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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Camille

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne ces dernières semaines ?

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Faut pas prendre les cons pour des gens – Emmanuel Reuzé et Nicolas Rouhaud
Boza ! – Ulrich Cabrel & Étienne Longueville

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?
Sigló – Ragnar Jonàsson (Masse Critique Babelio)

Que lirai-je les semaines prochaines ?
Open Bar 2 – Fabcaro (BD)
« Si je reviens un jour » – Les Lettres retrouvées de Louise Pikovsky – Stéphanie Trouillard et Thibaut Lambert (BD)
Le Monde au balcon: Carnet dessiné d’un printemps confiné – Sophie Lambda (BD)
Nature humaine – Serge Joncour

Bonnes lectures, protégez vous et évadez-vous !

Film : Petit Pays – Eric Barbier

Date de sortie : 27 août 2020

Réalisé par : Eric Barbier

d’après le livre Petit Pays de Gaël Faye

Acteurs : Jean-Paul Rouve, Djibril Vancoppenolle, Dayla De Medina, Isabelle Kabano

Durée : 1h53

Synopsis : Dans les années 1990, un petit garçon vit au Burundi avec son père, un entrepreneur français, sa mère rwandaise et sa petite sœur. Il passe son temps à faire les quatre cents coups avec ses copains de classe jusqu’à ce que la guerre civile éclate mettant une fin à l’innocence de son enfance.

Mon avis : (vu le 27 août 2020)
Petit Pays est l’adaptation du roman écrit par Gaël Faye et paru en août 2016.

En 1992, à Bujumbura, capitale d’alors du Burundi, Gabriel vit à 10 ans une enfance heureuse avec sa petite sœur Ana, son père français et sa mère rwandaise. Avec les copains, ils font les 400 coups… Ils volent des mangues dans les jardins pour les vendre à la sauvette, la carcasse d’une vieille voiture abandonnée, leur sert de refuge…
Mais bientôt c’est la guerre et le génocide et Gaby va devoir quitter son insouciance.
C’est à travers le regard d’enfant de Gaby, que le lecteur assiste en parallèle à l’embrasement de la situation politique et sociale du pays et au déchirement de sa famille.
L’ambiance est pesante, aussi bien dans le pays et les tensions ethniques que dans la famille.
Eric Barbier a adapté avec fidélité le roman à succès de Gaël Faye, il a donné une grande place au huis clos familial. Le film a été tourné au Rwanda et l’on ressent parfaitement la chaleur et les couleurs de l’Afrique.

J’ai bien aimé ce film qui m’a vraiment donné envie de relire le livre !

Bande-Annonce :

Livre dont le film a été adapté : 

Petit pays


Petit Pays – Gaël Faye

Boza ! – Ulrich Cabrel & Étienne Longueville

boza Philippe Rey – février 2020 – 378 pages

Quatrième de couverture :
Le périple bouleversant d’un adolescent migrant à la conquête de sa liberté.
 » Tu veux savoir ce qui m’a conduit à prendre la route de l’exil à quinze ans ? D’accord, je vais tout te confier et tu vas être renversé. Tu es prévenu ! Mes mots seront durs, car la réalité est brutale. Mais je vais aussi te faire rire, je suis beau gosse et j’ai la tchatche. Je te demande une seule chose : ne me juge pas, ça n’a pas de sens d’appliquer ta morale à ma vie.  »
Né dans un bidonville de la banlieue de Douala au Cameroun, Petit Wat est un adolescent haut en couleurs qui fait les quatre cents coups avec ses copains. Mais, sans avenir chez lui, il prend la douloureuse décision de partir pour accomplir son rêve : faire un boza, passer en Europe.
Avec un sac à dos troué et une immense foi en lui-même, Petit Wat découvre de nombreux dangers. Abandonné par un passeur aux portes du Niger, il doit affronter ghettos et déserts. Arrivé au Maroc, il rejoint des centaines de jeunes déshérités qui s’organisent pour affronter le  » Monstre-à-Trois-Têtes  » : des barrières massives séparant l’Afrique de l’Europe. Pourront-ils vraiment passer de l’autre côté ?
Dans Boza !, Ulrich Cabrel et Étienne Longueville proposent un regard inédit sur les réalités migratoires. La verve des personnages et l’humour du narrateur contrastent avec les enfers qu’ils traversent, offrant à ce roman d’aventures une tonalité et un rythme captivants.

Auteurs : Ulrich Cabrel est un Camerounais de dix-huit ans. Ayant lui-même dû quitter son pays, seul, il a vécu de l’intérieur cette redoutable traversée.
Étienne Longueville est bénévole dans une association qui accueille et accompagne les jeunes réfugiés. Il a été l’un des hébergeurs solidaires d’Ulrich Cabrel lors de son arrivée en Bretagne.

Mon avis : (lu en septembre 2020)
J’ai découvert ce livre grâce à une vidéo Brut sur facebook .
C’est une histoire vraie qui se lit comme un roman d’aventure. A 15 ans, Ulrich alias, Petit Wat, vit avec sa famille dans un bidonville de la banlieue de Douala au Cameroun mais même s’il est le seul de chez à avoir eu le privilège de poursuivre l’école jusqu’au collège, ses parents ne peuvent plus payer ses études. Il décide donc de partir pour l’Europe avec comme rêve de voir la tour Eiffel, reprendre le lycée et passer son baccalauréat !
Poussé par ce rêve et l’envie de s’en sortir, partir semble facile… Mais Petit Wat va vite prendre conscience de la réalité de l’exil, il perd ses repères, se retrouve confronté à la violence et surtout au manque d’argent… Sa progression et sa vie est à la merci des passeurs et des marchands d’esclaves, il doit tout monnayer, sa nourriture, un lit, les véhicules pour avancer, la police pour traverser les frontières… Petit Wat est déterminé et malgré les obstacles, il continuera à avancer…
Avec un langage coloré, et son vocabulaire d’argot local, Petit Wat nous raconte les péripéties de son voyage à travers l’Afrique : Niger, Nigeria, Algérie, Maroc, enclave espagnole de Melilla puis l’Europe : Espagne puis la France. Avec toute sa vérité, sa sincérité et son humour pour mieux supporter toutes les épreuves qu’il a traversé durant 15 mois. Ulrich raconte également comment il a été accueilli en France, les premières nuits dehors puis l’accueil dans plusieurs familles bretonnes
et sa rencontre avec Étienne Longueville.
On ne peut être que touché et admiratif devant le récit de cet adolescent tchatcheur et déterminé. L’écouter et le voir dans les deux vidéos est un plus !

Extrait : (début du livre)
Tu veux savoir pourquoi je suis parti ? Comprendre ce qui m’a conduit à quitter mon pays et prendre la route de l’exil à quinze ans ? Mieux connaître le jeune que tu accueilles chez toi, histoire de te rassurer ?
D’accord, je te raconte ; mais crois-moi, je ne fais jamais les choses à moitié. Je vais tout te confier et tu vas être renversé. Tu es prévenu ! N’oublie jamais que ce ne sont pas mes mots qui sont durs, c’est la réalité qui est brutale. Promis, je vais aussi te faire rire, je suis beau gosse et j’ai la tchatche. Je te demande une seule chose : ne me juge pas, ça n’a pas de sens d’appliquer ta morale à ma vie. Déjà, arrête de me parler de choix, je n’ai rien décidé, il n’y avait pas d’alternative. Toi-même, peux-tu affirmer avec certitude que tu aurais agi différemment si tu avais été à ma place ? Une fois que je t’aurai tout dit, tu me répondras.
D’abord, tu dois comprendre d’où je viens. Je te présente Bonaloka, un des bidonvilles les plus paumés, crades et dangereux d’Afrique, à quelques kilomètres du centre de Douala au Cameroun. Près de dix mille familles sans le sou y vivent, entassées dans des vieilles baraques dont les toits s’arrachent à la première pluie. Les maisons mal emboîtées tombent les unes sur les autres. Tout le monde s’épie et se contrôle. Les gens vivent à dix dans deux pièces. Le son des bars et des soûlards pénètre à travers les planches dans chaque taudis. Les « sanitaires » sont dehors, et on va puiser l’eau tous les matins au puits, à la force des bras. Bienvenue chez moi.
Ici, tu trouves de tout : des drogués, des paumés, des accros au jeu, des dealers, des filles de joie, des bandes organisées ou des passeurs. Le quartier est contrôlé par les « Russes », des petites frappes armées de couteaux, qui agressent la population en pleine rue et en plein jour, sans pitié ni scrupule. La police est réfugiée dans son commissariat. Si tu veux porter plainte, tu devras payer pour qu’on prenne ta déposition, et prier pour qu’on ne te livre pas aux Russes.
Mon pote, un conseil : ne t’aventure jamais seul dans ce labyrinthe, tu te retrouverais à poil en quelques secondes.

Faut pas prendre les cons pour des gens – Emmanuel Reuzé et Nicolas Rouhaud

Fluide glacial – septembre 2019 – 56 pages

Quatrième de couverture :
Tous les sujets de société sont abordés : les SDF, l’écologie, l’enseignement, l’industrie du tabac, les caisses automatiques, l’hôpital public, l’immigration, le racisme ordinaire, bien-pensance, la surpopulation carcérale, les quotas policiers, les maisons connectées…
De quoi faire bouillir la débilité ambiante dans ses contradictions au grand bonheur des amateurs d’humour absurde !

Auteurs : Emmanuel Reuzé est un photographe et dessinateur de bande dessinée français. Il fait ses études à Rennes à l’École supérieure des beaux-arts. Il exerce d’abord comme photographe et réalise plusieurs expositions. Cependant, Reuzé fait principalement carrière dans la bande dessinée. Ses premiers dessins professionnels paraissent dans « Psikopat » où il publie fréquemment des pages, seul ou avec Messina (Nicolas Rouhaud), et illustre des articles de Jean-Luc Coudray qui revisitent les héros classiques de la bande dessinée (de Gai-Luron à Alix…).
Nicolas Rouhaud, alias Messina, est un professionnel des médias depuis 2001 et un scénariste de bande dessinée français. Il est titulaire d’une maîtrise de sociologie de l’Université Bordeaux-II (1998-1999) et d’un BTS Métiers de la radio, spécialisation journalisme de Studio école de France (1999-2001). Animateur en centre de loisirs pendant plusieurs années, il a animé des ateliers roman-photo et des ateliers radio avec des enfants et des adolescents. Après de nombreuses années dans le journalisme polyvalent (radio, presse écrite, presse institutionnelle, web…), il se forme dans la communication des collectivités territoriales au CELSA.

Mon avis : (lu en septembre 2020)
Humour noir, humour grinçant et décalé pour dénoncer les travers de notre société. Certaines planches sont bien trouvées, comme le titre de l’album, d’autres sont limites vulgaires ou offensantes.
Je n’ai pas trouvé cette BD au niveau de celles de Fabcaro. Dommage.

Extrait : (début de la BD)

C’est lundi, que lisez-vous ? [124]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Camille

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne ces dernières semaines ?

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Les mains de Louis Braille – Hélène Jousse
Les coquelicots de Penn ar Bed – Emmanuelle Dupinoat
Nos espérances – Anna Hope
Matricule 1139 – Peter Robinson

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?
Rose Rage – Illana Cantin (partenariat Babelio / Hachette)
Le discours – Fabrice Caro

Que lirai-je les semaines prochaines ?
Le patient – Timothé Le Bouchon (BD)
Open Bar 2 – Fabcaro (BD)

Bonnes lectures, protégez vous et évadez-vous !

Matricule 1139 – Peter Robinson

81wkUXPfcDL Livre de Poche – octobre 2007 – 480 pages

traduit de l’anglais par Henri Yvinec

Titre original : A Necessary End, 1989

Quatrième de couverture :
Eastvale, Yorkshire. Lors d’une manifestation antinucléaire, la police charge violemment la foule, faisant plusieurs blessés. Mais, à l’issue des échauffourées, on découvre le corps de l’agent Gill, poignardé. Les suspects ne manquent pas et la tâche de l’inspecteur Banks s’avère particulièrement délicate. D’autant que débarque de Londres un collègue réputé pour son racisme, son machisme et sa brutalité. « Dirty Dick » Burgess va obliger Banks à suivre une voie qui pourrait bien lui coûter sa carrière… ou pire. Et, comme on s’en doute, une mort n’arrive jamais seule…

Auteur : Auteur canadien d’origine anglaise, Peter Robinson est né en 1950 dans le Yorkshire. Il commence une carrière d’enseignant puis écrit, à partir de 1987, les premières enquêtes de l’inspecteur Alan Banks. En 2000, Saison sèche obtient le prestigieux Anthony Award et, en France, le Grand Prix de littérature policière. Peter Robinson a également reçu à six reprises le Arthur Ellis Award, prix du meilleur roman policier canadien. 

Mon avis : (lu en juillet 2020)
Troisième enquête de l’inspecteur divisionnaire Banks dans la campagne des Yorkshire Dales. Une manifestation antinucléaire et pacifique désorganisée par une charge violente de la police et le corps sans vie de l’agent Gill (Matricule 1139) est retrouvé sur le pavé… Les suspects sont nombreux et l’enquête s’annonce difficile pour Banks et son équipe. Et voilà qu’on lui envoie de Londres un collègue, « Dirty Dick » Burgess, pour diriger l’enquête. Une ambiance très « british », des litres de bière bus, des personnages haut en couleurs et des échanges savoureux entre Banks et son supérieur Burgess à la réputation difficile… Une lecture sympathique.

Extrait : (début du livre)
Les manifestants se pressaient sous la bruine de mars devant le Centre culturel d’Eastvale. Certains brandissaient des pancartes de fortune, mais les slogans antinucléaires s’étaient brouillés sous la pluie, telles les lettres rouges que l’on voit dégouliner sur l’écran au début des films d’horreur. Il était difficile à présent d’y lire quoi que ce soit. À huit heures et demie, tous étaient trempés jusqu’aux os et en avaient assez. Aucune caméra de télévision ne filmait la scène et pas un seul reporter ne se mêlait à la foule. Les protestations n’étaient plus à la mode et les médias ne s’intéressaient qu’à ce qui se déroulait à l’intérieur du Centre. D’autant que le temps était froid et humide et que dehors il faisait noir.

Malgré leur déception, les gens s’étaient jusque-là montrés patients. En dépit de la pluie qui leur plaquait les cheveux sur le crâne et leur coulait dans le cou, ils brandissaient leurs panneaux illisibles et dansaient d’un pied sur l’autre depuis une heure. Mais maintenant plusieurs d’entre eux commençaient à éprouver une sensation de claustrophobie. La North Market Street était étroite et seuls des réverbères à gaz à l’ancienne l’éclairaient. La foule était cernée de tous côtés par les forces de l’ordre, qui s’étaient tellement rapprochées qu’elle n’avait plus d’espace pour s’étaler. Un cordon supplémentaire de policiers montait la garde au sommet des marches, près des lourdes portes de chêne et, en face de la grande bâtisse, d’autres agents bloquaient les venelles qui menaient aux ruelles tortueuses et à la rase campagne, au-delà de Cardigan Drive.

 

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Angleterre

Petit bac 2020a(6) Objet

Nos espérances – Anna Hope

818CJ4hsjTL Gallimard – mars 2020 – 368 pages

traduit de l’anglais par Élodie Leplat

Titre original : Expectation, 2020

Quatrième de couverture :
Hannah, Cate et Lissa sont jeunes, impétueuses, inséparables. Dans le Londres des années 1990 en pleine mutation, elles vivent ensemble et partagent leurs points de vue sur l’art, l’activisme, l’amour et leur avenir, qu’elles envisagent avec gourmandise. Le vent de rébellion qui souffle sur le monde les inspire. Leur vie est électrique et pleine de promesses, leur amitié franche et généreuse. Les années passent, et à trente-cinq ans, entre des carrières plus ou moins épanouissantes et des mariages chancelants, toutes trois sont insatisfaites et chacune convoite ce que les deux autres semblent posséder. Qu’est-il arrivé aux femmes qu’elles étaient supposées devenir ? Dans ce roman tout en nuances sur les différentes facettes de l’amitié au fil du temps, Anna Hope tisse avec élégance et délicatesse la vie de ces trois héroïnes contemporaines. Elle sonde les différentes façons de trouver son identité de femme, mais aussi de mère, de fille, d’épouse ou d’éternelle rebelle, et explore cet interstice entre les espérances et la réalité, cet espace si singulier fait de rêves, de désirs et de douleurs où se joue toute vie.

Auteur : Anna Hope est née à Manchester. Elle a étudié à Oxford et à Londres. Après Le chagrin des vivants et La salle de bal (prix des lectrices de Elle 2018), Nos espérances est son troisième roman.

Mon avis : (lu en août 2020)
Première lecture de cette auteure que je voulais découvrir depuis quelques temps.
C’est l’histoire d’Hannah, Cate et Lissa, trois jeunes femmes,  nées dans les années 1970. Au début des années 2000, elles vivent en colocation dans une maison de ville victorienne à trois étages, en bordure du London Fields Park, le plus beau parc de la capitale dont elles se sentent propriétaires.  Elles sont pleines d’espérance, et ne doutent pas qu’elles réussiront leur vie. Le lecteur va découvrir nos trois héroïnes jusqu’à 2018, avec quelques flashbacks depuis 1987, époque de leur rencontre. Elles ont chacune des aspiration différentes :  l’une est en mal d’enfant, la deuxième est devenue maman avant de l’avoir souhaité et a des difficultés à assumer son rôle, et la troisième veut travailler comme actrice. C’est une histoire sur l’amitié avec toutes ses nuances, les joies, les plaisirs partagés, les déceptions, les trahisons, les réconciliations…
Même si j’ai été parfois un peu perdue par les allers-retours chronologiques, j’ai trouvé ces femmes touchantes et ce roman très intéressant.

Extrait : (début du livre)
London Fields
2004
C’est samedi, samedi c’est le jour du marché. C’est la fin du printemps, ou le début de l’été. C’est la mi-mai, les églantiers sont en fleur dans le jardin broussailleux devant la maison. C’est encore tôt, du moins tôt pour le week-end – il n’est pas encore neuf heures, pourtant Hannah et Cate sont déjà levées. Elles ne se parlent pas beaucoup en se relayant devant la bouilloire, pour faire du thé et griller du pain. Le soleil zèbre la pièce, éclaire les étagères avec leurs casseroles dépareillées, les livres de recettes, les murs mal peints. Quand elles ont emménagé ici il y a deux ans, elles se sont juré de repeindre l’atroce couleur saumon de la cuisine, mais elles ne s’y sont jamais attelées. Et maintenant elles l’aiment bien. Comme l’ensemble de cette sympathique maison délabrée, elle est chaleureuse.
À l’étage, Lissa dort. Le week-end elle se lève rarement avant midi. Elle travaille dans un pub du quartier et sort souvent après son service : une fête dans un appartement à Dalston, un des rades de Kingsland Road, ou plus loin, dans les studios d’artistes de Hackney Wick.
Elles finissent leurs tartines et, sans réveiller Lissa, décrochent leurs vieux sacs de courses en toile du portemanteau derrière la porte et sortent dans le matin lumineux. Elles tournent à gauche, puis prennent à droite sur Broadway Market, où l’on commence tout juste à monter les étals. C’est le moment qu’elles préfèrent : avant l’arrivée de la foule. Elles achètent des croissants aux amandes à la boulangerie au bout de la rue. Elles achètent du cheddar corsé et un fromage de chèvre cendré. Elles achètent de bonnes tomates et du pain. Elles achètent un journal sur la gigantesque pile devant l’épicerie turque. Elles achètent deux bouteilles de vin pour plus tard. (Du rioja. Toujours du rioja. Elles n’y connaissent rien en vin, mais elles savent qu’elles aiment le rioja.) Elles continuent tranquillement leur chemin vers les autres étals, en regardant les babioles et les vêtements d’occasion. À la terrasse des pubs, comme toujours sur les marchés londoniens, des gens sont déjà agrippés à leur pinte à neuf heures du matin.

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Angleterre

Petit bac 2020a(8) Pluriel

Les coquelicots de Penn ar Bed – Emmanuelle Dupinoat

Lus en partenariat avec l’auteure

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tome 1 : L’étonnante musique de la porcelaine

Edilivre – janvier 2017 – 252 pages

Olivia, à presque trente ans, se sent transparente au sein d’une famille fragilisée par une succession. Elle s’ouvre au monde en écoutant les confidences d’auditeurs sur les ondes radiophoniques. La Bretagne est son point d’ancrage le plus solide comme ses souvenirs avec sa grand-mère disparue. Son horizon va s’élargir peu à peu et sa vie prendre un sens inattendu…

tome 2 : Le malicieux parfum du kouign amann

Edilivre – janvier 2017 – 252 pages

Olivia n’est plus seule désormais et s’étonne d’être aimée par ce compagnon si bienveillant. Elle demeure toujours en proie à beaucoup de doutes ; le Finistère n’est pourtant pas un frein entre eux deux. Les événements vont s’enchaîner, la forçant à aller de l’avant et à taire ces peurs tapies en elle qui ne font que ralentir son épanouissement. Peu à peu, sa timidité s’effacera pour laisser place à une vraie détermination et l’horizon s’ouvrira sur un avenir plein de promesses…

tome 3 : Les frêles coquelicots de Penn ar Bed 

Edilivre – décembre 2016 – 336 pages

Olivia a largement dépassé la trentaine et s’occupe de son foyer, de sa famille recomposée. Son quotidien manque beaucoup de fantaisie et ses racines bretonnes la poussent irrésistiblement vers le Finistère. Les vicissitudes de l’existence doublées des affres de l’adolescence viennent semer la zizanie au sein de sa tribu et de son couple. L’amitié sera une précieuse bouée pour tenir dans la tempête et les coquelicots, jamais loin, sa source lumineuse d’espérance.

tome 4 : Les douces lumières de Penn ar Bed 

Edilivre – juillet 2020 – 358 pages

Olivia et Emmanuel sont les heureux parents de cinq enfants dont les caractères s’affirment au fil du temps. Au cœur de ce foyer pétillant de vie, chaque jour apporte son lot de joies, de questions, d’obstacles et les rivalités fraternelles viennent animer le quotidien. Le profond attachement à la famille, au Finistère et la foi en Dieu serviront de boussole à chacun pour garder le cap durant ces années pleines de péripéties, savourer Les douces lumières de Penn ar Bed.

Auteur : Emmanuelle Dupinoat écrit pour colorer d’imaginaire le présent et partager ses interrogations sur la vie. Biologiste de formation et mère de famille, elle vit en Bretagne depuis plus de vingt-cinq ans, région qui est aussi sa source d’inspiration.

Mon avis : (tome 1, lu en 2017, tomes 2 et 3 lus en 2019 et tome 4 lu et relu en 2020)
Faire un billet sur cette série de livres est un peu particulier pour moi… En effet, je connais très bien l’auteur et j’ai participé en partie à la relecture du tome 4…
Lorsque l’auteur a commencé à écrire l’histoire d’Olivia, elle n’imaginait pas que cela devienne une « saga » familiale en 4 tomes, mais en terminant le premier roman, elle n’a pas voulu quitter son héroïne et s’est laissée entraîner pour de nouvelles aventures…
L’auteure a imaginé une histoire de famille sur plusieurs décennies où l’on voit évoluer les personnages, grandir la tribu d’enfants et de cousin.e.s avec comme point d’ancrage la Bretagne, et plus particulièrement le Finistère.
L’inspiration est-elle venue de lieux et de situations vécus, de mots d’enfants et de lectures comme L’esprit de famille de Janine Boissard ? Et pourquoi pas un peu tout cela à la fois…

Extrait : (début du tome 4)
La journée de dimanche est déjà bien entamée lorsqu’Alban entre en coup de vent dans la cuisine et s’exclame :
— On mange quoi au dîner?
— Des briques à la sauce caillou, lui rétorqué-je par réflexe.
— Ah, ah… mais vraiment?
— Riz, tomates, saucisses, plat familial par excellence qui fait plaisir en général à nos convives du dimanche soir.
— Combien serons-nous?
— Une douzaine…
À Montilly, une semaine sur deux, nous réunissons neveux ou enfants d’amis, seuls à Paris. Ils partagent notre dîner dans une atmosphère familiale, histoire de finir le
week-end agréablement et démarrer la nouvelle semaine de bonne humeur. L’idée est venue d’Emmanuel qui a toujours vu ses parents organiser ce genre de réunion. Au cœur du Quartier latin, l’appartement Lagrange devenait un repère sympathique pour la fin du week-end. Le temps de l’exil de l’un ou l’autre de sa région d’origine, il était plaisant d’arriver dans une maison ouverte où l’accueil était chaleureux.
Certains cousins d’Emmanuel m’ont raconté combien ces soirées dominicales avaient compté durant leurs études ou leurs premiers pas à Paris comme jeune actif. Moi, j’ai
pensé à ma mère qui soignait particulièrement le dîner du dimanche. Je revois ce plat ovale fleuri où gratinaient ses chefs-d’œuvre ; je l’avais surnommé « le plat du bonheur ».
L’initiative est donc née en rapprochant les deux coutumes bretonne et bourguignonne. Et la sauce a pris !

Les mains de Louis Braille – Hélène Jousse

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JC Lattès – février 2019 – 350 pages

J’ai Lu – février 2020 – 352 pages

Quatrième de couverture :
Veuve depuis peu, Constance, la quarantaine, auteur de théâtre à succès, se voit confier l’écriture d’un biopic sur Louis Braille par son producteur et ami Thomas. Assistée d’Aurélien, mystérieux et truculent étudiant en histoire, elle se lance à cœur perdu dans une enquête sur ce génie oublié, dont tout le monde connaît le nom mais si peu la vie.
Elle retrace les premières années de Louis Braille, au tout début du XIXe siècle, ce garçon trop vif qui perd la vue à l’âge de trois ans à la suite d’un accident. Déterminé à apprendre à lire, il intègre l’Institution royale des jeunes aveugles. Mais dans ce bâtiment austère et vétuste, où les petits pensionnaires sont élevés à la dure, nul n’entend leur enseigner la lecture. Et pour cause  : il n’existe aucune méthode. Constance découvre le combat de Louis pour imaginer la lecture au bout des doigts, jusqu’à l’invention, à même pas dix-huit ans, du système qui a révolutionné depuis la vie de tous les aveugles.
Dans ce roman, hommage à ce garçon dont le génie n’avait d’égale que la modestie, Hélène Jousse entremêle les vies et les époques et explore la force de l’amour, sous toutes ses formes. Avec une question qui affleure  : qu’est-ce qu’un destin, sinon une vie qui fait basculer celle des autres ?

Auteur : Hélène Jousse est sculptrice. Elle enseigne son art aux autres, et en particulier aux enfants. Il y a trois ans, un jeune homme aveugle depuis quelques mois est venu lui demander de l’aider à sculpter. Pour elle, un monde s’est ouvert. Les Mains de Louis Braille est son premier roman. Elle vit à Paris.

Mon avis : (lu en août 2020)
En suivant Constance, une jeune veuve à qui Thomas, son ami producteur, demande d’écrire un biopic sur la vie de Louis Braille pour une adaptation cinématographique, le lecteur découvre un personnage extraordinaire et très attachant.
On connaît le nom de Louis Braille par son alphabet destiné aux aveugles.
Je ne savais pas qu’il était lui-même aveugle depuis l’âge de 3 ans, suite à un accident domestique. Qu’il avait à peine dix-huit ans lorsqu’il invente l’alphabet qui porte son nom à partir de combinaison de six points en relief.
Un roman très documenté, passionnant et émouvant. Une très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
C’est un jour de juillet pluvieux. Un matin de l’été 1812. Depuis l’aube, les averses ont succédé aux éclaircies. Louis aime la pluie parce qu’elle réunit sa famille. Quand il pleut, sa mère renonce à aller au champ et reste à l’abri avec lui et sa sœur aînée. Parfois, son père aussi cède à l’attrait de cette intimité tendre et chaude, au cœur de sa maison. Il abandonne son atelier et les rejoint autour de la cheminée, tel l’avare s’assurant que son trésor n’a pas disparu.
Depuis le jour où sa mère, impérieuse et joueuse, a fait arrêter la diligence de Meaux en pleine campagne pour qu’il puisse écouter les gouttes d’eau s’écraser sur le plafond entoilé de la calèche, Louis raffole du bruit de la pluie. Toute sa vie, il continuera à l’aimer. Sa bonne nature ne connaît pas la rancune.
Mais aujourd’hui, malgré l’orage, sa mère n’est pas là, contrairement à son habitude. Obligée d’aller vendre ses légumes au marché, elle n’a pas voulu qu’il l’accompagne, de peur qu’il ne prenne froid. Elle l’a laissé sous la surveillance de son mari, dans l’atelier où l’enfant adore fureter.
Louis aime se lever très tôt et prendre une longueur d’avance sur le jour naissant, sur ses parents et sa sœur qui sommeillent encore. Il fouine. Les objets et leur mystérieux ballet l’intriguent. Les choses lui en apprennent beaucoup sur les gens. Tout semble lui dire quelque chose. Alors, dans son petit monde de tout petit enfant, il ne néglige rien, et tout devient grand.

M. Braille termine de coudre un harnais pour le notaire, qui ne va pas tarder à lui amener son cheval. On le dit consciencieux et habile, et les gens viennent de loin pour le faire travailler, lui, et pas un autre. Louis le voit. Il en est fier. Le bourrelier aime son métier qui mobilise ses mains mais aussi, dans la conscience que nécessite chaque geste, le meilleur de son esprit.
Le petit garçon reste là, à regarder son père au travail. Ce ne sont pas les gestes d’un artisan adroit qu’il voit mais une danse toujours nouvelle et chaque fois aussi distrayante. Le visage à hauteur d’établi, Louis observe les mains de son père s’envoler, se refermer sur un outil, puis se reposer sur le cuir tendre. Ses deux bras merveilleusement articulés se plient et se déplient en rythme pour affûter, couper, piquer, tordre, étirer, lustrer. Le buste, léger et vif, s’ajuste avec souplesse, accompagnant chaque geste. Louis contemple ce beau géant en branle au-dessus de lui.
L’enfant regarde fasciné le corps solide de son père, comme un monde en soi. Il y voit une splendide mécanique capable de reconstruire, s’il le fallait, la grande mécanique qui l’entoure. Louis, âgé de trois ans – trois ans et demi, précise-t-il –, a le regard dilaté par l’admiration qu’il ressent pour ce puissant humain qui, non seulement existe, mais par bonheur l’aime, lui, si petit. Alors, il se dit que ça n’est pas rien ce qu’il est, puisque le colosse se penche si bas et si souvent vers lui. Et cela le rend heureux, simplement et profondément heureux d’avoir le droit d’être là.
Ils ont passé la matinée ensemble dans l’atelier, – un de ces moments de l’enfance où le temps semble s’étirer, où la félicité de l’instant contamine l’instant d’après, où le bonheur nous laisse croire qu’il ne se sauvera jamais.
M. Braille quitte un instant son établi pour fixer le harnais à l’encolure du cheval de son client qui l’attend dehors, déjà trempé. Louis se retrouve seul. Seul au monde dans le monde de son père qu’il croit être déjà le sien. Après avoir longuement promené son regard autour de lui, il commence à toucher les objets de cuir fabriqués par son père. Puis les objets qui fabriquent les objets, ses précieux outils, prolongements de la main paternelle. Et puis, il se prend pour son père… Comment faire autrement ?

Petit bac 2020a
(6) Personnage célèbre

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