{ Je chemine avec… } Angélique Kidjo

Lu en partenariat avec les éditions Seuil et Babelio

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Entretiens menés par Sophie Lhuillier

71yKImGBuHL Seuil – avril 2021 – 144 pages

Quatrième de couverture :
 » Avant d’être femme, avant d’être noire, je suis un être humain. Née dans une famille de dix enfants, au Bénin, j’ai reçu une éducation atypique. Mes parents étaient féministes : filles comme garçons, nous allions tous à l’école et participions équitablement aux tâches ménagères. Ils ne nous dictaient jamais notre conduite mais nous incitaient à nous remettre en question. Nous avons appris à associer la tête et le cœur à nos réflexions. Cela me définit bien : je suis cette personne à qui on a enseigné la tolérance. Et la musique, bien sûr, est inscrite au cœur de ma personnalité. Mon père jouait du banjo, ma mère chantait. C’est elle qui m’a appris à chanter.  »

Auteur : Angélique Kidjo est l’une des plus grandes voix venue d’Afrique. Décrétée « première diva africaine » par le Time Magazine, couronnée de quatre Grammy Awards, elle associe avec brio la beauté des musiques traditionnelles de son Bénin natal à l’énergie d’autres genres : pop, jazz, reggae… Chacun de ses albums est intimement lié à l’histoire de l’Afrique et à la défense des droits humains : esclavage, apartheid, égalité des sexes. Elle considère l’éducation comme un impératif visant à garantir justice et paix dans le monde. Ambassadrice de bonne volonté à l’Unicef depuis 2002, elle a créé sa propre fondation, Batonga, en 2006. Sa musique touche, rapproche et fédère: une main toujours tendue vers l’autre.

Mon avis : (lu en septembre 2021)
Fin août, j’ai accepté de recevoir 3 livres de la nouvelle collection { Je chemine avec… }, c’est l’occasion de découvrir des parcours de vie de personnalités très variées afin d’inspirer au plus grand nombre de jeunes ou de moins jeunes l’envie de croire à son avenir.
Voici le troisième et dernier livre du partenariat, qui est consacré à Angélique Kidjo, chanteuse béninoise, reine incontestée de la musique africaine, elle a également de nombreux engagements en faveur des droits des femmes et des enfants, elle est  ambassadrice internationale de l’Unicef.
Dans cet entretien, elle revient sur son enfance au Bénin avec des parents féministes qui ont élevé leurs enfants filles et garçons de la même façon, dont l’environnement était la musique et dont les valeurs prônaient la tolérance… Puis nous découvrons son cheminement dans le monde de la musique, ses rencontres, ses inspirations, sa façon de travailler… Enfin Angélique Kidjo nous raconte ses engagements multiples autour des droits des femmes et des enfants avec en 2006, la création de sa Fondation Batonga.
Je connaissais le nom d’Angélique Kidjo sans vraiment lui associer spécialement un titre… Mais je me souvenais très bien d’un moment très fort évoqué dans le livre, avec la superbe interprétation de « Blewu » par Angélique Kidjo lors de la commémoration des 100 ans de l’Armistice de la Première Guerre mondiale à l’Arc de Triomphe à Paris devant près de 70 chefs d’État ou de gouvernement. Quelle émotion !
Le chemin de vie d’Angélique Kidjo est passionnant et inspirant.

Merci à Babelio et aux éditions du Seuil pour cette très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Chère Angélique, qui es-tu ?

Avant d’être femme, avant d’être noire, je suis un être humain. Née dans une famille de dix enfants, sept garçons et trois filles, je suis la dernière fille, gâtée pourrie par son papa, ses frères et sœurs, sa maman aussi, sa grand-mère…
J’étais souvent le pitre à la maison et j’étais très curieuse. Je posais tellement de questions qu’on m’avait surnommée « Quand-quoi-comment-pourquoi ». J’avais besoin de comprendre. Toujours.
J’ai grandi au Bénin, en Afrique de l’Ouest, et – je m’en rends compte aujourd’hui – j’ai reçu une éducation atypique. Le fait que mes deux parents soient allés à l’école y est pour beaucoup. Mon père disait toujours : « Votre cerveau est votre arme absolue. Réfléchissez. Ce n’est pas un plat de spaghettis sous votre crâne. Il faut bien l’utiliser. » Il revendiquait le fait que nous allions tous à l’école, filles comme garçons. La seule richesse qu’il pouvait nous donner, c’était l’éducation, et il était plus féministe que les féministes. Le mariage devait venir plus tard, une fois notre indépendance acquise. Il avait pour doctrine de ne jamais dicter de conduite. Il me répétait : « Pourquoi veux-tu que je trouve une solution à tes problèmes ? Pourquoi ne réfléchis-tu pas par toi-même ? Si je réponds à ta place, tu n’apprendras jamais à te débrouiller seule. Je peux t’aider à reconnaître tes erreurs, pour que tu apprennes à les corriger et à avancer. Mais l’essentiel est que tu saches te remettre en question. Blâmer l’autre, c’est facile, se remettre en question est beaucoup plus compliqué. Il faut réfléchir. » J’ai été éduqué dans cette logique d’associer la tête et le cœur à toute réflexion. Cela me définit bien : je suis cette personne qui a appris à être tolérante. Chez moi, on dit que les mots sont comme les œufs : quand ils tombent, on ne peut pas les recoller. Cela m’est resté, je fais très attention.
Quant à ma mère, elle aussi était féministe. Elle a élevé ses garçons de la même manière que ses filles : mes frères vont au marché, savent cuisiner, coudre, faire la vaisselle, la lessive. Ma mère leur répétait : « Je veux que vous soyez indépendants, votre femme n’est pas votre domestique ni votre esclave. Quand j’ai épousé votre père, il ne savait même pas faire chauffer de l’eau, no way man, au boulot ! » Les voisins reprochaient à ma mère de transformer ses garçons en filles. Ça la faisait rire.
Elle dirigeait une compagnie de théâtre, que j’ai intégrée à l’âge de six ans. La personne que je suis a commencé à se construire là aussi, quand je me suis rendu compte que, sur scène, je pouvais justement être qui je voulais. Je pouvais changer de tête, porter des talons, une perruque, mettre du rouge à lèvres, parler avec une voix différente, etc. Le théâtre me permettait d’endosser des personnalités multiples tout en restant moi-même.
J’étais un tourbillon, dès le réveil. Je donnais le tournis à ma mère. Je m’intéressais à tout. Mes parents n’avaient pas besoin de sortir de la maison pour savoir ce qui se passait dans la rue où j’ai grandi, je leur rapportais les nouvelles.

Petit Bac 2021
(7) Aliment/Boisson

Déjà lu de la même collection :

146127_couverture_Hres_0 { Je chemine avec… } Nancy Huston

71nZlPCM5zL { Je chemine avec… } Gilles Clément

Janvier 2015 : Le procès – Yannick Haenel et François Boucq

 Charlie Hebdo / Les Échappés – janvier 2021 – 216 pages

Quatrième de couverture :
Pour rendre compte de ce procès unique, l’écrivain Yannick Haenel et le dessinateur François Boucq ont été les oreilles et les yeux de Charlie Hebdo.
Le procès des attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo, une policière municipale de Montrouge et le magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris, s’est ouvert le 2 septembre et aura duré près de deux mois et demi.
Historique par son ampleur, ce procès, qui juge des présumés complices d’attentats islamistes, aura rouvert la question de l’islamisme et de son imprégnation dans la société française.

Auteurs : Né en à Rennes, Yannick Haenel est un écrivain français, cofondateur de la revue Ligne de risque. Professeur de français jusqu’en 2005, il a publié plusieurs romans, dont « Introduction à la mort française » (2001) et « Évoluer parmi les avalanches » (2003), un essai sur les tapisseries de La Dame à la licorne : « À mon seul désir » (2005). En 2007, Yannick Haenel publie « Cercle », roman qui a reçoit le prix Décembre et le prix Roger Nimier. En 2009, il reçoit le prix Interallié et le prix du roman Fnac pour « Jan Karski ».
Boucq, de son vrai nom François Boucq, est un auteur de bande dessinée français né à Lille en 1954. Il a reçu en 1998 le grand prix de la ville d’Angoulême, qui récompense l’ensemble de sa carrière. 

Mon avis : (lu en août 2021)
Entre septembre et novembre 2015, l’écrivain Yannick Haenel et le dessinateur François Boucq ont suivi pour Charlie Hebdo chaque instant du procès des attentats de Janvier 2015. Durant plus de deux mois et demi, soit 54 jours d’audience parfois chaotiques mais nécessaires pour tenter de comprendre et de raconter un traumatisme toujours présent cinq ans après.
Ce récit graphique, qui rassemble mots et dessins, nous parle de justice, d’art et de liberté d’expression. Ce hors­ série de Charlie Hebdo compile la cinquantaine de chroniques publiées chaque matin sur le site de l’hebdo­madaire.
D’un côté ce procès donne la parole
aux victimes et à leurs familles, des témoignages bouleversants et plein de dignité. De l’autre côté, des accusés, souvent des petits trafiquants arrogants, bêtes qui ne cherchent qu’à minimiser leurs rôles… Un témoignage très fort pour ne pas oublier.

Extrait :

   

 

 

{ Je chemine avec… } Gilles Clément

Lu en partenariat avec les éditions Seuil et Babelio

MasseCritique_JeChemineAvec

Entretiens menés par Sophie Lhuillier

71nZlPCM5zL Seuil –  mars 2020 – 144 pages

Quatrième de couverture :
Qui suis-je ? Si je le savais, cela réglerait un certain nombre de questions que je continue à me poser ! Mais heureusement, j’ai commencé par refuser d’être celui que l’on voulait que je sois. J’ai renoncé très jeune à rentrer dans une catégorie, case, obligation, ou bienséance. Finalement, j’ai exploré deux pistes : l’émerveillement, lorsqu’on observe les insectes on est dans l’étonnement, et le faire, parce que fabriquer de ses mains m’a toujours paru très important. »
Gilles Clément a vécu son enfance entre la Creuse et Oran, où s’est ancré son goût du voyage et de l’observation. Jardinier, paysagiste, botaniste, entomologiste, enseignant et écrivain, il n’a qu’une passion : le vivant ! Il est à l’origine de nombreux sites (privés et publics, en France et dans le monde) : le jardin de l’Arche de la Défense (Paris), le parc Matisse (Lille), le Domaine du Rayol (Var). Il en a dégagé certains concepts florissants (le Jardin en Mouvement, le Jardin Planétaire et le Tiers-Paysage) sur un principe de base : « Faire le plus possible avec, le moins possible contre » la nature, les énergies, la vie.

Auteur : Gilles Clément est né en 1943. Il a vécu son enfance entre la Creuse et Oran où s’est ancré son goût du voyage. Jardinier, paysagiste, botaniste, entomologiste, enseignant et écrivain, il n’a qu’une passion : le vivant ! Au cours de sa pratique des jardins – il est à l’origine de nombreux sites (privés et publics) : parc André Citoën, avec A. Provost (Paris), parc Matisse (Lille), Domaine du Rayol (Var), etc. –, il a dégagé certains concepts florissants (le Jardin en mouvement, le Jardin planétaire et le Tiers paysage) sur un principe de base :  » Faire le plus possible avec, le moins possible contre [la nature, les énergies, la vie] « .

Mon avis : (lu en septembre 2021)
Fin août, j’ai accepté de recevoir 3 livres de la nouvelle collection { Je chemine avec… }, c’est l’occasion de découvrir des parcours de vie de personnalités très variées afin d’inspirer au plus grand nombre de jeunes ou de moins jeunes l’envie de croire à son avenir.
Voici le deuxième livre, interview de Gilles Clément, jardinier, paysagiste, botaniste, entomologiste, enseignant et écrivain, que je ne connaissais pas du tout… Passionné par le vivant, son parcours et son expérience m’ont beaucoup intéressée. Il a beaucoup voyagé, observé et dessiné le vivant : plantes, animaux, insectes sans oublier l’homme… Très tôt il a compris l’interaction entre tous ses acteurs dans la nature. Il a toujours eu l’envie d’apprendre et de transmettre, d’expérimenter… Il a développé plusieurs concepts de jardins comme le Jardin en mouvement, le Jardin planétaire et le Tiers paysage.
Un livre tout à fait dans l’actualité et plutôt facile à lire, les passages plus scientifiques ne sont pas nombreux et ne m’ont pas dérangée.
Merci à Babelio et aux éditions du Seuil pour cette découverte et me reste à découvrir dans la même collection { Je chemine avec… } Angélique Kidjo.

Extrait : (début du livre)
Cher Gilles, qui estu ?

Si je le savais, cela réglerait un certain nombre de questions que je continue à me poser !
Heureusement, j’ai commencé par refuser d’être celui que l’on voulait que je sois. J’ai renoncé très jeune à rentrer dans une catégorie, case, obligation, ou bienséance. J’ai été élevé dans une famille bourgeoise – à l’époque, je ne savais même pas ce que cela voulait dire. On attendait de moi que je sois médecin ou avocat, ou chirurgien, ou banquier peut-être… Pourtant, chaque fois qu’il m’arrivait de croiser quelqu’un de plus âgé qui faisait l’un de ces métiers, je trouvais qu’il n’avait pas l’air heureux. Je ne voulais pas lui ressembler, ça ne me disait rien !
Mais je n’arrivais pas à savoir ce que je voulais. Un beau jour, je suis tombé sur la phrase de Socrate qui disait : « Connais-toi toi-même. » Ça m’a beaucoup plu. Sauf que « connais-toi toi-même », ce n’est pas si simple ! Si jeune, on ne se connaît pas, on n’a pas l’expérience, enfin surtout les garçons. Les filles, c’est ce que j’ai découvert plus tard en tant que professeur, semblent plus rapides pour accéder à une certaine autonomie, à une possibilité de prendre des décisions. Elles trouvent probablement plus vite que les garçons le métier ou le rôle qu’elles veulent jouer dans la société. Elles accèdent en général plus rapidement à cette « prise de conscience de qui l’on est ».
Donc, j’ai pédalé dans la semoule pendant un bon moment. Je menais mes expériences en solitaire. Je ramassais des bouts de cuir dans les poubelles des rues de Paris pour faire de la reliure. Et je récoltais énormément d’insectes : c’est ce qui m’intéressait le plus. Avec le peu d’argent de poche que me donnaient mes parents chaque semaine, j’ai acheté une boîte de peinture à l’huile et des livres d’entomologie. Les adultes me regardaient comme un ovni, mais ils me laissaient faire.
Finalement, j’ai exploré deux pistes : l’émerveillement, lorsqu’on observe les insectes on est dans l’étonnement, et le faire, parce que fabriquer de ses mains m’a toujours paru très important. Aujourd’hui, je peux dire ce que j’ai réalisé. Mais dire exactement qui je suis, je trouve que ce n’est pas facile.

Petit Bac 2021
(7) Adjectif

 

{ Je chemine avec… } Nancy Huston

Lu en partenariat avec les éditions Seuil et Babelio

MasseCritique_JeChemineAvec

Entretiens menés par Sophie Lhuillier

146127_couverture_Hres_0 Seuil – septembre 2021 – 144 pages

Quatrième de couverture :
« Je pourrais naturellement dire “je suis écrivaine”, ou “canadienne”, ou “française” ou “femme”, ou “vieille femme”, “du XXe siècle”, “athée”, je peux dégoter plein d’adjectifs ou de substantifs qui correspondent à ce que les gens considèrent comme une “identité”, mais je suis quelqu’un de très circonspect à l’égard de l’Identité. Alors j’aime répondre : “je suis mon chemin”, à la fois suivre et être, bien sûr. En fait nous sommes tous notre chemin, bien plus que nous ne le croyons ! Il se trouve que le mien a été multiple, avec des bifurcations, des tournants, des zigzags et des imprévus ; il m’a menée dans des endroits très différents. Par conséquent je suis plusieurs, et quand on est plusieurs ça ajoute un “mais” à toutes les identités. »
Nancy Huston ne serait peut-être jamais devenue l’écrivaine prolifique que nous connaissons si elle n’avait pas vécu ce « cadeau en mal » de la vie, à 6 ans, lorsque sa mère a quitté le foyer en laissant derrière elle ses trois enfants. À dater de cette rupture, la petite Nancy s’est réfugiée dans la compagnie de voix que l’on retrouve dans les personnages de ses romans. Née au Canada, elle s’installe en France à l’âge de 20 ans, côtoie de grands intellectuels et publie ses premiers textes dans les revues féministes des années 1970, avant de s’ouvrir à toutes formes d’écriture : romans et essais, théâtre et livres jeunesse. Régulièrement primés, ses livres explorent avec finesse l’exil, la famille, le nihilisme, l’identité multiple et, surtout, les liens complexes qui unissent drames intimes et grande histoire.

Auteur : Née à Calgary au Canada, elle s’installe en France lors de ses études, où elle côtoie rapidement les intellectuels, dont Roland Barthes (qui supervise son mémoire sur les jurons à l’EHESS) et Tzvetan Todorov (à qui elle sera mariée pendant plus de trente ans). Elle collabore avec bonheur et frénésie aux revues féministes des années 1970, publie un premier essai avant-gardiste, Jouer au papa et à l’amant, en 1979, avant de devenir romancière. Régulièrement primés, ses romans explorent les liens unissant histoires individuelles et grande histoire, notamment les drames transmis entre générations.

Mon avis : (lu en septembre 2021)
Fin août, j’ai accepté de recevoir 3 livres de la nouvelle collection { Je chemine avec… }, c’est l’occasion de découvrir des parcours de vie de personnalités très variées afin d’inspirer au plus grand nombre de jeunes ou de moins jeunes l’envie de croire à son avenir.
Voici le premier livre autour de la femme de lettre franco-canadienne Nancy Huston. J’ai eu l’occasion de la rencontrer lors d’un salon du livre et de lire son roman
Lignes de faille et L’empreinte de l’ange.
Ce livre m’a permis de mieux connaître Nancy Huston et de comprendre pourquoi elle est devenue écrivain. Elle revient sur son enfance à Calgary au Canada, avec le départ de sa maman alors que Nancy avait six ans. Ensuite, le lecteur découvre son « parcours sinueux » avec ses études aux États-Unis, puis son année d’études en France et finalement son installation à Paris. Elle est très tôt
féministe puis poussée par ses enfants elle s’intéresse à l’écologie. Durant toute sa vie, Nancy Huston aura été une humaniste.
Pour ses romans, elle utilise la technique de double écriture : elle écrit en français ou en anglais puis traduit son manuscrit dans l’autre langue pour corriger l’original. Ses essais et articles sont écrits uniquement en français.
Un petit livre très intéressant et plutôt facile à lire.
Merci à Babelio et aux éditions du Seuil pour cette découverte (multipliée par 3, car j’ai encore à lire 2 autres livres de la même collection…)

Extrait : (début du livre)
Chère Nancy, qui es-tu ?

Je pourrais naturellement répondre « je suis écrivaine », ou « canadienne », ou « française » ou « femme », ou « vieille femme », etc., « du XXe siècle », « athée », je peux dégoter plein d’adjectifs ou de substantifs qui correspondent à ce que les gens considèrent comme une « identité », mais je suis quelqu’un de très circonspect à l’égard de l’Identité.
Alors j’aime répondre : « je suis mon chemin », à la fois suivre etêtre, bien sûr. En fait nous sommes tous notre chemin, bien plus que nous ne le croyons ! Il se trouve que le mien a été multiple, avec des bifurcations, des tournants, des zigzags et des imprévus ; il m’a amenée dans des endroits très différents. Par conséquent je suis plusieurs, et quand on est plusieurs ça ajoute un « mais » à toutes les identités.
Par mes origines je suis une cow-girl. Je suis à l’aise dans les santiags et dans cette attitude d’insolence à la Calamity Jane, le genre de fille qui saute a cru sur un mustang en poussant un grand cri [elle crie] Yip-yip-yippee ! avant de partir galoper à travers champs. Le « mais », c’est que je suis allergique aux chevaux. Mais il est certain que j’ai un côté westerneuse, un côté « pas peur, pas froid aux yeux » qui me vient, sans aucun doute possible, de mes origines dans l’ouest du Canada. Les femmes des pionniers se retroussaient les manches ; elles ne rechignaient pas à faire des travaux durs. Je suis très musclée ! J’ai peut-être l’air frêle, comme ça, mais c’est une illusion : en fait je suis forte.
On ne sait pas forcément que les chansons country sont proches des chants irlandais ; je me sens profondément irlandaise aussi. Le nom Huston vient de la côte ouest de l’Irlande du Sud, c’est de là qu’a immigré mon arrière-grand-père paternel au milieu du XIXe siècle. Je raffole de la musique et de la poésie irlandaises, et revendique volontiers l’identité culturelle de ce pays… Le « mais » : c’est largement reconstruit par mon imaginaire.
Dernière identité forte, très importante pour moi, la Berrichonne – nous en parlerons sûrement : je me sens berrichonne. Le « mais », c’est que c’est un pays que j’ai découvert à l’âge de 20 ans, et où je n’ai jamais réellement habité.
Les gens ont besoin de fierté. Ils disent : « Être français (ou américain, ou catholique, ou juif, ou musulman, etc.), c’est bien, or il se trouve que c’est ce que je suis ! » C’est d’une naïveté touchante. « Je suis française, et c’est bien d’être français ! » Moi je n’ai jamais pu construire ce type de fierté car, depuis l’enfance, mes différentes identités ont toutes été remises en doute ou fracassées. Pas toujours de façon violente ni désagréable, d’ailleurs, mais cela explique ma circonspection à l’égard de l’Identité ! C’est une des raisons pour lesquelles je suis romancière. Écrire des romans me permet de me glisser dans la peau des autres. Je crois que c’est ce qui me caractérise le plus profondément : je suis désireuse (et capable) de voir le monde de plusieurs points de vue, et de relativiser l’un par l’autre.
Pour commencer, je suis née dans un pays neuf. Le Canada n’a que quelques petits siècles d’âge. Au début du XXe siècle, mon Alberta natal n’était même pas encore une province, il faisait partie des Territoires du Nord-Ouest. Ayant vécu en Europe, ce « Vieux Monde » qui se perçoit comme un ensemble depuis mille ans, ayant voyagé en Inde ou en Chine, dont la culture remonte à plus de trois millénaires, je suis consciente de l’identité canadienne comme d’une fiction récemment concoctée, qui s’est « durcie » en identité à travers des actes de violence coloniale.

Déjà lu du même auteur :

37294559_p  Lignes de faille

Petit Bac 2021
(6) Voyage

Le dictionnaire de ma vie – Charlotte de Turckheim

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71G7fgXRu5S Kero – mai 2021 – 216 pages

Quatrième de couverture :
Afghanistan Bricolage Coluche Drogue Équitation Féminisme Gourmande Mes Hommes Inquiétudes J’adore les Alpilles Kilos… en trop ! Libre ? Multipotentiel Nos tabous Oser le rire Mes Philippines Qu’ils m’inspirent ! Rebelle
Sexualité Thérapie(s) Ushuaia Voyages Wow, mes filles X-clusion Y’a de la joie ! Zaman

Charlotte de Turckheim est une femme aux multiples facettes, sensible, proche des autres, curieuse de tout. Mais il existe aussi une Charlotte de Turckheim méconnue, indépendante, rebelle, engagée. L’actrice raconte des aspects de sa vie et de sa personnalité dont elle a peu parlé jusqu’à présent : les hommes, ses multiples thérapies, son combat entre gourmandise et minceur, l’orphelinat qu’elle a créé aux Philippines, ses rencontres déterminantes avec Coluche ou avec Zaman, son mari.

Auteure : Charlotte de Turckheim, est une actrice, réalisatrice et humoriste française.
Issue d’une famille de nobles alsaciens protestants, elle se rebelle vite et refuse après son bac de suivre des études de droit pour faire du théâtre et entame des études de théâtre qui lui permettent de connaitre une carrière cinématographique. En 1981, elle joue dans « Le Maitre d’école » grâce à Coluche. Très vite, l’actrice se spécialise dans le comique et interprète des rôles cocasses dans « Les Sous-doués en vacances » ou « Chouans ». En 1999, Charlotte de Turckheim passe derrière la caméra et dirige Victoria Abril et Alain Bashung pour le film « Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs » qui remporte un franc succès. Humaine et sensible, elle est très impliquée dans la cause pour soutenir les soldats français déployés sur le sol afghan.

Mon avis : (lu en juillet 2021)
Un dictionnaire que j’ai lu avec beaucoup de plaisir et qui m’a permis de mieux découvrir Charlotte de Turckheim. Je connaissais bien sûr l’actrice, l’humoriste et la réalisatrice et j’ai toujours aimé son tempérament de bonne vivante, son autodérision, ses mots pour rire… Elle s’était déjà un peu dévoilée lors de l’émission « Rendez-vous en Terre Inconnue » chez les Nénetses en Sibérie. Malgré des conditions extrêmes, elle avait su garder son sourire et sa bonne humeur et sa soif de découvrir la vie de ses hôtes n’était pas feinte.
Avec ce dictionnaire, et ses entrées originales et parfois inattendues (Afghanistan Bricolage Coluche Drogue Équitation Féminisme Gourmande Mes Hommes Inquiétudes J’adore les Alpilles Kilos… en trop ! Libre ? Multipotentiel Nos tabous Oser le rire Mes Philippines Qu’ils m’inspirent ! Rebelle
Sexualité Thérapie(s) Ushuaia Voyages Wow, mes filles X-clusion Y’a de la joie ! Zaman
) Charlotte raconte le personnage multiple qu’elle est : son féminisme, sa générosité, ses engagements, son avidité à apprendre et à comprendre, ses complexes… Elle n’a jamais caché ses origines nobles mais elle raconte que sa famille était totalement fauchée, qu’après avoir éduqué ses enfants avec de grands principes, son père était parti du jour au lendemain avec sa maîtresse, laissant sans ressources son épouse et ses enfants. Le lecteur découvre son goût pour le bricolage, la couture et plus récemment la permaculture. Elle raconte sa rencontre avec Coluche et comment celui-ci l’a aidé à se faire connaître comme actrice. Lors du film « Les Chouans » de Philippe de Broca, Charlotte découvre l’équitation qui est devenue une passion, elle aime voyager. Elle parle de ses régimes, de ses multiples thérapies, de ses peurs… J’ai découvert son engagement humanitaire aux Philippines, son érudition sur les Alakalufs, un peuple autochtone qui vivait autrefois près d’Ushuaia, dans les canaux de Patagonie… Et bien sûr, elle parle de ses trois filles et de Zaman, son mari.
Charlotte de Turckheim est une femme d’action, généreuse, pleine d’enthousiasme qui se raconte avec humour, humilité et beaucoup de sensibilité. J’ai vraiment beaucoup aimé cette belle et touchante rencontre !

Extrait : (début du livre)
« Et si j’écrivais un livre sur toi ?
— Sur moi ? Mais pourquoi ?
— Parce que tu es inspirante. Parce que la femme que je connais est tellement plus complexe que la femme publique. Parce que tu es puissante, généreuse, courageuse et en même temps fragile, délicate, émotive. Parce que tu es curieuse de tout, entrepreneuse autant qu’artiste, grande gueule autant que pudique, bulldozer autant que sensible. Parce que tu te positionnes toujours là où on ne t’attend pas. Tellement discrète que le public est loin d’imaginer qui se cache derrière la façade de l’aristo mère de famille rigolote et bonne vivante.
— Mais tu crois vraiment que c’est intéressant ?
— Je n’ai aucun doute. »
Convaincre Charlotte n’a pas été facile. Artiste populaire, elle aime donner à son public ce qu’il recherche en allant voir ses spectacles ou ses films : de l’humour, du rire, du divertissement. Comme beaucoup d’humoristes, Charlotte a l’art de transformer des blessures personnelles ou des sujets graves en sketches capables de faire rire une salle entière. Elle n’est pas du genre à aborder les difficultés de la vie avec sérieux, mais plutôt à en prendre le contre-pied en affirmant : « Je ne “pléonasme” pas ! »
Dans les vingt-six chapitres qui constituent ce livre, Charlotte ne cherche pas à faire rire. Elle se montre telle qu’elle est : pudique, modeste, sincère.

Nous nous sommes connues à l’âge de 9 ans. Nos parents étaient amis avant que nous ne le devenions et habitaient dans le 16e, à Paris. Quand nous nous sommes retrouvées toutes les deux dans la petite école chic du quartier, nous nous sommes tout de suite rapprochées. Deux vilains petits canards perdus dans un océan de jupes plissées bleu marine, de cols Claudine, de socquettes blanches, de sages serre-tête, le tout pétri d’une éducation ultra conventionnelle.
Pourtant, de l’extérieur, nos deux familles s’intégraient parfaitement dans le décor. Hôtel particulier avec jardin pour Charlotte, grand appartement bourgeois près de la porte Dauphine pour moi. Mais une fois la porte franchie, la jolie façade s’effritait et dévoilait la réalité de notre quotidien. Du côté de Charlotte, une famille nombreuse et fauchée, où elle grandissait livrée à elle-même ; du mien, une enfance solitaire de fille unique, entre un père journaliste, écrivain et séducteur et une mère artiste qui vivait à fond les Swinging Sixties aidée par toutes les substances qu’elle prodiguait généreusement à son entourage.
Charlotte adorait venir chez moi, où débarquaient sans cesse des artistes venus des quatre coins de la planète, et se nourrissait de ce qu’elle voyait et entendait. Moi, je découvrais chez elle l’ambiance chaleureuse d’une famille réunie quotidiennement autour de vrais repas, moments merveilleusement exotiques pour la petite fille esseulée que j’étais.

Petit Bac 2021
(6) Objet

Les Discrètes paroles de Bretonnes… – Anne Lecourt

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Ouest-France – septembre 2019 – 285 pages

Ouest-France – 22 septembre 2017 – 256 pages

Quatrième de couverture :
Des histoires de femmes. Un recueil de confidences. Quinze voix sorties de l’ombre que l’auteure s’est efforcée d’accompagner le mieux possible. Des voix précieuses et chères, celles de nos mères, de nos grands-mères. Une parole silencieuse, qui se livre pour la première fois, et qui, entre rires et larmes, raconte la vie ordinaire des femmes dans cette Bretagne d’alors. Du côté de Loudéac, de Rennes, de Lorient, de Gourin, de Brest, de Quimper, de Tréguier et de Nantes. Il y a celle qui conduit le camion, celle qui travaille à la chaîne, celle qui s’embarque pour le Maroc, celle qui baragouine à New York. Il y a l’étrangère – la Normande -, la femme de marin, la danseuse du dimanche, la syndicaliste, la petite vendeuse du Bon Marché, la cheftaine et la patronne de bistro. Aucune ne se résigne à une place choisie par d’autres, toutes, sans jamais rompre avec la tradition, inventent leur vie, contournent les obstacles, bousculent les conventions. Et les hommes.

Auteure : Anne Lecourt vit et travaille à Pleumeleuc. Traductrice de métier, elle s’intéresse tout spécialement aux question de patrimoine et d’identité bretonne et participe activement à la vie associative, littéraire et musicale de la communauté de Montfort-sur-Meu depuis une dizaine d’années. Elle a publié un premier ouvrage local intitulé « Elles qui disent », dont les contenus pour l’essentiel sont repris ici.

Mon avis : (lu en janvier 2021)
Anne Lecourt, l’auteure, est allée à la rencontre de 15 femmes pour qu’elles témoignent sur leur condition de femmes. Elle nous fait donc une série de portraits de quinze femmes de conditions modestes, avec des vies ordinaires, qui sont originaires essentiellement d’Ille-et-Vilaine mais également du Trégor, de Cornouaille, du Léon, de Nantes… Élevées à la dure, elles ont entre quinze et vingt ans à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, elles n’ont pas choisi leur avenir, elles ont souvent été obligées d’arrêter les études pour travailler, pour s’occuper de leur famille, leurs destins ont été dictés par la tradition, les circonstances familiales, économiques…
Albertine, Françoise, Clémentine, Suzanne, Madeleine, Anne, Marie, Paule, Monique, Agnès, Marcelle, Yvette, Janet, Elisa et Roberte se sont forgées de solide personnalité, elles se racontent dans leur vie, en famille, dans le travail de la terre, de la mer ou à l’usine, leur rapport avec le syndicalisme, l’école et l’église et parfois leur exil hors de la Bretagne…
C’est instructif et très intéressant de découvrir une époque et la condition de la femme, à travers ses parcours de vie et les combats menés pour faire évoluer les choses pour les générations futures. Même si elles n’avaient pas choisi leur destin, ces femmes ont su le prendre en main et s’affirmer chacune à leur façon.

Extrait : (début du livre)
Guetter le tout premier frémissement. Apprendre la patience, saisir l’instant, encourager d’un regard. Observer, retenir. Laisser venir. Un voile dans la voix, la crispation d’une lèvre, l’irritation d’une tasse vite reposée, une bouche qui se cache pour sourire, l’ébauche d’un geste, une main, qui corrige, qui écarte, ou qui retombe, sans rien livrer. Je me suis beaucoup attachée aux mains. Parce que le regard ne tient pas en place et qu’il sait aussi promener son monde là où il veut, tandis qu’une main s’abandonne, se laisse déchiffrer plus volontiers. Elles n’étaient plus de première jeunesse ces mains, toutes pareillement polies et tavelées, où les veines saillantes comme des chemins de vie m’évoquaient à l’envers nos chemins de terre creux, reliques d’un monde ancien et cloisonné, tout en force et en mots empesés, décliné à contretemps du temps aujourd’hui à l’œuvre. Des mains emportées et volubiles, des mains habituées à se faire obéir ou, au contraire, depuis toujours résignées à se taire, des mains sages comme des images, croisées, enfantines, sur la toile cirée, dociles comme le vieux chien sous la table, des mains agacées d’un rien, passant et repassant là où le propos démange. Soudain une ombre. Celle du souvenir, de la perte, du regret.

Petit Bac 2021
(1) Adjectif

Dans les geôles de Sibérie – Yoann Barbereau

81PotSM0qqL Stock – février 2020 – 323 pages

Quatrième de couverture :
« La scène se joue non loin du lac Baïkal, où je vis, où j’aime, où j’ai la chance d’être aimé, à Irkoutsk, capitale de la Sibérie orientale. Des hommes cagoulés surgissent, c’est le matin. Ma fille crie. Elle a cinq ans. Je suis arrêté sous ses yeux, frappé ensuite avec science, interrogé, mais surtout frappé de ce mot ignominieux qu’il m’est pénible d’écrire : pédophilie. Sous les cagoules et dans l’ombre, des hommes veulent ma peau. Ils ont enclenché une mécanique de destruction, grossière et implacable, elle porte un nom, je le connais, le mot a été inventé par le KGB : Kompromat.
Dans les geôles de Sibérie, je tente de comprendre. Dans l’hôpital psychiatrique où je suis plus tard enfermé, je tente de comprendre. On me promet quinze années de camp à régime sévère. L’histoire de mes évasions peut commencer.
Nommer les personnages et les lieux importe peu. Je n’ai rien inventé. C’est un film, et ce n’en est pas un. C’est un roman, et ce n’en est pas un. Ce qui importe, c’est le moment de beauté où la littérature rend la vie plus intéressante que la littérature, ce qu’il faut, c’est l’attraper comme on attrape un poignard. La meute lancée à mes trousses craignait que tout finisse dans un livre. Le voilà. »

Auteur :Yoann Barbereau est né en 1978. Après des études de philosophie, il enseigne à Paris. Il a travaillé près de dix ans en Russie, où il a notamment dirigé l’Alliance française d’Irkoutsk. Il a publié des textes en revue (artpress, Revue d’esthétique…) et une traduction du Journal de prison du poète russe Igor Gouberman (Joca Seria, 2020).

Mon avis : (lu en janvier 2021)
Ce livre n’est pas un roman, mais le témoignage de Yoann Barbereau, directeur de l’Alliance Française à Irkoutsk qui a été piégé et arrêté par le FSB (les services de renseignement russes). C’est une histoire incroyable, un vrai roman d’espionnage : en février 2015, il est brutalement arrêté pour des accusations de pédophilie montées de toutes pièces. Il est d’abord emprisonné pendant 71 jours dans la prison d’Irkoutsk, puis sera interné dans un hôpital psychiatrique 3 semaines pour subir des tests psychologiques. Il est ensuite assigné à résidence avec un bracelet électronique en attendant un hypothétique procès… Voyant que cela s’éternise et que les autorités françaises ne lui viennent pas en aide, Yoann Barbereau prépare lui-même son départ et réussi à tromper la surveillance pour s’évader de Sibérie jusqu’à l’ambassade de France à Moscou. Il pense alors que bientôt il pourra retourner en France et revoir les siens… Mais l’aventure se poursuit, en effet pendant 14 mois, il se retrouve prisonnier de l’Ambassade de France, cloîtré dans une chambre de 15 m². Trop préoccupés par leur plan de carrière les autorités de l’ambassade, ceux ne font rien. Considéré comme un « colis encombrant », il ne faut pas que l’on sache qu’il est réfugié à l’ambassade. Lorsque Yoann apprend sa condamnation par contumace à 15 ans de camp de travail, il décide de nouveau, de s’enfuir pour gagner l’Europe et réussit enfin à rejoindre la France en novembre 2017.
Un témoignage palpitant, très bien écrit. Victime d’un kompromat, Yoann n’a rien inventé et puisque ses accusateurs n’avaient qu’une crainte que son histoire se termine dans un livre…  Nous devenons également des témoins de ce qui s’est passé en Sibérie…

Extrait : (début du livre)
Tiens, des mots bruissent dans ma tête de taulard.
Une voix dit :
« Il l’ignore, pourtant, celui qui n’a pas senti le gel prendre sur sa peau n’est que l’ébauche d’un homme. »
La formule est un peu sèche, un peu raide, sentencieuse. Sortie de la bouche d’Alexandre, ce jour-là, elle était juste. Elle sonnait. Nous étions au bord du lac, dans une cabane qui aurait pu être un décor de cinéma. Température extérieure : – 41 °C. Le poêle réchauffait les corps à l’excès. J’étais en nage.
J’étais en forme. Viktor me servit une goutte de vodka dans un gobelet en argent dont il était très fier. Alexandre fit l’impasse. Il y avait la cabane, les bûches sagement empilées près du poêle, quelques flammèches, l’odeur du bois, du poisson, les petits gobelets et la fenêtre qui nous happait. Pris entre les falaises, la forêt et le lac glacés, nous goûtions une forme de félicité au milieu de nulle part – aucune route et pas âme qui vive à moins de dix heures de marche. Le gel est entré dans la conversation, je m’en souviens. Alexandre était cramoisi, mais des phrases limpides sortaient de sa barbe poivre et sel. Je les entends du fond de ma geôle.
« L’expérience du gel est une mise en question. C’est la mise à l’épreuve de ce qu’un homme sait du fait d’être. »
Nous étions prêts. Nous avons avalé les derniers morceaux de poisson fumé et pris la direction du lac. Trois moujiks déterminés sur la glace du Baïkal. Le ciel était d’un bleu catégorique, la lumière finement ajustée. Tout concourait à rendre notre expédition théâtrale. Les petits gobelets d’argent avaient leur part, sans doute.
Il y avait surtout le lac.

Petit Bac 2021
(1) Lieu

Boza ! – Ulrich Cabrel & Étienne Longueville

boza Philippe Rey – février 2020 – 378 pages

Quatrième de couverture :
Le périple bouleversant d’un adolescent migrant à la conquête de sa liberté.
 » Tu veux savoir ce qui m’a conduit à prendre la route de l’exil à quinze ans ? D’accord, je vais tout te confier et tu vas être renversé. Tu es prévenu ! Mes mots seront durs, car la réalité est brutale. Mais je vais aussi te faire rire, je suis beau gosse et j’ai la tchatche. Je te demande une seule chose : ne me juge pas, ça n’a pas de sens d’appliquer ta morale à ma vie.  »
Né dans un bidonville de la banlieue de Douala au Cameroun, Petit Wat est un adolescent haut en couleurs qui fait les quatre cents coups avec ses copains. Mais, sans avenir chez lui, il prend la douloureuse décision de partir pour accomplir son rêve : faire un boza, passer en Europe.
Avec un sac à dos troué et une immense foi en lui-même, Petit Wat découvre de nombreux dangers. Abandonné par un passeur aux portes du Niger, il doit affronter ghettos et déserts. Arrivé au Maroc, il rejoint des centaines de jeunes déshérités qui s’organisent pour affronter le  » Monstre-à-Trois-Têtes  » : des barrières massives séparant l’Afrique de l’Europe. Pourront-ils vraiment passer de l’autre côté ?
Dans Boza !, Ulrich Cabrel et Étienne Longueville proposent un regard inédit sur les réalités migratoires. La verve des personnages et l’humour du narrateur contrastent avec les enfers qu’ils traversent, offrant à ce roman d’aventures une tonalité et un rythme captivants.

Auteurs : Ulrich Cabrel est un Camerounais de dix-huit ans. Ayant lui-même dû quitter son pays, seul, il a vécu de l’intérieur cette redoutable traversée.
Étienne Longueville est bénévole dans une association qui accueille et accompagne les jeunes réfugiés. Il a été l’un des hébergeurs solidaires d’Ulrich Cabrel lors de son arrivée en Bretagne.

Mon avis : (lu en septembre 2020)
J’ai découvert ce livre grâce à une vidéo Brut sur facebook .
C’est une histoire vraie qui se lit comme un roman d’aventure. A 15 ans, Ulrich alias, Petit Wat, vit avec sa famille dans un bidonville de la banlieue de Douala au Cameroun mais même s’il est le seul de chez à avoir eu le privilège de poursuivre l’école jusqu’au collège, ses parents ne peuvent plus payer ses études. Il décide donc de partir pour l’Europe avec comme rêve de voir la tour Eiffel, reprendre le lycée et passer son baccalauréat !
Poussé par ce rêve et l’envie de s’en sortir, partir semble facile… Mais Petit Wat va vite prendre conscience de la réalité de l’exil, il perd ses repères, se retrouve confronté à la violence et surtout au manque d’argent… Sa progression et sa vie est à la merci des passeurs et des marchands d’esclaves, il doit tout monnayer, sa nourriture, un lit, les véhicules pour avancer, la police pour traverser les frontières… Petit Wat est déterminé et malgré les obstacles, il continuera à avancer…
Avec un langage coloré, et son vocabulaire d’argot local, Petit Wat nous raconte les péripéties de son voyage à travers l’Afrique : Niger, Nigeria, Algérie, Maroc, enclave espagnole de Melilla puis l’Europe : Espagne puis la France. Avec toute sa vérité, sa sincérité et son humour pour mieux supporter toutes les épreuves qu’il a traversé durant 15 mois. Ulrich raconte également comment il a été accueilli en France, les premières nuits dehors puis l’accueil dans plusieurs familles bretonnes
et sa rencontre avec Étienne Longueville.
On ne peut être que touché et admiratif devant le récit de cet adolescent tchatcheur et déterminé. L’écouter et le voir dans les deux vidéos est un plus !

Extrait : (début du livre)
Tu veux savoir pourquoi je suis parti ? Comprendre ce qui m’a conduit à quitter mon pays et prendre la route de l’exil à quinze ans ? Mieux connaître le jeune que tu accueilles chez toi, histoire de te rassurer ?
D’accord, je te raconte ; mais crois-moi, je ne fais jamais les choses à moitié. Je vais tout te confier et tu vas être renversé. Tu es prévenu ! N’oublie jamais que ce ne sont pas mes mots qui sont durs, c’est la réalité qui est brutale. Promis, je vais aussi te faire rire, je suis beau gosse et j’ai la tchatche. Je te demande une seule chose : ne me juge pas, ça n’a pas de sens d’appliquer ta morale à ma vie. Déjà, arrête de me parler de choix, je n’ai rien décidé, il n’y avait pas d’alternative. Toi-même, peux-tu affirmer avec certitude que tu aurais agi différemment si tu avais été à ma place ? Une fois que je t’aurai tout dit, tu me répondras.
D’abord, tu dois comprendre d’où je viens. Je te présente Bonaloka, un des bidonvilles les plus paumés, crades et dangereux d’Afrique, à quelques kilomètres du centre de Douala au Cameroun. Près de dix mille familles sans le sou y vivent, entassées dans des vieilles baraques dont les toits s’arrachent à la première pluie. Les maisons mal emboîtées tombent les unes sur les autres. Tout le monde s’épie et se contrôle. Les gens vivent à dix dans deux pièces. Le son des bars et des soûlards pénètre à travers les planches dans chaque taudis. Les « sanitaires » sont dehors, et on va puiser l’eau tous les matins au puits, à la force des bras. Bienvenue chez moi.
Ici, tu trouves de tout : des drogués, des paumés, des accros au jeu, des dealers, des filles de joie, des bandes organisées ou des passeurs. Le quartier est contrôlé par les « Russes », des petites frappes armées de couteaux, qui agressent la population en pleine rue et en plein jour, sans pitié ni scrupule. La police est réfugiée dans son commissariat. Si tu veux porter plainte, tu devras payer pour qu’on prenne ta déposition, et prier pour qu’on ne te livre pas aux Russes.
Mon pote, un conseil : ne t’aventure jamais seul dans ce labyrinthe, tu te retrouverais à poil en quelques secondes.

Cartoville New York 2020 – Collectif

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61OV1x5p8CL Gallimard – janvier 2020 –

Quatrième de couverture :
Statue de la Liberté, Empire State Building, Met et MoMA, Central Park, High Line, comédies musicales à Broadway, rooftops vertigineux, friperies et boutiques de créateurs, bagels et burgers, balade au fil de l’eau à Brooklyn ou échappée à Coney Island: suivez le guide !
• Un concept unique : des cartes grand format dépliables par quartier
• Les incontournables, visites, sorties et shopping localisés sur les cartes
• Des parcours et des balades hors des sentiers battus.

Auteurs : Collectif

Mon avis : (exploré en mars 2020)
Voilà un guide avec cartes et plans en un.
Tout commence avec Les incontournables (Statue of Liberty / Ellis Island, Worl Trade Center, Empire State  Building, The High Line, Firth Avenue, Museum of Modern Art (MoMA), Central Park, Metropolitan Museum of Art (Met), Guggenheim Museum, Brooklyn).
Puis New York en 3 jours, un programme pour découvrir l’essentiel de la ville pendant un grand week-end.
Puis 10 idées pour découvrir New York autrement, des idées tendances, découvrir du street art, balades, idées pour se nourrir, pour voir un spectacle, passer une soirée…
Quelques bons plans pour découvrir New York, gratuitement ou à petits prix.
Puis c’est une présentation générale des différents quartiers (ils sont 10), et pour chacun d’eux, des adresses de restaurants, cafés, bars, pour faire du shopping et en dépliant la page, on dévoile un plan détaillé avec les curiosités à visiter.
Ensuite il y a la proposition de 3 balades : Downtown art tour, Manhattan fait son cinéma et Brooklyn au fil de l’eau puis quelques échappées à 1 ou 2 heures de New York, Flushing Meadows-Corona Park, Bronx Park, Coney Island, Long Beach…
A la fin du guide, on trouve un carnet pratique avec l’essentielle des infos pour un séjour à New York : calendrier, transports, hébergement, lexique français – anglais…
Enfin, un index des adresses et lieux de visite présents sur les plans.
Pratique et facile à mettre dans une poche grâce à son format (12 cm x 17 cm), mais en contrepartie, la police d’écriture est vraiment très petite… et certains plans (métro et de bus à Manhattan, dernière page du guide) totalement illisibles, une loupe n’étant pas fournie !

Remarque :
J’ai trouvé une incohérence (à propos de l’échelle) sur le plan « Se repérer à New York »(cf. extrait 1), qui est plutôt un tableau d’assemblage des différents plans plus précis des quartiers de New York.

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L’échelle graphique : 1 cm = 750 m et le texte en dessous, « 1/70 000 – 1 cm = 700 m » sont incohérents…
L’erreur n’est pas grave puisqu’il s’agit d’un tableau d’assemblage et que l’on mesure rarement une distance sur ce genre de plan…

Extrait : (cliquez sur chaque image pour agrandir)

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on déplit la page pour accéder au plan
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Petit bac 2020a(x) Lieu

 

Les vrais chiffres de la start-up nation – DataYolo

Lu en partenariat avec Les Liens qui Libèrent

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Les Liens qui Libèrent – novembre 2019 – 109 pages

Quatrième de couverture :
Du dessin de presse qui aurait mangé un rapport de l’Insee (ou l’inverse). Quel meilleur format pourrait-on imaginer pour analyser la naissance de la start-up nation ? La Macronie regorge depuis ses débuts de déclarations et situations sur lesquelles les meilleurs analystes de DataYolo se sont penchés avec gourmandise. Mais les graphiques présentés dans ce livre, dont les ingrédients sont avant tout l’ironie et les jeux de mots, ambitionnent aussi de pointer une certaine part de vérité…

Auteur : Journaliste depuis plus de 10 ans, Sophie Gindensperger, alias DataYolo, a notamment travaillé pour Arrêt sur images et Libération. Passionnée par le dessin et l’illustration, elle a lancé DataYolo comme un défi amusant, et s’est rapidement prise au jeu, encouragée par son addiction à l’actualité et aux réseaux sociaux.

Mon avis : (lu en décembre 2019)
En mars 2016, Sophie Gindensperger lançait DataYolo sur les réseaux sociaux. L’idée était de commenter l’actualité avec un dessin de presse représentant une courbe, un camembert ou un histogramme illustrant des statistiques plus ou moins sérieuses…
Ce livre, sur le même modèle, analyse avec humour ou pas, l’avènement de la Macronie à travers ses actions et ses petites phrases…
Ce livre est en cinq parties, aux titres plutôt évocateurs…
– Et en même temps
– Des gaulois réfractaires au changement
– Au lieu de foutre le bordel
– Les gens qui réussissent
– Make our planet great again

Sur la page de gauche, une déclaration du Président ou d’un homme politique ou une citation de presse et sur la page de droite, celle-ci est traduite en un graphique expressif et efficace.
« 
Mieux vaut un bon dessin qu’un long discours » !

Merci Anne et les éditions Les Liens qui Libèrent pour cette découverte qui donne à réfléchir tout en nous amusant !

Extrait :

«Whirlpool à Amiens : itinéraire d’un sauvetage devenu fiasco», Libération, 31 mai 2019.

exportslate

« C’est quoi ce “président jupitérien” que Macron entend incarner ? »,
Ouest-France, 18 mai 2017.

jupiterslate

« Ce que vous proposez, comme d’habitude, c’est de la poudre de perlimpinpin », Emmanuel Macron lors du débat d’entre-deux-tours face à Marine Le Pen, 3 mai 2017.

vocabulaireslate

« Gilets jaunes : les irréductibles des ronds-points », France Info, 16 décembre 2018.

slatesignalisation

« Nous rebâtirons la cathédrale Notre-Dame plus belle encore, d’ici cinq années », Emmanuel Macron, 16 avril 2019.

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