Les abeilles grises – Andreï Kourkov

31HEe1q+QIL Liana Levi – février 2022 – 400 pages

traduit du russe par Paul Lequesne

Titre original : Серые пчелы, 2019

Quatrième de couverture :
Dans un petit village abandonné de la «zone grise», coincé entre armée ukrainienne et séparatistes prorusses, vivent deux laissés-pour-compte : Sergueïtch et Pachka. Désormais seuls habitants de ce no man’s land, ces ennemis d’enfance sont obligés de coopérer pour ne pas sombrer, et cela malgré des points de vue divergents vis-à-vis du conflit. Aux conditions de vie rudimentaires s’ajoute la monotonie des journées d’hiver, animées, pour Sergueïtch, de rêves visionnaires et de souvenirs. Apiculteur dévoué, il croit au pouvoir bénéfique de ses abeilles qui autrefois attirait des clients venus de loin pour dormir sur ses ruches lors de séances d’«apithérapie». Le printemps venu, Sergueïtch décide de leur chercher un endroit plus calme. Ayant chargé ses six ruches sur la remorque de sa vieille Tchetviorka, le voilà qui part à l’aventure. Mais même au milieu des douces prairies fleuries de l’Ukraine de l’ouest et du silence des montagnes de Crimée, l’œil de Moscou reste grand ouvert…

Auteur : Andreï Kourkov, le plus célèbre écrivain ukrainien d’expression russe, est né en Russie en 1961 et vit à Kiev. Depuis la publication de son premier roman, Le Pingouin, ses livres sont traduits dans le monde entier. Les Abeilles grises est son dixième roman publié en France.

Mon avis : (lu en mars 2022)
L’apiculteur Sergueï Sergueïtch et son voisin, ennemi d’enfance, Pachka Khmelenko sont les derniers habitants du petit village de Mala Starogradivka, situé dans la « zone grise », sur la ligne de front dans le Donbass. Sergueïtch habite rue Lénine, Patcha rue Chevtchenko et pendant la première partie du roman le lecteur découvre leur quotidien sans électricité. Ils sont coincés entre l’armée ukrainienne et les forces séparatistes pro-russes et veillent avec soin l’un sur l’autre. La situation les obligent à s’entraider, à coopérer à se respecter alors qu’ils n’ont pas les mêmes idées sur le conflit. Par opportunisme, Pachka plus ou moins proche des russes auprès desquels il se procure des denrées alimentaires, Sergeï sympathise avec un soldat ukrainien qui lui rend des visites nocturnes…
Le printemps arrivant, pour le bien être de ses abeilles, Sergeï décide de quitter la zone grise dans sa Tchetviorka verte avec sur sa remorque ses six ruches pour dans un premier temps une prairie à Vessele (entre Zaporijjia et Melitopol) puis vers la Crimée où vit Ahtem, un apiculteur Tatar rencontrée lors d’un congrès à  Sloviansk dans la région de Donetsk, avant la guerre.
Ce roman nous raconte la situation en Ukraine (avant le 24 février 2022, bien sûr), en particulier dans le Donbass et en Crimée depuis 2014. A travers le quotidien puis le périple de Sergeï, le lecteur découvre la réalité du conflit, à l’intérieur et à l’extérieur de la zone grise.
Andreï Kourkov sait raconter les histoires avec des touches comiques qui surlignent l’absurde des situations…

A lire et à faire lire !

« zone grise » : 20 km de large le long de la ligne de front

Extrait : (début du livre)
Le froid força Sergueï Sergueïtch à se lever vers trois heures du matin. Le poêle-cheminée bricolé de ses mains d’après un croquis relevé dans la revue Datcha bien-aimée, avec porte vitrée et deux plaques de cuisson circulaires, ne dispensait plus aucune chaleur. Les seaux de fer-blanc, posés à côté, étaient vides. L’obscurité régnant, il avait plongé la main dans le plus proche, et ses doigts n’avaient rencontré que des miettes de charbon.
« D’accord ! » grogna-t-il d’une voix ensommeillée. Il enfila un pantalon, glissa ses pieds nus dans des pantoufles – de grosses bottes de feutre amputées de leur tige –, jeta une pelisse sur son dos et, empoignant les deux seaux, sortit de la maison.
Il s’arrêta derrière la grange, devant le tas de charbon. D’un coup d’œil, il repéra la pelle – il faisait bien plus clair dehors que dedans. Les morceaux de houille tombèrent en pluie, heurtant le fond des seaux dans un grand fracas. Mais quand une première couche fut formée, le tintamarre s’éteignit, et leur chute devint presque silencieuse.
Un coup de canon retentit quelque part au loin. Puis un autre une trentaine de secondes plus tard, mais comme provenant d’un autre côté.
« Quoi, ils dorment pas, ces abrutis ? Ou c’est-il qu’ils ont décidé de se réchauffer ? » bougonna Sergueïtch, mécontent.
Il regagna l’obscurité de la maison. Alluma une bougie. L’odeur agréable, chaude et miellée, lui frappa les narines. Il perçut le discret tic-tac, familier et apaisant du réveille-matin, posé sur l’étroit rebord de fenêtre en bois.
Un peu de chaleur subsistait à l’intérieur du poêle, néanmoins sans papier ni copeaux de bois, il n’aurait pas été possible d’enflammer le charbon encore glacé après son séjour dehors, dans le grand froid. Quand les longues langues bleuâtres des flammes dansèrent enfin derrière la vitre noircie de suie, le maître des lieux ressortit de la maison. Un roulement de lointaine canonnade, à peine audible de l’intérieur, s’entendait à l’est. Mais un autre bruit, plus proche, attira l’attention de Sergueïtch : à l’évidence, une voiture venait de passer dans la rue voisine. De passer et de s’arrêter. Il n’y avait que deux voies traversant le village : la rue Lénine et la rue Chevtchenko, à quoi s’ajoutait le passage Mitchourine. Lui-même vivait rue Lénine, dans une relative solitude. La voiture, par conséquent, avait emprunté la rue Chevtchenko. Il n’y avait là également qu’un seul habitant : Pachka Khmelenko, lui aussi précocement retraité, presque du même âge, ennemi d’enfance depuis la toute première classe de l’école du village. Son potager donnait sur Horlivka, autrement dit Pachka était d’une rue plus proche de Donetsk que Sergueïtch dont le potager regardait de l’autre côté, vers Sloviansk. En pente, il touchait à un champ qui descendait encore pour remonter ensuite en direction de Jdanivka. La ville elle-même n’était pas visible, elle semblait se cacher derrière la bosse. Mais l’armée ukrainienne, qui s’était enterrée dans cette bosse, à l’abri de casemates et de tranchées, se faisait entendre de temps à autre. Et quand on ne l’entendait pas, Sergueïtch savait malgré tout qu’elle était là, tapie, à gauche de la plantation d’arbres que longeait un chemin de terre fréquenté naguère par les tracteurs et les camions.
L’armée s’y trouvait depuis trois ans déjà. Tout comme la pègre locale renforcée de l’internationale militaire russe qui, dans ses propres abris, buvait thé et vodka, au-delà de la rue de Pachka, au-delà des jardins, au-delà des vestiges de la vieille abricoteraie plantée à l’époque soviétique, au-delà des champs que la guerre avait privés de paysans, comme la prairie qui s’étendait entre le potager de Sergueïtch et Jdanivka.

Déjà lu du même auteur :

les_pingouins_n_ont_jamais_froid_p Les pingouins n’ont jamais froid

le_pingouin_p Le pingouin

Petit bac 2022(4) Animal

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Ukraine

La Cellule : Enquête sur les attentats du 13 novembre 2015 – Soren Seelow, Kévin Jackson, Nicolas Otero

71IRgxDpPCL Les Arènes – août 2021 – 237 pages

Quatrième couverture :
Voici l’histoire de la cellule terroriste qui a organisé l’assassinat de 130 personnes au Bataclan, sur des terrasses de cafés parisiens et devant le Stade de France, le 13 novembre 2015.
Abdelhamid Abaaoud, djihadiste belge membre de l’État islamique, est l’un des responsables de cette cellule. Plusieurs mois avant les attentats, il est identifié comme une menace importante par les services de renseignements. S’engage alors une course contre la montre pour tenter de le localiser, de le neutraliser et d’intercepter ses commandos.
Dans cette reconstitution extrêmement documentée, le journaliste Soren Seelow raconte l’histoire de cette traque et retrace, jour après jour, la préparation de ces attentats, depuis leur conception en Syrie jusqu’à l’infiltration des terroristes en Europe. On y découvre l’impuissance des services de renseignements français et européens face à la détermination de l’État islamique. Après les
attentats de Paris, cette cellule frappera de nouveau à Bruxelles le 22 mars 2016.
Élaborée à partir de dossiers judiciaires, d’écoutes téléphoniques, de photos, de notes des services de renseignements français et de rapports confidentiels belges, cette enquête approfondie nous permet de mieux comprendre comment cette tragédie a été possible.

Auteurs : Soren Seelow est journaliste au Monde, spécialiste des questions de terrorisme.
Kévin Jackson est directeur d’études au Centre d’Analyses du terrorisme (CAT).
Nicolas Otero est auteur de bandes dessinées.

Mon avis : (lu en mars 2022)
Cette BD est un reportage graphique très bien documenté sur l’histoire de la cellule qui a organisés les attentats du 13 novembre 2015 et également, les étapes de l’endoctrinement d’un jeune migrant qui cherche à aller en Europe. L’enquête a été construite à partir de dossiers judiciaires, d’écoutes téléphoniques, de photos, d’auditions de membres de la cellule terroriste, de notes des services de renseignements français et de rapports confidentiels belges.
Avec la déstabilisation de l’Irak et de la guerre civil en Syrie, un nouveau groupe terroriste, l’État islamique, s’est créé en 2015 et a attiré de nouveaux combattants francophones. Parmi eux, un Belge, Abdelhamid Abaaoud bien déterminé à organiser des attentats en France… Les services de renseignements identifient très tôt sa dangerosité et après un projet d’attentat à Verviers (Belgique) en janvier 2015, Abaaoud  échappe de peu à une arrestation. Pendant 10 mois, il va préparer les attentats de novembre, constituer ses commandos, les entraîner et les envoyer par différentes routes en Belgique puis en France. En parallèle, entre l’Europe, la Turquie, l’Irak et la Syrie, les services de renseignements tenteront de localiser et de neutraliser les terroristes, mais la détermination ne suffira pas… Le déroulement des attentats du 13 novembre est pudiquement représenté par une double page entièrement noire…  M
ais l’enquête se poursuit avec la fuite des terroristes encore vivants, jusqu’aux derniers attentats perpétrés par la Cellule à l’aéroport de Zaventem et dans le métro de Bruxelles, avant l’arrestation des derniers survivants.
C’est une BD qui ne se lit pas d’une traite, car la mécanique est à la fois effrayante et impitoyable. Malgré tout, cette bande dessinée est passionnante et nécessaire pour mieux comprendre dans le détail comment ces attentats ont endeuillés notre pays.

Extrait : (début de la BD)

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Petit bac 2022
(3) Chiffre

Où est Anne Frank ! – Ari Folman, Lena Guberman

81l2srcC3vL Calmann-Lévy – octobre 2021 – 160 pages

Quatrième de couverture :
Après Le Journal d’Anne Frank, adapté en roman graphique avec David Polonsky en 2017, Ari Folman poursuit son travail de mémoire avec une visite poétique et familiale à Anne Frank, qui résonne fortement avec l’actualité. Ari Folman et la dessinatrice Lena Guberman nous entraînent plus de soixante-dix ans après la publication du Journal d’Anne Frank, à Amsterdam, pour faire revivre Kitty, son amie imaginaire.

Auteurs : Anne Frank est née le 12 juin 1929 à Francfort. Sa famille a émigré aux Pays-Bas en 1933. À Amsterdam, elle connaît une enfance heureuse jusqu’en 1942, malgré la guerre. Le 6 juillet 1942, les Frank s’installent clandestinement dans « l’Annexe » de l’immeuble du 263, Prinsengracht. Le 4 août 1944, ils sont arrêtés vraisemblablement sur dénonciation. Déportée à Auschwitz, puis à Bergen-Belsen, Anne meurt du typhus en février ou mars 1945, peu après sa sœur Margot.
Ari Folman est un scénariste et réalisateur israélien. En 2008, il dirige un film d’animation, Valse avec Bachir. Ce film documentaire raconte la vie d’un homme enrôlé dans l’armée israélienne à l’âge de 19 ans, qui est témoin de l’atrocité du massacre de Sabra et Chatila en 1982. Le film reçoit une acclamation critique unanime au Festival de Cannes 2008 et se voit récompensé du César du meilleur film étranger et du Golden Globe du meilleur film en langue étrangère. 

Mon avis : (lu en février 2022)
Je n’ai pas lu la BD Le Journal d’Anne Frank, adapté en roman graphique également par Ari Folman mais j’ai bien sûr lu le Journal d’Anne Frank, une première fois, lorsque j’étais adolescente et plus récemment, en 2012, après ma visite de la Maison d’Anne Frank.
Dans cette BD, l’auteur donne vie à Kitty, l’amie imaginaire d’Anne Frank à qui elle s’adresse dans son Journal. Kitty prend vie à Amsterdam, de nos jours mais sans savoir ce qui est arrivé à son amie Anne.
Elle est donc comme une adolescente d’aujourd’hui qui découvre Anne et son histoire.
Kitty est invisible dans la Maison d’Anne Frank mais lorsqu’elle sort de cette maison, elle devient visible. Elle est surprise de voir que de nombreux lieux d’Amsterdam portent le nom d’Anne Frank. Kitty va rencontrer des réfugiés et des migrants méditerranéens et découvrir le sort que l’on leur fait subir dans nos pays riches.
J’ai lu cette BD en plusieurs fois et ces allers-retours entre le passé et le présent rend l’histoire un peu difficile à suivre. A l’occasion, j’emprunterai la BD, Le Journal d’Anne Frank.

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Lors  de la rédaction de ce billet, je m’aperçois qu’un film d’animation, sortie en décembre 2021, existe également.

Extrait : (début de la BD)


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Petit bac 2022
(3) Ponctuation

Agatha Raisin, tome 15 : Bal fatal – M.C. Beaton

81-m4aR7LCL Albin Michel – février 2019 – 324 pages

traduit de l’anglais par Esther Ménévis

Titre original : Agatha Raisin and the Deadly Dance, 2004

Quatrième de couverture :
Calme plat dans les Cotswolds : pas un meurtre à la ronde pour notre détective préférée, Agatha ! Lorsqu’une riche divorcée lui demande d’élucider les menaces de mort dont sa fille Cassandra est victime, Agatha saute sur la proposition. Enfin une grosse affaire et sûrement un sacré coup de pub ! Elle ne croit pas si bien dire : lors d’un bal en l’honneur des fiançailles de Cassandra, elle déclenche une émeute en déjouant un assassinat… dont elle risque bien d’être la prochaine cible.

Auteur : Née à Glasgow, M.C. Beaton (1936-2019), après avoir été libraire puis critique de théâtre, journaliste et éditrice, a finalement pris la plume pour devenir auteur à succès figurant parmi les plus lus de Grande Bretagne. Elle a notamment écrit deux séries de romans policiers best-seller, la saga des Hamish MacBeth et la série des Agatha Raisin.  Sa série Agatha Raisin a été adaptée à la télévision et a été diffusée en France en 2017.

Mon avis : (lu en février 2022)
C’est toujours un plaisir de retrouver les aventures d’Agatha Raisin, avec son énergie, ses gaffes, ses chats et ses surgelés… et le pittoresque village de Carsley typiquement british… Nous voici avec l’enquête numéro 15. Agatha s’est décidé à ouvrir sa propre agence de détective privé. Sur les recommandations  de la femme du pasteur, elle embauche comme secrétaire Emma Comfrey, sa nouvelle voisine. La soixantaine, posée et discrète, elle va assez rapidement prendre de l’assurance au contact de sa nouvelle patronne. Leur première enquête vraiment importante est entreprise à la demande d’une riche divorcée dont la fille, qui doit se fiancer, est menacée de mort… Charles est également présent durant cette épisode tout comme Roy qui y fait une apparition…
Une enquête bien menée avec de nombreux rebondissements, des situations comiques et une Agatha plus soucieuse de son prochain.
C’est toujours pour moi, une lecture facile, distrayante dans une ambiance toute britannique !

Extrait : (début du livre)
Ce qui décida finalement Agatha Raisin à ouvrir sa propre agence de détectives fut ce qu’elle appelait intérieurement « l’incident parisien ».

Un jour d’été, ne tenant plus en place dans l’étouffante torpeur qui enveloppait le village de Carsely, dans les Cotswolds, elle résolut de prendre une semaine de vacances à Paris.
Agatha était une femme riche, mais comme tous les gens qui ont de l’argent, elle était périodiquement frappée par le démon de l’économie, si bien qu’elle avait réservé un modeste hôtel du Quartier latin, à deux pas de Saint-Germain-des-Prés. Elle avait déjà vu tout ce qu’il y avait à voir dans la capitale française lors de précédentes visites ; cette fois elle voulait seulement s’asseoir à la terrasse des cafés pour regarder les passants, ou flâner sur les bords de Seine.
Au bout de deux jours, malheureusement, il se mit à faire encore plus chaud qu’à Carsely. Or sa chambre n’était pas climatisée. Alors que le mercure grimpait à quarante et qu’elle se tournait et se retournait dans ses draps moites, elle découvrit que Paris est une ville qui ne dort jamais. Il y avait deux restaurants avec terrasse en face de son hôtel ; jusqu’à une heure du matin, des accordéonistes venaient jouer pour les clients en échange de quelques pièces. En entendant une énième interprétation de La Vie en rose, Agatha s’imagina avec plaisir envoyant une grenade par la fenêtre. Il fallait aussi supporter les vrombissements des voitures et les hurlements des touristes qui avaient bu plus que de raison. Puis, quand ils ne se sentaient plus très bien, leurs gémissements et le bruit de leurs haut-le-cœur.
Agatha décida néanmoins de profiter de Paris au maximum. Le métro n’était pas cher et vous emmenait partout.

Déjà lu du même auteur :

Série Agatha Raisin

111279972  tome 1 : La quiche fatale  112115556 tome 2 : Remède de cheval

511YgPvGkHL tome 4 : Randonnée mortelle 117060981 tome 3 : Pas de pot pour la jardinière 

Agatha_5 tome 5 : Pour le meilleur et pour le pire

51Pj39OW2mL tome 6 : Vacances tous risques : Bons baisers de Chypre

91fUANd3KcL tome 7 : A la claire fontaine  A1pFloaMoOL tome 8 : Coiffeur pour dames

91rBp5anMML tome 9 : Sale temps pour les sorcières 71noJFQhAiL  tome 10 : Panique au manoir 

51Vi5M8c4FL._SL500_ tome 11 : L’enfer de l’amour 81cUoHp2mUL tome 12 : Crime et déluge

814juHnbJ6L tome 13 : Chantage au presbytère 

 tome 14 : Gare aux fantômes

Série Hamish MacBeth 

81OT4JnMMqL tome 1 : Qui prend la mouche 81UeE6xHi-L tome 2 : Qui va à la chasse

81gvCw2nhKL tome 3 : Qui s’y frotte s’y pique

Petit bac 2022(3) Prénom

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Écosse

Les mille et une vies des urgences – Dominique Mermoux, Baptiste Beaulieu

914YFGC7khL Rue de Sèvres – septembre 2017 – 230 pages

Quatrième de couverture :
L’humanité à bras-le-corps. Baptiste est interne dans un service d’urgences. Celle qu’il surnomme la femme oiseau de feu voit ses jours comptés alors que son fils est coincé en Islande par un volcan au nom imprononçable. Baptiste n’a plus qu’un but, aider sa protégée à tenir jusqu’au retour de son fils. Pendant 7 sept jours, les journées du jeune interne sont rythmées par les moments qu’il passe à son chevet, à lui raconter toutes les vies de l’hôpital : les joies et peines des patients, les farfelus, les plus touchants, mais aussi la vie des internes et des infirmiers, leurs routines, leurs découragements, leurs amours parfois. Un témoignage rare et incroyablement touchant sur la terre méconnue mais essentielle que sont les urgences. Incontournable.

Auteurs : Ancien interne à l’hôpital d’Auch, Baptiste Beaulieu est aujourd’hui médecin généraliste et romancier. En novembre 2012, il lance son blog « Alors voilà », qui décrit avec humour, ironie et humanité, mais aussi parfois avec dépit, le quotidien des internes aux urgences. Devant le succès de son blog (6 millions de visiteurs), la plupart des anecdotes des urgences d’Auch paraissent en 2013 dans le récit Alors voilà, les 1001 vies des urgences (Fayard), adapté en bande dessinée chez Rue de Sèvres.
Né en 1980 en Haute-Savoie, Dominique Mermoux se lance dans la bande dessinée après des études aux arts décoratifs de Strasbourg, un BTS en communication visuelle et un diplôme en illustration aux Arts décoratifs de Strasbourg. Récompensé à plusieurs reprises par des prix « Jeunes talents » (Angoulême, Lausanne, Sierre), il débute sa carrière dans la presse, puis décide de travailler sur des albums en collaboration avec des scénaristes. Il travaille principalement en tant que dessinateur BD, et continue d’affuter son stylo-bille dans les carnets de croquis qu’il réalise. Les Mille et une vies des Urgences est son premier titre chez Rue de Sèvres.

Mon avis : (lu en février 2022)
Cette bande dessinée est l’adaptation du roman « Alors voilà : les 1001 vies des urgences » de Baptiste Beaulieu. C’est la vie des urgences racontée avec humanité et poésie… Le lecteur découvre le quotidien de l’hôpital du côté des patients et de celui des soignants. Pendant 7 jours, nous passons d’un box de consultation à un l’autre, d’une chambre à l’autre avec le jeune interne Baptiste et ses collègues Léa alias Frottis, Amélie, Poussin, Blanche, Chef Pocahontas ou Chef Viking… En fil rouge, il y a une patiente surnommée Oiseau-de-feu par Baptiste qu’il visite tous les jours… elle est en phase terminale et attend la visite de son fils qui bloqué à Reykjavík par le volcan Eyjafjallajökull. Afin de la garder en vie le plus longtemps possible, Baptiste lui raconte de nombreuses petites anecdotes rencontrées aux Urgences, elles sont parfois drôles, tristes ou juste émouvantes…
Une lecture émouvante, pleine d’humanité avec de l’humour, de l’intelligence et de la sensibilité !

Extrait : (début de la bande dessinée)

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Petit bac 2022
(2) Chiffre

Dix âmes, pas plus – Ragnar Jónasson

91uYpniw9AL La Martinière – janvier 2022 – 352 pages

traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün

Titre original : Þorpið, 2019

Quatrième de couverture :
Recherche professeur au bout du monde. Voici une petite annonce qui découragerait toute personne saine d’esprit. Pas Una. La jeune femme quitte Reykjavík pour Skálar, l’un des villages les plus reculés d’Islande, qui ne compte que dix habitants. Malgré l’hostilité des villageois. Malgré l’isolement vertigineux.
Là-bas, Una entend des voix et le son fantomatique d’une berceuse. Et bientôt, une mort brutale survient. Quels secrets cache ce village ? Jusqu’où iront ses habitants pour les protéger ?

Auteur : Ragnar Jónasson est né à Reykjavík en 1976. Grand lecteur d’Agatha Christie, il entreprend, à dix-sept ans, la traduction de ses romans en islandais. Découvert par l’agent d’Henning Mankell, Ragnar a accédé en quelques années au rang des plus grands auteurs de polars internationaux. La Dernière Tempête clôt la trilogie  » La Dame de Reykjavík « , mettant en scène l’enquêtrice Hulda Hermansdóttir à plusieurs âges de sa vie, en remontant le temps. Ce dernier volet se déroule 25 ans avant La Dame de Reykjavík et 10 ans avant L’Île au secret. Les œuvres de Ragnar sont traduites dans une trentaine de pays.

Mon avis : (lu en février 2022)
« Recherche enseignant au bout du monde », sur un coup de tête Una décide de répondre à cette petite annonce peu commune. Sa vie à Reykjavík ne lui convient plus, elle imagine que cette aventure pourrait lui faire le plus grand bien… Ce bout du monde c’est Skálar, un village situé à l’extrémité nord-est de l’Islande, sur la pénincule de Langanes, à huit heures de route de Reykjavík. Un hameau de dix âmes pas plus et parmi eux, deux jeunes élèves : Eda et Kolbrun. Una va loger chez Salka, qui élève seule sa fille Eda.
L’accueil à Skálar est assez froid, les gens sont le plus souvent gentils mais gardent leur distance vis à vis de la nouvelle arrivée. Dès les premières heures, Una ressent un malaise, chacun de ses gestes sont épiés, ses nuits sont hantées par le fantôme d’une petite fille… En plus des conditions météorologiques rudes et hostiles, l’atmosphère du village est oppressante, secrète car toute la petite communauté reste unie et fermée aux étrangers.
Dans cette histoire, il faut attendre près de la moitié du livre avant qu’un évènement dramatique arrive et Una va se mette à poser des questions, trop de questions ?
Ce huis clos est inégal, j’ai aimé les descriptions de la nature, de l’atmosphère de ce long hiver islandais. Mais l’intrigue n’est pas aussi palpitante que d’habitude, et j’ai été un peu perdu par les passages en italique qui relate des évènements du passé. La description du village et de chacun des habitants manque de profondeur. Je suis un peu déçue.

Extrait : (début du livre)
Una se réveilla en sursaut.
Elle ouvrit les yeux. Plongée dans l’obscurité, elle ne voyait rien. Incapable de se rappeler où elle se trouvait, elle avait la sensation d’être perdue, allongée sur un lit inconnu. Son corps se raidit dans un soudain accès de panique. Elle frissonna, puis comprit qu’elle avait jeté sa couette par terre dans son sommeil. Il faisait un froid glacial dans la chambre. Elle se redressa doucement. Prise d’un léger vertige, elle se ressaisit rapidement et se souvint tout à coup d’où elle était.
Le village de Skálar, sur la péninsule de Langanes. Seule, abandonnée dans son petit appartement sous les combles.
Et elle savait ce qui l’avait réveillée. Enfin, elle croyait savoir… Avec ses sens encore engourdis, difficile de distinguer le rêve de la réalité. Elle avait entendu du bruit, un étrange son. Tandis que sa conscience s’éclaircissait, la peau de ses bras se couvrit de chair de poule.
Une fillette, oui, c’était ça, à présent cela lui revenait très nettement : une petite fille qui chantait une berceuse.
N’y tenant plus, elle s’extirpa du lit, tâtonna dans les ténèbres à la recherche de l’interrupteur du plafonnier.Complètement aveugle, elle pesta de ne pas avoir de lampe de chevet. Pourtant, elle hésitait encore à allumer ; l’obscurité avait quelque chose de sécurisant.
La voix de la petite fille résonna de nouveau dans sa tête, fredonnant cette berceuse qui ne lui laissait qu’un souvenir flou. Il devait s’agir d’un rêve, bien sûr, mais cela lui avait semblé si réel.
Un grand fracas déchira le silence. Retenant un cri, elle perdit l’équilibre. Bon sang, que se passait-il ? Envahie d’une vive douleur, elle comprit qu’elle avait marché sur le verre de vin rouge abandonné par terre la veille au soir. Elle passa la main sous son pied ; un tesson s’était fiché dans sa peau, et un filet de sang chaud s’échappait de la plaie. Elle tira prudemment sur le bout de verre en serrant les dents.

Déjà lu du même auteur :

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Petit bac 2022
(1) Chiffre

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Islande

Un pays de neige et de cendres – Petra Rautiainen

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

913hqAasxpL Seuil – mars 2022 – 320 pages

traduit du finnois par Sébastien Cagnoli.

Titre original : Tuhkaan piirretty maa, 2020

Quatrième de couverture :
En 1944, au milieu des étendues sauvages de la Laponie, un jeune soldat finlandais, Olavi Heiskanen, officie comme traducteur dans un camp de prisonniers dirigé par les Allemands. La cruauté fait partie du quotidien, détenus et gardiens luttent pour préserver leur humanité.
Enontekiö, 1947. La journaliste Inkeri Lindqvist s’installe dans la ville pour écrire sur la reconstruction de la Laponie. Mais elle cherche avant tout, et en toute discrétion, à élucider le mystère qui entoure la disparition de son mari durant la guerre.
Alors qu’Olavi et Inkeri cohabitent, la journaliste découvre peu à peu ce que tout un peuple sami a subi dans l’indifférence la plus totale. Et dans la nuit polaire, l’Histoire s’apprête à révéler, sous le soleil de minuit, ses plus sombres secrets.

Auteur : Petra Rautiainen est née en 1988 en Finlande. Elle s’intéresse à la représentation du peuple sami dans les médias. Un pays de neige et de cendres, son premier roman, est un best-seller et a été traduit dans douze langues.

Mon avis : (lu en février 2022)
Avec ce roman, le lecteur découvre la Laponie et son peuple autochtone, les Samis, durant la fin de la Seconde Guerre Mondiale et l’après-guerre. La Laponie représente une zone qui couvre le nord de la Suède, de la Norvège et de la Finlande ainsi que la péninsule de Kola en Russie.
« Un pays de neige et de cendres » est composé en alternance de deux parties qui reflètent deux époques. Il y a en premier le journal intime de Väinö Remes, un soldat finlandais, écrit entre février à septembre 1944 racontant son quotidien de traducteur et de gardien dans un camp de prisonniers à Inari.
La deuxième partie se passe de 1947 à 1950 avec la journaliste Inkeri Lindqvist venue s’installer à Enontekiö pour, officiellement, écrire sur la reconstruction de la Laponie. En réalité, elle enquête discrètement, à comprendre comment son mari a disparu durant la guerre.
Avec l’aide d’un vieux Sami, Piera et de sa petite fille, Bigga, Inkeri va découvrir ce pays qu’elle ne connaissait pas. En donnant des cours d’art et de photographie aux enfants du village, elle va peu à peu comprendre ce que tout un peuple a subi durant la guerre dans l’indifférence la plus totale. Dans la même maison, il y a également Olavi, ancien soldat qui est resté à Enontekiö après la guerre, silencieux
Ce roman se lit comme un roman policier puisque le suspens est présent à savoir si Inkeri aboutira dans son enquête. Le lecteur en sait plus qu’Inkeri grâce au point de vue du journal intime de Väinö. Historiquement, le roman, très bien documenté est passionnant.
Le ciel, le soleil de minuit, la nuit polaire et la nature de Laponie sont également fascinants à découvrir dans cet ouvrage.

Merci Babelio et les éditions du Seuil pour cette belle découverte.

Extrait : (début du livre)
INARI
Février 1944
Je suis arrivé hier à Inari : au centre pénitentiaire suivant, après celui de Hyljelahti. Ce camp ne figure pas sur les cartes finlandaises. Il est situé à une vingtaine de kilomètres à l’est nord-est du centre-bourg. Le lac est proche. La voie qui mène ici n’a de route que le nom, et deux grands arbres obstruent la
vue dans cette direction. À leur niveau, des panneaux signalent qu’il est interdit de passer sous peine de mort. Ils sont écrits en allemand et en same d’Inari. En same parce que, si quelqu’un passait par là, ce serait probablement un nomade traversant la toundra. À supposer qu’ils sachent lire, ces gens-là.
Hänninen est venu à ma rencontre. Je me suis présenté : « Väinö Remes, autorité militaire, interprète. » Sans rien dire, il m’a examiné de la tête aux pieds. Je dois avoir l’air jeune. Nous avons roulé sur un sentier pédestre dans une voiture allemande. Arrivés devant le portail, nous sommes sortis du véhicule. Le gardien n’a pas réagi tout de suite ; mais en voyant l’officier, il a changé d’expression, le boche. J’ai lu la peur dans ses yeux. Il avait une tête de mort sur le col. Hänninen lui a dit quelque chose et lui a proposé une cigarette. Le garde n’y a pas touché. Je ne sais pas s’il comprenait le finnois. Hänninen m’a expliqué ce que je savais déjà. Comme partout ailleurs, les prisonniers sont répartis entre différentes tentes. Dans celle de gauche, il y a des Ukrainiens ; dans la suivante, d’autres Soviétiques ; ensuite, des Serbes. J’ai vu
une quatrième tente. Mais il n’en a pas parlé. Je ne sais pas à quoi elle sert.
Il n’y a pas de Juifs. Les Juifs – avérés ou soupçonnés – sont expédiés au camp pénitentiaire de Hyljelahti. D’ailleurs, les détenus sont relativement peu nombreux ici, mais ils affluent à un rythme continu. Hänninen m’a parlé de tout un navire de prisonniers arrivé l’autre nuit depuis Dantzig ; dans le lot, il y avait des Polonais et des Roumains. Dès le matin, ils sont partis construire une route vers le nord. À part ça, dans les environs, il y a deux ou trois autres camps, dont un est réservé aux Allemands coupables de trahison à la patrie ou à la race. Les traîtres à la race, ce sont les pires. Tous les dimanches, ils sont emmenés à la prison communale d’Inari pour être exécutés.

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Petit bac 2022
(2) Couleur

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Finlande

Iznogoud : Moi, calife… – Tabary, Jul, Vassilian, Andrieu, Elric

61+vsJsc4iL Imav – octobre 2021 – 48 pages

Quatrième de couverture :
L’ignoble vizir Iznogoud revient dans une forme éblouissante, prêt à toutes les ignominies pour enfin devenir calife à la place du calife ! N’hésitant pas à s’entourer de tout ce que Bagdad la somptueuse compte de mages interlopes, de charlatans véreux et d’hommes de main sans scrupules, il ne recule devant rien pour piéger le bon Haroun El-Poussah : de l’échiquier enchanté qui escamote le perdant de la partie, aux toiles magiques de Dali Baba, Iznogoud multiplie les stratagèmes tordus pour arriver à ses fins.

Auteurs : Jul (de son vrai nom Julien Berjeaut) est né en 1974. Après Normale sup et une agrégation, il devient professeur d’histoire chinoise à l’université avant de s’orienter vers le dessin de presse. Il entre au Nouvel Observateur en 1998, puis dessine à la Dépêche du midi, à Marianne et à partir de 2000 pour Charlie Hebdo. Depuis, il collabore également à Lire, à Philosophie Magazine, à l’Huma, aux Echos ou encore à Fluide Glacial. En 2005, il publie son premier album Il faut tuer José Bové, une plongée délirante dans la jungle altermondialiste. L’ouvrage est plébiscité par les lecteurs. En 2006, son deuxième album La croisade s’amuse parodie le choc des civilisations.En 2007, le Guide du Moutard pour survivre à 9 mois de grossesse reçoit le Prix Goscinny. La planète des sages, encyclopédie mondiale des philosophes et des philosophies écrite avec Charles Pépin, a marqué l’année BD 2011. En 2009, il publie chez Dargaud sa première série Silex and the City. 4 tomes et une première saison animée plus tard, plus de 300 000 exemplaires ont été vendus et la série vue par des millions de téléspectateurs.
Laurent Vassilian est dialoguiste et rédacteur reconnu aux Guignols de l’Info et dans la lignée de Nicolas Canteloup, il suit ce dernier pour rédiger le texte de l’ouvrage humoristique « Iznogoud président », sorti à l’occasion des élections présidentielles de 2012. 
Olivier Andrieu, ingénieur et blogueur né en 1961, jeune scénariste au talent prometteur il signe ici sa première participation à un album de bande dessinée.
Nicolas Tabary, dessinateur, fils de Jean Tabary, il tente de poursuivre l’œuvre de son père sur les aventures d’Iznogoud. 
Elric Dufau est né en 1983. Il s’inscrit aux Beaux-Arts, s’intéresse de près à l’art contemporain, s’amuse enfin et décroche un diplôme national d’arts plastiques (DNAP) suivi d’un diplôme national supérieur d’expression plastique (DNSEP). Sa passion première reste cependant la bande dessinée : tout juste diplômé, il s’y plonge à plein temps en dessinant l’album Marche ou rêve. Il collabore régulièrement aux projets collectifs de ses amis des éditions Onapratut et fait de la musique au sein du groupe Disorder. En 2011 il entre en résidence à la Maison des auteurs d’Angoulême pour le projet Harpignies, qui voit le jour en 2014.

Mon avis : (lu en janvier 2022)
Cette album créé par trois auteurs et 2 dessinateurs regroupe 5 histoires de 8 planches. On retrouve les personnages principaux comme le fourbe vizir Iznogoud, Dilat Laraht, son fidèle homme de main, et le bon calife Haroun El-Poussah, l’esprit des jeux de mots de Goscinny mais il y a aussi des références plus modernes : il est question d’Anne Hidalgo, de Velib’, de LGBT, des attentats de 2015…
Le vilain petit Iznogoud a toujours l’obsession de devenir « Calife à la place du Calife », son imagination est sans borne mais sa bêtise également. L’album se lit sans déplaisir mais sans plus.

Extrait :

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Petit bac 2022
(2) Ponctuation

Ör – Auður Ava Ólafsdóttir

516j19nSWIL Zulma – octobre 2017 – 240 pages

traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson

Prix Médicis étranger 2019

Titre original : Ör, 2016

Quatrième de couverture :
Se décrivant lui-même comme un « homme de quarante-neuf ans, divorcé, hétérosexuel, sans envergure, qui n’a pas tenu dans ses bras de corps féminin nu – en tout cas pas délibérément – depuis huit ans et cinq mois », Jónas Ebeneser n’a qu’une passion : restaurer, retaper, réparer. Mais le bricoleur est en crise et la crise est profonde. Et guère de réconfort à attendre des trois Guðrún de sa vie – son ex-femme, un joli accident de jeunesse, sa fille, spécialiste volage de l’écosystème des océans, et sa propre mère, ancienne prof de maths à l’esprit égaré, collectionneuse des données chiffrées de toutes les guerres du monde… Doit-il se faire tatouer une aile de rapace sur l’omoplate ou carrément emprunter le fusil de chasse de son voisin pour en finir à la date de son choix ? Autant se mettre en route pour un voyage sans retour à destination d’un pays abîmé par la guerre, avec sa caisse à outils pour tout bagage et sa perceuse en bandoulière. Ör (« Cicatrices ») est le roman poétique et profond, drôle, délicat, d’un homme qui s’en va – en quête de réparation.

Auteure : Explorant avec grâce les troublantes drôleries de l’inconstance humaine, Auður Ava Ólafsdóttir poursuit, d’un roman à l’autre, une œuvre d’une grande finesse. Ör, encensé par la presse lors de sa parution en novembre 2016, lauréat du Prix des Libraires islandais, est un tourbillon de charme, d’humour et d’humanité, qui a également valu à son auteur l’Íslensku bókmenntaverðlaunin, le plus prestigieux prix littéraire d’Islande. Auður Ava Ólafsdóttir vit à Reykjavík.

Mon avis : (lu en janvier 2022)
Jonas, 49 ans, est un homme silencieux, très grand bricoleur. Divorcé, il vient de découvrir que sa fille n’est pas tout à fait sa fille, sa mère, ancienne professeur de maths, n’a plus tout à fait sa tête séjourne dans une maison de retraite. Jonas
se sent très seul et ne voit plus aucune raison de vivre… Il essaye d’emprunter le fusil de son voisin pour en finir, mais ne voulant pas traumatiser le proche qui le retrouverai, il change de plan. Il décide de quitter l’Islande pour un pays détruit par la guerre, il fait la réservation d’une chambre d’hôtel pour une semaine pour disparaître là-bas. Il part donc avec presque rien comme bagage emportant malgré tout sa caisse à outils pour pouvoir éventuellement installer un crochet solide…
Mais rien ne va se passer comme Jonas l’a imaginé. Là-bas, il réalise que son désespoir est dérisoire et ridicule face aux blessures visibles et invisibles des survivants de ce pays ravagé… Ses talents de bricoleur sont précieux là où tout est en ruines et où tout manque. Entre bricolage et rencontres, Jonas va peu à peu se rendre utile, trouver sa place et se remettre à vivre.
Un roman touchant, plein de poésie et de sensibilité.

L’auteure de Rosa Candida contemple avec poésie et sensibilité la difficulté d’être un homme aujourd’hui, remettant en question la souffrance et le sens du bonheur dans des sociétés où, en théorie, on ne manque de rien d’autre qu’un peu d’amour quelquefois.
Un merveilleux roman où chaque phrase engage la réflexion.

Extrait : (début du livre)
31 MAI
Je sais bien que j’ai l’air ridicule, tout nu, mais je me déshabille quand même. J’enlève d’abord mon pantalon et mes chaussettes, puis je déboutonne ma chemise, laissant apparaître un nymphéa d’un blanc éclatant sur ma chair rose, sur le côté gauche de la cage thoracique, à une demi-lame de couteau du muscle qui pompe huit mille litres de sang par jour, je termine par mon caleçon. Dans cet ordre. Ça ne prend pas longtemps. Me voilà nu, debout sur le parquet, devant la femme, tel que Dieu m’a fait, avec quarante-neuf ans et six jours de plus. Non que mes pensées aillent vers Dieu en cet instant précis. Il y a encore trois lattes de parquet entre elle et moi, du pin rouge de la forêt environnante, laquelle est parsemée de mines explosives. Chaque planche mesure dans les trente centimètres de large, sans compter les interstices, je tends la main, tâtonnant dans sa direction comme un aveugle qui cherche des points de repère, j’approche le bout des doigts de l’enveloppe extérieure de son corps, la peau. Un rai de lune caresse son dos par la fente des rideaux. Elle fait un pas vers moi, j’avance sur une latte qui grince, tandis qu’elle aussi tend la main, ajuste sa paume contre ma paume, ligne de vie contre ligne de vie ; je sens aussitôt un afflux tumultueux dans ma carotide, une pulsation dans mes genoux et mes bras ; je sens le flot sanguin se répandre dans mes organes. Il y a du papier peint à motif de feuillage sur le mur au-dessus du lit de la chambre numéro onze de l’Hôtel Silence et je me dis que demain je poncerai le parquet avant de le cirer.

Déjà lu du même auteur : 

Rosa_candida Rosa Candida  l_embellie L’Embellie

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Islande

 

Olive, enfin – Elizabeth Strout

71u5lWZ-3KL Fayard – août 2021 – 368 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Brévignon

Titre original : Olive, Again, 2019

Quatrième de couverture :
Dans la petite ville côtière de Crosby, dans le Maine, Olive Kitteridge est connue – et redoutée – pour son caractère bien trempé et son franc-parler détonant. Professeure de maths retraitée, veuve depuis peu, elle apprend à négocier les épreuves mais aussi à apprécier les joies que lui réserve cette nouvelle période de sa vie : bientôt, Olive se remarie, renoue avec son fils, essaie d’apprivoiser ces créatures étonnantes que sont ses petits enfants, et, surtout, le temps qui passe. Au fil des années, elle croise sur son chemin nombre de connaissances, amis ou anciens élèves : une jeune femme sur le point d’accoucher au moment le plus incongru, une autre qui vit recroquevillée depuis qu’elle a un cancer, ou encore une fille confrontée à l’effroi de ses parents lorsqu’elle leur révèle exercer la profession de maîtresse SM. Dans le sillage d’Olive, on pousse des portes et découvre les histoires, les drames et les destinées singulières des habitants de Crosby.
Une fois encore, Elizabeth Strout met brillamment à nu la vie des gens ordinaires et livre un roman superbe, tendre, mélancolique et plein d’humour sur le couple, l’amour, la vieillesse et la solitude, en déroulant le fil de l’histoire de son irrésistible Olive à l’automne de sa vie.

Auteure : Elizabeth Strout est née en 1956 à Portland, dans le Maine. Après des études de droit, elle s’installe à New York et publie des nouvelles dans différentes revues littéraires. Elle met sept ans à rédiger son premier roman, Amy et Isabelle (2000). En 2009, elle reçoit le prix Pulitzer pour Olive Kitteridge, publié dans 26 pays. 

Mon avis : (lu en janvier 2022)
Quelle plaisir de retrouver Olive Kitteridge, cette professeur de mathématiques en retraite devenue veuve.
Comme pour le roman précédent, il est construit sous forme de tranches de vie de Crosby, une petite ville côtière du Maine avec en fil rouge Olive Kitteridge. Dans certains chapitres, elle est très présente et dans d’autres elle est juste évoquée. C’est la suite de la vie d’Olive de 70 à plus de 80 ans. Cette femme haute en couleurs, au caractère bien trempé est vraiment très attachante. Elle a son franc parlé mais également un grand cœur.
Toutes ces tranches de vie sont touchantes ou humoristiques, inattendues ou décalées, parfois tragiques… Elles sont décrites sans complaisance mais avec beaucoup d’humanité.
J’avais eu un vrai coup de cœur pour Olive Kitteridge et c’est également un grand coup de cœur pour Olive, enfin !

Extrait : (début du livre)
Un samedi de juin, en début d’après-midi, Jack Kennison mit ses lunettes de soleil, prit place dans sa voiture de sport après avoir baissé la capote, passa la ceinture de sécurité sur son épaule et son ventre proéminent, puis mit le cap sur Portland – à près d’une heure de route – pour acheter un gallon de whisky sans risquer de tomber sur Olive Kitteridge à la supérette de Crosby, dans le Maine. Ou sur cette autre femme qu’il avait croisée à deux reprises dans le magasin, lui, sa bouteille de whisky à la main, elle, monologuant sur la météo. La météo ! Cette femme – son nom lui échappait – était veuve, elle aussi.
Pendant qu’il roulait, une sensation proche du calme monta en lui. Une fois arrivé à Portland, il se gara et marcha vers le fleuve. L’été avait éclos. S’il faisait encore frais en cette mi-juin, le ciel était bleu et les mouettes volaient au-dessus des docks. Il y avait du monde sur les quais, beaucoup de jeunes gens avec des poussettes et des enfants, et tous paraissaient se parler. Ce détail l’impressionna. Comme cela leur semblait naturel d’être ensemble, de se parler ! Personne ne lui adressait le moindre regard, et il prit conscience d’une chose qu’il avait déjà remarquée, mais différemment cette fois : il n’était qu’un vieil homme bedonnant, peu susceptible d’attirer l’attention. C’était presque libérateur. Pendant de nombreuses années, il avait été grand, plutôt bel homme, sans embonpoint, et il attirait les regards quand il flânait sur le campus de Harvard. Pendant toutes ces années, il avait vu les étudiants l’observer avec déférence, et les femmes aussi le regardaient. Aux réunions du département, il intimidait ses collègues. Certains le lui avaient avoué, et il sentait qu’ils disaient vrai, car c’était l’effet qu’il recherchait. Et voilà qu’il se promenait le long d’un quai bordé de résidences en construction, se demandant s’il ne ferait pas mieux de venir s’installer ici pour vivre entouré d’eau – et de gens. Il sortit son portable de sa poche, le consulta, puis le rangea. Il avait envie de parler à sa fille.
Un couple apparut à la porte d’un appartement. Ils avaient son âge, l’homme avait lui aussi du ventre, mais pas autant que Jack, et la femme paraissait contrariée. À leur attitude l’un envers l’autre, Jack se dit qu’ils devaient être mariés depuis des années. Il entendit la femme dire : « Ça suffit, maintenant. » L’homme répondit quelque chose, et elle répéta : « Non, ça suffit. » Ils le croisèrent (sans le remarquer) et quand, un instant plus tard, il se retourna pour jeter un coup d’œil vers eux, il fut – vaguement – surpris de constater que la femme avait passé son bras sous celui de l’homme tandis qu’ils remontaient le quai en direction de la petite ville.
Parvenu à l’extrémité du quai, Jack contempla l’océan. Il regarda d’un côté, puis de l’autre. Un vent qu’il sentit subitement soulevait de petites franges écumeuses à la crête des vagues. 

Déjà lu du même auteur :

71lfdrHxd2L Olive Kitteridge

Petit bac 2022
(1) Prénom