Festival America – vendredi 21/09

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Comme prévu, j’ai passée mon vendredi après-midi dans la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville, pour commencer, il y a eu la remise du Prix Page / America 2018.

P1040499_25_75 P1040504_25_75.jpgPascal Thuot (co-organisteur du Festival)                      Hernán Díaz et son éditrice
Claire Gardet (rédactrice en chef de la revue Page des Libraires)

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Puis il était temps du premier Café des Libraires,
Animé par Maëtte Chantrel, autour d’un thème, les auteurs sont interrogés
par un ou une libraire pour présenter leurs derniers livres parus en France.
Au cours de chacune de ces rencontres, la première page de chaque livre présenté est lue par des étudiants du Conservatoire d’Art Dramatique de Vincennes.

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Le premier Café des Libraires sur le thème « Une société corrompue » 
animé par Simon Payen (Librairie Millepages, Vincennes)
avec et Martín Solares, Yanick Lahens, et Wendy Guerra.
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Yanick Lahens (Haïti)                              Wendy Guerra (Cuba)
(et sa traductrice Marianne Millon)

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Martín Solares (Mexique)

J’ai beaucoup aimé le discours de Yanick Lahens, j’ai envie de découvrir ces livres.
Wendy Guerra a une parole plus directe pour dénoncer ce qui se passe à Cuba.
Martín Solares qui parle le français avec un fort accent hispanique évoque la corruption au Mexique et dans son livre, le mot justice est banni, elle n’existe plus…
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Le deuxième Café des Libraires sur le thème « Une jeunesse tronquée »
animé par Christophe Daniel (Librairie La 25ème heure, Paris 14ème)
avec Kristopher Jansma, Jacqueline Woodson et Karla Suárez

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Kristopher Jansma (États-Unis)                 Jacqueline Woodson (États-Unis)

P1040528_25_75Karla Suárez (Cuba)

Jacqueline Woodson et Karla Suárez (qui parlait très bien le français) m’ont donné envie de découvrir leurs deux livres. Il est question de Brooklyn dans les années 70 à 90, quartier populaire, pour la première. Et du rapport de Cuba avec la guerre d’indépendance de l’Angola de 1975 à 1990, pour la seconde.

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Le troisième Café des Libraires est un spécial John Irving
animé par Pascal Thuot (Librairie Millepages, Vincennes)
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A l’occasion du 40ème anniversaire de la parution son livre « Le Monde selon Garp »,
John Irving est l’invité d’honneur du Festival America et une édition collector sort chez Seuil. Au grand regret de John Irving, le sujet de son livre est toujours d’actualité en 2018. Il est question de féminisme, de l’acceptation des minorités sexuelles…
L’échange a été très intéressant et plein d’humour…

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Avant de repartir, je fais un petit tour du Salon du Livre pour une récolte de quelques marque-pages, je craque pour le tote bag du Festival…
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Comme à chaque édition, j’ai passé une très bonne après-midi,
dépaysante et enrichissante…

Site du Festival America 2018

Catalogue du Festival America 2018

Videos du Festival America 2018

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Ginny Moon – Benjamin Ludwig

81yWH8t-h3L HarperCollins – mai 2017 – 432 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Caroline Valaud

Titre original : Ginny Moon, 2017

Quatrième de couverture :
Pour la première fois de sa vie, Ginny  Moon a trouvé sa Maison-pour-Toujours – un foyer avec une famille aimante qui saura la protéger et l’entourer. Le foyer dont n’importe quel enfant adopté pourrait rêver. Alors pourquoi cette adolescente de 14  ans cherche-t-elle à tout prix à se faire kidnapper par sa mère biologique, incapable de s’occuper d’elle ? Pourquoi Ginny veut-elle absolument retourner dans cet appartement où elle a failli mourir ?
C’est une adolescente comme les autres – elle joue de la flûte, s’entraîne pour le tournoi de basket de l’école et étudie les poèmes de Robert Frost –, à un détail près  : elle est autiste. Et certaines choses sont très importantes pour elle  : commencer sa journée avec précisément neuf grains de raisin, chanter sur Michael Jackson (son idole), manger de la pizza au bacon et à l’ananas et, surtout, retrouver sa mère biologique pour pouvoir s’occuper de sa Poupée, qui court un grand danger.
Avec les moyens limités et pourtant redoutables d’une enfant enfermée dans son monde intérieur, Ginny va tout mettre en œuvre pour la sauver.

Auteur : Titulaire d’un double master d’anglais et d’écriture, Benjamin Ludwig est enseignant. Il vit dans le New  Hampshire avec son épouse et sa fille, une jeune femme autiste qu’il a adoptée quand elle était adolescente. Ginny  Moon est son premier roman  : il lui a été inspiré en partie par ses échanges avec les parents d’autres enfants particuliers, lors des jeux Olympiques spéciaux de basket organisés par l’école de sa fille.

Mon avis : (lu en juillet 2018)
J’ai découvert ce livre grâce au Café Lectures de la Bibliothèque.
Ginny n’est pas une adolescente comme les autres, elle est autiste. A l’âge de 9 ans, elle a été retirée à sa mère biologique, à cause des mauvais traitements dont elle était victime. Aujourd’hui, Ginny a 14 ans, et elle vit avec Maura et Brian, ses parents adoptifs ou « Parents-pour-toujours » comme elle aime les appeler. Malgré tout l’amour et la stabilité que ceux-ci lui donnent, Ginny n’arrive pas à être heureuse. Elle ne cesse pas tenter de contacter sa mère biologique car sa Poupée lui manque. Lorsque la police est venue la chercher, Ginny a du abandonner sa Poupée dans une valise… 
Ginny est la narratrice, le lecteur découvre donc toutes ses pensées, ses angoisses, ses peurs, alors que dans la vraie vie, elle a beaucoup de difficultés à communiquer avec ses proches. La lecture n’est pas toujours fluide, car Ginny a sa façon de penser propre à elle et passe souvent du coq à l’âne.
Avec beaucoup de sensibilité et de tendresse, l’auteur a su rendre le personnage de Ginny très attachant et à faire un roman plein de vie, avec des touches d’humour.

Extrait : (début du livre)
Le bébé électronique en plastique n’arrête pas de pleurer.
Mes Parents-pour-toujours disent que c’est pareil qu’un vrai bébé même si je pense le contraire. Il est jamais content. Même quand je le berce. Même quand je change sa couche et que je lui donne son biberon. Si je dis chut, chut, chut et que je lui donne mon doigt à suçoter, il a l’air bête et c’est tout, et il hurle, hurle, hurle.
Je le serre encore contre moi et je dis, tout doux, tout doux. Ensuite, j’essaie tous les trucs que Gloria faisait quand je piquais mes crises. Je pose ma main derrière sa tête et je me balance sur la pointe des pieds.
Ma voix monte et descend, comme si je chantais une chanson.
Je dis :
— Là, là.
Et :
— Je suis vraiment désolée.
Mais il ne s’arrête toujours pas.
Je le pose sur mon lit et il crie plus fort, alors je commence à chercher ma Poupée. La vraie. Même si je sais qu’elle n’est pas là. Je l’ai laissée dans l’appartement de Gloria, mais comme les bébés qui pleurent me rendent vraiment, vraiment angoissée, il faut que je cherche. C’est une sorte de règle dans mon cerveau. Je cherche dans mes tiroirs, dans mon placard, dans tous les endroits où une Poupée pourrait être.
Même dans la valise. Elle est grande et noire et elle ressemble à une boîte. Je la tire de sous le lit, je fais glisser la fermeture Eclair qui est tout autour. Mais ma Poupée n’est pas dedans.
Je respire fort. Il faut que ça s’arrête. Si je mets le bébé électronique en plastique dans la valise avec assez de couvertures et de peluches et que je le cache sous le lit, peut-être que je n’entendrai plus rien, comme si je mettais le bruit tout au fond de mon cerveau.
Parce que le cerveau est dans la tête. C’est un endroit très, très sombre, où personne ne peut rien voir à part moi.
Alors je pose le bébé électronique en plastique dans la valise et je commence à attraper des couvertures. Je les empile sur son visage et je mets aussi un oreiller et des peluches. Je pense que dans quelques minutes, il ne fera plus de bruit.
Parce que pour pleurer, il faut pouvoir respirer.

La disparition de Stephanie Mailer – Joël Dicker

51SS6IRxAIL Editions de Fallois – mars 2018 – 640 pages

Quatrième de couverture :
30 juillet 1994. Orphea, petite station balnéaire tranquille des Hamptons dans l’État de New York, est bouleversée par un effroyable fait divers: le maire de la ville et sa famille sont assassinés chez eux, ainsi qu’une passante, témoin des meurtres.
L’enquête, confiée à la police d’État, est menée par un duo de jeunes policiers, Jesse Rosenberg et Derek Scott. Ambitieux et tenaces, ils parviendront à confondre le meurtrier, solides preuves à l’appui, ce qui leur vaudra les louanges de leur hiérarchie et même une décoration.
Mais vingt ans plus tard, au début de l’été 2014, une journaliste du nom de Stephanie Mailer affirme à Jesse qu’il s’est trompé de coupable à l’époque.
Avant de disparaitre à son tour dans des conditions mystérieuses.
Qu’est-il arrivé à Stephanie Mailer?
Qu’a-t-elle découvert?
Et surtout: que s’est-il vraiment passé le soir du 30 juillet 1994 à Orphea?

Auteur : Joël Dicker est né à Genève en 1985. Son premier roman, Les Derniers Jours de nos pères, a reçu les Prix des écrivains genevois en 2010. Il a publié en 2012 La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, qui a obtenu successivement le Prix de la Vocation Bleustein-Blanchet, le Grand Prix du Roman de l’Académie française et le 25e Prix Goncourt des Lycéens.
En 2015 il a publié Le Livre des Baltimore.

Mon avis : (lu en juillet 2018)
Je n’avais pas lu de livre de Joël Dicker depuis le fameux « La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert ». Le Challenge Pavé de l’été était la bonne occasion pour découvrir son dernier roman.
2014, le capitaine de police Jesse Rosenberg est sur le point de prendre sa retraite, quand la journaliste Stephanie Mailer lui dit qu’il s’est trompé de coupable dans son enquête sur le quadruple meurtre de 1994 à Orphea.
Quelques jours plus tard, Stephanie Mailer disparaît. Avec son ancien coéquipier, Derek Scott, et Anna, une nouvelle policière de la ville d’Orphéa, Jesse reprend l’enquête de 1994, tout en recherchant la journaliste disparue.
L’intrigue est complexe, bien construite, l’enquête est captivante et la lecture addictive… Difficile de lâcher tous ses nombreux personnages qui défilent en alternance en 1994 et en 2014 et qui deviennent suspects tour à tours… Secrets, révélations, fausses pistes, rebondissements et un trio d’enquêteurs très attachants, voilà un livre que j’ai dévoré avec beaucoup de plaisir ! Bravo !

Extrait : (début du livre)
À propos des événements du 30 juillet 1994

Seuls les gens familiers avec la région des Hamptons, dans l’État de New York, ont eu vent de ce qui se passa le 30 juillet 1994 à Orphea, petite ville balnéaire huppée du bord de l’océan.
Ce soir-là, Orphea inaugurait son tout premier festival de théâtre, et la manifestation, de portée nationale, avait drainé un public important. Dès la fin de l’après-midi, les touristes et la population locale avaient commencé à se masser sur la rue principale pour assister aux nombreuses festivités organisées par la mairie. Les quartiers résidentiels s’étaient vidés de leurs habitants, au point de prendre des allures de ville fantôme : plus de promeneurs sur les trottoirs, plus de couples sous les porches, plus d’enfants en patins à roulettes dans la rue, personne dans les jardins. Tout le monde était dans la rue principale.
Vers 20 heures, dans le quartier totalement déserté de Penfield, la seule trace de vie était une voiture qui sillonnait lentement les rues abandonnées. Au volant, un homme scrutait les trottoirs, avec des lueurs de panique dans le regard. Il ne s’était jamais senti aussi seul au monde. Personne pour l’aider. Il ne savait plus quoi faire. Il cherchait désespérément sa femme : elle était partie courir et n’était jamais revenue.

Samuel et Meghan Padalin faisaient partie des rares habitants à avoir décidé de rester chez eux en ce premier soir de festival. Ils n’avaient pas réussi à obtenir de tickets pour la pièce d’ouverture, dont la billetterie avait été prise d’assaut, et ils n’avaient éprouvé aucun intérêt à aller se mêler aux festivités populaires de la rue principale et de la marina.
À la fin de la journée, Meghan était partie, comme tous les jours, aux alentours de 18 heures 30, pour faire son jogging. En dehors du dimanche, jour pendant lequel elle octroyait à son corps un peu de repos, elle effectuait la même boucle tous les soirs de la semaine. Elle partait de chez elle et remontait la rue Penfield jusqu’à Penfield Crescent, qui formait un demi-cercle autour d’un petit parc. Elle s’y arrêtait pour s’adonner à une série d’exercices sur le gazon – toujours les mêmes – puis retournait chez elle par le même chemin. Son tour prenait trois quarts d’heure exactement. Parfois cinquante minutes si elle avait prolongé ses exercices. Jamais plus.
À 19 heures 30, Samuel Padalin avait trouvé étrange que sa femme ne soit toujours pas rentrée.
À 19 heures 45, il avait commencé à s’inquiéter.
À 20 heures, il faisait les cent pas dans le salon.
À 20 heures 10, n’y tenant plus, il avait finalement pris sa voiture pour parcourir le quartier. Il lui sembla que la façon la plus logique de procéder était de remonter le fil de la course habituelle de Meghan. C’est donc ce qu’il fit.
Il s’engagea sur la rue Penfield, et remonta jusqu’à Penfield Crescent, où il bifurqua. Il était 20 heures 20. Pas âme qui vive. Il s’arrêta un instant pour observer le parc mais n’y vit personne. C’est en redémarrant qu’il aperçut une forme sur le trottoir. Il crut d’abord à un amas de vêtements. Avant de comprendre qu’il s’agissait d’un corps. Il se précipita hors de sa voiture, le cœur battant : c’était sa femme.

Déjà lu du même auteur :

la_v_rit__sur_l_affaire_harry_quebert La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert

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Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens – Becky Albertalli

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – juin 2018 – 5h51 – Lu par Gauthier Battoue

Hachette – avril 2015 – 320 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Mathilde Tamae-Bouhon

Titre original : Simon vs. the Homo Sapiens Agenda, 2015

Quatrième de couverture :
Moi, c’est Simon. Simon Spier. Je vis dans une petite ville en banlieue d’Atlanta (traduisez : un trou paumé). J’ai deux soeurs, un chien et les trois meilleurs amis du monde. Je suis fan d’Harry Potter, j’ai une passion profonde pour les Oréos, je fais du théâtre. Et je suis raide dingue de Blue.
Blue, c’est un garçon que j’ai rencontré sur le Tumblr du lycée. On se dit tout, sauf notre nom. Je le croise peut-être tous les jours dans le couloir, mais je ne sais pas qui c’est. En fait, ça me plaît bien : je ne suis pas du tout pressé d’annoncer à tout le monde que je suis gay. Personne n’est au courant, à part Blue… et maintenant cette fouine de Martin Addison, qui a lu mes e-mails et menace de tout révéler…
Un héros irrésistible, un style plein d’humour et une histoire d’amour captivante : voilà le roman inoubliable qui a inspiré le film Love, Simon. Lu par la voix française de Simon au cinéma.

Auteur : Becky Albertali est née dans la banlieue d’Atlanta. L’écriture et la lecture ont toujours été importantes pour elle. Elle suit des études de psychologie dans une université du Connecticut et passe un an en Écosse, à l’université de Saint Andrews. Elle déménage ensuite à Washington pour y passer son doctorat. Après avoir été psychologue, elle se consacre désormais à l’écriture.

Lecteur : Comédien depuis ses 16 ans, Gauthier Battoue a joué pour le théâtre (Chère Elena, mis en scène par Didier Long), la télévision et le cinéma (Bonne Pomme avec Gérard Depardieu). Il est le doubleur de Zach Efron, Ezra Miller et Dylan Minette (Clay dans la série).

Mon avis : (écouté en juillet 2018)
Simon vit dans une petite ville de banlieue d’Atlanta. Il a seize ans et se sait homosexuel depuis plusieurs années mais n’a encore jamais osé en parler avec ses amis ou sa famille. Une seule personne le sait : Blue. Blue est un garçon du lycée que Simon a rencontré sur le réseau social Tumblr. Tous deux s’échangent des mails où ils se racontent tout mais sans s’être donné leur vraie identité : ils sont l’un pour l’autre Jack et Blue.
Et voilà que Martin Addison, un camarade de classe, a lu les mails de Simon et le menace de tout révéler.
Simon est un garçon attachant et touchant.
 Le lecteur pris par l’histoire, cherche à reconnaître parmi les garçons du lycée qui pourrait bien être Blue et espère que Simon va pouvoir surmonter ses peurs et s’accepter tel qu’il est.
Le livre est construit avec le récit de Simon et en alternance les mails que s’échangent Blue et Jack (Simon). En audio, ce n’est pas toujours facile de suivre la lecture des mails, si on n’est pas spécialement attentif,  on perd vite le fil, surtout on ne sait plus qui écrit…

Une adaptation de ce livre a été faite au cinéma par le réalisateur Greg Berlanti, avec le film « Love, Simon » .
Merci Pauline et Audiolib pour m’avoir permis de découvrir cette histoire d’adolescents originale et touchante.

Extrait : (début du livre)
C’est une conversation étrangement subtile. Tout juste si je m’aperçois du chantage.
Nous sommes dans les coulisses, assis sur des chaises pliantes en métal, quand Martin Addison m’annonce :
— J’ai lu tes mails.
— Quoi ?
Je lève la tête.
— Tout à l’heure. À la bibliothèque. Sans le faire exprès, bien sûr.
— Tu as lu mes mails ?
— Disons que j’ai utilisé l’ordi juste après toi, et quand je suis allé sur Gmail, ton compte s’est ouvert. Tu aurais dû te déconnecter.
Je le dévisage, médusé.
— Pourquoi ce pseudo ? demande-t-il en martelant le pied de sa chaise.
Merde, excellente question. À quoi bon utiliser un pseudonyme si le premier clown venu perce à jour mon identité secrète ?
Il a dû me voir devant l’ordinateur, je suppose.
Et je suppose que je suis le roi des crétins.
C’est qu’il sourit, en plus.
— Enfin bref, ça t’intéressera sans doute de savoir que mon frère est gay.
— Euh, pas particulièrement.
Il me fixe. Je demande :
— Qu’est-ce que tu essaies de me dire ?
— Rien. Écoute, Spier, ça ne me pose aucun problème, à moi. Disons que je m’en contrefiche.
Sauf que c’est quand même une petite catastrophe. Voire un foutu cataclysme, suivant la capacité de Martin à la fermer.
— C’est vraiment gênant, dit-il.
Je ne sais même pas quoi répondre.
— Enfin, reprend-il, tu n’as clairement pas envie que ça se sache.
Franchement… Je suppose que non. Même si le coming out ne me fait pas peur. Oui, bien sûr, plus gênant tu meurs, et on ne va pas se leurrer, je ne suis pas pressé d’y être. Mais ça ne sera pas la fin du monde. Pas pour moi.
Le problème, c’est que ça serait délicat pour Blue. Si jamais Martin venait à parler.
Martin Addison. Il fallait que ce soit lui qui se connecte à Gmail après moi ! Comprenez : jamais je n’aurais utilisé l’ordi de la bibliothèque si j’avais pu me connecter au Wi-Fi depuis mon portable. Or c’était un de ces jours où je n’avais pas la patience d’attendre d’être rentré pour lire mes messages. Je ne pouvais même pas attendre de sortir sur le parking pour consulter mon téléphone.
Parce que j’avais écrit à Blue depuis ma boîte secrète le matin même. Un mail plutôt important.
Je voulais simplement voir s’il m’avait répondu.
— Perso, je pense que tout le monde réagirait plutôt bien, poursuit Martin. Tu devrais être toi-même.
Que voulez-vous répondre à ça ? Un gamin hétéro, qui me connaît à peine et qui me conseille de sortir du placard. Je lève les yeux au ciel, obligé.
— Okay, enfin, comme tu voudras. Je garderai tout ça pour moi, dit-il.
L’espace d’une minute, je me sens bêtement soulagé. Avant de saisir.
— Garder quoi pour toi ?
Il rougit, triture l’ourlet de sa manche. Quelque chose dans son expression me tord l’estomac.
— Est-ce que… tu aurais fait une capture d’écran, par hasard ?
— Ben, dit-il, j’allais justement t’en parler.
— Minute – tu as fait une putain de capture d’écran ?

Petit bac 2018Animal (4)

Dust – Sonja Delzongle

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Lu en partenariat avec Folio

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Folio – avril 2016 – 560 pages

Denoël – avril 2015 – 528 pages

Quatrième de couverture :
Installée à New York, Hanah Baxter, profileuse française de renom qui traque les tueurs en série, est appelée en renfort par la police de Nairobi dont l’enquête piétine. Depuis plusieurs mois, on retrouve des croix de sang tracées dans la poussière, mais aucun cadavre. Crimes de psychopathe ? Meurtres rituels ? Sorcellerie ? Dès son arrivée au Kenya, Hanah découvre que des hommes et des femmes albinos sont massacrés à la machette. Cette double enquête conduira la profileuse aux confins de la folie humaine…

Auteur : Née en 1967 d’un père français et d’une mère serbe, Sonja Delzongle a grandi entre Dijon et la Serbie. Après un DEUG en Langues et Lettres Modernes, elle s’attaque au concours de l’École des Beaux-Arts de Dijon et obtient un diplôme au bout de six ans. Elle peint et expose durant une quinzaine d’années, puis devient journaliste en presse écrite à Lyon… Après l’écriture d’une nouvelle devenue depuis un roman court, La Journée d’un Sniper, elle publie un premier thriller À titre posthume, puis Le Hameau des Purs, en 2011. La lecture d’ouvrages sur les serials killers combinée avec sa passion pour le continent africain, également visible sur ses toiles, l’incite à s’engager dans l’écriture de son roman Dust qui paraît en 2015 chez Denoël. L’ouvrage connait un succès éditorial et public. En 2016, paraît Quand la neige danse, toujours chez Denoël, qui met également en scène la profileuse Hanah Baxter et dont l’action se passe non plus au Kenya mais dans le froid nord-américain. Récidive paru en 2017 nous offre une troisième enquête… Sonja Delzongle vit toujours à Lyon.

Mon avis : (lu en août 2018)
Hanah Baxter est une psycho-criminologue ou profileuse française, vivant à New-York. Elle est sollicitée par Collins, le chef de la Crim kenyane, pour une enquête sur laquelle son équipe bute depuis deux ans. Un mystérieux tueur en série assassine, en faisant disparaître les corps de ses victimes, il laisse seulement sur place une grande croix tracée avec du sang. Le tandem Hanah et Collins est vraiment sympathiques, ils se connaissaient déjà d’une enquête précédente. Le lecteur comprend vite que Collins a fait appel à Hanah également pour une autre enquête plus officieuse, concernant les disparitions et le massacre d’africains albinos…
La beauté des paysages contraste avec la cruauté des meurtres et le sordide des trafics, de certains rites et traditions. On découvre le Kenya sous toutes ses coutures : safaris pour touristes, bidonvilles, corruption, on ressent que Sonja Delzongle aime l’Afrique.
J’ai trouvé cette histoire un peu trop noire à mon goût même si les problématiques évoquées dans ce thriller sont malheureusement réelles.
Le style est direct, percutant comme son héroïne Hanah, femme originale et atypique que j’aurai envie de mieux connaître…

Merci Folio pour la découverte de cette auteure

Extrait :
Nairobi, 7 h 29
Le jeune Salim avait déjà vu du sang dans sa courte vie. À commencer par le sien, qui coulait d’une plaie après qu’il se fut entaillé un doigt ou écorché les genoux. Il savait même que les filles, à la puberté, en perdaient tous les mois et que c’était le signe qu’elles étaient devenues des femmes. Il en avait vu aussi à la télévision et dans la rue. Des images gluantes, le bitume ou la terre, rougis du sang versé lors de combats fratricides. Des crimes, des guerres sans fin.
Le sang était la vie et la mort.
Ce matin de juin, debout sur son vélocross, à évaluer les aspérités exploitables du sol à des fins acrobatiques, il fit une découverte singulière.

Sur le terrain vague des faubourgs de Nairobi où il avait l’habitude de se retrouver avec ses copains, un miroir pourpre réfléchissait les rayons du soleil naissant.

Il donna quelques coups de pédale et s’approcha, tel un animal curieux. La chose se révéla plus précisément. C’était la surface lisse et luisante d’une grande flaque de sang encore frais, dont l’odeur métallique avait dû alerter les deux hyènes qui venaient de s’enfuir, dérangées dans leur festin par le petit d’homme et sa monture.

Les charognards se risquaient rarement aux abords des villes. Mais le sang sur la terre desséchée avait attiré les animaux nécrophages à plusieurs kilomètres.

Salim regarda partout autour. Il manquait quelque chose à cette scène. Un corps, un cadavre. Le garçon émit un petit sifflement. Il avait dû être sacrément amoché, le type. Un homme, ou une femme. Peut-être un enfant. Salim grimaça.

Où était-il passé, le mort ? Enterré quelque part ? Dévoré ? Le plus étrange dans tout ça, c’était la forme de cette traînée de sang. Celle d’une croix.

Petit bac 2018Mot unique (5)

Bluebird – Tristan Koëgel

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Didier Jeunesse – septembre 2015 – 320 pages

Livre de poche jeunesse – novembre 2017 – 320 pages

Quatrième de couverture :
Elwyn est fils d’immigrés irlandais, Minnie, fille d’un chanteur itinérant noir. Ils se rencontrent dans une plantation, et tombent amoureux. Ils ont treize ans, et ne savent pas que leur vie est sur le point de basculer. Quelques jours plus tard, en effet, Minnie assiste au passage à tabac de son père par des hommes du Ku Klux Klan. Effondrée, elle saute dans le premier train, en partance pour Chicago.

Auteur : Tristan Koëgel est né en 1980 et vit à Aix-en-Provence. Après avoir été tour à tour distributeur de prospectus, garçon de café, pizzaïolo, animateur radio, écrivain public, il obtient une maîtrise de Lettres et enseigne la littérature et la langue française. Parallèlement à son activité d’enseignant, il écrit des poésies et collabore à plusieurs revues. Il a aussi l’ambition folle de visiter tous les pays du monde en ramenant à chaque fois une histoire à raconter.

Mon avis : (lu en juillet 2018)
J’ai d’abord été attirée par la beauté de la couverture de ce livre. En lisant, la quatrième de couverture, j’ai compris que l’histoire m’intéresserait également beaucoup.
Mississippi dans les années 40, Minnie, 13 ans, et son père vont de ferme en ferme et partagent leur musique avec ceux qu’ils rencontrent. Curtis joue de la guitare, Minnie de l’harmonica. Parce que Minnie s’est blessée à un pied, elle va devoir se reposer quelques temps dans une ferme et Curtis va aider ses hôtes à ramasser le coton. A cette occasion, Minnie va faire la rencontre d’Elwyn, un garçon de son âge, d’origine irlandaise, c’est le fils des gardiens du domaine Manu et Abbie Dalley. Ils sont attirés l’un par l’autre, mais ce n’est pas possible qu’une fille noire fréquente un garçon blanc… Pour faire régner l’ordre dans la plantation, Manu et Abbie Dalley sont secondés par l’Indien Nashoba qu’ils ont accueilli dans leur famille et qui est comme un grand frère pour Elwyn.
La musique est importante dans la vie de Minnie, de son père et des employés de la plantation, mais la réalité c’est également la violence à l’égard des noirs, la ségrégation et les actions du Ku Klux Klan… A la suite d’une attaque du Ku Klux Klan dans l’église lors d’un office, Minnie fuit laissant son père qu’elle croit mort. Elle se retrouve à la gare où elle monte dans un train en direction de Chicago, là-bas une nouvelle vie l’attend.
Tour à tour différents personnages sont les narrateurs, Minnie, Elwyn et Nashoba et leurs différents points de vue donnent du relief à cette histoire pleine de surprises…
J’ai découvert vers la fin de ma lecture, qu’une playlist regroupant les titres joués tout au long du roman est présente sur la 3ème de couverture (http://bit.ly/Bluebird-playlist), n’ayant pas internet sur mon lieu de vacances, je n’ai pas eu l’occasion de les découvrir.
Voilà un roman, intéressant, captivant et émouvant à découvrir sans hésiter !

Extrait : (début du livre)
Minnie
Le Sud m’avait tout pris : ma mère, mon père et mes rêves de petite fille.
Je m’étais juré de ne jamais y retourner. De ne jamais plus respirer l’air épais du Delta, qui vous serre la gorge comme les serpents étouffent leurs proies dans ses marais. De ne jamais plus poser le pied sur les terres boueuses des rives de son fleuve. J’étais née dans le Sud, j’y avais grandi et j’avais tout perdu dans cet enfer où on volait la vie des hommes pour les changer en bêtes. Seulement, voilà : assise dans mon compartiment, sur un siège confortable, entraînée par une locomotive qui sifflait comme un vieil harmonica malade, je laissais ce chemin de fer m’y reconduire sans vraiment protester.
Par la fenêtre s’étalait sous mon nez la vallée du Mississippi. Vaste. Verte. Elle n’était pas vilaine, cette vallée. Les hauts arbres de ses forêts où nichaient des milliers d’oiseaux la rendaient presque réconfortante quand on venait de la ville. Et ses champs, ses champs si grands, on s’y voyait courir, le parfum de leurs fleurs nous faisait déjà tourner la tête. Mais si on tendait l’oreille, au plus près de ces champs, on entendait monter une drôle de voix, par- dessus les forêts, plus haut que les nuages. La voix de ceux qui ont sculpté le Delta. La voix de ces hommes, et de ces femmes, qu’on disait libres et qui travaillaient pourtant comme des chiens, là où leurs ancêtres avaient déjà creusé leur tombe en raclant contre la terre les chaînes qui leur rongeaient les pieds. Ces voix ne gémissaient pas, ces voix chantaient. Des chansons où les chevaux s’évadent, où les lapins échappent aux renards, où les corbeaux sont plumés, et où les femmes finissent par s’en aller.
Voilà vers quoi je retournais, six ans plus tard, installée dans ce compartiment, comme une princesse dans son carrosse.

Petit bac 2018Animal (5)

En septembre : Festival AMERICA 2018

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La 9ème édition du Festival AMERICA se déroulera à Vincennes du 20 au 23 septembre.

Les littératures du Canada seront mises à l’honneur avec une trentaine d’écrivains invités, anglophones et francophones, soit la plus importante délégation d’auteurs de ce pays à venir en France ces dernières années, le festival accueillera aussi des invités venus du Mexique, de Cuba, d’Haïti et des États-Unis. Soit soixante-dix auteurs venus de toute l’Amérique du Nord qui écrivent en français, en espagnol ou en anglais, et qui disent le monde à travers la fiction. Ils prendront part à la centaine de rencontres qui composeront la programmation du festival, dans une dizaine de lieux à travers la ville de Vincennes.

Un hommage particulier sera rendu à John Irving et à son œuvre, à l’occasion du quarantième anniversaire de la parution du Monde selon Garp. À travers l’œuvre de ce grand romancier, se dessinera le portrait de son Amérique personnelle.

Plusieurs expositions photographiques investiront les différents lieux, des concerts seront aussi proposés en soirée.

Le festival jeunesse offrira au jeune public des rencontres avec des auteurs de littérature jeunesse et de bandes dessinées de même que des activités ludiques.

Hunter – Roy Braverman

Lu en partenariat avec Babelio et Hugo & Cie

CVT_Hunter_3805 Hugo & Cie – mai 2018 – 352 pages

Quatrième de couverture :
Plus personne ne s’arrête à Pilgrim’s Rest. Une vallée perdue dans les Appalaches. Un patelin isolé depuis des jours par le blizzard. Un motel racheté par le shérif et son frère simplet. Un bowling fermé depuis longtemps. Et l’obsédant souvenir d’une tragédie sans nom : cinq hommes sauvagement exécutés et leurs femmes à jamais disparues. Et voilà que Hunter, le demi-sang indien condamné pour ces crimes, s’évade du couloir de la mort et revient dans la vallée. Pour achever son œuvre ?
Après douze ans de haine et de chagrin, un homme se réjouit pourtant de revenir à Pilgrim’s Rest. Freeman a compris le petit jeu de Hunter et va lui mettre la main dessus. Et lui faire enfin avouer, par tous les moyens, où il a caché le corps de Louise, sa fille, une des cinq disparues. Pilgrim’s Rest sera peut-être le terminus de sa vengeance, mais ce que Freeman ignore encore, au volant de sa Camaro rouge qui remonte Murder Drive, c’est qu’il n’est pas le seul à vouloir se venger. Et que la vérité va se révéler plus cruelle et plus perverse encore. Car dans la tempête qui se déchaîne et présage du retour de la terreur, un serial killer peut en cacher un autre. Ou deux.

Auteur : Plus connu sous le pseudo Ian Manook, Roy Braverman est l’auteur de la série à succès Yeruldelgger. Le premier opus de la série a été récompensé en 2014 par : le Prix des lectrices Elle, le Prix SNCF du Polar et le Prix Quais du Polar. Hunter est le premier titre d’une nouvelle série de trois sous le pseudo Roy Braverman.

Mon avis : (lu en mai 2018)
Roy Braverman, alias Ian Manook, alias Patrick Manoukian (son vrai nom) a écrit ce thriller comme un film ! C’est le premier d’une trilogie, celui-ci se passe dans les Appalaches, le numéro 2 se passera en Alaska et le dernier en Louisiane. Il nous explique l’origine de son nouveau pseudo dans la préface de ce livre…
A Pilgrim’s Rest, petite ville isolée des Appalaches, plusieurs couples ont été victimes d’un tueur en série. Les hommes ont été retrouvés assassinés et les femmes ont disparu sans laisser de traces. Hunter a été condamné à mort pour ces crimes et après douze années de prison, il s’évade. Freeman, ancien policier et père de l’une des victimes, s’est lancé à ses trousses, obsédé par l’affaire et ayant étudié les différents crimes et son auteur, il sait que ce dernier va retourner sur les lieux de ses crimes et il compte bien le faire avouer où il a caché ses victimes féminines…
L’intrigue est posée mais bien sûr elle sera bien plus complexe que cela et des rebondissements inattendus vont se succéder avec beaucoup de rythme…
L’écriture est très cinématographique et lors de la première rencontre entre Freeman et Hunter, il s’en suit une scène cataclysmique, inoubliable pour le lecteur…
C’est un vrai roman noir, dans le ton, dans les thèmes abordés et heureusement l’auteur n’a pas oublié quelques touches d’humour pour permettre au lecteur de souffler un peu dans toute cette noirceur.
L’auteur prend beaucoup de soins à décrire la psychologie de chacun de ses personnages, le lecteur ne peut donc pas être indifférent, certains le touchent, il en déteste d’autres, il a très envie de connaître leur sort…
J’ai regretté que dans cette histoire l’environnement et la nature soient moins présents que dans la série Yeruldelgger…

Extrait : (début du livre)
Leur putain de mère s’est tirée. Leur putain de mère à tous les deux. Un père et un nom pour lui, un autre père et un autre nom pour son frère. Tous les deux de passage, les pères. Un à seize ans, l’autre à dix-huit ans, et à vingt et un ans elle se tire avec un courtier de New York en vacances qui abandonne femme et mômes dans son chalet de location pour le petit cul de leur maman moulé dans un short en vichy rose trop court. Ce fumier d’assureur leur a piqué le peu de mère qu’ils avaient encore avec ses taloches à tout va, ses repas de conserves, ses coucheries hurlantes et ses gueules de bois à la semaine. Elle se laissait prendre devant eux, tous les deux debout au garde-à-vous au pied du lit quand ses amants tordus l’exigeaient, en la baffant à grands revers de chevalières. Il sent encore la main de son frère serrer la sienne jusqu’à s’en blanchir les articulations, pour qu’il arrête de pleurer et ne se prenne pas la gifle de trop qu’il ne pourrait pas encaisser dans sa petite gueule de simplet. Et quand ces types en rut étaient partis, elle les attrapait et les serrait fort contre elle, contre son corps nu et chaud sur le lit défait, encore tout visqueux de tous ces cons.
Il enfouit son visage dans ses poings blanchis par la rage et se frappe le front pour chasser le goût amer de la peau de sa maman, quand il chialait dessus en reniflant. La sensation du grain de ses tétons marron encore bandés dans la paume de sa petite main de môme. L’odeur aigre de son sexe ouvert comme une blessure. Sa maman, sa petite maman ! Il s’en veut d’en bander encore quand il y repense. Il s’en frappe la tête tous les soirs à cinquante ans passés. Il se donne des coups comme ceux qu’elle prenait quand ces types s’énervaient contre elle, avec leurs braquemarts bringuebalant dans la bagarre. Comme des armes dont ils réussissaient toujours à la pénétrer. À la clouer quelque part. Dans des rugissements qui finissaient en borborygmes. C’est là qu’il avait appris que l’amour se donne et se prend dans les pleurs et la douleur. Dans la haine, dans la hargne, dans les coups. Dans ces hurlements injurieux qui se terminaient toujours en supplique. Et soudain Lyvia, la petite Lily, leur petite maman, jeune comme une grande sœur, finissait debout, pantelante, écartelée, transpercée, clouée au mur par le sexe de ces gros dégueulasses. Comme morte, les pieds à trente centimètres du sol.

Petit bac 2018Mot unique (4)

Underground Railroad – Colson Whitehead

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Audiolib – novembre 2017 – 10h45 – Lu par Aïssa Maïga

Albin Michel – août 2017 – 416 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Serge Chauvin

Titre original : The Underground Railroad, 2016

Quatrième de couverture :
Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord. De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, elle fera tout pour conquérir sa liberté. L’une des prouesses de Colson Whitehead est de matérialiser l’« Underground Railroad », le célèbre réseau clandestin d’aide aux esclaves en fuite qui devient ici une véritable voie ferrée souterraine, pour explorer, avec une originalité et une maîtrise époustouflantes, les fondements et la mécanique du racisme. À la fois récit d’un combat poignant et réflexion saisissante sur la lecture de l’Histoire, ce roman est une oeuvre politique aujourd’hui plus que jamais nécessaire.

Auteur : Né à New York en 1969, Colson Whitehead a été découvert en France avec la traduction de son premier roman, L’Intuitionniste. Ont suivi notamment Ballades pour John HenryLe Colosse de New York ou encore Apex ou le cache-blessure (publiés aux Éditions Gallimard), qui tous ont confirmé l’exceptionnel talent de Colson Whitehead à inventer de véritables machines romanesques, irriguées par une méditation sur les mythologies américaines, ainsi que par une réflexion très politique sur la question raciale. Avant d’être distingué par le prix Pulitzer, Underground Railroad avait déjà été récompensé par le National Book Award et élu « Meilleur roman de l’année 2016 » par la presse américaine. Salué par Barack Obama, le livre connaît depuis sa parution un succès phénoménal dans le monde entier comme en France.

Lecteur : Née à Dakar, Aïssa Maïga arrive en France à l’âge de quatre ans et demi. Elle s’intéresse très jeune au cinéma et fait ses premiers pas sur les planches à quinze ans. Après une formation théâtrale elle se distingue dans de nombreux films tels que Les Poupées russes de Cédric Klapisch, L’un reste, l’autre part de Claude Berri, ou Je vais bien, ne t’en fais pas. Son rôle dans Bamako d’Abderrahmane Sissako, lui permet de décrocher une nomination pour le Meilleur Espoir Féminin aux Césars 2007. Récemment, on a pu la voir dans des films d’auteurs (L’Écume des jours, de Michel Gondry ; Code inconnu de Michael Haneke) ou dans des comédies (Prêt à tout, Il a déjà tes yeux).

Mon avis : (écouté en février 2017)
J’ai trouvé cette lecture passionnante et palpitante. Elle raconte l’histoire de Cora, une jeune esclave que 16 ans, qui vit depuis sa naissance dans une plantation de coton propriété des frères Randall, des maître blancs cruels et brutaux. Alors qu’elle n’avait que 10 ans, sa mère, Mabel, s’est enfuie du domaine en la laissant seule. Mabel n’a jamais été retrouvée. Cora a la rage de vivre et finit par accepter de s’évader avec un autre esclave Caesar pour emprunter « l’Underground Railroad », espoir de liberté.
Le lecteur suit le périple de Cora de la Georgie en Caroline du Sud, puis en Caroline du Nord, puis le Tennessee et l’Indiana, fuyant un chasseur d’esclaves lancé à ses trousses…
L’auteur est très bien documenté : il est question des mauvais traitements fait aux esclaves, les divers châtiments et humiliations, le racisme, les campagnes de stérilisation ou expérimentations médicales sur la population noire, des chasseurs d’esclaves, des affranchis…
C’est avec l’écriture de ce billet et en allant me documenter sur internet à propos du « chemin de fer clandestin », que j’ai découvert que l’auteur m’avait mystifiée en imaginant dans son histoire un vrai réseau ferrée souterrain et ses trains…
En réalité, le « chemin de fer clandestin » est mis sur pied au début du XIXe siècle par une communauté d’abolitionnistes établis surtout à Philadelphie. En quelques décennies, il devient un réseau dynamique bien organisé. C’est un réseau clandestin complexe de personnes et de refuges visant à aider les esclaves des plantations du Sud à recouvrer leur liberté au Nord.
Encore une fois, j’aurai dû mieux lire la quatrième de couverture pour comprendre que ce réseau ferrée souterrain était comme une parabole sortie de l’imagination de l’auteur…
La lectrice a une voix douce et très agréable qui contraste avec la violence de cette histoire. Une belle histoire bien documentée qui donne à réfléchir et à ne pas oublier. Malheureusement, il y a également une résonance avec l’actualité puisque encore aujourd’hui il existe des esclaves…

Extrait : (début du livre)
La première fois que Caesar proposa à Cora de s’enfuir vers le Nord, elle dit non.

C’était sa grand-mère qui parlait à travers elle. La grand-mère de Cora n’avait jamais vu l’océan jusqu’à ce jour lumineux, dans le port de Ouidah, où l’eau l’avait éblouie après son séjour dans les cachots du fort. C’est là qu’ils avaient été parqués en attendant les navires. Des razzieurs dahoméens avaient d’abord kidnappé les hommes, puis étaient revenus au village à la lune suivante rafler les femmes et les enfants, qu’ils avaient fait marcher de force jusqu’à la mer, enchaînés deux par deux. En fixant le seuil noir, Ajarry crut qu’elle allait retrouver son père dans ce puits de ténèbres. Les survivants de son village lui expliquèrent que lorsque son père n’était plus parvenu à tenir le rythme, les marchands d’esclaves lui avaient défoncé la tête et avaient abandonné son corps sur le bord de la piste. Sa mère était morte bien des années plus tôt.
La grand-mère de Cora fut revendue plusieurs fois sur le chemin du fort, passant d’un marchand à un autre, troquée contre des cauris et de la verroterie. Impossible de dire combien on paya pour elle à Ouidah, car elle fit partie d’une vente en gros, quatre-vingt-huit âmes contre soixante caisses de rhum et de poudre, un prix arrêté après les marchandages habituels en sabir d’anglais. Les hommes valides et les femmes fertiles rapportaient plus que les juvéniles, ce qui rendait difficile une estimation individuelle.
La Nanny, en provenance de Liverpool, avait déjà fait deux escales sur la Côte-de-l’Or. Le capitaine échelonnait ses achats pour ne pas se retrouver confronté à une cargaison d’origine et de mentalité identiques. Dieu sait quelle mutinerie ses captifs risqueraient de concocter s’ils partageaient une langue commune. C’était la dernière escale du navire avant sa traversée de l’Atlantique. Les marins aux cheveux jaunes y conduisirent Ajarry à la rame en fredonnant. La peau blanche comme de l’os.

Petit bac 2018Moyen de Transport (2)

 

Ma dernière chance s’appelle Billy D. – Erin Lange

Ma derniere chance  École des Loisirs – juin 2017 – 468 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Valérie Dayre

Titre original : Dead Ends, 2013

Quatrième de couverture :
Dans la vie, il faut se battre. Dane Washington ne le sait que trop bien. A la moindre occasion, ses poings le démangent et ils parlent pour lui. Jusqu’à présent, ses bons résultats au lycée lui ont évité les plus gros ennuis. Seulement, il n’a plus droit à l’erreur : encore une bagarre et ce sera l’exclusion. Mais la violence, Dane ne parvient pas à la contrôler. Sa dernière chance s’appelle Billy D., un garçon qui vient de s’installer à côté de chez lui avec sa mère.Billy D. est trisomique, il n’a pas les moyens de se défendre, et certains en profitent. Si Dane acceptait d’être son ambassadeur au lycée, cela pourrait lui offrir le salut. Billy D. a une autre mission pour Dane : il voudrait qu’il l’aide à retrouver son père. Leur seul indice : un atlas des États-Unis, et des énigmes à toutes les pages ou presque.

Auteur : Jeune journaliste américaine écrit des livres qui parlent du réel. Elle confronte ses héros adolescents à des difficultés qui les abîment: pauvreté, harcèlement, absence de père… Mais elle nous rappelle que les rencontres peuvent changer le cours des choses.

Mon avis : (lu en janvier 2018)
C’est l’histoire de la rencontre de deux garçons que tout oppose. Dane Washington est un garçon en colère, il réagit facilement et la plupart du temps avec ses poings. Il a de bons résultats au lycée, mais à cause de ses bagarres incessantes, il est menacé d’exclusion. Billy D. est trisomique, il est souvent la cible d’autres élèves.
Dane a des principes, il ne frappe ni avec les filles, ni avec les handicapés. Billy D. est sa dernière chance, celle d’éviter l’exclusion. Dane a pour mission de protéger Billy D. et de faire les trajets avec lui pour aller et revenir du lycée.
Au début, Dan s’occupe de Billy D. par obligation mais peu à peu il apprend à connaître sa naïveté, son franc parler et un début d’amitié s’installe entre eux. Ils ont quelques points en communs : ils habitent la même rue, leurs mamans sont seules pour les élever, leurs papas sont absents. Billy D. a une seul obsession : retrouver son père, il se balade avec un vieil atlas des États-Unis dans lequel son père a laissé des indices. Il va tout faire pour que Dan l’aide à le retrouver…
Dane et Billy D. sont attachants et touchants dans leurs fêlures, leur rencontre va les faire grandir l’un et l’autre. Dane va s’ouvrir aux autres et apaiser sa colère, Billy D. va prendre confiance en lui et être moins têtu. Et je n’oublie pas un troisième personnage, Seely, une jeune fille, qui va s’associer au duo.
Voilà une histoire bouleversante et une amitié incroyable et forte. A découvrir !

Extrait : (début du livre)
La première fois que j’ai vu Billy D., j’avais un pied sur la gorge d’un type et une main dans ma poche. Il était debout de l’autre côté de la rue et il regardait – même pas par en dessous -, il regardait fixement sans prononcer un mot, sans ciller.
– Qu’est-ce que tu reluques ? lui ai-je lancé.
Sa bouche s’est ouverte en un O muet, mais il n’a pas répondu. Il n’est pas parti non plus, il est resté à regarder.
Quelque chose a gargouillé dans le gosier qui se trouvait sous mon pied, j’ai baissé les yeux. Le type avait l’air d’avoir du mal à respirer, mais son visage n’était pas encore rouge, alors j’ai reporté mon attention sur l’autre.
– Casse-toi de là ! Ou t’es le suivant !
C’était plutôt une menace en l’air. Même depuis l’autre côté de la rue, je pouvais voir à son expression stupide, à sa mâchoire mollasse et à sa façon étrange de rentrer les épaules qu’il était différent – probablement en éducation spécialisée. Et ceux-là, je ne les cognais pas.
Question de principes.

Petit bac 2018Prénom (1)