Bondrée – Andrée-A. Michaud

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Éditions Rivages – septembre 2016 – 362 pages

Éditions Rivages – octobre 2017 – 379 pages

Quatrième de couverture :
A l’été 1967, une jeune fille nommée Zaza Mulligan disparaît dans les bois entourant Boundary Pond, un lac situé à la frontière entre le Québec et le Maine, rebaptisé « Bondrée » par un trappeur qui y avait vécu une tragique histoire d’amour. Les recherches s’organisent et Zaza est bientôt retrouvée morte, la jambe prise dans un piège à ours rouillé. L’enquête conclut à un accident. Mais lorsqu’une deuxième jeune fille disparaît à son tour, l’inspecteur Michaud se dit que les profondeurs silencieuses de la forêt recèlent d’autres pièges…

Auteur : Andrée A. Michaud, romancière québécoise de premier plan, est l’auteure de dix ouvrages, dont Le Ravissement (2001, Prix du Gouverneur général du Canada) et Mirror Lake (2007, Prix Ringuet).

Mon avis : (lu en août 2019)
Été 1967, à la frontière entre les États-Unis et le Canada, le lac Boundary, ou Bondrée, fait le bonheur des vacanciers. Un lac entouré d’une forêt profonde où les familles profitent du soleil, de la nature, de la chasse, de la pêche, des apéros et des barbecues…
Parmi eux, il y a Zaza et Sissy, deux jeunes filles insouciantes et libres qui fascinent les plus jeunes comme Andrée et ne laissent pas indifférents les garçons…
Un soir, Zaza disparaît avant d’être retrouvée morte. La victime est américaine et l’enquête est confiée à la police du Maine, en la personne de Stanley Michaud et de Jim Cusack son adjoint. Ils vont vite conclure à une mort accidentelle. Mais l’ambiance a changée autour du lac, angoisse, soupçons, rumeurs, de vieilles histoires ressortent… Et voilà que trois semaines plus tard, une deuxième jeune fille disparaît, le doute n’est plus permis, il s’agit de meurtres…
C’est un roman à plusieurs voix, celle de la petite Andrée, jeune fille de 12 ans qui laisse traîner partout ses yeux et ses oreilles et qui pose des questions naïves qui dérangent, mais aussi celle de l’enquêteur bien décidé à percer le mystère et même celles des victimes et du meurtrier…
Au fil des pages, l’ambiance devient de plus en plus lourde, l’air devient irrespirable dans cet été caniculaire, une sourde anxiété fait place à l’angoisse, l’atmosphère est envoûtante, hypnotique autour du lac, tout est hostile et oppressant.
Le style d’Andrée A. Michaud est particulier, il mêle le français, l’anglais et le québécois, au début, c’est déstabilisant puis je me suis habituée et j’ai beaucoup apprécié.
Les descriptions sont très évocatrices et le personnage d’Andrée tellement attachante !
Une très belle découverte !

Extrait : (début du livre)
Bondrée est un territoire où les ombres résistent aux lumières les plus crues, une enclave dont l’abondante végétation conserve le souvenir des forêts intouchées qui couvraient le continent nord-américain il y a de cela trois ou quatre siècles. Son nom provient d’une déformation de « boundary », frontière. Aucune ligne de démarcation, pourtant, ne signale l’appartenance de ce lieu à un pays autre que celui des forêts tempérées s’étalant du Maine, aux États-Unis, jusqu’au sud-est de la Beauce, au Québec. Boundary est une terre apatride, un no man’s land englobant un lac, Boundary Pond, et une montagne que les chasseurs ont rebaptisée Moose Trap, le Piège de l’orignal, après avoir constaté que les orignaux s’aventurant sur la rive ouest du lac étaient vite piégés au flanc de cette masse de roc escarpée avalant avec la même indifférence les soleils couchants. Bondrée comprend aussi plusieurs hectares de forêt appelés Peter’s Woods, du nom de Pierre Landry, un trappeur canuck installé dans la région au début des années 40 pour fuir la guerre, pour fuir la mort en la donnant. C’est dans cet éden qu’une dizaine d’années plus tard, quelques citadins en mal de silence ont choisi d’ériger des chalets, forçant Landry à se réfugier au fond des bois, jusqu’à ce que la beauté d’une femme nommée Maggie Harrison l’incite à revenir rôder près du lac et que l’engrenage qui allait transformer son paradis en enfer se mette en branle.

Les enfants étaient depuis longtemps couchés quand Zaza Mulligan, le vendredi 21 juillet, s’était engagée dans l’allée menant au chalet de ses parents en fredonnant A Whiter Shade of Pale, propulsé par Procol Harum aux côtés de Lucy in the Sky with Diamonds dans les feux étincelants de l’été 67. Elle avait trop bu, mais elle s’en fichait. Elle aimait voir les objets danser avec elle et les arbres onduler dans la nuit. Elle aimait la langueur de l’alcool, les étranges inclinaisons du sol instable, qui l’obligeaient à lever les bras comme un oiseau déploie ses ailes pour suivre les vents ascendants. Bird, bird, sweet bird, chantait-elle sur un air qui n’avait aucun sens, un air de jeune fille soûle, ses longs bras mimant l’albatros, les oiseaux d’autres cieux tanguant au-dessus des mers déferlantes. Tout bougeait autour d’elle, tout s’animait d’une vie molle, jusqu’à la serrure de la porte d’entrée, dans laquelle elle ne parvenait pas à introduire sa clé. Never mind, car elle n’avait pas vraiment envie de rentrer. La nuit était trop belle, les étoiles trop lumineuses. Elle avait donc rebroussé chemin, retraversé l’allée bordée de cèdres, puis elle avait marché sans autre but que de s’enivrer de son ivresse.

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Sauvage – Jamey Bradbury

Lu en partenariat avec Babelio

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Lizzie – août 2019 – 11h17 – Lu par Karl-Line Heller

Editions Gallmeister – mars 2019 – 313 pages

traduit de l’américain par Jacques Mailhos

Titre original : The Wild Inside, 2018

Quatrième de couverture :
A dix-sept ans, Tracy Petrikoff possède un don inné pour la chasse et les pièges. Elle vit à l’écart du reste du monde et sillonne avec ses chiens de traîneau les immensités sauvages de l’Alaska. Immuablement, elle respecte les trois règles que sa mère, trop tôt disparue, lui a dictées : « ne jamais perdre la maison de vue », « ne jamais rentrer avec les mains sales » et surtout « ne jamais faire saigner un humain ». Jusqu’au jour où, attaquée en pleine forêt, Tracy reprend connaissance, couverte de sang, persuadée d’avoir tué son agresseur. Elle s’interdit de l’avouer à son père, et ce lourd secret la hante jour et nuit. Une ambiance de doute et d’angoisse s’installe dans la famille, tandis que Tracy prend peu à peu conscience de ses propres facultés hors du commun.

Auteur : Jamey Bradbury est originaire du Midwest et vit depuis quinze ans en Alaska. Elle a été réceptionniste, actrice, secouriste et bénévole à la Croix- Rouge. Elle partage aujourd’hui son temps entre l’écriture et l’engagement auprès des services sociaux qui soutiennent les peuples natifs de l’Alaska. Sauvage est son premier roman.

Lecteur : Formée au conservatoire d’arts dramatiques d’Orléans, Karl-Line Heller a participé à plusieurs courts-métrages, publicités, téléfilms et pièces de théâtre. Très active en studio, elle double de nombreux personnages de séries (Esprits criminels, Black Mirror…), de dessin animés et de jeux vidéo et s’est lancée dans la direction artistique.

Mon avis : (écouté en octobre 2019)
J’ai accepté de recevoir ce livre audio, en premier lieu pour la toute beauté de la couverture du livre et ensuite pour la destination.

Cette histoire se déroule en Alaska. L’héroïne, Tracy âgée de 17 ans, vit depuis toujours entourée d’arbres et de chiens, avec Scott, son petit frère et Bill, son père qui a été l’un des plus célèbres mushers de la région. Tracy est également très adroite pour conduire un traîneau tiré par un attelage de chiens, elle rêve de pouvoir participer à la grande course annuelle de l’Iditarod. Elle est aussi très douée pour la chasse et les pièges, très souvent elle ressent le besoin de courir et de partir chasser en forêt…
Suite à un accident de voiture, sa mère est morte depuis deux années. Mais lorsque  Tracy était toute petite, elle lui a appris à suivre les règles suivantes : « ne jamais perdre la maison de vue », « ne jamais rentrer avec les mains sales » et la plus importante, « ne jamais faire saigner un humain ». Tracy a également hérité de sa mère un don particulier qui lui permet de rester en contact avec ses souvenirs avec elle.
Un jour en forêt, Tracy est agressée et lorsqu’elle reprend ses esprits, elle est seule, des larges taches de sang sur ses vêtements et elle tient son couteau à la main. Elle est persuadée d’avoir tué un homme. Elle ne dit rien à son père et devient mal à l’aise lorsqu’un homme blessé se présente dans la cour de leur maison en demandant de l’aide… Quelques temps plus tard, Tracy trouve en forêt un sac avec quelques affaires, dont un livre annoté et une belle somme d’argent. Puis, ayant besoin d’argent, son père loue une chambre à Jesse, un mystérieux jeune homme plein de contradictions qui intrigue beaucoup Tracy.
Un roman original et intense, entre conte initiatique et thriller psychologique dans des paysages grandioses et  sauvages. Une pointe de fantastique s’invite également à mi-roman. En écoutant cette histoire, j’ai souvent pensé aux héroïnes des livres My Absolute darling et Dans la forêt… Tracy est un personnage vraiment fascinant et attachant. 

Extrait : (début du livre)
J’AI toujours su lire dans les pensées des chiens. Mon père dit que c’est dû à la manière dont je suis venue au monde, née sur le seuil de la porte ouverte du chenil, avec vingt-deux paires d’yeux canins qui me regardaient et les aboiements et hurlements de nos chiens qui furent les premiers sons que j’aie entendus.
Le village n’avait pas de dispensaire, dans le temps, alors l’aide-soignante municipale venait chez nous une fois par mois. Quand Maman est arrivée à la moitié de sa grossesse, l’aide-soignante lui a dit de rester au lit et de ne pas se fatiguer. Maman a suivi ce conseil diligemment jusqu’à la nuit de ma naissance. Un premier mars, si froid que les pointes de ses cheveux avaient gelé. Elle est sortie, a traversé la cour des chiens, est allée jusqu’à la porte du chenil. Là, une douleur l’a saisie. Elle s’est accroupie, serrant son ventre, et a hurlé pour appeler mon père à l’aide. J’ai glissé toute seule, d’un coup. Je suis venue au monde avant qu’elle s’en rende compte, presque sans aucune aide de sa part. Elle disait que c’était le seul côté facile que j’avais jamais eu.
Qu’est-ce que tu allais faire dans le chenil ? lui ai-je un jour demandé.
Elle a haussé les épaules. A dit, J’imagine que les chiens me manquaient.
Je suis sortie grosse et lourde et toujours affamée. Maman m’a dit qu’y a des femmes qu’ont du mal à faire prendre le sein à leur bébé, et j’ai vu ça chez certains chiots, j’en ai vu qui se détournent de ce que l’instinct leur dit de faire et qui refusent de téter, alors faut traire la mère et nourrir le petit au biberon. Mais moi non. Je me suis accrochée dès que j’ai pu, et je n’ai plus voulu lâcher prise. Maman n’avait jamais vu un bébé comme moi, elle disait que j’étais vorace. Elle me donnait le sein jusqu’à ce qu’elle croie être tarie, et puis ensuite elle continuait.
Il y a des photos dans l’album de famille, nous quatre travaillant tous ensemble dans la cour ou réunis autour d’un traîneau à chiens avant le départ d’une course. Scott et moi tous les deux avec les cheveux noirs de Maman, les yeux bruns de Papa. J’ai appris à l’école que le sang a une mémoire. Il porte les informations qui font ce que vous êtes. C’est comme ça que mon frère et moi on s’est retrouvés avec tant de trucs en commun, on portait en nous les choses dont le sang de nos parents se souvenait. Partager ce qu’il y a dans le sang, y a pas moyen d’être plus proche d’une autre personne.

petit bac 2019(7) Adjectif

Dans la forêt – Jean Hegland

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – juillet 2019 – 10h02 – Lu par Maia Baran

Gallmeister – janvier 2017 – 304 pages

Gallmeister poche – juin 2018 – 308 pages

traduit de l’américain par Josette Chicheportiche

Titre original : Into the Forest, 1996

Quatrième de couverture :
Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.
Considéré depuis sa sortie comme un véritable choc littéraire, Dans la forêt, roman sensuel et puissant, met en scène deux jeunes femmes qui entraînent le lecteur vers une vie nouvelle.

Auteur : Jean Hegland est née en 1956 dans l’État de Washington. Après avoir accumulé les petits boulots, elle devient professeur en Californie. À vingt-cinq ans, elle se plonge dans l’écriture, influencée par ses auteurs favoris, William Shakespeare, Alice Munro et Marilynne Robinson. Son premier roman Dans la forêt paraît en 1996 et rencontre un succès éblouissant. Elle vit aujourd’hui au coeur des forêts de Californie du Nord et partage son temps entre l’apiculture et l’écriture.

Lecteur : D’origine russo-polonaise, Maia Baran vit en Belgique. Elle partage son métier entre le théâtre et des doublages francophones de films.

Mon avis : (écouté en août 2019)
C’est un récit d’anticipation dans un futur proche.
Nell et Eva sont deux jeunes femmes de dix-sept et dix-huit ans, elles sont sœurs et vivent seules dans une maison isolée dans la forêt. Les ressources se sont peu à peu épuisées, plus de téléphone, d’internet, d’électricité, de gaz, d’essence, d’eau courante…
Nell, la narratrice, à travers son journal, nous raconte son quotidien. Au début, elle espère un retour à la normale mais peu à peu, Nell et Eva prennent leur vie en main et se préparent à la survie. Elles s’organisent avec tout ce qu’elles trouvent dans la maison familiale, conserves, outils du père, livres de la mère…
Les deux sœurs sont très différentes, Eva rêve de devenir danseuse et va être obligée de danser sans musique, Nell est l’intellectuelle, elle lit beaucoup pour savoir et apprendre et rêve d’intégrer une université prestigieuse. Mais les circonstances les obligent à rester bloquées au milieu de la forêt…
C’est un roman écrit il y a plus de vingt ans, et seulement traduit en français en 2017, qui est toujours d’actualité, il aborde les problématiques réalistes comme la fin des énergies fossiles, et celle d’une société de consommation, dépendante de l’électricité, de l’informatique…

Le lecteur est plongé dans ce huis clos et découvre peu à peu, au fil du journal de Nell ce qui se passe, les raisons de cet isolement et comment les deux sœurs vont s’organiser, grandir et faire confiance à cette forêt et à ces richesses insoupçonnées…
La lecture de ce roman est hypnotisante, le temps s’est arrêté et malgré tout, la vie est plus forte, elle oblige Nell et Eva à créer un nouvel avenir.
Ce livre m’a fait penser au livre québécois Le Poids de la neige – Christian Guay-Poliquin 

Merci Pauline et Audiolib pour cette belle découverte.

Extrait : (début du livre)
C’EST étrange, d’écrire ces premiers mots, comme si je me penchais par-dessus le silence moisi d’un puits, et que je voyais mon visage apparaître à la surface de l’eau – tout petit et se présentant sous un angle si inhabituel que je suis surprise de constater qu’il s’agit de mon reflet. Après tout ce temps, un stylo a quelque chose de raide et d’encombrant dans ma main. Et je dois avouer que ce cahier, avec ces pages blanches pareilles à une immense étendue vierge, m’apparaît presque plus comme une menace que comme un cadeau – car que pourrais-je y relater dont le souvenir ne sera pas douloureux ?
   Tu pourrais écrire sur maintenant, a dit Eva, sur l’époque actuelle. J’étais tellement persuadée ce matin que le cahier me servirait à étudier que j’ai dû faire un effort pour ne pas me moquer de sa suggestion. Mais je me rends compte à présent qu’elle a peut-être raison. Tous les sujets auxquels je pense – de l’économie à la météorologie, de l’anatomie à la géographie et à l’histoire – semblent tourner en rond et me ramener inévitablement à maintenant, à ici et aujourd’hui.
   Aujourd’hui, c’est Noël. Je ne peux pas l’éviter. Nous avons barré les jours sur le calendrier bien trop consciencieusement pour confondre les dates, même si nous aurions aimé nous tromper. Aujourd’hui, c’est le jour de Noël, et le jour de Noël est une nouvelle journée à passer, une nouvelle journée à endurer afin qu’un jour, bientôt, cette époque soit derrière nous.
   À Noël prochain, tout ceci sera terminé, et ma sœur et moi aurons retrouvé les vies que nous sommes censées vivre. L’électricité sera rétablie, les téléphones fonctionneront. Des avions survoleront à nouveau notre clairière. En ville, il y aura à manger dans les magasins et de l’essence dans les stations-service. Bien avant Noël prochain, nous nous serons permis tout ce qui nous manque maintenant et dont nous avons terriblement envie – du savon et du shampoing, du papier toilette et du lait, des fruits et de la viande. Mon ordinateur marchera, le lecteur CD d’Eva tournera. Nous écouterons la radio, lirons le journal, consulterons Internet. Les banques et les écoles et les bibliothèques auront rouvert, et Eva et moi aurons quitté cette maison où nous vivons en ce moment comme des orphelines qui ont fait naufrage. Ma sœur dansera avec le corps de ballet de San Francisco, j’aurai fini mon premier semestre à Harvard, et ce jour humide et sombre que le calendrier persiste à appeler Noël sera passé depuis très, très longtemps.

petit bac 2019(6) Végétal

Le Monde selon Guirec et Monique – Guirec Soudée

Lu dans le cadre de Masse Critique Babelio

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71F69yBQTHL Flammarion – avril 2019 – 304 pages

Quatrième de couverture :
Jeune Breton qui n’a jamais connu d’autre terrain de jeux que l’océan, Guirec Soudée écume les mers du globe avec pour seule compagnie une poule, Monique. Ensemble, ils ont traversé l’Atlantique, rallié le Groenland, affronté 130 jours emprisonnés au coeur de la banquise, franchi le périlleux passage du Nord-Ouest, mis les voiles pour le Grand Sud, essuyé des tempêtes dans les plus extrêmes latitudes, passé le cap Horn, rejoint l’Antarctique avant d’amorcer un long retour jusqu’en Bretagne. L’histoire incroyable d’un garçon opiniâtre, qui n’attend pas que ses rêves se dessinent à l’horizon, et d’une poule, concentré de fantaisie et de courage, qui offre un œuf par jour à l’aventurier.

Auteur : Guirec Soudée est originaire de la petite île d’Yvinec dans les Côtes-d’Armor. À 21 ans, convaincu qu’il vaut mieux vivre ses rêves plutôt que rêver sa vie, il quitte tout pour faire le tour du monde en solitaire, à bord d’un voilier de 10 mètres, fort de beaucoup d’humour et de ténacité.

Mon avis : (lu en juillet 2019)
J’ai dévoré avec plaisir le récit de voyage de ce jeune Breton qui avait décidé de quitter sa petite île bretonne, Yvinec (Côtes-d’Amor) avec son voilier pour aller explorer le Monde.
Depuis tout petit, il connaît la mer autour de son île ou de sa chère Bretagne… mais il est néophyte pour partir bien plus loin… Guidec a des rêves d’aventures, et il va les réaliser en prenant son temps… En décembre 2012, il met toutes ses économies pour acheter son petit voilier en Méditerranée, avec l’aide de deux copains il va le remonter chez lui, ce premier voyage et la préparation de son grand départ seront plus difficiles que prévu. Guidec doit alterner des petits boulots pour renflouer ses finances et la préparation de son bateau qui n’était pas en si bon état que cela… Mi-novembre 2013, il quitte Yvinec pour les Antilles, il y aura quelques haltes techniques dans le sud Finistère, puis en Espagne et au Portugal avant Madère en mars 2013… puis Les Canaries avec l’arrivée d’une coéquipière à bord, Monique (ou Momo) une poule rousse qui lui tiendra compagnie pendant son périple en solitaire et lui offrira un œuf presque tout les jours !   
Après la traversée de l’Atlantique et quelques mois passés sous les tropiques, Guidec fait route vers le Grand Nord et le Groenland, il rêve d’hiverner là-bas, le voilier pris dans la banquise… Il longera ensuite la côte arctique canadienne et franchira le périlleux passage du Nord-Ouest. Puis direction le Grand Sud, avec les pires tempêtes, Guidec et Monique passeront le cap Horn, avant de rejoindre l’Antarctique, puis un petit tour vers le Cap de Bonne Espérance avant le long retour jusqu’en Bretagne en repassant par les Antilles. En décembre 2018, Guidec et Monique mettent pieds (ou pattes) à terre à Yvinec après un long voyage de 5 ans !
Entre rêves et réalités, Guidec et Monique vont vivre des moments intenses, dangereux, cocasses, faire de nombreuses rencontres…
Entre l’insouciance, le courage et la détermination de Guidec, la fantaisie et la capacité d’adaptation de Momo,  merci de nous faire partager ce fabuleux voyage, ces paysages incroyables, ces conditions météorologiques difficiles ou splendides.

Merci Babelio, pour ce voyage par procuration !

Et pour en savoir plus sur Guidec et Monique et admirer de nombreuses photos de ce beau voyage…

Extrait : (début du livre)
Regarde bien, Monique, nous on est là. Ça s’appelle l’île de Vancouver. C’est beau, hein ? Et tout en haut ? C’est le Groenland ! La baie de Disko, qu’est-ce qu’on a pu rigoler là-bas tous les deux… Même si on s’est gelé les plumes, on peut dire qu’on a eu de sacrés coups de chaud ! Tu te souviens ? Alors maintenant, Momo, suis bien mon doigt. Voilà. Tu vois tout ce bleu ? C’est l’océan Pacifique. Et tous ces petits points au milieu du bleu ? Des îles. Arrête de gigoter, Momo, écoute-moi. Donc ça, c’est la Polynésie. Un endroit où les colliers sont faits de fleurs, où ça sent bon la vanille et la noix de coco. On y va. Ce sera un long voyage, Monique, un long voyage. Mais au bout, on trouvera de l’eau turquoise et du sable blanc très doux, comme chez moi à Yvinec, mon île bretonne. Je t’y emmènerai un jour. La Polynésie, ça nous fera du bien après la glace. Tu verras, c’est un peu comme chez toi, à Tenerife, ton île des Canaries. Dans ce paradis, tu pourras attraper tous les poissons que tu voudras. Et puis on fera de la planche, du paddle et même du kite et, promis, on ne s’envolera pas trop haut ! Alors, qu’est-ce que tu en dis ?

*

Nous ne sommes pas allés au paradis. Là-bas, ils n’ont pas voulu de nous. Enfin, c’est de toi qu’ils ne voulaient pas. Et moi, je n’irai nulle part sans toi.
Mais ce n’est pas grave, on en trouvera un autre de paradis.

carte_guidecCarte du voyage de Guidec et Monique

petit bac 2019(6) Lieu

A travers – Tom Haugomat

31-utOZYhyL Thierry Magnier – septembre 2018 – 184 pages

Quatrième de couverture :
Mars 1956, Mud Bay, Ketchikan, Alaska. Un enfant vient au monde. Fenêtres, lucarnes, écrans, focales : à travers ces ouvertures, une vie défile, toute une vie. Une vie qui traverse le temps et accomplit sa boucle, pour grandir, s’étonner, partir, connaître, s’émerveiller, souffrir, partir encore, aimer, élever un enfant, transmettre, se séparer, revenir. Une vie qui traverse l’espace, se lie peu à peu à l’infiniment petit et à l’infiniment grand, à l’insecte qui remue sous la loupe, à la galaxie déployée dans la lunette astronomique ; à la maison natale au bord de la baie, et au cosmos métaphysique. Une vie d’homme, à la fois simple et grandiose. Avril 2026, Mud Bay, Ketchikan, Alaska. Un verre se brise.

Auteur : Tom Haugomat s’est vite intéressé au dessin et à son potentiel narratif. Après une année d’études en histoire de l’art et archéologie, Il s’oriente vers une préparation artistique. C’est à l’école des Gobelins en section “Conception et réalisation de films d’animation” qu’il se découvre une passion pour l’image en mouvement.
Il continue la réalisation de films d’animation et entretient sa carrière d’illustrateur, où il officie pèle-mêle dans la presse et l’édition pour enfant.

Mon avis : (lu en juin 2019)
Voilà un livre, un album, une BD très originale et intrigante…
Tout d’abord la couverture, épaisse, cartonnée et découpée en forme de jumelles qui laisse passer un paysage avec un lac et des montagnes.
Tom Haugomat raconte l’histoire de la vie d’un homme durant 70 ans, de sa naissance à sa mort, et toutes les grandes étapes de sa vie sont évoquées.
Sur la page de gauche, le bébé (puis l’enfant, puis l’homme adulte) observe quelque chose. Sur la page de droite, on peut voir ce qu’il regarde, « à travers » les barreaux d’un lit d’enfant, « à travers » une paire de jumelles, « à travers » une fenêtre, « à travers » une loupe, « à travers » un hublot, « à travers » une lunette astronomique, « à travers » le trou d’une serrure, « à travers » un écran…
Il n’y a aucune parole, seulement une date et une indication géographique pour chaque double page. L’auteur fait appel à notre imagination, à tous nos sens et à notre curiosité, pour accompagner le héros de cette histoire, dans ses découvertes, ses explorations, ses rêves… Il y a des références historiques, cinématographiques qui parlent à tous.
Le dessin de Tom Haugomat a un style minimaliste et délicat, avec seulement quatre couleurs et des réserves de blanc, utilisant la technique de la sérigraphie. Un style que j’aime beaucoup.
De l’infiniment petit à l’immensité de l’univers, tout est source d’émerveillement si l’on prend le temps de regarder !

Extrait : 

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Illustré par Tom Haugomat :

1507-1 Frères d’exil – Kochka

Jane – Aline Brosh McKenna et Ramon K. Pérez

81SST-hk7AL Glénat – février 2019 – 224 pages

Quatrième de couverture :
Ayant connu une enfance malheureuse dans une petite ville de la Nouvelle Angleterre, Jane décide de partir vivre à New York pour se lancer dans des études d’Art. Bien obligée de se trouver un job pour payer son école, elle est embauchée comme nounou pour le compte d’un puissant et mystérieux homme d’affaires, Rochester. Veuf, constamment en déplacement pour son travail, il laisse à la jeune femme les clés d’un immense appartement, visiblement hanté de secrets, et la charge de son adorable fille, Adèle, une enfant solitaire, comme elle, dont elle se lie très vite d’amitié. Mais alors qu’elle prend ses marques et s’adapte à sa nouvelle vie, Jane se retrouve prise dans une spirale romantique, faite d’intrigues et de dangers… Au-delà de ses rêves d’enfance les plus fous.

Auteurs : Aline Brosh McKenna, scénariste et réalisatrice, est surtout connue pour l’adaptation du roman Le Diable s’habille en Prada, avec Meryl Streep, pour laquelle elle a reçu de nombreux prix et nominations. En 2014, elle se lance dans la télévision, devenant showrunner, scénariste en chef et productrice exécutive de la série Crazy Ex-Girlfriend, dont elle a réalisé plusieurs épisodes.
Ramon K. Pérez

Mon avis : (lu en avril 2019)
Cette BD est une adaptation moderne de Jane Eyre de Charlotte Brontë. Jane est une jeune dessinatrice, orpheline depuis son jeune âge. Elle arrive à New-York pour suivre des cours d’art et pour payer ses études, elle trouve un emploi de nounou auprès d’Adèle,  la fille d’un grand de la finance. Cette petite fille a perdue sa maman et Jane se reconnaît dans la fillette qui manque de l’amour de ses parents, sa mère n’étant plus là et son père trop occupé par ses affaires et ne sachant pas aimer simplement sa fille…
L’adaptation librement inspirée du classique de Charlotte Brontë est vraiment réussie, l’intrigue tient la route et la modernité est là, sans oublier le dessin que j’ai trouvé très beau, réaliste avec un soin particulier dans les détails. Une très belle découverte !

Extrait : (début de la BD)

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petit bac 2019(5) Prénom

Un silence brutal – Ron Rash

Lu en partenariat avec Babelio et Gallimard

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traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez

Titre original : Above The Waterfall, 2015

Quatrième de couverture :
Dans cette contrée de Caroline du Nord, entre rivière et montagnes, que l’œuvre de Ron Rash explore inlassablement depuis Un pied au paradis, un monde est en train de s’effacer pour laisser la place à un autre. Le shérif Les, à trois semaines de la retraite, et Becky, poétesse obsédée par la protection de la nature, incarnent le premier. Chacun à sa manière va tenter de protéger Gerald, irréductible vieillard amoureux des truites, contre le représentant des nouvelles valeurs, Tucker. L’homme d’affaires, qui loue fort cher son coin de rivière à des citadins venus goûter les joies de la pêche en milieu sauvage, accuse Gerald d’avoir versé du kérosène dans l’eau, mettant ainsi son affaire en péril. Les aura recours à des méthodes peu orthodoxes pour découvrir la vérité. Et l’on sait déjà qu’avec son départ à la retraite va disparaître une vision du monde dépourvue de tout manichéisme au profit d’une approche moins nuancée.

Auteur : Né en 1953 en Caroline du Sud, Ron Rash est d’abord un poète qui doit à ses lointaines origines galloises le goût des légendes celtes. Son œuvre, inspirée par la nature de la région des Appalaches où il vit et par son admiration pour William Faulkner, Jean Giono et Dostoïevski, comprend notamment cinq recueils de nouvelles dont un traduit en français. Ses sept romans sont désormais tous publiés en France. Récompensé par le Frank O’Connor Award, le Sherwood Anderson Prize et le O. Henry Prize aux États-Unis, et en France par le Grand Prix de littérature policière, il est considéré comme l’un des plus grands auteurs américains contemporains. Il enseigne la littérature à la Western Carolina University.

Mon avis : (lu en mars 2019)
Au cœur des Appalaches, au milieu de la nature, entre une rivière et des montagnes… Le shérif Les, à quelques semaines de sa retraite, règle les affaires courantes.
Mais la rivière qui attire les clients du lodge de pêche de Tucker a été volontairement empoisonnée. Et tout accuse le vieux Gerald, voisin marginal du domaine, en conflit avec Tucker. Becky, garde forestière du Parc de Locus Creek et amie de Les et de Gerald, n’y croit pas, le vieux aime trop la nature pour être coupable d’un tel acte. Elle va tout faire pour convaincre Les.
Les et Becky sont tour à tour les narrateurs de cette histoire, ils sont tous les deux des taiseux et leur passé a été lourd et douloureux, cela renforce leur amitié et complicité.
La nature est également un personnage de ce livre, le lecteur la perçoit et la ressent parfaitement au travers des descriptions minutieuses des paysages faites par l’auteur, il nomme dans le détail de nombreux végétaux et animaux…
C’est un roman poétique, une ode à la nature, un cri d’alerte pour la sauvegarde de la nature tellement meurtrie par les hommes, l’industrie, le profit…

Extrait : (début du livre)
Alors que le soleil colore encore les montagnes, des êtres aux ailes de cuir noir tournoient déjà à faible hauteur. Les premières lucioles clignotent, indolentes. Au-delà de cette prairie des cigales s’emballent et ralentissent comme autant de machines à coudre. Tout le reste paré pour la nuit, hormis la nuit elle-même. Je regarde l’ultime lueur s’élever au-dessus de la rase campagne. Au sol des ombres suintent et s’épaississent. Des arbres en cercle forment des rives. La prairie se mue en étang qui s’emplit, à la surface des dizaines de suzannes-aux-yeux-noirs.
Je m’assieds sur un sol qui fraîchit, bientôt humide de rosée. Près de moi une charrue à versoir abandonnée de longtemps. Des lianes de chèvrefeuille enroulent leurs verts cordons, des fleurs blanches accrochées là comme de petites ampoules de Noël. J’effleure un manche qu’ont poli rotations de poignet et suantes étreintes. Le souvenir des mains de mon grand-père, rondes de cals et aussi lisses que des pièces de monnaie usées. Un matin je l’avais regardé parcourir le champ, la rame d’acier faisant onduler la terre. Dans son sillage une vague arrêtée de sillon scintillant. Mais cette charrue s’est lassée et endormie. Depuis combien de temps gît-elle là ? Dix ans peut-être, puisque jeunes arbres et salsepareille se dressent parmi le barbon à balais. Dominant tout le reste, ces fleurs jaune d’or aux pétales déployés, épanouis. Ce qui m’a amenée ici.
Un cerf émerge de la forêt, le museau au vent, le pas monté sur échasses, puis une pause pour retrouver l’aplomb, une autre un sabot en l’air. Autour de moi monte l’obscurité. Les suzannes-aux-yeux-noirs flottent tels des nénuphars. Tout le reste disparaît mais elles conservent leur éclat jaune. Miroirs de lune, fantômes de soleil. Rêve latent. Quand le lac nocturne submerge ses rives, je prends le sentier qui me ramène au pick-up du parc régional. Une autre fois peut-être, avait répondu Les à mon invitation, prétextant des tâches de shérif à accomplir. La pente du chemin s’accentue. Quand je me retourne pour voir la prairie, le noir et rien d’autre.
Lascaux. Quelle merveille d’avoir fait pareille descente. Bois à flambeau enduit de poix écouvillonnant la roche de clarté. Embardées, dénivelés, pans inclinés. Ténèbres accourues derrière chaque pas. Puis les découvrir là dans le cœur évidé de la grotte – bisons et bouquetins, mais d’autres aussi perdus à jamais partout ailleurs : tigres à dents de sabre et mammouths laineux, grand cerf des tourbières. Tous animés dans la lumière vacillante, sanglés de courbes de pierre. Parmi tout cela l’empreinte runique de la main humaine. Où d’autre un voile artistique plus ténu entre nous et le monde ? Qu’il est étrange que les griffonnages à la plume d’oie de Hopkins m’en fassent voir davantage. Invisager avant de voir. Mais le premier message, là, au creux des parois de la grotte. Quel prodige monte et se répercute encore de l’étage inférieur du monde.

Déjà lu du même auteur :

le_monde___l_endroit Le monde à l’endroit

petit bac 2019(3) Adjectif

Retour sur la rencontre Babelio :
bannrash

Une fille au manteau bleu – Monica Hesse

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Gallimard Jeunesse – octobre 2016 – 349 pages

Gallimard Jeunesse – février 2019 – 368 pages

traduit de l’anglais par Anne Krief

Titre original : Girl in the Blue Coat, 2015

Quatrième de couverture :
« La jeune fille qui a disparu est juive. Il faut que tu la retrouves avant les nazis. »
Amsterdam, 1943. Hanneke sillonne à vélo les rues de la ville afin de se procurer au marché noir des marchandises qu’on lui commande. Ses parents ignorent tout de ses activités clandestines. Un jour, l’une de ses clients lui fait une requête particulière. Il s’agit de retrouver une jeune fille qu’elle cachait chez elle et qui a disparu. Elle s’appelle Mijam Roodvelt. Elle est juive.Un écho vibrant au «Journal d’Anne Frank». Monica Hesse, journaliste au «Washington Post», retrace de façon saisissante la vie, ordinaire et extraordinaire, des jeunes d’Amsterdam sous l’occupation.

Auteur : Monica Hesse est journaliste au Washington Post. En 2015, elle publie « Une fille au manteau bleu » (Girl in the Blue Coat). Elle vit à Washington avec son mari.

Mon avis : (lu en avril 2019)
A travers cette histoire, le lecteur découvre l’histoire des Pays-Bas sous l’occupation. En 1943, à Amsterdam, alors qu’Anne Frank, cachée dans un grenier, rédige son fameux Journal, Hanneke travaille dans un magasin de pompes funèbres. Pour faire vivre sa famille, avec la complicité de son employeur, elle fait du marché noir en utilisant les tickets de rationnement trouvés sur les morts. Hanneke est ingénieuse et débrouillarde, elle se joue du danger pour contenter ses clients… Un jour, l’une d’elle, lui demande un service, retrouver Mirjam Roodvelt, une juive de 15 ans qui se cachait chez elle, et qui a disparu. Comme seul indice, Mirjam portait un manteau bleu… Hanneke hésite mais touchée par la détresse de sa cliente, elle décide de se renseigner. Elle va croiser la route d’Ollie, le frère de Bas, son amoureux mort à la guerre quelques mois plus tôt. Ce dernier est engagé dans un mouvement étudiant de résistance et Hanneke découvre avec stupeur la réalité des traitements subis par les juifs à cette époque aux Pays-Bas…

Ce livre, très documenté, est émouvant et captivant, il raconte une histoire profondément humaine où il est question d’amitié et de solidarité durant l’occupation allemande.

Extrait : (début du livre)
Un jour, longtemps avant la mort de Bas, nous avons fait semblant de nous disputer pour savoir qui de nous deux était tombé amoureux le premier. « C’est ta faute, m’a-t-il dit, parce que tu es adorable. » Je lui ai répondu qu’il se trompait. Que c’était un peu facile de m’accuser. C’était même irresponsable.
Je me rappelle toute cette conversation. Ça se passait chez ses parents, dans le salon, et nous étions réunis autour du nouveau poste de radio familial pendant que je lui posais des questions sur un devoir de géométrie qui ne nous intéressait ni l’un ni l’autre. L’Américaine Judy Garland chantait You Made Me Love You. C’est comme ça que la discussion avait commencé. Bas a dit que c’était moi la responsable s’il m’aimait. Je me suis moquée de lui parce que je ne voulais pas qu’il sache combien mon cœur s’emballait en l’entendant prononcer les mots « aimer » et « toi » dans la même phrase.
Et puis il a dit que c’était aussi ma faute s’il avait envie de m’embrasser. Après quoi je lui ai dit que c’était sa faute si je le laissais faire. Là-dessus, son frère aîné est entré dans la pièce et nous a dit que c’était notre faute si notre discussion lui donnait mal au cœur.
Ce n’est que bien plus tard ce même jour, en rentrant à la maison – à l’époque où je pouvais encore rentrer à la maison sans m’inquiéter d’être contrôlée par les soldats ou de rater l’heure du couvre-feu ou d’être arrêtée – que j’ai réalisé que je ne le lui avais pas dit en retour. La première fois qu’il m’avait dit qu’il m’aimait, j’avais oublié de le lui dire aussi.
J’aurais dû. Si j’avais su ce qui allait arriver et ce que j’allais découvrir sur l’amour et la guerre, je me serais arrangée pour le lui dire à ce moment-là.
C’est bien ma faute.

petit bac 2019(3) Objet

 

La Toile du monde – Antonin Varenne

logo prix audiolib 2019

9782367628257-001-t 81enPM3CDiL

Audiolib – février 2019 – 9h46 – Lu par Julien Defaye

Albin Michel – août 2018 – 352 pages

Quatrième de couverture :
1900, Exposition Universelle de Paris. Aileen Bowman, trente-cinq ans, journaliste,
célibataire, est venue couvrir l’événement pour le New York Tribune. Née d’un
baroudeur anglais et d’une française utopiste, élevée dans le décor sauvage des
plaines du Nevada, Aileen est une femme affranchie de tout lien et de toute
morale, mue par sa passion et ses idéaux humanistes. Au fil d’un récit qui nous
immerge au coeur de la ville en chantier, du métropolitain naissant aux quartiers
des bordels chers aux peintres, la personnalité singulière d’Aileen se confond
avec la ville lumière. Un portrait en miroir qui dessine la toile du monde, de
l’Europe à l’Amérique, du XIXe et au XXe siècle, du passé d’Aileen à un destin qu’elle n’imagine pas.
La Toile du monde possède le souffle sensuel et l’énergie des grands romans
qui plient la réalité aux dimensions du rêve. Après Trois mille chevaux-vapeur et
Équateur, Antonin Varenne signe une oeuvre saisissante et confirme la singularité
de son talent.

Auteur : De nombreuses fois couronné pour ses romans noirs (Fakirs ; Le Mur, le Kabyle et le Marin…), Antonin Varenne, dans la lignée des grands noms du genre, livre avec La Toile du monde une oeuvre romanesque remarquable. Il est également l’auteur, chez Albin Michel, de deux romans d’aventures : Trois mille chevaux-vapeur (2014) et Équateur (2017). Né à Paris en 1973, il vit actuellement dans la Creuse.

Lecteur : Julien Defaye est comédien et photographe. Il se forme à l’école Nationale d’Arts Décoratifs de Limoges puis à l’École régionale des beaux-arts de Nantes. Il étudie ensuite le cinéma à l’Université de Québec de Montréal et investit le champ théâtral sous divers angles : jeu, scénographie, création vidéo, lectures, atelier. Il travaille ainsi avec plusieurs metteurs en scène, en tant que plasticien ou réalise la création vidéo de spectacles ainsi que la scénographie.

Mon avis : (écouté en avril 2019)
Cette lecture m’a laissée sur ma faim et m’a déçue.
1900, Paris. A l’occasion de l’Exposition Universelle, Aileen Bowman, jeune journaliste américaine, débarque sur le vieux continent pour couvrir l’événement. Avec ses pantalons, son chapeau, sa grande chevelure rousse et ses grandes idées, elle ne passe pas inaperçue…  Aileen est un personnage haut en couleur. Progressiste, féministe, elle aime l’aventure. Élevée dans un ranch dans le Nevada, parmi les indiens et les bêtes, elle n’a peur de rien. Elle parle parfaitement le français car sa mère venait d’Alsace et ce voyage est l’occasion de découvrir ses origines.
Au début de ma lecture, j’étais enthousiaste par les descriptions de Paris en pleine mutation, par l’effervescence autour de l’Exposition Universelle, par la rencontre d’Aileen avec le peintre Julius LeBlanc Stewart (personnage réel).
De même, les articles d’Aileen pour le journal La Fronde sont audacieux et très réussis.
Mais au fil de ma lecture, j’ai peu à peu décroché car beaucoup de sujets sont abordés, cela manque de cohérence et cela reste en surface et manque de profondeur.
Rien à reprocher au lecteur qui raconte parfaitement cette histoire foisonnante, mais cela ne rattrape pas les défauts de ce roman.

Extrait : (début du livre)
New York Tribune, mars 1900
De notre envoyée spéciale Aileen Bowman

LE VENT DE L’AVENIR

C’est à bord d’un paquebot français que nous avons embarqué, avec mille autres passagers, à destination de Paris bientôt illuminée de millions de lumières.
Le Touraine, par un hasard curieux, est le dernier vaisseau de la Compagnie générale transatlantique à être encore gréé. Ajoutées à la vapeur, ses voiles jettent leurs ombres rondes sur le pont métallique. Le coton des toiles, alors que nous voguons vers la plus grande Exposition universelle jamais imaginée, fait figure de vieille tradition, d’hommage à une ancienne marine et un ancien temps. Le blanc coton de notre Sud, richesse des empires, sur lequel roule le panache noir des cheminées à charbon. Le bruit du vent est couvert par le sifflement de la chaudière. Mais aussi différentes que soient les forces propulsant le Touraine, elles nous mènent ensemble. L’étrave du navire, sans faiblir, tranche les vagues de l’Atlantique.
Un vieil oncle – rude pionnier d’une époque disparue – avait coutume de me raconter l’héroïque conquête du continent américain. Il concluait ses récits, un sourire aux lèvres, par cette phrase devenue formule magique pour l’enfant que j’étais : « L’Amérique ne connaît qu’une seule direction, l’ouest ». Pourtant, durant les six prochains mois, les boussoles de la planète ne connaîtront plus qu’un pôle, un nord éphémère et brillant : Paris.
Cette traversée vers l’Europe, pour nous, citoyens de la jeune nation américaine, est un voyage vers les origines. De telles idées – ou peut-être les voiles du navire ? – font naître à bord un sentiment surprenant, en route vers cette gigantesque exhibition de nouvelles technologies : la nostalgie. Particulière émotion, attachée à un objet qui lui échappe, le passé déjà consumé. Si la mémoire était une pomme, la nostalgie serait le ver qui s’en nourrit et dévore sa demeure.
L’évidence est là : en célébrant un siècle neuf, nous refermerons la porte de celui dans lequel nous sommes nés. Une menace plane sur nos souvenirs : le progrès, dans son empressement, balayera-t-il notre mémoire ? Parmi les passagers du Touraine, tout le monde ne s’encombre pas de tels doutes.

Déjà lu du même auteur :

9782356417251-T Trois mille chevaux-vapeur

petit bac 2019(2) Objet

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee et Fred Fordham

814fRJsD9RL Grasset – novembre 2018 – 288 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Stoïanov,
relu et actualisé par Isabelle Hausser

Titre original : To Kill a Mockingbird, 1960

Quatrième de couverture :
Livre culte dans le monde entier, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur raconte l’histoire d’Atticus Finch, jeune avocat, qui élève seul ses deux enfants Jem et Scout. Lorsqu’il est commis d’office pour la défense d’un homme noir accusé d’avoir violé une femme blanche, la vie de la petite famille bascule. Nous sommes dans les années 1930, dans une petite ville de l’Alabama et certaines vérités peuvent être dangereuses à démontrer…
Grâce au talent de Fred Fordham (notamment découvert en France grâce à Nightfall, paru chez Delcourt), ce roman graphique donne une nouvelle vie au chef d’œuvre d’Harper Lee. L’illustrateur a exploré les lieux qui ont compté pour la mythique auteure américaine en se plongeant dans sa vie afin de s’approcher au plus près de son imaginaire. Fred Fordham offre un éclairage inédit du texte avec ce magnifique ouvrage qui renforce encore la modernité de l’œuvre de Lee. Couronné par le prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est l’un des plus grands classiques de la littérature du xxème siècle.

Auteurs : Harper Lee est née en 1926 à Monroeville, dans l’Alabama. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, premier et longtemps unique roman de celle qui fut la grande amie de Truman Capote, a connu un destin hors du commun, et demeure à ce jour l’un des livres les plus aimés des lecteurs du monde entier. Harper Lee a créé l’événement en publiant, cinquante ans plus tard, Va et poste une sentinelle (2015). Elle est décédée le 19 février 2016.
Fred Fordham est né en 1985 et a grandi dans le nord de Londres. Parallèlement à ses études de sciences politiques et de philosophie à Sussex University, il travaillait en tant que portraitiste et muraliste. Désormais illustrateur, on lui doit notamment la série Nightfall.

Mon avis : (lu en février 2019)
Cette histoire est un grand classique de la littérature américaine écrit en 1960 et qui nous plonge au cœur du sud des Etats-Unis, dans l’Alabama, dans les années 30, quand les noirs et les blancs vivaient séparés.
La narratrice, Scout, est âgée d’une dizaine d’années, elle vit à Maycomb avec son grand frère Jem, leur père veuf et leur gouvernante Calpunia. C’est l’été, le temps de l’innocence et des jeux avec Dill, le petit voisin, ils construisent des cabanes, se font peur en passant devant la maison du mystérieux Boo Radley… Leur père, Atticus Finch, est un avocat qui défend le plus souvent des causes perdues. Le regard d’enfant de Scout et Jem va changer le jour où ils assistent au procès où leur père défend un homme noir, accusé à tort de viol sur une femme blanche. 
L’adaptation de ce roman initiatique qui incite au respect, à la tolérance et à l’amitié est magnifiquement réussi. Fidèle au texte, on ne peut s’empêcher de retrouver également des images du film « Du silence et des ombres » adaptation au cinéma de Robert Mulligan en 1962, avec Grégory Peck qui recevra l’Oscar du meilleur acteur.
Une bande dessinée idéale pour faire connaître cette oeuvre et donner envie de lire l’original !

Extrait : 

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Extrait en ligne

petit bac 2019(2) Animal

Déjà lu du même auteur :

41238697_p  Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

ne tirez Ne tirez-pas sur l’oiseau moqueur (version audio)