Le Monde selon Guirec et Monique – Guirec Soudée

Lu dans le cadre de Masse Critique Babelio

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71F69yBQTHL Flammarion – avril 2019 – 304 pages

Quatrième de couverture :
Jeune Breton qui n’a jamais connu d’autre terrain de jeux que l’océan, Guirec Soudée écume les mers du globe avec pour seule compagnie une poule, Monique. Ensemble, ils ont traversé l’Atlantique, rallié le Groenland, affronté 130 jours emprisonnés au coeur de la banquise, franchi le périlleux passage du Nord-Ouest, mis les voiles pour le Grand Sud, essuyé des tempêtes dans les plus extrêmes latitudes, passé le cap Horn, rejoint l’Antarctique avant d’amorcer un long retour jusqu’en Bretagne. L’histoire incroyable d’un garçon opiniâtre, qui n’attend pas que ses rêves se dessinent à l’horizon, et d’une poule, concentré de fantaisie et de courage, qui offre un œuf par jour à l’aventurier.

Auteur : Guirec Soudée est originaire de la petite île d’Yvinec dans les Côtes-d’Armor. À 21 ans, convaincu qu’il vaut mieux vivre ses rêves plutôt que rêver sa vie, il quitte tout pour faire le tour du monde en solitaire, à bord d’un voilier de 10 mètres, fort de beaucoup d’humour et de ténacité.

Mon avis : (lu en juillet 2019)
J’ai dévoré avec plaisir le récit de voyage de ce jeune Breton qui avait décidé de quitter sa petite île bretonne, Yvinec (Côtes-d’Amor) avec son voilier pour aller explorer le Monde.
Depuis tout petit, il connaît la mer autour de son île ou de sa chère Bretagne… mais il est néophyte pour partir bien plus loin… Guidec a des rêves d’aventures, et il va les réaliser en prenant son temps… En décembre 2012, il met toutes ses économies pour acheter son petit voilier en Méditerranée, avec l’aide de deux copains il va le remonter chez lui, ce premier voyage et la préparation de son grand départ seront plus difficiles que prévu. Guidec doit alterner des petits boulots pour renflouer ses finances et la préparation de son bateau qui n’était pas en si bon état que cela… Mi-novembre 2013, il quitte Yvinec pour les Antilles, il y aura quelques haltes techniques dans le sud Finistère, puis en Espagne et au Portugal avant Madère en mars 2013… puis Les Canaries avec l’arrivée d’une coéquipière à bord, Monique (ou Momo) une poule rousse qui lui tiendra compagnie pendant son périple en solitaire et lui offrira un œuf presque tout les jours !   
Après la traversée de l’Atlantique et quelques mois passés sous les tropiques, Guidec fait route vers le Grand Nord et le Groenland, il rêve d’hiverner là-bas, le voilier pris dans la banquise… Il longera ensuite la côte arctique canadienne et franchira le périlleux passage du Nord-Ouest. Puis direction le Grand Sud, avec les pires tempêtes, Guidec et Monique passeront le cap Horn, avant de rejoindre l’Antarctique, puis un petit tour vers le Cap de Bonne Espérance avant le long retour jusqu’en Bretagne en repassant par les Antilles. En décembre 2018, Guidec et Monique mettent pieds (ou pattes) à terre à Yvinec après un long voyage de 5 ans !
Entre rêves et réalités, Guidec et Monique vont vivre des moments intenses, dangereux, cocasses, faire de nombreuses rencontres…
Entre l’insouciance, le courage et la détermination de Guidec, la fantaisie et la capacité d’adaptation de Momo,  merci de nous faire partager ce fabuleux voyage, ces paysages incroyables, ces conditions météorologiques difficiles ou splendides.

Merci Babelio, pour ce voyage par procuration !

Et pour en savoir plus sur Guidec et Monique et admirer de nombreuses photos de ce beau voyage…

Extrait : (début du livre)
Regarde bien, Monique, nous on est là. Ça s’appelle l’île de Vancouver. C’est beau, hein ? Et tout en haut ? C’est le Groenland ! La baie de Disko, qu’est-ce qu’on a pu rigoler là-bas tous les deux… Même si on s’est gelé les plumes, on peut dire qu’on a eu de sacrés coups de chaud ! Tu te souviens ? Alors maintenant, Momo, suis bien mon doigt. Voilà. Tu vois tout ce bleu ? C’est l’océan Pacifique. Et tous ces petits points au milieu du bleu ? Des îles. Arrête de gigoter, Momo, écoute-moi. Donc ça, c’est la Polynésie. Un endroit où les colliers sont faits de fleurs, où ça sent bon la vanille et la noix de coco. On y va. Ce sera un long voyage, Monique, un long voyage. Mais au bout, on trouvera de l’eau turquoise et du sable blanc très doux, comme chez moi à Yvinec, mon île bretonne. Je t’y emmènerai un jour. La Polynésie, ça nous fera du bien après la glace. Tu verras, c’est un peu comme chez toi, à Tenerife, ton île des Canaries. Dans ce paradis, tu pourras attraper tous les poissons que tu voudras. Et puis on fera de la planche, du paddle et même du kite et, promis, on ne s’envolera pas trop haut ! Alors, qu’est-ce que tu en dis ?

*

Nous ne sommes pas allés au paradis. Là-bas, ils n’ont pas voulu de nous. Enfin, c’est de toi qu’ils ne voulaient pas. Et moi, je n’irai nulle part sans toi.
Mais ce n’est pas grave, on en trouvera un autre de paradis.

carte_guidecCarte du voyage de Guidec et Monique

petit bac 2019(6) Lieu

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A travers – Tom Haugomat

31-utOZYhyL Thierry Magnier – septembre 2018 – 184 pages

Quatrième de couverture :
Mars 1956, Mud Bay, Ketchikan, Alaska. Un enfant vient au monde. Fenêtres, lucarnes, écrans, focales : à travers ces ouvertures, une vie défile, toute une vie. Une vie qui traverse le temps et accomplit sa boucle, pour grandir, s’étonner, partir, connaître, s’émerveiller, souffrir, partir encore, aimer, élever un enfant, transmettre, se séparer, revenir. Une vie qui traverse l’espace, se lie peu à peu à l’infiniment petit et à l’infiniment grand, à l’insecte qui remue sous la loupe, à la galaxie déployée dans la lunette astronomique ; à la maison natale au bord de la baie, et au cosmos métaphysique. Une vie d’homme, à la fois simple et grandiose. Avril 2026, Mud Bay, Ketchikan, Alaska. Un verre se brise.

Auteur : Tom Haugomat s’est vite intéressé au dessin et à son potentiel narratif. Après une année d’études en histoire de l’art et archéologie, Il s’oriente vers une préparation artistique. C’est à l’école des Gobelins en section “Conception et réalisation de films d’animation” qu’il se découvre une passion pour l’image en mouvement.
Il continue la réalisation de films d’animation et entretient sa carrière d’illustrateur, où il officie pèle-mêle dans la presse et l’édition pour enfant.

Mon avis : (lu en juin 2019)
Voilà un livre, un album, une BD très originale et intrigante…
Tout d’abord la couverture, épaisse, cartonnée et découpée en forme de jumelles qui laisse passer un paysage avec un lac et des montagnes.
Tom Haugomat raconte l’histoire de la vie d’un homme durant 70 ans, de sa naissance à sa mort, et toutes les grandes étapes de sa vie sont évoquées.
Sur la page de gauche, le bébé (puis l’enfant, puis l’homme adulte) observe quelque chose. Sur la page de droite, on peut voir ce qu’il regarde, « à travers » les barreaux d’un lit d’enfant, « à travers » une paire de jumelles, « à travers » une fenêtre, « à travers » une loupe, « à travers » un hublot, « à travers » une lunette astronomique, « à travers » le trou d’une serrure, « à travers » un écran…
Il n’y a aucune parole, seulement une date et une indication géographique pour chaque double page. L’auteur fait appel à notre imagination, à tous nos sens et à notre curiosité, pour accompagner le héros de cette histoire, dans ses découvertes, ses explorations, ses rêves… Il y a des références historiques, cinématographiques qui parlent à tous.
Le dessin de Tom Haugomat a un style minimaliste et délicat, avec seulement quatre couleurs et des réserves de blanc, utilisant la technique de la sérigraphie. Un style que j’aime beaucoup.
De l’infiniment petit à l’immensité de l’univers, tout est source d’émerveillement si l’on prend le temps de regarder !

Extrait : 

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Illustré par Tom Haugomat :

1507-1 Frères d’exil – Kochka

Jane – Aline Brosh McKenna et Ramon K. Pérez

81SST-hk7AL Glénat – février 2019 – 224 pages

Quatrième de couverture :
Ayant connu une enfance malheureuse dans une petite ville de la Nouvelle Angleterre, Jane décide de partir vivre à New York pour se lancer dans des études d’Art. Bien obligée de se trouver un job pour payer son école, elle est embauchée comme nounou pour le compte d’un puissant et mystérieux homme d’affaires, Rochester. Veuf, constamment en déplacement pour son travail, il laisse à la jeune femme les clés d’un immense appartement, visiblement hanté de secrets, et la charge de son adorable fille, Adèle, une enfant solitaire, comme elle, dont elle se lie très vite d’amitié. Mais alors qu’elle prend ses marques et s’adapte à sa nouvelle vie, Jane se retrouve prise dans une spirale romantique, faite d’intrigues et de dangers… Au-delà de ses rêves d’enfance les plus fous.

Auteurs : Aline Brosh McKenna, scénariste et réalisatrice, est surtout connue pour l’adaptation du roman Le Diable s’habille en Prada, avec Meryl Streep, pour laquelle elle a reçu de nombreux prix et nominations. En 2014, elle se lance dans la télévision, devenant showrunner, scénariste en chef et productrice exécutive de la série Crazy Ex-Girlfriend, dont elle a réalisé plusieurs épisodes.
Ramon K. Pérez

Mon avis : (lu en avril 2019)
Cette BD est une adaptation moderne de Jane Eyre de Charlotte Brontë. Jane est une jeune dessinatrice, orpheline depuis son jeune âge. Elle arrive à New-York pour suivre des cours d’art et pour payer ses études, elle trouve un emploi de nounou auprès d’Adèle,  la fille d’un grand de la finance. Cette petite fille a perdue sa maman et Jane se reconnaît dans la fillette qui manque de l’amour de ses parents, sa mère n’étant plus là et son père trop occupé par ses affaires et ne sachant pas aimer simplement sa fille…
L’adaptation librement inspirée du classique de Charlotte Brontë est vraiment réussie, l’intrigue tient la route et la modernité est là, sans oublier le dessin que j’ai trouvé très beau, réaliste avec un soin particulier dans les détails. Une très belle découverte !

Extrait : (début de la BD)

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petit bac 2019(5) Prénom

Un silence brutal – Ron Rash

Lu en partenariat avec Babelio et Gallimard

71GZxnmxINL Gallimard – mars 2019 – 272 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez

Titre original : Above The Waterfall, 2015

Quatrième de couverture :
Dans cette contrée de Caroline du Nord, entre rivière et montagnes, que l’œuvre de Ron Rash explore inlassablement depuis Un pied au paradis, un monde est en train de s’effacer pour laisser la place à un autre. Le shérif Les, à trois semaines de la retraite, et Becky, poétesse obsédée par la protection de la nature, incarnent le premier. Chacun à sa manière va tenter de protéger Gerald, irréductible vieillard amoureux des truites, contre le représentant des nouvelles valeurs, Tucker. L’homme d’affaires, qui loue fort cher son coin de rivière à des citadins venus goûter les joies de la pêche en milieu sauvage, accuse Gerald d’avoir versé du kérosène dans l’eau, mettant ainsi son affaire en péril. Les aura recours à des méthodes peu orthodoxes pour découvrir la vérité. Et l’on sait déjà qu’avec son départ à la retraite va disparaître une vision du monde dépourvue de tout manichéisme au profit d’une approche moins nuancée.

Auteur : Né en 1953 en Caroline du Sud, Ron Rash est d’abord un poète qui doit à ses lointaines origines galloises le goût des légendes celtes. Son œuvre, inspirée par la nature de la région des Appalaches où il vit et par son admiration pour William Faulkner, Jean Giono et Dostoïevski, comprend notamment cinq recueils de nouvelles dont un traduit en français. Ses sept romans sont désormais tous publiés en France. Récompensé par le Frank O’Connor Award, le Sherwood Anderson Prize et le O. Henry Prize aux États-Unis, et en France par le Grand Prix de littérature policière, il est considéré comme l’un des plus grands auteurs américains contemporains. Il enseigne la littérature à la Western Carolina University.

Mon avis : (lu en mars 2019)
Au cœur des Appalaches, au milieu de la nature, entre une rivière et des montagnes… Le shérif Les, à quelques semaines de sa retraite, règle les affaires courantes.
Mais la rivière qui attire les clients du lodge de pêche de Tucker a été volontairement empoisonnée. Et tout accuse le vieux Gerald, voisin marginal du domaine, en conflit avec Tucker. Becky, garde forestière du Parc de Locus Creek et amie de Les et de Gerald, n’y croit pas, le vieux aime trop la nature pour être coupable d’un tel acte. Elle va tout faire pour convaincre Les.
Les et Becky sont tour à tour les narrateurs de cette histoire, ils sont tous les deux des taiseux et leur passé a été lourd et douloureux, cela renforce leur amitié et complicité.
La nature est également un personnage de ce livre, le lecteur la perçoit et la ressent parfaitement au travers des descriptions minutieuses des paysages faites par l’auteur, il nomme dans le détail de nombreux végétaux et animaux…
C’est un roman poétique, une ode à la nature, un cri d’alerte pour la sauvegarde de la nature tellement meurtrie par les hommes, l’industrie, le profit…

Extrait : (début du livre)
Alors que le soleil colore encore les montagnes, des êtres aux ailes de cuir noir tournoient déjà à faible hauteur. Les premières lucioles clignotent, indolentes. Au-delà de cette prairie des cigales s’emballent et ralentissent comme autant de machines à coudre. Tout le reste paré pour la nuit, hormis la nuit elle-même. Je regarde l’ultime lueur s’élever au-dessus de la rase campagne. Au sol des ombres suintent et s’épaississent. Des arbres en cercle forment des rives. La prairie se mue en étang qui s’emplit, à la surface des dizaines de suzannes-aux-yeux-noirs.
Je m’assieds sur un sol qui fraîchit, bientôt humide de rosée. Près de moi une charrue à versoir abandonnée de longtemps. Des lianes de chèvrefeuille enroulent leurs verts cordons, des fleurs blanches accrochées là comme de petites ampoules de Noël. J’effleure un manche qu’ont poli rotations de poignet et suantes étreintes. Le souvenir des mains de mon grand-père, rondes de cals et aussi lisses que des pièces de monnaie usées. Un matin je l’avais regardé parcourir le champ, la rame d’acier faisant onduler la terre. Dans son sillage une vague arrêtée de sillon scintillant. Mais cette charrue s’est lassée et endormie. Depuis combien de temps gît-elle là ? Dix ans peut-être, puisque jeunes arbres et salsepareille se dressent parmi le barbon à balais. Dominant tout le reste, ces fleurs jaune d’or aux pétales déployés, épanouis. Ce qui m’a amenée ici.
Un cerf émerge de la forêt, le museau au vent, le pas monté sur échasses, puis une pause pour retrouver l’aplomb, une autre un sabot en l’air. Autour de moi monte l’obscurité. Les suzannes-aux-yeux-noirs flottent tels des nénuphars. Tout le reste disparaît mais elles conservent leur éclat jaune. Miroirs de lune, fantômes de soleil. Rêve latent. Quand le lac nocturne submerge ses rives, je prends le sentier qui me ramène au pick-up du parc régional. Une autre fois peut-être, avait répondu Les à mon invitation, prétextant des tâches de shérif à accomplir. La pente du chemin s’accentue. Quand je me retourne pour voir la prairie, le noir et rien d’autre.
Lascaux. Quelle merveille d’avoir fait pareille descente. Bois à flambeau enduit de poix écouvillonnant la roche de clarté. Embardées, dénivelés, pans inclinés. Ténèbres accourues derrière chaque pas. Puis les découvrir là dans le cœur évidé de la grotte – bisons et bouquetins, mais d’autres aussi perdus à jamais partout ailleurs : tigres à dents de sabre et mammouths laineux, grand cerf des tourbières. Tous animés dans la lumière vacillante, sanglés de courbes de pierre. Parmi tout cela l’empreinte runique de la main humaine. Où d’autre un voile artistique plus ténu entre nous et le monde ? Qu’il est étrange que les griffonnages à la plume d’oie de Hopkins m’en fassent voir davantage. Invisager avant de voir. Mais le premier message, là, au creux des parois de la grotte. Quel prodige monte et se répercute encore de l’étage inférieur du monde.

Déjà lu du même auteur :

le_monde___l_endroit Le monde à l’endroit

petit bac 2019(3) Adjectif

Retour sur la rencontre Babelio :
bannrash

Une fille au manteau bleu – Monica Hesse

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Gallimard Jeunesse – octobre 2016 – 349 pages

Gallimard Jeunesse – février 2019 – 368 pages

traduit de l’anglais par Anne Krief

Titre original : Girl in the Blue Coat, 2015

Quatrième de couverture :
« La jeune fille qui a disparu est juive. Il faut que tu la retrouves avant les nazis. »
Amsterdam, 1943. Hanneke sillonne à vélo les rues de la ville afin de se procurer au marché noir des marchandises qu’on lui commande. Ses parents ignorent tout de ses activités clandestines. Un jour, l’une de ses clients lui fait une requête particulière. Il s’agit de retrouver une jeune fille qu’elle cachait chez elle et qui a disparu. Elle s’appelle Mijam Roodvelt. Elle est juive.Un écho vibrant au «Journal d’Anne Frank». Monica Hesse, journaliste au «Washington Post», retrace de façon saisissante la vie, ordinaire et extraordinaire, des jeunes d’Amsterdam sous l’occupation.

Auteur : Monica Hesse est journaliste au Washington Post. En 2015, elle publie « Une fille au manteau bleu » (Girl in the Blue Coat). Elle vit à Washington avec son mari.

Mon avis : (lu en avril 2019)
A travers cette histoire, le lecteur découvre l’histoire des Pays-Bas sous l’occupation. En 1943, à Amsterdam, alors qu’Anne Frank, cachée dans un grenier, rédige son fameux Journal, Hanneke travaille dans un magasin de pompes funèbres. Pour faire vivre sa famille, avec la complicité de son employeur, elle fait du marché noir en utilisant les tickets de rationnement trouvés sur les morts. Hanneke est ingénieuse et débrouillarde, elle se joue du danger pour contenter ses clients… Un jour, l’une d’elle, lui demande un service, retrouver Mirjam Roodvelt, une juive de 15 ans qui se cachait chez elle, et qui a disparu. Comme seul indice, Mirjam portait un manteau bleu… Hanneke hésite mais touchée par la détresse de sa cliente, elle décide de se renseigner. Elle va croiser la route d’Ollie, le frère de Bas, son amoureux mort à la guerre quelques mois plus tôt. Ce dernier est engagé dans un mouvement étudiant de résistance et Hanneke découvre avec stupeur la réalité des traitements subis par les juifs à cette époque aux Pays-Bas…

Ce livre, très documenté, est émouvant et captivant, il raconte une histoire profondément humaine où il est question d’amitié et de solidarité durant l’occupation allemande.

Extrait : (début du livre)
Un jour, longtemps avant la mort de Bas, nous avons fait semblant de nous disputer pour savoir qui de nous deux était tombé amoureux le premier. « C’est ta faute, m’a-t-il dit, parce que tu es adorable. » Je lui ai répondu qu’il se trompait. Que c’était un peu facile de m’accuser. C’était même irresponsable.
Je me rappelle toute cette conversation. Ça se passait chez ses parents, dans le salon, et nous étions réunis autour du nouveau poste de radio familial pendant que je lui posais des questions sur un devoir de géométrie qui ne nous intéressait ni l’un ni l’autre. L’Américaine Judy Garland chantait You Made Me Love You. C’est comme ça que la discussion avait commencé. Bas a dit que c’était moi la responsable s’il m’aimait. Je me suis moquée de lui parce que je ne voulais pas qu’il sache combien mon cœur s’emballait en l’entendant prononcer les mots « aimer » et « toi » dans la même phrase.
Et puis il a dit que c’était aussi ma faute s’il avait envie de m’embrasser. Après quoi je lui ai dit que c’était sa faute si je le laissais faire. Là-dessus, son frère aîné est entré dans la pièce et nous a dit que c’était notre faute si notre discussion lui donnait mal au cœur.
Ce n’est que bien plus tard ce même jour, en rentrant à la maison – à l’époque où je pouvais encore rentrer à la maison sans m’inquiéter d’être contrôlée par les soldats ou de rater l’heure du couvre-feu ou d’être arrêtée – que j’ai réalisé que je ne le lui avais pas dit en retour. La première fois qu’il m’avait dit qu’il m’aimait, j’avais oublié de le lui dire aussi.
J’aurais dû. Si j’avais su ce qui allait arriver et ce que j’allais découvrir sur l’amour et la guerre, je me serais arrangée pour le lui dire à ce moment-là.
C’est bien ma faute.

petit bac 2019(3) Objet

 

La Toile du monde – Antonin Varenne

logo prix audiolib 2019

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Audiolib – février 2019 – 9h46 – Lu par Julien Defaye

Albin Michel – août 2018 – 352 pages

Quatrième de couverture :
1900, Exposition Universelle de Paris. Aileen Bowman, trente-cinq ans, journaliste,
célibataire, est venue couvrir l’événement pour le New York Tribune. Née d’un
baroudeur anglais et d’une française utopiste, élevée dans le décor sauvage des
plaines du Nevada, Aileen est une femme affranchie de tout lien et de toute
morale, mue par sa passion et ses idéaux humanistes. Au fil d’un récit qui nous
immerge au coeur de la ville en chantier, du métropolitain naissant aux quartiers
des bordels chers aux peintres, la personnalité singulière d’Aileen se confond
avec la ville lumière. Un portrait en miroir qui dessine la toile du monde, de
l’Europe à l’Amérique, du XIXe et au XXe siècle, du passé d’Aileen à un destin qu’elle n’imagine pas.
La Toile du monde possède le souffle sensuel et l’énergie des grands romans
qui plient la réalité aux dimensions du rêve. Après Trois mille chevaux-vapeur et
Équateur, Antonin Varenne signe une oeuvre saisissante et confirme la singularité
de son talent.

Auteur : De nombreuses fois couronné pour ses romans noirs (Fakirs ; Le Mur, le Kabyle et le Marin…), Antonin Varenne, dans la lignée des grands noms du genre, livre avec La Toile du monde une oeuvre romanesque remarquable. Il est également l’auteur, chez Albin Michel, de deux romans d’aventures : Trois mille chevaux-vapeur (2014) et Équateur (2017). Né à Paris en 1973, il vit actuellement dans la Creuse.

Lecteur : Julien Defaye est comédien et photographe. Il se forme à l’école Nationale d’Arts Décoratifs de Limoges puis à l’École régionale des beaux-arts de Nantes. Il étudie ensuite le cinéma à l’Université de Québec de Montréal et investit le champ théâtral sous divers angles : jeu, scénographie, création vidéo, lectures, atelier. Il travaille ainsi avec plusieurs metteurs en scène, en tant que plasticien ou réalise la création vidéo de spectacles ainsi que la scénographie.

Mon avis : (écouté en avril 2019)
Cette lecture m’a laissée sur ma faim et m’a déçue.
1900, Paris. A l’occasion de l’Exposition Universelle, Aileen Bowman, jeune journaliste américaine, débarque sur le vieux continent pour couvrir l’événement. Avec ses pantalons, son chapeau, sa grande chevelure rousse et ses grandes idées, elle ne passe pas inaperçue…  Aileen est un personnage haut en couleur. Progressiste, féministe, elle aime l’aventure. Élevée dans un ranch dans le Nevada, parmi les indiens et les bêtes, elle n’a peur de rien. Elle parle parfaitement le français car sa mère venait d’Alsace et ce voyage est l’occasion de découvrir ses origines.
Au début de ma lecture, j’étais enthousiaste par les descriptions de Paris en pleine mutation, par l’effervescence autour de l’Exposition Universelle, par la rencontre d’Aileen avec le peintre Julius LeBlanc Stewart (personnage réel).
De même, les articles d’Aileen pour le journal La Fronde sont audacieux et très réussis.
Mais au fil de ma lecture, j’ai peu à peu décroché car beaucoup de sujets sont abordés, cela manque de cohérence et cela reste en surface et manque de profondeur.
Rien à reprocher au lecteur qui raconte parfaitement cette histoire foisonnante, mais cela ne rattrape pas les défauts de ce roman.

Extrait : (début du livre)
New York Tribune, mars 1900
De notre envoyée spéciale Aileen Bowman

LE VENT DE L’AVENIR

C’est à bord d’un paquebot français que nous avons embarqué, avec mille autres passagers, à destination de Paris bientôt illuminée de millions de lumières.
Le Touraine, par un hasard curieux, est le dernier vaisseau de la Compagnie générale transatlantique à être encore gréé. Ajoutées à la vapeur, ses voiles jettent leurs ombres rondes sur le pont métallique. Le coton des toiles, alors que nous voguons vers la plus grande Exposition universelle jamais imaginée, fait figure de vieille tradition, d’hommage à une ancienne marine et un ancien temps. Le blanc coton de notre Sud, richesse des empires, sur lequel roule le panache noir des cheminées à charbon. Le bruit du vent est couvert par le sifflement de la chaudière. Mais aussi différentes que soient les forces propulsant le Touraine, elles nous mènent ensemble. L’étrave du navire, sans faiblir, tranche les vagues de l’Atlantique.
Un vieil oncle – rude pionnier d’une époque disparue – avait coutume de me raconter l’héroïque conquête du continent américain. Il concluait ses récits, un sourire aux lèvres, par cette phrase devenue formule magique pour l’enfant que j’étais : « L’Amérique ne connaît qu’une seule direction, l’ouest ». Pourtant, durant les six prochains mois, les boussoles de la planète ne connaîtront plus qu’un pôle, un nord éphémère et brillant : Paris.
Cette traversée vers l’Europe, pour nous, citoyens de la jeune nation américaine, est un voyage vers les origines. De telles idées – ou peut-être les voiles du navire ? – font naître à bord un sentiment surprenant, en route vers cette gigantesque exhibition de nouvelles technologies : la nostalgie. Particulière émotion, attachée à un objet qui lui échappe, le passé déjà consumé. Si la mémoire était une pomme, la nostalgie serait le ver qui s’en nourrit et dévore sa demeure.
L’évidence est là : en célébrant un siècle neuf, nous refermerons la porte de celui dans lequel nous sommes nés. Une menace plane sur nos souvenirs : le progrès, dans son empressement, balayera-t-il notre mémoire ? Parmi les passagers du Touraine, tout le monde ne s’encombre pas de tels doutes.

Déjà lu du même auteur :

9782356417251-T Trois mille chevaux-vapeur

petit bac 2019(2) Objet

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee et Fred Fordham

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traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Stoïanov,
relu et actualisé par Isabelle Hausser

Titre original : To Kill a Mockingbird, 1960

Quatrième de couverture :
Livre culte dans le monde entier, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur raconte l’histoire d’Atticus Finch, jeune avocat, qui élève seul ses deux enfants Jem et Scout. Lorsqu’il est commis d’office pour la défense d’un homme noir accusé d’avoir violé une femme blanche, la vie de la petite famille bascule. Nous sommes dans les années 1930, dans une petite ville de l’Alabama et certaines vérités peuvent être dangereuses à démontrer…
Grâce au talent de Fred Fordham (notamment découvert en France grâce à Nightfall, paru chez Delcourt), ce roman graphique donne une nouvelle vie au chef d’œuvre d’Harper Lee. L’illustrateur a exploré les lieux qui ont compté pour la mythique auteure américaine en se plongeant dans sa vie afin de s’approcher au plus près de son imaginaire. Fred Fordham offre un éclairage inédit du texte avec ce magnifique ouvrage qui renforce encore la modernité de l’œuvre de Lee. Couronné par le prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est l’un des plus grands classiques de la littérature du xxème siècle.

Auteurs : Harper Lee est née en 1926 à Monroeville, dans l’Alabama. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, premier et longtemps unique roman de celle qui fut la grande amie de Truman Capote, a connu un destin hors du commun, et demeure à ce jour l’un des livres les plus aimés des lecteurs du monde entier. Harper Lee a créé l’événement en publiant, cinquante ans plus tard, Va et poste une sentinelle (2015). Elle est décédée le 19 février 2016.
Fred Fordham est né en 1985 et a grandi dans le nord de Londres. Parallèlement à ses études de sciences politiques et de philosophie à Sussex University, il travaillait en tant que portraitiste et muraliste. Désormais illustrateur, on lui doit notamment la série Nightfall.

Mon avis : (lu en février 2019)
Cette histoire est un grand classique de la littérature américaine écrit en 1960 et qui nous plonge au cœur du sud des Etats-Unis, dans l’Alabama, dans les années 30, quand les noirs et les blancs vivaient séparés.
La narratrice, Scout, est âgée d’une dizaine d’années, elle vit à Maycomb avec son grand frère Jem, leur père veuf et leur gouvernante Calpunia. C’est l’été, le temps de l’innocence et des jeux avec Dill, le petit voisin, ils construisent des cabanes, se font peur en passant devant la maison du mystérieux Boo Radley… Leur père, Atticus Finch, est un avocat qui défend le plus souvent des causes perdues. Le regard d’enfant de Scout et Jem va changer le jour où ils assistent au procès où leur père défend un homme noir, accusé à tort de viol sur une femme blanche. 
L’adaptation de ce roman initiatique qui incite au respect, à la tolérance et à l’amitié est magnifiquement réussi. Fidèle au texte, on ne peut s’empêcher de retrouver également des images du film « Du silence et des ombres » adaptation au cinéma de Robert Mulligan en 1962, avec Grégory Peck qui recevra l’Oscar du meilleur acteur.
Une bande dessinée idéale pour faire connaître cette oeuvre et donner envie de lire l’original !

Extrait : 

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Extrait en ligne

petit bac 2019(2) Animal

Déjà lu du même auteur :

41238697_p  Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

ne tirez Ne tirez-pas sur l’oiseau moqueur (version audio)

My Absolute Darling – Gabriel Tallent

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Audiolib – octobre 2018 – 12h52 – Lu par Marie Bouvet

Gallmeister – mars 2018 – 453 pages

traduit de l’américain par Laura Derajinski

Titre original : My absolute darling, 2017

Quatrième de couverture :
À quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la côte nord de la Californie avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu’elle parcourt sur des kilomètres. Mais si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.

Auteur : Gabriel Talent est né en 1987, au nouveau-Mexique, et a grandi en Californie. Il a mis huit ans à écrire My Absolute Darling, son premier roman, qui a aussitôt été encensé par la critique et fait partie des meilleures ventes aux Etats-Unis et en France. Il vit aujourd’hui avec sa femme à Salt Lake City.

Lecteur : Depuis son diplôme aux Beaux-Arts de Paris en 2005, Marie Bouvet expérimente différentes formes d’expression corporelle et artistique comme l’écriture scénaristique, la radio, le combat scénique ou l’acting. Sur les plateaux de tournage, sur scène ou en studio, elle met en œuvre tout son savoir-faire artistique et sa sensibilité pour être au plus près de la vérité des personnages, défendre ses valeurs et porter des projets riches de sens.

Mon avis : (écouté en février 2019)
C’est un roman très fort et dérangeant. Un roman à la fois d’apprentissage et d’aventure. Julia, surnommée Turtle, a été élevée par un père autoritaire dans un environnement rustique, une cabane remplie d’armes et d’outils, habillée comme un garçon. A 14 ans, Turtle est dans son élément lorsqu’elle arpente en solitaire les bois et la nature en mode survie, elle est très douée également dans le maniement des armes. Mais, à l’école, elle ne se sent pas à sa place et se pense idiote…
Peu à peu, le lecteur découvre la nature toxique de la relation extrême qu’il existe entre Turtle et son père. Aveuglée par sa loyauté, Turtle se refuse à trahir celui qui lui a tout appris. Turtle va mettre du temps à comprendre que ce père est, vis à vis d’elle, à la fois plein d’un amour absolu mais aussi étouffant et violent.
La nature sauvage, luxuriante et splendide sert de décor. Turtle profite de ses sorties en forêt, en bord de l’océan pour se ressourcer et pour supporter les huis clos avec son père.
Turtle va-t-elle réussir à échapper à ce père et à espérer vivre sa propre vie ?
La voix de Marie Bouvet, jeune et douce, contraste parfaitement avec la violence et brutalité des mots et de certaines scènes parfois insoutenables…
Les descriptions sont extrêmement précises, les émotions sont fortes et complexes et on ne peut qu’être sous tension et happé par cette histoire troublante et dérangeante…

Je n’oublierai pas avant longtemps ce personnage de Turtle, adolescente d’une intelligence et d’une force de caractère incroyable !
Livre coup de cœur et coup de poing !

Extrait : (début du livre)
LA vieille maison est tapie sur sa colline, avec sa peinture blanche écaillée, ses baies vitrées, ses frêles balustrades en bois envahies de sumac vénéneux et de rosiers grimpants. Leurs tiges puissantes ont délogé les bardeaux qui s’entremêlent désormais parmi les joncs. L’allée de graviers est jonchée de douilles vides tachées de vert-de-gris. Martin Alveston descend du pick-up et ne regarde pas Turtle qui reste assise derrière lui dans l’habitacle, il gravit le porche, ses chaussures militaires émettent un son creux sur les planches, un homme robuste en chemise à carreaux et jean Levi’s qui ouvre la porte vitrée coulissante. Turtle attend, elle écoute les cliquetis du moteur avant de lui emboîter enfin le pas.
Dans le salon, une fenêtre est barricadée de feuilles de métal et de contreplaqué d’un centimètre clouées au chambranle, couvertes de cibles de tir. Les impacts sont si rapprochés, on croirait que quelqu’un y a plaqué un calibre 10 avant d’en exploser le centre ; les balles scintillent dans leurs trous déformés comme l’eau au fond d’un puits.
Son papa ouvre une conserve de haricots Bush’s sur le vieux poêle et il gratte une allumette contre son pouce pour démarrer le feu qui grésille et se réveille lentement, sa flamme orange contre les murs sombres en séquoia, les placards en bois brut et les pièges à rats tachés de graisse.
À l’arrière de la cuisine, la porte n’a pas de verrou, rien que des trous en guise de poignée et de serrure, Martin l’ouvre d’un coup de pied et sort sur le porche à moitié terminé, les lattes disjointes peuplées de lézards des palissades et de mûriers parmi lesquels jaillissent des prêles et de la menthe sauvage, douce avec son étrange duvet et ses relents amers. Debout jambes écartées sur les lattes, Martin saisit la poêle où il l’a suspendue sur les bardeaux défaits afin que les ratons laveurs l’y lèchent et la nettoient. Il ouvre le robinet à l’aide d’une clé à molette rouillée et asperge la fonte, puis il arrache des poignées de prêle pour frotter les endroits encore sales. Il rentre, dépose la poêle sur la plaque du fourneau où l’eau crache et siffle. Il ouvre le frigo vert olive dont l’ampoule a grillé et en sort deux steaks enveloppés dans un papier marron de boucher, il tire de sa ceinture son couteau Daniel Winkler et l’essuie sur sa cuisse avant d’embrocher chaque steak au bout de la pointe et de les lancer dans la poêle.
Turtle saute sur le plan de travail – des planches en séquoia rugueux, les clous entourés d’anciennes empreintes de marteau. Elle prend un Sig Sauer parmi les conserves jetées là et fait coulisser la glissière afin de voir le cuivre logé dans la chambre. Elle lève l’arme et se retourne pour voir sa réaction, il reste figé, une main sur les placards, il sourit d’un air fatigué sans lever les yeux.

petit bac 2019(3) Adjectif

Bienvenue au Motel des Pins perdus – Katarina Bivald

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Lu en partenariat avec Babelio et Denoël

81YHN7-CCtL Denoël – février 2017 – 576 pages

traduit du suédois par Lucas Messmer

Titre original : En dag ska jag lämna allt det här, 2018

Quatrième de couverture :
On meurt tous un jour… pas forcément dès le premier chapitre ! C’est pourtant ce qui arrive à Henny. Mais elle se refuse à quitter notre monde sans avoir accompli une dernière tâche : retrouver, réconcilier et rendre heureux ses anciens amis. Drôle, farfelue et émouvante, Henny est l’amie qu’on rêve d’avoir à ses côtés… vivante de préférence !

Auteur : Katarina Bivald a grandi en travaillant à mi-temps dans une librairie. Aujourd’hui, elle vit près de Stockholm, en Suède, avec sa sœur et autant d’étagères à livres que possible. Bienvenue au Motel des Pins perdus est son troisième roman, après La Bibliothèque des cœurs cabossés et Le Jour où Anita envoya tout balader.

Mon avis : (lu en février 2019)
J’ai lu ce livre sans déplaisir, mais sans plus.
Tout commence avec la mort brutale d’Henny Broek, renversée par un camion devant le Motel des Pins Perdus, qu’elle tient avec son amie d’enfance MacKenzie. Henny ne disparaît pas vraiment, au moins pour le lecteur, car elle devient le narrateur de cette histoire.
Quelques jours avant sa mort, Henny avait vu le retour de son amour de jeunesse, Michael, géologue, parti arpenter le monde. Avec sa mort, c’est également le retour à Pine Creek, du dernier membre du quatuor d’enfance, Camilla. 
Après avoir découvert, à travers le regard de ses amis, qui était vraiment Henny et le quotidien de Pine Creek aujourd’hui et autrefois. MacKenzie, Camilla et Michael décident de tout faire pour sauver le Motel qu’une partie de la ville voudrait voir disparaître…
C’est une histoire d’amitié et d’amour, avec de l’humour, de la solidarité et surtout de la réconciliation. Il est question de lutte contre les esprits étroits et les nombreux personnages sont attachants, en particulier, pour ma part, MacKenzie.

J’ai trouvé cependant le livre trop long et le personnage d’Henny sans relief. Et je me demande également pourquoi Katarina Bivald, auteure suédoise, a-t-elle voulu raconter une histoire qui se passe aux États-Unis ? 

Extrait : (début du livre)
De mon vivant, ma dernière pensée se tourna vers le corps de Michael.
Je me répète en boucle « le corps de Michael, le corps de Michael, le corps de Michael », comme s’il s’agissait d’un miracle devant lequel je doutais encore.
C’est alors que j’aperçois la forme au milieu de la route.
Cette route, je la connais dans ses moindres détails : l’asphalte qui prend un air encore plus craquelé sous le soleil de l’après-midi, le gravier le long du bas-côté, le parfum douceâtre des aiguilles de pin. Pour l’instant, je ne ressens qu’un léger étonnement. Je ne percute pas immédiatement que j’observe un corps, et la possibilité qu’il s’agisse d’un être humain ne m’effleure même pas l’esprit.
On dirait tout simplement un sac que quelqu’un a jeté là. Mais c’est sacrément gros, quand même. Je finis par avancer dans sa direction, tout en me demandant ce que je vais faire.
En tout cas, c’est trop gros pour être l’un des habituels animaux écrasés. Peut-être une biche, complètement immobile, et non en proie aux derniers soubresauts frénétiques qui précèdent généralement la mort. J’ai horreur de voir des animaux sur le point de mourir. Ils savent toujours que leur fin est proche, alors même que leur corps se débat mécaniquement, par instinct.
Ce n’est qu’en approchant que je distingue une jambe droite, indéniablement humaine, mais tordue dans un angle impossible. Encore sous le choc, je reconnais mon plus beau jean et ce qui reste de mon chemisier favori.
Les pois rouge pâle ressortent clairement, mais je n’arriverai jamais à nettoyer entièrement les parties blanches du tissu.
Je ne reconnais pas mes cheveux. Ma couleur châtain clair est tachée de gravier, d’huile de moteur et d’un liquide que je soupçonne être du sang. Le bras gauche forme un angle droit avec le torse, et le bras droit… a disparu.
D’instinct, je vérifie mon flanc droit. Mon bras est pourtant toujours là.
À vingt mètres de moi, un camion est immobilisé en travers de la route. Un homme âgé d’une quarantaine d’années se tient au capot, le regard rivé au sol. On dirait que ses jambes ne vont pas tarder à lâcher.
Il parvient néanmoins à avancer de deux pas chancelants en direction du bas-côté, avant de se pencher au-dessus des fougères. Je détourne les yeux, tandis qu’il hoquette, puis vomit.
Malgré tout, il trouve la force de retourner à son véhicule sans s’effondrer. Il est plutôt maigrelet et flotte un peu dans sa chemise. Les mains tremblantes, il sort son téléphone portable pour prévenir la police. Accident. Pine Creek. Près du motel. Après la sortie. Une… blessée.
Nous avons l’air bien isolés, au milieu des pins. Il vacille d’avant en arrière tout en marmonnant dans sa barbe. Je ne sais vraiment pas quoi faire pour lui. J’essaie maladroitement de lui tapoter l’épaule, comme pour m’excuser, mais c’est inutile.
C’est alors que j’entends ce qu’il murmure :
— Pas morte, pas morte, pas morte.
Un mantra. Une prière qu’il répète, encore et encore.

Déjà lu du même auteur :

102696527 (1) La Bibliothèque des cœurs cabossés

111148641 Le jour où Anita envoya tout balader

 

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petit bac 2019(2) Végétal

Le Lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux – Martha Hall Kelly

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Charleston éditions – janvier 2018 – 576 pages

Pocket – janvier 2019 – 672 pages

traduit de l’américain par Géraldine d’Amicot

Titre original : Lilac girls, 2016

Quatrième de couverture :
Septembre 1939 : les hordes nazies déferlent sur la Pologne. Commence alors, pour trois femmes que tout oppose, un terrible et rigoureux hiver…
Il y a Caroline, d’abord. L’ancienne actrice américaine vit dans l’opulence, mais la guerre en Europe va bouleverser tout son quotidien… Kasia ensuite, cette jeune Polonaise qui rentre en Résistance, au péril de sa vie et de celles des siens. Herta, enfin, que son ambition dévorante jettera parmi les monstres – au point de s’y conformer.
Toutes trois l’ignorent encore mais elles ont rendez-vous, au plus noir de l’hiver : au camp de Ravensbrück…
Un premier roman remarquable sur le pouvoir méconnu des femmes à changer l’Histoire à travers la quête de l’amour, de la liberté et des deuxièmes chances.

Auteur : Martha Hall Kelly vit à Atlanta, en Géorgie. Son premier roman, Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux, a paru en 2018. Comparé à Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay, inspiré de faits réels, ce roman est devenu dès sa parution un best-seller du New York Times.  

Mon avis : (lu en décembre 2018)
C’est grâce au Café Lecture de la Bibliothèque que j’ai découvert ce livre. Martha Hall Kelly s’est inspirée de faits réels pour raconter l’histoire de trois femmes durant la Seconde Guerre mondiale : l’américaine Caroline Ferriday , l’allemande Herta Oberheuser et l’adolescente polonaise Kasia Kuzmerick. Les deux premières ont réellement existé, la dernière est un personnage de fiction inspiré de personnes réelles. 
Caroline Ferriday est une philanthrope américaine qui travaille bénévolement au consulat de France de New-York  avec l’Association des Déportés et Internées Résistantes (ADIR) afin de venir en aide aux orphelins français.
Kasia est une jeune résistante Polonaise envoyée à Ravensbruck, camp de concentration pour femmes, où elle croisera la route de l’ambitieuse médecin allemand Herta Oberheuser qui lui fera subir de cruelles expérimentations médicales.
Cette histoire dénonce la lâcheté et la cruauté de ces années mais montre également le courage et la force de Kasia et Caroline pour que l’Histoire n’oublie jamais.

Extrait : (début du livre)
Caroline
Si j’avais su que j’allais rencontrer l’homme qui me fracasserait comme le pot de terre contre le pot de fer, j’aurais fait la grasse matinée plutôt que de tirer de son lit notre fleuriste, M. Sitwell, pour qu’il me prépare une boutonnière. C’était mon premier gala au consulat et je n’allais pas me gêner.
Je me fondis dans la marée humaine qui remontait la cinquième avenue. Des hommes coiffés de feutre gris me dépassaient. Les journaux du matin, fichés dans leurs mallettes, arboraient les derniers titres anodins de la décennie. Aucun orage ne menaçait à l’est ce jour-là, aucun mauvais présage de ce qui nous attendait. Rien de mauvais ne nous venait de l’Europe, si ce n’est l’odeur d’eau stagnante qui montait de l’East River.
À l’approche de notre immeuble, au coin de la cinquième avenue et de la 49e rue, je sentis le regard de Roger qui me guettait de sa fenêtre à l’étage. Il avait licencié des employés pour bien moins que vingt minutes de retard. Mais je n’allais quand même pas me contenter d’une boutonnière minable, le seul jour de l’année où l’élite new-yorkaise ouvrait son portefeuille et prétendait se soucier de la France.
Je passai le coin et vis les lettres d’or gravées sur la pierre angulaire briller au soleil : LA MAISON FRANÇAISE. Le bâtiment français où se trouvait le consulat de France se dressait à côté de celui de l’Empire britannique. Tous les deux donnaient sur la cinquième avenue et faisaient partie du Rockefeller Center, le nouvel ensemble de granit et de calcaire construit par Rockefeller Junior. De nombreux consulats étrangers y avaient leurs bureaux, ce qui favorisait les échanges diplomatiques internationaux.
— Avancez jusqu’au fond et tournez-vous vers la porte, ordonna Cuddy, notre garçon d’ascenseur.
M. Rockefeller avait lui-même trié tous ses employés sur le volet, selon des critères esthétiques et en fonction de leurs bonnes manières. Cuddy était particulièrement beau même si ses cheveux étaient déjà poivre et sel, comme si son corps se hâtait de vieillir.
Cuddy fixa les chiffres illuminés au-dessus des portes.
— Il y a foule dans vos bureaux aujourd’hui, mademoiselle Ferriday. Pia a dit que deux nouveaux bateaux étaient arrivés.
— Merveilleux.
Cuddy épousseta une poussière invisible sur la manche de sa veste d’uniforme bleu marine.
— Est-ce que vous finirez encore tard ce soir ?
Si nos ascenseurs étaient censés être les plus rapides du monde, ils prenaient quand même une éternité.
— Je partirai à cinq heures ce soir. Nous avons un gala.
J’adorais mon travail. C’était ma grand-mère Woolsey qui avait instauré la tradition du bénévolat dans ma famille en soignant des soldats sur le champ de bataille de Gettysburg. J’étais responsable de l’aide aux familles pour le consulat de France, mais ce n’était pas vraiment du travail à mes yeux, plutôt une passion héréditaire pour tout ce qui était français. Mon père avait beau être à demi irlandais, son cœur battait pour la France. De plus, Mère avait hérité d’un appartement à Paris, où nous passions tous les mois d’août, aussi m’y sentais-je chez moi.
L’ascenseur s’arrêta. La terrible cacophonie qui me parvint, même à travers les portes fermées, me fit trembler.
— Troisième étage, annonça Cuddy. Consulat de France. Attention à…

petit bac 2019(1) Végétal

 

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