Le Café du temps retrouvé – Toshikazu Kawaguchi

71rpApjScHL Albin Michel – novembre 2022 – 244 pages

traduit du japonais par Mathilde Tamae-Boubon

Titre original : KONO USO GA BARENAI UCHI NI, 2022

Quatrième de couverture :
La légende raconte qu’un petit café tokyoïte propose une expérience unique à ses clients : voyager dans le passé… le temps d’une tasse de café.
Gôtarô voudrait revoir un ami décédé il y a plus de vingt ans; Yukio, dire à sa mère combien il s’en veut de n’avoir été plus près d’elle ; Katsuki, retrouver la jeune fille qu’il regrette de n’avoir épousé; Kiyoshi, un vieil enquêteur, offrir sa à femme le plus précieux des cadeaux…
Se réconcilieront-ils avec leur passé ?

Auteur : Toshikazu Kawaguchi est né à Osaka en 1971. Il est dramaturge et a produit et dirigé le groupe théâtral Sonic Snail. Tant que le café est encore chaud est l’adaptation d’une pièce de sa société 1110 Productions, qui a remporté le grand prix du 10e Festival dramatique de Suginami. Il s’est vendu à 1 million d’exemplaires au Japon et est devenu un bestseller international.

Mon avis : (lu en novembre 2022)
Ce livre est la suite du livre du même auteur « Tant que le café est encore chaud », que je n’ai pas lu.
Si nous pouvions revoir un proche, que lui dirions-nous ? Voilà une expérience unique que propose le café Funiculi Funicula de Tokyo à ses clients : voyager dans le passé ou le futur… le temps d’une tasse de café. Mais sous certaines conditions : cette personne soit déjà venue dans l’établissement, vous devez revenir dans le présent, avant que le café ne refroidisse, il est impossible de changer le présent. Pour ce tome 2,  le principe est le même, avec quatre nouvelles personnes :
Gôtarô voudrait revoir son meilleur ami décédé il y a plus de vingt ans. Il pense l’avoir trahi en mentant à la fille de ce dernier. Il veut rétablir la vérité et demander pardon à son ami.
Yukio, n’a pas pu se rendre aux funérailles de sa mère Kinuyo et souhaite la voir une dernière fois pour lui dire combien il s’en veut de n’avoir été plus présent auprès d’elle.
Katsuki veut retrouver la jeune fille qu’il regrette de n’avoir pas épousé et souhaite savoir si elle sera heureuse.
Kiyoshi, un vieil enquêteur, veut offrir à sa femme un cadeau et lui dire une chose qu’il n’a jamais pu réaliser avant.
Je ne suis pas très bon public pour ce genre de science-fiction mais les différentes histoires sont assez bien ficelées.
La lecture de ce roman n’a pas été aussi captivante je l’espérais, mais plutôt agréable. L’écriture manque de rythme, il y a des répétitions et les aller-retour entre présent et passé ou futur ne sont pas toujours clairs. J’ai également eu du mal à m’y retrouver entre les nombreux personnages et leurs noms japonais que j’avais du mal à retenir.
Une histoire tendre, pleine d’espoir et de poésie qui interroge nos émotions et nous rappelle que la vie est éphémère, qu’il faut vivre pleinement le moment présent et apprécier ces moments passés avec ceux que l’on aime.

Extrait : (début du livre)
Vingt-deux années durant, Gôtarô Chiba avait menti à sa fille.

« Le plus difficile, dans la vie, est de vivre sans mentir », disait Dostoïevski. Les gens ont toutes sortes de raisons de mentir. Certains le font pour se mettre en valeur, d’autres pour tromper leur monde. Si le mensonge peut parfois blesser, il arrive également qu’il sauve des vies. Dans la plupart des cas, cependant, les menteurs regrettent d’y avoir eu recours.
Gôtarô n’échappait pas à la règle, lui qui venait de passer les trente dernières minutes à faire les cent pas devant la porte d’un café où l’on pouvait remonter le temps en répétant dans sa barbe : « Je n’avais pas eu l’intention de mentir. »

Le café en question se trouvait à quelques minutes à pied de la gare de Jinbôchô, dans une étroite ruelle perdue entre des immeubles de bureaux. Seule une pancarte indiquait sa présence : Funiculi Funicula.
Sans cette enseigne, personne n’aurait pu se douter qu’il y avait un café à cet endroit, car l’établissement se situait au sous-sol.
Gôtarô descendit les marches menant à la porte ouvragée devant laquelle il s’arrêta, marmonnant encore quelques mots avant de secouer la tête et de faire demi-tour, puis de se figer de nouveau au milieu de l’escalier, l’air songeur. Il fit plusieurs fois l’aller-retour ainsi, sans pouvoir se décider.
– Pourquoi ne pas poursuivre votre réflexion à l’intérieur ?
À ces mots, il se retourna en sursaut. Une femme menue se tenait devant lui, vêtue d’une chemise blanche, d’un gilet noir et d’un tablier de sommelier. Une employée du café, comprit aussitôt Gôtarô.
– Eh bien…
Alors qu’il cherchait ses mots, l’inconnue le dépassa pour descendre rapidement l’escalier.

Ding-dong.

Petit bac 2022
(7) Couleur

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La pluie attendra – Carole Duplessy-Rousée

MasseCritiquesept2022

71FFx0w60WL Éditions du 123 – février 2022 – 362 pages

Quatrième de couverture :
Sur la côte bretonne, deux familles frappées par une malédiction : malheur à celui qui se rapprochera du clan ennemi. Alors qu’un drame vient de toucher les deux patriarches, Florence, l’une des filles de la lignée Auray, fait son retour aux Pierres-Noires pour enquêter. Entre secrets familiaux et légendes celtiques, elle fera la lumière sur un passé trouble…
Florence Auray vit au Conquet et mène une existence simple et heureuse, partageant son temps entre ses activités de pigiste pour les journaux locaux et la photographie, une passion nourrie par les somptueux paysages côtiers de l’Iroise et l’île d’Ouessant où elle aime aller se ressourcer.
À quelques kilomètres dans les terres, ses deux sœurs travaillent à la ferme familiale et supportent la lourde charge d’un père handicapé, veuf, et d’une grand-mère vieillissante. Florence vient parfois leur prêter main forte, pas assez, cependant, au goût de Margot, sa sœur aînée. Une dispute éclate entre elles quand Florence évoque le flirt caché de Sissi, la cadette, avec Arnaud Kerhuel, leur plus proche voisin. La grand-mère Sidonie s’en mêle. Jamais une Auray n’épousera un Kerhuel ! L’accident qui a tué Louis, le père d’Arnaud, et cloué Charles Auray dans un fauteuil n’a-t-il pas servi de leçon ? Faut-il que la malédiction frappe encore les deux familles ? Une malédiction… Laquelle ? Intriguée, Florence fouille, interroge, se heurtant au silence de son entourage et aux menaces de Célestin, l’aîné des enfants Kerhuel. Mais, qu’importe le prix à payer, elle est prête à tout pour connaître la vérité…

Auteure : Géographe de formation, Carole Duplessy est professeur de lycée à Rouen. Présidente de la Société des auteurs de Normandie et du jury du Prix des romancières, elle a publié une quinzaine de romans, comédies féminines et sagas grand public. Au fil des années, elle a réussi à fidéliser toujours plus de lecteurs et connaît un succès croissant. Livre après livre, elle explore des univers différents avec beaucoup de justesse, donnant vie à des personnages qui nous emportent dans le tourbillon de la vie.

Mon avis : (lu en octobre 2022)
C’est l’histoire de deux familles voisines, les Auray et les Kerhuel. Les anciens de la famille racontent qu’une malédiction existe entre les deux familles… Comme suite à la terrible tempête qui a tué Louis Kerhuel et qui a rendu Charles Auray mutique dans un fauteuil roulant…
Après ce drame, Florence, l’une des filles de la famille Auray, revient plus souvent aux Pierres-Noires et veut comprendre ses histoires de querelles et de malédiction, auxquelles elle ne croit pas. Elle décide de s’intéresser au passé, en particulier à l’époque où sa mère a rencontré son père. Celle-ci est décédée en mettant au monde sa jeune sœur Sissi, Florence n’avait alors que six ans et Margot, l’aînée, 10 ans.
J’ai choisi de recevoir ce livre essentiellement parce que l’intrigue se passait en Bretagne, sur le côte du Finistère. Et je n’ai pas été déçue par les nombreuses descriptions des splendides paysages côtiers du Finistère et de l’île d’Ouessant que Florence arpente et photographie souvent pour son plaisir ou pour son travail de pigiste pour les journaux locaux. Le personnage de Florence est très attachant, elle est déterminée avec du caractère, elle ne lâchera rien avant de connaître la vérité.

Merci Babelio et les éditions du 123 pour ce roman palpitant, avec de nombreux rebondissements parfois inattendus autour des secrets de famille. 

Extrait : (début du livre)
Florence Auray contemplait ses pieds, se demandant pourquoi elle était là. « Parce que c’est ton devoir ! murmura une petite voix dans sa tête. Parce que tu connais cet homme depuis toujours et que tu veux partager le chagrin de sa famille. Parce que sa mort est indissociable des souffrances endurées par ton propre père. Elles sont issues du même drame. Un drame qui a changé ta vie pour toujours… »
Dans la chambre aux volets fermés et éclairée par quelques bougies, l’atmosphère était pesante. Florence releva la tête et appuya son dos au mur, espérant se détendre. Elle jeta un œil sur le côté. Margot et Sissi, ses sœurs, étaient immobiles, figées comme des statues. Ni l’une ni l’autre ne paraissaient trouver le temps long. Elles entouraient leur père Charles, recroquevillé dans son fauteuil roulant, et leur grand-mère Sidonie, assise sur une chaise parce qu’elle ne tenait pas longtemps debout. Près du lit, Anne Kerhuel, la femme du défunt, avait les mains jointes et marmonnait des prières.
À ses côtés, Arnaud, son fils cadet, essuyait de temps en temps une larme sur sa joue. Plus loin, Célestin, l’aîné, se tenait droit, impassible, presque sans expression. D’ailleurs, avait-il jamais manifesté un sentiment ? pensa Florence qui ne se souvenait pas de lui autrement que les mâchoires serrées. Il ne lui avait jamais adressé la parole. Elle ne savait même pas si elle l’avait déjà vu rire ou au moins sourire. Il avait toujours eu ce masque imperméable aux émotions qui ne donnait aucune envie de l’aborder, de lui parler. Gosse, il était déjà comme ça, et Florence ne l’avait jamais apprécié. Il avait bien des copains, des gars du village avec lesquels il traînait, mais elle n’avait jamais noué de lien avec eux. Sans doute était-elle trop jeune pour faire partie de la bande. Ils devaient être cinq ou six ans plus vieux qu’elle. Une éternité, lorsqu’on est adolescent…
Une bourrasque fit craquer la charpente, et Florence en profita pour bouger un peu. La tempête allait-elle souffler de nouveau ? La météo avait annoncé quelques coups de vent. Rien de comparable avec le déchaînement des éléments qui avaient ravagé la pointe bretonne un mois plus tôt et expliquait pourquoi ils se retrouvaient autour de la dépouille de Louis Kerhuel reposant dans des draps d’un blanc immaculé.

Petit bac 2022
(6) Verbe

Un coin d’humanité – Kek

715InQfRYVL First – mars 2021 – 192 pages

Quatrième de couverture :
On s’est tous paumé à un moment de notre vie, mais, pour certains, ce moment dure un peu trop longtemps. Pour ceux-là, 70 000 bénévoles aux Restos du Cœur sont présents toute l’année, pour la chaleur d’un repas, d’un échange ou d’une main tendue, à une époque où le social est un réseau distancié.
Dans cet album, commencé pendant le temps suspendu du confinement du printemps 2020,
Kek partage son expérience de bénévole, croquant au fil de ses chroniques des portraits attachants et bouleversants, remplis d’humour, de tendresse, et de bien plus qu’un coin d’humanité.

Auteur : Né à Dunkerque en 1979, Kek réalise des sites web et des jeux vidéo en tant que développeur informatique free-lance. C’est lors d’un stage de webmaster au magazine Psikopat, puis en réalisant des jeux pour différents journaux (Fluide Glacial, Spirou, Charlie Hebdo…), qu’il entre par la petite porte dans le monde de la BD. Il y apprend quelques astuces pour savoir dessiner, et lance sur son blog sa première histoire dessinée : « Virginie ». L’album sortira peu après grâce à Lewis Trondheim, qui lui donnera le meilleur des conseils : pas besoin de savoir bien dessiner pour raconter de belles histoires.

Mon avis : (lu en août 2022)
A travers cette bande dessinée, Kek raconte son expérience de bénévole au sein de l’Association des Restos du Cœurs. Il est devenu un peu par hasard bénévole aux Restos du Cœur. Un de ses collègues de travail, déjà engagé comme bénévole, lui demande de venir les aider, le soir même, pour une distribution de repas dans le quartier des Invalides. Disponible, Kek accepte et se retrouve à installer les stands puis à distribuer yaourts et bananes aux bénéficiaires… La soirée est intense, il fait connaissance avec les autres bénévoles et c’est une évidence pour Kek de revenir la semaine suivante pour intégrer l’équipe des bénévoles et participer régulièrement aux distributions de repas. Il nous raconte la distribution des repas avec les différents postes : café, soupe… les rencontres et les échanges avec les bénéficiaires, souvent des habitués. Il nous présente la variété et l’immense travail fait par l’Association : les maraudes, les collectes, la cuisine où sont recrutés, en contrat d’insertion, des personnes en situation d’urgence ainsi que toutes les aides proposés aux bénéficiaires pour lutter contre la précarité. 
De nombreux sourires, beaucoup d’humanité, de générosité, d’empathie et d’humour se dégagent de ce témoignage très fort.
Et
pour finir, la totalité des droits d’auteur et de la marge de l’éditeur qui proviennent de la vente de cet album est reversée à l’association des Restos du Cœur.

Extrait : (les aquarelles sont de Marielle Durand et la dernière planche de l’extrait d’Arthur de Pins) 71cNfNWxtbL71CYiNqxBxL71CzYTQhF9L71Zwg0SU9QL

Les recettes des dames de Fenley – Jennifer Ryan

81BJMCCqlLL Albin Michel – mars 2022 – 512 pages

traduit de l’anglais par Françoise du Sorbier

Titre original : The Kitchen Front, 2021

Quatrième de couverture :
La résistance féminine s’organise… derrière les fourneaux !
Prenez des femmes déterminées, des prisonniers de guerre et des hommes malveillants, ajoutez quelques recettes excentriques, saupoudrez d’une bonne dose d’humour typiquement british… Après le succès de La Chorale des dames de Chilbury, Jennyfer Ryan nous ouvre l’arrière-cuisine de la Seconde Guerre mondiale : un régal !
Épuisée par le conflit, ravagée par le Blitz, confrontée à une terrible pénurie alimentaire, l’Angleterre de Churchill invite les ménagères à participer à un concours de cuisine via les ondes de la BBC. La gagnante deviendra la première femme à coanimer une émission radiophonique. Lancées à corps perdu dans la compétition, quatre participantes vont révéler des trésors d’habileté et de ruse. Car l’enjeu est de taille, et ce concours, qui avait pour but de resserrer la communauté, risque de la diviser…

Auteur : Née dans un petit village du Kent, Jennifer Ryan a été éditrice à Londres avant de partir à Washington avec sa famille. Plusieurs de ses nouvelles ont été publiées dans des revues littéraires. Après La Chorale des dames de Chilbury, succès international, Les Recettes des dames de Fenley est son deuxième roman

Mon avis : (lu en juin 2022)
En 1942, en Angleterre ce sont les tickets de rationnement et les pénuries alimentaires… Pour soutenir et donner des idées et astuces aux cuisinières, il y a à la BBC l’émission « The Kitchen Front » animé par Ambrose. Celui-ci décide de lancer un concours auprès des meilleures cuisinières de la région pour sélectionner la première femme à coanimer son émission. Il y aura quatre candidates aux profils différents mais très compétentes. Audrey est une veuve de guerre qui vend des tourtes pour payer ses dettes et élever ses enfants. Lady Gwendoline est la sœur cadette d’Audrey, elle organise des ateliers de cuisine pour le compte du ministère du Ravitaillement, elle vit dans l’une des meilleures maisons de la région. Nell est seconde de cuisine sous les ordres de Mrs Quince, elle a du talent malgré sa timidité maladive. Enfin, Zelda, est une chef londonienne non reconnue là-bas car femme, elle est arrivée à Fenley dans une situation délicate… La compétition s’organise en trois manches : la première autour des entrées, la seconde autour des plats de résistance et la dernière autour des desserts. La candidate qui aura obtenu le meilleur score à l’issue de ces trois épreuves sera la gagnante !
Ce roman trace les portraits de quatre femmes dans l’Angleterre des années 40, de milieux très différents mais qui partagent comme passion et raison de vivre la cuisine. Au delà du concours de cuisine et des nombreuses recettes de cuisine présentes dans le livre, le lecteur découvre au fil des pages des femmes courageuses, tenaces et qui rivalisent de créativité et d’ingéniosité.
Un bel hommage à nos grands-mères qui ont mené également cette guerre du ravitaillement.

Extrait : (début du livre)
ENTRÉE
Rations alimentaires hebdomadaires pour un adulte pendant la guerre :
100 g de bacon ou de jambon (environ 4 tranches minces)

2 livres de viande hachée ou 1 livre de viande avec ou sans os
50 g de fromage (un cube de 5 cm)
100 g de margarine (8 cuillerées à soupe)
50 g de beurre (4 cuillerées à soupe)
1,5 litre de lait
200 g de sucre
50 g de confiture (4 cuillerées à soupe)
50 g de thé en vrac (de quoi faire environ 15 à 20 tasses)
1 œuf frais (plus un paquet mensuel d’œufs en poudre, l’équivalent de 12 œufs)
150 g de bonbons ou de sucre d’orge
Saucisses, poisson, légumes, farine et pain ne sont pas rationnés, mais parfois difficiles à trouver. On peut se procurer les conserves, les sardines et la mélasse avec les 24 points mensuels en libre utilisation sur les nouvelles cartes dans le cadre du plan de rationnement par points.

Source : Compilation de documents imprimés du ministère du Ravitaillement.

Mrs Audrey Landon
Willow Lodge, village de Fenley, Angleterre
Juin 1942
Une tornade s’engouffra dans la cuisine, qu’une superbe matinée de printemps éclairait de toute sa splendeur dorée. Des garçons se poursuivaient en se tirant dessus, dans un tohu-bohu censé reproduire la bataille de Dunkerque.
« Allez, ouste, sortez d’ici ! » Audrey les chassa d’un coup de torchon.
L’odeur de fruits rouges en train de compoter – framboises, fraises, groseilles – emplissait la grande cuisine vétuste où une mince femme d’une quarantaine d’années ajoutait une pincée de cannelle et une autre de muscade. Vêtue d’un pull d’homme rentré dans un pantalon d’homme, elle semblait harassée et peu soucieuse de son apparence. Ses vieilles bottes étaient maculées de boue en provenance du potager.
L’horloge de bois accrochée au mur sonna la demie et Audrey s’essuya le front du dos de la main. « Oh là là, non ! Déjà huit heures et demie ! »

 Déjà lu du même auteure :

91Netsp2frL La Chorale des dames de Chilbury

Petit bac 2022
(5) Lieu

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Angleterre

Le Storyboard de Wim Wenders – Stéphane Lemardelé

Masse Critique Babelio

71Jp4xarR6L La Boîte à Bulles – mai 2022 – 160 pages

Quatrième de couverture :
Dans Le Storyboard de Wim Wenders, Stéphane Lemardelé revient ainsi sur l’expérience vécue pour ce film, depuis le script, les repérages et prises de vue nécessaires à la confection du storyboard jusqu’au tournage des scènes sur lesquelles il a travaillé. C’est aussi l’occasion pour lui d’expliquer le rôle d’un storyboarder dans la réalisation d’un film. Occasion également de mettre en avant le lien entre le septième et le neuvième art qui se trouvent, ici, intimement liés.
Ensuite et surtout, Stéphane Lemardelé met en images ses échanges avec Wim Wenders : le réalisateur allemand revient à la fois sur son parcours – depuis ses débuts et périodes de vache maigres à Paris, où il a développé sa passion pour le cinéma, jusqu’à ses réalisations les plus récentes – mais aussi sur la démarche créatrice qui l’a guidé pour chacun de ses films.
Le Storyboard de Wim Wenders nous permet non seulement de comprendre le cheminement d’un réalisateur d’exception mais également de découvrir son approche théorique du cinéma et de l’image.

Auteur : Né en France, Stéphane Lemardelé a étudié à l’école des Beaux-Arts de Cherbourg avant d’émigrer au Québec en 1995. En tant que storyboarder de cinéma, il est notamment intervenu sur des longs métrages tels que Brick Mansion de C. Delamarre et Everything Will Be Fine de Wim Wenders. Il a collaboré à l’organisation de multiples festivals : Les rendez-vous du cinéma québécois, Festival du nouveau cinéma de Montréal ou encore Off- Courts de Trouville en France. Il développe dans sa région de multiples projets artistiques collectifs impliquant les citoyens et contribuant à créer une cohésion sociale. Après le reportage dessiné, Le Nouveau monde paysan au Québec puis le storyboard du Château de mon père de Maïté Labat et Jean-Baptiste Véber, Stéphane Lemardelé voit enfin publiée sa première réalisation, Le Storyboard de Wim Wenders.

Mon avis : (lu en juillet 2022)
A travers son expérience de storyboarder de cinéma, Stéphane Lemardelé nous raconte son métier et son travail lors de sa collaboration avec le cinéaste Wim Wenders sur le film « Everything Will Be Fine » en 2014.
Cette bande dessinée documentaire permet au lecteur de découvrir le métier de storyboarder et son rôle dans la réalisation d’un film. A partir du script du scénario, il y a les repérages et les prises de vue pour ensuite confectionner le storyboard scène par scène nécessaire pour le futur tournage…
C’est vraiment très intéressant de découvrir cette étape du travail pour la réalisation d’un film. De réfléchir à l’avance chaque image du film, plans larges, zooms sur un détail, les différents mouvements de la caméra… Stéphane Lemardelé nous explique avec précision le processus de son travail, il utilise les croquis de Wim Wenders superposés aux photos des repérages pour d’abord dessiner les principaux éléments de décor avant d’y installer les personnages et d’obtenir le dessin final en deux niveaux de gris.
L’autre intérêt de ce roman graphique, c’est la rencontre avec Wim Wenders qui a travers ses longs échanges avec Stéphane Lemardelé revient sur son parcours de cinéaste depuis ses débuts, ses influences et ses inspirations et sur la démarche créatrice qui l’a guidé pour chacun de ses films. Même pour quelqu’un comme moi qui ne s’y connait pas spécialement en cinéma, c’est passionnant et cela m’a donné envie de découvrir les films de Wim Wenders.

Extrait :

Petit bac 2022
(5) Art

La Poule et son cumin – Zineb Mekouar

91iRmMkNiHL JC Lattès – mars 2022 – 280 pages

Quatrième de couverture :
«  Les deux enfants finissaient toujours par s’endormir main dans la main, l’une s’approchant trop près du rebord du matelas, l’autre le nez écrasé sur le pied du lit.
Elles restaient ainsi une bonne partie de la nuit – les doigts entremêlés. »

Deux jeunes femmes, deux destins, deux Maroc. Si une forte amitié lie dans l’enfance Kenza et Fatiha, la fille de sa nourrice, la réalité de la société marocaine les rattrape, peu à peu, dans sa sourde cruauté. Elles se retrouvent à Casablanca, fin 2011. Que s’est-il passé entre-temps ?
Quelles trahisons les séparent ? Dans un pays qui punit l’avortement et interdit l’amour hors mariage, comment ces deux fillettes, issues de milieux opposés, ont grandi et sont devenues femmes ?

Auteure : Zineb Mekouar est née en 1991 à Casablanca et vit à Paris depuis 2009. La poule et son cumin est son premier roman.

Mon avis : (lu en mai 2022)
La Poule et le cumin est le premier roman de Zineb Mekouar, Franco-Marocaine de 31 ans.
2011, dans leur ville natale, Casablanca, deux jeunes femmes se retrouvent. Elles ont grandi dans la même maison. Kenza est l’héritière d’une famille aisée, Fatiha est la fille de la domestique qui travaille chez cette famille. Le lecteur découvre tour à tour les récits de vie de ces deux personnages dont les trajectoires s’éloignent inexorablement. Kenza ira en France faire ses études à Paris, à Sciences Po, elle sera vu comme une maghrébine, elle rêve de liberté et d’émancipation mais victime de la circulaire « Guéant », supprimant la possibilité pour les étudiants étrangers de travailler en France, elle doit retourner au Maroc. Fatiha restera au pays pour faire des études d’infirmière mais en tentant d’échapper à sa condition fera souvent de mauvais choix…
C’est une fresque sociologique, un roman engagé, qui nous plonge dans le Maroc contemporain et ses contrastes, entre tradition et modernité, entre fascination et rejet de l’Occident, entre misère et richesse.

Extrait : (début du livre)
Jeudi 22 décembre 2011

Fatiha ne sait pas quoi répondre aux arguments de Soufiane. Elle se sent presque soulagée quand il se lève d’un coup, qu’il pose cent dirhams sur la table et qu’il part sans rien dire. Ses yeux la picotent, elle meurt d’envie de les frotter mais c’est une mauvaise idée, son mascara va couler et lui tracer deux cercles noirs autour des yeux. Pas question qu’elle ressemble à un chat trempé. Il faut garder le peu de dignité qui lui reste. Le couple assis à la table d’à côté a écouté leur conversation avec curiosité et n’attend qu’une chose pour parfaire le spectacle : qu’elle s’effondre. Elle ne leur fera pas ce cadeau.

Elle insulte dans sa tête Youssra, en lui souhaitant les pires maux du monde, pour elle, pour sa descendance et même la descendance de sa descendance. Cette voleuse et menteuse lui a vendu le mascara en assurant que c’était du Chanel. « Je te promets qu’il est d’origine, le vendeur du souk de Derb Ghalef me l’a juré sur ses deux enfants. Allez, prends-le, je te le fais à moitié prix. » Du Chanel, mon cul. Ce satané vendeur a mélangé du khôl chinois avec du mauvais alcool et a gribouillé Chanel sur le pot pour le vendre dix fois plus cher. Youssra doit être de mèche avec lui. Elle a essayé de la rouler, elle ! Son amie ! Sa colocataire ! Elle va lui faire payer. Fatiha prend une forte inspiration, se tourne vers ses voisins de droite, leur adresse un grand sourire et s’en va avec une démarche qu’elle imagine pleine de dignité.

Déjà quatorze heures trente. Fatiha est en retard pour sa ronde à l’hôpital. Tant pis. La seule chose importante est de comprendre ce que vient de lui dire Soufiane. Il lui a expliqué ses raisons sans oser la regarder, sans même toucher à son tajine de poulet aux olives, son plat préféré. Pas d’excuses non plus pour son silence depuis quinze jours. Depuis qu’il a su pour le bébé. Pourtant c’est lui qui a voulu lui faire l’amour « comme il faut » et pas seulement « par derrière », comme ils font d’habitude. C’est lui qui l’a pressée contre le mur derrière l’hôpital et qui lui a dit « j’ai envie de toi » comme dans les films achetés en contrebande au souk de Derb Ghalef. Elle a répondu qu’elle aussi avait envie, mais que ça attendrait le mariage. Il n’a rien voulu savoir : « Puisque je te dis que tu vas rencontrer mes parents la semaine prochaine, tu vas avoir la bénédiction de ma mère ! » L’argument de la maman a été imparable, n’est-ce pas le Coran (ou l’un des hadiths1, elle ne sait plus très bien) qui dit que « le paradis est sous les pieds de la mère » ?

Petit bac 2022
(5) Animal

Nagasaki – Eric Faye, Agnès Hostache

61rGeUwmeHL Le Lézard Noir – août 2019 – 197 pages

Quatrième de couverture :
Shimura-san vit seul dans une maison silencieuse qui fait face aux chantiers navals de Nagasaki. Cet homme ordinaire rejoint chaque matin la station météorologique de la ville en maudissant le chant des cigales, déjeune seul et rentre tôt dans une retraite qui n’a pas d’odeur, sauf celle de l’ordre et de la mesure. Depuis quelque temps déjà, il répertorie scrupuleusement les niveaux et les quantités de nourriture stockée dans chaque placard de sa cuisine. Car dans ce monde contre lequel l’imprévu ne pouvait rien, un bouleversement s’est produit.

Auteurs : Agnès Hostache est une dessinatrice. Formée aux arts appliqués, c’est certainement sa formation en architecture d’intérieur qui lui a donné son goût pour raconter les intérieurs et la vie de ses habitants. Après avoir passé 10 ans dans de grandes agences de publicité en tant que directrice artistique puis 12 ans dans une agence d’architecture d’intérieur, Agnès Hostache a décidé de travailler en free-lance pour ne se concentrer que sur le dessin. Son premier roman graphique, « Nagasaki » (2019) est une adaptation du roman éponyme d’Eric Faye, grand prix de l’Académie française à sa parution en 2010.
Éric Faye, né en 1963, est un écrivain français. Il est également journaliste, rédacteur-traducteur aux bureaux parisiens de l’agence de presse Reuters, au service de l’actualité internationale. Il est l’auteur d’essais et de récits de voyage comme Mes trains de nuit ou Somnambule dans Istanbul. Il a reçu le Grand Prix du roman de l’Académie française pour son roman Nagasaki (2010).

Mon avis : (lu en mai 2022)
Cette bande-dessinée est l’adaptation du roman éponyme d’Eric Faye, grand prix de l’Académie française. L’auteur s’est inspiré d’une histoire vraie.
La vie de Shimura-san est parfaitement ordonnée. Ce vieux célibataire mène une vie où l’imprévu n’a pas sa place. Pourtant, il a une drôle d’impression lorsqu’il remarque des disparitions de nourriture dans ses placards ou son réfrigérateur… Il décide de mener son enquête en installant une webcam chez lui et de surveiller heure après heure la cuisine depuis son travail. Ainsi un beau jour, il surprend sa squatteuse qui vit dans sa maison lorsqu’il part au travail ! C’est une femme d’une cinquantaine d’années, au chômage, qui a trouvé refuge dans un minuscule placard à futons au fond d’une pièce inoccupée… Il appelle la police qui arrête l’intruse et cette histoire aura pendant plusieurs jours sa place dans la presse.
Shimura-san se sent violé dans son intimité, son intérieur a été occupé par une étrangère et même si celle-ci était inoffensive, c’est bouleversant pour cet homme qui n’a plus l’impression d’être chez lui.
Le lecteur aura le point de vue de Shimura-san, mais également celui de la femme venue s’installer secrètement dans cet appartement qui est un personnage à part entière de cette BD.
Le style de ce roman graphique est épuré, les couleurs sont douces, les cadrages sont précis et les jeux de lumière existent. Tout cela crée une ambiance particulière, où le lecteur se retrouve dans la peau d’un voyeur ou d’un intrus…

Extrait :

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Petit bac 2022(5) Lieu

Les abeilles grises – Andreï Kourkov

31HEe1q+QIL Liana Levi – février 2022 – 400 pages

traduit du russe par Paul Lequesne

Titre original : Серые пчелы, 2019

Quatrième de couverture :
Dans un petit village abandonné de la «zone grise», coincé entre armée ukrainienne et séparatistes prorusses, vivent deux laissés-pour-compte : Sergueïtch et Pachka. Désormais seuls habitants de ce no man’s land, ces ennemis d’enfance sont obligés de coopérer pour ne pas sombrer, et cela malgré des points de vue divergents vis-à-vis du conflit. Aux conditions de vie rudimentaires s’ajoute la monotonie des journées d’hiver, animées, pour Sergueïtch, de rêves visionnaires et de souvenirs. Apiculteur dévoué, il croit au pouvoir bénéfique de ses abeilles qui autrefois attirait des clients venus de loin pour dormir sur ses ruches lors de séances d’«apithérapie». Le printemps venu, Sergueïtch décide de leur chercher un endroit plus calme. Ayant chargé ses six ruches sur la remorque de sa vieille Tchetviorka, le voilà qui part à l’aventure. Mais même au milieu des douces prairies fleuries de l’Ukraine de l’ouest et du silence des montagnes de Crimée, l’œil de Moscou reste grand ouvert…

Auteur : Andreï Kourkov, le plus célèbre écrivain ukrainien d’expression russe, est né en Russie en 1961 et vit à Kiev. Depuis la publication de son premier roman, Le Pingouin, ses livres sont traduits dans le monde entier. Les Abeilles grises est son dixième roman publié en France.

Mon avis : (lu en mars 2022)
L’apiculteur Sergueï Sergueïtch et son voisin, ennemi d’enfance, Pachka Khmelenko sont les derniers habitants du petit village de Mala Starogradivka, situé dans la « zone grise », sur la ligne de front dans le Donbass. Sergueïtch habite rue Lénine, Patcha rue Chevtchenko et pendant la première partie du roman le lecteur découvre leur quotidien sans électricité. Ils sont coincés entre l’armée ukrainienne et les forces séparatistes pro-russes et veillent avec soin l’un sur l’autre. La situation les obligent à s’entraider, à coopérer à se respecter alors qu’ils n’ont pas les mêmes idées sur le conflit. Par opportunisme, Pachka plus ou moins proche des russes auprès desquels il se procure des denrées alimentaires, Sergeï sympathise avec un soldat ukrainien qui lui rend des visites nocturnes…
Le printemps arrivant, pour le bien être de ses abeilles, Sergeï décide de quitter la zone grise dans sa Tchetviorka verte avec sur sa remorque ses six ruches pour dans un premier temps une prairie à Vessele (entre Zaporijjia et Melitopol) puis vers la Crimée où vit Ahtem, un apiculteur Tatar rencontrée lors d’un congrès à  Sloviansk dans la région de Donetsk, avant la guerre.
Ce roman nous raconte la situation en Ukraine (avant le 24 février 2022, bien sûr), en particulier dans le Donbass et en Crimée depuis 2014. A travers le quotidien puis le périple de Sergeï, le lecteur découvre la réalité du conflit, à l’intérieur et à l’extérieur de la zone grise.
Andreï Kourkov sait raconter les histoires avec des touches comiques qui surlignent l’absurde des situations…

A lire et à faire lire !

« zone grise » : 20 km de large le long de la ligne de front

Extrait : (début du livre)
Le froid força Sergueï Sergueïtch à se lever vers trois heures du matin. Le poêle-cheminée bricolé de ses mains d’après un croquis relevé dans la revue Datcha bien-aimée, avec porte vitrée et deux plaques de cuisson circulaires, ne dispensait plus aucune chaleur. Les seaux de fer-blanc, posés à côté, étaient vides. L’obscurité régnant, il avait plongé la main dans le plus proche, et ses doigts n’avaient rencontré que des miettes de charbon.
« D’accord ! » grogna-t-il d’une voix ensommeillée. Il enfila un pantalon, glissa ses pieds nus dans des pantoufles – de grosses bottes de feutre amputées de leur tige –, jeta une pelisse sur son dos et, empoignant les deux seaux, sortit de la maison.
Il s’arrêta derrière la grange, devant le tas de charbon. D’un coup d’œil, il repéra la pelle – il faisait bien plus clair dehors que dedans. Les morceaux de houille tombèrent en pluie, heurtant le fond des seaux dans un grand fracas. Mais quand une première couche fut formée, le tintamarre s’éteignit, et leur chute devint presque silencieuse.
Un coup de canon retentit quelque part au loin. Puis un autre une trentaine de secondes plus tard, mais comme provenant d’un autre côté.
« Quoi, ils dorment pas, ces abrutis ? Ou c’est-il qu’ils ont décidé de se réchauffer ? » bougonna Sergueïtch, mécontent.
Il regagna l’obscurité de la maison. Alluma une bougie. L’odeur agréable, chaude et miellée, lui frappa les narines. Il perçut le discret tic-tac, familier et apaisant du réveille-matin, posé sur l’étroit rebord de fenêtre en bois.
Un peu de chaleur subsistait à l’intérieur du poêle, néanmoins sans papier ni copeaux de bois, il n’aurait pas été possible d’enflammer le charbon encore glacé après son séjour dehors, dans le grand froid. Quand les longues langues bleuâtres des flammes dansèrent enfin derrière la vitre noircie de suie, le maître des lieux ressortit de la maison. Un roulement de lointaine canonnade, à peine audible de l’intérieur, s’entendait à l’est. Mais un autre bruit, plus proche, attira l’attention de Sergueïtch : à l’évidence, une voiture venait de passer dans la rue voisine. De passer et de s’arrêter. Il n’y avait que deux voies traversant le village : la rue Lénine et la rue Chevtchenko, à quoi s’ajoutait le passage Mitchourine. Lui-même vivait rue Lénine, dans une relative solitude. La voiture, par conséquent, avait emprunté la rue Chevtchenko. Il n’y avait là également qu’un seul habitant : Pachka Khmelenko, lui aussi précocement retraité, presque du même âge, ennemi d’enfance depuis la toute première classe de l’école du village. Son potager donnait sur Horlivka, autrement dit Pachka était d’une rue plus proche de Donetsk que Sergueïtch dont le potager regardait de l’autre côté, vers Sloviansk. En pente, il touchait à un champ qui descendait encore pour remonter ensuite en direction de Jdanivka. La ville elle-même n’était pas visible, elle semblait se cacher derrière la bosse. Mais l’armée ukrainienne, qui s’était enterrée dans cette bosse, à l’abri de casemates et de tranchées, se faisait entendre de temps à autre. Et quand on ne l’entendait pas, Sergueïtch savait malgré tout qu’elle était là, tapie, à gauche de la plantation d’arbres que longeait un chemin de terre fréquenté naguère par les tracteurs et les camions.
L’armée s’y trouvait depuis trois ans déjà. Tout comme la pègre locale renforcée de l’internationale militaire russe qui, dans ses propres abris, buvait thé et vodka, au-delà de la rue de Pachka, au-delà des jardins, au-delà des vestiges de la vieille abricoteraie plantée à l’époque soviétique, au-delà des champs que la guerre avait privés de paysans, comme la prairie qui s’étendait entre le potager de Sergueïtch et Jdanivka.

Déjà lu du même auteur :

les_pingouins_n_ont_jamais_froid_p Les pingouins n’ont jamais froid

le_pingouin_p Le pingouin

Petit bac 2022(4) Animal

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Ukraine

La Cellule : Enquête sur les attentats du 13 novembre 2015 – Soren Seelow, Kévin Jackson, Nicolas Otero

71IRgxDpPCL Les Arènes – août 2021 – 237 pages

Quatrième couverture :
Voici l’histoire de la cellule terroriste qui a organisé l’assassinat de 130 personnes au Bataclan, sur des terrasses de cafés parisiens et devant le Stade de France, le 13 novembre 2015.
Abdelhamid Abaaoud, djihadiste belge membre de l’État islamique, est l’un des responsables de cette cellule. Plusieurs mois avant les attentats, il est identifié comme une menace importante par les services de renseignements. S’engage alors une course contre la montre pour tenter de le localiser, de le neutraliser et d’intercepter ses commandos.
Dans cette reconstitution extrêmement documentée, le journaliste Soren Seelow raconte l’histoire de cette traque et retrace, jour après jour, la préparation de ces attentats, depuis leur conception en Syrie jusqu’à l’infiltration des terroristes en Europe. On y découvre l’impuissance des services de renseignements français et européens face à la détermination de l’État islamique. Après les
attentats de Paris, cette cellule frappera de nouveau à Bruxelles le 22 mars 2016.
Élaborée à partir de dossiers judiciaires, d’écoutes téléphoniques, de photos, de notes des services de renseignements français et de rapports confidentiels belges, cette enquête approfondie nous permet de mieux comprendre comment cette tragédie a été possible.

Auteurs : Soren Seelow est journaliste au Monde, spécialiste des questions de terrorisme.
Kévin Jackson est directeur d’études au Centre d’Analyses du terrorisme (CAT).
Nicolas Otero est auteur de bandes dessinées.

Mon avis : (lu en mars 2022)
Cette BD est un reportage graphique très bien documenté sur l’histoire de la cellule qui a organisés les attentats du 13 novembre 2015 et également, les étapes de l’endoctrinement d’un jeune migrant qui cherche à aller en Europe. L’enquête a été construite à partir de dossiers judiciaires, d’écoutes téléphoniques, de photos, d’auditions de membres de la cellule terroriste, de notes des services de renseignements français et de rapports confidentiels belges.
Avec la déstabilisation de l’Irak et de la guerre civil en Syrie, un nouveau groupe terroriste, l’État islamique, s’est créé en 2015 et a attiré de nouveaux combattants francophones. Parmi eux, un Belge, Abdelhamid Abaaoud bien déterminé à organiser des attentats en France… Les services de renseignements identifient très tôt sa dangerosité et après un projet d’attentat à Verviers (Belgique) en janvier 2015, Abaaoud  échappe de peu à une arrestation. Pendant 10 mois, il va préparer les attentats de novembre, constituer ses commandos, les entraîner et les envoyer par différentes routes en Belgique puis en France. En parallèle, entre l’Europe, la Turquie, l’Irak et la Syrie, les services de renseignements tenteront de localiser et de neutraliser les terroristes, mais la détermination ne suffira pas… Le déroulement des attentats du 13 novembre est pudiquement représenté par une double page entièrement noire…  M
ais l’enquête se poursuit avec la fuite des terroristes encore vivants, jusqu’aux derniers attentats perpétrés par la Cellule à l’aéroport de Zaventem et dans le métro de Bruxelles, avant l’arrestation des derniers survivants.
C’est une BD qui ne se lit pas d’une traite, car la mécanique est à la fois effrayante et impitoyable. Malgré tout, cette bande dessinée est passionnante et nécessaire pour mieux comprendre dans le détail comment ces attentats ont endeuillés notre pays.

Extrait : (début de la BD)

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Petit bac 2022
(3) Chiffre

Où est Anne Frank ! – Ari Folman, Lena Guberman

81l2srcC3vL Calmann-Lévy – octobre 2021 – 160 pages

Quatrième de couverture :
Après Le Journal d’Anne Frank, adapté en roman graphique avec David Polonsky en 2017, Ari Folman poursuit son travail de mémoire avec une visite poétique et familiale à Anne Frank, qui résonne fortement avec l’actualité. Ari Folman et la dessinatrice Lena Guberman nous entraînent plus de soixante-dix ans après la publication du Journal d’Anne Frank, à Amsterdam, pour faire revivre Kitty, son amie imaginaire.

Auteurs : Anne Frank est née le 12 juin 1929 à Francfort. Sa famille a émigré aux Pays-Bas en 1933. À Amsterdam, elle connaît une enfance heureuse jusqu’en 1942, malgré la guerre. Le 6 juillet 1942, les Frank s’installent clandestinement dans « l’Annexe » de l’immeuble du 263, Prinsengracht. Le 4 août 1944, ils sont arrêtés vraisemblablement sur dénonciation. Déportée à Auschwitz, puis à Bergen-Belsen, Anne meurt du typhus en février ou mars 1945, peu après sa sœur Margot.
Ari Folman est un scénariste et réalisateur israélien. En 2008, il dirige un film d’animation, Valse avec Bachir. Ce film documentaire raconte la vie d’un homme enrôlé dans l’armée israélienne à l’âge de 19 ans, qui est témoin de l’atrocité du massacre de Sabra et Chatila en 1982. Le film reçoit une acclamation critique unanime au Festival de Cannes 2008 et se voit récompensé du César du meilleur film étranger et du Golden Globe du meilleur film en langue étrangère. 

Mon avis : (lu en février 2022)
Je n’ai pas lu la BD Le Journal d’Anne Frank, adapté en roman graphique également par Ari Folman mais j’ai bien sûr lu le Journal d’Anne Frank, une première fois, lorsque j’étais adolescente et plus récemment, en 2012, après ma visite de la Maison d’Anne Frank.
Dans cette BD, l’auteur donne vie à Kitty, l’amie imaginaire d’Anne Frank à qui elle s’adresse dans son Journal. Kitty prend vie à Amsterdam, de nos jours mais sans savoir ce qui est arrivé à son amie Anne.
Elle est donc comme une adolescente d’aujourd’hui qui découvre Anne et son histoire.
Kitty est invisible dans la Maison d’Anne Frank mais lorsqu’elle sort de cette maison, elle devient visible. Elle est surprise de voir que de nombreux lieux d’Amsterdam portent le nom d’Anne Frank. Kitty va rencontrer des réfugiés et des migrants méditerranéens et découvrir le sort que l’on leur fait subir dans nos pays riches.
J’ai lu cette BD en plusieurs fois et ces allers-retours entre le passé et le présent rend l’histoire un peu difficile à suivre. A l’occasion, j’emprunterai la BD, Le Journal d’Anne Frank.

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Lors  de la rédaction de ce billet, je m’aperçois qu’un film d’animation, sortie en décembre 2021, existe également.

Extrait : (début de la BD)


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Petit bac 2022
(3) Ponctuation