Il ne faut pas parler dans l’ascenseur – Martin Michaud

Lu en partenariat avec Babelio et Kennes éditions

Masse-Critique-speciale-Mauvais-Genres

Il ne faut pas parler dans l'ascenseur Kennes Editions – septembre 2016 – 405 pages

Quatrième de couverture :
Une jeune femme s’éveille après vingt-quatre heures passées dans le coma et se lance à la recherche d’un homme qui semble ne pas exister. Un meurtrier sans merci décide que chacun doit payer pour ses fautes et applique sa propre justice. Des meurtres commis à une journée d’intervalle dans des circonstances identiques tourmentent le responsable de l’enquête, le sergent-détective Victor Lessard, de la police de la Ville de Montréal.

Auteur : Né en 1970, établi à Montréal depuis plus de vingt ans, Martin Michaud a longuement pratiqué le métier d’avocat d’affaires avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Reconnu par la critique comme le chef de file des écrivains de romans policiers québécois, il a obtenu un succès sans cesse grandissant avec ses sept thrillers, qui lui ont valu la reconnaissance du public et de nombreux prix littéraires. Outre ses activités de romancier, il scénarise d’après son œuvre une série intitulée Victor Lessard diffusée en février 2017.

Mon avis : (lu en novembre 2017)
Ce livre est le premier de la série Victor Lessard, un enquêteur de la police de Montréal.
Au début, ce livre est déroutant. Le lecteur est perdu car il y a plusieurs narrateurs, plusieurs histoires qui se croisent pour finalement n’en faire qu’une.
Un meurtrier qui a décidé de faire payer leurs fautes à plusieurs victimes.
Une jeune femme qui se fait renverser par une voiture noire et qui vingt-quatre heures plus tard tente désespérément de retrouver l’homme qui l’a secourue.
Victor Lessard qui doit délaisser l’enquête sur l’accident de la jeune femme pour tenter d’élucider les meurtres de deux hommes…
L’auteur alterne les différents histoires en courts chapitres qui sont comme les différentes pièces d’un puzzle qui au fil de l’enquête vont s’assembler. L’intrigue est rythmée, les indices sont distillés avec finesse pour faire progresser lentement l’enquête et quelques rebondissements sont également présent pour tenir le lecteur en haleine.
Le texte est la version originale québécoise, en prêtant attention, le lecteur pourra alors découvrir quelques expressions locales.
Dans ce premier roman, Victor Lessard se dévoile peu, c’est un enquêteur rebelle avec  sa hiérarchie, divorcé, ancien alcoolique et tourmenté. J’ai beaucoup apprécié cette lecture et je continuerai certainement à découvrir cet auteur avec les autres tomes de la série.

Merci  Babelio et Kennes éditions pour cette belle découverte.

Extrait : Ville de Québec
L’obscurité.
Les paupières closes, il essaya de recréer une image mentale du visage, mais la vision s’estompait.
Pendant une fraction de seconde, il crut voir apparaître la naissance des sourcils, puis tout se brouilla. Quoi qu’il tente, il demeurait incapable de visualiser les yeux.
Lorsque les yeux aspirent la mort, ils ne reflètent que le vide. Je ne peux me représenter un tel vacuum.
Il secoua la tête. Sa vie n’était plus qu’un rêve, enfoui dans un autre rêve.
L’attente.
Les impacts réguliers sur les carreaux. La pluie cessa peu avant 20 h.

Accroupi dans l’obscurité, derrière le comptoir de la cuisine, il inspecta de nouveau l’arsenal étalé devant lui : un sac de hockey sur roulettes, une valise métallique, une pile de serviettes et une bouteille de nettoyant tout usage. Il demeurait invisible depuis l’entrée. Il n’aurait qu’à bondir vers l’avant pour atteindre l’homme.
Deux heures auparavant, il avait garé la voiture dans la rue et neutralisé le système d’alarme. Avant de quitter le véhicule, il avait rangé son ordinateur portable dans un sac à dos et glissé celui-ci sous la banquette arrière.
Il avait procédé avec méthode. Tout était en ordre.
Il caressa le manche du couteau fixé à sa cheville.
Bientôt, il allait extraire la mort de la mort.
 
L’homme qu’il s’apprêtait à tuer menait une vie rangée, dont il connaissait par coeur les moindres détails : le jeudi, il terminait son travail à 20 h 30 ; il s’arrêtait ensuite acheter un surgelé au supermarché avant de regagner son domicile ; dès son arrivée, il réchauffait son repas au micro-ondes et avalait le tout devant son téléviseur, calé dans un fauteuil
confortable.
Il était entré dans la maison à quelques reprises en l’absence de l’homme.
Il avait parcouru la pile de DVD que ce dernier rangeait dans une bibliothèque et noté avec dédain qu’il ne s’intéressait qu’aux séries américaines.
Les gens ne font que s’étourdir avec des divertissements grossiers et génériques.
Il avait aussi constaté que la maison, vaste et luxueuse, contrastait avec les habitudes de vie frugales de son propriétaire. Au salon, il avait observé un échiquier de marbre et les détails d’ornementation des pièces, finement ciselées.

Une telle maison était destinée à accueillir une famille et des enfants, pas une personne seule. Les gens perdaient le sens des vraies valeurs. Le culte de l’individualisme, du chacun-pour-soi, le révoltait.

Plus personne n’assume les conséquences de ses actes. Pour se disculper, on se contente de pointer le doigt vers ceux qui font pire que soi.
L’homme paierait pour ses fautes. Il s’en assurerait.
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