Une saison à l’ONU, Au cœur de la diplomatie mondiale – Karim Lebhour, Aude Massot

71dgt7TZBuL Steinkis – octobre 2018 – 207 pages

Quatrième de couverture :
En 1945, l’Organisation des Nations unies est créée pour maintenir la paix et la sécurité dans le monde. Ce « machin », comme l’appelait le général de Gaulle, tout le monde en a entendu parler, mais combien savent exactement ce que fait l’ONU et comment elle fonctionne ? Karim Lebhour a été correspondant de presse au siège de New York pendant quatre ans. Dessinées par Aude Massot, ses chroniques parfois décalées, souvent drôles, toujours édifiantes font vivre les coulisses de la seule instance internationale dans laquelle tous les pays peuvent faire entendre leur voix.

Auteurs : Karim Lebhour a été correspondant à l’ONU de 2010 à 2014, après cinq ans au Proche-Orient où il a écrit Jours tranquilles à Gaza (récit préfacé par Stéphane Hessel). De son expérience à l’ONU, il avait tiré un premier reportage pour La Revue Dessinée avec James et Thierry Martin, publié au printemps 2014. Karim doit son éducation à la BD à la bienveillance du personnel de la Fnac de Grenoble qui le laissaient lire dans les rayons. II travaille aujourd’hui pour International Crisis Group Washington.
Sortie des ateliers BD de l’école bruxelloise Saint-Luc en 2006, Aude Massot entame à Paris une carrière de storyboarder dans le dessin animé, et s’installe stratégiquement entre une librairie BD et son bistrot préféré. Après un séjour à Montréal, elle devient l’auteur de Québec Land, un journal dessiné sur le quotidien d’un couple d’expatriés français au Québec (Sarbacane). En 2015, elle réalise une enquête sur le Samu social de Paris, Chronique du 115 (2017).

Mon avis : (lu en mai 2020)
Karim Lebhour a été correspondant de presse pour RFI au siège de l’ONU à New York pendant quatre ans, de 2011 à 2013. Dans l’esprit des chroniques de Guy Delisle ( ), l’auteur nous raconte son quotidien à l’ONU.
Tout d’abord, il nous explique « comment ça marche » avec l’Assemblée Générale et ses 193 États membres, le Conseil de Sécurité composé de cinq membres permanents (Chine, États-Unis, France, Royaume Uni et Russie) et dix membres élus pour deux ans, puis la galaxie ONU avec les Casques Bleus, le Secrétaire Général, le Conseil économique et social, la Cour internationale de justice et la Cour pénale internationale de La Haye…
L’ONU a également créé plusieurs agences et programmes pour soutenir son action (OMS : organisation mondiale de la santé, UNESCO : organisation pour l’éducation, la science et la culture, UNICEF : fonds pour l’enfance, UNHCR : agence pour les réfugiés…).
Entre du purement documentaire et des anecdotes personnelles et amusantes, cette BD nous permet de comprendre le fonctionnement et les enjeux de cette institution.
L’ONU est une véritable usine à gaz, où chaque État membre y défend ses intérêts nationaux, en particulier les cinq membres permanents du conseil de sécurité et leur fameux droit de veto, ces grandes puissances votent plus pour leurs intérêts que pour l’intérêt commun… C’est un lieu où les états peuvent se rencontrer mais décident rarement de quelque chose, une tribune devant le monde où des dictateurs peuvent se  montrer et où les ennemis se serrent les mains devant les caméras pour mieux se déchirer mutuellement après…
Côté anecdotes, il y a l
e discours du ministre indien qui ne se rend compte qu’au bout de longues minutes qu’il est en train de lire le texte de son homologue portugais et non le sien… Ou l’interview 100% langue de bois de Ban-Ki-Moon, le Secrétaire Général, qui prend soin de ne fâcher personne en utilisant les mêmes éléments de langage pour chacune des questions posées…
Un témoignage instructif et passionnant à lire sur la diplomatie mondiale.

Extrait : (début de la BD)

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Petit bac 2020a
(5) Amour

Bed Bug – Katherine Pancol

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib – janvier 2020
– 8h24 – Lu par Audrey Botbol

Albin Michel – octobre 2019 – 352 pages

Quatrième de couverture :
« Rose est une jeune biologiste. Elle fait des recherches à Paris et à New York sur une luciole qui semble très prometteuse pour la recherche médicale. Si elle étudie avec une grande maîtrise l’alchimie sexuelle des insectes et leur reproduction, elle se trouve totalement désemparée face à Léo quand elle en tombe amoureuse. La vie n’est pas comme dans un laboratoire. Et ce n’est pas sa mère (cachée derrière des lunettes noires) ni sa grand-mère (qui parle à Dieu et à ses doigts de pied) qui vont pouvoir l’aider. »
Autour de Rose s’agite une constellation attachante et pancolienne : un amoureux qui a tout l’air d’un goujat sexy, un scientifique vénézuélien qui étudie le sperme des grillons, une chercheuse obèse qui tombe amoureuse toutes les 28 secondes ou une mère reine des abeilles… Mais tout cela est bien moins léger qu’il n’y paraît…

Auteur : Katherine Pancol s’est imposée dès son premier roman Moi d’abord comme l’une des nouvelles voix de la littérature. Depuis sa saga Les Yeux jaunes des crocodiles, La Valse lente des tortues, Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi, la trilogie des Muchachas et Trois Baisers, elle est devenue l’un des auteurs français les plus lus dans le monde (traduit dans 31 pays dont les États-Unis).

Lecteur : Audrey Botbol a démarré sa carrière dans la chanson. Elle élargit très vite son champ à celui de la voix en général : doublages de films, séries, dessins animés, enregistrement de pubs, voice over… Elle compose, écrit et interprète aussi de nombreux titres pour des bandes originales de longs métrages.

Mon avis : (écouté en avril 2020)
J’ai accepté de recevoir ce livre audio, après avoir entendu une interview de Katherine Pancol très enthousiaste et à fond sur tous les insectes qui peuplent ce livre !
J’ai toujours aimé observer ces petites bêtes donc j’étais curieuse de les découvrir dans ce roman.
L’héroïne de cette histoire, Rose est biologiste. Elle travaille à Paris dans un laboratoire de recherches sur la luciole alsacienne, Lamprohiza splendidula. Ses résultats sont prometteurs et devraient s’appliquer à la recherche médicale.  Leo est un chercheur américain qui travaille également sur une luciole, celle-ci est américaine, Photuris versicolor. Tous deux se sont rapprochés professionnellement et travaillent de concert.
Autant Rose est une pointure dans son travail de chercheuse, autant elle est totalement submergée par ses émotions qu’elles soient amoureuses ou relationnelles…
Dans ce roman, Katerine Pancol met en parallèle le comportement des humains, ici Rose, Leo et celui des insectes et petites bêtes.
L’auteure s’est attachée à ce que tous les passages scientifiques soient véridiques et elle les a donc fait relire par un biologiste.
J’ai surtout été intéressée par la partie biologie et « petites bêtes » qui sont finalement assez peu présentes dans l’ensemble de l’histoire, pour le reste de l’intrigue j’ai trouvé cela distrayant mais sans surprise.

Merci et Audiolib pour cette lecture mitigée.

Extrait : (début du livre)
Rose invita Leo à dîner un mardi soir huit jours avant Noël.
Elle avait hésité, se balançant sur les marches du laboratoire où ils avaient passé la journée à étudier Lamprohiza splendidula, une petite luciole de la famille des Lampyridae, qui vivait en Alsace et produisait une molécule prometteuse pour le traitement du cancer avec, en outre, une action régénérante sur les tissus cutanés. Le directeur du laboratoire se frottait les mains à l’idée d’exploiter cette découverte.
Rose s’était aussitôt demandé si c’était une bonne idée d’inviter Leo à dîner. Elle avait mordillé ses ongles, froissé et défroissé un pan de sa blouse de labo qui dépassait de son manteau, calculé le nombre exact de jours qu’il restait avant Noël. Leo repartait pour New York. Il fallait qu’elle l’invite, c’était une question de courtoisie, une manière de souligner que leur collaboration, ces six derniers mois, s’était bien passée, qu’elle avait été fructueuse, que leurs travaux pourraient déboucher sur une réelle avancée scientifique. Pour les malades atteints du cancer du sein et du poumon, et pour les grands brûlés, par exemple. Rose aimait être « utile ». Elle trouvait que ce mot était le plus beau de la langue française. Et s’il y avait deux choses que Rose aimait par-dessus tout, c’étaient les mots et les insectes.
Le lendemain, le laboratoire fermerait pour quelques jours. C’était donc maintenant ou jamais.

Déjà lu du même auteur :

les_yeux_jaunes_CD  Les yeux jaunes des crocodiles

Petit bac 2020a
(4) Animal

Ici n’est pas ici – Tommy Orange

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Audiolib – novembre 2019 – 8h44 – Lu par Sylvain Agaësse, Benjamin Jungers, Audrey Sourdive

Albin Michel – 21 août 2019 – 352 pages

traduit de l’américain par Stéphane Roques

Titre original : There there, 2018

Quatrième de couverture :
« Être Indien en Amérique n’a jamais consisté à retrouver notre terre. Notre terre est partout ou nulle part. »
À Oakland, dans la baie de San Francisco, les Indiens ne vivent pas sur une réserve mais dans un univers façonné par la rue et par la pauvreté, où chacun porte les traces d’une histoire douloureuse. Pourtant, tous les membres de cette communauté disparate tiennent à célébrer la beauté d’une culture que l’Amérique a bien failli engloutir. À l’occasion d’un grand pow-wow, douze personnages, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, vont voir leurs destins se lier. Ensemble, ils vont faire l’expérience de la violence et de la destruction, comme leurs ancêtres tant de fois avant eux.
Débordant de rage et de poésie, ce premier roman impose une nouvelle voix saisissante, véritable révélation littéraire aux États-Unis, où il a été consacré « Meilleur roman de l’année » par l’ensemble de la presse américaine. Finaliste du prix Pulitzer et du National Book Award, il a reçu plusieurs récompenses prestigieuses dont le PEN/Hemingway Award.

Auteur : Né en 1982, Tommy Orange a grandi à Oakland, en Californie, mais ses racines sont en Oklahoma. Il appartient à la tribu des Cheyennes du Sud. Diplômé de l’Institute of American Indian Arts, où il a eu comme professeurs Sherman Alexie et Joseph Boyden, il a fait sensation sur la scène littéraire américaine avec ce premier roman.

Lecteurs : Comédien et metteur en scène de théâtre, Sylvain Agaësse double de nombreux comédiens étrangers pour les versions françaises de films et séries. Il écrit également scénarios, pièces de théâtre et chansons qu’il compose et interprète.
Benjamin Jungers, pensionnaire de la Comédie-Française de 2007 à 2015, y rencontre de nombreux metteurs en scène et y monte deux monologues écrits par lui-même, ainsi qu’une courte pièce de Marivaux. Il a notamment tourné avec Claire Devers et Gérard Jourd’hui pour la télévision, et dans Cessez-le-feu avec Emmanuel Courcol pour le cinéma.

Audrey Sourdive commence le théâtre à 5 ans. Depuis elle interprète de grands rôles classiques comme Elvire ou Lady MacBeth et s’intéresse aussi au théâtre contemporain ainsi qu’au théâtre pour enfants. Elle a mis en scène Ninon, une pièce sur le handicap, et le Circuit Ordinaire de Jean-Claude Carrière. Elle est également comédienne de doublage (Millenium, Grey’s Anatomy, Spiderman…).

Mon avis : (lu en mars 2020)
Voilà un roman sur l’identité amérindienne.
« Nous sommes des Indiens et des Indigènes américains, Indiens-Américains et Indiens natifs d’Amérique du Nord, Autochtones Indiens des Premières Nations et Indiens tellement indiens que soit on pense chaque jour à cet état de fait, soit on n’y pense jamais. »
Tommy Orange, descendant Cheyenne, nous raconte à travers le destin de douze personnages résidant à Oakland. Ils sont tous Autochtones, ce sont des femmes, des hommes, des enfants, des jeunes, des plus âgés… Ils ont tous des vies cabossées et ils sont dans l’attente du grand Pow Wow qui se prépare… Sont-ils là par tradition ? Pour le folklore ? ou… Pour la plupart, ils ont toujours vécu en ville.
Dans l’ordre d’apparition comme narrateur, nous avons :

Tony Loneman, 21 ans, il est atteint du syndrome d’alcoolisation fœtale.
Dene Oxendene, membre des tribus cheyenne et arapaho, il a pour projet de collecter des témoignages d’Indiens d’Oakland, le Pow Wow est la bonne occasion.
Opale Victoria s’occupe de la fille et des petits-enfants de sa sœur Jacquie.
Edwin Black est un no life obèse, sa mère est blanche, son père cheyenne, il est embauché comme stagiaire pour préparer le pow-wow
Bill Davis est le beau-père d’Edwin.
Jacquie Red Feather  est la sœur d’Opale.
Orvil Red Feather est le petit-fils aîné de Jacquie.
Calvin Johnson, Octavio Gomez, Daniel Gonzalez préparent un braquage.
Le Pow-Wow est organisé par Blue, abandonnée à la naissance, est en quête de ses racines.
Thomas Frank est un colosse indien, joueur de tambour qui a des problèmes d’alcool.
Cette lecture est très intéressante mais parfois un peu brouillonne, la version audio n’est peut-être la mieux adaptée pour suivre les interactions entre les douze narrateurs et personnages. J’ai été obligée de prendre des notes au fur et à mesure de mon écoute et d’emprunter la version papier à la Bibliothèque pour rédiger ce billet…
La lecture à trois lecteurs différents (une femme et deux hommes) est une aide à l’écoute pour différencier le passage d’un personnage à l’autre.

Extrait : (début du livre)
Il y avait une tête d’Indien, la tête d’un Indien, le dessin de la tête d’un Indien aux longs cheveux parée d’une coiffe de plumes d’aigle, dessinée par un artiste anonyme en 1939 et diffusée jusqu’à la fin des années soixante-dix sur tous les écrans de télé américains une fois les programmes terminés. Cela s’appelait la Mire à tête d’Indien. Si on laissait la télé allumée, on entendait le son d’une fréquence de 440 hertz – celle servant à accorder les instruments – et on voyait cet Indien, entouré de cercles pareils à ceux de la lunette de visée d’un fusil. Il y avait ce qui ressemblait à une cible au centre de l’écran, et des chiffres comme autant de coordonnées. La tête de l’Indien était juste au-dessus de la cible, comme s’il suffisait de hocher le menton en signe d’approbation pour l’avoir dans sa ligne de visée. Ce n’était qu’une mire.

En 1621, peu après une cession de terres, les colons anglais invitèrent Massasoit, chef des Wampanoags, à un banquet. Massasoit arriva avec quatre-vingt-dix de ses guerriers. C’est en mémoire de ce repas que nous partageons toujours le dîner de Thanksgiving en novembre. Pour le célébrer en tant que nation. Mais ce repas-là n’était pas un repas d’action de grâce. C’était un repas scellant une cession de terres. Deux ans plus tard, il y en eut un autre, identique, pour symboliser une amitié éternelle. Deux cents Indiens furent décimés ce soir-là par un poison inconnu.

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Un été d’enfer ! – Vera Brosgol

91nIxfXvz9L Rue de Sèvre – mars 2019 – 256 pages

traduit par Alice Delarbre

Titre original : Be prepared, 2018

Quatrième de couverture :
Et si ce n’était pas si cool que ça, la colo ? Tout juste arrivée de Russie, Vera aimerait tellement que ses copines américaines la considèrent comme l’une des leurs. Mais ses multiples tentatives pour y parvenir sont rarement couronnées de succès… Son rêve : que sa maman, qui l’élève seule avec son frère et sa sœur, puisse un jour l’envoyer dans une de ces luxueuses colonies de vacances du pays. Vera sait bien que sa famille n’a pas les moyens de se permettre ce privilège. Pourtant, elle trouve une solution, et la voilà inscrite pour deux semaines et elle compte bien profiter de tout à fond !

Auteure : Vera Brosgol est née en Russie, à Moscou en 1984. Elle a 5 ans quand elle arrive avec sa famille aux États-Unis où elle obtient plus tard un diplôme en cinéma d’animation. Elle exerce dans ce domaine pendant plusieurs années avant de se consacrer entièrement à l’écriture et à l’illustration de livres. Sa première bande dessinée, Anya’s Ghost, parue en 2011, a remporté le prestigieux Eisner Award.

Mon avis : (lu en mars 2020)
Vera a neuf ans, avec sa maman et son petit frère, Phil, elle vient d’arriver aux États-Unis en provenance de Russie. Ce n’est pas facile pour elle de se faire des amies et de s’intégrer dans un nouveau pays quand on ne connaît pas les codes… Après avoir entendu parler d’un camp scout géré par la communauté russe, Vera y voit enfin une solution de se faire de vraies amies.
Vera en attendait tellement de ce camp, pleine d’espoir et d’attente… Et c’est rapidement la déception… Elle se retrouve à partager sa tente avec deux filles plus âgées, déjà amies et aux aspirations très différentes que les siennes, les garçons sont méchants et prétentieux, aller aux toilettes est une épreuve… Vera est agressée par des araignées ou des animaux potentiellement porteur de rage… Voilà un été que Vera n’oubliera pas, un été d’enfer durant lequel elle devra se débrouiller toute seule, se confronter à des situations embarrassantes ce qui la fera grandir…
Un récit autobiographique drôle, touchant et plein de nostalgie que j’ai beaucoup aimé !

Extrait : (début de la BD)

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Petit bac 2020a(4) Crime et justice

Dans la forêt – Jean Hegland

 

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Audiolib – juillet 2019 – 10h02 – Lu par Maia Baran

Gallmeister – janvier 2017 – 304 pages

Gallmeister poche – juin 2018 – 308 pages

traduit de l’américain par Josette Chicheportiche

Titre original : Into the Forest, 1996

Quatrième de couverture :
Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.
Considéré depuis sa sortie comme un véritable choc littéraire, Dans la forêt, roman sensuel et puissant, met en scène deux jeunes femmes qui entraînent le lecteur vers une vie nouvelle.

Auteur : Jean Hegland est née en 1956 dans l’État de Washington. Après avoir accumulé les petits boulots, elle devient professeur en Californie. À vingt-cinq ans, elle se plonge dans l’écriture, influencée par ses auteurs favoris, William Shakespeare, Alice Munro et Marilynne Robinson. Son premier roman Dans la forêt paraît en 1996 et rencontre un succès éblouissant. Elle vit aujourd’hui au coeur des forêts de Californie du Nord et partage son temps entre l’apiculture et l’écriture.

Lecteur : D’origine russo-polonaise, Maia Baran vit en Belgique. Elle partage son métier entre le théâtre et des doublages francophones de films.

Mon avis : (écouté en août 2019 et réécouté en partie en mars 2020)
C’est un récit d’anticipation dans un futur proche.
C’est un roman écrit il y a plus de vingt ans, et seulement traduit en français en 2017. Il est toujours d’actualité, et aborde les problématiques réalistes comme la fin des énergies fossiles, et celle d’une société de consommation, dépendante de l’électricité, de l’informatique…
Nell et Eva sont deux jeunes femmes de dix-sept et dix-huit ans, elles sont sœurs et vivent seules dans une maison isolée dans la forêt. Les ressources se sont peu à peu épuisées, plus de téléphone, d’internet, d’électricité, de gaz, d’essence, d’eau courante…
Nell, la narratrice, à travers son journal, nous raconte son quotidien. Au début, elle espère un retour à la normale mais peu à peu, Nell et Eva prennent leur vie en main et se préparent à la survie. Elles s’organisent avec tout ce qu’elles trouvent dans la maison familiale, conserves, outils du père, livres de la mère…
Les deux sœurs sont très différentes, Eva rêve de devenir danseuse et va être obligée de danser sans musique, Nell est l’intellectuelle, elle lit beaucoup pour savoir et apprendre et rêve d’intégrer une université prestigieuse. Mais les circonstances les obligent à rester bloquées au milieu de la forêt…
Le lecteur est plongé dans ce huis clos et découvre peu à peu, au fil du journal de Nell, ce qui se passe, les raisons de cet isolement et comment les deux sœurs vont s’organiser, grandir et faire confiance à cette forêt et à ces richesses insoupçonnées…
La lecture de ce roman est hypnotique, envoûtant, le temps s’est arrêté et malgré tout, la vie est plus forte, elle oblige Nell et Eva à créer un nouvel avenir.

Extrait : (début du livre)
C’EST étrange, d’écrire ces premiers mots, comme si je me penchais par-dessus le silence moisi d’un puits, et que je voyais mon visage apparaître à la surface de l’eau – tout petit et se présentant sous un angle si inhabituel que je suis surprise de constater qu’il s’agit de mon reflet. Après tout ce temps, un stylo a quelque chose de raide et d’encombrant dans ma main. Et je dois avouer que ce cahier, avec ces pages blanches pareilles à une immense étendue vierge, m’apparaît presque plus comme une menace que comme un cadeau – car que pourrais-je y relater dont le souvenir ne sera pas douloureux ?
   Tu pourrais écrire sur maintenant, a dit Eva, sur l’époque actuelle. J’étais tellement persuadée ce matin que le cahier me servirait à étudier que j’ai dû faire un effort pour ne pas me moquer de sa suggestion. Mais je me rends compte à présent qu’elle a peut-être raison. Tous les sujets auxquels je pense – de l’économie à la météorologie, de l’anatomie à la géographie et à l’histoire – semblent tourner en rond et me ramener inévitablement à maintenant, à ici et aujourd’hui.
   Aujourd’hui, c’est Noël. Je ne peux pas l’éviter. Nous avons barré les jours sur le calendrier bien trop consciencieusement pour confondre les dates, même si nous aurions aimé nous tromper. Aujourd’hui, c’est le jour de Noël, et le jour de Noël est une nouvelle journée à passer, une nouvelle journée à endurer afin qu’un jour, bientôt, cette époque soit derrière nous.
   À Noël prochain, tout ceci sera terminé, et ma sœur et moi aurons retrouvé les vies que nous sommes censées vivre. L’électricité sera rétablie, les téléphones fonctionneront. Des avions survoleront à nouveau notre clairière. En ville, il y aura à manger dans les magasins et de l’essence dans les stations-service. Bien avant Noël prochain, nous nous serons permis tout ce qui nous manque maintenant et dont nous avons terriblement envie – du savon et du shampoing, du papier toilette et du lait, des fruits et de la viande. Mon ordinateur marchera, le lecteur CD d’Eva tournera. Nous écouterons la radio, lirons le journal, consulterons Internet. Les banques et les écoles et les bibliothèques auront rouvert, et Eva et moi aurons quitté cette maison où nous vivons en ce moment comme des orphelines qui ont fait naufrage. Ma sœur dansera avec le corps de ballet de San Francisco, j’aurai fini mon premier semestre à Harvard, et ce jour humide et sombre que le calendrier persiste à appeler Noël sera passé depuis très, très longtemps.

Petit bac 2020a
(3) Son (LA note de musique)

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Cartoville New York 2020 – Collectif

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Quatrième de couverture :
Statue de la Liberté, Empire State Building, Met et MoMA, Central Park, High Line, comédies musicales à Broadway, rooftops vertigineux, friperies et boutiques de créateurs, bagels et burgers, balade au fil de l’eau à Brooklyn ou échappée à Coney Island: suivez le guide !
• Un concept unique : des cartes grand format dépliables par quartier
• Les incontournables, visites, sorties et shopping localisés sur les cartes
• Des parcours et des balades hors des sentiers battus.

Auteurs : Collectif

Mon avis : (exploré en mars 2020)
Voilà un guide avec cartes et plans en un.
Tout commence avec Les incontournables (Statue of Liberty / Ellis Island, Worl Trade Center, Empire State  Building, The High Line, Firth Avenue, Museum of Modern Art (MoMA), Central Park, Metropolitan Museum of Art (Met), Guggenheim Museum, Brooklyn).
Puis New York en 3 jours, un programme pour découvrir l’essentiel de la ville pendant un grand week-end.
Puis 10 idées pour découvrir New York autrement, des idées tendances, découvrir du street art, balades, idées pour se nourrir, pour voir un spectacle, passer une soirée…
Quelques bons plans pour découvrir New York, gratuitement ou à petits prix.
Puis c’est une présentation générale des différents quartiers (ils sont 10), et pour chacun d’eux, des adresses de restaurants, cafés, bars, pour faire du shopping et en dépliant la page, on dévoile un plan détaillé avec les curiosités à visiter.
Ensuite il y a la proposition de 3 balades : Downtown art tour, Manhattan fait son cinéma et Brooklyn au fil de l’eau puis quelques échappées à 1 ou 2 heures de New York, Flushing Meadows-Corona Park, Bronx Park, Coney Island, Long Beach…
A la fin du guide, on trouve un carnet pratique avec l’essentielle des infos pour un séjour à New York : calendrier, transports, hébergement, lexique français – anglais…
Enfin, un index des adresses et lieux de visite présents sur les plans.
Pratique et facile à mettre dans une poche grâce à son format (12 cm x 17 cm), mais en contrepartie, la police d’écriture est vraiment très petite… et certains plans (métro et de bus à Manhattan, dernière page du guide) totalement illisibles, une loupe n’étant pas fournie !

Remarque :
J’ai trouvé une incohérence (à propos de l’échelle) sur le plan « Se repérer à New York »(cf. extrait 1), qui est plutôt un tableau d’assemblage des différents plans plus précis des quartiers de New York.

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L’échelle graphique : 1 cm = 750 m et le texte en dessous, « 1/70 000 – 1 cm = 700 m » sont incohérents…
L’erreur n’est pas grave puisqu’il s’agit d’un tableau d’assemblage et que l’on mesure rarement une distance sur ce genre de plan…

Extrait : (cliquez sur chaque image pour agrandir)

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on déplit la page pour accéder au plan
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Petit bac 2020a(x) Lieu

 

In Waves – AJ Dungo

71n3wOS7qUL Casterman – août 2019 – 374 pages

Quatrième de couverture :
Alors que Kristen n’était pas montée sur une planche de surf depuis des années, ça a été une évidence. Sa passion était contagieuse. Nous l’avons tous suivie. Mais parfois, son corps lui rappelait ses limites. Récit autobiographique bouleversant, In Waves est une grande histoire d’amour, la traversée d’un deuil et une ode à la culture surf.

Auteur : Aj Dungo est illustrateur et vit à Los Angeles. Il a étudié à l’Artcenter College of Design. Lorsqu’il ne dessine pas, on peut le trouver dans l’eau ou assis dans un parking, à zyeuter un trottoir fraîchement peint.

Mon avis : (lu en janvier 2020)
Dans cette magnifique BD, AJ Dungo raconte avec beaucoup de pudeur, en bichromie bleue, la magnifique histoire qu’il a vécu avec Kristen maintenant décédée.
Et en parallèle, en bichromie marron, il nous conte l’histoire de leur passion commune, le surf et de ses pères fondateurs Duke Khanamamoku et Tom Blake.
Duke Kahanmoku, surnommé Hydro-Man, est le père du surf moderne et Tom Blake, le perfectionnera et le démocratisera.
Des premières rencontres pleines d’émotions et de légèreté jusqu’au combat contre la maladie, AJ Dungo partage avec justesse et pudeur sa relation et les instants de surf partagés avec Kristen.
C’est un bel hommage à sa bien aimée et un hymne au surf et à la liberté. Les couleurs et le dessin sont superbes. C’est beau, c’est émouvant…

Extrait :

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Ne te perds pas en chemin – Margaret Mizushima

Lu en partenariat avec les éditions Belfond

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Belfond – janvier 2020 – 352 pages

France Loisirs – octobre 2017 – 336 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Chloé Royer

Titre original : Stalking Ground, 2016

Quatrième de couverture :
Agent de police dans l’unité cynophile de Denver, Mattie Cobb est appelée en urgence dans sa ville natale de Timber Creek : Adrienne Howard, la petite amie du shérif adjoint, a disparu. La jeune femme travaille dans le luxueux spa local, mais aussi dans les ranchs alentour, où elle prodigue des soins aux chevaux de course.
Accompagnée de son fidèle berger allemand, Robo, Mattie peut compter sur l’aide de Cole Walker, un ami vétérinaire fraîchement divorcé. Mais l’enquête est plus périlleuse qu’elle n’y paraît et, en plongeant dans le passé d’Adrienne, Mattie réalise bientôt que ce sont ses propres démons qu’elle va devoir affronter.
Les épaisses forêts enneigées du Colorado n’ont pas fini de livrer leurs secrets. Et le danger guette ceux qui s’aventurent trop près de la vérité…

Auteure : Autrefois orthophoniste, Margaret Mizushima a poursuivi son exploration des mots sous un angle plus artistique grâce à l’écriture. Passionnée de nature et d’animaux, elle vit dans le Colorado entourée de chats et de chiens et vient souvent en aide à son mari, à la tête d’un cabinet vétérinaire. Après Les Sentiers de l’oubli (2019), Ne te perds pas en chemin est son deuxième roman publié en France.

Mon avis : (lu en janvier 2020)
L’originalité de ce roman policier c’est que l’héroïne Mattie Cobb est lieutenant de police dans une unité cynophile. Elle enquête donc avec l’aide de Robo, son fidèle berger allemand. Tout en suivant l’enquête de Mattie Cobb, le lecteur de découvre les dessous de ce métier et la complicité qui unit le chien policier et son maître.
L’intrigue se situe à Timber Creek, une petite ville du Colorado. Adrienne Howard, la compagne de Brody, shérif adjoint de la ville a disparu. Ce dernier va faire parti des premiers suspects et va devoir s’éloigner de l’enquête…
Une intrigue assez classique, assez simple, l’auteure s’est plus attachée à développer la psychologie de ses personnages principaux et secondaires, Mattie Cobb et Robo, Brody, mais aussi Cole Walker, un ami vétérinaire, qui élève seul ses deux filles… Les forêts enneigées du Colorado et la nature font également parties de l’histoire.
C’est la deuxième enquête de cette série, et si l’occasion se présente, je n’hésiterai pas à lire la première « Les Sentiers de l’oubli » publié en mars 2019.

J’ai passé un bon moment en compagnie de Mattie et Robo.

Merci Claire et les éditions Belfond pour cette découverte très plaisante.

Extrait : (début du livre)
Une goutte de sueur perla sur le front du lieutenant Mattie Lu Cobb, derrière la visière de son casque. Elle inclina légèrement la tête en arrière pour l’empêcher de couler dans son œil, et constata qu’il n’y avait pas un nuage à l’horizon. Il faisait très chaud à Denver pour un mois d’octobre – beaucoup plus chaud qu’à Timber Creek, où les forêts et les prairies absorbaient en partie les ardeurs du soleil. Ici, en ville, les rayons qui se réverbéraient sur le bitume transformaient les rues en véritables étuves.
Elle dirigeait une équipe chargée d’arrêter les cambrioleurs d’une bijouterie de Cherry Creek Mall qui avaient été repérés dans ce parc industriel du sud de Denver. D’après
les rapports qu’elle avait lus, ils étaient au moins deux, peut-être trois, et armés. Ils avaient abandonné leur véhicule, une Dodge Intrepid, sur le parking avant de disparaître dans le dédale des entrepôts. Mattie comptait sur le flair de son chien de détection, Robo, pour les retrouver.
Ses trois coéquipiers, qu’elle avait rencontrés le jour même, se déployèrent en éventail derrière elle. Armés de fusils d’assaut M-16, ils avaient pour noms de code Red, Blue et Green. Mattie, quant à elle, disposait d’un Glock 17. Elle leur fit signe de s’approcher.
« Il y a quatre rangées de trois bâtiments chacune, disposées en rectangle. On n’a qu’à les appeler rangée 1, 2, 3 et 4, en partant de la gauche. Ensuite, on numérote les bâtiments en commençant par la rangée un : bâtiment 1, 2, 3… »
Elle désigna les bâtiments un par un en comptant jusqu’à douze.
« Pour le moment, on se contente de suivre Robo. Des questions ? »
Elle attendit un instant, puis alluma l’émetteur radio accroché sur son épaule et s’adressa au sergent qui les supervisait.
« Brigade canine au rapport. On est prêts.
— Bien reçu, brigade canine. Allez-y. »
Mattie joua des épaules pour disperser la tension accumulée dans ses muscles. Sous son gilet en Kevlar, elle suait à grosses gouttes.
Concentre-toi. Ne te laisse pas distraire. Et surtout, observe ton chien.
Robo, un berger allemand de quarante kilos en gilet pare-balles et harnais de recherche bleu, se tenait debout à côté d’elle.
« On va travailler ? » lui lança-t‑elle d’une voix aiguë afin de stimuler son instinct de chasseur.
Il se dressa sur les pattes arrière, surexcité. Elle détacha la laisse de son harnais et la fixa à la ceinture qu’elle portait à la taille : elle savait que son chien lui obéirait, mais aussi
qu’il préférait être libre de ses mouvements pour mieux traquer sa proie. L’instinct de Robo était parfois la seule chose qui préservait Mattie d’une mort certaine, et elle se
le rappelait chaque jour qu’ils passaient ensemble.
Elle leva la main pour lancer les opérations.
« Allez, Robo. Au travail. »
Le chien sur les talons, elle ouvrit la portière passager de la Dodge et désigna le siège.

Combien de pas jusqu’à la lune – Carole Trébor

Lu en partenariat avec Babelio

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81KpY+5B8+L Albin Michel – septembre 2019 – 448 pages

Quatrième de couverture :
Dans les années 1920, en Virginie occidentale, Joshua et Joylette habitent une modeste ferme avec leurs quatre enfants, à qui ils transmettent leur curiosité du monde et une dignité teintée de modestie. « Vous êtes aussi bons que n’importe qui dans cette ville, mais vous n’êtes pas meilleurs. », ne cesse de répéter le père. Katherine, la benjamine, passe ses journées à compter. Elle calcule le nombre de pas pour aller à l’école, mesure la hauteur des arbres, se questionne sur la distance qui sépare la Terre de la Lune… Grâce à ses capacités exceptionnelles, elle entre au lycée à 10 ans, puis obtient ses diplômes universitaires à 18. Elle commence ensuite une carrière de professeure, mais c’est un autre avenir qui l’attire… Dans une Amérique où les droits des Noirs et des femmes restent encore à conquérir, elle trace consciencieusement sa route dans l’ingénierie aérospatiale à la NACA puis à la NASA. Et au fil des ans, malgré les réticences d’un milieu masculin marqué par la ségrégation et une forme de misogynie, elle prouve sa légitimité par l’exactitude de ses équations et l’ingéniosité de ses raisonnements. Et c’est à elle qu’en 1962, l’astronaute John Glenn demande de vérifier la justesse des calculs de sa trajectoire avant de partir en orbite autour de la Terre. Sept ans plus tard, on lui confie le calcul de la trajectoire d’Apollo 11. Objectif visé : la Lune. Dans l’ombre des hommes, Katherine fait, à sa manière, également décoller les droits des femmes et des Noirs.

Auteur : Carole Trébor est historienne, réalisatrice et écrivaine. Elle a enseigné à l’Université avant de se tourner vers le théâtre, le cinéma, les documentaires, la BD et la littérature. Elle est notamment l’auteure du roman Révoltées, de la série Nina Volkovitch, et de Jules et Contagion dans U4. Elle vit près de Paris.

Mon avis : (lu en décembre 2019)
J’ai choisi de découvrir ce livre après avoir vu, il y a peu de temps, et beaucoup aimé le film « Les Figures de l’Ombre ». Ce roman biographique très documenté complète parfaitement ce film. Il raconte l’histoire de Katherine Johnson, mathématicienne noire américaine qui a travaillé à la NACA ancêtre de la NASA. Depuis toute petite Katherine aime compter et joue avec les chiffres avec son père. Elle a la chance d’être dans une famille aimante qui fait tout pour pousser les quatre enfants à faire des études même si le quotidien est difficile et que l’argent manque souvent. Très vite, l’exceptionnelle intelligence de Katherine est remarquée, mais à l’époque, la condition des Noirs et celles des femmes lui interdisent de devenir ingénieure, elle n’abdiquera jamais et peu à peu, avec dignité, intelligence et discrétion, elle arrivera à franchir des interdits et à réaliser son rêve de devenir une mathématicienne reconnue.
La vie de Katherine Coleman, Afro-Américaine née en 1918, est passionnante et j’ai été étonnée d’apprendre qu’elle est toujours en vie.
(Édit 25/02/2020 : Elle est décédée le 24 février 2020, à l’âge de 101 ans)

Cette biographie romancée d’une des héroïnes de l’exploration spatiale est bien documentée (une bibliographie très complète se trouve également en annexe) et se lit facilement, presque d’une traite.
Elle est destinée à des lecteurs et lectrices à partir de 13 ans mais peut parfaitement être lu par des adultes. Une très belle découverte !

Extrait : (début du livre)
Été 2018
Les muscles de l’épaule bandés, Joshua Coleman brandit sa hache et l’abattit une fois encore sur l’arbre imposant. Le manche commençait à chauffer dans ses mains. Heureusement, le tronc émit un craquement sinistre : c’était le signe que Joshua attendait. Il recula vivement. Le cèdre fendit le paysage et s’effondra. Joshua refusait de s’habituer à ce bruit, la plainte d’un adversaire respecté.
Il essuya la sueur de son front et regarda l’arbre immense désormais à terre, vaincu.
Le silence était revenu.
Joshua estima le diamètre du tronc. Sans avoir besoin de la règle de Doyle[1] qu’ils utilisaient à la scierie, il sut exactement combien de pieds-planches[2] il en débiterait. Il était ainsi fait. Il avait un compas dans l’œil et une calculatrice dans le cerveau.

Combien de pâte à papier serait tirée d’un tel volume ?
Combien de papier était nécessaire pour alimenter la ville de Washington en journaux ?
Combien d’arbres faudrait-il pour fabriquer la quantité de papier correspondante ?
Combien d’arpents de bois la ville lisait-elle ?

Son cerveau se mit en branle, véritable horlogerie mécanique.
Il calculait comme d’autres chantent, pour supporter le labeur.
Il calculait comme d’autres prient, pour se donner du courage.

[1] Formule de calcul du bois rond, l’échelle de Doyle est utilisée en Amérique du Nord depuis 1825.
[2] Unité de mesure de volume utilisée pour le bois brut de sciage en Amérique du Nord et au Canada : 1 pied-planche = 1 pied x 1 pied x 1 pouce. 

petit bac 2019(7) Partie du corps

Bondrée – Andrée-A. Michaud

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Éditions Rivages – septembre 2016 – 362 pages

Éditions Rivages – octobre 2017 – 379 pages

Quatrième de couverture :
A l’été 1967, une jeune fille nommée Zaza Mulligan disparaît dans les bois entourant Boundary Pond, un lac situé à la frontière entre le Québec et le Maine, rebaptisé « Bondrée » par un trappeur qui y avait vécu une tragique histoire d’amour. Les recherches s’organisent et Zaza est bientôt retrouvée morte, la jambe prise dans un piège à ours rouillé. L’enquête conclut à un accident. Mais lorsqu’une deuxième jeune fille disparaît à son tour, l’inspecteur Michaud se dit que les profondeurs silencieuses de la forêt recèlent d’autres pièges…

Auteur : Andrée A. Michaud, romancière québécoise de premier plan, est l’auteure de dix ouvrages, dont Le Ravissement (2001, Prix du Gouverneur général du Canada) et Mirror Lake (2007, Prix Ringuet).

Mon avis : (lu en août 2019)
Été 1967, à la frontière entre les États-Unis et le Canada, le lac Boundary, ou Bondrée, fait le bonheur des vacanciers. Un lac entouré d’une forêt profonde où les familles profitent du soleil, de la nature, de la chasse, de la pêche, des apéros et des barbecues…
Parmi eux, il y a Zaza et Sissy, deux jeunes filles insouciantes et libres qui fascinent les plus jeunes comme Andrée et ne laissent pas indifférents les garçons…
Un soir, Zaza disparaît avant d’être retrouvée morte. La victime est américaine et l’enquête est confiée à la police du Maine, en la personne de Stanley Michaud et de Jim Cusack son adjoint. Ils vont vite conclure à une mort accidentelle. Mais l’ambiance a changée autour du lac, angoisse, soupçons, rumeurs, de vieilles histoires ressortent… Et voilà que trois semaines plus tard, une deuxième jeune fille disparaît, le doute n’est plus permis, il s’agit de meurtres…
C’est un roman à plusieurs voix, celle de la petite Andrée, jeune fille de 12 ans qui laisse traîner partout ses yeux et ses oreilles et qui pose des questions naïves qui dérangent, mais aussi celle de l’enquêteur bien décidé à percer le mystère et même celles des victimes et du meurtrier…
Au fil des pages, l’ambiance devient de plus en plus lourde, l’air devient irrespirable dans cet été caniculaire, une sourde anxiété fait place à l’angoisse, l’atmosphère est envoûtante, hypnotique autour du lac, tout est hostile et oppressant.
Le style d’Andrée A. Michaud est particulier, il mêle le français, l’anglais et le québécois, au début, c’est déstabilisant puis je me suis habituée et j’ai beaucoup apprécié.
Les descriptions sont très évocatrices et le personnage d’Andrée tellement attachante !
Une très belle découverte !

Extrait : (début du livre)
Bondrée est un territoire où les ombres résistent aux lumières les plus crues, une enclave dont l’abondante végétation conserve le souvenir des forêts intouchées qui couvraient le continent nord-américain il y a de cela trois ou quatre siècles. Son nom provient d’une déformation de « boundary », frontière. Aucune ligne de démarcation, pourtant, ne signale l’appartenance de ce lieu à un pays autre que celui des forêts tempérées s’étalant du Maine, aux États-Unis, jusqu’au sud-est de la Beauce, au Québec. Boundary est une terre apatride, un no man’s land englobant un lac, Boundary Pond, et une montagne que les chasseurs ont rebaptisée Moose Trap, le Piège de l’orignal, après avoir constaté que les orignaux s’aventurant sur la rive ouest du lac étaient vite piégés au flanc de cette masse de roc escarpée avalant avec la même indifférence les soleils couchants. Bondrée comprend aussi plusieurs hectares de forêt appelés Peter’s Woods, du nom de Pierre Landry, un trappeur canuck installé dans la région au début des années 40 pour fuir la guerre, pour fuir la mort en la donnant. C’est dans cet éden qu’une dizaine d’années plus tard, quelques citadins en mal de silence ont choisi d’ériger des chalets, forçant Landry à se réfugier au fond des bois, jusqu’à ce que la beauté d’une femme nommée Maggie Harrison l’incite à revenir rôder près du lac et que l’engrenage qui allait transformer son paradis en enfer se mette en branle.

Les enfants étaient depuis longtemps couchés quand Zaza Mulligan, le vendredi 21 juillet, s’était engagée dans l’allée menant au chalet de ses parents en fredonnant A Whiter Shade of Pale, propulsé par Procol Harum aux côtés de Lucy in the Sky with Diamonds dans les feux étincelants de l’été 67. Elle avait trop bu, mais elle s’en fichait. Elle aimait voir les objets danser avec elle et les arbres onduler dans la nuit. Elle aimait la langueur de l’alcool, les étranges inclinaisons du sol instable, qui l’obligeaient à lever les bras comme un oiseau déploie ses ailes pour suivre les vents ascendants. Bird, bird, sweet bird, chantait-elle sur un air qui n’avait aucun sens, un air de jeune fille soûle, ses longs bras mimant l’albatros, les oiseaux d’autres cieux tanguant au-dessus des mers déferlantes. Tout bougeait autour d’elle, tout s’animait d’une vie molle, jusqu’à la serrure de la porte d’entrée, dans laquelle elle ne parvenait pas à introduire sa clé. Never mind, car elle n’avait pas vraiment envie de rentrer. La nuit était trop belle, les étoiles trop lumineuses. Elle avait donc rebroussé chemin, retraversé l’allée bordée de cèdres, puis elle avait marché sans autre but que de s’enivrer de son ivresse.

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