Bande de poètes – Alexandre Chardin

Lu en partenariat avec Babelio et Casterman

711C6D2sggL Casterman – mars 2021 – 216 pages

Quatrième de couverture :
Julien craint le pire pour la rentrée. Son père l’a inscrit au collège Rostand où vont les jeunes les plus défavorisés de la cité. Premier défi pour Julien : s’intégrer en étant le fils du maire, le blanc-bec de service qui préfère le groove d’une trompette au flow du rap. Deuxième défi : briller aux yeux de la fière Nour, et survivre au regard-mitraillette de son frère. Les choses semblent mal parties et pourtant…
il se pourrait que Julien rencontre ses meilleurs alliés durant cette année, et même qu’ils montent ensemble un projet musical unique (rap, piano et trompette) pour faire entendre leurs voix !

Auteur : Je suis né trop tard pour être Rahan, le fils des âges farouches, Davy Crocket ou même Charles Bronson. J’aurais dû naître en Alaska, vaincre mon premier grizzly au canif à 4 ans, devenir éleveur de colibris en Islande et surfeur de vagues géantes pour épater les otaries. Mais je suis né à Strasbourg, ce qui n’est déjà pas si mal. J’ai élevé des chenilles urticantes, des orvets, des larves de moustiques et des têtards sous l’œil confiant de mes parents. A 8 ans, j’ai voulu sauter du grand tremplin de saut à ski en Autriche, papa a hésité, maman a dit non, je lui en veux encore. Et puis un jour mon cœur fait boum car je découvre le Voyage au bout de la nuit de Louis Ferdinand Céline. Et hop, ce sera la fac de lettres de Strasbourg. J’ai beaucoup appris, voyagé et j’ai rencontré la femme de ma vie à la « cafet » de la fac de lettres, romantisme absolu ! J’ai eu une 2CV qui avait 16 trous dans le toit, une moquette rose au sol et une moumoute assortie sur le volant. J’ai ensuite déménagé à Mulhouse dans un immeuble plein de yorkshires et de sorciers. Mais aujourd’hui, la gloire est proche car j’ai une petite fille merveilleuse, un petit garçon-soleil et une voiture dans laquelle ma 2CV aurait pu rentrer. Pour les 243 prochaines années, je compte apprendre à jouer de la batterie, pulvériser le record d’Usain Bolt sur 200 m, retourner au Kirghistan, relire l’Histoire de Tönle de Mario Rigoni Stern, construire 14 cabanes dans les arbres dans la forêt de mon papa, voir une aurore boréale, manger un waterzoi, écrire un roman traduit en estonien et assister à la disparition de la bêtise arrogante. Mais je suis confiant, il y a de beaux enfants, curieux aux yeux rieurs qui me donnent toujours envie d’enseigner.

Mon avis : (lu en mars 2021)
Lorsque j’ai accepté de recevoir ce livre dans le cadre d’un Masse Critique spécial, je ne m’attendais pas à recevoir un livre écrit en vers ! C’est surprenant mais finalement la lecture se fait très bien. En avant-propos, l’auteur nous conseille d’entendre ce texte plutôt que de le lire…
Le père de Julien est le Maire de la ville, il a inscrit son fils au collège où vont les adolescents les plus défavorisés de la ville… Non seulement Julien se retrouve sans ses copains, mais il va devoir s’intégrer dans une classe qui ne lui ressemble pas du tout. En arrivant au collège, il a une bonne surprise en découvrant Nour, une splendide fille qu’il a vraiment envie de mieux connaître…
Nour a un frère plutôt protecteur, Amir, qui dès le début prend en grippe Julien… Abou se tient dans l’ombre d’Amir, c’est garçon assez mystérieux qui préfère discuter avec Julien que de l’affronter comme Amir… Je n’en raconterai pas plus mais tout ce petit groupe, en se fréquentant et en échangeant va se trouver des points communs et construire ensemble un beau projet.
Une très belle histoire que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir.
Merci Babelio etles éditions Casterman pour cette lecture positive.

Extrait : (début du livre)
Cher lecteur, permets-moi, avant de commencer,
De t’expliquer dans quoi tu viens de te lancer.
Tu reconnais des rimes et des vers… « Oh, misère ! »
Tu te dis: « Non, pitié ! Je vais vivre l’enfer !

Il est fou cet auteur ? Il nous fait un caprice,
C’est pas pour moi, ce truc ! Non merci, le supplice ! »
Sans doute connais-tu le beau récit d’Homère,
Ulysse aux mille ruses méritait des vers…

Dix ans de guerre à Troie, puis monstres et tempêtes,
Cyclopes, dieux, sirènes, une terrible quête.
Si j’ai choisi les vers, c’est que mes personnages
Sont des aventuriers : écoute leur courage.

Les rimes et les vers pour des actes héroïques,
Une histoire d’enfants passionnés de musique.
Amir, Abou, Julien, la valeureuse Nour,
N’attendent que ta voix pour voir vraiment le jour.

Car ce texte, lecteur, ne doit pas qu’être lu !
N’hésite pas, dis-le ! Il veut être entendu.
Mais tu t’impatientes: « Quel bavard, on enrage !
Raconte-nous l’histoire, on voudrait des images ! »

Voici donc, mon ami, le début du récit,
Personnages et lecteur, un dernier mot : merci !

Petit Bac 2021
(3) Objet

Sauveur & Fils saison 6 – Marie-Aude Murail

81ddqapXT2L École des Loisirs – août 2020 – 332 pages

Quatrième de couverture :
Jamais une psychothérapie n’a autant ressemblé à une enquête policière que dans cette saison 6. Qui est cet homme qui veut être reçu à 7 heures du matin au 12, rue des Murlins et qui a l’air de connaître la maison de Sauveur comme s’il y avait déjà vécu ? D’où vient Gilbert le Démon qui persécute la jeune Sarah en lui criant à l’oreille des insanités ? Pour-quoi Ghazil Naciri a-t-elle volé une clé dans le sac de sa prof de SVT ? Qu’est-ce que Kimi va faire de ce revolver qui lui est tombé entre les mains ? Et Jovo, mythomane ou psychopathe ? Va-t-on enfin connaître son passé ? Si vous n’avez pas toutes les réponses en saison 6, c’est qu’il y aura une saison 7.

Auteur : Marie-Aude Murail est née au Havre en 1954. Elle vit avec son mari et a trois enfants, deux garçons et une fille. Elle a commencé à écrire pour la jeunesse en 1986. Au début, ses romans étaient surtout destinés à des femmes, puis elle s’est mise à écrire pour les jeunes de 7 à 16 ans. Dans ses romans, on peut retrouver énormément de dialogues entre les personnages. Son but est de séduire ses lecteurs grâce à de l’émotion et de l’amour. Le plus souvent, dans ses livres, les histoires se passent dans des milieux urbains et les héros sont des hommes, souvent des ados, motivés par des femmes. Elle a écrit Oh boy (2000), Simple (2004), Maïté coiffure (2004), Miss Charity (2008), Papa et Maman sont dans un bateau (2009), 3000 façons de dire je t’aime (2013).

Mon avis : (lu en janvier 2021)
J’ai toujours autant de plaisir à suivre les différents épisodes de la série « Sauveur & Fils », nous voilà déjà à la 6ème saison.
Sauveur est psychologue clinicien à Orléans, d’origine martiniquaise, veuf, après avoir élevé seul son fils Lazare, il a créé une famille recomposée avec Louise, son amoureuse, et ses deux enfants : Paul, copain inséparable de Lazare, et Alice, sa grande sœur. Sans oublier, Jovo, l’ancien légionnaire SDF, qui fait office de grand-père et Gabin parti s’engager dans la Marine… Lazare et Paul sont moins complices qu’avant, le premier est sérieux, sage et serviable mais désolé d’être obligé de couvrir son copain qui file un mauvais coton… car Paul fréquente des camarades peu recommandables, rechigne à faire ses devoirs et collectionne les mauvaises notes…
Côté professionnel, le lecteur découvre les différents patients du psychologue et leurs questionnements, problèmes et évolutions… Des adultes, des enfants, ils sont souvent très attachants et qui nous fait réfléchir sur des sujets très actuels et variés. Nous retrouvons les sœurs Margaux et Blandine et leur demi-frère Maxime, diagnostiqué autiste, Samuel, Solo le gardien prison, Ella-Elliot et son ami Kimi, Frédérique Jovanovic, la petite-fille de Jovo, et bien sûr de nouveaux patients… Les hamsters ainsi que le chat Miou sont toujours présents dans la maison et dans le cabinet de Sauveur auprès de ses patients. Jovo s’essaye à la psychologie et détourne quelques clients de Sauveur…
U
ne lecture facile qui fait du bien, avec beaucoup d’humanité, d’empathie, de bienveillance et également de l’humour !
Et la quatrième de couverture annonce déjà un tome 7, mais sans nous donner de date !

Extrait : (début du livre)
Du lundi 26 novembre au dimanche 2 décembre 2018
Il faisait encore nuit. L’homme ne s’était pas attendu à trouver beaucoup d’animation dans une ville de province au petit matin, mais il eut la sensation angoissante d’être le seul vivant sur terre. À cette heure-ci, à Paris, les cafés allumaient leurs néons et les percolateurs faisaient entendre les premiers gargouillis.

Il descendit de voiture et son regard se porta sur le trottoir opposé. Les trois marches qui menaient au seuil de cette maison lui serrèrent le cœur. L’enfant était là, assis sur l’une de ces marches, accablé de remords, l’enfant qu’il avait été. Il traversa, invinciblement aimanté. Pourquoi avait-il eu besoin de revenir au numéro 12 de la rue des Murlins ? Cela n’avait aucun intérêt, cela ne pouvait l’aider en rien. C’est alors qu’il vit à côté de la porte une plaque dont un lampadaire faisait étinceler les lettres dorées. Sauveur ! « Que notre Sauveur vous soutienne dans cette épreuve ! » C’était la phrase qu’avait dite le prêtre au cimetière le 26 novembre 1976. Quarante-deux ans s’étaient écoulés, mais il n’avait pas oublié cette phrase, parce qu’à l’époque personne ne l’avait soutenu.
Sauveur Saint-Yves
Psychologue clinicien
L’homme aperçut la lumière qui filtrait à travers les rideaux. Quelqu’un était derrière cette fenêtre du rez-de-chaussée, quelqu’un qui ne dormait pas. Sans réfléchir à ce qu’il faisait, l’homme posa la main sur le heurtoir en forme de poing et l’abaissa trois fois. Allait-on entendre les trois coups de l’autre côté ? Il eut la tentation de s’asseoir sur les marches comme avait fait l’enfant au retour de l’enterrement. Mais un crachin désagréable s’était mis à tomber. Il se disposait à actionner de nouveau le heurtoir quand la porte s’ouvrit. Un homme grand et maigre se tenait dans l’embrasure.

– Monsieur Sauveur… Monsieur Saint-Yves ?
– C’est ici, fit une voix qui semblait sortir des profondeurs de la terre.
– Il est très tôt, je sais, et je n’ai pas pris de rendez-vous… Est-ce que vous pouvez me recevoir ?

Déjà lu du même auteur :

Simple Simple et Simple (relecture)

papa_et_maman_sont_dans_un_bateau Papa et Maman sont dans un bateau

MissCharityGRAND Miss Charity la_fille_du_docteur_Baudoin Le fille du docteur Baudoin

92806891 3000 façons de dire je t’aime 

114911377 Sauveur et fils – saison 1 117081217 Sauveur & Fils – saison 2 

51dQo72i0DL Sauveur et Fils saison 3 41mFka+jzUL Sauveur & Fils saison 4

91id2wkWgOL Sauveur & Fils saison 5

Petit Bac 2021(2) Être humain

 

 

Espérance – Résistance – Juliette Keating

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

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81nHrD1e9sL Thierry Magnard – septembre 2020 – 96 pages

Quatrième de couverture :
Wassim vit à la cité de l’Espérance, avec son grand terre-plein vide, ses copains… Et quand un soir son père lui annonce que les jardins ouvriers au pied de leurs tours vont être vendus à un promoteur immobilier pour construire des bureaux, son sang ne fait qu’un tour.
Lorsqu’il découvre les mots si puissants de Greta Thunberg à la télévision criant « How dare you? », il entend l’urgence d’agir pour sauver les jardins. Qu’est-ce qu’il doit faire ? Qu’est-ce qu’il peut faire ? Avec Mia, qui le fait fondre et qui ressemble tellement à Greta, Bouba, Alice, Fatou, Saïd, ils s’organisent. Lui et ses copains sont jeunes, et alors ? Quand les vieux deviennent fous, n’est-ce pas aux jeunes d’être sages ?

Auteure : Née dans la région parisienne, Juliette Keating publie depuis 2011, des billets de littérature politique, des chroniques, des nouvelles et de la poésie sur son blog hébergé par Mediapart. Elle collabore au magazine culturel en ligne Délibéré. Elle a publié Demain, j’ai quinze ans. 

Mon avis : (lu en décembre 2020)
Le titre de ce roman « Espérance Résistance » est tout un programme !
Espérance c’est le nom de la cité où Wassim, quatorze ans, vit avec sa famille et ses copains. Au pied des immeubles, le long de la voie ferrée, il y a les jardins familiaux laissés en partie à l’abandon où seuls Bakary, un jeune malien, et le père d’Alice continuent à cultiver des légumes et des fleurs. Un promoteur et son 4×4 noir rôde à proximité des jardins, la mairie étant bien décidée à céder les terrains pour y construire un immeuble de bureaux et un fast-food…
Après avoir vu et entendu Greta Thunberg sur une video, Wassim se sent concerné et veut faire quelque chose contre la destruction des jardins, grands-parents, parents et enfants y on tous de beaux souvenirs dans ses « jardins ouvriers » devenus « jardins familiaux »… Avec ses copains Bouba, Mia, Alice, Lorenzo, Fatou, Saïd, Wassim va créer le groupe « Espérance Résistance » et mobiliser le quartier pour sauver les jardins. Quand les vieux deviennent fous, n’est ce pas aux jeunes d’être sages ?
Voilà un roman très court (96 pages) pour les Ados, facile à lire, sur un sujet d’actualité et qui met en scène des adolescents qui s’engagent contre la bétonisation de leur quartier. Idéal pour éveiller leur conscience.
La première moitié du roman lue par l’auteure est disponible gratuitement sur le site de l’éditeur, Thierry Magnard

Extrait : (début du livre)
Johnny le clodo déboule sur la dalle. Il titube devant le magasin. Crishhhh… Il ouvre une canette. Il l’a piquée et glissée dans sa poche. Mais il voit tout sur son écran, le Chinois ! Il a installé des caméras. Faut être un dieu pour lui chourer un truc. Et voilà Johnny qui lève sa canette volée vers le ciel gris. Il chantonne : « À vot’ santéééé les jeunes ! »
Il boit d’une traite, heureux. Une nuée d’oiseaux criaillent en se posant sur l’arbre. Il fait lourd. On s’ennuie. J’écoute la balle de Lorenzo frapper le sol : tap tap tap tap. Mia aspire les dernières gouttes d’un multivitamines. Tap tap tap tap tap. Personne d’autre sur la dalle. Depuis combien de temps on est là, Lorenzo, Mia et moi ? À attendre quoi, assis sur le muret devant le magasin du Chinois, nos nuques courbées sur Snapchat ? Tap tap tap jusqu’au bout du dimanche, répond la balle de Lorenzo.
Johnny est bourré. Il ricane dans son coin. Les oiseaux s’envolent. Mia se lève et va jeter sa gourde dans la poubelle qui déborde. Elle s’avance vers Johnny en mordillant la paille orange. Qu’est-ce qu’il lui prend ? Elle crie : « Eh, l’alcoolo, cache tes chicots ! »
Lorenzo éclate d’un rire qui rebondit sur les tours. Le ballon lui échappe et va rouler dans les jambes de Johnny. Il vacille, devient plus rouge encore. Il lance sa canette, qui explose en crachant la bière. Attention à la colère de Johnny !
– Raaah ! Raaah !
Il s’approche, l’air féroce. On se dresse en hurlant.

Extrait audio lu par l’auteure (voir onglet « Ressources »)

Rose Rage – Illana Cantin

Lu en partenariat avec Babelio

71IftGC9ZkL Hachette – septembre 2020 – 288 pages

Quatrième de couverture :
—  T’as entendu parler de cette fille qui a été renvoyée parce qu’elle avait tabassé un mec dans la file de la cantine  ? Il lui avait touché les fesses…
— C’est pas juste. C’est pas elle qui devrait être renvoyée, c’est lui. Et si j’avais un moyen de faire éclater la vérité au grand jour  ? 
Pour Rachèle, à la tête du journal du lycée,il est impossible de laisser passer une nouvelle injustice.Ça fait trop longtemps que ça dure.  Que tout le monde ferme les yeux.Elle décide donc d’appeler toutes les filles, toutes les femmesde l’établissement à faire grève.Il est temps pour elles de se faire entendre.Il faut que  certaines choses changent enfin.

Auteur : Illana Cantin a commencé à écrire à l’âge de onze ans, sur le vieil ordinateur familial, et ne s’est pas arrêtée depuis. En 2016, son premier roman est sorti en version numérique aux Éditions Arrow. Pendant ce temps, en parallèle de ses études d’anthropologie, elle publie ses textes sur Wattpad. L’histoire de Georges et de Priam est son premier roman édité en format papier.

Mon avis : (lu en septembre 2020)
Parce qu’une fille du lycée a été victime d’une injustice, Rachèle décide subitement de lancer une grève des femmes dans l’établissement. Ameline est victime de harcèlement sexuel de la part de Paul Müller, un élève de terminale, elle se révolte et gifle l’importun. Et c’est Ameline qui est exclue du lycée Olympe de Gouges pour violence !
La narratrice, Rachèle, s’occupe du journal du lycée avec son ami Martin et veulent tout deux faire éclater la vérité. Rachèle va commencer par mobiliser les filles : Manon, Carla, Inès, Imane, Kayla, Astrid sont prêtes à la rejoindre mais certaines ne voient pas d’un bon œil la présence de Martin, pourtant plein de bonne volonté, à leur côté. C’est un combat de filles et elles seules doivent décider des actions à mener…
Avec ce roman, l’auteure décrit tous les obstacles que les filles ou les femmes doivent affronter pour enfin être reconnues à égalité avec les hommes.

Un roman très actuelle qui aborde avec beaucoup de justesse et sans culpabilisation le féminisme et la notion de l’acceptation de soi.
A faire lire à nos adolescents filles et garçons !

Merci Babelio et les éditions Hachette pour cette lecture instructive et inspirante.

Extrait : (début du livre)
Le climat de ras-le-bol s’était installé bien avant l’épisode Ameline Brillant. Être renvoyées chez nous pour des jeans troués et des tee-shirts trop courts nous hérissait depuis un bon moment, mais s’il n’y avait que ça… Ça nous faisait criser quand les surveillants d’internat empêchaient les filles de visiter leurs amies après 21 heures sous prétexte qu’elles étaient trop bruyantes, alors que les garçons avaient la permission de 23 heures. Ça nous énervait de voir qu’on dépensait des sommes astronomiques pour que l’équipe masculine de handball fasse la tournée des championnats, quand les coureuses, pourtant plus nombreuses et bien mieux classées, devaient vendre des croissants tous les matins pour financer le voyage jusqu’à Londres.
Ça nous mettait en rogne d’apprendre qu’un prof de maths avait mis une retenue à une seconde qui avait éclaté en sanglots en plein cours à cause de ses règles douloureuses – elle faisait son cinéma, prétendait-il.
C’était donc loin d’être un secret : au lycée Olympe de Gouges, les femmes étaient moins bien loties que les hommes. Constat ironique quand on réalisait que l’établissement portait le nom d’une grande figure des droits des femmes, une qui aurait été du genre à balancer son porc. On ne s’y faisait pas, à cette ambiance misogyne, néanmoins on vivait avec ; l’établissement était renommé, et l’avoir fréquenté passait bien sur un dossier. Mais avec Ameline Brillant, tout avait éclaté.

Petit bac 2020a 
(8) Couleur


Le garçon du sous-sol – Katherine Marsh

71vYP+VnC3L Robert Laffont – février 2020 – 450 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Blandine Longre

Titre original : Nowhere boy, 2018

Quatrième de couverture :
Max, 13 ans, a quitté à contrecœur les États-Unis pour suivre sa famille à Bruxelles. Quand il découvre un jeune réfugié syrien, Ahmed, caché dans le sous-sol de sa nouvelle maison, il décide de l’aider sans en parler à ses parents.
L’amitié entre les deux garçons grandit au fil des jours, mais avec les attentats terroristes de 2015, les contrôles policiers sont renforcés et Ahmed risque à tout moment d’ être arrêté et renvoyé en Syrie. Avec l’aide de ses camarades, Max va tout faire pour éviter ce drame.

Auteure : Auteure de plusieurs romans jeunesse à succès, Katherine Marsh a notamment reçu le prestigieux Edgard Award. Après avoir habité plus d’un an à Bruxelles avec son mari et leurs deux enfants, elle s’est installée à Washington.

Mon avis : (lu en août 2020)
Ahmed est un Syrien de 14 ans sa mère et ses sœurs sont mortes sous un bombardement à Alep. Au début de cette histoire, il est avec son père et d’autres migrants sur un canot qui prend l’eau dans une mer très agitée, il fait nuit, le moteur stoppe et le père plonge pour de tirer le canot et une vague le fait disparaître. Ahmed se retrouve tout seul.
Max est un jeune américain de 13 ans, il a quitté les États-Unis avec sa famille, pour vivre à Bruxelles où son père doit travailler. Cela ne lui plaît pas du tout. Il doit apprendre le français, subir le climat pluvieux, écrire avec un stylo plume… Son intégration est difficile ! Aussi quand il découvre qu’Ahmed s’est caché dans le sous-sol de sa maison, il décide de ne rien dire à ses parents et de l’aider.
Peu à peu, les deux garçons vont s’apprivoiser, pour Ahmed, c’est la survie, il aménage sa cachette, se nourrit grâce à ce que Max lui apporte et occupe ses longues heures de solitude en s’occupant des plantes laissées à l’abandon à la cave, il doit rester le plus discret possible… Max prend son rôle très au sérieux et lui qui essuyait échec sur échec reprend confiance en lui et se doit d’aider son nouvel ami.
Une histoire palpitante sur l’amitié et la solidarité à lire par les adultes comme les adolescents. Belle découverte !

Extrait : (début du livre)
Ils avaient attendu exprès une nuit de juillet nuageuse et sans lune. Le risque que les gardes-côtes grecs les repèrent serait ainsi moins grand, avaient affirmé les passeurs.
Mais leur invisibilité posait à présent problème. Le rebord du canot pneumatique, ballotté sur la mer Égée, se trouvait à dix centimètres à peine au-dessus de l’eau, beaucoup plus bas que lorsqu’ils avaient embarqué. Il n’y avait aucune terre en vue. Le capitaine se démenait pour redémarrer le moteur, tandis que les silhouettes de dix-huit hommes, trois femmes et quatre enfants se blottissaient les unes contre les autres. Certains passagers portaient des gilets de sauvetage qui leur allaient mal ; seuls quelques-uns d’entre eux savaient nager.
– Si le moteur ne se remet pas en marche, nous nous noierons, déclara une femme dont la voix fluette, dans son affolement, monta dans les aigus.
Personne ne la contredit.
Ahmed Nasser serra contre lui son gilet de sauvetage, trop petit pour un adolescent de quatorze ans – de surcroît presque aussi grand que son père. Il se rappelait les histoires qu’il avait entendues en Turquie à propos de passeurs vendant des gilets de sauvetage défectueux qui faisaient couler les gens plutôt qu’ils ne les aidaient à flotter.
Une main se posa sur son épaule.
– Ahmed, mon âme, n’aie pas peur.
Le garçon leva les yeux vers son père, dont la large carrure était à l’étroit contre le bord du canot. Une chambre à air noire était passée à son épaule, et il souriait calmement, comme s’il savait que tout irait bien. Mais tout indiquait le contraire à Ahmed – l’odeur des corps sales et transpirants, les regards terrifiés, les vagues clapotantes qui donnaient la nausée.
– Cette dame a raison, murmura le garçon. Le bateau se dégonfle. Le moteur ne va pas redémarrer…
– Chut, fit son père.
Sa voix était autoritaire et pourtant douce, comme s’il cherchait à apaiser un enfant. Mais Ahmed était assez âgé pour savoir quelle impuissance celle-ci dissimulait. Il pensa à sa mère, à ses sœurs, à son grand-père – sa mort serait-elle pire que la leur ? Son père lui avait assuré qu’ils n’avaient pas souffert. Leur supplice avait en tout cas été moins long que ce qu’Ahmed vivait à présent. Ils n’avaient pas eu le temps d’échanger de fausses paroles de réconfort.

Et mes yeux se sont fermés – Patrick Bard

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Syros – aout 2016 – 208 pages

PJK – septembre 2018 – 208 pages

Quatrième  de couverture :
L’histoire d’une adolescente française revenue de Syrie.
A priori, Maëlle n’est pas différente des autres filles de seize ans. Cette année-là, elle passe de plus en plus de temps sur Facebook, abandonne le sport, modifie sa façon de s’habiller, quitte son petit ami… Sans hésitation ni compromis, elle prend un virage à 180 degrés. C’est pour, croit-elle, sauver le monde, qu’elle rejoint l’organisation Daech. Un an plus tard, Maëlle revient pourtant de Syrie.

Auteur : Patrick Bard est romancier, écrivain-voyageur et photojournaliste. Les frontières et la question des femmes sont au centre de son travail. Son premier roman, La frontière, a reçu le prix Michel Lebrun (2002), le prix Brigada 21 (Espagne, 2005) et le Prix Ancres Noires 2006. Il est l’auteur de six romans : Orphelins de sang, sur le trafic d’enfants en Amérique latine, a été récompensé par le Prix Sang d’encre des lycéens 2010 et le Prix Lion noir 2011. En 2015, il a publié Poussières d’exil, couronné par le prix 1001 feuilles noires, et Mon neveu Jeanne, un essai documentaire sur la question du genre. Et mes yeux se sont fermés, paru en 2016, est son premier roman pour les adolescents, dans lequel il raconte l’embrigadement d’une jeune fille partie faire le djihad en Syrie, puis son retour en France.

Mon avis : (lu en juillet 2020)
L’auteur s’est inspiré d’une histoire vraie pour écrire ce livre instructif et très documenté.
Maëlle, 16 ans, est une lycéenne française qui poursuit une scolarité normale. Jeune fille sensible, intelligente, douée pour les études, elle est pourtant révoltée par l’injustice du monde, par la dégradation de l’environnement, par le sort des enfants dans les pays en guerre… Elle a envie d’aider. Mais influencée par Internet et les réseaux sociaux, elle découvre un monde inconnu pour elle et y plonge les yeux fermés, sans discernement et se retrouve quelques mois plus tard… en Syrie ! Et son entourage n’avait rien vu venir…
L’embrigadement de Maëlle, son départ en Syrie et son retour sont racontés par elle-même et par plusieurs personnes de son entourage: Céline, sa mère, Hugo, son premier petit ami, Jeanne, sa sœur, Souad, une camarade de classe, son professeur de français, Redouane, son « mari », Amina, une amie embrigadée en même temps que Maëlle, Aïcha, celle qui aide Maëlle, qui se fait appeler Ayat, dans le lourd et long travail de désembrigadement.
Ce livre est édité dans une collection jeunesse et il est plutôt délicat d’aborder cette thématique sans un accompagnement parental. Une lecture qui fait réfléchir, à partager avec ses jeunes !

Extrait : (début du livre)
Parfois je me demande si je ne suis pas morte. Mais non, je suis vivante, et le bébé qui bouge dans mon ventre est là pour me le rappeler. Je suis vivante, et Redouane est mort. Par la fenêtre, j’aperçois le jardin de notre pavillon, avec ses géraniums, sa pelouse tondue bien ras, son parterre de rosiers fanés. Notre maison ressemble à s’y méprendre à celle de nos voisins de droite et à celle de nos voisins de gauche. Heureusement qu’il y a des numéros sur les portes pour s’y retrouver.
Je contemple cette chambre irréelle. La zone plus claire sur les murs, à l’emplacement des posters de Beyoncé qu’une adolescente que je ne reconnais plus a arrachés.
J’ai envie de sortir. Je n’ai pas le droit. Pas encore. Sauf pour pointer. Matin, midi et soir.
Je longe l’avenue des Tilleuls, je passe devant le marchand de motoculteurs, le gymnase, le magasin de bricolage, la boulangerie, le Café des sports. La gendarmerie, enfin, où je signe ma feuille de présence, matin, midi et soir, soir et matin et midi.
Après ça, je refais le chemin en sens inverse et je rentre. 
L’idée que j’ai été manipulée, c’est ça le plus dur à avaler. Des fois, j’ai envie d’aller sur Facebook, de parler avec mes sœurs pour me rassurer. On faisait ça tout le temps, elles m’entouraient vraiment beaucoup. Mais Maman a coupé ma connexion Internet et je n’ai même plus droit au portable. Confisqué. Je ne me suis jamais sentie aussi seule. Elle ne comprend pas que Maëlle ne reviendra jamais, que je demeurerai Ayat, que c’est pour toujours, à présent.

Sauveur & Fils saison 5 – Marie-Aude Murail

91id2wkWgOL École des Loisirs – septembre 2019 – 320 pages

Quatrième de couverture :
« Chacun de nos actes a trois motivations, celle qu’on avoue aux autres, celle qu’on n’avoue qu’à soi, celle qu’on ne s’avoue même pas. » Marie-Aude Murail, dans cette saison 5, va nous le prouver ! Deux années ont passé depuis la saison 4, et pendant ce temps, que sont devenus Blandine et Margaux Carré, Samuel Cahen, Lionel et Maïlys, Ella-Elliot, Frédérique Jovanovic ? Et la famille recomposée de Sauveur ? Et puis, comme à chaque saison, de nouveaux personnages vont faire leur entrée, Louane et ses animaux de soutien émotionnel, Madame Tapin qui, à 81 ans découvre le féminisme… Une nouvelle fois, le cabinet de consultation de monsieur Saint-Yves nous ouvre ses portes.

Auteur : Marie-Aude Murail est née au Havre en 1954. Elle vit avec son mari et a trois enfants, deux garçons et une fille. Elle a commencé à écrire pour la jeunesse en 1986. Au début, ses romans étaient surtout destinés à des femmes, puis elle s’est mise à écrire pour les jeunes de 7 à 16 ans. Dans ses romans, on peut retrouver énormément de dialogues entre les personnages. Son but est de séduire ses lecteurs grâce à de l’émotion et de l’amour. Le plus souvent, dans ses livres, les histoires se passent dans des milieux urbains et les héros sont des hommes, souvent des ados, motivés par des femmes. Elle a écrit Oh boy (2000), Simple (2004), Maïté coiffure (2004), Miss Charity (2008), Papa et Maman sont dans un bateau (2009), 3000 façons de dire je t’aime (2013).

Mon avis : (lu en juin 2020)
J’ai toujours autant de plaisir à suivre les différents épisodes de la série « Sauveur & Fils », nous voilà à la 5ème saison.
Sauveur est psychologue clinicien à Orléans, d’origine martiniquaise, veuf, après avoir élevé seul son fils Lazare, il a créé une famille recomposée avec Louise, son amoureuse, et ses deux enfants : Paul, copain inséparable de Lazare, et Alice, sa grande sœur. Sans oublier, Gabin, l’adolescent dont la mère est malade et Jovo, l’ancien légionnaire SDF, qui fait office de grand-père… Louise et Sauveur songent à avoir un bébé.
Côté professionnel, le lecteur découvre les différents patients du psychologue et leurs questionnements, problèmes et évolutions… Des adultes, des enfants, ils sont souvent très attachants et qui nous fait réfléchir sur des sujets très actuels et variés. Nous retrouvons la petite Maïlys et son père, les sœurs Margaux et Blandine, Samuel, Solo le gardien prison, Elliot et bien sûr de nouveaux patients… Les hamsters sont toujours présents dans la maison et dans le cabinet de Sauveur auprès de ses patients.
Une série qui fait du bien, avec beaucoup d’humanité, d’empathie, de bienveillance et également de l’humour !
Un tome 6 est prévu pour août 2020.

Extrait : (début du livre)
Semaine du 4 au 10 janvier 2016
– Pourquoi on est là, au fait ?

– Mais tu sais bien, c’est le docteur qui t’a dit de voir ce psy.
– Mais j’ai rien à lui dire. Comment il s’appelle déjà ?
– Sauveur Saint-Yves.
Le jeune homme passa la main sur la barbe mousseuse et clairsemée qui lui envahissait les joues et le cou comme de la mauvaise herbe.
– Je lui dis quoi ?
– Mais tu sais bien, dit sa mère. Que tu dors pas. Que tu sors pas. Que tu es toujours sur tes jeux.
– Il va me répondre : achète-toi une vie.
Tous les deux parlaient à voix basse, avec les précautions qu’on prend dans la chambre d’un grand malade qui s’est endormi malgré la souffrance.
– Monsieur Luciani ?
Le jeune homme tressaillit. Comme il ne sortait plus de sa chambre, personne ne l’interpellait de cette façon. Il tourna la tête vers la porte qui venait de s’ouvrir et eut un regard d’ébahissement qui le fit paraître très enfantin, très démuni. Il s’attendait à voir un docteur dans le style de Dubois-Guérin, son médecin généraliste, un petit moustachu ratatiné derrière son bureau. Mais ce psychologue de quartier était un grand Noir décontracté dans un costard avec chemise blanche au col ouvert.
– Si vous voulez bien me suivre ? dit-il avec un discret signe de tête pour saluer la femme.
Il leur fit traverser le couloir qui séparait la salle d’attente de son cabinet de consultation. D’ordinaire, les nouveaux patients jetaient autour d’eux un bref regard d’inspection. Mais le jeune homme se tint immobile près d’un fauteuil, les yeux dans le vide.
– Asseyez-vous, l’invita Sauveur. Vous aussi, madame.
Madame Luciani posa son sac et son manteau sur le canapé et s’assit. C’était une petite femme au teint olivâtre, des cernes noirs lui creusant les yeux. Ses cheveux mal coupés, qui avaient été d’un noir de jais, grisonnaient à la racine.
– C’est moi qui vous ai appelé la semaine dernière pour prendre un rendez-vous pour mon fils.
– Mm, mm.
– Sur le conseil de mon généraliste.
– D’accord.
Silence. Lourde respiration du jeune homme. Il déplaça son corps dans le fauteuil comme un dormeur se retourne sur son matelas.
– Et vous, monsieur ? le sollicita Sauveur.

Déjà lu du même auteur :

Simple Simple et Simple (relecture)

papa_et_maman_sont_dans_un_bateau Papa et Maman sont dans un bateau

MissCharityGRAND Miss Charity la_fille_du_docteur_Baudoin Le fille du docteur Baudoin

92806891 3000 façons de dire je t’aime 

114911377 Sauveur et fils – saison 1 117081217 Sauveur & Fils – saison 2 

51dQo72i0DL Sauveur et Fils saison 3 41mFka+jzUL Sauveur & Fils saison 4

Petit bac 2020a
(5) Mot au pluriel

 

Papa clown – Alan Durant

Lu en partenariat avec Flammarion jeunesse

612hbBwqLyL Flammarion jeunesse – février 2020 – 272 pages

traduit de l’anglais par Marie Hermet

Titre original : Clownfish, 2018

Quatrième de couverture :
– Papa ? Ça fait quoi, d’être un poisson ?
Mon père a sursauté, puis il a relevé la tête et s’est mis à nager vers moi. Sa petite bouche s’ouvrait et se fermait, comme s’il réfléchissait sérieusement à ma question. Finalement, il s’est décidé.
– C’est mouillé.
« Voilà comment tout a commencé : quelques jours après la mort de mon père, j’ai découvert qu’il était réapparu sous la forme d’un poisson-clown. C’est extraordinaire ! Mais je ne pense pas que maman soit prête à l’entendre. Tant pis ! Ce sera notre petit secret pour l’instant… »

Auteur : Alan Durant est l’auteur anglais de 40 livres pour enfants, des tout-petits aux adolescents. Ses livres ont été récompensés de plusieurs prix.
Alan Durant propose des ateliers d’écriture créative en prose et en poésie.
Alan a étudié la littérature anglaise à Oxford, Keble College.
Il a commencé par être journaliste, rédacteur pour une revue londonienne, avant d’être écrivain. Il teste ses nouveaux livres sur ses trois enfants.

Mon avis : (lu en février 2020)
Ce roman est une histoire émouvante sur le chagrin et l’amitié

Le père de Dak est mort depuis sept jours, quand soudain il réapparaît, réincarné en poisson-clown dans l’Aquarium de la ville. Dak est le seul à connaître ce secret… Il va donc se rendre tous les jours à l’Aquarium pour discuter et blaguer avec son « Papa-clown ». Dark va même travailler à l’Aquarium et y rencontrer Violet, la nièce du propriétaire. Violet a un caractère bien trempé et sa première rencontre avec Dark n’est pas des plus cordiale… Mais lorsque l’Aquarium sera en danger, Dark et Violet uniront leurs forces, leur énergie et leurs idées pour le sauver !
L’auteur a pris beaucoup de soin pour définir la psychologie et les personnalités des personnages que sont Dak et Violet. Ils sont tout les deux très différents mais aussi très attachants et avec un grand cœur.
Une belle histoire sur l’amour d’un garçon pour son père, sur le deuil mais aussi sur la famille et l’amitié.

Merci et les éditions Flammarion jeunesse pour ce beau roman poignant.

Extrait : (début du livre)
— Papa ? Ça fait quoi d’être un poisson ?
C’était une chose que j’avais envie de lui demander depuis longtemps ; pour une fois il se tenait tranquille, et l’aquarium était silencieux, alors ça semblait être le bon moment.
Mon père a sursauté, puis il a relevé la tête et s’est mis à nager vers moi. Sa petite bouche s’ouvrait et se fermait, comme s’il réfléchissait sérieusement à ma question. Finalement, il s’est décidé.
— C’est mouillé.
— Ah. Mais… C’est amusant ? Est-ce que tu es heureux ?
— Heureux ? Amusant ? Eh bien, c’est sûrement plus amusant que de s’occuper des poubelles de tout le monde, j’imagine. Et on est très occupé.
Avant de devenir un poisson, mon père travaillait au centre de tri des déchets.
— Très occupé ? Comment ? Qu’est-ce que tu fais toute la journée ?
Il a eu un mouvement de nageoire qui évoquait vrai-ment un haussement d’épaules.
— Oh, je nage tout autour de l’aquarium, je pour-suis la demoiselle bleue, je mange, je fais des bulles, je me repose au milieu de mon anémone de mer, je nage tout autour de l’aquarium…
— Oui, ça, tu l’as déjà dit.
Mon père a fait la moue.
— Ah bon ? Ma mémoire n’est plus ce qu’elle était…
— C’est parce que maintenant, tu es un poisson, papa, j’ai expliqué en riant. Ça doit être génial de vivre ici,dans l’aquarium, au milieu de toutes ces espèces fabuleuses. Et tous les matins, quand tu te réveilles, tu peux voir les raies.
Les raies, c’étaient nos préférées, avant. Elles ont cette manière bien à elles de nager à la surface en relevant leurs étranges têtes plates comme pour demander des caresses, avant de se retourner d’un bond. Certaines ont la peau rugueuse, d’autres sont visqueuses au toucher, et on peut pianoter sur les petites bosses de leur dos comme sur un instrument de musique.
— Oh, les raies ! s’est exclamé mon père d’un air dédaigneux. Des frimeuses, rien de plus. Ne perds pas ton temps avec elles.

 

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Petit bac 2020a(3) Animal (Titre original : Clownfish)

Combien de pas jusqu’à la lune – Carole Trébor

Lu en partenariat avec Babelio

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81KpY+5B8+L Albin Michel – septembre 2019 – 448 pages

Quatrième de couverture :
Dans les années 1920, en Virginie occidentale, Joshua et Joylette habitent une modeste ferme avec leurs quatre enfants, à qui ils transmettent leur curiosité du monde et une dignité teintée de modestie. « Vous êtes aussi bons que n’importe qui dans cette ville, mais vous n’êtes pas meilleurs. », ne cesse de répéter le père. Katherine, la benjamine, passe ses journées à compter. Elle calcule le nombre de pas pour aller à l’école, mesure la hauteur des arbres, se questionne sur la distance qui sépare la Terre de la Lune… Grâce à ses capacités exceptionnelles, elle entre au lycée à 10 ans, puis obtient ses diplômes universitaires à 18. Elle commence ensuite une carrière de professeure, mais c’est un autre avenir qui l’attire… Dans une Amérique où les droits des Noirs et des femmes restent encore à conquérir, elle trace consciencieusement sa route dans l’ingénierie aérospatiale à la NACA puis à la NASA. Et au fil des ans, malgré les réticences d’un milieu masculin marqué par la ségrégation et une forme de misogynie, elle prouve sa légitimité par l’exactitude de ses équations et l’ingéniosité de ses raisonnements. Et c’est à elle qu’en 1962, l’astronaute John Glenn demande de vérifier la justesse des calculs de sa trajectoire avant de partir en orbite autour de la Terre. Sept ans plus tard, on lui confie le calcul de la trajectoire d’Apollo 11. Objectif visé : la Lune. Dans l’ombre des hommes, Katherine fait, à sa manière, également décoller les droits des femmes et des Noirs.

Auteur : Carole Trébor est historienne, réalisatrice et écrivaine. Elle a enseigné à l’Université avant de se tourner vers le théâtre, le cinéma, les documentaires, la BD et la littérature. Elle est notamment l’auteure du roman Révoltées, de la série Nina Volkovitch, et de Jules et Contagion dans U4. Elle vit près de Paris.

Mon avis : (lu en décembre 2019)
J’ai choisi de découvrir ce livre après avoir vu, il y a peu de temps, et beaucoup aimé le film « Les Figures de l’Ombre ». Ce roman biographique très documenté complète parfaitement ce film. Il raconte l’histoire de Katherine Johnson, mathématicienne noire américaine qui a travaillé à la NACA ancêtre de la NASA. Depuis toute petite Katherine aime compter et joue avec les chiffres avec son père. Elle a la chance d’être dans une famille aimante qui fait tout pour pousser les quatre enfants à faire des études même si le quotidien est difficile et que l’argent manque souvent. Très vite, l’exceptionnelle intelligence de Katherine est remarquée, mais à l’époque, la condition des Noirs et celles des femmes lui interdisent de devenir ingénieure, elle n’abdiquera jamais et peu à peu, avec dignité, intelligence et discrétion, elle arrivera à franchir des interdits et à réaliser son rêve de devenir une mathématicienne reconnue.
La vie de Katherine Coleman, Afro-Américaine née en 1918, est passionnante et j’ai été étonnée d’apprendre qu’elle est toujours en vie.
(Édit 25/02/2020 : Elle est décédée le 24 février 2020, à l’âge de 101 ans)

Cette biographie romancée d’une des héroïnes de l’exploration spatiale est bien documentée (une bibliographie très complète se trouve également en annexe) et se lit facilement, presque d’une traite.
Elle est destinée à des lecteurs et lectrices à partir de 13 ans mais peut parfaitement être lu par des adultes. Une très belle découverte !

Extrait : (début du livre)
Été 2018
Les muscles de l’épaule bandés, Joshua Coleman brandit sa hache et l’abattit une fois encore sur l’arbre imposant. Le manche commençait à chauffer dans ses mains. Heureusement, le tronc émit un craquement sinistre : c’était le signe que Joshua attendait. Il recula vivement. Le cèdre fendit le paysage et s’effondra. Joshua refusait de s’habituer à ce bruit, la plainte d’un adversaire respecté.
Il essuya la sueur de son front et regarda l’arbre immense désormais à terre, vaincu.
Le silence était revenu.
Joshua estima le diamètre du tronc. Sans avoir besoin de la règle de Doyle[1] qu’ils utilisaient à la scierie, il sut exactement combien de pieds-planches[2] il en débiterait. Il était ainsi fait. Il avait un compas dans l’œil et une calculatrice dans le cerveau.

Combien de pâte à papier serait tirée d’un tel volume ?
Combien de papier était nécessaire pour alimenter la ville de Washington en journaux ?
Combien d’arbres faudrait-il pour fabriquer la quantité de papier correspondante ?
Combien d’arpents de bois la ville lisait-elle ?

Son cerveau se mit en branle, véritable horlogerie mécanique.
Il calculait comme d’autres chantent, pour supporter le labeur.
Il calculait comme d’autres prient, pour se donner du courage.

[1] Formule de calcul du bois rond, l’échelle de Doyle est utilisée en Amérique du Nord depuis 1825.
[2] Unité de mesure de volume utilisée pour le bois brut de sciage en Amérique du Nord et au Canada : 1 pied-planche = 1 pied x 1 pied x 1 pouce. 

petit bac 2019(7) Partie du corps

Sauvages – Nathalie Bernard

41q-8FaKseL Thierry Magnier – août 2018 – 282 pages

Quatrième de couverture :
Jonas vient d’avoir 16 ans, ce qui signifie qu’il n’a plus que deux mois à tenir avant de retrouver sa liberté. Deux mois, soixante jours, mille quatre cent quarante heures. D’ici là, surtout, ne pas craquer. Continuer à être exactement ce qu’ils lui demandent d’être. Un simple numéro, obéissant, productif et discipliné. En un mot, leur faire croire qu’ils sont parvenus à accomplir leur mission : tuer l’Indien dans l’enfant qu’il était en arrivant dans ce lieu de malheur, six années plus tôt. A travers ce destin, Nathalie Bernard nous parle de ces pensionnats autochtones qui ont existé au Québec jusque dans les années 1990 et qui ont « accueilli » des milliers d’enfants brutalement arrachés à leur culture indienne. Entre roman historique et thriller, l’auteur nous entraîne dans une course effrénée au cœur des immenses forêts québécoises. Une chasse à l’homme qui ne possède que deux issues : la liberté ou la mort.

Auteur : Nathalie Bernard est romancière, auteur d’une vingtaine de romans publiés depuis plus de quinze ans. Éclectique, elle s’est aventurée dans les genres fantastique, thriller historique, polar, nouvelles. Elle écrit pour la jeunesse depuis plusieurs années.
Par ailleurs chanteuse et parolière, elle construit à partir de ses livres des spectacles et des mises en voix. Elle anime également des rencontres et des ateliers d’écriture pour les 7-18 ans.

Mon avis : (lu en août 2019)
Même si l’auteur est française, je trouve que ce roman a sa place dans le « Challenge Québec en Novembre ».  Nathalie Bernard a été inspirée par les terribles témoignages sur les pensionnats autochtones qui ont existé dans tout le Canada, entre 1827 et 1996. Leur but étant d’assimiler des milliers d’enfants pour qu’ils oublient leur culture amérindienne.
En décembre 2015, au nom de l’État fédéral du Canada, le Premier ministre Justin Trudeau a demandé solennellement pardon aux Autochtones du pays .
L’auteur précise bien que son roman met en scène des personnages et des lieux fictifs.
Jonas a été enlevé à sa mère alors qu’il avait 10 ans, maintenant âgé de 16 ans, il attend avec impatience le jour où sera enfin libre. Encore deux mois à supporter ce que l’on exige de lui et les mauvais traitements, ensuite, il pourra retrouver celui qu’il est vraiment et qu’il n’a jamais cessé d’être malgré les apparences. En effet, pour supporter les brimades et les humiliations de la part des prêtres et des bonnes sœurs qui les éduquent, il fait profil bas, se soumet mais mentalement il s’évade dans ses souvenirs les plus heureux, il n’oublie rien de sa fierté et de sa vie d’Indien.
Le sujet est aussi intéressant que révoltant, et le récit est poignant et émouvant, Jonas l’Indien et Gabriel l’Inuit sont terriblement attachants et le lecteur souffre avec eux.

Extrait : (début du livre)
Au pensionnat du Bois Vert, l’hiver s’étalait du mois d’octobre au mois de mai avec une température moyenne de moins vingt degrés, autant dire qu’un mur de glace s’élevait entre nous et le reste du monde. Nous étions fin mars. Il faisait toujours froid, mais l’hiver tirait à sa fin et mon temps obligatoire aussi. Je venais d’avoir seize ans, ce qui voulait dire qu’il ne me restait plus que deux mois à tenir avant de retrouver ma liberté.

Deux mois.
Soixante jours.
Mille quatre cent quarante heures.

Oui, ils m’avaient parfaitement bien appris à compter ici… Mais en attendant que ces jours se soient écoulés, je ne devais pas me relâcher. Il fallait que je continue à être
exactement ce qu’ils me demandaient d’être. Je ne parlais pas algonquin, mais français. Je n’étais plus un Indien, mais je n’étais pas encore un Blanc. Je n’étais plus Jonas, mais un numéro.

Un simple numéro.
Obéissant, productif et discipliné.

Il faisait encore nuit, mais mon horloge interne me réveillait toujours un peu avant que sœur Clotilde n’allume le plafonnier de notre chambre en hurlant : « Debout ! »
J’aimais bien ce temps paisible avant le lever. J’avais l’illusion d’une petite parenthèse qui m’appartenait.
– Qui c’est qui mâche ? demanda une voix dans le noir.
– Je parie que c’est encore le numéro quarante-deux qu’a piqué des biscuits aux sœurs ! fit une autre voix plus enfantine.
– Alors ? Qui c’est, merde ? insista la première voix.
– Il va pas te répondre… et il t’en donnera pas non plus…
Le débat fut clos par l’apparition éclair de la sœur.
– Debout ! hurla-t-elle en déversant un flot de lumière sur nous.
Papillonnant des yeux, nos regards se tournèrent en direction du lit du numéro quarante-deux. Ce dernier s’essuyait la bouche avec un air satisfait.
– Quoi ? Vous voulez ma photo ? demanda-t-il à la ronde.
Personne ne lui répondit. Mais les messes basses continuèrent.

Je jetai un coup d’œil à ma montre. Six heures huit. Je m’accordai une minute pour observer ma chambrée. Le mur, d’un blanc sale, percé de deux fenêtres striées de barreaux de métal. Le plancher grossier qui accueillait une vingtaine de lits identiques et recouverts de vilaines couvertures marron foncé. Le plafond, de plus en plus lézardé,
comme si nos rêves de fuite finissaient par le ronger. Après six années passées au pensionnat, j’étais obligé de constater que ce décor me glaçait toujours autant. Pour la centième fois au moins, je me promis que je vivrais tout l’été à la belle étoile…

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