêt – Jean Hegland

 

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Audiolib – juillet 2019 – 10h02 – Lu par Maia Baran

Gallmeister – janvier 2017 – 304 pages

Gallmeister poche – juin 2018 – 308 pages

traduit de l’américain par Josette Chicheportiche

Titre original : Into the Forest, 1996

Quatrième de couverture :
Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.
Considéré depuis sa sortie comme un véritable choc littéraire, Dans la forêt, roman sensuel et puissant, met en scène deux jeunes femmes qui entraînent le lecteur vers une vie nouvelle.

Auteur : Jean Hegland est née en 1956 dans l’État de Washington. Après avoir accumulé les petits boulots, elle devient professeur en Californie. À vingt-cinq ans, elle se plonge dans l’écriture, influencée par ses auteurs favoris, William Shakespeare, Alice Munro et Marilynne Robinson. Son premier roman Dans la forêt paraît en 1996 et rencontre un succès éblouissant. Elle vit aujourd’hui au coeur des forêts de Californie du Nord et partage son temps entre l’apiculture et l’écriture.

Lecteur : D’origine russo-polonaise, Maia Baran vit en Belgique. Elle partage son métier entre le théâtre et des doublages francophones de films.

Mon avis : (écouté en août 2019 et réécouté en partie en mars 2020)
C’est un récit d’anticipation dans un futur proche.
C’est un roman écrit il y a plus de vingt ans, et seulement traduit en français en 2017. Il est toujours d’actualité, et aborde les problématiques réalistes comme la fin des énergies fossiles, et celle d’une société de consommation, dépendante de l’électricité, de l’informatique…
Nell et Eva sont deux jeunes femmes de dix-sept et dix-huit ans, elles sont sœurs et vivent seules dans une maison isolée dans la forêt. Les ressources se sont peu à peu épuisées, plus de téléphone, d’internet, d’électricité, de gaz, d’essence, d’eau courante…
Nell, la narratrice, à travers son journal, nous raconte son quotidien. Au début, elle espère un retour à la normale mais peu à peu, Nell et Eva prennent leur vie en main et se préparent à la survie. Elles s’organisent avec tout ce qu’elles trouvent dans la maison familiale, conserves, outils du père, livres de la mère…
Les deux sœurs sont très différentes, Eva rêve de devenir danseuse et va être obligée de danser sans musique, Nell est l’intellectuelle, elle lit beaucoup pour savoir et apprendre et rêve d’intégrer une université prestigieuse. Mais les circonstances les obligent à rester bloquées au milieu de la forêt…
Le lecteur est plongé dans ce huis clos et découvre peu à peu, au fil du journal de Nell, ce qui se passe, les raisons de cet isolement et comment les deux sœurs vont s’organiser, grandir et faire confiance à cette forêt et à ces richesses insoupçonnées…
La lecture de ce roman est hypnotique, envoûtant, le temps s’est arrêté et malgré tout, la vie est plus forte, elle oblige Nell et Eva à créer un nouvel avenir.

Extrait : (début du livre)
C’EST étrange, d’écrire ces premiers mots, comme si je me penchais par-dessus le silence moisi d’un puits, et que je voyais mon visage apparaître à la surface de l’eau – tout petit et se présentant sous un angle si inhabituel que je suis surprise de constater qu’il s’agit de mon reflet. Après tout ce temps, un stylo a quelque chose de raide et d’encombrant dans ma main. Et je dois avouer que ce cahier, avec ces pages blanches pareilles à une immense étendue vierge, m’apparaît presque plus comme une menace que comme un cadeau – car que pourrais-je y relater dont le souvenir ne sera pas douloureux ?
   Tu pourrais écrire sur maintenant, a dit Eva, sur l’époque actuelle. J’étais tellement persuadée ce matin que le cahier me servirait à étudier que j’ai dû faire un effort pour ne pas me moquer de sa suggestion. Mais je me rends compte à présent qu’elle a peut-être raison. Tous les sujets auxquels je pense – de l’économie à la météorologie, de l’anatomie à la géographie et à l’histoire – semblent tourner en rond et me ramener inévitablement à maintenant, à ici et aujourd’hui.
   Aujourd’hui, c’est Noël. Je ne peux pas l’éviter. Nous avons barré les jours sur le calendrier bien trop consciencieusement pour confondre les dates, même si nous aurions aimé nous tromper. Aujourd’hui, c’est le jour de Noël, et le jour de Noël est une nouvelle journée à passer, une nouvelle journée à endurer afin qu’un jour, bientôt, cette époque soit derrière nous.
   À Noël prochain, tout ceci sera terminé, et ma sœur et moi aurons retrouvé les vies que nous sommes censées vivre. L’électricité sera rétablie, les téléphones fonctionneront. Des avions survoleront à nouveau notre clairière. En ville, il y aura à manger dans les magasins et de l’essence dans les stations-service. Bien avant Noël prochain, nous nous serons permis tout ce qui nous manque maintenant et dont nous avons terriblement envie – du savon et du shampoing, du papier toilette et du lait, des fruits et de la viande. Mon ordinateur marchera, le lecteur CD d’Eva tournera. Nous écouterons la radio, lirons le journal, consulterons Internet. Les banques et les écoles et les bibliothèques auront rouvert, et Eva et moi aurons quitté cette maison où nous vivons en ce moment comme des orphelines qui ont fait naufrage. Ma sœur dansera avec le corps de ballet de San Francisco, j’aurai fini mon premier semestre à Harvard, et ce jour humide et sombre que le calendrier persiste à appeler Noël sera passé depuis très, très longtemps.

Petit bac 2020a
(3) Son (LA note de musique)

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