Noir comme neige – Peter Robinson

71CAVRYo2aL Livre de Poche – février 2008 – 480 pages

traduit de l’anglais par Jean Esch

Titre original : Past Reason Hated,1991

Quatrième de couverture :
La petite ville d’Eastvale, dans le Yorkshire, s’apprête à fêter Noël dans une ambiance et un décor de carte postale. D’autant que la neige est au rendez-vous. Hélas, cette atmosphère idyllique est endeuillée par le meurtre sauvage d’une jeune femme, Caroline Hartley, retrouvée nue au pied de son sapin, poignardée. Les soupçons sont nombreux – et se portent d’abord sur la compagne homosexuelle de Caroline – , mais les indices sont rares et ils mènent tous à des impasses car Caroline Hartley avait fait du secret son mode de vie… jusque dans sa mort. C’est le début d’une nouvelle enquête pour l’inspecteur divisionnaire Banks, secondé par le sergent Richmond et la détective Susan Gray, nouvellement promue, et, comme souvent chez Peter Robinson, sous le vernis des apparences, tout le monde a quelque chose à cacher…

Auteur : Auteur canadien d’origine anglaise, Peter Robinson est né en 1950 dans le Yorkshire. Il commence une carrière d’enseignant puis écrit, à partir de 1987, les premières enquêtes de l’inspecteur Alan Banks. En 2000, Saison sèche obtient le prestigieux Anthony Award et, en France, le Grand Prix de littérature policière. Peter Robinson a également reçu à six reprises le Arthur Ellis Award, prix du meilleur roman policier canadien. 

Mon avis : (lu en juillet 2022)
C’est la cinquième enquête de l’inspecteur Banks. Quelques jours avant Noël, Caroline Hartley est retrouvée poignardée à son domicile. Une jeune femme magnifique dont la vie personnelle était plutôt mystérieuse. Elle vivait avec une femme et jouait dans la troupe de théâtre amateur d’Eastvale dans le Yorkshire. L’inspecteur divisionnaire Banks et son équipe constituée par le sergent Richmond et la nouvelle détective Susan Gray vont mener cette enquête en explorant de nombreuses pistes, il est question de musique, de théâtre, de relations sexuelles… Une intrigue bien construite, des personnages intéressants ou attachants et une écriture agréable. Je passe toujours un moment de lecture plaisant avec cette série au rythme lent et au charme anglais…

Extrait : (début du livre)
La neige tomba sur Swainsdale pour la première fois de l’année quelques jours avant Noël. Là-bas dans la vallée, dans les fermes et les hameaux les plus éloignés, les gens du coin allaient pester. Une abondante chute de neige pouvait être synonyme de moutons égarés et de routes bloquées. Par le passé, certains endroits étaient restés isolés pendant cinq semaines. Mais à Eastvale, la plupart des personnes qui traversaient la place du marché en ce soir du 22 décembre se réjouissaient de voir ces gros flocons scintiller dans la lueur des lampadaires et former un tapis blanc grumeleux sur les pavés.

L’inspectrice Susan Gay, qui revenait du kiosque à journaux, s’arrêta sur le chemin du poste de police. Devant l’église romane se dressait un immense sapin, cadeau de la ville norvégienne avec laquelle Eastvale était jumelée. Les guirlandes clignotaient et ses branches effilées ployaient sous le poids d’un centimètre de neige. Au pied du sapin, un groupe d’enfants en tuniques rouges de choristes chantait : « Once in Royal David’s City ». Leurs voix d’alto, fragiles, mais claires, semblaient particulièrement adaptées à cette belle soirée d’hiver.
Susan renversa la tête en arrière et laissa les flocons fondre sur ses paupières. Quinze jours plus tôt, jamais elle ne se serait permis un geste aussi spontané et frivole. Mais maintenant qu’elle était l’inspectrice Gay, elle pouvait se permettre de se détendre un peu. Elle en avait terminé avec les cours et les examens, du moins jusqu’à ce qu’elle postule au grade de sergent. Finies les disputes avec David Craig pour savoir qui ferait le café. Finies également les patrouilles et la régulation de la circulation les jours de marché.
La musique l’accompagna, tandis qu’elle repartait vers le poste de police :
Et Il conduit Ses enfants
Là où Il s’en est allé.

Droit devant elle, la nouvelle lampe bleue était suspendue telle une enseigne de magasin au-dessus de l’entrée du poste de police à la façade de style Tudor. Pour tenter d’améliorer l’image de la police aux yeux de la population, ternie par des émeutes raciales, des scandales sexuels et des accusations de corruption à haut niveau, le gouvernement s’était tourné vers le passé ; plus précisément vers les années 1950. Ainsi, cette lampe sortait tout droit d’un vieux feuilleton télé en noir et blanc. L’image du vieux flic débonnaire qui patrouille dans son quartier avait fait beaucoup rire au siège de la police régionale d’Eastvale. Ah, si la vie était aussi simple que ça, avaient-ils soupiré.

Déjà lu du même auteur :

81-pkeXoGWL Le Voyeur du Yorkshire PeterRobinson2 Le Rocher aux corbeaux

Matricule 1139  La Vallée des ténèbres

Petit bac 2022
(6) Couleur

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Angleterre

 

Le mur des silences – Arnaldur Indridason

71-2mmXi+bL

Anne-Marie Métailié – février 2022 – 336 pages

traduit de l’islandais par Eric Boury

Titre original : Þagnarmúr, 2020

Quatrième de couverture :
Dans une vieille maison, dans laquelle toutes les femmes qui y ont vécu se sont senties oppressées sans raison, un mur de la cave s’effondre et on trouve un corps.
Konrad, très intrigué par ce cadavre inconnu, enquête et fait resurgir des affaires traitées dans ses trois romans précédents. Par ailleurs, il presse la police d’élucider le meurtre de son père mais il a oublié qu’à l’époque il avait menti et se retrouve inculpé. Toujours dans une ambiance à la Simenon et avec un Konrad très ambigu, moyennement sympathique et noyé dans l’alcool.
Le Mur des silences est un beau roman noir sur la violence familiale, la vulnérabilité, les sacrifices et l’impunité, dans lequel les coldcases ressurgissent toujours.

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavík en 1961. Diplômé en histoire, il est journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs couronnés de nombreux prix prestigieux, traduits dans 40 langues et vendus à plus de 13 millions d’exemplaires.

Mon avis : (lu en juillet 2022)
C’est la quatrième enquête de Konrad, le nouveau personnage d’Arnaldur Indridason. En écrivant ce billet, je m’aperçois que je n’ai pas lu la troisième enquête… Je me rattraperai ultérieurement.
Tout commence avec la découverte macabre d’un corps emmuré depuis longtemps dans une maison. Certains anciens occupants de cette maison ne s’y étaient jamais sentis à l’aise sans en comprendre la raison.
Nous retrouvons Konrad, policier à la retraite et veuf. Il se questionne toujours sur les circonstances de l’assassinat de son père et plus de trente ans après, il enquête toujours pour résoudre cet affaire.
En parallèle, le lecteur suit l’histoire d’Elisa, une femme battue par un mari qui exerce également une grande emprise sur elle. Au fil des pages, le lecteur va découvrir que cette histoire se déroule dans le passé et qu’indirectement, elle a un lien avec le père de Konrad…
Je n’en dirai pas plus pour ne rien divulgâcher.
J’ai toujours autant de plaisir à lire du Arnaldur Indridason pour découvrir l’Islande à travers des sujets malheureusement toujours actuels.

Extrait : (début du livre)
Peu après être entrée dans la maison, Eyglo avait vite ressenti le malaise évoqué par la femme.
Il arrivait régulièrement que des gens l’appellent en lui demandant de venir chez eux parce qu’ils souffraient d’angoisses inexplicables. Certains cherchaient à entrer en contact avec leurs proches défunts et parlaient de bruits inquiétants. Eyglo refusait de participer à ces chasses aux fantômes, à quelques rares exceptions près, et elle avait réussi à se débarrasser de cette femme au téléphone quelques jours plus tôt en lui notifiant une fin de non recevoir assez ferme. Son répit avait été de courte durée.
Deux jours plus tard, par une soirée d’automne, une quinquagénaire qu’elle n’avait jamais vue était venue sonner à sa porte. Juchée en haut des marches, sous une pluie diluvienne et souriant d’un air embarrassé, elle avait avoué être la personne qui l’avait appelée récemment pour lui parler de sa maison. Elle s’était empressée d’ajouter qu’elle ne venait pas lui demander d’organiser une séance de spiritisme ou quoi que ce soit de ce genre, mais souhaitait uniquement qu’elle l’accompagne chez elle pour faire le tour de la maison et lui dire si, elle aussi, elle percevait quelque chose susceptible d’expliquer l’anxiété et le trouble qu’elle ressentait depuis qu’elle avait emménagé, une peur et une appréhension lancinantes qu’elle n’avait jusque-là jamais éprouvées.
Ne voulant pas laisser l’inconnue sous la pluie battante, Eyglo l’avait invitée à rentrer s’abriter à l’intérieur.
– Je sais que les fantômes n’existent pas, avait repris la femme en refusant de s’aventurer au-delà du vestibule, mais il y a dans cette maison quelque chose qui ne va pas. Oui… il y a quelque chose. J’en suis persuadée et j’aimerais savoir si vous le percevez aussi. Pardonnez-moi… mon Dieu, j’ai l’impression de devenir folle.
Eyglo l’avait invitée à s’asseoir sur la chaise dans l’entrée. Son interlocutrice s’était adressée à la Société islandaise de spiritisme et Malfridur, une amie d’Eyglo, lui avait suggéré de la contacter car personne n’était mieux placé qu’elle pour l’aider même si elle se montrait souvent assez réticente. Ce n’était pas la première fois que Malfridur lui envoyait des gens sans son accord alors qu’elle lui avait maintes fois répété vouloir cesser toute activité liée à la voyance, mais Malfridur ne l’écoutait pas.

Déjà lu du même auteur :

la_cit__des_jarres La Cité des jarres  la_femme_en_vert La Femme en vert

la_voix La Voix l_homme_du_lac L’Homme du lac hiver_arctique Hiver Arctique

hypothermie Hypothermie la_rivi_re_noire La rivière noire betty Bettý

la_muraille_de_lave La muraille de lave etranges_rivages Étranges rivages

91768788 La cité des jarres 95359847 Le Duel

105501958 Les nuits de Reykjavik 110108840 Le lagon noir

9782367623085-001-X Opération Napoléon 9782367627595-001-T Passage des ombres

71UbDwTos8L Ce que savait la nuit 61YQz30gvAL Les roses de la nuit  Les fantômes de Reykjavik

voisinsvoisines2021_new50
Islande

Les recettes des dames de Fenley – Jennifer Ryan

81BJMCCqlLL Albin Michel – mars 2022 – 512 pages

traduit de l’anglais par Françoise du Sorbier

Titre original : The Kitchen Front, 2021

Quatrième de couverture :
La résistance féminine s’organise… derrière les fourneaux !
Prenez des femmes déterminées, des prisonniers de guerre et des hommes malveillants, ajoutez quelques recettes excentriques, saupoudrez d’une bonne dose d’humour typiquement british… Après le succès de La Chorale des dames de Chilbury, Jennyfer Ryan nous ouvre l’arrière-cuisine de la Seconde Guerre mondiale : un régal !
Épuisée par le conflit, ravagée par le Blitz, confrontée à une terrible pénurie alimentaire, l’Angleterre de Churchill invite les ménagères à participer à un concours de cuisine via les ondes de la BBC. La gagnante deviendra la première femme à coanimer une émission radiophonique. Lancées à corps perdu dans la compétition, quatre participantes vont révéler des trésors d’habileté et de ruse. Car l’enjeu est de taille, et ce concours, qui avait pour but de resserrer la communauté, risque de la diviser…

Auteur : Née dans un petit village du Kent, Jennifer Ryan a été éditrice à Londres avant de partir à Washington avec sa famille. Plusieurs de ses nouvelles ont été publiées dans des revues littéraires. Après La Chorale des dames de Chilbury, succès international, Les Recettes des dames de Fenley est son deuxième roman

Mon avis : (lu en juin 2022)
En 1942, en Angleterre ce sont les tickets de rationnement et les pénuries alimentaires… Pour soutenir et donner des idées et astuces aux cuisinières, il y a à la BBC l’émission « The Kitchen Front » animé par Ambrose. Celui-ci décide de lancer un concours auprès des meilleures cuisinières de la région pour sélectionner la première femme à coanimer son émission. Il y aura quatre candidates aux profils différents mais très compétentes. Audrey est une veuve de guerre qui vend des tourtes pour payer ses dettes et élever ses enfants. Lady Gwendoline est la sœur cadette d’Audrey, elle organise des ateliers de cuisine pour le compte du ministère du Ravitaillement, elle vit dans l’une des meilleures maisons de la région. Nell est seconde de cuisine sous les ordres de Mrs Quince, elle a du talent malgré sa timidité maladive. Enfin, Zelda, est une chef londonienne non reconnue là-bas car femme, elle est arrivée à Fenley dans une situation délicate… La compétition s’organise en trois manches : la première autour des entrées, la seconde autour des plats de résistance et la dernière autour des desserts. La candidate qui aura obtenu le meilleur score à l’issue de ces trois épreuves sera la gagnante !
Ce roman trace les portraits de quatre femmes dans l’Angleterre des années 40, de milieux très différents mais qui partagent comme passion et raison de vivre la cuisine. Au delà du concours de cuisine et des nombreuses recettes de cuisine présentes dans le livre, le lecteur découvre au fil des pages des femmes courageuses, tenaces et qui rivalisent de créativité et d’ingéniosité.
Un bel hommage à nos grands-mères qui ont mené également cette guerre du ravitaillement.

Extrait : (début du livre)
ENTRÉE
Rations alimentaires hebdomadaires pour un adulte pendant la guerre :
100 g de bacon ou de jambon (environ 4 tranches minces)

2 livres de viande hachée ou 1 livre de viande avec ou sans os
50 g de fromage (un cube de 5 cm)
100 g de margarine (8 cuillerées à soupe)
50 g de beurre (4 cuillerées à soupe)
1,5 litre de lait
200 g de sucre
50 g de confiture (4 cuillerées à soupe)
50 g de thé en vrac (de quoi faire environ 15 à 20 tasses)
1 œuf frais (plus un paquet mensuel d’œufs en poudre, l’équivalent de 12 œufs)
150 g de bonbons ou de sucre d’orge
Saucisses, poisson, légumes, farine et pain ne sont pas rationnés, mais parfois difficiles à trouver. On peut se procurer les conserves, les sardines et la mélasse avec les 24 points mensuels en libre utilisation sur les nouvelles cartes dans le cadre du plan de rationnement par points.

Source : Compilation de documents imprimés du ministère du Ravitaillement.

Mrs Audrey Landon
Willow Lodge, village de Fenley, Angleterre
Juin 1942
Une tornade s’engouffra dans la cuisine, qu’une superbe matinée de printemps éclairait de toute sa splendeur dorée. Des garçons se poursuivaient en se tirant dessus, dans un tohu-bohu censé reproduire la bataille de Dunkerque.
« Allez, ouste, sortez d’ici ! » Audrey les chassa d’un coup de torchon.
L’odeur de fruits rouges en train de compoter – framboises, fraises, groseilles – emplissait la grande cuisine vétuste où une mince femme d’une quarantaine d’années ajoutait une pincée de cannelle et une autre de muscade. Vêtue d’un pull d’homme rentré dans un pantalon d’homme, elle semblait harassée et peu soucieuse de son apparence. Ses vieilles bottes étaient maculées de boue en provenance du potager.
L’horloge de bois accrochée au mur sonna la demie et Audrey s’essuya le front du dos de la main. « Oh là là, non ! Déjà huit heures et demie ! »

 Déjà lu du même auteure :

91Netsp2frL La Chorale des dames de Chilbury

Petit bac 2022
(5) Lieu

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Angleterre

Le Storyboard de Wim Wenders – Stéphane Lemardelé

Masse Critique Babelio

71Jp4xarR6L La Boîte à Bulles – mai 2022 – 160 pages

Quatrième de couverture :
Dans Le Storyboard de Wim Wenders, Stéphane Lemardelé revient ainsi sur l’expérience vécue pour ce film, depuis le script, les repérages et prises de vue nécessaires à la confection du storyboard jusqu’au tournage des scènes sur lesquelles il a travaillé. C’est aussi l’occasion pour lui d’expliquer le rôle d’un storyboarder dans la réalisation d’un film. Occasion également de mettre en avant le lien entre le septième et le neuvième art qui se trouvent, ici, intimement liés.
Ensuite et surtout, Stéphane Lemardelé met en images ses échanges avec Wim Wenders : le réalisateur allemand revient à la fois sur son parcours – depuis ses débuts et périodes de vache maigres à Paris, où il a développé sa passion pour le cinéma, jusqu’à ses réalisations les plus récentes – mais aussi sur la démarche créatrice qui l’a guidé pour chacun de ses films.
Le Storyboard de Wim Wenders nous permet non seulement de comprendre le cheminement d’un réalisateur d’exception mais également de découvrir son approche théorique du cinéma et de l’image.

Auteur : Né en France, Stéphane Lemardelé a étudié à l’école des Beaux-Arts de Cherbourg avant d’émigrer au Québec en 1995. En tant que storyboarder de cinéma, il est notamment intervenu sur des longs métrages tels que Brick Mansion de C. Delamarre et Everything Will Be Fine de Wim Wenders. Il a collaboré à l’organisation de multiples festivals : Les rendez-vous du cinéma québécois, Festival du nouveau cinéma de Montréal ou encore Off- Courts de Trouville en France. Il développe dans sa région de multiples projets artistiques collectifs impliquant les citoyens et contribuant à créer une cohésion sociale. Après le reportage dessiné, Le Nouveau monde paysan au Québec puis le storyboard du Château de mon père de Maïté Labat et Jean-Baptiste Véber, Stéphane Lemardelé voit enfin publiée sa première réalisation, Le Storyboard de Wim Wenders.

Mon avis : (lu en juillet 2022)
A travers son expérience de storyboarder de cinéma, Stéphane Lemardelé nous raconte son métier et son travail lors de sa collaboration avec le cinéaste Wim Wenders sur le film « Everything Will Be Fine » en 2014.
Cette bande dessinée documentaire permet au lecteur de découvrir le métier de storyboarder et son rôle dans la réalisation d’un film. A partir du script du scénario, il y a les repérages et les prises de vue pour ensuite confectionner le storyboard scène par scène nécessaire pour le futur tournage…
C’est vraiment très intéressant de découvrir cette étape du travail pour la réalisation d’un film. De réfléchir à l’avance chaque image du film, plans larges, zooms sur un détail, les différents mouvements de la caméra… Stéphane Lemardelé nous explique avec précision le processus de son travail, il utilise les croquis de Wim Wenders superposés aux photos des repérages pour d’abord dessiner les principaux éléments de décor avant d’y installer les personnages et d’obtenir le dessin final en deux niveaux de gris.
L’autre intérêt de ce roman graphique, c’est la rencontre avec Wim Wenders qui a travers ses longs échanges avec Stéphane Lemardelé revient sur son parcours de cinéaste depuis ses débuts, ses influences et ses inspirations et sur la démarche créatrice qui l’a guidé pour chacun de ses films. Même pour quelqu’un comme moi qui ne s’y connait pas spécialement en cinéma, c’est passionnant et cela m’a donné envie de découvrir les films de Wim Wenders.

Extrait :

Petit bac 2022
(5) Art

La Poule et son cumin – Zineb Mekouar

91iRmMkNiHL JC Lattès – mars 2022 – 280 pages

Quatrième de couverture :
«  Les deux enfants finissaient toujours par s’endormir main dans la main, l’une s’approchant trop près du rebord du matelas, l’autre le nez écrasé sur le pied du lit.
Elles restaient ainsi une bonne partie de la nuit – les doigts entremêlés. »

Deux jeunes femmes, deux destins, deux Maroc. Si une forte amitié lie dans l’enfance Kenza et Fatiha, la fille de sa nourrice, la réalité de la société marocaine les rattrape, peu à peu, dans sa sourde cruauté. Elles se retrouvent à Casablanca, fin 2011. Que s’est-il passé entre-temps ?
Quelles trahisons les séparent ? Dans un pays qui punit l’avortement et interdit l’amour hors mariage, comment ces deux fillettes, issues de milieux opposés, ont grandi et sont devenues femmes ?

Auteure : Zineb Mekouar est née en 1991 à Casablanca et vit à Paris depuis 2009. La poule et son cumin est son premier roman.

Mon avis : (lu en mai 2022)
La Poule et le cumin est le premier roman de Zineb Mekouar, Franco-Marocaine de 31 ans.
2011, dans leur ville natale, Casablanca, deux jeunes femmes se retrouvent. Elles ont grandi dans la même maison. Kenza est l’héritière d’une famille aisée, Fatiha est la fille de la domestique qui travaille chez cette famille. Le lecteur découvre tour à tour les récits de vie de ces deux personnages dont les trajectoires s’éloignent inexorablement. Kenza ira en France faire ses études à Paris, à Sciences Po, elle sera vu comme une maghrébine, elle rêve de liberté et d’émancipation mais victime de la circulaire « Guéant », supprimant la possibilité pour les étudiants étrangers de travailler en France, elle doit retourner au Maroc. Fatiha restera au pays pour faire des études d’infirmière mais en tentant d’échapper à sa condition fera souvent de mauvais choix…
C’est une fresque sociologique, un roman engagé, qui nous plonge dans le Maroc contemporain et ses contrastes, entre tradition et modernité, entre fascination et rejet de l’Occident, entre misère et richesse.

Extrait : (début du livre)
Jeudi 22 décembre 2011

Fatiha ne sait pas quoi répondre aux arguments de Soufiane. Elle se sent presque soulagée quand il se lève d’un coup, qu’il pose cent dirhams sur la table et qu’il part sans rien dire. Ses yeux la picotent, elle meurt d’envie de les frotter mais c’est une mauvaise idée, son mascara va couler et lui tracer deux cercles noirs autour des yeux. Pas question qu’elle ressemble à un chat trempé. Il faut garder le peu de dignité qui lui reste. Le couple assis à la table d’à côté a écouté leur conversation avec curiosité et n’attend qu’une chose pour parfaire le spectacle : qu’elle s’effondre. Elle ne leur fera pas ce cadeau.

Elle insulte dans sa tête Youssra, en lui souhaitant les pires maux du monde, pour elle, pour sa descendance et même la descendance de sa descendance. Cette voleuse et menteuse lui a vendu le mascara en assurant que c’était du Chanel. « Je te promets qu’il est d’origine, le vendeur du souk de Derb Ghalef me l’a juré sur ses deux enfants. Allez, prends-le, je te le fais à moitié prix. » Du Chanel, mon cul. Ce satané vendeur a mélangé du khôl chinois avec du mauvais alcool et a gribouillé Chanel sur le pot pour le vendre dix fois plus cher. Youssra doit être de mèche avec lui. Elle a essayé de la rouler, elle ! Son amie ! Sa colocataire ! Elle va lui faire payer. Fatiha prend une forte inspiration, se tourne vers ses voisins de droite, leur adresse un grand sourire et s’en va avec une démarche qu’elle imagine pleine de dignité.

Déjà quatorze heures trente. Fatiha est en retard pour sa ronde à l’hôpital. Tant pis. La seule chose importante est de comprendre ce que vient de lui dire Soufiane. Il lui a expliqué ses raisons sans oser la regarder, sans même toucher à son tajine de poulet aux olives, son plat préféré. Pas d’excuses non plus pour son silence depuis quinze jours. Depuis qu’il a su pour le bébé. Pourtant c’est lui qui a voulu lui faire l’amour « comme il faut » et pas seulement « par derrière », comme ils font d’habitude. C’est lui qui l’a pressée contre le mur derrière l’hôpital et qui lui a dit « j’ai envie de toi » comme dans les films achetés en contrebande au souk de Derb Ghalef. Elle a répondu qu’elle aussi avait envie, mais que ça attendrait le mariage. Il n’a rien voulu savoir : « Puisque je te dis que tu vas rencontrer mes parents la semaine prochaine, tu vas avoir la bénédiction de ma mère ! » L’argument de la maman a été imparable, n’est-ce pas le Coran (ou l’un des hadiths1, elle ne sait plus très bien) qui dit que « le paradis est sous les pieds de la mère » ?

Petit bac 2022
(5) Animal

Tout plaquer et aller prendre un bain – Mathou

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Monsieur Pop Corn – novembre 2016 – 135 pages

J’ai Lu – mai 2019 – 144 pages

Quatrième de couverture :
Ce livre est un livre poétique, pour faire sourire, pour faire rire, pour se dire « ah oui tiens, c’est vrai, j’avais oublié tout ça ». Mathou aime glaner des petits moments, mettre de côté dans un coin de sa tête des petits plaisirs, des petits bonbons de bonne humeur ou de joie simple qui permettent d’avancer et de positiver – parfois. Ce livre est une succession de petits moments, vécus ou fantasmés, bien réels ou rêvés, aperçus, à peine entrevus, passés trop vite… Le temps file et nos souvenirs avec, ce livre est là pour se souvenir de ces moments, qui aident à voir la vie du côté le plus joli possible

Auteure : Mathou, pétillante trentenaire née à Angers, est illustratrice, auteure et graphiste. Elle se fait connaître grâce au succès de son blog « Crayon d’Humeur », où elle publie depuis 2007 des illustrations rondes et colorées, glanant le côté positif des petites tracasseries du quotidien, et sublimant nos défauts avec humour.

Mon avis : (lu en juin 2022)
Une BD prise par hasard à la Bibliothèque et qui se lit très rapidement. L’auteure recense des petits moments du quotidien qui font plaisir, qui donnent de la joie, qui font du bien… Il y a les petits bonheurs de tous les jours, des petits moments de temps en temps et en fin de livre des petits mots d’encouragement : comme « tout va bien », « tout est possible », « le meilleur est à venir », « MERCI beaucoup », « les enfants ça fait des Papillons dans le ventre », « la pluie c’est pas toujours triste », « haut les cœurs »…
Cette BD est sympathique, elle nous incite à voir le côté positif dans de multiples situations de notre vie… De quoi redonner le sourire avec humour et poésie.

Extrait :

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Petit bac 2022
(5) Verbe

C’est lundi, que lisez-vous ? [191]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Millina

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne ces dernières semaines ?

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Soixante printemps en hiver – Aimée de Jongh, Ingrid Chabbert
Nagasaki – Eric Faye, Agnès Hostache
La jeune femme et la mer – Catherine Meurisse

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Noir comme neige – Peter Robinson
Le Storyboard de Wim Wenders – Stéphane Lemardelé (Masse Critique)

Que lirai-je les semaines prochaines ?
L’or d’El Ouafi – Paul Carcenac, Pierre-Roland Saint-Dizier, Christophe Girard (BD)
La cosmologie du futur – Alessandro Pignocchi (BD)
Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette : Nom d’une pipe ! – Nadine Monfils
Les recettes des dames de Fenley – Jennifer Ryan
Lucienne ou les millionnaires de La Rondière – Aurélien Ducoudray, Gilles Aris (BD)
Carnets de Campagne – Mathieu Sapin, Morgan Navarro, de Monfreid Dorothée, Louison, Lara (BD)

Bonnes lectures, bonne semaine !

La jeune femme et la mer – Catherine Meurisse

91P3YkENIxL Dargaud – octobre 2021 – 116 pages

Quatrième de couverture :
Catherine Meurisse a résidé plusieurs mois à la Villa Kujoyama, une résidence d’artistes située à Kyoto. Cherchant à renouveler son inspiration, elle s’est immergée dans les paysages japonais. Un an plus tard, elle séjournait de nouveau au Japon, quand le typhon Hagibis dévastait une partie du pays. De ces deux voyages, placés sous le signe de la nature, tour à tour muse et dévastatrice, est né l’album La Jeune femme et la mer.

Auteur : Catherine Meurisse est née en 1980. Après un cursus de lettres modernes, elle fait ses études à l’école Estienne puis à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs à Paris. Dessinatrice, autrice, caricaturiste, reporter et illustratrice d’albums pour la jeunesse, Catherine Meurisse est une artiste prolixe. Aiguisant son regard et son trait pendant quinze ans dans de nombreux titres de presse (Le Monde, Libération, Les Échos, L’Obs…) et plus particulièrement à Charlie Hebdo, elle réalise des bandes dessinées où l’esprit de sérieux n’a pas sa place. Après Mes Hommes de lettres, Le Pont des arts, Moderne Olympia et Drôles de femmes (avec Julie Birmant), elle publie en 2016 La Légèreté, récit bouleversant de son retour à la vie, au dessin et à la mémoire, après l’attentat contre Charlie Hebdo auquel elle a échappé. 

Mon avis : (lu en avril 2022)
Cette BD est une ode à la nature présente au Japon.
Une jeune dessinatrice française part en résidence d’artiste au Japon pour y peindre la nature. Elle rencontre un artiste japonais qui cherche à peindre la « Femme » et qui écrit des haïkus et Nami, la jeune femme de l’auberge, une jeune et belle japonaise assez mystérieuse. Il ne faut pas oublier la présence d’un tanaki (sorte de raton-laveur, animal mythologique très présent dans la culture nippone) qui raconte le Japon et offre des poils de sa queue en guise de pinceau…
C’est une rencontre entre l’Orient et l’Occident, si différent et pourtant complémentaire… Un dépaysement pour les modes de vie, pour les façons de penser…
Les paysages peints par l’auteure sont magnifiques et sont une invitation à la contemplation. Une bande dessinée pleine de poésie avec des touches d’humour.

Extrait : (début de la BD)

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Petit bac 2022(5) Famille

Déjà lu du même auteure :

112494001 La légèreté

Nagasaki – Eric Faye, Agnès Hostache

61rGeUwmeHL Le Lézard Noir – août 2019 – 197 pages

Quatrième de couverture :
Shimura-san vit seul dans une maison silencieuse qui fait face aux chantiers navals de Nagasaki. Cet homme ordinaire rejoint chaque matin la station météorologique de la ville en maudissant le chant des cigales, déjeune seul et rentre tôt dans une retraite qui n’a pas d’odeur, sauf celle de l’ordre et de la mesure. Depuis quelque temps déjà, il répertorie scrupuleusement les niveaux et les quantités de nourriture stockée dans chaque placard de sa cuisine. Car dans ce monde contre lequel l’imprévu ne pouvait rien, un bouleversement s’est produit.

Auteurs : Agnès Hostache est une dessinatrice. Formée aux arts appliqués, c’est certainement sa formation en architecture d’intérieur qui lui a donné son goût pour raconter les intérieurs et la vie de ses habitants. Après avoir passé 10 ans dans de grandes agences de publicité en tant que directrice artistique puis 12 ans dans une agence d’architecture d’intérieur, Agnès Hostache a décidé de travailler en free-lance pour ne se concentrer que sur le dessin. Son premier roman graphique, « Nagasaki » (2019) est une adaptation du roman éponyme d’Eric Faye, grand prix de l’Académie française à sa parution en 2010.
Éric Faye, né en 1963, est un écrivain français. Il est également journaliste, rédacteur-traducteur aux bureaux parisiens de l’agence de presse Reuters, au service de l’actualité internationale. Il est l’auteur d’essais et de récits de voyage comme Mes trains de nuit ou Somnambule dans Istanbul. Il a reçu le Grand Prix du roman de l’Académie française pour son roman Nagasaki (2010).

Mon avis : (lu en mai 2022)
Cette bande-dessinée est l’adaptation du roman éponyme d’Eric Faye, grand prix de l’Académie française. L’auteur s’est inspiré d’une histoire vraie.
La vie de Shimura-san est parfaitement ordonnée. Ce vieux célibataire mène une vie où l’imprévu n’a pas sa place. Pourtant, il a une drôle d’impression lorsqu’il remarque des disparitions de nourriture dans ses placards ou son réfrigérateur… Il décide de mener son enquête en installant une webcam chez lui et de surveiller heure après heure la cuisine depuis son travail. Ainsi un beau jour, il surprend sa squatteuse qui vit dans sa maison lorsqu’il part au travail ! C’est une femme d’une cinquantaine d’années, au chômage, qui a trouvé refuge dans un minuscule placard à futons au fond d’une pièce inoccupée… Il appelle la police qui arrête l’intruse et cette histoire aura pendant plusieurs jours sa place dans la presse.
Shimura-san se sent violé dans son intimité, son intérieur a été occupé par une étrangère et même si celle-ci était inoffensive, c’est bouleversant pour cet homme qui n’a plus l’impression d’être chez lui.
Le lecteur aura le point de vue de Shimura-san, mais également celui de la femme venue s’installer secrètement dans cet appartement qui est un personnage à part entière de cette BD.
Le style de ce roman graphique est épuré, les couleurs sont douces, les cadrages sont précis et les jeux de lumière existent. Tout cela crée une ambiance particulière, où le lecteur se retrouve dans la peau d’un voyeur ou d’un intrus…

Extrait :

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Petit bac 2022(5) Lieu