Le cerf-volant – Laëtitia Colombani

71ohnLsmeoS Grasset – juin 2021 – 208 pages

Quatrième de couverture :
Après le drame qui a fait basculer sa vie, Léna décide de tout quitter. Elle entreprend un voyage en Inde, au bord du Golfe du Bengale, pour tenter de se reconstruire. Hantée par les fantômes du passé, elle ne connait de répit qu’à l’aube, lorsqu’elle descend nager dans l’océan indien. Sur la plage encore déserte, elle aperçoit chaque matin une petite fille, seule, qui joue au cerf-volant.
Un jour, emportée par le courant, Léna manque de se noyer. La voyant sombrer, la fillette donne l’alerte. Léna est miraculeusement secourue par la Red Brigade, un groupe d’autodéfense féminine, qui s’entraînait tout près.
Léna veut remercier l’enfant. Elle découvre que la petite travaille sans relâche dans le restaurant d’un cousin, qui l’a recueillie et l’exploite. Elle n’a jamais été à l’école et s’est murée dans un mutisme complet. Que cache donc son silence ? Et quelle est son histoire ? …
Aidée de Preeti, la jeune cheffe de brigade au caractère explosif, Léna va tenter de percer son secret. Jadis enseignante, elle se met en tête de lui apprendre à lire et à écrire. Au cœur de ce monde dont elle ignore tout, commence alors une incroyable aventure où se mêlent l’espoir et la colère, la volonté face aux traditions, et le rêve de changer la vie par l’éducation…
La rencontre inoubliable et réparatrice entre une femme, une jeune fille et une enfant au milieu d’une Inde tourmentée.

Auteur : Cinéaste, scénariste, comédienne et romancière, Laetitia Colombani s’apprête à réaliser au cinéma le film tiré de son premier roman La Tresse (2017), co-production internationale dont la sortie est prévue en 2022. Elle est également l’auteure des Victorieuses, best-seller en cours d’adaptation en série. L’album jeunesse Les Victorieuses, ou le palais de Blanche est également publié en juin 2021. 

Mon avis : (lu en juin 2021)
Ce roman qui fait du bien et qui se lit facilement raconte les destins de trois femmes.
L’histoire se déroule en Inde où Léna, une française, est en séjour après un drame personnel. Elle est arrivée dans la ville de Mahäbalipuram pour oublier le drame, pour survivre, pour se reconstruire… Un jour, sur la plage, elle fait la rencontre d’une petite indienne muette qui joue seule avec un cerf-volant. Léna s’aperçoit que Lalita travaille, exploitée par un restaurateur, au lieu d’aller à l’école. Orpheline, elle a été accueilli par un oncle qui la fait travailler dans son restaurant, c’est très fréquent en Inde qui est malheureusement le pays où il y a plus grand marché de main-d’œuvre enfantine au monde et le plus souvent ce sont des filles… Léna fait également la rencontre de Preeti, une jeune femme engagée dans la Red Brigade Trust fondée en 2011 par Usha Vishwakarma.
Choquée par le sort des petites filles dans le pays, Léna décide de s’engager en créant une école dans le village pour apprendre aux enfants à lire et écrire. Un projet qui ne sera pas simple à mener mais avec la motivation de soutenir Lalita, l’aide de la combattante Preeti et la détermination de Léna à se trouver une nouvelle vie tout est possible !
Une jolie histoire, pleine de sensibilité sur l’émancipation des femmes grâce à l’éducation.

Extrait : (début du livre)
Prologue
Village de Mahäbalipuram,
district de Kanchipuram,
Tamil Nadu, Inde.

Léna s’éveille avec un sentiment étrange, un papillon dans le ventre. Le soleil vient de se lever sur Mahäbalipuram. Il fait déjà chaud dans la cahute adossée à l’école. Selon les prévisions, la température devrait avoisiner les 40 degrés au plus fort de la journée. Léna a refusé d’installer l’air conditionné – les habitations du quartier n’en sont pas équipées, pourquoi la sienne ferait-elle exception ? Un simple ventilateur brasse l’air suffocant de la pièce. La mer toute proche n’offre qu’un souffle chargé, une haleine fétide où l’odeur âcre de poisson séché corrompt celle des embruns. Une rentrée caniculaire, sous un ciel de plomb.
C’est ainsi dans cette région du monde, l’année scolaire commence en juillet.

Les enfants ne vont pas tarder à arriver. À huit heures trente précises, ils passeront le portail, traverseront la cour,s’élanceront vers l’unique salle de classe, un peu gauches dans leur uniforme flambant neuf. Ce jour, Léna l’a attendu, espéré, mille fois imaginé. Elle songe à l’énergie qu’il lui a fallu déployer pour mener à bien ce projet – un projet fou, insensé, né de sa seule volonté. Comme une fleur de lotus sort de la vase, la petite école a fleuri, à la périphérie de cette ville côtière que d’aucuns nomment encore village – des milliers de personnes s’entassent ici, au bord du golfe du Bengale, entre les temples ancestraux et la plage où se mêlent indifféremment vaches, pêcheurs et pèlerins. Avec ses murs peints et sa cour déployée autour d’un unique arbre, un grand banyan, la bâtisse n’offre rien d’ostentatoire, se fond humblement dans le paysage. Nul ne peut deviner que son existence relève du miracle. Léna devrait se réjouir, accueillir cet instant comme on célèbre une fête, une victoire, un accomplissement.

Pourtant, elle n’arrive pas à se lever. Son corps est lourd, plombé. Cette nuit, ses fantômes sont revenus la hanter. Elle s’est tournée maintes fois dans son lit, avant de sombrer dans un sommeil de surface où se sont entremêlés présent et passé – elle a revu ses rentrées d’enseignante, avec leurs lots de fiches à remplir, de listes de fournitures, de cours à préparer. Elle aimait l’effervescence de la reprise après les longues vacances d’été. L’odeur des protège-cahiers lisses et neufs, les crayons, les feutres venant gonfler le cuir souple des trousses, les agendas immaculés, les tableaux fraîchement nettoyés lui procuraient une indicible joie, la certitude réconfortante d’un éternel recommencement. Elle se revoit à la maison, dans les couloirs du collège, active, empressée. Le bonheur était là, tapi dans ces infimes instants du quotidien, dont la régularité lui offrait le sentiment d’une existence immuable, protégée.

Déjà lu du même auteur :

9782367624617-001-T La tresse     9791035401238-001-T Les victorieuses

Petit Bac 2021
(5) Voyage

Malamute – Jean-Paul Didierlaurent

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

 Au Diable Vauvert – mars 2021 – 368 pages

Quatrième de couverture :
Le vieux Germain vit seul dans une ferme au cœur des Vosges. Sa fille lui impose de passer l’hiver avec Basile, lointain neveu qui vient faire sa saison de conducteur d’engin de damage dans la station voisine. Une jeune femme froide et distante qui conduit les engins des neiges mieux que tous ses collègues masculins, habite la ferme voisine, où ses parents élevaient une meute de chiens de traîneaux quarante ans auparavant. Mais bientôt, le village est isolé par une terrible tempête de neige qui, de jours en semaines puis en mois, semble ne pas vouloir s’achever. Alors l’ombre des Malamutes ressurgit dans la petite communauté coupée du monde… JPDL revient avec un grand roman situé dans un village de montagne au cœur d’une forêt omniprésente qui réunit tous les éléments du succès du Liseur du 6h27 : tendresse et humour, réalisme magique et incroyable inventivité, personnages hauts en couleur et machines broyeuses, jeunesse et relations intergénérationnelles, noirceur et rédemption…. Dépeignant la nature et des gens d’aujourd’hui dans une maîtrise narrative impeccable, Malamute est un conte moderne plein de mystère et de poésie qui enchante au moins autant que le Liseur du 6h27.

Auteur : Jean-Paul Didierlaurent vit dans les Vosges. Nouvelliste lauréat de nombreux concours de nouvelles, deux fois lauréat du Prix Hemingway, son premier roman, Le Liseur du 6h27, connaît un immense succès au Diable vauvert puis chez Folio (360.000 ex vendus). Il reçoit les prix du Roman d’Entreprise et du Travail, Michel Tournier, du Festival du Premier Roman de Chambéry, du CEZAM Inter CE, du Livre Pourpre, Complètement livres, ainsi que de nombreux prix de lecteurs en médiathèques, est traduit dans 34 pays et est en cours d’adaptation au cinéma. Jean-Paul Didierlaurent a depuis publié au Diable vauvert un recueil de nouvelles, Macadam, et les romans Le Reste de leur vie et La fissure, tous réédités chez Folio.

Mon avis : (lu en juin 2021)
Le livre commence en avril 1976, avec l’extrait du journal de Pavlina Radovic, avec son mari Dragan, depuis la Slovaquie, ils viennent d’arriver dans la station vosgienne de Voljoux pour s’installer dans une vieille ferme. Ils ont comme projet d’organiser des promenades à traineau tiré par leurs chiens Malamute.
En 2015, à Voljoux, Germain, octogénaire, vit seul dans sa ferme depuis le décès de sa femme. Françoise, sa fille qui vit en région parisienne, s’inquiète pour lui. Elle aimerait bien qu’il accepte d’aller en maison de retraite mais c’est hors de question pour Germain qui aime trop son indépendance et ses arbres de la forêt… Finalement, c’est Basile,
un petit-neveu de Germain, saisonnier comme dameur de piste à Voljoux qui va venir s’installer à la ferme pour surveiller le vieil homme. Il y a également Emmanuelle, voisine de Germain, la jeune femme est également la nouvelle collègue de Basile…
C’est au bout d’une centaine de pages que le lecteur va comprendre le lien entre 1976 et 2015… Et cette histoire étrange, angoissante va s’intensifier avec une terrible tempête de neige qui va isoler le village du reste du monde…
Je n’en raconte pas plus et malgré la tension présente à tout instant dans ce roman, j’ai bien aimé cette lecture et les personnages de Germain, d’Emmanuelle et de Basile. L’intrigue ne m’a pas complètement surprise, j’avais découvert certaines choses avant que le récit ne le dévoilent.
Merci Masse Critique Babelio et les éditions Au Diable Vauvert pour cette belle lecture.

Extrait : (début du livre)
Journal de Pavlina Radovic (traduit du slovaque) Avril 1976

Deux jours, nous avons mis deux jours pour franchir les mille trois cents kilomètres qui nous séparaient de notre nouveau domicile. Dragan avait espéré boucler le parcours en moins de vingt-quatre heures, le temps qu’il lui avait fallu les fois précédentes pour atteindre sa destination. C’était sans compter la remorque et les chiens. Pendant ces deux jours de route, les bêtes n’ont pas cessé d’aboyer et de grogner d’excitation, les babines écumantes de rage, comme pressées d’en découdre avec un ennemi invisible. Nous avons traversé plusieurs pays, franchi des fleuves larges comme deux autoroutes, longé des villes immenses, des champs infinis, des collines couvertes de vignobles, des plaines verdoyantes parsemées de villages au nom imprononçable. À mi-parcours, l’un des pneus de la remorque a éclaté et nous avons failli verser dans le fossé. Je frissonne encore à l’idée que notre aventure aurait pu s’achever au milieu de nulle part dans un bas-côté rempli d’eau croupissante, coincés entre le rêve vers lequel nous roulions et la vie que nous venions de laisser dans notre dos. L’idée d’échouer si près du but, de devoir rebrousser chemin pour retourner au pays me faisait horreur. Retrouver cette vie étroite dans laquelle je me trouvais confinée, à barboter tel un poisson dans une mare devenue trop petite, m’aurait été insupportable. Avant de changer la roue, Dragan a dû calmer les chiens qui hurlaient à la mort. Plus loin, le voyant de surchauffe moteur nous a contraints à un nouvel arrêt sur la première aire venue pour remettre du liquide de refroidissement. Les passages en douane nous ont beaucoup ralentis. Un temps précieux perdu pour des douaniers méticuleux, qui ont épluché un à un les carnets de vaccination des quatre malamutes et contrôlé leurs tatouages. Et à chaque fois l’obligation pour moi d’apaiser Dragan, de le raisonner, de lui dire que tout cela n’était rien, que l’arrivée à la maison, notre maison, n’en serait que plus belle. De la ferme, je ne connaissais que les rares photos qu’il m’en avait montrées. Plus que les clichés, c’est son enthousiasme contagieux qui m’a convertie à son projet.
 

Déjà lu du même auteur :

96496883 Le liseur du 6h27 105625583 Macadam

Petit Bac 2021
(5) Animal

Les attachants – Rachel Corenblit

 Le Rouergue – août 2017 – 192 pages

Quatrième de couverture :
Durant une année, le quotidien d’une jeune enseignante de primaire, Emma, nommée dans un quartier populaire, confrontée à des enfants en grandes difficultés scolaire, affective, sociale. Elle s’attache notamment à Ryan, un garçon dont on va progressivement découvrir la maltraitance. Un roman d’une grande force, à la fois émouvant et politique, dans le meilleur sens du terme : quelle école et quelle société voulons-nous pour nos enfants ? Rachel Corenblit a été enseignante en primaire puis formatrice d’enseignants pendant dix-huit ans. Elle s’est inspirée de son expérience professionnelle pour écrire ce roman.

Auteure : Rachel Corenblit vit à Toulouse avec son mari et ses deux enfants. Professeur de lettres en collège, elle est l’auteur de nombreux romans pour la jeunesse, publiés au Rouergue et chez Actes Sud Junior, ainsi que de deux romans dans la brune, Quarante tentatives pour trouver l’homme de sa vie (2015) et Les attachants (2017).

Mon avis : (relu en mai 2021)
Lorsque j’ai emprunté le livre L’année des pierres, je me rappelais avoir déjà lu un livre de Rachel Corenblit, celui-ci, mais impossible de retrouver le billet fait à l’occasion de cette lecture… Un oubli que j’ai voulu rattraper en le relisant.
Après plusieurs mois de vacations dans différentes écoles, Emma, jeune enseignante, vient d’être
nommée à son premier poste fixe à l’école des Acacias, dans un quartier défavorisé de Toulouse. Durant une année scolaire, elle raconte son quotidien avec ses élèves : Ryan, Michel, Caïn, Dimitri, Karima, Molly, Myriam, Yaël, Emir, Lola, Allan…
Des enfants en difficultés, à la fois attachants et « attachiants » qui vivent chez eux des choses difficiles voir dramatiques et pour qui l’école est un havre de paix…
Un récit touchant, authentique qui ne laisse pas indifférent. Un coup de cœur.

Extrait : (début du livre)
Le gamin se tenait devant la porte, qu’elle avait laissée entrebâillée.
Emma. Elle s’appelle Emma. Elle trouve son prénom trop simple. Elle aurait adoré se nommer Iphigénie ou Cassandre. Un prénom qui résonne, qui a une histoire. Élisabeth, ou même Athéna. On ne prononce pas Athéna de façon anodine. Les références collées au nom que l’on porte, c’est comme si on avait déjà vécu une vie.
Elle enseigne depuis quelques années, pas trop longtemps mais suffisamment pour avoir des réflexes. Elle sait qu’il vaut mieux, pour certaines familles, qu’elles trouvent une porte ouverte. Tout l’art de la première rencontre. Gérer les imprévus. Frapper à une porte, c’était comme demander une autorisation et pour ces familles-là, demander une autorisation, n’importe laquelle, c’était délicat.
Il la fixait, silencieux, avec son cartable dans le dos, ses cheveux ébouriffés et sa grande bouche aux lèvres gercées. Il était immense, pour son âge, sa veste trop courte laissait apparaître des poignets fins de fille et ses bras étaient des brindilles fragiles, tout comme ses longues jambes.
Il a attendu, sans se signaler, qu’Emma lui fasse signe d’entrer et il s’est avancé lentement, comme s’il se méfiait. Une drôle de démarche, un peu bancale, pas rassurée. Sa mère s’était imposée à ses côtés, avec deux autres petits enfants. À vue de nez, deux, trois ans, pas plus. Incapables de rester immobiles. La femme les tenait par la main, un à gauche et l’autre à droite, et ils l’écartelaient en grognant, sans paroles, en reniflant, débraillés et hirsutes.
Emma s’est levée et s’est approchée, sans faire de grands gestes, sans les effrayer. Pas de brusquerie, de maladresse. Songer aux animaux craintifs qu’on essaie de ne pas faire fuir. Mais il était huit heures vingt-cinq. Elle devait protester, pour le principe. Elle était contrariée. Ce n’était pas sérieux, pas correct, totalement malpoli. Ils avaient rendez-vous une bonne quarantaine de minutes avant, afin qu’elle ait le temps de présenter à Ryan sa nouvelle école, sa classe, les cahiers, les manuels. Un bon moment qu’elle attendait, assise derrière son bureau, à aligner des feuilles photocopiées. À tenter de relativiser ce retard. On ne fait pas exprès de rater la première journée de son enfant. Ce n’est pas un acte qu’on prémédite.

Petit Bac 2021
(4) Adjectif

Déjà lu du même auteur :

9782330053758 (1) 146298 61Tn7kiUzgL L’année des pierres

Les enfants sont rois – Delphine de Vigan

 Gallimard – mars 2021 – 352 pages

Quatrième de couverture :
« La première fois que Mélanie Claux et Clara Roussel se rencontrèrent, Mélanie s’étonna de l’autorité qui émanait d’une femme aussi petite et Clara remarqua les ongles de Mélanie, leur vernis rose à paillettes qui luisait dans l’obscurité. “ On dirait une enfant ”, pensa la première, “elle ressemble à une poupée”, songea la seconde.Même dans les drames les plus terribles, les apparences ont leur mot à dire. »À travers l’histoire de deux femmes aux destins contraires, Les enfants sont rois explore les dérives d’une époque où l’on ne vit que pour être vu. Des années Loft aux années 2030, marquées par le sacre des réseaux sociaux, Delphine de Vigan offre une plongée glaçante dans un monde où tout s’expose et se vend, jusqu’au bonheur familial.

Auteure : Delphine de Vigan a publié en 2001 Jours sans faim, son premier roman, sous pseudonyme. Elle est l’auteur des Jolis garçons, d’Un soir de décembre, de No et moi (prix des Libraires 2008) et des Heures souterraines. Jours sans faim apparaît aujourd’hui comme un chapitre en creux de Rien ne s’oppose à la nuit, immense succès de la rentrée 2011.

Mon avis : (lu en avril 2021)
Un livre pour réveiller nos consciences sur les dérives des réseaux sociaux et en particulier des chaînes créées par des parents pour mettre en scène leurs enfants. Dans cette histoire, il y a d’un côté Mélanie qui a toujours rêvé de participer à une émission de téléréalité, pour être célèbre et aimée du public… de l’autre côté, il y a Clara, une jeune femme au look adolescent, célibataire, travaillant comme procédurière à la PJ (police judiciaire), elle est là pour collecter tous les éléments d’une enquête pour constituer le dossier le plus complet possible transmis à la justice. 
A travers de nombreuses vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, Mélanie met en scène au quotidien Sammy et Kimmy, ses deux enfants de 11 et 6 ans. Jusqu’au jour où la petite Kimmy disparaît… Clara Roussel, l’enquêtrice, va éplucher toutes les éléments publiés par la famille sur internet pour comprendre ce qui s’est passé. Elle va découvrir l’univers effroyable des influenceurs. Un roman implacable et dérangeant, l’auteure s’est très bien documenté et tout ce qu’elle raconte est malheureusement vrai. 

Extrait : (début du livre)
BRIGADE CRIMINELLE – 2019
DISPARITION DE LENFANT KIMMY DIORE
Objet : Transcription et exploitation des dernières stories Instagram postées par Mélanie Claux (épouse Diore).

STORY 1

Diffusée le 10 novembre, à 16 h 35.

Durée : 65 secondes.

La vidéo est filmée dans un magasin de chaussures.

Voix de Mélanie : « Mes chéris, nous sommes arrivés chez Run-Shop pour acheter les nouvelles baskets de Kimmy ! Hein, mon petit chat, tu as besoin de nouvelles baskets car les autres commencent à être un peu serrées ? (La caméra du téléphone portable se tourne vers la petite fille qui met quelques secondes avant d’acquiescer, sans grande conviction.) Alors, voici les trois paires que Kimmy a sélectionnées en 32 (À l’image, les trois paires sont alignées.) Je vous les partage de plus près : une paire de Nike Air dorées de la nouvelle collection, une paire d’Adidas trois bandes et une paire sans marque avec un renfort rouge… Il va bien falloir qu’on se décide et, comme vous le savez, Kimmy déteste choisir. Alors mes chéris, on compte vraiment sur vous ! »

À l’écran un mini-sondage Instagram apparaît en surimpression :
« Que doit prendre Kimmy ?
A- Les Nike Air
B- Les Adidas
C- Les baskets premier prix. »

Mélanie retourne le portable vers elle pour conclure : « Mes chéris, heureusement, vous êtes là et c’est vous qui décidez ! »

Petit Bac 2021
(5) Être Humain

Toute la violence des hommes – Paul Colize

 HC éditions – mars 2020 – 317 pages

Prix Polar Michel Lebrun 2020
Prix des lecteurs 2020 du Festival du polar de Villeneuve-Lez-Avignon

Quatrième de  couverture :
L’histoire de Nikola Stankovic et celle de tout un pays détruit par la guerre.
Dans la banlieue de Bruxelles, une jeune femme est retrouvée sans vie dans son appartement, criblée de coups de couteau. Tout accuse Nikola Stankovic, dernière personne que la victime
a appelée avant sa mort. Il apparaît sur les caméras de surveillance juste après le meurtre, la police retrouve ses vêtements maculés de sang et découvre des croquis de la scène de crime dans son atelier d’artiste. Malgré ses airs d’enfant perdu, Niko est un graffeur de génie, que l’on surnomme
le Funambule et qui émaille les rues de Bruxelles de fresques ultra-violentes.
Muré dans le silence, le jeune homme nie tout en bloc et ne répète plus qu’une seule phrase :
c’est pas moi.
Si la force de Niko réside dans son mystère, les personnages clés de ce roman sont incarnés par Philippe Larivière, l’avocat de Nikola et Pauline Derval, la directrice de l’Établissement de défense sociale, qui va garder le jeune homme en observation pour quelques semaines. Ces deux professionnels rompus à l’exercice ont beau voir que tout accuse Niko, aucun des deux ne peut y croire. Ils vont devoir suivre leur instinct et laisser venir l’histoire. La vraie, celle de Niko et celle de tout un pays détruit par la guerre.

Auteur : Paul Colize est né en 1953 à Bruxelles, d’un père belge et d’une mère polonaise. Ses polars, à l’écriture aiguisée et au rythme singulier, sont toujours ancrés dans le réel et flirtent habilement avec la littérature générale.
Son œuvre a été récompensée par de nombreuses distinctions littéraires dont le prix Landerneau, le prix Polar pourpres, le prix Arsène Lupin, le prix Plume de Cristal et le prix Sang d’Encre des lecteurs.
Toute la violence des hommes est son quatorzième roman.

Mon avis : (lu en avril 2021)
A la recherche d’un livre d’un auteur belge pour espérer participer au challenge « Le Mois Belge », j’ai choisi la facilité en choisissant un livre d’un auteur que je connaissais déjà et que j’avais aimé ! Le livre a été terminé le 30/04 et grâce au prolongement jusqu’à ce soir du challenge, je suis tout juste dans les clous !

Ce livre est un thriller psychologique captivant. Une jeune femme est retrouvée morte baignant dans son sang dans son appartement en banlieue de Bruxelles. Le coupable idéal, c’est Nikola Stankovic un artiste de street art anonyme surnommé le Funambule car il peint des fresques murales en hauteur sur des murs aveugles pratiquement inaccessibles. Il reproduit des scènes violentes souvent issues de tableaux célèbres. Mutique, il ne sait que dire : « C’est pas moi ». Pour déterminer s’il est oui ou non responsable de ses actes, il est mis en observation dans hôpital psychiatrique. Il pourra compter sur l’aide de Philippe Larivière, son avocat et de Pauline Derval, la directrice de l’hôpital psychiatrique  qui tous deux tenteront de le comprendre et de le disculper…
Paul Colize alterne les chapitres du présent et du passé, ces derniers reviennent sur des évènements des années 90, lorsque le conflit serbo-croate faisait rage à Vukovar. Petit à petit, le lecteur va découvrir des parties de la vie de Nikola qui avait huit ans à l’époque et qui a été le témoin d’événements atroces ce qui explique la violence des œuvres qu’il réalise.
Une lecture rythmée grâce à des chapitres courts et Nikola est un personnage à la fois mystérieux et attachant.
En bonus, à la fin du livre une interview très intéressante d’un artiste de street-art qui complète parfaitement ce que l’on comprend dans le roman policier…

Extrait : (début du livre)
L’homme posa les mains sur la table et le dévisagea.
— J’ai l’impression de parler à un mur.
Il ferma les yeux.
Un mur. Un mur lézardé, dont chaque brique était moulée dans les larmes, le sang, la violence et la haine. Les rares moments de répit n’en étaient que le ciment précaire.
L’homme tira une chaise à lui et s’assit.
— Bien. Reprenons depuis le début.
Il rouvrit les yeux, fixa un point devant lui.
De quel début parlait-il ?
Toute fin ramène au début. La mort ne survient que s’il y a eu naissance. Elle boucle la boucle. Einstein a dit que le temps n’est pas une ligne droite, Gaudi que rien n’est droit dans la nature. Ni l’eau, ni l’air, ni la terre, ni le feu. Pas même la ligne de l’horizon. Tout n’est que courbes et arabesques.
Un atoll volcanique dans l’immensité de l’océan ? Tout est dans le détail, pour ceux qui savent les observer.
L’homme reprit d’une voix monocorde.
— Vous vous appelez Nikola Stankovic, vous avez 35 ans, vous n’êtes pas marié, vous n’avez pas d’enfants.
Nikola ?
Ce prénom lui parut étranger.
Son père l’appelait Niko. Sa mère Dušo. Mon âme.
Elle lui ébouriffait les cheveux quand il passait à sa portée.Želim da te zagrlim. J’ai envie de te prendre dans mes bras.
Les parents dictent la norme. À ce moment, il croyait encore en leur pouvoir. À présent, il savait que le pouvoir appartient aux plus forts. La force permet d’imposer.
L’homme poursuivit.
— Vous êtes domicilié à Saint-Gilles, rue de la perche. Vous êtes artiste-peintre, vous n’avez pas de revenus fixes. Est-ce exact ?
Des revenus fixes ?
Les artistes n’ont pas de revenus fixes, sans quoi ils ne seraient pas des artistes. L’argent ne permet pas de réécrire le passé.
Une boule de feu parcourant le ciel ?
L’homme monta le ton.
— Est-ce exact, monsieur Stankovic ?
Il décela de l’impatience dans sa voix, une volonté d’en finir.
Le silence était son allié.
L’art ne dévoile ses secrets que dans le silence absolu. On devrait interdire aux gens de parler dans les musées. Le silence peut aussi être une arme. Il masque les mensonges, les aveux et les trahisons.
L’homme secoua la tête avec dépit.
— Vous ne m’aidez pas beaucoup, monsieur Stankovic.
Il se tut.
L’homme s’emporta.
— Vous pourriez au moins me regarder quand je vous parle.
Une coccinelle sur une toile de tente ?
Il releva la tête.
— Vous avez une tache sur votre chemise.

 

Petit Bac 2021
(4) Être humain

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Belgique

Déjà lu du même auteur :

97110746 Un long moment de silence

Oyana – Eric Plamondon

oyana Quidam éditeur – mars 2019 – 150 pages

Quatrième de couverture :
Elle a fait de son existence une digue pour retenir le passé. Jusqu’à la rupture. Elle est née au pays Basque et a vieilli à Montréal. Un soir de mai 2018, le hasard la ramène brutalement en arrière. Sans savoir encore jusqu’où les mots la mèneront, elle écrit à l’homme de sa vie pour tenter de s’expliquer et qu’il puisse comprendre. Il y a des choix qui changent des vies. Certains, plus définitivement que d’autres. Elle n’a que deux certitudes : elle s’appelle Oyana et l’ETA n’existe plus.

Auteur : Eric Plamondon est né à Québec en 1969 et vit dans la région de Bordeaux depuis une vingtaine d’années. Taqawan, son roman précédent, a reçu les éloges tant de la presse que des libraires et obtenu le Prix France-Québec 2018.

Mon avis : (lu en novembre 2020)
Une histoire percutante fait de chapitres courts entre le Québec et le Pays Basque.
Oyana vit à Montréal avec Xavier son conjoint depuis vingt-trois ans. Elle a laissé son passé derrière elle. Née au Pays Basque le 20 décembre 1973, le jour de l’attentat le plus spectaculaire organisé par ETA (Euskadi Ta Askatasuna, Pays Basque et Liberté), contre Carrero Blanco, le bras droit de Franco. Lorsque le 3 mai 2018, Oyana lit dans le journal l’annonce de la disparition de l’ETA, elle n’a qu’une envie, rentrer et revoir ses parents et son pays d’enfance…
Elle écrit donc une longue lettre à Xavier pour lui raconter la vérité et lui dévoiler sa véritable histoire. Elle n’est pas Nahia Sanchez (nouvelle identité qu’elle a prise) mais Oyana Etchebaster. Avec cette confession, le lecteur va découvrir les liens qui relient Oyana au Pays Basque, à l’ETA et comment elle est arrivée au Québec…
L’auteur québécois vit dans les environs de Bordeaux, donc très proche du Pays Basque. Avec ce roman, nous découvrons que le Québec et le Pays Basque se rejoignent sur plusieurs points, la pêche à la baleine et la lutte indépendantiste…
Un roman très bien documenté sur une région que j’ai la chance de connaître.

Extrait : (page 15)
Les trois hommes se relaient toutes les heures dans l’étroit conduit pour creuser. Au fond du trou, Iban pense à la femme qu’il a quittée pour venir ici se battre pour la cause. La femme est enceinte. Elle accouchera avant la fin de l’année. Lui doit creuser. Il faut que le tunnel atteigne le milieu de la rue Claudio Coello pour ensuite y entasser un maximum de dynamite, deux mètres sous la chaussée. Les trois hommes procèdent avec la plus grande prudence. L’opération dure depuis des mois mais on touche au but. On connaît l’emploi du temps du Premier ministre par cœur. Il emprunte cette rue chaque matin après une visite à l’église Saint- François-di-Borgia. Il commence toujours sa journée de travail par une prière. Le détonateur est connecté. Les trois hommes ont préparé leur fuite dans les moindres détails. Ils changeront de véhicule à mi-chemin pour semer d’éventuels poursuivants. C’est bientôt Noël. Mika, déguisé en électricien, tient le détonateur. Iban guette la rue, prêt à donner le signal. Jon au volant de la Fiat laisse tourner le moteur. La luxueuse Dodge Dart approche. Au moment où elle atteint la zone fatidique, Iban donne le signal, Mika active le détonateur et la force de l’explosion fait s’envoler vers le ciel le Premier ministre, son garde du corps et son chauffeur. Le souffle est si puissant que la voiture blindée est projetée à trente mètres dans les airs au-dessus d’un immeuble et s’écrase dans la cour intérieure du couvent voisin. La poussière n’est pas encore retombée que Jon, Mika et Iban sont déjà loin. Carrero Blanco agonise, le garde et le chauffeur sont morts.
Au même moment, alors qu’ETA vient de réaliser l’attentat le plus spectaculaire de son histoire, une femme donne naissance à une petite fille. Nous sommes le 20 décembre 1973. Oyana vient de voir la lumière au bout du tunnel.

121093083_10157772631766848_3830306120905934516_oPlace de la République – Coeur de pirate 
Un roman qui a traversé l’océan

Déjà lu du même auteur :

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Les fous de Bassan – Anne Hébert

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Points – mars 1998 – 248 pages

Points – mars 1984 – 248 pages

Seuil – novembre 1982 – 248 pages

Seuil – décembre 1982 – 248 pages

Prix Femina 1982

Quatrième de couverture :
Le vent, la pluie, la rumeur de la mer et la pesanteur du passé font de Griffin Creek, petit village du Québec, un lieu étrange et presque hors du monde. Un soir de l’été 1936, deux adolescentes vives et lumineuses, enviées ou désirées pour leur beauté par toute la petite communauté protestante du village, disparaissent près du rivage. À travers la voix ou les lettres de différents personnages, on assiste à la tragédie qui commence à se jouer, bouleversant ce village figé dans la tradition et le respect des Commandements.

Auteur : Anne Hébert est née à Sainte-Catherine-de-Fossambault, près de Québec, où elle a fait ses études. Après un premier recueil de poésie, elle a publié en 1958 Les Chambres de bois, roman qui fut aussitôt chaleureusement accueilli par la critique et qui lui valut le prix France-Canada. Elle montre dans son oeuvre qu’elle reste tout entière habitée pas l’Amérique de son enfance. Son roman Kamouraska, prix des Libraires 1971, a été traduit en plusieurs langues et est considéré par beaucoup comme l’un des plus importants de la littérature de langue française du XXè siècle. Suivront entre autre, Les Fous de Bassan (prix Femina en 1982) et L’Enfant chargé de songes (prix du Gouverneur général en 1992). Elle a récemment publié Clara, Mademoiselle et le lieutenant anglais et Est-ce que je te dérange ?

Mon avis : (lu en novembre 2019)
1936, dans un petit village fictif québécois, Griffin Creek, deux cousines adolescentes, Olivia et Nora, disparaissent. Cinq narrateurs à des moments différents vont nous raconter les évènements. Cela commence avec le Livre du Révérend Nicolas Jones, le pasteur de la communauté écrit en 1982. Puis ce sont les lettres de Stevens Brown, le mauvais garçon du village, écrites à un ami américain pendant l’été 1936. Nous poursuivons avec le journal de Nora, l’une des victimes âgée de 15 ans, datant de la même époque. Ensuite, très peu de temps après la disparition, il y a les témoignages de Perceval, l’idiot du village mais également le frère de Stevens, et de quelques autres. Non daté, ce sont les écrits d’Olivia, l’autre victime, âgée de 17 ans…
Ils vont à tour de rôle raconter à haute voix les événements qui ont changé le cours du destin de Griffin Creek donnant au lecteur indice après indice dans ce huis clos…
L’écriture est poétique, les phrases sont courtes évoquant parfaitement l’ambiance du village avec la nature, la mer, le vent, les tempêtes et ses marées toujours présentes.
Un roman marquant à la fois original, beau et à la fois noir, très violent.

Ce livre a été adapté au cinéma en 1987, film réalisé par Yves Simoneau avec Charlotte Valandrey, Steve Banner, Laure Marsac.

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Extrait : (début du livre)
La barre étale de la mer, blanche, à perte de vue, sur le ciel gris, la masse noire des arbres, en ligne parallèle derrière nous.
Au loin une rumeur de fête, du côté du nouveau village. En étirant le cou on pourrait voir leurs bicoques peinturlurées en rouge, vert, jaune, bleu, comme si c’était un plaisir de barbouiller des maisons et d’afficher des couleurs voyantes. Ces gens-là sont des parvenus. Inutile de tourner la tête dans leur direction. Je sais qu’ils sont là.
Leur fanfare se mêle au vent. M’atteint par rafales. Me perce le tympan. M’emplit les yeux de lueurs fauves stridentes. Ils ont racheté nos terres à mesure qu’elles tombaient en déshérence. Des papistes. Voici qu’aujourd’hui, à grand renfort de cuivre et de majorettes, ils osent célébrer le bicentenaire du pays, comme si c’étaient eux les fondateurs, les bâtisseurs, les premiers dans la forêt, les premiers sur la mer, les premiers ouvrant la terre vierge sous le soc.
Il a suffi d’un seul été pour que se disperse le peuple élu de Griffin Creek. Quelques survivants persistent encore, traînent leurs pieds de l’église à la maison, de la maison aux bâtiments. De robustes générations de loyalistes prolifiques devaient aboutir, finir et se dissoudre dans le néant avec quelques vieux rejetons sans postérité. Nos maisons se délabrent sur pied et moi, Nicolas Jones, pasteur sans troupeau, je m’étiole dans ce presbytère aux colonnes grises vermoulues.

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Grand champion – Les trois accords
Un livre ayant gagné un prix littéraire
Petit bac 2020a
(7) Animal

Le discours – Fabrice Caro

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Gallimard – octobre 2018 – 208 pages

Folio – février 2020 – 224 pages

Quatrième de couverture :
« Tu sais, ça ferait très plaisir à ta sœur si tu faisais un petit discours le jour de la cérémonie. » C’est le début d’un dîner de famille pendant lequel Adrien, la quarantaine déprimée, attend désespérément une réponse au message qu’il vient d’envoyer à son ex. Entre le gratin dauphinois et les amorces de discours, toutes plus absurdes les unes que les autres, se dessine un itinéraire sentimental touchant et désabusé, digne des meilleures comédies romantiques. Un récit savamment construit où le rire le dispute à l’émotion.

Auteur : Fabrice Caro est né en 1973. Il a écrit et dessiné une trentaine de bandes dessinées, dont le fameux Zaï Zaï Zaï Zaï. Il est aussi l’auteur d’un roman paru chez Gallimard en 2006, Figurec.

Mon avis : (lu en septembre 2020)
Ce livre m’a été fortement conseillé par mon fils, grand fan de Fabcaro !

Lors d’un dîner de famille chez ses parents, Adrien est sollicité par son beau-frère pour faire un discours lors de leur futur mariage… Adrien n’a jamais osé froisser ses congénères et encore une fois, il n’ose pas refuser et pourtant il n’a pas la tête à faire un discours de mariage pour sa sœur et son beau-frère !
A quarante ans, Adrien a l’impression que sa vie est ratée, il est en « pause » avec Sonia depuis plus d’un mois, et voilà qu’il vient de lui envoyer un petit texto dont il attend désespérément une réponse, un signe de vie de sa part…
C’est un roman doux-amer qui plonge le lecteur dans une ambiance à la fois drôle et mélancolique… Tout au long de ce repas de famille, aux discussions lisses, au menu toujours identique : gratin dauphinois et son gâteau au yaourt, Adrien va imaginer différents discours et surtout se poser de nombreuses questions sur Sonia qui ne répond toujours pas à son texto…
Un regard décalé et grinçant sur l’amour et sur la famille.
J’ai beaucoup aimé le début, en particulier la description du « chef-d’œuvre d’ébénisterie », réalisé en 6ème par Adrien et offert à ses parents pour Noël, qui trente ans plus tard est toujours présent dans le cuisine familiale. Au fil des pages, j’ai trouvé quelques passages redondants et même si j’ai globalement aimé ce roman atypique, je commençai à trouver que ce repas de famille traînait un peu trop en longueur…

Extrait : (début du livre)
Tu sais, ça ferait très plaisir à ta sœur si tu faisais un petit discours le jour de la cérémonie. Il laisse tomber ces quelques mots, comme ça, sans plus d’ornements, sans même me regarder, appliqué à se servir un verre de vin rouge qu’il vide dans la foulée. Le détachement, l’absence totale de solennité qu’il imprime à cette phrase empêchent toute négociation. Débattre d’une telle proposition relève du superflu, voire du grotesque. J’ai beau chercher, je n’y décèle pas l’ombre d’une intonation interrogative. Son autorité naturelle ne s’encombre d’aucune question, de volume sonore, de regard droit. Rien de très élaboré, hein, quelques mots, ça la toucherait beaucoup. Oui oui, bien sûr, avec plaisir. C’est tout ce que je trouve à répondre.
Ma sœur et ma mère reviennent de la cuisine à ce moment-là, il ne manquait plus que ça pour me pourrir la soirée, un discours.
De ma place, je peux apercevoir le porte-serviettes au mur de la cuisine et m’étonne d’être encore traumatisé, trente ans après, par ce chef-d’œuvre d’ébénisterie initié par notre professeur de technologie de sixième en guise de cadeau de Noël pour nos parents. Il s’agissait d’élaborer un porte-serviettes en forme de sapin à partir d’une planchette rectangulaire, l’exercice avait pour but de nous familiariser avec le tour, la meuleuse, la fraiseuse et autres outils aux noms barbares dont l’utilité nous échappait et m’échappe encore aujourd’hui pour tout dire.

Déjà lu du même auteur :

Capture-d’cran-2015-06-23-11 Zaï Zaï Zaï Zaï  71Uaq7bWeCL Open BAR, 1ère tournée

61985PN5lJL Formica – Une tragédie en trois actes

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(8) Son

Les coquelicots de Penn ar Bed – Emmanuelle Dupinoat

Lus en partenariat avec l’auteure

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tome 1 : L’étonnante musique de la porcelaine

Edilivre – janvier 2017 – 252 pages

Olivia, à presque trente ans, se sent transparente au sein d’une famille fragilisée par une succession. Elle s’ouvre au monde en écoutant les confidences d’auditeurs sur les ondes radiophoniques. La Bretagne est son point d’ancrage le plus solide comme ses souvenirs avec sa grand-mère disparue. Son horizon va s’élargir peu à peu et sa vie prendre un sens inattendu…

tome 2 : Le malicieux parfum du kouign amann

Edilivre – janvier 2017 – 252 pages

Olivia n’est plus seule désormais et s’étonne d’être aimée par ce compagnon si bienveillant. Elle demeure toujours en proie à beaucoup de doutes ; le Finistère n’est pourtant pas un frein entre eux deux. Les événements vont s’enchaîner, la forçant à aller de l’avant et à taire ces peurs tapies en elle qui ne font que ralentir son épanouissement. Peu à peu, sa timidité s’effacera pour laisser place à une vraie détermination et l’horizon s’ouvrira sur un avenir plein de promesses…

tome 3 : Les frêles coquelicots de Penn ar Bed 

Edilivre – décembre 2016 – 336 pages

Olivia a largement dépassé la trentaine et s’occupe de son foyer, de sa famille recomposée. Son quotidien manque beaucoup de fantaisie et ses racines bretonnes la poussent irrésistiblement vers le Finistère. Les vicissitudes de l’existence doublées des affres de l’adolescence viennent semer la zizanie au sein de sa tribu et de son couple. L’amitié sera une précieuse bouée pour tenir dans la tempête et les coquelicots, jamais loin, sa source lumineuse d’espérance.

tome 4 : Les douces lumières de Penn ar Bed 

Edilivre – juillet 2020 – 358 pages

Olivia et Emmanuel sont les heureux parents de cinq enfants dont les caractères s’affirment au fil du temps. Au cœur de ce foyer pétillant de vie, chaque jour apporte son lot de joies, de questions, d’obstacles et les rivalités fraternelles viennent animer le quotidien. Le profond attachement à la famille, au Finistère et la foi en Dieu serviront de boussole à chacun pour garder le cap durant ces années pleines de péripéties, savourer Les douces lumières de Penn ar Bed.

Auteur : Emmanuelle Dupinoat écrit pour colorer d’imaginaire le présent et partager ses interrogations sur la vie. Biologiste de formation et mère de famille, elle vit en Bretagne depuis plus de vingt-cinq ans, région qui est aussi sa source d’inspiration.

Mon avis : (tome 1, lu en 2017, tomes 2 et 3 lus en 2019 et tome 4 lu et relu en 2020)
Faire un billet sur cette série de livres est un peu particulier pour moi… En effet, je connais très bien l’auteur et j’ai participé en partie à la relecture du tome 4…
Lorsque l’auteur a commencé à écrire l’histoire d’Olivia, elle n’imaginait pas que cela devienne une « saga » familiale en 4 tomes, mais en terminant le premier roman, elle n’a pas voulu quitter son héroïne et s’est laissée entraîner pour de nouvelles aventures…
L’auteure a imaginé une histoire de famille sur plusieurs décennies où l’on voit évoluer les personnages, grandir la tribu d’enfants et de cousin.e.s avec comme point d’ancrage la Bretagne, et plus particulièrement le Finistère.
L’inspiration est-elle venue de lieux et de situations vécus, de mots d’enfants et de lectures comme L’esprit de famille de Janine Boissard ? Et pourquoi pas un peu tout cela à la fois…

Extrait : (début du tome 4)
La journée de dimanche est déjà bien entamée lorsqu’Alban entre en coup de vent dans la cuisine et s’exclame :
— On mange quoi au dîner?
— Des briques à la sauce caillou, lui rétorqué-je par réflexe.
— Ah, ah… mais vraiment?
— Riz, tomates, saucisses, plat familial par excellence qui fait plaisir en général à nos convives du dimanche soir.
— Combien serons-nous?
— Une douzaine…
À Montilly, une semaine sur deux, nous réunissons neveux ou enfants d’amis, seuls à Paris. Ils partagent notre dîner dans une atmosphère familiale, histoire de finir le
week-end agréablement et démarrer la nouvelle semaine de bonne humeur. L’idée est venue d’Emmanuel qui a toujours vu ses parents organiser ce genre de réunion. Au cœur du Quartier latin, l’appartement Lagrange devenait un repère sympathique pour la fin du week-end. Le temps de l’exil de l’un ou l’autre de sa région d’origine, il était plaisant d’arriver dans une maison ouverte où l’accueil était chaleureux.
Certains cousins d’Emmanuel m’ont raconté combien ces soirées dominicales avaient compté durant leurs études ou leurs premiers pas à Paris comme jeune actif. Moi, j’ai
pensé à ma mère qui soignait particulièrement le dîner du dimanche. Je revois ce plat ovale fleuri où gratinaient ses chefs-d’œuvre ; je l’avais surnommé « le plat du bonheur ».
L’initiative est donc née en rapprochant les deux coutumes bretonne et bourguignonne. Et la sauce a pris !

Les mains de Louis Braille – Hélène Jousse

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JC Lattès – février 2019 – 350 pages

J’ai Lu – février 2020 – 352 pages

Quatrième de couverture :
Veuve depuis peu, Constance, la quarantaine, auteur de théâtre à succès, se voit confier l’écriture d’un biopic sur Louis Braille par son producteur et ami Thomas. Assistée d’Aurélien, mystérieux et truculent étudiant en histoire, elle se lance à cœur perdu dans une enquête sur ce génie oublié, dont tout le monde connaît le nom mais si peu la vie.
Elle retrace les premières années de Louis Braille, au tout début du XIXe siècle, ce garçon trop vif qui perd la vue à l’âge de trois ans à la suite d’un accident. Déterminé à apprendre à lire, il intègre l’Institution royale des jeunes aveugles. Mais dans ce bâtiment austère et vétuste, où les petits pensionnaires sont élevés à la dure, nul n’entend leur enseigner la lecture. Et pour cause  : il n’existe aucune méthode. Constance découvre le combat de Louis pour imaginer la lecture au bout des doigts, jusqu’à l’invention, à même pas dix-huit ans, du système qui a révolutionné depuis la vie de tous les aveugles.
Dans ce roman, hommage à ce garçon dont le génie n’avait d’égale que la modestie, Hélène Jousse entremêle les vies et les époques et explore la force de l’amour, sous toutes ses formes. Avec une question qui affleure  : qu’est-ce qu’un destin, sinon une vie qui fait basculer celle des autres ?

Auteur : Hélène Jousse est sculptrice. Elle enseigne son art aux autres, et en particulier aux enfants. Il y a trois ans, un jeune homme aveugle depuis quelques mois est venu lui demander de l’aider à sculpter. Pour elle, un monde s’est ouvert. Les Mains de Louis Braille est son premier roman. Elle vit à Paris.

Mon avis : (lu en août 2020)
En suivant Constance, une jeune veuve à qui Thomas, son ami producteur, demande d’écrire un biopic sur la vie de Louis Braille pour une adaptation cinématographique, le lecteur découvre un personnage extraordinaire et très attachant.
On connaît le nom de Louis Braille par son alphabet destiné aux aveugles.
Je ne savais pas qu’il était lui-même aveugle depuis l’âge de 3 ans, suite à un accident domestique. Qu’il avait à peine dix-huit ans lorsqu’il invente l’alphabet qui porte son nom à partir de combinaison de six points en relief.
Un roman très documenté, passionnant et émouvant. Une très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
C’est un jour de juillet pluvieux. Un matin de l’été 1812. Depuis l’aube, les averses ont succédé aux éclaircies. Louis aime la pluie parce qu’elle réunit sa famille. Quand il pleut, sa mère renonce à aller au champ et reste à l’abri avec lui et sa sœur aînée. Parfois, son père aussi cède à l’attrait de cette intimité tendre et chaude, au cœur de sa maison. Il abandonne son atelier et les rejoint autour de la cheminée, tel l’avare s’assurant que son trésor n’a pas disparu.
Depuis le jour où sa mère, impérieuse et joueuse, a fait arrêter la diligence de Meaux en pleine campagne pour qu’il puisse écouter les gouttes d’eau s’écraser sur le plafond entoilé de la calèche, Louis raffole du bruit de la pluie. Toute sa vie, il continuera à l’aimer. Sa bonne nature ne connaît pas la rancune.
Mais aujourd’hui, malgré l’orage, sa mère n’est pas là, contrairement à son habitude. Obligée d’aller vendre ses légumes au marché, elle n’a pas voulu qu’il l’accompagne, de peur qu’il ne prenne froid. Elle l’a laissé sous la surveillance de son mari, dans l’atelier où l’enfant adore fureter.
Louis aime se lever très tôt et prendre une longueur d’avance sur le jour naissant, sur ses parents et sa sœur qui sommeillent encore. Il fouine. Les objets et leur mystérieux ballet l’intriguent. Les choses lui en apprennent beaucoup sur les gens. Tout semble lui dire quelque chose. Alors, dans son petit monde de tout petit enfant, il ne néglige rien, et tout devient grand.

M. Braille termine de coudre un harnais pour le notaire, qui ne va pas tarder à lui amener son cheval. On le dit consciencieux et habile, et les gens viennent de loin pour le faire travailler, lui, et pas un autre. Louis le voit. Il en est fier. Le bourrelier aime son métier qui mobilise ses mains mais aussi, dans la conscience que nécessite chaque geste, le meilleur de son esprit.
Le petit garçon reste là, à regarder son père au travail. Ce ne sont pas les gestes d’un artisan adroit qu’il voit mais une danse toujours nouvelle et chaque fois aussi distrayante. Le visage à hauteur d’établi, Louis observe les mains de son père s’envoler, se refermer sur un outil, puis se reposer sur le cuir tendre. Ses deux bras merveilleusement articulés se plient et se déplient en rythme pour affûter, couper, piquer, tordre, étirer, lustrer. Le buste, léger et vif, s’ajuste avec souplesse, accompagnant chaque geste. Louis contemple ce beau géant en branle au-dessus de lui.
L’enfant regarde fasciné le corps solide de son père, comme un monde en soi. Il y voit une splendide mécanique capable de reconstruire, s’il le fallait, la grande mécanique qui l’entoure. Louis, âgé de trois ans – trois ans et demi, précise-t-il –, a le regard dilaté par l’admiration qu’il ressent pour ce puissant humain qui, non seulement existe, mais par bonheur l’aime, lui, si petit. Alors, il se dit que ça n’est pas rien ce qu’il est, puisque le colosse se penche si bas et si souvent vers lui. Et cela le rend heureux, simplement et profondément heureux d’avoir le droit d’être là.
Ils ont passé la matinée ensemble dans l’atelier, – un de ces moments de l’enfance où le temps semble s’étirer, où la félicité de l’instant contamine l’instant d’après, où le bonheur nous laisse croire qu’il ne se sauvera jamais.
M. Braille quitte un instant son établi pour fixer le harnais à l’encolure du cheval de son client qui l’attend dehors, déjà trempé. Louis se retrouve seul. Seul au monde dans le monde de son père qu’il croit être déjà le sien. Après avoir longuement promené son regard autour de lui, il commence à toucher les objets de cuir fabriqués par son père. Puis les objets qui fabriquent les objets, ses précieux outils, prolongements de la main paternelle. Et puis, il se prend pour son père… Comment faire autrement ?

Petit bac 2020a
(6) Personnage célèbre

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