Frère d’âme – David Diop

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Audiolib – mars 2019 – 3h43 – Lu par Babacar M’baye Fall

Seuil – août 2018 – 176 pages

Quatrième de couverture :
Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l’attaque contre l’ennemi allemand. Les soldats s’élancent. Dans leurs rangs, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent alors sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d’Alfa, son ami d’enfance, son plus que frère. Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s’enfuit. Lui, le paysan d’Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom. Détaché de tout, y compris de lui-même, il répand sa propre violence, sème l’effroi. Au point d’effrayer ses camarades. Son évacuation à l’Arrière est le prélude à une remémoration de son passé en Afrique, tout un monde à la fois perdu et ressuscité dont la convocation fait figure d’ultime et splendide résistance à la première boucherie de l’ère moderne.

Auteur : Né à Paris en 1966, David Diop a grandi au Sénégal. Il est actuellement maître de conférences en littérature à l’université de Pau.
Frère d’âme a été finaliste de tous les grands prix littéraires de l’automne 2018, et a remporté le Prix Goncourt des Lycéens.

Lecteur : Artiste interprète (cinéma, radio, théâtre, télévision), Babacar M’baye Fall est né en 1976 au Sénégal. Arrivé en France en 2000, il s’est formé à l’École Nationale Supérieure d’Art Dramatique de Montpellier. Au théâtre, il a interprété de nombreux personnages du répertoire classique et moderne dans des pièces comme OthelloLe Maure CruelLe Conte d’HiverLes NègresFin de PartieDerniers Remords avant l’Oubli, etc.

Mon avis : (écouté en mars 2019)
Voilà le livre parfait pour être écouté plutôt que lu sur du papier. C’est un roman court, avec des chapitres courts qui donnent un rythme soutenu à l’histoire. Avec le style oral d’une complainte lancinante et poétique africaine parfaitement interprété par Babacar M’baye Fall, le lecteur de ce livre audio.
Nous sommes pendant la Première Guerre mondiale, Mademba Diop et Alfa Ndiaye sont deux amis « plus que frères » engagés comme tirailleurs sénégalais. Mademba, mortellement blessé, est dans les bras d’Alfa, et par trois fois, il supplie son ami de l’achever. Alfa est incapable de le faire et sa culpabilité d’avoir laissé souffrir son « ami plus que frère » va lui faire perdre la raison. Il se met alors à tuer, comme « un sauvage », l’ennemi aux yeux bleus, puis ramène dans les tranchées, en trophée, une des mains de ses victimes…
Dans la deuxième partie du livre, Alfa a été envoyé à « l’Arrière du Front » et il nous raconte son enfance dans son petit village du Sénégal, les liens indéfectibles qui le lient avec Mademba et comment et pourquoi ils ont décidé tous les deux de partir pour la France.
Cette histoire dénonce l’horreur et la cruauté de la guerre et des hommes en donnant la parole à ces oubliés de l’Histoire, exploités par les colons, envoyés en première ligne.
La voix d’Alfa, tirailleur sénégalais, prend possession du lecteur et continuera de le hanter longtemps.

Extrait : (début du livre)
– … je sais, j’ai compris, je n’aurais pas dû. Moi, Alfa Ndiaye, fils du très vieil homme, j’ai compris, je n’aurais pas dû. Par la vérité de Dieu, maintenant je sais. Mes pensées n’appartiennent qu’à moi, je peux penser ce que je veux. Mais je ne parlerai pas. Tous ceux à qui j’aurais pu dire mes pensées secrètes, tous mes frères d’armes qui seront repartis défigurés, estropiés, éventrés, tels que Dieu aura honte de les voir arriver dans son Paradis ou le Diable se réjouira de les accueillir dans son Enfer, n’auront pas su qui je suis vraiment. Les survivants n’en sauront rien, mon vieux père n’en saura rien et ma mère, si elle est toujours de ce monde, ne devinera pas. Le poids de la honte ne s’ajoutera pas à celui de ma mort. Ils ne s’imagineront pas ce que j’ai pensé, ce que j’ai fait, jusqu’où la guerre m’a conduit. Par la vérité de Dieu, l’honneur de la famille sera sauf, l’honneur de façade.
Je sais, j’ai compris, je n’aurais pas dû. Dans le monde d’avant, je n’aurais pas osé, mais dans le monde d’aujourd’hui, par la vérité de Dieu, je me suis permis l’impensable. Aucune voix ne s’est élevée dans ma tête pour me l’interdire : les voix de mes ancêtres, celles de mes parents se sont tues quand j’ai pensé faire ce que j’ai fini par faire. Je sais maintenant, je te jure que j’ai tout compris quand j’ai pensé que je pouvais tout penser. C’est venu comme ça, sans s’annoncer, ça m’est tombé sur la tête brutalement comme un gros grain de guerre du ciel métallique, le jour où Mademba Diop est mort.
Ah ! Mademba Diop, mon plus que frère, a mis trop de temps à mourir. Ça a été très, très difficile, ça n’en finissait pas, du matin aux aurores, au soir, les tripes à l’air, le dedans dehors, comme un mouton dépecé par le boucher rituel après son sacrifice. Lui, Mademba, n’était pas encore mort qu’il avait déjà le dedans du corps dehors. Pendant que les autres s’étaient réfugiés dans les plaies béantes de la terre qu’on appelle les tranchées, moi je suis resté près de Mademba, allongé contre lui, ma main droite dans sa main gauche, à regarder le ciel bleu froid sillonné de métal. Trois fois il m’a demandé de l’achever, trois fois j’ai refusé. C’était avant, avant de m’autoriser à tout penser. Si j’avais été alors tel que je suis devenu aujourd’hui, je l’aurais tué la première fois qu’il me l’a demandé, sa tête tournée vers moi, sa main gauche dans ma main droite.

Geneviève de Gaulle, Les yeux ouverts – Bernadette Pécassou

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Lu en partenariat avec Babelio et Calmann Lévy

71hC2zqyH-L Calmann Lévy – mars 2019 – 320 pages

Quatrième de couverture :
Nièce du général, bien moins connue que cet oncle qui l’aimait beaucoup, Geneviève de Gaulle-Anthonioz a pourtant tracé un chemin exemplaire.
À 20 ans, résistante déportée à Ravensbrück, elle fait l’expérience de la fraternité, de la solidarité qui sauve. De ces heures noires et d’un inébranlable sens du devoir et de la justice, elle tire la force de dédier sa vie à la défense des plus pauvres. Engagée pendant trente ans auprès d’eux à travers ATD Quart Monde, elle est aussi, ce qu’on ignore, à l’origine de la loi anti-exclusion adoptée par le Parlement en 1998.
Voici donc le portrait intime d’une Française courageuse, d’une « petite dame » à la volonté d’acier, d’une épouse amoureuse et mère attentive, d’une femme entière qui, face aux injustices, a toujours refusé de détourner le regard.

Auteur : Journaliste, réalisatrice et romancière, Bernadette Pécassou-Camebrac a réuni documentation, rencontres et souffle romanesque pour écrire cette biographie. Elle est aussi l’auteure de nombreux romans à succès dont La Belle Chocolatière, La Dernière Bagnarde et, tout dernièrement, L‘Hôtelière du Gallia-Londres.

Mon avis : (lu en mars 2019)
Avant de lire cette biographie, je connaissais un peu Geneviève de Gaulle-Anthonioz, comme nièce du Général de Gaulle, comme résistante ayant été déportée et surtout pour son engagement à ATD Quart Monde.
J’ai le souvenir de quelques interventions à la télévision de cette petite dame d’une grande classe, avec ses petites lunettes, d’une voix douce mais ferme.
J’ai vraiment lu, comme un roman, cette biographie passionnante et instructive et découvert avec bonheur cette femme de volonté et d’engagement.
Les mots en exergue sur la couverture de ce livre : « Résister, s’engager, lutter, s’entraider, croire, servir, aimer » définissent parfaitement Geneviève de Gaulle-Anthonioz.
Elle a 20 ans, en 1940, lorsqu’elle s’engage dans la Résistance. En 1944, Geneviève de Gaulle est déportée à Ravensbrück où elle rencontrera Germaine Tillion et la fraternité des camps en tissant des liens de solidarités entre les détenues. Au retour, avec ses sœurs de captivité, Geneviève de Gaulle est membre actif de l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR) qui organise l’accueil  et le suivi des déportées au retour des camps.
Le principal combat de Geneviève Anthonioz-de Gaulle sera surtout son engagement contre la misère et la pauvreté. En octobre 1958, elle rencontre le Père Joseph Wresinski, il est l’aumônier du bidonville de Noisy-le-Grand, là-bas, elle est choquée par « l’odeur de la misère », tout comme au camp de Ravensbrück. Son engagement à ATD-Quart Monde est alors une évidence et lorsque Geneviève de Gaulle-Anthonioz sera nommée en 1988 au Conseil économique et social, elle mènera pendant 10 ans un combat acharné pour l’adoption d’une loi d’orientation contre la grande pauvreté.
Infatigable pour mener de nombreux combats justes pour autrui, effacée et modeste, à travers cette biographie passionnante, Geneviève de Gaulle-Anthonioz mérite vraiment à être mieux connue.
Merci Babelio et Calmann Lévy pour cette très belle découverte.

 

Extrait : (début du livre)
— Voulez-vous m’épouser ?
Geneviève vient de le demander en mariage en plongeant son regard dans le sien, et Bernard Anthonioz accuse le coup. Il se demande s’il a bien entendu, bien compris.
« L’honneur, c’est comme l’amour, disait-on dans la famille de Gaulle en citant Bernanos, c’est un instinct. »

Comme le matin où, jeune étudiante à Rennes, elle a arraché le drapeau allemand sur le pont Saint-Georges parce qu’il était inacceptable de le voir flotter au vent de France, son instinct a dit à Geneviève de Gaulle que ce jeune homme au regard intense et aux doux yeux bruns était celui qu’elle aimerait toujours. Alors sans hésitation ni calcul elle a fait sa demande. Maintenant, une inquiétude voile son regard fier. Que va-t-il répondre. Et s’il refusait ? Car le jeune homme reste muet.
Troublée, elle ne voit pas à quel point elle l’a déstabilisé. Ils se connaissent depuis peu, et s’il éprouve déjà des sentiments à son égard, il est moins rapide qu’elle sur ce genre de question. Les mots ne viennent pas. Un vent glacial siffle à leurs oreilles et les passants pressent le pas sur ce pont du Mont-Blanc au beau milieu duquel ils se sont arrêtés. Les voitures filent à vive allure. Il voudrait qu’elle parle pour sortir de cette situation. Mais Geneviève ne bouge pas, ne baisse pas les yeux. Elle attend. Garder une telle fermeté en pareille situation n’est pas donné à tout le monde. Bernard Anthonioz savait que Geneviève de Gaulle n’était pas n’importe qui, mais il découvre à quel point sa personnalité est forte. Il s’interroge. Par son parcours, par la façon dont elle a traversé les nombreux drames de sa jeune vie sans perdre confiance en l’humanité, par ce tempérament hors normes dont elle vient à l’instant de lui donner une preuve qui le laisse sans voix, elle le déstabilise et le bouleverse. Mais ce n’est pas pour autant qu’il va dire « oui » tout de suite. Ce genre de décision ne se prend pas sous le coup d’un moment d’émotion. Sur ses épaules pèse une lourde charge. Orphelin de père, il est l’unique soutien de sa mère et de sa petite sœur. Il a un petit salaire et ne voit pas comment il pourrait subvenir aux besoins d’une deuxième famille. Et il y a autre chose, une autre raison qui le retient… Il ne comprend pas pourquoi Geneviève l’a choisi, lui, sans grade et sans fortune, alors que les plus grandes familles françaises se pressent autour de cette jolie nièce du général Charles de Gaulle, honneur de la France résistante. Il sait qu’elle a refusé deux partis prestigieux que sa tante Yvonne de Gaulle lui a déjà présentés. Un officier et un historien, tous deux issus de grandes familles. « Elle n’en a pas voulu pour une raison simple, elle n’était pas amoureuse. Tel que tu es, tu peux comprendre ça, non ? » lui a répondu Germaine Tillion, leur amie commune, quand il s’en est inquiété auprès d’elle.

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Les Aventures De Blake Et Mortimer Tome 25 – La Vallée Des Immortels, tome 1 : Menace Sur Hong Kong – Yves Sente, Teun Berserik et Peter Van Dongen

Lu dans le cadre de La BD fait son festival 2019 en partenariat avec Rakuten

91KA4YsgH2L Blake Mortimer – novembre 2018 – 56 pages

Quatrième de couverture :
Alors que les forces alliées viennent de mettre fin à la Troisième Guerre mondiale en anéantissant la capitale du dictateur Basam-Damdu, l’Angleterre s’apprête à affronter un nouveau danger. Les communistes chinois de Mao profitent du chaos engendré par les guerres précédentes pour repousser les nationalistes de Chang-Kaï-Shek hors du pays et s’approchent dangereusement de Hong-Kong…

Auteurs : Yves Sente est né à Uccle dans la banlieue de Bruxelles. Scénariste de séries de bande dessinée à succès et pilier du groupe Médias Participations, il enchaine les reprises comme Blake et Mortimer, Thorgal et bientôt XIII, tout en réalisant des projets plus personnels comme le Janitor dont le T.3 est paru cet hiver ou la Vengeance du Comte Skarbek dont une intégrale est parue en décembre. Bercé dans sa jeunesse par les classiques de la bd franco-belge, Yves Sente suit des études de gestion et de droit à Bruxelles, Louvain-la-Neuve et Chicago. Diplômé, il entre aux éditions du Lombard où il devient rédacteur en chef de plusieurs magazines en 1991, intègre le comité de direction en 1992 et est nommé directeur éditorial en 1993. Il lance notamment les collections Signé, Troisième Vague, Troisième degré, Polyptyque, Petits Délires et Portail que l’éditeur décide aujourd’hui d’arrêter pour se concentrer sur la marque principale. En 2008, il abandonne ce poste pour prendre le titre moins absorbant de directeur littéraire. Depuis 1999, il s’est aventuré dans le métier de scénariste BD.
Né dans une famille d’artistes aux Pays-Bas, Teun Berserik a mis du temps à se tourner vers le monde artistique à son tour. En effet, ce n’est qu’après avoir tenu durant douze ans un garage spécialisé en voitures des années pré-1940 que la muse du dessin a enfin frappé à sa porte. Outre des illustrations de manuels scolaires de multiples disciplines (biologie, histoire, …) et des travaux de publicité et de dessins animés, Teun Berserik réalise également des bandes dessinées (parfois didactiques) pour enfants et pour ado-adultes. Son roman graphique éponyme consacré aux premières années de Vincent van Gogh (parution en 2012) remporte en 2013 le Prix du Meilleur Roman Graphique, remis par Het Stripschap (Association de bande dessinée aux Pays-Bas). Depuis 2000, il s’adonne à la peinture et a pris part à plusieurs expositions. Il réalise par ailleurs des peintures murales, l’une des plus grandes, mesurant 4,5 x 24m, est exposée au Musée de la Guerre d’Overloon (Pays-Bas).
Peter Van Dongen est né à Amsterdam d’un père hollandais et d’une mère indonésienne. Enfant, celle-ci a vécu la guerre d’indépendance de l’Indonésie (elle fut notamment traumatisée par le bombardement du port de Makassar) et ce sont ses souvenirs qui ont donné à son fils l’idée d’un roman graphique sur le conflit. Après trois années de recherche préalable, l’auteur a mis quatre an à concevoir cet album, sorti aux Pays-Bas en 1998,  la suite intitulée Rampokan : Célèbes en 2005. Avant Rampokan : Java, Peter Van Dongen avait publié Muizentheater (Le théâtre des souris) en 1991.

Mon avis : (lu en mars 2019)
Lorsque j’ai accepté de participer à l’opération « La BD fait son festival 2019 » en partenariat avec Rakuten et que j’ai fait ma liste des 3 BD que je souhaitais découvrir, rien n’indiquait que la BD Blake et Mortimer était le tome 1 d’un diptyque… Donc avant même le début de ma lecture, j’étais frustrée de savoir que je n’aurai pas la fin de cette histoire…

Résumé de l’éditeur : « À Lhassa, le palais impérial du dictateur Basam-Damdu est anéanti par une escadrille d’Espadons, et le monde, soulagé, fête la fin de la troisième guerre mondiale. Pendant que, dans la Chine voisine, les communistes de Mao affrontent les nationalistes de Chiang Kai-shek, le Seigneur de la guerre Xi-Li cherche à mettre la main sur un manuscrit qui lui permettra d’asseoir son pouvoir sur l’Empire du Milieu. Face aux menaces qui planent sur la région, le capitaine Francis Blake est chargé d’organiser la défense de la colonie britannique de Hong Kong. De son côté, à Londres, le professeur Philip Mortimer est amené à s’intéresser de près à une curiosité archéologique chinoise suscitant appétits et convoitises. Au même moment, le fameux colonel Olrik, ancien conseiller militaire déchu de Basam-Damdu, profite du chaos ambiant pour monnayer ses services auprès du général Xi-Li afin d’assouvir sa soif de vengeance…  » 

Un album qui commence exactement lorsque Le Secret de l’Espadon se termine. L ‘action se passe entre la Chine, Taiwan, Hong Kong et Londres c’est une plongée dans l’univers chinois des années 50. L’intrigue mêle de l’histoire, de l’archéologie, de l’action et de la science-fiction…
J’ai trouvé l’histoire difficile à suivre, trop complexe, avec des longueurs et le texte trop bavard, je me suis ennuyée et lassée. Par contre, le dessin du duo Teun Berserik et Peter Van Dongen est vraiment réussi, très proche de l’esprit de Jacobs, avec de la fluidité, de la minutie et beaucoup de détails.
La suite, le tome 2 de La Vallée des Immortels, est prévu pour novembre 2019.

Merci Rakuten pour ce partenariat.

Extrait :

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C’est lundi, que lisez-vous ? [63]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Camille

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne cette semaine ?

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Le cas Alan Turing – Arnaud Delalande et Eric Liberge
Agatha Raisin, tome 7 : A la claire fontaine – M.C. Beaton
Ce que savait la nuit – Arnaldur Indriðason

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Un silence brutal – Ron Rash (Babelio)
Tous, sauf moi – Francesca Melandri (partenariat Babelio)

Que lirai-je les semaines prochaines ?

Geneviève de Gaulle, les yeux ouverts – Bernadette Pecassou-Camebrac (Masse Critique Babelio)
Face nord – Jean-Marie Defossez (partenariat Flammarion Jeunesse)
Les Aventures De Blake Et Mortimer Tome 25 – La Vallée Des Immortels (La BD fait son festival 2019 en partenariat avec Rakuten)

Bonnes lectures et bonne semaine !

Ce que savait la nuit – Arnaldur Indriðason

71UbDwTos8L Métailié – février 2019 – 320 pages

traduit de l’islandais par Eric Boury

Titre original : Myrkrið veit, 2017

Quatrième de couverture :
Les touristes affluent en Islande et les glaciers reculent lentement. Le cadavre d’un homme d’affaires disparu depuis trente ans émerge du glacier de Langjökull. Son associé de l’époque est de nouveau arrêté, et Konrad, policier à la retraite, doit reprendre bien malgré lui une enquête qui a toujours pesé sur sa conscience.
Au moment où il pensait vivre sa douleur dans la solitude – son père menteur et escroc a été assassiné sans que l’affaire soit jamais élucidée et l’amour de sa vie vient de mourir d’un cancer –, Konrad est pressé par le principal suspect, mourant, de découvrir la vérité. Seul le témoignage d’une femme qui vient lui raconter l’histoire de son frère tué par un chauffard pourrait l’aider à avancer…
Dans la lignée de Simenon, Indridason excelle dans la construction d’un environnement social et affectif soigné et captivant, et dévoile peu à peu le passé trouble de ce nouvel enquêteur, jetant une lumière crue sur sa personnalité. Un beau roman noir sensible aux rebondissements surprenants.

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavík en 1961. Diplômé en histoire, il est journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs couronnés de nombreux prix prestigieux, traduits dans 40 langues et vendus à plus de 13 millions d’exemplaires.

Mon avis : (lu en mars 2019)
Des touristes allemands en expédition sur le glacier de Langjökull font une macabre découverte : celui du cadavre d’un homme disparu depuis trente ans…
C’est Konrad, policier à la retraite, (déjà présent dans Passage des Ombres) qui va reprendre l’enquête plus ou moins officieusement… A l’époque, jeune inspecteur, il avait participé à l’enquête en interrogeant l’associé du disparu que tout désignait comme étant le coupable. Mais il n’avait jamais voulu avouer et l’enquête n’avait pas aboutie.

Le corps rendu par le glacier va réactiver les mémoires et quelques indices vont permettre à la police et à Konrad d’explorer de nouvelles pistes…
Une intrigue bien construite, un nouveau personnage, Konrad, qui se dévoile un peu, un pays, l’Islande, dont on découvre les paysages et la société aujourd’hui et celle d’il y a trente ans… Je découvre toujours avec beaucoup de plaisir les enquêtes islandaises d’Arnaldur Indridason.

Extrait : (début du livre)
Le temps était radieux. Assise depuis un moment avec le reste du groupe pour se reposer après leur longue marche, elle avait sorti un casse-croûte de son sac à dos et admirait la vue sur le glacier. Son regard s’arrêta tout à coup sur le visage qui affleurait à la surface.
Comprenant avec un temps de retard la nature exacte de ce qu’elle avait sous les yeux, elle se leva d’un bond avec un hurlement qui troubla la quiétude des lieux.
Assis en petits groupes sur la glace, les touristes allemands sursautèrent. Ils ne voyaient pas ce qui avait pu bouleverser à ce point leur guide islandaise, cette femme d’âge mûr qui gardait son calme en toutes circonstances.
La veille, ils avaient gravi l’Eyjafjallajökull. Le volcan situé sous ce glacier était devenu célèbre quelques années plus tôt, lorsqu’il était entré en éruption. Le nuage de cendres qui s’en était dégagé avait bloqué le trafic aérien en Europe. L’épaisse couche de scories qui avait recouvert les environs avait aujourd’hui disparu, dispersée par le vent ou absorbée par le sol avec la pluie. Les flancs du glacier avaient retrouvé leur couleur naturelle. Le paysage s’était remis de la catastrophe.
Le voyage devait durer dix jours au cours desquels le groupe était censé gravir quatre glaciers. Ils avaient quitté Reykjavík environ une semaine plus tôt à bord de véhicules adaptés à la conduite sur glace et étaient hébergés dans de confortables hôtels dans la province du Sudurland. Ces touristes, un groupe d’amis originaires de la ville de Wolfsburg, connue pour son usine de voitures, étaient des gens aisés qui ne se refusaient rien. On leur portait de délicieux repas pendant leurs excursions et le soir, quand ils redescendaient, ils faisaient de grandes fêtes. Des randonnées de longueur raisonnable étaient organisées sur les glaciers, ponctuées par des pauses pour se restaurer. Le groupe avait été particulièrement chanceux avec la météo. Le soleil brillait dans un ciel limpide chaque jour de ce mois de septembre. Les touristes passaient leur temps à interroger leur guide sur le global warming et les conséquences de l’effet de serre en Islande. Leur guide parlait couramment l’allemand, ayant étudié la littérature à Heidelberg pendant plusieurs années, il y avait maintenant presque vingt ans. Les conversations se déroulaient exclusivement dans cette langue, la seule exception étant cette expression anglaise, global warming, qui revenait régulièrement.

Déjà lu du même auteur :

la_cit__des_jarres La Cité des jarres  la_femme_en_vert La Femme en vert

la_voix La Voix l_homme_du_lac L’Homme du lac hiver_arctique Hiver Arctique

hypothermie Hypothermie la_rivi_re_noire La rivière noire betty Bettý

la_muraille_de_lave La muraille de lave etranges_rivages Etranges rivages

91768788 La cité des jarres 95359847 Le Duel

105501958 Les nuits de Reykjavik 110108840 Le lagon noir

9782367623085-001-X Opération Napoléon 9782367627595-001-T Passage des ombres

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Agatha Raisin, tome 7 : A la claire fontaine – M.C. Beaton

91fUANd3KcL Albin Michel – novembre 2017 – 288 pages

traduit de l’anglais par Jacques Bosser

Titre original : Agatha Raisin and the Wellspring of Death, 1998

Quatrième de couverture :
Ancombe, paisible petit village, possède une source d’eau douce réputée pour ses bienfaits. Mais l’arrivée d’une société qui veut l’exploiter échauffe les esprits et divise les habitants : s’enrichir ou renoncer à la paix ? Lorsque Robert Struthers, le président du conseil municipal, est retrouvé assassiné, l’affaire prend une sale tournure. Pour y voir plus clair, Agatha Raisin décide d’aller à la source et se fait embaucher par la société…

Auteur : Née en 1936 à Glasgow, M.C. Beaton a été successivement libraire, critique de théâtre, journaliste et éditrice, avant de devenir un des auteurs de best-sellers les plus lus de Grande-Bretagne. Sa série Agatha Raisin a été adaptée à la télévision et a été diffusée en France en 2017.

Mon avis : (lu en février 2019)
Une lecture facile… je prends toujours autant de plaisir à suivre les aventures et enquêtes rocambolesques d’Agatha Raisin, au rythme de 2 à 3 par an…
Les relations entre Agatha et James Lacey sont au point mort. Le voyage à Chypre d’Agatha n’a pas eu le résultat escompté et tous les deux font routes séparées.
Retour en Angleterre, dans un village voisin de Carsely, à Ancombe, où une source naturelle divise la population. Et alors que le conseil municipal s’apprête à voter pour ou contre l’exploitation de sa source par une compagnie privée, son président est assassiné. Agatha avait accepté de s’occuper de la communication pour lancement de l’évènement. Elle donc va sauter sur l’occasion pour faire sa propre enquête… Quelques jours plus tard, c’est la propriétaire du terrain où se trouve la source qui est assassinée.
Comment Agatha va-t-elle pouvoir vanter les mérites d’une source saine alors que la mort rôde  ? Agatha Raisin semble également plaire à Guy Freemont, l’un des directeurs de la société… Rien de tel pour rendre James Lacey jaloux…
L’intrigue n’est pas inoubliable, mais c’est toujours sympathique de retrouver les personnages récurrents comme Roy, l’ancien employé londonien d’Agatha, la gentille Mrs Blomsby, la femme du pasteur, et Bill Wong, le policier, à la recherche de l’âme sœur.

Extrait : (début du livre)
Agatha Raisin broyait du noir. James Lacey avait enfin regagné le cottage voisin du sien à Carsely, village des Cotswolds. Elle essayait de se convaincre : non, elle n’était plus amoureuse de lui et se moquait de sa froideur.
Elle avait failli l’épouser, mais son mari, encore bien vivant à l’époque, avait surgi lors de la cérémonie et James ne lui avait jamais vraiment pardonné de lui avoir menti.
Un beau soir de printemps où les couleurs éclatantes des jonquilles, forsythias, magnolias et crocus explosaient dans le village, Agatha se rendit mollement au presbytère pour une réunion de la Société des dames de Carsely, avec l’espoir d’y apprendre quelque potin qui romprait la monotonie de son existence.
Mais les dernières nouvelles ne l’intéressèrent guère : car elles concernaient une source située dans le village voisin d’Ancombe.
Agatha la connaissait, cette source. Au XVIIIe siècle, une certaine miss Jakes l’avait captée et déviée à l’aide d’un tuyau passant à travers le mur du fond de son jardin pour en faire une fontaine à usage public. L’eau coulait par la bouche d’une tête de mort – une fantaisie qui, malgré certains goûts morbides de l’époque, avait provoqué alors d’innombrables critiques – et était recueillie dans une vasque peu profonde encastrée dans le sol. Elle en débordait pour se déverser sur une grille, passait sous la route et finissait par se transformer en un petit ruisseau qui serpentait à travers d’autres jardins avant de se jeter dans l’Ancombe, la rivière arrosant Carsely.
Quelques vers d’un poème composé par miss Jakes avaient été gravés au-dessus de la tête de mort :
               Voyageur fatigué, arrête-toi et vois
               La source vivifiante qui jaillit sur ta voie.
               Oublions que la vie est une vallée de larmes :
               Quiconque boit cette eau se porte comme un charme.
Deux siècles plus tôt, l’eau était réputée pour ses propriétés magiques et revigorantes, mais aujourd’hui, seuls les randonneurs s’arrêtaient à la fontaine pour y remplir leur gourde, et à l’occasion, des gens du coin tels qu’Agatha y venaient avec une bouteille qu’ils remportaient chez eux pour préparer le thé, l’eau de la source étant plus douce que celle du robinet.

Déjà lu du même auteur :

111279972  tome 1 : La quiche fatale  112115556 tome 2 : Remède de cheval

511YgPvGkHL tome 4 : Randonnée mortelle 

117060981 tome 3 : Pas de pot pour la jardinière 

Agatha_5 tome 5 : Pour le meilleur et pour le pire

51Pj39OW2mL tome 6 : Vacances tous risques : Bons baisers de Chypre

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Le cas Alan Turing – Arnaud Delalande et Eric Liberge

91ehaI9c0AL Les Arènes – octobre 2015 – 96 pages

Quatrième de couverture :
Londres, 1938. Les services secrets britanniques recrutent un jeune et brillant chercheur en mathématiques : Alan Turing. Sa mission : déchiffrer les codes de l’Enigma, la machine qui permet de transmettre les instructions du Führer à ses troupes. Toutes les tentatives de décryptage ont échoué jusque-là. C’est le plus grand défi de la vie d’Alan Turing. Un bras de fer scientifique inouï. Dans le secret le plus total, il s’attelle à la tâche. Et réussit. En cassant le code Enigma, Turing donne un avantage décisif aux Alliés et jette les bases de la révolution informatique. Son succès aurait dû le mener au faîte de la gloire, mais il doit se cacher et rester dans l’ombre. Dans l’Angleterre puritaine, son homosexualité est une marque d’infamie. La justice le condamne à la castration chimique. Le 7 juin 1954, c’est un homme seul et désespéré qui met fin à ses jours en croquant une pomme empoisonnée. Homme d’exception, Alan Turing a su percer tous les codes secrets, sauf un seul : le sien.

Auteurs : Arnaud Delalande est un scénariste et écrivain français. Son premier roman, Notre-Dame sous la terre, s’est vendu à près de 10 000 exemplaires et a été traduit dans plusieurs pays. En mai 2002, il a publié son deuxième roman, L’Église de Satan, chez Grasset. Il a reçu le prix Évasion des Relais H au printemps 1998 et le prix Charles Oulmont de la Fondation de France. Après le succès de son Dernier Cathare, il publie sa seconde série en bande dessinée chez 12 bis en 2012 : Surcouf.
Né en 1965, Éric Liberge déclare avoir toujours dessiné. Depuis 1977, il hantait déjà ses feuilles volantes avec des fresques entières de petits squelettes. En 1996 il se lance dans le projet « Monsieur Mardi-Gras Descendres ». Ce sont les revues PLG, Ogoun et Golem qui, les premières, acceptent de publier quelques courts extraits du « Petit monde du Purgatoire ». Achevé en 1998, le tome 1, « Bienvenue ! », est publié par Zone créative. Prix René Goscinny 1999, l’album est réédité chez Pointe Noire. En 2002, après 3 albums, il délaisse sa série phare et publie « Tonnerre rampant « puis « Métal », chez Soleil dans la collection « Latitudes ». En 2004, Les Éditions Dupuis rééditent les trois premiers volumes qui sont suivis en 2005 par la sortie du quatrième et dernier volume inédit. Par ailleurs, Éric Liberge a démarré une collaboration avec Denis-Pierre Filippi, « Les Corsaires d’Alcibiade », pour la collection « Empreinte(s) » dont l’action se situe dans l’Angleterre du XIXe siècle.

Mon avis : (lu en mars 2019)
Cette belle BD est l’histoire d’Alan Turing (1912-1954), mathématicien génial britannique qui fut recruté par les Services secrets britanniques pendant la Seconde Guerre Mondiale pour percer le secret d’Enigma, la machine à chiffrer des Allemands. Avec son équipe, après de longues recherches et nombreuses expérimentations, il réussira à créer le premier calculateur qui permet de décoder les messages allemands, accélérant ainsi la fin de la Guerre et donc sauvant ainsi de nombreuses vies.
Enfant précoce, il a toujours été mal à l’aise en société, il était bègue, gauche mais rêveur et passionné. Il était également homosexuel et à l’époque c’était considéré comme un crime… Il est poursuivi en justice en 1952, condamné, il choisit la castration chimique pour éviter la prison. En juin 1954, il est retrouvé mort par empoisonnement au cyanure. Il faudra attendre 2013, pour que la reine Élisabeth II le reconnaisse comme héros de guerre et le gracie à titre posthume.
Le scénario, très documenté, décrit à la perfection le tourment de cet homme hors du commun. En fin d’album, un dossier passionnant sur la guerre cryptographique est présent.

Extrait :

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C’est lundi, que lisez-vous ? [62]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Camille

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne cette semaine ?

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Le voyage de Marcel Grob – Philippe Collin et Sébastien Goethals
Sur la route des Invisibles : Femmes dans la rue – Claire Lajeunie
Fief – David Lopez

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Frère d’âme – David Diop (Prix Audiolib 2019)
Un silence brutal – Ron Rash (Babelio)

Que lirai-je les semaines prochaines ?

Geneviève de Gaulle, les yeux ouverts – Bernadette Pecassou-Camebrac (Masse Critique Babelio)
Tous, sauf moi – Francesca Melandri (partenariat Babelio)
Face nord – Jean-Marie Defossez (partenariat Flammarion Jeunesse)
Les Aventures De Blake Et Mortimer Tome 25 – La Vallée Des Immortels (La BD fait son festival 2019 en partenariat avec Rakuten)

Bonnes lectures et bonne semaine !

Fief – David Lopez

logo prix audiolib 2019

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Audiolib – janvier 2019 – 6h57 – Lu par l’auteur

Le Seuil – août 2017 – 256 pages

Points – janvier 2019 – 240 pages

Quatrième de couverture :
Quelque part entre la banlieue et la campagne, Jonas et ses amis tuent le temps. Ils fument, jouent aux cartes, font pousser de l’herbe, et, quand ils sortent, c’est pour constater ce qui les éloigne des autres. Dans cet univers où tout semble voué à la répétition du même, leur fief, c’est le langage, qu’ils ne cessent de mettre en scène, que ce soit Lahuiss interprétant le Candide de Voltaire ou Poto offrant un morceau de rap de son cru.
Jonas, qui a grandi avec eux, a ses jardins secrets – une fille qu’il visite de temps en temps – et un avenir possible – la boxe professionnelle. Mais aussi élégant et rapide que soit son jab, il manque de niaque et d’ardeur.
Au fil de ce roman écrit au cordeau, une gravité se dégage, une beauté qu’on extirpe du tragique ordinaire à travers une voix neuve, celle de son auteur.

Auteur : David Lopez a trente-deux ans. Issu du master de Création littéraire de l’université Paris 8, il est emblématique d’une génération d’écrivains venue à l’écriture par des biais neufs et inattendus. Fief est son premier roman.

Mon avis : (écouté en février et mars 2019)
J’ai mis beaucoup de temps à entrer dans ce livre… il est particulier ce livre, c’est comme un long slam, car la langue y est essentielle et seul l’auteur pouvait donner autant de puissance et de musicalité à ses mots, à ses phrases qui sont ciselés comme un long poème ou chanson… Un mélange d’argot, de verlan, une langue précise, vive et rythmée. 
Après différentes tentatives de lecture, j’ai trouvé mon rythme en écoutant par plage de 25 minutes environ, le temps de mon trajet matinale de 2 km à pied, pour aller prendre mon train… soit près de 3 semaines ou 30 km de trajet…
Ce livre raconte une banlieue d’une ville de 15000 habitants proche de la campagne, une zone périurbaine, un territoire entre-deux et la bande de Jonas (le narrateur) : Ixe, Poto, Habib, Romain, Lahuiss, Untel, Miskine, Sucré… Ils ont tous ou presque des surnoms.
Ils se retrouvent pour fumer cigarettes et/ou pétard, boire, jouer aux cartes… Ils se chambrent, tuent le temps, s’ennuient, draguent les filles… Jonas pratique la boxe mais il n’a pas assez la niaque pour espérer percer. Lahuiss est le seul, parti en ville faire des études, il aime les mots et la littérature, il fait faire, à ceux de la bande, une dictée, pour rigoler. Il a choisi un texte de Céline : « On devient rapidement vieux et de façon irrémédiable encore. On s’en aperçoit à la manière qu’on a prise d’aimer son malheur malgré soi ». Une phrase qui fait parfaitement écho à ce que vit la bande…
L’entretien bonus avec l’auteur, toujours très intéressant, m’a bien aidé à comprendre ce texte.

Extrait : (début du livre)
C’est un nuage qui m’accueille. Quand j’ouvre la porte je vois couler sous le plafonnier cette nappe brune, épaisse, et puis eux, qui baignent dedans. Ixe, ça ne le dérange pas qu’on fume chez lui, du moment qu’on ne fume pas de clopes. Je le regarde, entre lui et moi c’est presque opaque. Il plane dans le brouillard. On est bien reçus chez toi, je dis. Je n’ai pas le temps d’ajouter quoi que ce soit que déjà il me pose sa question rituelle. Tu veux rouler ? Je dis oui.
La disposition de la pièce n’a jamais changé, alors je me mets sur le petit tabouret inconfortable, celui sur lequel je m’assois toujours, près de la table basse. Ixe est à son bureau, à gauche de l’entrée, à côté de son lit toujours bien fait, à croire qu’il n’y dort jamais. Pourtant il ne sort pas beaucoup. Il attend qu’on vienne. Il est à la sortie de la ville, il y a un pré derrière, et la forêt plus loin. C’est calme. Cette maisonnette, il l’appelle sa grotte. Il se serait bien vu homme des cavernes comme il dit souvent.
Il est pas joli ton œil, me dit Poto, installé au fond de la pièce. Il mélange déjà les cartes. D’abord je ne dis rien, je pense juste au fait que je n’aime pas ce plafonnier, cette lumière sèche, et puis je soupire, et je dis les gars, vous étiez là, vous avez vu, alors y a rien à dire de plus. Ça s’est pas joué à grand-chose il fait, et moi je lui réponds qu’on ne joue pas. Sucré, qui vient s’asseoir à côté de lui, ajoute qu’il vaut mieux y aller mollo sur le réconfort.
Chez Ixe il y a toujours de la musique. Ça ne dérange pas Poto, qui passe son temps à décortiquer les rimes des chanteurs qu’on écoute. Il demande à Ixe de remettre en arrière, parce qu’il a cru entendre une rime multisyllabique, il dit. Écoutez les gars, la rime en -a-i-eu là, vous avez grillé ou pas, et moi je réponds non, j’étais pas attentif. Sucré confirme, alors que Ixe, penché sur son bureau, ne dit rien. Il s’apprête à couper une plaquette. Elle est posée sur une planche à découper, couteau de boucher à côté. T’as besoin d’un truc toi Jonas ? il me demande. Je dis ouais, fais-moi un vingt-cinq comme d’habitude, et je dois hurler pour qu’il me comprenne. Pour couper un morceau comme celui-ci, c’est chacun sa technique. Les plus précautionneux chauffent la lame. Mon autre pote qui vend du shit, Untel il s’appelle, il met carrément la plaquette au micro-ondes. Ixe, lui, il utilise un sèche-cheveux.
Des feuilles du shit une clope. Ixe pose ça sur la table, devant moi, parce qu’il trouve que je mets du temps à m’activer. Ça, c’est d’la frappe il dit, y a pas besoin d’en mettre beaucoup. Il dit toujours ça, parce qu’il me connaît. Il ne veut pas que je m’éteigne trop vite. Je le regarde du coin de mon œil blessé, il a les yeux rouges, il n’est pas tout neuf. Je lui fais la remarque et ça le fait rire en même temps qu’il se frotte les orbites. Je comprends mieux pourquoi il me dit de ne pas trop charger.