Oyana – Eric Plamondon

oyana Quidam éditeur – mars 2019 – 150 pages

Quatrième de couverture :
Elle a fait de son existence une digue pour retenir le passé. Jusqu’à la rupture. Elle est née au pays Basque et a vieilli à Montréal. Un soir de mai 2018, le hasard la ramène brutalement en arrière. Sans savoir encore jusqu’où les mots la mèneront, elle écrit à l’homme de sa vie pour tenter de s’expliquer et qu’il puisse comprendre. Il y a des choix qui changent des vies. Certains, plus définitivement que d’autres. Elle n’a que deux certitudes : elle s’appelle Oyana et l’ETA n’existe plus.

Auteur : Eric Plamondon est né à Québec en 1969 et vit dans la région de Bordeaux depuis une vingtaine d’années. Taqawan, son roman précédent, a reçu les éloges tant de la presse que des libraires et obtenu le Prix France-Québec 2018.

Mon avis : (lu en novembre 2020)
Une histoire percutante fait de chapitres courts entre le Québec et le Pays Basque.
Oyana vit à Montréal avec Xavier son conjoint depuis vingt-trois ans. Elle a laissé son passé derrière elle. Née au Pays Basque le 20 décembre 1973, le jour de l’attentat le plus spectaculaire organisé par ETA (Euskadi Ta Askatasuna, Pays Basque et Liberté), contre Carrero Blanco, le bras droit de Franco. Lorsque le 3 mai 2018, Oyana lit dans le journal l’annonce de la disparition de l’ETA, elle n’a qu’une envie, rentrer et revoir ses parents et son pays d’enfance…
Elle écrit donc une longue lettre à Xavier pour lui raconter la vérité et lui dévoiler sa véritable histoire. Elle n’est pas Nahia Sanchez (nouvelle identité qu’elle a prise) mais Oyana Etchebaster. Avec cette confession, le lecteur va découvrir les liens qui relient Oyana au Pays Basque, à l’ETA et comment elle est arrivée au Québec…
L’auteur québécois vit dans les environs de Bordeaux, donc très proche du Pays Basque. Avec ce roman, nous découvrons que le Québec et le Pays Basque se rejoignent sur plusieurs points, la pêche à la baleine et la lutte indépendantiste…
Un roman très bien documenté sur une région que j’ai la chance de connaître.

Extrait : (page 15)
Les trois hommes se relaient toutes les heures dans l’étroit conduit pour creuser. Au fond du trou, Iban pense à la femme qu’il a quittée pour venir ici se battre pour la cause. La femme est enceinte. Elle accouchera avant la fin de l’année. Lui doit creuser. Il faut que le tunnel atteigne le milieu de la rue Claudio Coello pour ensuite y entasser un maximum de dynamite, deux mètres sous la chaussée. Les trois hommes procèdent avec la plus grande prudence. L’opération dure depuis des mois mais on touche au but. On connaît l’emploi du temps du Premier ministre par cœur. Il emprunte cette rue chaque matin après une visite à l’église Saint- François-di-Borgia. Il commence toujours sa journée de travail par une prière. Le détonateur est connecté. Les trois hommes ont préparé leur fuite dans les moindres détails. Ils changeront de véhicule à mi-chemin pour semer d’éventuels poursuivants. C’est bientôt Noël. Mika, déguisé en électricien, tient le détonateur. Iban guette la rue, prêt à donner le signal. Jon au volant de la Fiat laisse tourner le moteur. La luxueuse Dodge Dart approche. Au moment où elle atteint la zone fatidique, Iban donne le signal, Mika active le détonateur et la force de l’explosion fait s’envoler vers le ciel le Premier ministre, son garde du corps et son chauffeur. Le souffle est si puissant que la voiture blindée est projetée à trente mètres dans les airs au-dessus d’un immeuble et s’écrase dans la cour intérieure du couvent voisin. La poussière n’est pas encore retombée que Jon, Mika et Iban sont déjà loin. Carrero Blanco agonise, le garde et le chauffeur sont morts.
Au même moment, alors qu’ETA vient de réaliser l’attentat le plus spectaculaire de son histoire, une femme donne naissance à une petite fille. Nous sommes le 20 décembre 1973. Oyana vient de voir la lumière au bout du tunnel.

121093083_10157772631766848_3830306120905934516_oPlace de la République – Coeur de pirate 
Un roman qui a traversé l’océan

Déjà lu du même auteur :

taqawan Taqawan

Les fous de Bassan – Anne Hébert

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Points – mars 1998 – 248 pages

Points – mars 1984 – 248 pages

Seuil – novembre 1982 – 248 pages

Seuil – décembre 1982 – 248 pages

Prix Femina 1982

Quatrième de couverture :
Le vent, la pluie, la rumeur de la mer et la pesanteur du passé font de Griffin Creek, petit village du Québec, un lieu étrange et presque hors du monde. Un soir de l’été 1936, deux adolescentes vives et lumineuses, enviées ou désirées pour leur beauté par toute la petite communauté protestante du village, disparaissent près du rivage. À travers la voix ou les lettres de différents personnages, on assiste à la tragédie qui commence à se jouer, bouleversant ce village figé dans la tradition et le respect des Commandements.

Auteur : Anne Hébert est née à Sainte-Catherine-de-Fossambault, près de Québec, où elle a fait ses études. Après un premier recueil de poésie, elle a publié en 1958 Les Chambres de bois, roman qui fut aussitôt chaleureusement accueilli par la critique et qui lui valut le prix France-Canada. Elle montre dans son oeuvre qu’elle reste tout entière habitée pas l’Amérique de son enfance. Son roman Kamouraska, prix des Libraires 1971, a été traduit en plusieurs langues et est considéré par beaucoup comme l’un des plus importants de la littérature de langue française du XXè siècle. Suivront entre autre, Les Fous de Bassan (prix Femina en 1982) et L’Enfant chargé de songes (prix du Gouverneur général en 1992). Elle a récemment publié Clara, Mademoiselle et le lieutenant anglais et Est-ce que je te dérange ?

Mon avis : (lu en novembre 2019)
1936, dans un petit village fictif québécois, Griffin Creek, deux cousines adolescentes, Olivia et Nora, disparaissent. Cinq narrateurs à des moments différents vont nous raconter les évènements. Cela commence avec le Livre du Révérend Nicolas Jones, le pasteur de la communauté écrit en 1982. Puis ce sont les lettres de Stevens Brown, le mauvais garçon du village, écrites à un ami américain pendant l’été 1936. Nous poursuivons avec le journal de Nora, l’une des victimes âgée de 15 ans, datant de la même époque. Ensuite, très peu de temps après la disparition, il y a les témoignages de Perceval, l’idiot du village mais également le frère de Stevens, et de quelques autres. Non daté, ce sont les écrits d’Olivia, l’autre victime, âgée de 17 ans…
Ils vont à tour de rôle raconter à haute voix les événements qui ont changé le cours du destin de Griffin Creek donnant au lecteur indice après indice dans ce huis clos…
L’écriture est poétique, les phrases sont courtes évoquant parfaitement l’ambiance du village avec la nature, la mer, le vent, les tempêtes et ses marées toujours présentes.
Un roman marquant à la fois original, beau et à la fois noir, très violent.

Ce livre a été adapté au cinéma en 1987, film réalisé par Yves Simoneau avec Charlotte Valandrey, Steve Banner, Laure Marsac.

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Extrait : (début du livre)
La barre étale de la mer, blanche, à perte de vue, sur le ciel gris, la masse noire des arbres, en ligne parallèle derrière nous.
Au loin une rumeur de fête, du côté du nouveau village. En étirant le cou on pourrait voir leurs bicoques peinturlurées en rouge, vert, jaune, bleu, comme si c’était un plaisir de barbouiller des maisons et d’afficher des couleurs voyantes. Ces gens-là sont des parvenus. Inutile de tourner la tête dans leur direction. Je sais qu’ils sont là.
Leur fanfare se mêle au vent. M’atteint par rafales. Me perce le tympan. M’emplit les yeux de lueurs fauves stridentes. Ils ont racheté nos terres à mesure qu’elles tombaient en déshérence. Des papistes. Voici qu’aujourd’hui, à grand renfort de cuivre et de majorettes, ils osent célébrer le bicentenaire du pays, comme si c’étaient eux les fondateurs, les bâtisseurs, les premiers dans la forêt, les premiers sur la mer, les premiers ouvrant la terre vierge sous le soc.
Il a suffi d’un seul été pour que se disperse le peuple élu de Griffin Creek. Quelques survivants persistent encore, traînent leurs pieds de l’église à la maison, de la maison aux bâtiments. De robustes générations de loyalistes prolifiques devaient aboutir, finir et se dissoudre dans le néant avec quelques vieux rejetons sans postérité. Nos maisons se délabrent sur pied et moi, Nicolas Jones, pasteur sans troupeau, je m’étiole dans ce presbytère aux colonnes grises vermoulues.

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Grand champion – Les trois accords
Un livre ayant gagné un prix littéraire
Petit bac 2020a
(7) Animal

Le discours – Fabrice Caro

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Gallimard – octobre 2018 – 208 pages

Folio – février 2020 – 224 pages

Quatrième de couverture :
« Tu sais, ça ferait très plaisir à ta sœur si tu faisais un petit discours le jour de la cérémonie. » C’est le début d’un dîner de famille pendant lequel Adrien, la quarantaine déprimée, attend désespérément une réponse au message qu’il vient d’envoyer à son ex. Entre le gratin dauphinois et les amorces de discours, toutes plus absurdes les unes que les autres, se dessine un itinéraire sentimental touchant et désabusé, digne des meilleures comédies romantiques. Un récit savamment construit où le rire le dispute à l’émotion.

Auteur : Fabrice Caro est né en 1973. Il a écrit et dessiné une trentaine de bandes dessinées, dont le fameux Zaï Zaï Zaï Zaï. Il est aussi l’auteur d’un roman paru chez Gallimard en 2006, Figurec.

Mon avis : (lu en septembre 2020)
Ce livre m’a été fortement conseillé par mon fils, grand fan de Fabcaro !

Lors d’un dîner de famille chez ses parents, Adrien est sollicité par son beau-frère pour faire un discours lors de leur futur mariage… Adrien n’a jamais osé froisser ses congénères et encore une fois, il n’ose pas refuser et pourtant il n’a pas la tête à faire un discours de mariage pour sa sœur et son beau-frère !
A quarante ans, Adrien a l’impression que sa vie est ratée, il est en « pause » avec Sonia depuis plus d’un mois, et voilà qu’il vient de lui envoyer un petit texto dont il attend désespérément une réponse, un signe de vie de sa part…
C’est un roman doux-amer qui plonge le lecteur dans une ambiance à la fois drôle et mélancolique… Tout au long de ce repas de famille, aux discussions lisses, au menu toujours identique : gratin dauphinois et son gâteau au yaourt, Adrien va imaginer différents discours et surtout se poser de nombreuses questions sur Sonia qui ne répond toujours pas à son texto…
Un regard décalé et grinçant sur l’amour et sur la famille.
J’ai beaucoup aimé le début, en particulier la description du « chef-d’œuvre d’ébénisterie », réalisé en 6ème par Adrien et offert à ses parents pour Noël, qui trente ans plus tard est toujours présent dans le cuisine familiale. Au fil des pages, j’ai trouvé quelques passages redondants et même si j’ai globalement aimé ce roman atypique, je commençai à trouver que ce repas de famille traînait un peu trop en longueur…

Extrait : (début du livre)
Tu sais, ça ferait très plaisir à ta sœur si tu faisais un petit discours le jour de la cérémonie. Il laisse tomber ces quelques mots, comme ça, sans plus d’ornements, sans même me regarder, appliqué à se servir un verre de vin rouge qu’il vide dans la foulée. Le détachement, l’absence totale de solennité qu’il imprime à cette phrase empêchent toute négociation. Débattre d’une telle proposition relève du superflu, voire du grotesque. J’ai beau chercher, je n’y décèle pas l’ombre d’une intonation interrogative. Son autorité naturelle ne s’encombre d’aucune question, de volume sonore, de regard droit. Rien de très élaboré, hein, quelques mots, ça la toucherait beaucoup. Oui oui, bien sûr, avec plaisir. C’est tout ce que je trouve à répondre.
Ma sœur et ma mère reviennent de la cuisine à ce moment-là, il ne manquait plus que ça pour me pourrir la soirée, un discours.
De ma place, je peux apercevoir le porte-serviettes au mur de la cuisine et m’étonne d’être encore traumatisé, trente ans après, par ce chef-d’œuvre d’ébénisterie initié par notre professeur de technologie de sixième en guise de cadeau de Noël pour nos parents. Il s’agissait d’élaborer un porte-serviettes en forme de sapin à partir d’une planchette rectangulaire, l’exercice avait pour but de nous familiariser avec le tour, la meuleuse, la fraiseuse et autres outils aux noms barbares dont l’utilité nous échappait et m’échappe encore aujourd’hui pour tout dire.

Déjà lu du même auteur :

Capture-d’cran-2015-06-23-11 Zaï Zaï Zaï Zaï  71Uaq7bWeCL Open BAR, 1ère tournée

61985PN5lJL Formica – Une tragédie en trois actes

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(8) Son

Les coquelicots de Penn ar Bed – Emmanuelle Dupinoat

Lus en partenariat avec l’auteure

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tome 1 : L’étonnante musique de la porcelaine

Edilivre – janvier 2017 – 252 pages

Olivia, à presque trente ans, se sent transparente au sein d’une famille fragilisée par une succession. Elle s’ouvre au monde en écoutant les confidences d’auditeurs sur les ondes radiophoniques. La Bretagne est son point d’ancrage le plus solide comme ses souvenirs avec sa grand-mère disparue. Son horizon va s’élargir peu à peu et sa vie prendre un sens inattendu…

tome 2 : Le malicieux parfum du kouign amann

Edilivre – janvier 2017 – 252 pages

Olivia n’est plus seule désormais et s’étonne d’être aimée par ce compagnon si bienveillant. Elle demeure toujours en proie à beaucoup de doutes ; le Finistère n’est pourtant pas un frein entre eux deux. Les événements vont s’enchaîner, la forçant à aller de l’avant et à taire ces peurs tapies en elle qui ne font que ralentir son épanouissement. Peu à peu, sa timidité s’effacera pour laisser place à une vraie détermination et l’horizon s’ouvrira sur un avenir plein de promesses…

tome 3 : Les frêles coquelicots de Penn ar Bed 

Edilivre – décembre 2016 – 336 pages

Olivia a largement dépassé la trentaine et s’occupe de son foyer, de sa famille recomposée. Son quotidien manque beaucoup de fantaisie et ses racines bretonnes la poussent irrésistiblement vers le Finistère. Les vicissitudes de l’existence doublées des affres de l’adolescence viennent semer la zizanie au sein de sa tribu et de son couple. L’amitié sera une précieuse bouée pour tenir dans la tempête et les coquelicots, jamais loin, sa source lumineuse d’espérance.

tome 4 : Les douces lumières de Penn ar Bed 

Edilivre – juillet 2020 – 358 pages

Olivia et Emmanuel sont les heureux parents de cinq enfants dont les caractères s’affirment au fil du temps. Au cœur de ce foyer pétillant de vie, chaque jour apporte son lot de joies, de questions, d’obstacles et les rivalités fraternelles viennent animer le quotidien. Le profond attachement à la famille, au Finistère et la foi en Dieu serviront de boussole à chacun pour garder le cap durant ces années pleines de péripéties, savourer Les douces lumières de Penn ar Bed.

Auteur : Emmanuelle Dupinoat écrit pour colorer d’imaginaire le présent et partager ses interrogations sur la vie. Biologiste de formation et mère de famille, elle vit en Bretagne depuis plus de vingt-cinq ans, région qui est aussi sa source d’inspiration.

Mon avis : (tome 1, lu en 2017, tomes 2 et 3 lus en 2019 et tome 4 lu et relu en 2020)
Faire un billet sur cette série de livres est un peu particulier pour moi… En effet, je connais très bien l’auteur et j’ai participé en partie à la relecture du tome 4…
Lorsque l’auteur a commencé à écrire l’histoire d’Olivia, elle n’imaginait pas que cela devienne une « saga » familiale en 4 tomes, mais en terminant le premier roman, elle n’a pas voulu quitter son héroïne et s’est laissée entraîner pour de nouvelles aventures…
L’auteure a imaginé une histoire de famille sur plusieurs décennies où l’on voit évoluer les personnages, grandir la tribu d’enfants et de cousin.e.s avec comme point d’ancrage la Bretagne, et plus particulièrement le Finistère.
L’inspiration est-elle venue de lieux et de situations vécus, de mots d’enfants et de lectures comme L’esprit de famille de Janine Boissard ? Et pourquoi pas un peu tout cela à la fois…

Extrait : (début du tome 4)
La journée de dimanche est déjà bien entamée lorsqu’Alban entre en coup de vent dans la cuisine et s’exclame :
— On mange quoi au dîner?
— Des briques à la sauce caillou, lui rétorqué-je par réflexe.
— Ah, ah… mais vraiment?
— Riz, tomates, saucisses, plat familial par excellence qui fait plaisir en général à nos convives du dimanche soir.
— Combien serons-nous?
— Une douzaine…
À Montilly, une semaine sur deux, nous réunissons neveux ou enfants d’amis, seuls à Paris. Ils partagent notre dîner dans une atmosphère familiale, histoire de finir le
week-end agréablement et démarrer la nouvelle semaine de bonne humeur. L’idée est venue d’Emmanuel qui a toujours vu ses parents organiser ce genre de réunion. Au cœur du Quartier latin, l’appartement Lagrange devenait un repère sympathique pour la fin du week-end. Le temps de l’exil de l’un ou l’autre de sa région d’origine, il était plaisant d’arriver dans une maison ouverte où l’accueil était chaleureux.
Certains cousins d’Emmanuel m’ont raconté combien ces soirées dominicales avaient compté durant leurs études ou leurs premiers pas à Paris comme jeune actif. Moi, j’ai
pensé à ma mère qui soignait particulièrement le dîner du dimanche. Je revois ce plat ovale fleuri où gratinaient ses chefs-d’œuvre ; je l’avais surnommé « le plat du bonheur ».
L’initiative est donc née en rapprochant les deux coutumes bretonne et bourguignonne. Et la sauce a pris !

Les mains de Louis Braille – Hélène Jousse

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JC Lattès – février 2019 – 350 pages

J’ai Lu – février 2020 – 352 pages

Quatrième de couverture :
Veuve depuis peu, Constance, la quarantaine, auteur de théâtre à succès, se voit confier l’écriture d’un biopic sur Louis Braille par son producteur et ami Thomas. Assistée d’Aurélien, mystérieux et truculent étudiant en histoire, elle se lance à cœur perdu dans une enquête sur ce génie oublié, dont tout le monde connaît le nom mais si peu la vie.
Elle retrace les premières années de Louis Braille, au tout début du XIXe siècle, ce garçon trop vif qui perd la vue à l’âge de trois ans à la suite d’un accident. Déterminé à apprendre à lire, il intègre l’Institution royale des jeunes aveugles. Mais dans ce bâtiment austère et vétuste, où les petits pensionnaires sont élevés à la dure, nul n’entend leur enseigner la lecture. Et pour cause  : il n’existe aucune méthode. Constance découvre le combat de Louis pour imaginer la lecture au bout des doigts, jusqu’à l’invention, à même pas dix-huit ans, du système qui a révolutionné depuis la vie de tous les aveugles.
Dans ce roman, hommage à ce garçon dont le génie n’avait d’égale que la modestie, Hélène Jousse entremêle les vies et les époques et explore la force de l’amour, sous toutes ses formes. Avec une question qui affleure  : qu’est-ce qu’un destin, sinon une vie qui fait basculer celle des autres ?

Auteur : Hélène Jousse est sculptrice. Elle enseigne son art aux autres, et en particulier aux enfants. Il y a trois ans, un jeune homme aveugle depuis quelques mois est venu lui demander de l’aider à sculpter. Pour elle, un monde s’est ouvert. Les Mains de Louis Braille est son premier roman. Elle vit à Paris.

Mon avis : (lu en août 2020)
En suivant Constance, une jeune veuve à qui Thomas, son ami producteur, demande d’écrire un biopic sur la vie de Louis Braille pour une adaptation cinématographique, le lecteur découvre un personnage extraordinaire et très attachant.
On connaît le nom de Louis Braille par son alphabet destiné aux aveugles.
Je ne savais pas qu’il était lui-même aveugle depuis l’âge de 3 ans, suite à un accident domestique. Qu’il avait à peine dix-huit ans lorsqu’il invente l’alphabet qui porte son nom à partir de combinaison de six points en relief.
Un roman très documenté, passionnant et émouvant. Une très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
C’est un jour de juillet pluvieux. Un matin de l’été 1812. Depuis l’aube, les averses ont succédé aux éclaircies. Louis aime la pluie parce qu’elle réunit sa famille. Quand il pleut, sa mère renonce à aller au champ et reste à l’abri avec lui et sa sœur aînée. Parfois, son père aussi cède à l’attrait de cette intimité tendre et chaude, au cœur de sa maison. Il abandonne son atelier et les rejoint autour de la cheminée, tel l’avare s’assurant que son trésor n’a pas disparu.
Depuis le jour où sa mère, impérieuse et joueuse, a fait arrêter la diligence de Meaux en pleine campagne pour qu’il puisse écouter les gouttes d’eau s’écraser sur le plafond entoilé de la calèche, Louis raffole du bruit de la pluie. Toute sa vie, il continuera à l’aimer. Sa bonne nature ne connaît pas la rancune.
Mais aujourd’hui, malgré l’orage, sa mère n’est pas là, contrairement à son habitude. Obligée d’aller vendre ses légumes au marché, elle n’a pas voulu qu’il l’accompagne, de peur qu’il ne prenne froid. Elle l’a laissé sous la surveillance de son mari, dans l’atelier où l’enfant adore fureter.
Louis aime se lever très tôt et prendre une longueur d’avance sur le jour naissant, sur ses parents et sa sœur qui sommeillent encore. Il fouine. Les objets et leur mystérieux ballet l’intriguent. Les choses lui en apprennent beaucoup sur les gens. Tout semble lui dire quelque chose. Alors, dans son petit monde de tout petit enfant, il ne néglige rien, et tout devient grand.

M. Braille termine de coudre un harnais pour le notaire, qui ne va pas tarder à lui amener son cheval. On le dit consciencieux et habile, et les gens viennent de loin pour le faire travailler, lui, et pas un autre. Louis le voit. Il en est fier. Le bourrelier aime son métier qui mobilise ses mains mais aussi, dans la conscience que nécessite chaque geste, le meilleur de son esprit.
Le petit garçon reste là, à regarder son père au travail. Ce ne sont pas les gestes d’un artisan adroit qu’il voit mais une danse toujours nouvelle et chaque fois aussi distrayante. Le visage à hauteur d’établi, Louis observe les mains de son père s’envoler, se refermer sur un outil, puis se reposer sur le cuir tendre. Ses deux bras merveilleusement articulés se plient et se déplient en rythme pour affûter, couper, piquer, tordre, étirer, lustrer. Le buste, léger et vif, s’ajuste avec souplesse, accompagnant chaque geste. Louis contemple ce beau géant en branle au-dessus de lui.
L’enfant regarde fasciné le corps solide de son père, comme un monde en soi. Il y voit une splendide mécanique capable de reconstruire, s’il le fallait, la grande mécanique qui l’entoure. Louis, âgé de trois ans – trois ans et demi, précise-t-il –, a le regard dilaté par l’admiration qu’il ressent pour ce puissant humain qui, non seulement existe, mais par bonheur l’aime, lui, si petit. Alors, il se dit que ça n’est pas rien ce qu’il est, puisque le colosse se penche si bas et si souvent vers lui. Et cela le rend heureux, simplement et profondément heureux d’avoir le droit d’être là.
Ils ont passé la matinée ensemble dans l’atelier, – un de ces moments de l’enfance où le temps semble s’étirer, où la félicité de l’instant contamine l’instant d’après, où le bonheur nous laisse croire qu’il ne se sauvera jamais.
M. Braille quitte un instant son établi pour fixer le harnais à l’encolure du cheval de son client qui l’attend dehors, déjà trempé. Louis se retrouve seul. Seul au monde dans le monde de son père qu’il croit être déjà le sien. Après avoir longuement promené son regard autour de lui, il commence à toucher les objets de cuir fabriqués par son père. Puis les objets qui fabriquent les objets, ses précieux outils, prolongements de la main paternelle. Et puis, il se prend pour son père… Comment faire autrement ?

Petit bac 2020a
(6) Personnage célèbre

Le dernier sur la plaine – Nathalie Bernard

41WOIO0T5QL Éditions Thierry Magnier – août 2019 – 358 pages

Quatrième de couverture :
Au cœur du XIXe siècle, dans les grandes plaines de l’Ouest américain, les quatre parties de ce récit retracent le destin de Quanah Parker, dernier chef Comanche qui mena toute sa vie un combat pour tenter de sauver la culture, les croyances et les terres de son peuple.

Auteure : Nathalie Bernard est romancière, auteur d’une vingtaine de romans publiés depuis plus de quinze ans. Éclectique, elle s’est aventurée dans les genres fantastique, thriller historique, polar, nouvelles. Elle écrit pour la jeunesse depuis plusieurs années.
Par ailleurs chanteuse et parolière, elle construit à partir de ses livres des spectacles et des mises en voix. Elle anime également des rencontres et des ateliers d’écriture pour les 7-18 ans.

Mon avis : (lu en juillet 2020)
Ce récit captivant est inspiré de faits réels. C’est l’histoire romancée de Quanah Parker et de la dernière tribu de Comanches libres.
A la naissance, son nom est Kwana, il vit dans la tribu des Noconis. Il est le fils du chef Comanche Peta Nocona et de Nautdah, une femme à la peau claire et aux yeux bleus. Lorsque le roman commence, en décembre 1860, le campement se fait attaquer et Kwana et Pecos, son petit frère, sont obligés de fuir sur leurs chevaux, laissant derrière eux, leur père abattu par l’ennemi et leur mère et leur petite sœur l’arme d’un soldat pointant sur elle… Les deux enfants n’ont pas d’autre choix que de partir retrouver d’autres Noconis sans laisser de traces… Le lecteur va découvrir la vie incroyable de Quanah de sa naissance à la fin de son enfance, de son adolescence à l’âge adulte, il va se battre tout au long de sa vie pour tenter de sauver les terres de son peuple et sa culture.
En arrière plan, Nathalie Bernard évoque l’évolution des États-Unis avec la construction du chemins de fer, la volonté des rangers de créer des réserves pour les Indiens et de les y cantonner ainsi que l’extermination des bisons…
Édité dans une collection jeunesse, ce roman passionnant, instructif et émouvant est  également destiné aux adultes. Une très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Prologue
À la lune des jeunes bisons, la vaste prairie qui s’étire au pied des montagnes Wichita se pare d’une multitude de fleurs. Des corolles jaunes au cœur pourpre, d’autres pourpres au cœur jaune éclatent un peu partout et libèrent des odeurs sucrées et délicates qui attirent toutes sortes d’insectes. Dans le même temps, les berges de la rivière Washita se couvrent de broussailles et une foule d’oiseaux accourt pour s’y réfugier…
Le jour de ma naissance, au milieu de ces bourdonnements et de ces chants d’oiseaux, un gémissement monte dans l’air tiède. Une femme à la peau blanche et aux yeux clairs, accroupie au pied d’un tilleul, est en train de devenir ma mère. Au-dessus d’elle, l’aigle à tête blanche pousse son cri strident et mon corps tout neuf glisse entre ses cuisses.
– Kwana, murmure ma mère tandis que l’herbe verte et épaisse de mes ancêtres m’accueille tendrement.
– Le Parfumé, répète mon père, pour s’imprégner de mon existence.
Ma grand-mère s’approche à petits pas, comme je l’ai toujours vue se déplacer. Elle est si légère que ses mocassins foulent la terre sans y laisser d’empreinte. Elle s’accroupit près de ma mère, retire le couteau qu’elle a glissé dans sa ceinture et, d’un coup sec, elle coupe le cordon ombilical. Ses lèvres s’entrouvrent, elle avale un peu d’air pour dire à voix haute cette vérité qu’elle a entendue bien des fois de la bouche des anciens :
– Dire le nom, c’est commencer l’histoire

Déjà lu du même auteur :

41q-8FaKseL Sauvages

Les Lendemains – Mélissa Da Costa

81D2EnBA-nL Albin Michel – février 2020 – 352 pages

Quatrième de couverture :
Amande ne pensait pas que l’on pouvait avoir si mal. En se réfugiant dans une maison isolée en Auvergne pour vivre pleinement son chagrin, elle tombe par hasard sur les calendriers horticoles de l’ancienne propriétaire des lieux. Guidée par les annotations manuscrites de Madame Hugues, Amande s’attelle à redonner vie au vieux jardin abandonné. Au fil des saisons, elle va puiser dans ce contact avec la terre la force de renaître et de s’ouvrir à des rencontres uniques. Et chaque lendemain redevient une promesse d’avenir.
Dans ce roman plein de courage et d’émotion, Mélissa da Costa nous invite à ouvrir grand nos yeux, nos sens et notre coeur. Un formidable hymne à la nature qui nous réconcilie avec la vie.

Auteure : Mélissa da Costa a vingt-neuf ans. Son premier roman, Tout le bleu du ciel (Carnets Nord, 2019), salué par la presse, a reçu le prix du jeune romancier au salon du Touquet Paris Plage.

Mon avis : (lu en juillet 2020)
Après le décès brutal de Benjamin, son mari, dans un accident de moto, Amande enceinte de 7 mois perd également son bébé. Sa douleur est tellement immense que pour fuir sa vie d’avant et tous ce qui peut lui rappeler Ben ou Manon, Amande part se réfugier en Auvergne, et s’enferme dans une vieille maison isolée… Après de nombreuses journées sans rien faire, ni penser, vivant comme une recluse et n’ouvrant à personne, Armande découvre de vieux agendas de Madame Hugues, l’ancienne propriétaire de la maison, où celle-ci notait la météo du jour, ses plantations de fleurs ou légumes dans son jardin, ses recettes, ses astuces en tout genre… Par curiosité, Amande va commencer à les lire et peu à peu sortir de sa torpeur en s’occupant du jardin en suivant les conseils de la vieille dame et au fil des mois et des saisons la jeune femme va reprendre pied dans sa vie, recontacter Anne et Richard, les parents de Benjamin, Yann, son frère, et à sa femme Cassandra, les jeunes dont Ben s’occupait, accepter que sa mère vienne passer quelques jours avec elle…
C’est un livre très touchant sur le deuil, la résilience et la renaissance mais également un hymne à la nature, au jardin, aux saisons.
J’avais beaucoup aimé le premier roman de Mélissa Da Costa et j’ai autant aimé celui-ci.

Extrait : (début du livre)
La serrure rouillée cède difficilement. L’homme est obligé de forcer, de retirer la clé, d’essayer encore. Ici aussi il fait terriblement chaud. Pas aussi chaud qu’en ville ou qu’en plaine, mais tout de même. La température avoisine les trente degrés. L’homme souffle, semble réfléchir une seconde, puis donne un léger coup d’épaule contre le bois de la porte, en même temps que la clé tourne. Un déclic : le lourd panneau de bois à la peinture écaillée cède et bascule vers l’intérieur, vers l’obscurité, la fraîcheur.
La maison n’a pas dû être ouverte depuis des mois. Une légère odeur rance y flotte, mais l’impression désagréable est balayée par la fraîcheur qui y règne. Vingt-deux degrés : j’ai le temps d’estimer la température intérieure. Pas plus. Parfait. J’entends l’homme qui s’active à côté de moi, pose sur le sol sa pochette professionnelle en similicuir. Des clés tintent. Il les range dans sa poche de pantalon.
« Je cherche l’interrupteur », précise-t-il.
J’attends sagement, debout dans l’entrée sombre. Je n’ai rien de mieux à faire. Attendre est devenu ma seconde nature depuis ce soir du 21 juin. Mon unique occupation. Il souffle. La chaleur ? La difficulté de chercher à tâtons ? Je ne l’aide pas. Je n’y pense pas. J’attends.
Un temps indéterminé s’écoule entre les murs épais de la vieille maison. Je note l’absence de voisinage et le silence. Ça aussi, c’est une bonne chose.
« Et voilà, excusez-moi. »
Soudainement la lumière éclaire l’entrée. L’agent immobilier essuie son front, m’adresse un sourire désolé. Il est persuadé que je vais m’enfuir en courant. La faible luminosité de l’ampoule, l’odeur rance de l’intérieur, la porte qui peine à s’ouvrir – le bois a gonflé sans doute… Pourtant je ne me sauve pas en courant. J’observe le couloir où je me tiens. Un couloir sombre sans fenêtre. Un carrelage d’un marron cuivré. Des murs blancs. Des plinthes en bois foncé. Un tableau représentant une église en pierre.
Des bruits de feuilles qu’on extrait. Il relit ses notes. Il n’est pas au point. Il essuie encore son front moite. Je ne bouge pas. Je ne demande rien. Il va y venir. Ou pas. Peu importe.

Déjà lu du même auteur :

811KDesYKfL Tout le bleu du ciel – Mélissa Da Costa

 

Jules César – Anne-Dauphine Julliand

71TlwGJJSNL Les Arènes – octobre 2019 – 368 pages

Quatrième de couverture :
Jules-César a presque 7 ans. Il aime sa mère, son frère, sa vie au Sénégal et le baby-foot. Mais son quotidien est compliqué car ses reins ne fonctionnent plus. Seule une greffe pourrait le sauver.
Augustin est fier de sa réussite professionnelle et de sa famille. Tout serait parfait s’il n’y avait ce fils malade, dans lequel il ne se reconnaît pas. Or, il est le seul à pouvoir lui donner un rein. Par devoir et par amour pour sa femme, il accepte de l’emmener en France.
Chapitre après chapitre, alternant les points de vue de Jules-César et d’Augustin, Anne-Dauphine Julliand dévoile l’entrelacs délicat d’une relation entre un père et son fils. Chacun des deux doit vaincre ses peurs et repousser les limites du courage.

Auteur : Anne-Dauphine Julliand est journaliste et vit à Paris.

Mon avis : (lu en juillet 2020)
Jules-César est un petit garçon de six ans et demi qui vit à Ziguinchor au Sénégal avec ses parents, son frère Simon et sa famille. Ce n’est pas un petit garçon comme les autres : ses reins ne fonctionnent plus et malgré les dialyses hebdomadaires, sa seule chance de retrouver une vie normale, c’est une greffe ! Augustin, son père, est donneur compatible, et pourrait le sauver ! Mais l’opération n’est pas possible au Sénégal et donc pour sauver son enfant, Augustin partira avec Jules-César en France… Le visa touristique de 9 jours qu’ils ont obtenu ne sera pas suffisant pour avoir tous les soins nécessaires… Augustin va se retrouver sans papiers en règle…
Ils seront hébergés chez Tata Rosie à Gentilly, veuve, elle vit seule et travaillant comme aide à la personne.
Cette histoire est avant tout celle d’un père et d’un fils. Loin de sa femme sur le point d’accoucher, déraciné, Augustin va devoir affronter ses peurs, ses doutes, ses angoisses et se battre pour la survie de Jules-César. Derrière une attitude rude et distante, il cache tout l’amour et la générosité qu’il a vis à vis de son fils si courageux.
Autour de tous les deux gravitent une galerie de personnages importants pendant ce séjour parisien : Monsieur Jeanjean, le voisin grincheux de tata Rosie qui va se laisser attendrir par l’énergie positive, la force et l’optimisme du petit garçon, Souleymane le copain de dialyse, Valérie Vallée l’assistante sociale et Nolwenn, l’institutrice hypocondriaque, que Jules-César va finir par réussir à apprivoiser…
Une lecture poignante, pleine d’humanité, de solidarité, d’amitié, de partages et d’amour qui m’a fait passer des larmes au rire. Une vraie leçon de bonheur et de tendresse !

Extrait : (début du livre)
L’enfant ne joue pas. Il regarde seulement. Accroupi sur son ombre, le corps tendu et les mains jointes, il fixe le ballon. « Allez, Simon, allez ! » Dans une supplication muette, il encourage son frère qui s’apprête à tirer un penalty.
La pluie n’est pas encore tombée en cette fin de matinée. Les toits de tôle semblent vibrer sous la chaleur. Dans la rue principale de Ziguinchor, les femmes sortent les poêles et les casseroles et préparent, en éventant le feu, le riz et les pastels frits qu’elles vendront pour le déjeuner. Les enfants du quartier se tiennent à l’écart, au bout d’une impasse, pour jouer au foot. Le sol en terre rouge est grevé de cailloux et de racines, mais ici au moins personne ne vient les déranger. Seules les chèvres s’aventurent là parfois. Il suffit de faire des moulinets avec les bras pour qu’elles s’écartent en bêlant.
Simon et ses copains portent les couleurs du Casa Sports de Ziguinchor. Les autres en face, avec leur tee-shirt du Dakar SC, mènent au score, d’un but. Le penalty de Simon pourrait ramener les équipes à égalité. Juste avant de frapper, il suspend son geste :
« Pause, je vais boire.
– Ça se fait pas ! C’est de la tactique », crient les autres.
Simon n’écoute pas, il rejoint son petit frère sur le bord du terrain et saisit le bidon tiède.
L’enfant lève un regard envieux vers l’eau qui dégouline sur le menton de Simon. Il passe sa langue sur ses lèvres sèches. Il ne doit pas boire, il le sait. Il chasse d’un revers de main un moustique qui l’agace, remonte ses lunettes épaisses et plisse les yeux pour mieux voir quand Simon se positionne devant le point de penalty. À l’instant où son frère frappe le ballon, bruit mat et geste sûr, des cris retentissent au bout de l’impasse. Leur mère accourt, en gesticulant, comme possédée.
« Jules-César, Jules-César, viens ! Vite, rentre à la maison ! Jules-César, tu pars ! Tu pars à Paris ! »
Suzanne attrape l’enfant par la main et le relève. Le stress raidit ses gestes, précipite ses pas.
Sur le chemin de la maison, elle parle à haute voix, pour avertir ceux qu’elle connaît et les autres aussi. « Il part. Ça y est, il part. Le petit va en France. » Chacun peut entendre dans ses mots son angoisse et sa joie. Son ventre lourd de six mois de vie roule à la cadence de ses pas. Elle appelle Amina devant son étal de fruits et tata Albertine qui discute avec d’autres femmes assises sur leur natte décolorée. Toutes deux lui emboîtent le pas.
Simon ferme la marche, en traînant un peu, le ballon sous le bras.

Petit bac 2020a
(5) Personnage célèbre

Quatre filles et quatre garçons – Florence Hinckel

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Talents Hauts Editions – mai 2014 – 570 pages

PJK – mai 2019 – 744 pages

Quatrième de couverture :
Ils sont huit, quatre filles et quatre garçons, amis depuis le début du collège. Pour ne rien oublier de ce qui les unit, ils décident de tenir à tour de rôle le carnet de bord de leurs quinze ans. En vidéo, audio, ou par écrit dans un journal intime, ils vont faire le récit d’une tranche de leur vie, partageant leurs doutes, leurs drames et leurs petites victoires, jusqu’à esquisser ensemble le portrait de leur adolescence.

Auteur : Florence Hinckel est l’autrice de nombreux romans pour enfants et adolescents, qui totalisent 35 prix littéraires (Prix des Incorruptibles, Prix Imaginales collégiens, Prix Futuriales lycéens, Prix RTS de Genève, Prix Ados en colère, Prix Frissons du Vercors, Prix Livre mon ami de Nouvelle-Calédonie…). Son roman le plus récompensé est #Bleue, l’un de ses récits d’anticipation ; son plus grand succès public est Yannis de la série U4, projet collectif original. Ses sagas contemporaines Le Grand Saut et Quatre filles et quatre garçons dressent un portrait sensible de l’adolescence, tandis qu’elle explore l’Histoire au fil d’une aventure loufoque et enlevée avec Les faits et gestes de la famille Papillon, illustré par des photos authentiques.

Mon avis : (lu en juillet 2020)
Voilà un livre pris par hasard à la Bibliothèque pour cet été, c’est l’occasion de découvrir des portraits d’adolescents de 14 à 15 ans qui abordent des problématiques de cet âge comme l’amitié, l’amour, le harcèlement, les rapports aux parents, l’orientation professionnelle et sexuelle, les changements de son corps…
Ils sont huit amis, 4 filles et 4 garçons, depuis la 6ème, ils ont pris l’habitude d’emprunter le bus n°15 pour se rendre au collège et de se retrouver également en dehors. A la veille de leur rentrée en 3ème, ils décident de tenir à tour de rôle un carnet de bord pour raconter leur année scolaire, la dernière avant le lycée !
Ces récits ne seront pas dévoilés aux autres avant quelques années, ainsi chacun est libre de raconter ce qu’il souhaite en utilisant la forme de son choix (journal intime, carnet, lettre, enregistrement, blog…). Les adolescents dévoilent leurs faiblesses, leurs secrets et leurs relations les uns avec les autres.
Joséphine, Benoît, Sarah, Dorian, Justine, Medhi, Clotilde et Corentin ont chacun leur personnalité, leur caractère et c’est très amusant et instructif de suivre leurs aventures à travers le regard de l’un d’entre eux chaque mois de l’année scolaire…
Comme un fil rouge, un neuvième personnage très touchant apparaît d’abord en filigrane, puis de plus en plus…
Une belle découverte.

Extrait : (page 20)
Il a fallu trouver un ordre de passage.Allongés sur la plage, une de celles du milieu de la corniche, à se dorer au soleil, on a réfléchi. On avait étendu nos serviettes colorées en cercle, nos pieds au centre. Autour de nous, le monde constitué d’enfants munis de pelles et de seaux, de vieilles personnes rougies, de gros ventres et de seins nus n’existait pas. Seul comptait le ciel bleu où un petit nuage isolé se prenait pour un grand voyageur courageux.
– Faut le jouer à la courte paille ! a lancé Corentin. […] Résultat des courses : c’est moi qui ai tiré la plus petite. Voilà pourquoi je commence.
Dans l’ordre, suivront Benoît, Sarah, Dorian, Justine, Mehdi, Clotilde, puis Corentin.
– C’est drôle, quand même, a constaté Sarah, ça fait une fille, un garçon, une fille, un garçon…
Je trouvais que c’était bon signe. Signe que notre projet de journal à huit mains avait reçu la bénédiction du hasard. Je sais, j’ai souvent des idées bizarres de ce style.
Deux heures plus tard, le bus s’est arrêté devant nous. Nos cheveux étaient encore mouillés et notre peau salée. Je m’amusais à lécher mon avant-bras : j’adore le goût d’iode. J’ai regardé le gros 15 inscrit sur l’écran lumineux qui surmontait le pare-brise de l’autobus. Je me suis aperçue que c’était dans cette direction que nous allions tous les huit. Fifteen. Vers nos quinze ans.
Le soir même, j’ai acheté avec mon argent de poche un journal intime comme j’en ai eu des dizaines depuis que je sais tenir un stylo. Celui-ci est magnifique, avec une couverture rouge à la texture comme du velours.
Et un petit cadenas doré.

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Petit bac 2020a
(6) Pluriel

 

D’un trait de fusain – Cathy Ytak

d-un-trait-de-fusain Talents Hauts – septembre 2017 – 256 pages

Quatrième de couverture :
1992. Mary, Monelle, Julien et Sami sont lycéens dans une école d’art. En cours de dessin, leur modèle préféré s’appelle Joos. Il est jeune, libre et beau. À l’âge des premières expériences amoureuses, l’épidémie de sida s’immisce brutalement dans leurs vies. La plupart des adultes se taisent et semblent ignorer la tragédie. Mary décide de briser le silence, d’affronter le regard de ses parents, de la société, et de s’engager.

Auteure : Après des études de graphisme et de reliure artisanale à l’École Estienne et à tout juste dix-huit ans, Cathy Ytak part au Brésil participer à l’élaboration de matériel pédagogique graphique pour une école rurale.
De retour en France, elle multiplie les petits boulots avant de se diriger vers le journalisme et la traduction. Aujourd’hui, elle écrit des romans, des guides pratiques, et traduit de la littérature contemporaine catalane.

Mon avis : (lu en juillet 2020)
J’ai emprunté ce livre à la Bibliothèque en lisant la quatrième de couverture en diagonale… et les mots suivants « Mary, Monelle, Julien et Sami sont lycéens dans une école d’art. En cours de dessin, » m’ont incité à choisir ce roman qui raconte bien plus que cela !
Marie-Ange, Monelle, Julien et Sami sont quatre copains « lycéens artistes »
plein d’insouciance, ils sont jeunes, ils sont libres, ils aiment se retrouver pour rire aux éclats, jouer au flipper et dessiner ! En cours de nus, ils font la connaissance de Joos, le modèle, un jeune hollandais, très beau, libre dans son corps et dans sa tête… Monelle et Julien se sont déjà rapprochés et très vite Sami et Joos sont attirés l’un par l’autre. Marie-Ange est également troublée par le jeune hollandais mais elle ne le dévoile pas trop préoccupée par des parents trop strictes à l’esprit étriqué. Marie-Ange compte surtout les jours avant sa majorité pour pouvoir quitter le foyer familiale qui l’étouffe !
Les premiers mois sont heureux et l’avenir s’annonce plein de promesses… Mais nous sommes en 1992 et le mot « séropositif » s’invite dans l’histoire, la sexualité devient dangereuse, les amis sont face à l’inconnu, à la peur, à la maladie, à la mort…
Les quatre amis et Joos vont réagir chacun différemment, l’un va s’éloigner, des liens d’amitié vont se renforcer, certains vont s’engager et s’investir auprès de l’association Act Up…
Ce roman d’un réalisme fort est à la fois beau, triste et touchant.
Une très belle découverte pour ne pas oublier que le Sida fait toujours trop de morts…

Extrait : (début du livre)
Le fond de l’estrade est tapissé de noir. Encadré d’un côté par un radiateur à roulettes peint de couleur sombre, et de l’autre par un mince couloir de toile faisant office de loge ou de coulisse.
La femme s’y est glissée, le temps de s’y déshabiller à l’abri des regards.
Elle réapparaît quelques instants plus tard dans un peignoir bleu délavé, serré à la taille. Chaussons d’hôtel un peu crasseux. Tête baissée, les yeux fixant le sol.
Les élèves se sont tus. Mme Pontevin s’impatiente et frappe dans ses mains.
– On y va !
Le peignoir tombe sans grâce sur un silence tendu. Fin du strip-tease.
Marie-Ange empoigne son crayon, arrête son geste un instant, dévie son regard. Attirée, aimantée, comme vingt-cinq paires d’yeux adolescents par ce triangle noir entre des cuisses maigres.
Ce qu’on ne connaît pas des femmes. Ce qu’on ne connaît pas des autres.
En vrai. A quelques mètres.
Marie-Ange pense : trop nue, puis se cabre à cette idée d’indécence.
Derrière elle, un garçon ricane pour mieux masquer sa gêne :
– Si c’est pas la femme de ma vie, ça…
Julien enchaîne :
– T’aurais pu la choisir plus sexy !
Mme Pontevin montre quelques signes d’énervement. C’est chaque fois la même chose. Mais la nudité n’est jamais anodine lorsqu’elle se dévoile, et c’est la première fois pour un certain nombre de ses élèves, qu’ils aient seize ou dix-sept ans.
Sami opte pour une concentration extrême qui l’isole des commentaires et des rires étouffés.

Petit bac 2020a
(5) Objet