Donbass – Benoît Viktine

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Les Arènes – février 2020 – 282 pages

Livre de Poche – mars 2022 – 320 pages

Prix Senghor 2020 du Premier Roman Francophone et Francophile.

Quatrième de couverture :
Sur la ligne de front du Donbass, la guerre s’est installée depuis quatre ans et plus grand monde ne se souvient comment elle a commencé. L’héroïsme et les grands principes ont depuis longtemps cédé la place à la routine du conflit.
Mais quand des enfants sont assassinés sauvagement, même le colonel Henrik Kavadze, l’impassible chef de la police locale, perd son flegme.

Auteur : Benoît Vitkine est un journaliste français, spécialiste des pays de l’ex-URSS et de l’Europe orientale au Monde. Correspondant du journal à Moscou, il a reçu le prestigieux prix Albert-Londres en 2019 pour une série de reportages réalisés en Ukraine. Donbass, son premier roman, a pour décor l’est de ce pays, en guerre depuis mars 2014. 

Mon avis : (lu en avril 2022)
Sur fond de reportage de guerre, Benoît Vitkine a écrit un thriller noir, avec le meurtre d’un enfant. Le colonel Henrik Kavadze, le chef de la police locale, a choisi de rester du côté ukrainien du Donbass, il va enquêter dans un environnement de corruption et de violence.
L’intrigue se déroule durant l’hiver et le printemps 2018, la ligne du front ne bouge presque plus, les deux camps échangent parfois quelques coups de feu et la communauté internationale ne s’intéresse plus à cette guerre fratricide qui s’éternise.
L’atmosphère est lourde, terriblement réaliste, les personnages sont hantés par les traumatismes de la guerre d’Afghanistan, les souvenirs de la vie en l’URSS et de la Seconde guerre mondiale.
Ce livre très documenté est passionnant pour sa description sans concession  et très humaine de la situation dans le Donbass.

Extrait : (début du livre)
La première fois que les camions sans phares s’étaient garés dans la cour de l’immeuble, quelques semaines plus tôt, Sacha Zourabov avait été effrayé. Le garçon avait instinctivement senti que les hommes affairés autour des véhicules, dans le terrain vague, n’auraient pas voulu le voir à sa fenêtre, occupé à les observer. Des hommes comme ceux-là, capables de travailler dans l’obscurité la plus complète, pouvaient sans doute le voir dans la nuit. Malgré sa petite taille. Malgré les efforts qu’il faisait pour respirer le plus discrètement possible. Il s’était blotti sous les couvertures, restant éveillé jusqu’à ce que le bruit des moteurs cesse. Longtemps après leur départ, il n’avait pu s’endormir, tenaillé par la curiosité.
Alors quand ils étaient revenus, ce soir-là, le garçonnet avait enfilé ses chaussons et s’était approché sans bruit de la fenêtre, calant son ventre contre le radiateur froid, ne laissant apparaître que ses yeux et le sommet de son crâne. Les camions sans phares étaient plus nombreux, cette fois. Sacha en compta au moins six. À la lueur de la lune, il voyait distinctement leurs silhouettes massives. De gros engins de production soviétique, sûrement des Kamaz. Sacha les adorait : ils ne tombaient jamais en panne et pouvaient passer partout, dans la neige, la boue, et même traverser des rivières. Les hommes aussi étaient plus nombreux et ils semblaient à Sacha à peine moins massifs que les camions. Leurs carrures renforçaient l’enfant dans sa certitude que ces hommes-là étaient « sérieux », comme disait son oncle. Ils n’avaient pas la stature voûtée des petits vieillards que l’on voyait d’habitude dans le quartier.
Les ombres se passaient de main en main de gros sacs qu’elles entassaient dans des wagonnets semblables à ceux qu’on utilisait à la mine. Cela aussi, son oncle le lui avait raconté. Il était un homme « sérieux », lui aussi, un mineur aux épaules larges qui aurait pu se mesurer sans rougir aux hommes de la cour. Le garçon s’enhardit et entrouvrit la fenêtre. Une bourrasque lui claqua au visage. Il entendait distinctement les jurons étouffés par lesquels les hommes accompagnaient leurs efforts. Sacha les écoutait avec une joie mauvaise. « Putain. » Que des mots interdits à la maison. « Chatte. » Il n’en avait jamais entendu autant. « Salope »…
Sacha écoutait et observait, hypnotisé. Pourquoi n’attendaient-ils pas le matin pour finir leur labeur ?

Petit bac 2022(6) Lieu

La boîte à magie – Camilla Läckberg, Henrik Fexeus

51vlZj8gPQL Actes Sud – juin 2022 – 672 pages

traduit du suédois par Susanne Juul

Titre original : Box, 2021

Quatrième de couverture :
Gröna Lund, parc d’attraction incontournable de Stockholm. Entre manèges à l’arrêt et obscurité angoissante, une boîte transpercée d’épées contenant un corps de femme est retrouvée. Pour la nouvelle enquêtrice Mina Dahbiri, l’affaire dépasse les compétences de la police. Vincent Walder, expert en mentalisme et en communication non verbale, accepte de lui prêter main-forte.
S’agit-il d’un tour de magie qui a mal tourné ou d’un tueur machiavélique ? En complément de leurs talents, une visite dans les archives policières devrait aider le duo à trouver des réponses…

Auteurs : Née en 1974 à Fjällbacka, Camilla Läckberg est la reine incontestée du polar scandinave. Elle a rencontré un grand succès international grâce à son héroïne Erica Falck ; ses livres se sont vendus à plus de vingt-six millions d’exemplaires dans le monde. Elle est également l’une des fondatrices d’Invest in Her, une société d’investissement qui s’engage auprès de femmes entrepreneuses.
Henrik Fexeus est un mentaliste, auteur et présentateur suédois. Né en 1971, Henrik a étudié la philosophie pour finalement se spécialiser dans la psychologie. Louant ses livres et interventions publiques, plusieurs prix lui sont décernés et il est reconnu dans le monde entier pour ses recherches sur la communication non verbale. Il se lance dans la fiction en 2017 avec «Le Perdu», premier tome d’une trilogie pour jeunes adultes salué par la critique.

Mon avis : (lu en juillet 2022)
Voici le premier tome d’une nouvelle trilogie de Camilla Läckberg associée avec le mentaliste suédois à succès Henrik Fexeus. Les deux héros de cette série sont la détective Mina Dahbiri et l’expert en magie Vincent Walder.
Tout commence avec une scène de crime assez spectaculaire : le corps nu d’une femme transpercé d’épées dans une boîte à magie… Cela semble être un tour de magie qui aurait raté… L’enquêtrice Mina Dahbiri, nouvellement arrivée dans la brigade criminelle de Stockholm, décide de faire appel à Vincent Walder, grand mentaliste médiatiquement connu, pour l’assister sur cette étrange enquête.
Le duo Mina et Vincent est très sympathique, le mentaliste est claustrophobe et il a aussi des TOC et la policière est phobique et hypocondriaque. L’un et l’autre arrivent à surmonter leurs failles pour mener à bien leur travail respectif.
La construction du livre qui alterne des événements passés et présents tient en haleine le lecteur du début à la fin du roman policier.
L’intrigue est originale, bien menée et les personnages sont attachants, je me réjouis de les retrouver dans de futurs enquêtes.

Extrait : (début du livre)
Tuva tambourine nerveusement des doigts sur le comptoir. Elle aurait dû débaucher depuis un bon moment déjà, mais elle est toujours là, sur son lieu de travail, un café dans le quartier de Hornstull. Un client vient de s’installer à la table du coin. Il la fixe, irrité. Elle lui retourne un regard assassin. Elle mémorise son visage et se dit que ce client-là n’aura pas droit à un cœur sur la mousse de son cappuccino. Un doigt dressé, plutôt.

Être en retard la met de mauvais poil. Elle ramène machinalement une mèche blonde derrière son oreille. Elle aurait dû récupérer Linus depuis une demi-heure déjà. Elle est immunisée contre les remarques acerbes du personnel de la crèche, elle y a eu droit si souvent que ça ne lui fait plus ni chaud ni froid. Mais son petit garçon de deux ans doit être triste. Et Tuva n’est pas du genre à vouloir chagriner un enfant. Surtout pas Linus. Elle n’arrête pas de dire qu’elle serait prête à mourir pour lui. Mais ce n’est pas si simple. Dieu seul sait tous les efforts qu’elle fait. Elle ouvre la penderie, retire son tablier et le balance sur la montagne de linge sale. Elle ne peut pas partir avant l’arrivée de son remplaçant. Qu’est-ce qu’il fabrique, bon sang ?
Martin, le père de Linus, avait brillé par son absence le jour de la naissance de son fils, deux semaines avant terme. Tuva ne lui en avait pas voulu, elle était partie à la maternité en ambulance. Elle avait en revanche trouvé bizarre qu’il ne vienne pas la voir pendant les quelques jours qu’elle avait passés là-bas. L’accouchement avait été difficile. Elle ne se souvenait que vaguement des médecins qui les examinaient sans arrêt, elle et son bébé, en lui disant que tout irait bien. Exactement comme Martin dans les brefs SMS qu’il lui envoyait. Il allait venir, disait-il, il avait juste un ou deux trucs à régler. Si son séjour à la maternité se perdait dans le brouillard, le souvenir de son arrivée avec Linus dans l’appartement vide était autrement vif. Pendant qu’elle en bavait pour mettre au monde leur fils, Martin avait rassemblé ses affaires et s’était tiré. C’était ça qu’il avait à “régler”. Elle n’avait plus jamais eu la moindre nouvelle de cet enfoiré. Tant mieux, probablement. Elle l’aurait tué s’il s’était remanifesté.

Déjà lu du même auteur :

la_princesse_des_glaces La Princesse des glaces  le_pr_dicateur Le Prédicateur

le_tailleur_de_pierre Le Tailleur de pierre l_oiseau_de_mauvais_augure L’Oiseau de mauvais augure

l_enfant_allemand L’Enfant allemand cyanure Cyanure la_sir_ne La Sirène

9782330018962  Le gardien de phare  la faiseuse d'ange La faiseuse d’anges

le dompteur des lions Le dompteur de lions  La_sorciere La sorcière

81I8cUUwywL La cage dorée

Petit bac 2022(5) Objet

voisinsvoisines2021_new50
Suède

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Challenge Pavé de l’été

Noir comme neige – Peter Robinson

71CAVRYo2aL Livre de Poche – février 2008 – 480 pages

traduit de l’anglais par Jean Esch

Titre original : Past Reason Hated,1991

Quatrième de couverture :
La petite ville d’Eastvale, dans le Yorkshire, s’apprête à fêter Noël dans une ambiance et un décor de carte postale. D’autant que la neige est au rendez-vous. Hélas, cette atmosphère idyllique est endeuillée par le meurtre sauvage d’une jeune femme, Caroline Hartley, retrouvée nue au pied de son sapin, poignardée. Les soupçons sont nombreux – et se portent d’abord sur la compagne homosexuelle de Caroline – , mais les indices sont rares et ils mènent tous à des impasses car Caroline Hartley avait fait du secret son mode de vie… jusque dans sa mort. C’est le début d’une nouvelle enquête pour l’inspecteur divisionnaire Banks, secondé par le sergent Richmond et la détective Susan Gray, nouvellement promue, et, comme souvent chez Peter Robinson, sous le vernis des apparences, tout le monde a quelque chose à cacher…

Auteur : Auteur canadien d’origine anglaise, Peter Robinson est né en 1950 dans le Yorkshire. Il commence une carrière d’enseignant puis écrit, à partir de 1987, les premières enquêtes de l’inspecteur Alan Banks. En 2000, Saison sèche obtient le prestigieux Anthony Award et, en France, le Grand Prix de littérature policière. Peter Robinson a également reçu à six reprises le Arthur Ellis Award, prix du meilleur roman policier canadien. 

Mon avis : (lu en juillet 2022)
C’est la cinquième enquête de l’inspecteur Banks. Quelques jours avant Noël, Caroline Hartley est retrouvée poignardée à son domicile. Une jeune femme magnifique dont la vie personnelle était plutôt mystérieuse. Elle vivait avec une femme et jouait dans la troupe de théâtre amateur d’Eastvale dans le Yorkshire. L’inspecteur divisionnaire Banks et son équipe constituée par le sergent Richmond et la nouvelle détective Susan Gray vont mener cette enquête en explorant de nombreuses pistes, il est question de musique, de théâtre, de relations sexuelles… Une intrigue bien construite, des personnages intéressants ou attachants et une écriture agréable. Je passe toujours un moment de lecture plaisant avec cette série au rythme lent et au charme anglais…

Extrait : (début du livre)
La neige tomba sur Swainsdale pour la première fois de l’année quelques jours avant Noël. Là-bas dans la vallée, dans les fermes et les hameaux les plus éloignés, les gens du coin allaient pester. Une abondante chute de neige pouvait être synonyme de moutons égarés et de routes bloquées. Par le passé, certains endroits étaient restés isolés pendant cinq semaines. Mais à Eastvale, la plupart des personnes qui traversaient la place du marché en ce soir du 22 décembre se réjouissaient de voir ces gros flocons scintiller dans la lueur des lampadaires et former un tapis blanc grumeleux sur les pavés.

L’inspectrice Susan Gay, qui revenait du kiosque à journaux, s’arrêta sur le chemin du poste de police. Devant l’église romane se dressait un immense sapin, cadeau de la ville norvégienne avec laquelle Eastvale était jumelée. Les guirlandes clignotaient et ses branches effilées ployaient sous le poids d’un centimètre de neige. Au pied du sapin, un groupe d’enfants en tuniques rouges de choristes chantait : « Once in Royal David’s City ». Leurs voix d’alto, fragiles, mais claires, semblaient particulièrement adaptées à cette belle soirée d’hiver.
Susan renversa la tête en arrière et laissa les flocons fondre sur ses paupières. Quinze jours plus tôt, jamais elle ne se serait permis un geste aussi spontané et frivole. Mais maintenant qu’elle était l’inspectrice Gay, elle pouvait se permettre de se détendre un peu. Elle en avait terminé avec les cours et les examens, du moins jusqu’à ce qu’elle postule au grade de sergent. Finies les disputes avec David Craig pour savoir qui ferait le café. Finies également les patrouilles et la régulation de la circulation les jours de marché.
La musique l’accompagna, tandis qu’elle repartait vers le poste de police :
Et Il conduit Ses enfants
Là où Il s’en est allé.

Droit devant elle, la nouvelle lampe bleue était suspendue telle une enseigne de magasin au-dessus de l’entrée du poste de police à la façade de style Tudor. Pour tenter d’améliorer l’image de la police aux yeux de la population, ternie par des émeutes raciales, des scandales sexuels et des accusations de corruption à haut niveau, le gouvernement s’était tourné vers le passé ; plus précisément vers les années 1950. Ainsi, cette lampe sortait tout droit d’un vieux feuilleton télé en noir et blanc. L’image du vieux flic débonnaire qui patrouille dans son quartier avait fait beaucoup rire au siège de la police régionale d’Eastvale. Ah, si la vie était aussi simple que ça, avaient-ils soupiré.

Déjà lu du même auteur :

81-pkeXoGWL Le Voyeur du Yorkshire PeterRobinson2 Le Rocher aux corbeaux

Matricule 1139  La Vallée des ténèbres

Petit bac 2022
(6) Couleur

voisinsvoisines2021_new50
Angleterre

 

Le mur des silences – Arnaldur Indridason

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Anne-Marie Métailié – février 2022 – 336 pages

traduit de l’islandais par Eric Boury

Titre original : Þagnarmúr, 2020

Quatrième de couverture :
Dans une vieille maison, dans laquelle toutes les femmes qui y ont vécu se sont senties oppressées sans raison, un mur de la cave s’effondre et on trouve un corps.
Konrad, très intrigué par ce cadavre inconnu, enquête et fait resurgir des affaires traitées dans ses trois romans précédents. Par ailleurs, il presse la police d’élucider le meurtre de son père mais il a oublié qu’à l’époque il avait menti et se retrouve inculpé. Toujours dans une ambiance à la Simenon et avec un Konrad très ambigu, moyennement sympathique et noyé dans l’alcool.
Le Mur des silences est un beau roman noir sur la violence familiale, la vulnérabilité, les sacrifices et l’impunité, dans lequel les coldcases ressurgissent toujours.

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavík en 1961. Diplômé en histoire, il est journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs couronnés de nombreux prix prestigieux, traduits dans 40 langues et vendus à plus de 13 millions d’exemplaires.

Mon avis : (lu en juillet 2022)
C’est la quatrième enquête de Konrad, le nouveau personnage d’Arnaldur Indridason. En écrivant ce billet, je m’aperçois que je n’ai pas lu la troisième enquête… Je me rattraperai ultérieurement.
Tout commence avec la découverte macabre d’un corps emmuré depuis longtemps dans une maison. Certains anciens occupants de cette maison ne s’y étaient jamais sentis à l’aise sans en comprendre la raison.
Nous retrouvons Konrad, policier à la retraite et veuf. Il se questionne toujours sur les circonstances de l’assassinat de son père et plus de trente ans après, il enquête toujours pour résoudre cet affaire.
En parallèle, le lecteur suit l’histoire d’Elisa, une femme battue par un mari qui exerce également une grande emprise sur elle. Au fil des pages, le lecteur va découvrir que cette histoire se déroule dans le passé et qu’indirectement, elle a un lien avec le père de Konrad…
Je n’en dirai pas plus pour ne rien divulgâcher.
J’ai toujours autant de plaisir à lire du Arnaldur Indridason pour découvrir l’Islande à travers des sujets malheureusement toujours actuels.

Extrait : (début du livre)
Peu après être entrée dans la maison, Eyglo avait vite ressenti le malaise évoqué par la femme.
Il arrivait régulièrement que des gens l’appellent en lui demandant de venir chez eux parce qu’ils souffraient d’angoisses inexplicables. Certains cherchaient à entrer en contact avec leurs proches défunts et parlaient de bruits inquiétants. Eyglo refusait de participer à ces chasses aux fantômes, à quelques rares exceptions près, et elle avait réussi à se débarrasser de cette femme au téléphone quelques jours plus tôt en lui notifiant une fin de non recevoir assez ferme. Son répit avait été de courte durée.
Deux jours plus tard, par une soirée d’automne, une quinquagénaire qu’elle n’avait jamais vue était venue sonner à sa porte. Juchée en haut des marches, sous une pluie diluvienne et souriant d’un air embarrassé, elle avait avoué être la personne qui l’avait appelée récemment pour lui parler de sa maison. Elle s’était empressée d’ajouter qu’elle ne venait pas lui demander d’organiser une séance de spiritisme ou quoi que ce soit de ce genre, mais souhaitait uniquement qu’elle l’accompagne chez elle pour faire le tour de la maison et lui dire si, elle aussi, elle percevait quelque chose susceptible d’expliquer l’anxiété et le trouble qu’elle ressentait depuis qu’elle avait emménagé, une peur et une appréhension lancinantes qu’elle n’avait jusque-là jamais éprouvées.
Ne voulant pas laisser l’inconnue sous la pluie battante, Eyglo l’avait invitée à rentrer s’abriter à l’intérieur.
– Je sais que les fantômes n’existent pas, avait repris la femme en refusant de s’aventurer au-delà du vestibule, mais il y a dans cette maison quelque chose qui ne va pas. Oui… il y a quelque chose. J’en suis persuadée et j’aimerais savoir si vous le percevez aussi. Pardonnez-moi… mon Dieu, j’ai l’impression de devenir folle.
Eyglo l’avait invitée à s’asseoir sur la chaise dans l’entrée. Son interlocutrice s’était adressée à la Société islandaise de spiritisme et Malfridur, une amie d’Eyglo, lui avait suggéré de la contacter car personne n’était mieux placé qu’elle pour l’aider même si elle se montrait souvent assez réticente. Ce n’était pas la première fois que Malfridur lui envoyait des gens sans son accord alors qu’elle lui avait maintes fois répété vouloir cesser toute activité liée à la voyance, mais Malfridur ne l’écoutait pas.

Déjà lu du même auteur :

la_cit__des_jarres La Cité des jarres  la_femme_en_vert La Femme en vert

la_voix La Voix l_homme_du_lac L’Homme du lac hiver_arctique Hiver Arctique

hypothermie Hypothermie la_rivi_re_noire La rivière noire betty Bettý

la_muraille_de_lave La muraille de lave etranges_rivages Étranges rivages

91768788 La cité des jarres 95359847 Le Duel

105501958 Les nuits de Reykjavik 110108840 Le lagon noir

9782367623085-001-X Opération Napoléon 9782367627595-001-T Passage des ombres

71UbDwTos8L Ce que savait la nuit 61YQz30gvAL Les roses de la nuit  Les fantômes de Reykjavik

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Islande

Où es-tu Mari ? – Kristel Peterson

619pdkVMIFL Les Éditions du 38 – février 2022 – 228 pages

Quatrième de couverture :
Maja vit à Forsøl, petit village norvégien à quelques kilomètres de la ville de Hammerfest, au nord du cercle polaire. Elle raconte dans son journal sa lutte quotidienne pour vivre malgré le chagrin qu’elle éprouve depuis la mystérieuse disparition de sa fille Mari. Elle essaie d’endormir sa douleur avec l’aquavit du placard de la cuisine et s’accroche à l’idée que Mari est encore vivante quelque part. Maja est prête à tout pour la retrouver, même à boire les tisanes hallucinogènes d’un vieux shaman sami. En s’isolant régulièrement dans sa cuisine avec des brioches et du thé pour écrire son journal et pour réfléchir, elle avance lentement dans la recherche de la vérité, mais plus elle progresse sur ce chemin, plus le danger, irrémédiablement, resserre son étau…

Auteur : Kristel Petersen, franco-norvégienne née en 1969, a grandi entre le sud-ouest de la France et la Norvège. Enfant curieuse et précoce, elle recopie frénétiquement des hiéroglyphes et devient ensuite une lectrice avide et forcenée qui cherche dans les livres des réponses impossibles à trouver. Géographe, elle poursuit sa quête à travers de nombreux voyages sur plusieurs continents et en explorant des cultures très différentes. Dans son premier roman policier, Où es-tu Mari ? , elle évoque la nature hostile du Finnmark, au nord de la Norvège, où elle a passé une partie de son enfance.

Mon avis : (lu en avril 2022)
C’est l’histoire de la disparition d’une enfant de six ans, Mari, dans le nord de la Norvège. Le prologue, nous raconte les circonstances de la disparition : Mari jouait dans le jardin avec le chien en lui lançant une balle et petit à petit ils se sont éloignés, un vieux renne habitué à venir à proximité s’est approché de la clôture, la fillette a ouvert la barrière pour le faire entrer dans la jardin. Mais le chien, jaloux, a détalé vers le plateau et Mari est partie à sa suite, marchant difficilement dans la neige…
Le roman commence près de trois ans après la disparition de Mari. Sa mère, Maja est toujours dévastée par la disparition de sa fille et n’arriva pas à croire qu’elle soit morte contrairement à son entourage ou presque. Maja vit à Forsøl, petit village de pêcheurs au nord du cercle polaire avec Bjarne son mari et Kristian, leur fils de 8 ans. Elle est institutrice.
Maja est norvégienne, mais son père était russe et sa mère est Sami. Maja est tombé follement amoureux d’un Sami, mais ce dernier l’a abandonnée alors qu’elle était enceinte de Mari. Maja a donc épousé Bjarne un norvégien avec une bonne situation.
Pour tenir le coup après le drame de la disparition de Mari, Maja boit en cachette et se confie dans un journal intime. Le lecteur va donc petit à petit découvrir la vie passée et actuelle de Maja et pouvoir répondre à la question « Où es-tu Mari ? »
J’ai aimé en apprendre un peu plus sur la culture et les croyances des Samis.
L’intrigue est plutôt bien construite avec quelques rebondissements… j’ai pourtant eu assez vite une idée sur l’identité d’un coupable…
Merci à Masse Critique Babelio pour cette lecture dépaysante

Extrait : (début du livre)
Prologue :
Mari jouait avec le chien dans le jardin. Elle lançait la balle dans la neige et Thor partait à toute vitesse pour la rattraper. Le rire innocent et cristallin de la petite fille se mêlait aux jappements du chien qui secouait joyeusement ses longs poils noirs pour se débarrasser de la neige. Dans son petit manteau de laine rouge, Mari s’élançait à la rencontre de Thor qui lui rapportait fièrement la balle, à bout de souffle. Elle lui caressait le dos en le regardant tendrement, puis reprenait la balle pour la lancer à nouveau très loin. Ravi, l’animal redressait les oreilles et aboyait avant de partir comme une flèche pour aller la chercher. Mari le poursuivait en riant aux éclats, dévoilant ses petites dents blanches et fines qui tranchaient avec ses lèvres rouges et sa peau dorée. Des dents de petite fille coquine, aux joues rondes et douces, aux cheveux noirs dont les mèches rebelles dépassaient toujours du bonnet.
Débordant d’énergie, Thor fit volte-face pour revenir une nouvelle fois avec la balle alors que Mari courait vers lui. Ils se télescopèrent et tombèrent l’un sur l’autre, Mari roulant dans la neige avec le chien. Ses éclats de rire se mêlaient aux aboiements de l’animal qui s’était remis sur ses pattes et lui donnait de grands coups de langue affectueux.
Soudain, Mari leva la tête et aperçut le vieux renne qui venait d’arriver derrière la clôture en planches contre laquelle il avait l’habitude de frotter ses bois. Il les avait sans doute entendus jouer et espérait recevoir lui aussi sa part de caresses, et peut-être une friandise à grignoter. Mari abandonna Thor pour se précipiter vers le renne en poussant des cris de ravissement. Elle lui ouvrit la petite barrière blanche et attendit qu’il entre dans le jardin. Il se gratta une dernière fois contre la clôture, puis s’avança lentement dans l’allée. La petite fille s’approcha doucement, elle savait qu’il ne fallait plus s’agiter ni faire de bruit si elle voulait pouvoir le caresser. Le gros animal se pencha vers un jeune arbuste d’ornement qui avait encore quelques feuilles tendres. Mari en profita pour frotter son dos couvert de poils blancs. L’animal délaissa un instant la plante pour relever la tête et poser sur elle ses grands yeux noirs. Mari lui chatouilla le museau. Son haleine fumait dans l’air froid de l’après-midi et dégageait des relents de mousse moisie et de lichen.
Thor se dressa sur ses pattes et détala en direction du plateau. Mari eut peur qu’il soit jaloux du renne et franchit la limite du jardin pour partir à sa poursuite en l’appelant et en avançant difficilement dans la neige épaisse où s’enfonçaient ses petites jambes. Le renne la suivit en trottant dans le petit bois de bouleaux nains. Il s’arrêta un instant pour humer l’air de la toundra avant de reprendre sa course. Il était sans doute le seul à percevoir les signes annonçant la tempête de neige toute proche. Une tempête d’automne violente et soudaine, comme elles l’étaient souvent ici, dans ces solitudes gelées de bout du monde : des vents glacés qui se déchaînaient en apportant une grande quantité de neige humide et lourde.

Petit bac 2022
(4) Ponctuation

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Norvège

Sur l’autre rive – Emmanuel Grand

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Albin Michel – mars 2021 – 528 pages

Livre de Poche – avril 2022 – 512 pages (à paraître)

Quatrième de couverture :
Saint-Nazaire, ses chantiers navals, une forêt de silos et de grues, les marais et l’océan à perte de vue, un pont entre deux rives.
Pour Franck Rivière, 21 ans, jeune espoir du football local, des rêves plein la tête, c’est aussi la fin du voyage : une chute de 68 mètres et son corps glacé repêché au petit matin.
Tandis que le capitaine Marc Ferré doute de ce suicide, Julia, la sœur de Franck, brillante avocate « montée » à Paris, se heurte aux vérités d’une ville qui cache mal sa misère, ses magouilles et son pouvoir secret : que le bizness paie peut-être plus que le ballon rond, que Saint-Nazaire ne l’a jamais quittée, et qu’on n’enterre pas aussi facilement un amour d’adolescence.
Roman d’atmosphère, peinture sociale saisissante d’une région déchirée, Sur l’autre rive est un récit aussi noir que sensible où se déploient la puissance romanesque et le style percutant d’Emmanuel Grand, l’auteur de Terminus Belz et des Salauds devront payer.

Auteur : Emmanuel Grand, a passé son enfance en Vendée et vit aujourd’hui en région parisienne. Il est l’auteur de trois polars très remarqués : Terminus Belz (prix PolarLens, Tenebris et prix du polar SNCF), Les salauds devront payer (prix Interpol’Art 2016) et Kisanga qui a reçu le Prix Landerneau Polar 2018. 

Mon avis : (lu en mars 2022)
Ce roman policier se déroule dans la région de Saint-Nazaire. Franck Rivière, 21 ans, est un espoir du football local. Il est retrouvé au petit matin, sur la rive de la Loire après une chute de 68 mètres depuis le pont de Saint-Nazaire. Un suicide ? Tout l’indique, mais le capitaine Marc Ferré a comme une intuition que ce n’est pas un suicide… Sa sœur, Julia, brillante avocate partie faire carrière à Paris, revient au pays avertie de la mort de son frère. Elle est également convaincue que Franck n’a pas mis fin à ses jours et va également chercher à comprendre.
La construction du livre est assez spéciale puisque l’on commence par le drame et le début de l’enquête, puis l’auteur renvoie le lecteur un an avant, puis retour au présent, puis nouveau flashback un mois auparavant avant la conclusion.
L’intrigue est bien construite, les personnages sont attachants et les deux rives du pont sont parfaitement décrites. Il est question d’appât du gain, de petites magouilles et d’amours contrariés…
J’y ai trouvé quelques longueurs, en particulier le fait que Marc et Julia étaient camarades de lycée, n’apporte rien de plus à ce roman noir.

J’ai beaucoup aimé la description de la traversée du pont en voiture du point de vue du capitaine Marc Ferré, étant sujet au vertige. Les sensations y sont !

Extrait : (début du livre)
Agrippé à la rambarde, Franck embrassait la ville entière d’un seul coup d’œil. En contrebas, il apercevait les alvéoles des chantiers tandis qu’au loin, de longues traînées phosphorescentes couraient jusqu’au bout de la rade. Un peu plus à droite, au milieu d’une forêt d’étincelles dans la nuit noire, il devinait la soucoupe et la route bleue qui filait vers la côte. Qu’elle était belle, cette cité laborieuse, hérissée de silos, d’entrepôts, de grues, de quatre-voies éclairées comme en plein jour. Tous ces points lumineux, ces maisons éclairées, ces voitures, ces lampadaires de rue, réduits comme des têtes d’épingle, agglutinés en grappes ou disséminés au hasard, abritant chacun un échantillon de vie nocturne, une famille, un quartier, quelques cœurs battants ou endormis. Telle une sentinelle dans les ténèbres, sa ville ne dormait jamais que d’un œil, toujours vigilante dans sa lutte contre l’océan, toujours alerte dans ce combat au corps à corps qui la recouvrait en permanence d’une mince pellicule de bave grasse et salée, un combat qui semblait encore plus terrible de nuit quand les lumières de la ville étaient prises entre les mâchoires sombres de l’immensité.
D’où il se trouvait, toute la baie semblait à portée de main, depuis les darses jusqu’au bout de la plage et au marais de Brière qu’on devinait à l’ouest perdu dans l’ombre. Il lui aurait presque suffi d’allonger le bras pour ramasser une pleine poignée de lucioles. Il y aurait trouvé des gamins recroquevillés comme des bigorneaux, des vieillards aux yeux ouverts, des travailleurs exténués, des poivrots hagards, des amoureux emmêlés… Toute cette vie sommeillante, si proche et si lointaine, insaisissable du fait de cette obscurité qui s’interposait. Le gouffre sous ses pieds. Le vent glacé sifflant entre les lames d’acier.
Franck était au bout de ses forces, frappé de convulsions qui refluaient depuis ses jambes jusqu’à la racine de ses cheveux. Il grelottait des épaules et avait des fourmis dans les bras. Le peu d’énergie qui lui restait était concentré dans ses deux mains, livides tant elles étaient serrées. Son souffle était court et son pouls battait à toute allure. La brise mouillait le coin de ses yeux. Il ne réalisait pas ce qui était en train d’arriver. Trop d’images défilaient dans sa tête.

Déjà lu du même auteur :

9782367622897-001-X Les salauds devront payer

Petit bac 2022
(3) Lieu

Sous protection – Viveca Sten

71CdOHXBb5S Albin Michel – juin 2021 – 528 pages

traduit du suédois par Rémi Cassaigne

Titre original : I fel sällskap, 2018

Quatrième de couverture :
Andreis Kova est un homme puissant. Enfant réfugié de la guerre de Bosnie, il est devenu baron de la drogue à Stockholm. À défaut de pouvoir le faire tomber pour trafics de stupéfiants, la justice tente de le coincer pour fraude fiscale. Mais Kova peut s’offrir les meilleurs avocats : il sait qu’il s’en sortira, une fois de plus.
Une femme fait pourtant le pari contraire : la procureure Nora Linde. Pour l’atteindre, elle compte sur la jeune épouse du trafiquant, Mina, en fuite après avoir été battue par son mari. C’est un témoin clé qui pourrait faire basculer le procès.
Placée sous protection avec son bébé dans une villa de l’archipel, Mina devient l’enjeu d’une guerre sans merci. Andreis Kova ne reculera devant rien pour les récupérer, elle et son fils. L’inspecteur Thomas Andreasson saura-t-il protéger Nora Linde de sa brutalité sans bornes ?

Auteure : Viveca Sten vit près de Stockholm avec son mari et leurs trois enfants. Après une brillante carrière juridique, elle s’est lancée dans l’écriture.
Sa série mettant en scène l’inspecteur Thomas Andreasson et Nora Linde sur l’île de Sandhamn connaît un immense succès en Suède et est traduite dans plus de 25 pays. L’adaptation télévisée de la série a été un des plus forts taux d’audience en Suède, et les 5 premières saisons diffusées sur Arte ont réuni des millions de téléspectateurs.

Mon avis : (lu en janvier 2022)
C’est la neuvième enquête où l’on retrouve Nora et Thomas. Contrairement aux enquêtes précédentes, il n’y a pas de cadavre ou de disparition au début cette histoire, mais une femme battue… Mina n’est pas n’importe qui, c’est l’épouse de Andreis Kova, un homme puissant d’origine bosniaque, trafiquant de drogue dont la justice s’intéresse à lui. Nora en tant que procureure chargée des affaires financières est également sur son dossier, elle tenterait bien de l’inculper pour fraude fiscale. Et si Mina pouvait porter plainte contre son mari pour violence conjugale ? Nora et Thomas doivent alors protéger Mina.
Très rapidement dans ma lecture, j’ai eu l’impression de déjà connaître cette histoire, en effet j’avais déjà vu cette épisode dans la série Meurtres à Sandhamn… Je ne me souvenais de pas de toute l’histoire mais cela gâche un peu le suspens… Cette enquête est plutôt sombre et angoissante avec l’homme très violent qu’est Andreis Kova.

Extrait : (début du livre)
Mina Kovač examina le plan de travail. Il avait beau briller, elle passa encore quelques coups de torchon, pour être sûre. Elle avait récuré tous les sols et passé l’aspirateur de fond en comble, en utilisant tous les embouts pour accéder aux moindres recoins et qu’il ne reste plus un grain de poussière. La salle de bain sentait le citron.

Le petit avait dormi tard, Dieu merci, ce qui lui avait permis de faire le ménage bien tranquillement. Elle jeta un coup d’œil par la fenêtre. Dino ne ramenait jamais Andreis avant dix-neuf heures, mais elle voulait en avoir le cœur net.
Le repas devait être prêt quand il ouvrait la porte. Elle avait préparé l’essentiel, deux beaux biftecks et de grosses pommes de terre au four. De la sauce béarnaise, une salade verte.
Son menu préféré.
Ces derniers temps, Andreis avait été plus imprévisible qu’à l’ordinaire. Elle s’efforçait de ne pas l’énerver, parfois elle ne savait même pas pourquoi il se fâchait. Elle restait en retrait, essayant de prendre le moins de place possible. Quand Lukas se réveillait, elle le prenait dans ses bras pour que ses cris ne dérangent pas son père.
Il y avait beaucoup de réunions et de coups de téléphone tard le soir, parfois Andreis filait en pleine nuit avec Dino, sans donner d’explication.
Elle n’osait pas demander ce qui se passait.
Mina gagna le séjour et se pencha sur le vieux berceau que son père avait descendu du grenier et rafraîchi. Lukas ronronnait sur le dos comme elle avait dû le faire elle-même jadis. Ses mains incroyablement petites reposaient sur le drap, les doigts écartés, avec leurs ongles translucides. Son nouveau doudou, un lapin en peluche bleu clair, attendait dans un coin.
Elle aurait aimé avoir le temps de prendre son fils, de poser ses lèvres sur sa tête duveteuse et de s’installer à l’aise dans le fauteuil pour le nourrir. Mais il valait mieux le laisser dormir, pour avoir le temps de s’occuper des toilettes des invités avant le retour d’Andreis.
Un bruit à la porte d’entrée fit sursauter Mina. Déjà ? Il n’était que dix-huit heures. Elle se dépêcha d’aller ouvrir. Soulagement : c’était son père.
« Qu’est-ce que tu fais là ?
– J’avais une course dans le coin. Je peux entrer ? »
Mina hésita.
« Il est à la maison ? »
Elle n’avait pas besoin de s’expliquer, pas avec lui. Mais elle avait honte que ce soit si évident.
« Il sera là d’ici une heure, répondit-elle sans le regarder dans les yeux.
– Je voulais juste voir Lukas, ça fait longtemps. Je ne reste que quelques minutes, je serai reparti avant le retour d’Andreis. »

voisinsvoisines2021_new50
Suède

 

Déjà lu du même auteur :

la_reine_de_la_baltique La Reine de la Baltique 9782226259776g Du sang sur la Baltique

9782226317148g Les nuits de la Saint-Jean 110752618 Les secrets de l’île
116631134 Au cœur de l’été 51zvmU31TnL Retour sur l’île 

81ff9zlGX-L Dans l’ombre du Paradis  Au nom de la vérité

 

Dix âmes, pas plus – Ragnar Jónasson

91uYpniw9AL La Martinière – janvier 2022 – 352 pages

traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün

Titre original : Þorpið, 2019

Quatrième de couverture :
Recherche professeur au bout du monde. Voici une petite annonce qui découragerait toute personne saine d’esprit. Pas Una. La jeune femme quitte Reykjavík pour Skálar, l’un des villages les plus reculés d’Islande, qui ne compte que dix habitants. Malgré l’hostilité des villageois. Malgré l’isolement vertigineux.
Là-bas, Una entend des voix et le son fantomatique d’une berceuse. Et bientôt, une mort brutale survient. Quels secrets cache ce village ? Jusqu’où iront ses habitants pour les protéger ?

Auteur : Ragnar Jónasson est né à Reykjavík en 1976. Grand lecteur d’Agatha Christie, il entreprend, à dix-sept ans, la traduction de ses romans en islandais. Découvert par l’agent d’Henning Mankell, Ragnar a accédé en quelques années au rang des plus grands auteurs de polars internationaux. La Dernière Tempête clôt la trilogie  » La Dame de Reykjavík « , mettant en scène l’enquêtrice Hulda Hermansdóttir à plusieurs âges de sa vie, en remontant le temps. Ce dernier volet se déroule 25 ans avant La Dame de Reykjavík et 10 ans avant L’Île au secret. Les œuvres de Ragnar sont traduites dans une trentaine de pays.

Mon avis : (lu en février 2022)
« Recherche enseignant au bout du monde », sur un coup de tête Una décide de répondre à cette petite annonce peu commune. Sa vie à Reykjavík ne lui convient plus, elle imagine que cette aventure pourrait lui faire le plus grand bien… Ce bout du monde c’est Skálar, un village situé à l’extrémité nord-est de l’Islande, sur la pénincule de Langanes, à huit heures de route de Reykjavík. Un hameau de dix âmes pas plus et parmi eux, deux jeunes élèves : Eda et Kolbrun. Una va loger chez Salka, qui élève seule sa fille Eda.
L’accueil à Skálar est assez froid, les gens sont le plus souvent gentils mais gardent leur distance vis à vis de la nouvelle arrivée. Dès les premières heures, Una ressent un malaise, chacun de ses gestes sont épiés, ses nuits sont hantées par le fantôme d’une petite fille… En plus des conditions météorologiques rudes et hostiles, l’atmosphère du village est oppressante, secrète car toute la petite communauté reste unie et fermée aux étrangers.
Dans cette histoire, il faut attendre près de la moitié du livre avant qu’un évènement dramatique arrive et Una va se mette à poser des questions, trop de questions ?
Ce huis clos est inégal, j’ai aimé les descriptions de la nature, de l’atmosphère de ce long hiver islandais. Mais l’intrigue n’est pas aussi palpitante que d’habitude, et j’ai été un peu perdu par les passages en italique qui relate des évènements du passé. La description du village et de chacun des habitants manque de profondeur. Je suis un peu déçue.

Extrait : (début du livre)
Una se réveilla en sursaut.
Elle ouvrit les yeux. Plongée dans l’obscurité, elle ne voyait rien. Incapable de se rappeler où elle se trouvait, elle avait la sensation d’être perdue, allongée sur un lit inconnu. Son corps se raidit dans un soudain accès de panique. Elle frissonna, puis comprit qu’elle avait jeté sa couette par terre dans son sommeil. Il faisait un froid glacial dans la chambre. Elle se redressa doucement. Prise d’un léger vertige, elle se ressaisit rapidement et se souvint tout à coup d’où elle était.
Le village de Skálar, sur la péninsule de Langanes. Seule, abandonnée dans son petit appartement sous les combles.
Et elle savait ce qui l’avait réveillée. Enfin, elle croyait savoir… Avec ses sens encore engourdis, difficile de distinguer le rêve de la réalité. Elle avait entendu du bruit, un étrange son. Tandis que sa conscience s’éclaircissait, la peau de ses bras se couvrit de chair de poule.
Une fillette, oui, c’était ça, à présent cela lui revenait très nettement : une petite fille qui chantait une berceuse.
N’y tenant plus, elle s’extirpa du lit, tâtonna dans les ténèbres à la recherche de l’interrupteur du plafonnier.Complètement aveugle, elle pesta de ne pas avoir de lampe de chevet. Pourtant, elle hésitait encore à allumer ; l’obscurité avait quelque chose de sécurisant.
La voix de la petite fille résonna de nouveau dans sa tête, fredonnant cette berceuse qui ne lui laissait qu’un souvenir flou. Il devait s’agir d’un rêve, bien sûr, mais cela lui avait semblé si réel.
Un grand fracas déchira le silence. Retenant un cri, elle perdit l’équilibre. Bon sang, que se passait-il ? Envahie d’une vive douleur, elle comprit qu’elle avait marché sur le verre de vin rouge abandonné par terre la veille au soir. Elle passa la main sous son pied ; un tesson s’était fiché dans sa peau, et un filet de sang chaud s’échappait de la plaie. Elle tira prudemment sur le bout de verre en serrant les dents.

Déjà lu du même auteur :

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Vík 61SOhjLqcBL Sigló 61vr1ntPaLL La dernière tempête

Petit bac 2022
(1) Chiffre

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Islande

Ghetto X – Martin Michaud

244587565_10158655591515678_1080343774914858784_nLu en partenariat avec Kennes éditions et Babelio

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Kennes – novembre 2019 – 522 pages

Libre Expression – août 2019 – 522 pages

Quatrième de couverture :
Ayant démissionné des crimes majeurs, Victor Lessard accepte de donner ses impressions à son ancienne partenaire, Jacinthe Taillon, sur la scène du meurtre d’un journaliste d’enquête. En parallèle, son mentor, Ted Rutherford, lui fait une révélation troublante à propos du passé de son père, Henri Lessard. Pris pour cible dans un attentat, Victor doit bientôt disparaître pour assurer sa sécurité et celle de ses proches. Jacinthe le rejoint en catimini et, ensemble, ils remontent une piste jusqu’à un obscur groupe armé d’extrême droite, lequel semble avoir été dans la mire du journaliste assassiné. Au péril de leur vie, ils tenteront de freiner les desseins meurtriers de ces extrémistes et ceux de l’homme mystérieux qu’ils protègent. Mais, pour Victor, un enjeu plus terrifiant se dessine : une descente au coeur de la faille qui a modifié la trajectoire de son existence afin de comprendre ce qui s’est réellement joué le jour du drame qui a causé la mort de sa mère et de ses frères.

Auteur : « Le maitre du polar québecois ». Né en 1970, établi à Montréal depuis plus de vingt ans, Martin Michaud a longuement pratiqué le métier d’avocat d’affaires avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Reconnu par la critique comme le chef de file des écrivains de romans policiers québécois, il a obtenu un succès sans cesse grandissant avec ses sept thrillers, qui lui ont valu la reconnaissance du public et de nombreux prix littéraires. Il scénarise en outre d’après son œuvre une série télé intitulée Victor Lessard qui connaît un succès retentissant au Québec.

Mon avis : (lu en novembre 2021)
Ghetto X est le 5ème tome de la série Victor Lessard et contrairement à ce que je croyais, ce n’est pas une nouveauté puisque le livre date de novembre 2019… Une nouvelle enquête est bien parue au Québec en octobre 2021 sous le nom de « Jusqu’au dernier cri ». Étant partie en congés avant que le livre arrive dans ma boîte aux lettres, j’ai pu me procurer une version numérique québécoise. J’ai donc pu constater que l’édition de Ghetto X, reçue, est une version « française », un peu retouchée par rapport à la version québécoise, les tournures de phrases propre au québécois ont été gommées, cependant quelques expressions fleuries de Jacinthe Taillon, la « partner » de Victor Lessard ont été gardées.
Après l’enquête précédente, Victor Lessard a quitté le SPVM (Service de Police de la Ville de Montréal) et travaille maintenant dans un casino. Mais lorsque Jacinthe appelle son ex-partenaire à venir sur une scène de crime, Victor accepte. Un journaliste a été abattu dans son appartement du 44e étage, depuis l’extérieur, seul un tireur d’élite peut avoir fait cela. En parallèle, Victor a des soucis personnels, son mentor est mourant et celui-ci lui communique des détails sur le drame de son enfance et Victor se décide enfin de mener son enquête sur la mort de toute sa famille, le laissant seul rescapé. Et voilà que Victor échappe à un attentat, il décide de disparaître pour sa sécurité. Ces deux affaires ont-elles un lien ? En marge de la police, Victor et Jacinthe vont suivre la piste de tueurs extrémistes… L’intrigue est rythmée, les pistes multiples et l’histoire dévoile enfin un peu du passé de Victor. Je suis devenue une inconditionnelle de ce duos atypiques qui se mettent dans des situations souvent périlleuses.

Merci à Babelio et aux éditions Kennes pour cette lecture palpitante.

Extrait : (début du livre)
Trente-cinq minutes après l’assaut des Forces spéciales contre Ghetto X

Une pièce rectangulaire sans fenêtre, aux murs lambrissés de bois, avec une table, une chaise droite et un fauteuil sur roulettes. La porte s’ouvre, livrant le passage à une femme dans la quarantaine. Grande, mince, peau foncée, elle est vêtue d’un tailleur marine ajusté, et ses cheveux noirs sont remontés en chignon. L’homme qui la suit s’arrête dans l’encadrement, où des mains retirent, dans son dos, les menottes qui l’entravent.
L’interrogatrice lui désigne la chaise.
— Je vous demanderais de vous asseoir.
L’homme s’exécute et, tandis qu’elle prend place dans le fauteuil, il masse ses poignets endoloris et passe ses paumes sur son visage.
La femme attend un instant avant de reprendre.
— Quelque chose à boire, à manger?
Elle pose ses mains devant elle. Il détaille ses longs doigts entrelacés, ses ongles vernis avec soin. Il examine ensuite ses mains à lui, couvertes de coupures et d’ecchymoses, et note que de la crasse s’est incrustée sous ses ongles.
L’homme relève la tête.
— Je prendrais un café. Et mes cigarettes.
Elle esquisse un sourire crispé.
— On va aussi vous apporter de quoi vous débarbouiller et vous changer.
Il acquiesce. La femme désigne une caméra sur trépied dans un coin, braquée sur eux. Il remarque un point lumineux vert sur l’appareil, comme un cyclope qui l’observe.
— J’attire votre attention sur le fait que notre conversation est enregistrée et filmée.
L’homme hoche la tête et pousse un soupir. La femme le dévisage.
— Pour les fins de l’enregistrement, je suis Claire Sondos, agente du Service canadien du renseignement de sécurité. Maintenant, je vais vous demander de vous identifier.
Il se carre dans sa chaise et la fixe droit dans les yeux.
— Je m’appelle Victor Lessard.

Déjà lu du même auteur :

Il ne faut pas parler dans l'ascenseur Il ne faut pas parler dans l’ascenseur

La-chorale-du-diable La chorale du diable 41XmwAq16zL Je me souviens

56786_aj_m_2455 Violence à l’origine

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Au nom de la vérité – Viveca Sten

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Albin Michel – juin 2020 – 496 pages

Livre de Poche – avril 2021 – 608 pages

traduit du suédois par Rémi Cassaigne

Titre original : I sanningens namn, 2015

Quatrième de couverture :
La Saint-Jean approche. A Lökholmen, une petite île en face de Sandhamn, une soixantaine d’enfants est rassemblée pour un camp de voile. Faute de surveillance, certains jeux dégénèrent en harcèlement. Et lorsqu’un enfant disparaît, la panique s’empare du camp.
Accident ? Kidnapping ? Ou… un jeu qui aurait mal tourné ?
Dépêché sur les lieux, l’inspecteur Thomas Andreasson et ses collègues explorent toutes les pistes. Pendant ce temps, Nora Linde fait face au plus grand défi de sa carrière de juriste : un procès contre un PDG ayant escroqué plusieurs millions à son entreprise. Et dont le fils, Benjamin, n’est autre que l’enfant porté disparu….

Auteure : Viveca Sten vit près de Stockholm avec son mari et leurs trois enfants. Après une brillante carrière juridique, elle s’est lancée dans l’écriture.
Sa série mettant en scène l’inspecteur Thomas Andreasson et Nora Linde sur l’île de Sandhamn connaît un immense succès en Suède et est traduite dans plus de 25 pays. L’adaptation télévisée de la série a été un des plus forts taux d’audience en Suède, et les 5 premières saisons diffusées sur Arte ont réuni des millions de téléspectateurs.

Mon avis : (lu en juillet 2021)
Deux histoires se mêlent dans ce roman policier rythmé, aux multiples rebondissements.
D’un côté l’histoire de Benjamin, 11 ans, parti pour un stage de voile d’une semaine sur l’île de Sandhamm. Il n’est pas trop enthousiaste et pour faire plaisir à son père, il accepte d’y aller. Mais là-bas, il est harcelé par plusieurs garçons sans que l’encadrement s’en aperçoive et voilà qu’un beau jour Benjamin disparaît… Est-ce un accident, une fugue, un enlèvement… Thomas Andreasson est appelé pour enquêter…
D’autre part, Nora est stressée par son futur mariage et par un procès où elle joue sa carrière et un futur poste de procureur. Il s’agit d’une escroquerie entre deux associés qui a fini par ruiner l’entreprise. Alors qu’elle pensait avoir toutes les cartes en main pour prouver l’escroquerie, son principal témoin change au dernier moment le contenu de son témoignage… Le lecteur finira par découvrir le lien entre ses deux histoires.
J’ai toujours beaucoup de plaisir à retrouver l’île de Sandhamm et nos deux héros Nora et Thomas.

Extrait : (début du livre)
Les enfants dormaient. Le soleil ne s’était pas encore levé sur la prairie devant les baraques rouges, les coques des voiliers remontés sur la rampe en bois étaient encore luisantes de rosée.
Chaque bâtiment abritait deux chambrées de huit. Huit filles et huit garçons, certains encore fluets, aux joues rondes, d’autres avec le premier duvet ou les seins en bourgeon de la puberté.
Il avait attendu un moment caché derrière un tronc. Il rabattit son bonnet et regarda alentour. Le jour se levait vite, les oiseaux gazouillaient de plus en plus fort.
Il s’approcha.
La fenêtre de la baraque la plus proche était entrebâillée. Dedans, on devinait des silhouettes endormies, cheveux ébouriffés et visages bronzés. Les fronts humides de chaleur, les bras pendant hors des lits.
Il observa soigneusement la porte. Elle ne semblait pas fermée à clé, on n’apercevait pas de verrou dans l’interstice entre battant et chambranle.
Il tourna la tête et embrassa la zone du regard. À quelques centaines de mètres de là logeaient les moniteurs, mais la vue était bouchée par des pins. Ils avaient veillé tard, les lumières s’étaient éteintes à minuit passé.
Un léger clapotis rompit le silence. Une sterne venait de plonger vers un banc de poissons. Quelques éclaboussures à peine visibles, puis la surface lisse de l’eau se referma.
Ce serait l’affaire d’un instant, il savait exactement comment il allait s’y prendre.

 

voisinsvoisines2021_1
Suède 

pave-2021-b-moy
Pavé de l’été

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la_reine_de_la_baltique La Reine de la Baltique 9782226259776g Du sang sur la Baltique

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81ff9zlGX-L Dans l’ombre du Paradis