Anaïs Nin : Sur la mer des mensonges – Léonie Bischoff

71obyfaCCyL Casterman – août 2020 – 192 pages

Fauve Prix du public du Festival d’Angoulême 2021

Quatrième de couverture :
Début des années 30. Anaïs Nin vit en banlieue parisienne et lutte contre l’angoisse de sa vie d’épouse de banquier. Plusieurs fois déracinée, elle a grandi entre 2 continents, 3 langues, et peine à trouver sa place dans une société qui relègue les femmes à des seconds rôles. Elle veut être écrivain, et s’est inventé, depuis l’enfance, une échappatoire : son journal. Il est sa drogue, son compagnon, son double, celui qui lui permet d’explorer la complexité de ses sentiments et de percevoir la sensualité qui couve en elle. C’est alors qu’elle rencontre Henry Miller, une révélation qui s’avère la 1ère étape vers de grands bouleversements.

Auteure : Après l’obtention d’un diplôme en bande dessinée de l’Institut Saint-Luc de Bruxelles, Léonie Bischoff est libraire et travaille pour Manolosanctis : en 2010 sort Princesse Suplex, l’histoire d’une femme employée de bureau la semaine et catcheuse le week-end. Léonie Bischoff publie ensuite Hoodoo Darlin’ ainsi que trois adaptations de polars suédois de Camilla Läckberg, cosignées avec Olivier Bocquet. En 2018, elle signe, avec Thomas Römer, le numéro de « La petite Bédéthèque des Savoirs » consacré à la Bible. En 2020 paraît un one-shot inspiré de la vie de la diariste et romancière Anaïs Nin.

Mon avis : (lu en mai 2021)
C’est parce que cet album a eu le Fauve Prix du public du Festival d’Angoulême 2021 que j’ai eu envie de découvrir cette BD. Auparavant, je n’avais jamais entendu parler d’Anaïs Nin, une écrivaine et diariste en avance sur son temps.
Anaïs Nin est une femme complexe des années trente, à la fois une femme libre, épicurienne, féministe, avant-gardiste, écrivaine de génie et une épouse trop sage, dépendante, immature, névrosée…
J’ai trouvé cette BD très dérangeante, j’ai beaucoup aimé le dessin, magnifique, élégant, poétique, inventif mais je n’ai pas du tout adhéré au personnage d’Anaïs Nin, je l’ai trouvé trop excessive, et vite cette lecture m’a d’abord dérangée puis assez vite ennuyée… Je suis passée à côté de cette BD.

Extrait : (début de la BD)

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Petit Bac 2021
(5) Prénom

Agatha Raisin, tome 14 : Gare aux fantômes – M.C. Beaton

Albin Michel – octobre 2018 – 342 pages

traduit de l’anglais par Clarisse Laurent

Titre original : Agatha Raisin and the haunted house, 2003

Quatrième de couverture :
Croyez-vous aux fantômes ? Mrs Witherspoon, une vieille mégère détestée de ses voisins et de ses propres enfants, se plaint de visites spectrales. Chuchotements, bruits de pas, brouillard suspect… sa maison serait hantée ! Les blagues vont bon train au village : mensonges ou hallucinations ?
Lorsque la vieille dame meurt dans des circonstances suspectes, plus personne ne rit : s’agit-il d’une farce qui a mal tourné ou d’un règlement de compte ? Mrs. Whiterspoon avait-elle de féroces ennemis ? Quels dangereux secrets abrite sa demeure ?
Agatha Raisin n’a plus l’âge de jouer aux fantômes mais bel et bien celui de traquer des meurtriers. Avec l’aide de son voisin, le charmant Paul Chatterton, elle compte bien démasquer ces « revenants » qui ont déjà fait beaucoup trop de mal.

Auteur : Née à Glasgow, M.C. Beaton (1936-2019), après avoir été libraire puis critique de théâtre, journaliste et éditrice, a finalement pris la plume pour devenir auteur à succès figurant parmi les plus lus de Grande Bretagne. Elle a notamment écrit deux séries de romans policiers best-seller, la saga des Hamish MacBeth et la série des Agatha Raisin.  Sa série Agatha Raisin a été adaptée à la télévision et a été diffusée en France en 2017.

Mon avis : (lu en mai 2021)
C’est toujours un vrai plaisir de retrouver les aventures d’Agatha Raisin, avec son énergie, ses gaffes, ses chats et ses surgelés… et le pittoresque village de Carsley typiquement british
Avec son nouveau voisin Paul Chatterton, Agatha s’intéresse à la manifestation de fantômes dans la maison de Mrs Witherspoon, une vieille dame qui terrorise son entourage. Quelques jours plus tard, celle-ci est retrouvée morte au pied de son escalier. Agatha est persuadée que la mort n’est pas naturelle et commence par soupçonner le fils de la victime… Et voilà, Paul et Agatha se lancent dans une enquête autour de cette vieille maison convoitée par plusieurs personnes… En cherchant le « fantôme », ils espèrent découvrir qui est le meurtrier.
Le schéma narratif de l’intrigue est assez classique mais les personnages de cette série, et en premier lieu Agatha elle-même, sont savoureux.
C’est toujours pour moi, une lecture facile, distrayante dans une ambiance toute britannique !

Extrait : (début du livre)
La fièvre aphteuse s’était abattue sur toute la région. Des mesures de restriction limitaient l’accès aux petits chemins et les portails des fermes étaient cadenassés. Le printemps était humide et froid, les corolles dorées des premières jonquilles se courbaient piteusement sous des torrents de pluie.

Le toit de chaume du cottage d’Agatha ruisselait tristement. Assise à même le sol de sa cuisine en compagnie de ses deux chats, elle se demandait par quel moyen combattre ce sentiment familier d’ennui qui la gagnait peu à peu. Et l’ennui, elle ne le savait que trop bien, ouvrait la voie à la dépression nerveuse.
Un nouveau voisin, qui ne semblait pas inintéressant, venait de s’installer dans le cottage d’à côté, naguère propriété de son ex-mari James, mais Agatha n’éprouvait plus la moindre étincelle d’intérêt pour la gent masculine. Elle ne s’était pas jointe à la procession de dames du village qui venaient présenter leurs offrandes de gâteaux et de confitures maison. D’ailleurs, elle ignorait tout des derniers cancans locaux, car elle arrivait tout juste de Londres, où elle avait participé, comme chargée de communication, au lancement d’une ligne de prêt-à-porter pour les jeunes, baptisée Mr Harry. Tout ce qu’elle y avait récolté, c’était l’impression d’avoir fait son temps, elle qui était bien engagée dans la cinquantaine. Devant quelques-uns des mannequins étiques – le style héroïne chic était encore à la mode –, elle s’était sentie grosse et vieille. Par-dessus le marché, elle avait mauvaise conscience, car elle savait que les coutures de ces vêtements, fabriqués à Taïwan avec des étoffes de piètre qualité, n’allaient pas tenir longtemps.
Elle se remit debout, monta dans sa chambre et se planta devant sa psyché. Une femme trapue avec de jolies jambes et une soyeuse chevelure châtain la scruta de ses petits yeux d’ourse.
« Secoue-toi ! » s’exhorta-t-elle.
Elle décida de se maquiller et d’aller rendre visite à son amie, Mrs Bloxby, la femme du pasteur, histoire de faire le point sur les potins du village et de rattraper son retard. Tout en appliquant une couche de fond de teint clair, Agatha songea que, peu de temps auparavant, le bronzage faisait fureur. Mais maintenant que le premier venu pouvait s’offrir des vacances à l’étranger en plein hiver, cela ne valait plus la peine d’arborer une mine hâlée ou même un maquillage cuivré. Elle tirailla nerveusement la peau sous son menton : commençait-elle à se relâcher ? Les soixante petites tapes qu’elle se donna ne produisirent dans l’immédiat que des rougeurs sur son cou, ce qui la contraria.
Elle se débarrassa du vieux pantalon et du chandail qu’elle avait enfilés le matin et les remplaça par une blouse de soie dorée et un ensemble de lin beige. Ce soudain désir d’élégance n’avait strictement aucun lien avec le nouveau locataire du cottage voisin, bien sûr. Certes, comme on le dit toujours, le temps guérit les blessures. Elle avait d’ailleurs presque cessé de penser à James et avait renoncé à tout espoir de le revoir.

Petit Bac 2021(4) Voyage

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Écosse

Déjà lu du même auteur :

Série Agatha Raisin

111279972  tome 1 : La quiche fatale  112115556 tome 2 : Remède de cheval

511YgPvGkHL tome 4 : Randonnée mortelle 117060981 tome 3 : Pas de pot pour la jardinière 

Agatha_5 tome 5 : Pour le meilleur et pour le pire

51Pj39OW2mL tome 6 : Vacances tous risques : Bons baisers de Chypre

91fUANd3KcL tome 7 : A la claire fontaine  A1pFloaMoOL tome 8 : Coiffeur pour dames

91rBp5anMML tome 9 : Sale temps pour les sorcières 71noJFQhAiL  tome 10 : Panique au manoir 

51Vi5M8c4FL._SL500_ tome 11 : L’enfer de l’amour 81cUoHp2mUL tome 12 : Crime et déluge

814juHnbJ6L tome 13 : Chantage au presbytère

Série Hamish MacBeth 

81OT4JnMMqL tome 1 : Qui prend la mouche 81UeE6xHi-L tome 2 : Qui va à la chasse

81gvCw2nhKL tome 3 : Qui s’y frotte s’y pique

Je serai là ! : Comment je suis devenu l’Homme étoilé – L’Homme étoilé

Avec la participation d’Alma

 Calmann Lévy – janvier 2021 – 144 pages

Quatrième de couverture :
En remontant le fil de ses souvenirs professionnels et personnels, l’Homme étoilé raconte la naissance de sa vocation de soignant.
Ce nouvel opus bouleversant confirme son talent et sa profonde humanité : il achève de nous convaincre qu’on peut aussi soigner avec ses mots et sa présence.

Auteur : Infirmier en soins palliatifs et auteur-dessinateur, l’Homme étoilé s’est fait connaître sur Instagram, où il raconte dans des dessins poignants son quotidien et celui de ses patients à ses abonnés toujours plus nombreux. Son premier roman graphique A la vie ! a connu un véritable succès. 

Mon avis : (lu en avril 2021)
L’Homme étoilé, c’est Xavier, un infirmier en soins palliatifs dans un hôpital de l’Est de la France. Je l’ai découvert en mai dernier dans sa BD « A là vie » pleine de sensibilité, d’humour, de joie et d’humanité.
Cette nouvelle bande dessinée est plus personnel, L’Homme étoilé revient sur les débuts de sa vocation. Il raconte des souvenirs d’enfance avec son grand-père, avec sa mère, ses premiers stages d’infirmier d’abord en hématologie, puis en psychiatrie. Il revient sur son cheminement qui lui a fait découvrir puis choisir les soins palliatifs.
Il apprend à écouter ses patients, la patience, la vie et la mort. Il prend conscience que les patients dont il a la charge ne se réduisent pas à leur maladie. L’Homme Étoilé est plein d’empathie, d’humanité mais aussi d’humour.
Un dessin simple, épuré, aux formes tout en rondeur en bleu et blanc ou en noir et blanc.
L’épilogue est un dialogue à deux mains entre l’Homme Étoilé et Alma. Ils se partagent les dessins et les bulles avec chacun son style et ses couleurs.

Cette phrase résume bien ce qu’est son métier : « Tu sais, mon rôle, ce n’est pas de les empêcher de partir, mais de veiller à ce qu’ils partent bien. »

Extrait :

Déjà lu du même auteur :

71O+5b52GiL A la vie !

La dernière tempête – Ragnar Jónasson

 

61vr1ntPaLL La Martinière – février 2021 – 336 pages

traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün

Titre original : Mistur, 2017

Quatrième de couverture :
A Reykjavík, l’enquêtrice Hulda Hermansdóttir, la quarantaine, fuit sa famille dysfonctionnelle en se jetant à corps perdu dans le travail. Sa fille Dimma est en perpétuelle crise, et les relations avec son mari, Jón, se sont terriblement dégradées. A l’autre bout du pays, dans une ferme d’une vallée reculée de l’est de l’Islande, un couple est l’otage d’une terrible tempête de neige quand un homme vient frapper à leur porte et réclame l’asile pour la nuit. Son discours est décousu, son regard, indéchiffrable. Les rafales reprennent de plus belle, l’électricité est soudain coupée : le couple se retrouve coincé avec l’inconnu. Pour tous, à Reykjavík ou dans la vallée perdue, ces quelques jours avant Noël vont tout faire basculer. La famille de Hulda explose. Et dans la petite ferme, deux mois après les faits, on a retrouvé deux cadavres. Un double meurtre sur lequel Hulda va se jeter pour tenter d’oublier son chagrin et sa colère.

Auteur : Ragnar Jónasson est né à Reykjavík en 1976. Grand lecteur d’Agatha Christie, il entreprend, à dix-sept ans, la traduction de ses romans en islandais. Découvert par l’agent d’Henning Mankell, Ragnar a accédé en quelques années au rang des plus grands auteurs de polars internationaux. La Dernière Tempête clôt la trilogie  » La Dame de Reykjavík « , mettant en scène l’enquêtrice Hulda Hermansdóttir à plusieurs âges de sa vie, en remontant le temps. Ce dernier volet se déroule 25 ans avant La Dame de Reykjavík et 10 ans avant L’Île au secret. Les œuvres de Ragnar sont traduites dans une trentaine de pays.

Mon avis : (lu en mars 2021)
Au début ce livre devait être un partenariat promis en janvier… début février je préviens l’agence de presse que je n’ai pas reçu le livre, on me répond que c’est normal car il n’est pas encore arrivé chez eux et que je devrais le recevoir d’ici une semaine. Trois semaines plus tard, je n’ai toujours rien reçu et je le signale une nouvelle fois… les envois ne sont plus gérés par l’agence mais par la maison d’édition qui est en copie de la réponse à mon mail… Depuis aucune nouvelle du livre ou de la maison d’édition… J’ai malgré tout pu le lire…
Ce roman, dernier volet de la trilogie « La Dame de Reykjavik », relate des évènements survenus dix ans avant « L’Île au secret », le second volet de la trilogie, et vingt-cinq ans avant « La Dame de Reykjavík », le premier volet.
Dans ce livre, l’enquêtrice Hulda Hermannsdóttir a quarante ans.
C’est une série de Ragnar Jónasson que je n’ai pas encore lu, et finalement chronologiquement, ce tome là est le premier…
Février 1988, l’enquêtrice Hulda Hermansdóttir a repris le travail après quelques semaines d’arrêt. Elle n’a pas le cœur à travailler mais c’est toujours mieux que broyer du noir chez elle… Elle est envoyée sur une scène de crime ou un couple, dans une ferme isolée, vient d’être retrouvé assassiné.
Puis c’est un flashback quelques jours avant Noël, l’enquêtrice Hulda Hermansdóttir enquête sur la disparition d’une jeune fille. L’ambiance dans le cercle familiale d’Helda est tendue, Dimma, sa fille est une adolescente en crise qui s’isole et refuse le dialogue… Au même moment, dans une ferme d’une vallée reculée de l’est de l’Islande, Erla et Einar se prépare à leur isolement annuel pour l’hiver : approvisionnement en vivres, en livres de la bibliothèque pour passer les longues journées sombres, les tempêtes de neige… La veille de Noël, Leó un homme perdu dans la tempête de neige se présente chez eux. Il a perdu son groupe d’amis avec qui il était à la chasse. Einar et Erla vont l’héberger pour la nuit. Dans la soirée, l’électricité est coupée, de même que le téléphone. La ferme est isolée plus que jamais… Erla n’est pas tranquille, elle ressent la présence de Leó comme une menace…
Comme c’est le premier livre de la trilogie que je découvre, le suspens a été total pour moi. Aussi bien concernant l’enquête que pour la vie privée de l’enquêtrice. Mais ce roman policier est surtout un roman psychologique dont l’ambiance tendue monte peu à peu… L’isolement, la mauvaise météo et l’obscurité amplifie ce sentiment de malaise…
Cette première lecture m’a donné envie de retrouver Hulda Hermansdóttir dans les autres épisodes de la trilogie. Et moi qui reprochait aux éditeurs français de nous publier la série Dark Iceland dans le désordre, je compte lire cette trilogie dans l’ordre chronologique et donc dans l’ordre inverse de publication…

Extrait : (début du livre)
Hulda Hermannsdóttir ouvrit les yeux.
La fichue torpeur qui l’enveloppait refusait de se dissiper. Elle aurait voulu dormir toute la journée, même ici, au commissariat, sur cette chaise inconfortable. Heureusement, elle avait son propre bureau où elle pouvait s’isoler, se perdre dans ses pensées ou fermer les paupières un instant. Les dossiers s’empilaient ; elle n’était pas parvenue à se replonger dans une seule affaire depuis son retour de congé, deux semaines auparavant.
Snorri, son supérieur, avait bien remarqué son changement d’attitude, mais il se montrait compréhensif. Elle avait tenu à revenir au travail, ne supportant plus de rester enfermée à la maison avec Jón. Même le paysage extraordinaire de la péninsule d’Álftanes, où ils habitaient, n’avait plus d’effet sur elle. Elle n’entendait plus le murmure du ressac, ne distinguait plus les étoiles ou les aurores boréales qui illuminaient le ciel. Et c’est à peine si Jón et elle s’adressaient encore la parole. Elle répondait à ses questions occasionnelles mais avait cessé d’amorcer le moindre échange.
Évidemment, les ténèbres hivernales n’arrangeaient rien. C’était la saison la plus froide, la plus sombre. Chaque jour semblait plus sinistre que le précédent et la neige n’avait cessé de tomber durant tout le mois de février. À intervalles réguliers, on apercevait sur la route des voitures abandonnées, et Hulda devait faire preuve d’une prudence accrue pour rejoindre Kópavogur au volant de sa Skoda, malgré les solides pneus cloutés dont le véhicule était équipé.
Pendant quelque temps, elle avait douté de retourner un jour au travail. De sortir à nouveau de la maison, quitter son lit, quitter sa couette. Mais dans la situation actuelle les choix étaient limités : c’était soit rester chez elle avec Jón, soit travailler du matin au soir, malgré ses difficultés à se concentrer.
Elle passait donc ses journées dans son bureau à ranger documents et rapports, à prétendre les consulter sans réussir à s’en convaincre. La situation s’arrangerait, tôt ou tard. Certes, elle ne surmonterait jamais complètement la culpabilité qui la rongeait, mais avec un peu de chance, celle-ci finirait par diminuer. En revanche, sa colère ne faisait que s’intensifier. Jour après jour, elle sentait la fureur et la haine grandir en elle et la dévorer de l’intérieur, sans parvenir à lutter contre. Il fallait qu’elle trouve un moyen d’expulser ces émotions négatives, d’une manière ou d’une autre…

Déjà lu du même auteur :

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Petit Bac 2021(2) Météo

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Islande

Yellow cab – Chabouté et Benoît Cohen

71eIc7qZF2L Vents d’Ouest – janvier 2021 – 168 pages

Quatrième de couverture :
Après avoir réalisé des films et des séries pendant 20 ans, Benoit Cohen sent qu’il a besoin de prendre un nouveau départ. En 2014, il déménage pour New-York et décide de devenir chauffeur de taxi pour les besoins de l’écriture d’un scénario. En plongeant au cœur de la ville, en se nourrissant de la richesse de la métropole, il espère retrouver l’inspiration. Dans une école du Queens, il apprend les ficelles du métier, fait la rencontre de ses futurs collègues, migrants de tous pays à la recherche du « rêve américain », et affronte le labyrinthe administratif qui mène à la licence de taxi driver. Au volant de l’emblématique yellow cab, il arpente les rues de Big Apple, observe les visages de milliers de passagers et emmagasine les histoires.
Benoit Cohen pensait tirer un film de cette aventure mais le projet se transforme finalement en un récit publié chez Flammarion. Cet ouvrage traversé de souvenirs personnels, de références cinématographiques et de réflexions sur le processus créatif, prend dorénavant la forme d’une bande dessinée grâce au talent de Chabouté. Une aventure sensible, profondément humaine, devenue un album au graphisme époustouflant qui rend un vibrant hommage à la plus célèbre des cités américaines.

Auteur : Né en 1967, d’origine alsacienne, Christophe Chabouté suit les cours des Beaux-Arts d’Angoulême, puis de Strasbourg. Vents d’Ouest publie ses premières planches en 1993 dans « les Récits », un album collectif sur Arthur Rimbaud. Mais il faut attendre 1998 pour que ce graphiste free-lance se fasse un nom dans la bande dessinée en publiant coup sur coup « Sorcières » aux Editions du Téméraire et « Quelques jours d’été » aux Editions Paquet. Deux albums remarqués et primés, le premier au Festival d’Illzach, le second à Angoulême où Christophe Chabouté décroche l’Alph’Art Coup de Coeur. Avec « Zoé » paru en 1999, Chabouté prouve que son talent a atteint sa pleine maturité, ce qu’il démontre avec encore plus d’évidence dans « Pleine Lune ». « Tout seul« (2008), « Terres Neuvas« (2009), « Un peu de bois et d’acier« (2012). 

Mon avis : (lu en mars 2021)
Cette BD est l’adaptation du livre de Benoît Cohen. En juin 2015, à New-York,
pour l’écriture d’un scénario, le réalisateur français décide de devenir chauffeur de taxi comme le sera son héroïne.
Il commence par tenter d’obtenir
sa licence dans une école au fin fond du Queens, il se retrouve Français parmi des migrants de tous pays. Les démarches administratives seront nombreuses et difficiles avant de pouvoir obtenir la licence de taxi driver tant désiré. Ensuite, pendant plusieurs mois, il va sillonner les rues et les quartiers de New-York au volant d’un taxi loué chaque matin, prenant des notes et enregistrant les échanges avec ses clients.
Chabouté dessine ici la ville de New-York vue par le chauffeur de taxi, les rues, les immeubles et surtout, en quelques plans, une série de portraits de New-Yorkais.
Plus que l’histoire d’un français qui devient chauffeur de taxi, cette BD est une déambulation dans New-York. Et c’est une belle réussite !

Extrait : (début de la BD)

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Déjà lu du même auteur :

tout_seul Tout Seul  Terres_neuvas Terres Neuvas 
construireunfeu Construire un feu

quelques_jours_d_ete  Quelques jours d’été / Un îlot de bonheur
landru Henri Désiré Landru un_peu_de_bois_et_d_acier Un peu de bois et d’acier

purgatoire1 Purgatoire, livre 1 purgatoire2 Purgatoire, livre 2
purgatoire3 Purgatoire, livre 3 92198484 Fables amères : De tout petits riens

pleine lune Pleine lune 91abQsNrVBL Les Princesses aussi vont au petit coin

9782749307916_1_75 Fables amères, tome 2 : détails futiles

Petit Bac 2021
(2) Voyage

La légende des filles rouges – Kazuki Sakuraba

ou La légende des Akakuchiba 

Lu en partenariat avec Folio

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Folio – mars 2021 – 475 pages

Piranha – octobre 2017 – 416 pages

traduit du japonais par Jean-Louis de la Couronne

Titre original : 赤朽葉家の伝説, 2007

Quatrième de couverture :
Lorsqu’une fillette est retrouvée abandonnée dans la petite ville japonaise de Benimidori en cet été 1943, les villageois sont loin de s’imaginer qu’elle intégrera un jour l’illustre clan Akakuchiba et règnera en matriarche sur cette dynastie d’industriels de l’acier. C’est sa petite-fille, Toko, qui entreprend bien plus tard de nous raconter le destin hors du commun de sa famille. L’histoire de sa grand-mère, femme dotée d’étonnants dons de voyance, et celle de sa mère, chef d’un gang de motardes devenue une célèbre mangaka, dont le succès permettra de sauver la famille du déclin dans un Japon frappé de plein fouet par la crise industrielle. A travers l’histoire de trois générations de femmes, Kazuki Sakuraba livre une saga familiale empreinte de réalisme magique, entre tradition et modernité.

Auteure : Née en 1971, Kazuki Sakuraba écrit depuis ses années de lycée. Sa série de mangas, Gosick, a fait d’elle une star de la littérature au Japon. Elle s’est également imposée dans l’univers de la littérature classique et ses romans pour adultes sont unanimement salués par la critique et récompensés par de nombreux prix.

Mon avis : (lu en février 2021)
Ce roman nous raconte l’histoire de trois générations de femmes, une saga familiale au Japon, depuis la Seconde Guerre Mondiale à nos jours. Toko, la  narratrice est la petite-fille de Man’Yo, enfant des Montagnes abandonnée par les siens à l’âge de trois ans. En se mariant avec l’héritier de l’illustre clan Akakuchiba, Man’Yo aura un destin exceptionnel. Le lecteur découvre ses dons de voyance, sa rencontre avec sa future belle-mère qui la choisie comme future épouse de son fils, l’héritier des aciéries. Man’Yo est un personnage attachant qui entretient une part de mystère… La deuxième femme de cette saga, c’est Kemari, la fille de Man’Yo et la mère de Toko, une force de la nature plutôt rebelle qui durant son adolescente sera la chef d’un gang de motardes puis deviendra une célèbre mangaka. Un personnage haut en couleur qui permettra de sauver sa famille de la crise industrielle. Toko est la dernière des Akakuchiba, elle incarne bien sa génération désabusée, sans aucun but pour sa vie, elle est surtout là pour raconter les destins de sa grand-mère et de sa mère à partir des histoires qu’on lui a raconté dans son enfance et de l’enquête qu’elle mènera après le départ de sa grand-mère… J’ai trouvé la partie concernant Toko bien moins intéressante et un peu longue, mais c’est également un personnage quelconque et sans relief…
A travers les trois portraits de ces femmes, l’auteure évoque également l’Histoire du Japon, l’évolution de la société japonaise où il est question du harcèlement, de la compétition scolaire, de délinquance, de sexualité et sans oublier l’évolution de la place de l’individu au fil des années.
Voilà un roman agréable à lire, au style imagé, poétique à la fois récit et conte qui entraîne le lecteur vers un dépaysement garanti au pays du soleil levant.
Merci aux éditions Folio pour cette très belle découverte.

#lalegendedesfillesrouges #KazukiSakuraba

Extrait : (début du livre)
Akakuchiba Man’yô avait dix ans cet été-là quand elle avait vu un homme voler dans le ciel. Man’yô, ma grand-mère. Bien avant qu’elle n’entre comme épouse dans la vieille famille des Akakuchiba de la région du San’in. C’était encore une sauvageonne à peine sortie de sa montagne, et qui n’avait même pas de nom de famille. Au village, on l’appelait Man’yô tout court.
D’aussi longtemps qu’elle en avait le souvenir, ma grand-mère avait toujours vu des choses étranges. C’était une femme solidement charpentée, aux longs cheveux noirs comme des ailes de corbeaux mouillés (même si, à la fin de sa vie, ils étaient devenus blancs comme neige) qui lui descendaient jusqu’aux hanches, avec de grands yeux qu’elle savait fort bien plisser pour les rendre très effilés, quand parfois elle regardait au loin, là-haut, vers le sommet des montagnes. Pour ça, sa vue était excellente. Tellement excellente qu’elle voyait même des choses que l’œil ne pouvait voir.
Nous sommes alors encore loin de l’époque où on la surnommerait « la Voyante des Akakuchiba ». Pour l’heure, j’en suis simplement à vous parler de son enfance, mais une chose est sûre, depuis son plus jeune âge, ma grand-mère avait des visions. Des visions d’avenir. Ses visions pouvaient prendre diverses formes : une prophétie qui s’écrivait au milieu d’images incohérentes, ou alors c’étaient les caractères de la calligraphie murale suspendue dans la grande pièce à tatamis qui se transformaient et se réarrangeaient tout seuls, parfois même un mort entrait dans la pièce et lui expliquait avec force gesticulations ce qui allait advenir. Man’yô évitait de parler de tout ceci aux autres. Pour les gens du village, elle était juste un peu bizarre, l’enfant de « Ceux des Confins » et c’est tout. Elle en était assez fière d’ailleurs, et en même temps cela l’angoissait de ne pas être comme les autres.
Or donc, ma grand-mère était juste une petite fille d’à peu près dix ans, en cet été de l’an 28 de Shôwa, ou 1953 dans le calendrier occidental. Je dis « à peu près » car personne au village, ni Man’yô elle-même, n’a jamais su précisément son âge. Elle était arrivée brusquement un jour dans la région que l’on appelle San’in, étroite bande de terre aux confins du Japon, coincée entre les montagnes noires du Chûgoku et la mer du Japon perpétuellement grise, une terre au climat généralement maussade. Comme si elle avait roulé-boulé du fin fond des montagnes pour arriver là. Man’yô elle-même, qui devait à peine avoir trois ans quand les gens des confins l’avaient déposée dans le village et s’en étaient repartis, n’en avait pas souvenir.

Petit Bac 2021(3) Humain

La médecin : Une infectiologue au temps du Corona – Karine Lacombe et Fiamma Luzzati

 Stock – novembre 2020 – 192 pages

Quatrième de couverture :
Karine Lacombe nous ouvre les portes de son service d’infectiologie à l’hôpital Saint-Antoine. Depuis mars, elle et son équipe sont confrontés à un virus qu’ils n’avaient jamais vu sous leur microscope : le Covid-19. Comment se prépare-t-on au combat ? Comment organise-t-on son service ? Quelles sont les péripéties du quotidien ? Y-a-t-il une différence quand on trouve un article défini au féminin devant le nom de sa profession, médecin ?
Grâce au trait franc et spontané de Fiamma Luzzati, nous suivons caméra à l’épaule Karine Lacombe dans ses réflexions, son quotidien de soignante dans un hôpital sous haute tension. Un reportage dessiné incarné, pédagogique et informatif pour mettre en perspective la crise du coronavirus et celle de l’hôpital public.

Auteures : Karine Lacombe est professeure, infectiologue et cheffe de service à l’hôpital Saint-Antoine (Paris). Elle est notamment en charge de la recherche thérapeutique à partir du plasma des personnes guéries du Covid-19.
Fiamma Luzzati est une dessinatrice et scénariste d’origine sicilienne. Elle tient le blog scientifique L’avventura sur lemonde.fr et a publié deux bande-dessinées, Le cerveau peut-il faire deux choses à la fois (2015) et La femme qui prenait son mari pour un chapeau (2016).

Mon avis : (lu en février 2021)
Un an après… tout le monde n’a pas envie de lire une BD sur la pandémie… Mais pour ma part, j’ai trouvé celle-ci intéressante à lire car nous découvrons l’envers du décor, avec la première vague de la pandémie vue par la professeur médecin Karine Lacombe, infectiologue et cheffe de service à l’hôpital Saint-Antoine à Paris et par Lydia, une patiente jeune et à risque.
La Médecin revient sur l’origine de la pandémie avec pédagogie et honnêteté : à l’époque, les médecins ne s’attendaient pas à l’arrivée d’une crise sanitaire, elle ne cache pas ses interrogations, ses inquiétudes. Au jour le jour, elle décrit son quotidien de mère isolée de trois enfants, et surtout de cheffe de service avec ses équipes à l’hôpital où affluent les malades, où la pénurie du matériel de protection va arriver, où tout le personnel va se dépasser, s’adapter aux circonstances et donner le maximum…
Karine Lacombe raconte également ses interventions sur les plateaux télévision, où elle tient un discours clair, pédagogique, exposant les faits.
En parallèle, le lecteur découvre Livia Guzzanti, une jeune femme au retour d’un séjour de ski avec une migraine, quinze jours plus tard lorsqu’elle est vu par un médecin, son test covid positif et le lecteur devient témoin de l’évolution de l’état de santé de Livia.
Cette BD est un témoignage très intéressant, plein d’humanité. C’est également un bel hommage aux soignants et à la solidarité au sein de l’hôpital entre tous les personnels, du plus humble au plus prestigieux, et à leur incroyable capacité à s’adapter pour soigner leurs patients.

Extrait :

Petit Bac 2021
(2) Aliment/Boisson

Le plongeon – Séverine Vidal et Victor L. Pinel

71ltdkP+dAL Bamboo – janvier 2021 – 80 pages

Quatrième de couverture :
Pour Yvonne qui a encore toute sa tête à 80 ans, l’arrivée en EHPAD est difficile. Contre toute attente, elle se lie d’amitié avec un groupe de résidents, aussi drôles et lucides qu’elle, et tombe même amoureuse. Mais rapidement, la vieillesse la rattrape. Prise dans le tourbillon inéluctable de la vie, l’octogénaire décide de s’offrir une dernière parenthèse enchantée. Elle embarque sa bande dans une fugue, une balade… comme un dernier plongeon dans l’eau fraîche.

Auteurs : Séverine Vidal est née en 1969. Après des études de Lettres, elle se souvient que, petite, elle adorait jouer à la maîtresse dans son garage avec des élèves découpés dans du carton. Elle devient donc professeur des écoles, pour de vrai cette fois. Elle écrit des tas d’histoires pour enfants qu’elle commence à envoyer aux éditeurs en 2009. Depuis, les réponses positives s’enchaînent : albums, BD, romans jeunesse (4 parutions en 2010, une vingtaine de titres prévus en 2011/2012). Elle adore cette nouvelle vie, pleine de rencontres, de rires et de liberté ! Elle se consacrera à l’écriture à temps plein, dès la rentrée 2011.
Víctor L. Pinel est né en 1988 à Madrid. Amateur de bande-dessinée depuis l’enfance, il décide de commencer une formation artistique à ESDIP à Madrid, à la sortie du lycée. Une fois ses études terminées, il effectue quelques commandes d’illustrations pour enfants et commence à travailler comme animateur, storyboarder et coloriste pour des films d’animation. Il dirige son première court-métrage “Closed” qui sortira en 2015. Dans le même temps, il travaille sur « Les petites marées-Rose », troisième histoire de la collection créée par Séverine Vidal.

Mon avis : (lu en février 2021)
Voilà une BD tout en sensibilité sur le 3ème âge…
A plus de 80 ans, Yvonne tourne une page sur 40 ans de vie… Après le décès de son mari, elle doit vendre sa maison, de quitter son chez-soi pour aller s’installer dans un EHPAD. Le changement est difficile, elle a du mal à accepter cette situation et cette chambre sans caractère qui sera sans doute sa dernière demeure… Mais son caractère indépendant et rebelle va reprendre le dessus et décide de mettre un peu de fantaisie dans l’établissement ! Elle va se faire des ami.e.s, ne pas hésiter à rompre avec les conventions ou les règlements infantilisants et parfois absurdes…
L’EHPAD et ses pensionnaires sont décrits sans concession, le quotidien en collectivité comme les repas, les ateliers récréatifs mais aussi les visites des proches, les histoires d’amour ou la déchéance des pensionnaires. Mais les provocations d’Yvonne au scrabble ou à la poterie et les petites manies des différents pensionnaires rendent le récit moins plombant et font sourire le lecteur… Et finalement le groupe du 3ème âge deviendra aussi turbulent qu’une colonie de vacances… Ils ont dans leur camp, Youssef, l’infirmier attentionné qui comprend leur désir de liberté. Autant vivre à fond les derniers jours qui leurs sont promis !
Un très bel album qui décrit avec justesse, bienveillance, réalisme et pudeur les personnes âgés.

Extrait :

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Petit Bac 2021
(3) Animal

 

La traversée – Pajtim Statovci

Masse-Critique-Litteratures-le-13-janvier

41oQfUvIT6L Buchet-Chastel – janvier 2021 – 288 pages

traduit du finnois par Claire Saint-Germain

Titre original : Tiranan sydän, 2016

Présentation : Alors que l’Albanie bascule dans le chaos, Bujar, adolescent solitaire, décide de suivre l’audacieux Agim, son seul ami, sur la route de l’exil. Ensemble, ils quittent le pays pour rejoindre l’Italie. C’est le début d’un long voyage, mais aussi d’une odyssée intérieure, une quête d’identité poignante. En repoussant chaque fois un peu plus les frontières du monde, les deux garçons se frottent à cette question lancinante : comment se sentir chez soi ¿ à l’étranger comme dans son propre corps ? Deuxième roman du prodige finnois Pajtim Statovci, La Traversée puise dans le folklore albanais, le récit de voyage et les grands romans d’apprentissage pour nous livrer, dans une prose enivrante, une fiction juste et brûlante d’actualité.

Auteur : Pajtim Statovci naît au Kosovo en 1990 et émigre deux ans plus tard en Finlande avec sa famille. Professeur de littérature comparée à l’université d’Helsinki, il est l’auteur de trois romans. La Traversée est son deuxième ouvrage à être publié en français, après Mon chat Yugoslavia (Denoël, 2017). Il a remporté le prestigieux Helsinki Writer of the Year Award en 2019.

Mon avis : (lu en février 2021)
Dans les années 90, à Tirana, en Albanie, Bujar et Agim sont deux amis inséparables. Le père de Bujar est très malade et va bientôt mourir, laissant son fils de 14 ans, sa fille Ana et son épouse dépressive. Lorque le père d’Agim découvre son fils habillé en femme, Agim est rejeté par sa famille. Ainsi lorsque Ana quitte la maison sans prévenir, Bujar accepte alors de tout quitter pour partir avec Agim. Pendant quelques temps, ils restent dans la capitale, à la rue et sans-abris, vivant de vols ou de petits boulots, puis ils partent à Durrës  afin de quitter définitivement l’Albanie pour l’Italie. 
A tour de rôle Bujar et Agim sont les narrateurs de cette histoire, mais souvent il faut un peu de temps au lecteur pour deviner lequel des deux…
J’ai eu du mal à lire ce livre « patchwork » qui commence avec un premier chapitre, en 1998 à Rome, le narrateur est sur le point de ce donner la mort… Puis c’est la première partie qui est un flashback, durant les années 1990-1991 à Tirana (Albanie), le narrateur a quatorze ans, il se promène dans la vieille ville avec son père et son dernier lui raconte l’histoire de l’Albanie, lui offre des billes puis lui annonce qu’il est très malade… La deuxième partie commence à Rome en 1998, puis nous nous retrouvons à Berlin 1998-1999, Madrid 1999-2000, New-York 2000-2001… Pour la troisième partie, retour en 1991 et 1992 à Tirana puis Durrës… Enfin pour la quatrième partie, le lecteur se retrouve en 2003 à Helsinki en Finlande !
Tout au long de leur périple, Bujar et Agim sont confrontés à la discrimination, à la violence… Il est également question de choix de vie, d’identité…
Je suis passée à côté de cette histoire qui se lit pourtant plutôt bien mais la construction du livre m’a perdu et ne pas savoir qui est qui a également perturbé ma lecture… J’ai cependant été intéressée par les passages concernant l’Histoire de l’Albanie, ses contes et légendes…

Extrait : (début du livre)
Rome 1998
Quand je pense à ma mort, l’instant où elle survient est toujours le même. Je porte une chemise boutonnée unie et un pantalon assorti, taillés dans une étoffe fine, facile à enfiler. C’est le grand matin et je suis heureux, j’éprouve le même plaisir et la même sérénité qu’aux premières bouchées de mon plat préféré. Certaines personnes m’entourent, je ne les connais pas encore, mais un jour viendra où je les connaîtrai, et je me trouve à un certain endroit, couché sur un lit médicalisé dans ma chambre à moi, nul n’agonise à mon côté, dehors le jour se remet sur ses pieds avec la lenteur d’un vieillard rhumatisé, certains mots me parviennent de la bouche de ceux qui me sont chers, une caresse sur la main, un baiser sur la joue, la sensation du foyer que j’ai érigé autour de moi comme un sanctuaire.
Ensuite, mes organes cèdent les uns après les autres et mes fonctions corporelles s’éteignent : mon cerveau n’envoie plus d’ordres, mon sang ne circule plus et mon cœur s’arrête, impitoyablement et inéluctablement, et je ne suis plus. À l’endroit où se trouvait mon corps ne subsiste plus que peau et tissu cutané, sous l’épiderme des fluides, des os et des organes inutiles. Mourir est aussi facile que descendre un chemin en pente douce.
Je suis un homme de vingt-deux ans, qui se comporte par moments comme un gars sorti de mon imagination ; je m’appelle Anton, Adam ou Gideon, comme il plaît à mon oreille sur l’instant, je suis français, allemand ou grec, mais jamais albanais, et je marche d’une façon définie, tel que mon père me l’a appris, je vais à pas larges et francs, conscient de la position de mon torse et de mes épaules, serrant la mâchoire comme pour m’assurer que personne n’empiète sur mon territoire, et alors la femme en moi brûle sur le bûcher tout le jour durant – quand au café ou au restaurant le serveur m’apporte l’addition sans s’étonner que je sois seul, la femme brûle, et quand je découvre des défauts imaginaires dans mon plat et le renvoie en cuisine, ou quand j’entre dans n’importe quelle boutique et que les vendeuses s’approchent, la femme à l’intérieur de moi reprend feu et vient se placer dans le continuum né le jour où il nous fut dit comment la femme naquit de la côte de l’homme, non pour être homme mais pour être à son côté, à la gauche de l’homme.
Par moments je suis une femme de vingt-deux ans, qui a les manières d’une fille qui me plaît, Amina ou Anastasia, le prénom n’a aucune importance, et je bouge comme j’ai vu faire ma mère, je ne touche pas le sol du talon quand je marche et je ne tiens pas tête aux hommes, je me suis enduit le visage de fond de teint, puis je l’ai poudré, je suis passée ensuite au contour des yeux, à l’eye-liner et au crayon à sourcils, au fard à paupières et au mascara, j’ai inséré des lentilles bleues sous mes paupières pour me réincarner, et l’homme en moi ne brûle pas du tout sur le bûcher mais il m’accompagne faire un tour en ville – quand je vais au même restaurant et passe la même commande, formule les mêmes griefs, le serveur ne renvoie pas le plat en cuisine mais déclare que la cuisson de la viande est exactement celle qu’il faut, et quand il m’apporte l’addition il suit mes faits et gestes comme si j’étais une enfant, il me scrute tandis que j’extrais de mon sac la somme qu’il m’a demandée, avant de disparaître en cuisine après un vague merci.

Petit Bac 2021
(1) Voyage

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Finlande / Albanie

Seules à Berlin – Nicolas Juncker

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Quatrième de couverture :
« On dit que les Russes ne connaissent aucune pitié. Qu’ils abattent les prisonniers et les vieillards. Qu’ils mangent les enfants. Quant aux femmes des peuples vaincus… Nous savons toutes ce qui nous attend ». Ingrid est allemande et travaille pour la Croix-Rouge. Evgeniya est russe et fait partie du N. K. V. D. La première survit dans une ville en ruines. La seconde cherche les restes d’Adolf Hitler. Dans Berlin, quelques jours au printemps 1945, deux femmes que tout oppose vont se découvrir.

Auteur : Nicolas Juncker est né en 1973. Après des études d’histoire, il devient dessinateur de presse puis professeur de bande dessinée au conservatoire des Arts de Saint-Quentin en Yvelines et d’Ivry-sur-Seine. Il signe en 2003 chez Treize Étrange sa première bande dessinée, Le Front, puis Malet en 2005, et D’Artagnan, Journal d’un Cadet, en 2008. Plus récemment, il a écrit le scénario du triptyque Fouché (Les Arènes) et de la série Un jour sans Jésus (Vents d’ouest). 

Mon avis : (lu en février 2021)
Pour créer cette histoire de fin de Seconde Guerre Mondiale, Nicolas Juncker s’est inspiré des témoignages de deux femmes, qui ont réellement existé. 
Berlin, avril 1945, la ville est en ruine après les bombardements américains et britanniques. Ingrid 28 ans, est allemande et travaille pour la Croix-Rouge. Evgeniya, 19 ans, est russe et fait partie des troupes d’élite du N.K.V.D, elle vient d’arriver à Berlin avec l’armée soviétique pour authentifier les restes d’Hitler. Ingrid et Evgeniya vont devoir cohabiter chez l’habitant, dans la même chambre.
Tout oppose ces deux femmes et pourtant elles vont durant quelques jours réussir à se découvrir autour de leurs points communs celui d’être femme et de devoir lutter pour exister dans ce monde très masculin, celui de tenir un journal intime qui permet au lecteur de mieux les découvrir…
« Seules à Berlin » est également une réflexion sur les côtés sombres de la guerre, comme les bombardements, les conditions de vie très difficiles, les horreurs dont sont victimes les civils…
Nicolas Junker utilise toutes les gammes de gris pour dessiner ce récit terrible, émouvant et très instructif.

Extrait :

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Petit Bac 2021(2) Adjectif