Bienvenue au Motel des Pins perdus – Katarina Bivald

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Lu en partenariat avec Babelio et Denoël

81YHN7-CCtL Denoël – février 2017 – 576 pages

traduit du suédois par Lucas Messmer

Titre original : En dag ska jag lämna allt det här, 2018

Quatrième de couverture :
On meurt tous un jour… pas forcément dès le premier chapitre ! C’est pourtant ce qui arrive à Henny. Mais elle se refuse à quitter notre monde sans avoir accompli une dernière tâche : retrouver, réconcilier et rendre heureux ses anciens amis. Drôle, farfelue et émouvante, Henny est l’amie qu’on rêve d’avoir à ses côtés… vivante de préférence !

Auteur : Katarina Bivald a grandi en travaillant à mi-temps dans une librairie. Aujourd’hui, elle vit près de Stockholm, en Suède, avec sa sœur et autant d’étagères à livres que possible. Bienvenue au Motel des Pins perdus est son troisième roman, après La Bibliothèque des cœurs cabossés et Le Jour où Anita envoya tout balader.

Mon avis : (lu en février 2019)
J’ai lu ce livre sans déplaisir, mais sans plus.
Tout commence avec la mort brutale d’Henny Broek, renversée par un camion devant le Motel des Pins Perdus, qu’elle tient avec son amie d’enfance MacKenzie. Henny ne disparaît pas vraiment, au moins pour le lecteur, car elle devient le narrateur de cette histoire.
Quelques jours avant sa mort, Henny avait vu le retour de son amour de jeunesse, Michael, géologue, parti arpenter le monde. Avec sa mort, c’est également le retour à Pine Creek, du dernier membre du quatuor d’enfance, Camilla. 
Après avoir découvert, à travers le regard de ses amis, qui était vraiment Henny et le quotidien de Pine Creek aujourd’hui et autrefois. MacKenzie, Camilla et Michael décident de tout faire pour sauver le Motel qu’une partie de la ville voudrait voir disparaître…
C’est une histoire d’amitié et d’amour, avec de l’humour, de la solidarité et surtout de la réconciliation. Il est question de lutte contre les esprits étroits et les nombreux personnages sont attachants, en particulier, pour ma part, MacKenzie.

J’ai trouvé cependant le livre trop long et le personnage d’Henny sans relief. Et je me demande également pourquoi Katarina Bivald, auteure suédoise, a-t-elle voulu raconter une histoire qui se passe aux États-Unis ? 

Extrait : (début du livre)
De mon vivant, ma dernière pensée se tourna vers le corps de Michael.
Je me répète en boucle « le corps de Michael, le corps de Michael, le corps de Michael », comme s’il s’agissait d’un miracle devant lequel je doutais encore.
C’est alors que j’aperçois la forme au milieu de la route.
Cette route, je la connais dans ses moindres détails : l’asphalte qui prend un air encore plus craquelé sous le soleil de l’après-midi, le gravier le long du bas-côté, le parfum douceâtre des aiguilles de pin. Pour l’instant, je ne ressens qu’un léger étonnement. Je ne percute pas immédiatement que j’observe un corps, et la possibilité qu’il s’agisse d’un être humain ne m’effleure même pas l’esprit.
On dirait tout simplement un sac que quelqu’un a jeté là. Mais c’est sacrément gros, quand même. Je finis par avancer dans sa direction, tout en me demandant ce que je vais faire.
En tout cas, c’est trop gros pour être l’un des habituels animaux écrasés. Peut-être une biche, complètement immobile, et non en proie aux derniers soubresauts frénétiques qui précèdent généralement la mort. J’ai horreur de voir des animaux sur le point de mourir. Ils savent toujours que leur fin est proche, alors même que leur corps se débat mécaniquement, par instinct.
Ce n’est qu’en approchant que je distingue une jambe droite, indéniablement humaine, mais tordue dans un angle impossible. Encore sous le choc, je reconnais mon plus beau jean et ce qui reste de mon chemisier favori.
Les pois rouge pâle ressortent clairement, mais je n’arriverai jamais à nettoyer entièrement les parties blanches du tissu.
Je ne reconnais pas mes cheveux. Ma couleur châtain clair est tachée de gravier, d’huile de moteur et d’un liquide que je soupçonne être du sang. Le bras gauche forme un angle droit avec le torse, et le bras droit… a disparu.
D’instinct, je vérifie mon flanc droit. Mon bras est pourtant toujours là.
À vingt mètres de moi, un camion est immobilisé en travers de la route. Un homme âgé d’une quarantaine d’années se tient au capot, le regard rivé au sol. On dirait que ses jambes ne vont pas tarder à lâcher.
Il parvient néanmoins à avancer de deux pas chancelants en direction du bas-côté, avant de se pencher au-dessus des fougères. Je détourne les yeux, tandis qu’il hoquette, puis vomit.
Malgré tout, il trouve la force de retourner à son véhicule sans s’effondrer. Il est plutôt maigrelet et flotte un peu dans sa chemise. Les mains tremblantes, il sort son téléphone portable pour prévenir la police. Accident. Pine Creek. Près du motel. Après la sortie. Une… blessée.
Nous avons l’air bien isolés, au milieu des pins. Il vacille d’avant en arrière tout en marmonnant dans sa barbe. Je ne sais vraiment pas quoi faire pour lui. J’essaie maladroitement de lui tapoter l’épaule, comme pour m’excuser, mais c’est inutile.
C’est alors que j’entends ce qu’il murmure :
— Pas morte, pas morte, pas morte.
Un mantra. Une prière qu’il répète, encore et encore.

Déjà lu du même auteur :

102696527 (1) La Bibliothèque des cœurs cabossés

111148641 Le jour où Anita envoya tout balader

 

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petit bac 2019(2) Végétal

C’est lundi, que lisez-vous ? [59]

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Qu’est-ce que j’ai mis en ligne cette semaine ?

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La voie des chevriers – Samuel Figuière
Le Lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux – Martha Hall Kelly

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Avec toutes mes sympathies – Olivia de Lamberterie (Prix Audiolib 2019)
Bienvenue au motel des Pins perdus – Katarina Bivald (Babelio – Denoël)

Que lirai-je les semaines prochaines ?
Nymphéas noirs – Michel Bussi, Didier Cassegrain, Fred Duval (BD)
Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee, Fred Fordham (BD)
Geneviève de Gaulle, les yeux ouverts – Bernadette Pecassou-Camebrac (Masse Critique Babelio)
Un silence brutal – Ron Rash

Bonnes lectures et bonne semaine !

Le Lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux – Martha Hall Kelly

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Charleston éditions – janvier 2018 – 576 pages

Pocket – janvier 2019 – 672 pages

traduit de l’américain par Géraldine d’Amicot

Titre original : Lilac girls, 2016

Quatrième de couverture :
Septembre 1939 : les hordes nazies déferlent sur la Pologne. Commence alors, pour trois femmes que tout oppose, un terrible et rigoureux hiver…
Il y a Caroline, d’abord. L’ancienne actrice américaine vit dans l’opulence, mais la guerre en Europe va bouleverser tout son quotidien… Kasia ensuite, cette jeune Polonaise qui rentre en Résistance, au péril de sa vie et de celles des siens. Herta, enfin, que son ambition dévorante jettera parmi les monstres – au point de s’y conformer.
Toutes trois l’ignorent encore mais elles ont rendez-vous, au plus noir de l’hiver : au camp de Ravensbrück…
Un premier roman remarquable sur le pouvoir méconnu des femmes à changer l’Histoire à travers la quête de l’amour, de la liberté et des deuxièmes chances.

Auteur : Martha Hall Kelly vit à Atlanta, en Géorgie. Son premier roman, Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux, a paru en 2018. Comparé à Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay, inspiré de faits réels, ce roman est devenu dès sa parution un best-seller du New York Times.  

Mon avis : (lu en décembre 2018)
C’est grâce au Café Lecture de la Bibliothèque que j’ai découvert ce livre. Martha Hall Kelly s’est inspirée de faits réels pour raconter l’histoire de trois femmes durant la Seconde Guerre mondiale : l’américaine Caroline Ferriday , l’allemande Herta Oberheuser et l’adolescente polonaise Kasia Kuzmerick. Les deux premières ont réellement existé, la dernière est un personnage de fiction inspiré de personnes réelles. 
Caroline Ferriday est une philanthrope américaine qui travaille bénévolement au consulat de France de New-York  avec l’Association des Déportés et Internées Résistantes (ADIR) afin de venir en aide aux orphelins français.
Kasia est une jeune résistante Polonaise envoyée à Ravensbruck, camp de concentration pour femmes, où elle croisera la route de l’ambitieuse médecin allemand Herta Oberheuser qui lui fera subir de cruelles expérimentations médicales.
Cette histoire dénonce la lâcheté et la cruauté de ces années mais montre également le courage et la force de Kasia et Caroline pour que l’Histoire n’oublie jamais.

Extrait : (début du livre)
Caroline
Si j’avais su que j’allais rencontrer l’homme qui me fracasserait comme le pot de terre contre le pot de fer, j’aurais fait la grasse matinée plutôt que de tirer de son lit notre fleuriste, M. Sitwell, pour qu’il me prépare une boutonnière. C’était mon premier gala au consulat et je n’allais pas me gêner.
Je me fondis dans la marée humaine qui remontait la cinquième avenue. Des hommes coiffés de feutre gris me dépassaient. Les journaux du matin, fichés dans leurs mallettes, arboraient les derniers titres anodins de la décennie. Aucun orage ne menaçait à l’est ce jour-là, aucun mauvais présage de ce qui nous attendait. Rien de mauvais ne nous venait de l’Europe, si ce n’est l’odeur d’eau stagnante qui montait de l’East River.
À l’approche de notre immeuble, au coin de la cinquième avenue et de la 49e rue, je sentis le regard de Roger qui me guettait de sa fenêtre à l’étage. Il avait licencié des employés pour bien moins que vingt minutes de retard. Mais je n’allais quand même pas me contenter d’une boutonnière minable, le seul jour de l’année où l’élite new-yorkaise ouvrait son portefeuille et prétendait se soucier de la France.
Je passai le coin et vis les lettres d’or gravées sur la pierre angulaire briller au soleil : LA MAISON FRANÇAISE. Le bâtiment français où se trouvait le consulat de France se dressait à côté de celui de l’Empire britannique. Tous les deux donnaient sur la cinquième avenue et faisaient partie du Rockefeller Center, le nouvel ensemble de granit et de calcaire construit par Rockefeller Junior. De nombreux consulats étrangers y avaient leurs bureaux, ce qui favorisait les échanges diplomatiques internationaux.
— Avancez jusqu’au fond et tournez-vous vers la porte, ordonna Cuddy, notre garçon d’ascenseur.
M. Rockefeller avait lui-même trié tous ses employés sur le volet, selon des critères esthétiques et en fonction de leurs bonnes manières. Cuddy était particulièrement beau même si ses cheveux étaient déjà poivre et sel, comme si son corps se hâtait de vieillir.
Cuddy fixa les chiffres illuminés au-dessus des portes.
— Il y a foule dans vos bureaux aujourd’hui, mademoiselle Ferriday. Pia a dit que deux nouveaux bateaux étaient arrivés.
— Merveilleux.
Cuddy épousseta une poussière invisible sur la manche de sa veste d’uniforme bleu marine.
— Est-ce que vous finirez encore tard ce soir ?
Si nos ascenseurs étaient censés être les plus rapides du monde, ils prenaient quand même une éternité.
— Je partirai à cinq heures ce soir. Nous avons un gala.
J’adorais mon travail. C’était ma grand-mère Woolsey qui avait instauré la tradition du bénévolat dans ma famille en soignant des soldats sur le champ de bataille de Gettysburg. J’étais responsable de l’aide aux familles pour le consulat de France, mais ce n’était pas vraiment du travail à mes yeux, plutôt une passion héréditaire pour tout ce qui était français. Mon père avait beau être à demi irlandais, son cœur battait pour la France. De plus, Mère avait hérité d’un appartement à Paris, où nous passions tous les mois d’août, aussi m’y sentais-je chez moi.
L’ascenseur s’arrêta. La terrible cacophonie qui me parvint, même à travers les portes fermées, me fit trembler.
— Troisième étage, annonça Cuddy. Consulat de France. Attention à…

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La voie des chevriers – Samuel Figuière

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Quatrième de couverture :
Est-il raisonnable pour un jeune couple de se lancer à partir de rien dans une vie d’éleveur de nos jours ?
Non, mais c est pourtant ce qu’on fait Cécile et Nico.
Un choix d’autant plus difficile qu’ils défendent un élevage à taille humaine à une époque où seules les logiques industrielles prévalent et d’un combat pour la reconnaissance d’un travail artisanal et une lutte contre la normalisation, le puçage et l’industrialisation du métier des premiers hommes.
À travers ce reportage Samuel Figuière se propose de témoigner de leur expérience, leurs joies, leurs difficultés, leur travail.

Auteur : Après un bac littéraire, Samuel Figuière est parti étudier la bande dessinée en Belgique à l’école Saint-Luc.
Il a ensuite suivi des cours avec l’auteur Yann Valéani du Zarmatelier à Marseille.
Aussi passionné d’écriture que de dessin, il est selon les projets, scénariste, dessinateur, coloriste ou les trois à la fois.
Il a notamment collaboré à une adaptation du « Roman de Renart » et à plusieurs adaptations de romans de Jules Verne avant de se lancer dans des projets plus personnels.

Mon avis : (lu en février 2019)
J’ai pris par hasard cette BD à la Bibliothèque et j’ai beaucoup aimé le témoignage de ce roman graphique documentaire. Elle raconte l’histoire de Cécile et Nicolas qui décident de ce lancer dans l’élevage de chèvres dans le sud de la Drôme. Un élevage à taille humaine, où le bien-être animal est aussi important que la volonté de développer une agriculture durable.
Le lecteur suit l’expérience réelle de la création de cette exploitation, la confrontation à la politique agricole européenne, à l’administration… les enjeux environnementaux et de santé publique et bien sûr les marchés et le contact direct avec les consommateurs.
C’est très intéressant de découvrir l’envers du décor et de soutenir le développement d’une agriculture durable et locale.

Extrait : (début du livre)

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petit bac 2019(2) Métier

C’est lundi, que lisez-vous ? [58]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Camille

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne cette semaine ?

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Le vertige des falaises – Gilles Paris
Un Gentleman à Moscou – Amor Towles

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

My Absolute Darling – Gabriel Tallent (Prix Audiolib 2019)
Bienvenue au motel des Pins perdus – Katarina Bivald (Babelio – Denoël)

Que lirai-je les semaines prochaines ?
Le voyage de Marcel Grob – Philippe Collin et Sébastien Goethals (BD)
Sur la route des Invisibles : Femmes dans la rue – Claire Lajeunie
Nymphéas noirs – Michel Bussi, Didier Cassegrain, Fred Duval (BD)
Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee, Fred Fordham (BD)

Bonnes lectures et bonne semaine !

 

Un Gentleman à Moscou – Amor Towles

logo prix audiolib 2019

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Audiolib – janvier 2019 – 16h58 – Lu par Thibault de Montalembert

Fayard – août 2018 – 576 pages

traduit  de l’anglais (États-Unis) par Nathalie Cunnington

Titre original : A gentleman in Moscow, 2017

Quatrième de couverture :
Au début des années 1920, le comte Alexandre Ilitch Rostov, aristocrate impénitent aux manières aussi désuètes qu’irrésistibles, est condamné par un tribunal bolchévique à vivre en résidence surveillée dans le luxueux hôtel Metropol de Moscou. Acceptant joyeusement son sort, le sémillant comte Rostov hante les couloirs, salons feutrés, restaurants et salles de réception de l’hôtel, et noue des liens avec le personnel de sa prison dorée, des diplomates étrangers de passage, une belle actrice inaccessible – ou presque –, et côtoie les nouveaux maîtres de la Russie soviétique. Mais, plus que toute autre, c’est sa rencontre avec Nina, une fillette de neuf ans, qui bouleverse le cours de sa vie bien réglée au Metropol. Trois décennies durant, le comte vit retranché derrière les grandes baies vitrées du Metropol, microcosme où se rejouent les évènements politiques de l’URSS. Le récit enlevé de ses aventures sous cloche forme une fresque romanesque prodigieuse, qui rend un vibrant hommage à l’âme et à la culture russes.

Auteur : Né en 1964 dans la banlieue de Boston, diplômé des universités de Yale et de Standford, Amor Towles est une des grandes figures de la scène littéraire américaine contemporaine. Après une carrière dans la finance, il se consacre désormais à l’écriture. Il est l’auteur de deux romans qui ont rencontré un immense succès critique et commercial aux États-Unis, Les Règles du jeu (Albin Michel, 2012) et Un gentleman à Moscou (Fayard, 2018), tous deux traduits dans une vingtaine de pays.

Lecteur : Thibault de Montalembert s’est illustré au cinéma, au théâtre ainsi qu’à la télévision, notamment dans la série Dix pour cent. Grand lecteur, son interprétation de La vérité sur l’affaire Harry Quebert lui a valu le Prix Audiolib en 2013.

Mon avis : (écouté en février 2019)
Moscou en 1922. Le comte Alexandre Ilitch Rostov, aristocrate de 30 ans, a échappé au peloton d’exécution, grâce à un poème dont on croit qu’il est l’auteur et qui le définit comme un héros prérévolutionnaire. Il est donc assigné à résidence à vie, à l’hôtel Metropol de Moscou où il résidait depuis la Révolution après la perte de la propriété familiale. Le comte Rostov doit quitter sa grande et belle suite pour une petite chambre située au sixième étage, il va y emménager avec quelques uns de ses meubles et tous ses livres.
Le lecteur va accompagner le Comte pendant ses 32 années de séjour forcé dans ce palace.
Alexandre Rostov n’est plus « son Excellence » mais devient « le Camarade Rostov ».
Il va devoir s’organiser une nouvelle vie, se créer de nouvelles relations, s’inventer un but de vie… Il commence par sympathiser avec Nina, une petite fille de 9 ans, qui vit à l’hôtel avec son père, un membre du Parti, devenir l’ami de certains membres du personnel, comme Andreï et Émile, le cuisinier du restaurant, et même de certains clients régulier, comme l’actrice …
Il va finir par devenir serveur dans le restaurant chic de l’hôtel, le Boyarsky. En tant qu’ancien membre de la noblesse, il est le parfait serveur d’un restaurant raffiné de l’après Révolution, il connait la gastronomie, l’œnologie, de nombreuses langues, l’étiquette…
Le lecteur est également plongé dans l’Histoire de l’Union soviétique, de 1922 à 1954.
Je me suis beaucoup amusée en écoutant les nombreuses anecdotes du Comte Alexandre Ilitch Rostov par la voix de Thibault de Montalembert, décrivant ses trente années d’assignation à résidence au Métropole. Elles sont tour à tour drôles, romanesques, émouvantes, elles évoquent l’âme russe à travers de nombreuses références culturelles, gastronomiques et historiques. Les personnages qui gravitent autour de notre héros sont également pittoresques et souvent attachants. J’ai trouvé ce roman passionnant et captivant. Une belle découverte pour ce premier livre-audio de la sélection !

Extrait : (début du livre)
Lorsque le comte Alexandre Ilitch Rostov franchit sous bonne escorte les portes du Kremlin et se retrouva sur la place Rouge à six heures et demie du soir le 21 juin 1922, le temps était radieux et frais. Il redressa les épaules sans ralentir le pas et inspira tel un nageur sortant tout juste du bassin. Le ciel arborait ce bleu si particulier en l’honneur duquel les coupoles de Saint-Basile avaient été peintes. Leurs roses, verts et ors scintillaient, comme si l’unique but d’une religion était de célébrer sa divinité. Même les jeunes bolcheviques conversant devant les vitrines du magasin d’État semblaient vêtues pour fêter les derniers jours du printemps.
– Bonjour, mon cher ami, dit le comte, s’adressant à Fiodor, installé avec son étal sur le pourtour de la place. Je vois que les myrtilles sont en avance cette année.
Sans laisser au vendeur éberlué le temps de répondre, le comte poursuivit sa marche, les pointes de sa moustache lustrée déployées telles les ailes d’une mouette. Il passa la porte de la Résurrection, tourna le dos aux lilas du jardin Alexandre et avança en direction de la place du Théâtre, où l’hôtel Metropol se dressait dans toute sa splendeur. Arrivé au seuil, le comte adressa un clin d’œil à Pavel, le portier de l’après-midi, puis se tourna, la main tendue, vers les deux soldats qui le suivaient.
– Je vous remercie, messieurs, de m’avoir accompagné à bon port. Je n’ai plus besoin de solliciter votre aide à présent.
Tout bien bâtis qu’ils étaient, les deux soldats se retrouvèrent obligés de lever les yeux de sous leur casquette pour croiser le regard du comte – car à l’instar de dix générations de Rostov, ce dernier faisait un bon mètre quatre-vingt-dix.
– Avance, lui intima, la main sur son fusil, celui des deux qui avait l’air le plus voyou. On est censés te conduire jusque dans ta chambre.
Dans le vestibule de l’hôtel, le comte fit un grand geste pour saluer simultanément l’imperturbable Arkady (qui tenait la réception) et la douce Valentina (qui époussetait une statuette). Le comte les avait salués de cette même manière une centaine de fois auparavant, pourtant tous deux écarquillèrent les yeux. Le genre d’accueil réservé à celui qui débarque à une soirée en ayant omis de mettre son pantalon.
Le comte passa devant la fillette au penchant pour le jaune, qui lisait un magazine, calée dans son fauteuil préféré. Puis, pilant net au niveau des plantes en pots, il s’adressa à son escorte :
– Messieurs, l’ascenseur ou l’escalier ?
Les soldats échangèrent des regards en direction du comte, puis se consultèrent de nouveau, visiblement bien en peine de décider.
Comment un soldat peut-il prétendre l’emporter sur le champ de bataille, s’interrogea le comte, s’il est incapable de prendre une décision de ce genre ?
– L’escalier, décida-t-il à leur place.
Et de grimper les marches deux par deux, comme il en avait l’habitude depuis l’université.

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Le vertige des falaises – Gilles Paris

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Stock – avril 2017 – 256 pages

J’ai Lu – septembre 2018 – 286 pages

Quatrième de couverture :
Marnie de Mortemer vit avec sa mère et sa grand-mère sur une île sauvage balayée par le vent et recouverte d’herbes hautes, de sentiers escarpés et de falaises abruptes… Entre ces trois femmes aux caractères bien trempés se joue un jeu de dupes où les masques tombent peu à peu. Et si la seule personne qui détenait tous les secrets de cette famille décidait de s’en libérer enfin ?

Auteur : Né à Suresnes en 1959, Gilles Paris travaille dans le monde de la communication et de l’événementiel. Il a publié son premier roman, Papa et maman sont morts, en 1991, puis Autobiographie d’une Courgette, Au pays des kangourous, qui a remporté de nombreux prix littéraires, et L’été des lucioles.

Mon avis : (lu en décembre 2018)
Marnie, 13 ans, vit en compagnie de sa mère Rose et de sa grand-mère Olivia sur l’Île dans une maison de verre et d’acier construite par son grand-père Aristide.
Livrée à elle-même, Marnie parcourt l’Île en long et en large, les sentiers et les hautes falaises n’ont aucun secret pour elle, curieuse, elle ouvre ses yeux et ses oreilles pour percer les secrets des adultes…  Rose, atteinte d’un cancer en phase terminale, ne quitte plus sa chambre. Olivia règne en maîtresse femme sur l’Île, elle veut protéger sa famille, en particulier sa petite-fille, et elle détient quelques secrets…
Les hommes sont absents de la vie de Marnie, son grand-père est mort d’une crise cardiaque et son père dans un accident de voiture.
C’est un huis-clos oppressant que nous raconte tour à tour Marnie et Olivia en dévoilant peu à peu une histoire sombre, avec des secrets, des blessures…  

L’Île, sauvage et balayée par le vent est admirablement décrite, elle donne à l’histoire un bol d’air salvateur et un espace rassurant en opposition à cette maison de verre et d’acier où il se passe de drôles de choses…
Les personnages principaux ou secondaires sont attachants, atypiques et pleins de sensibilités. Une lecture captivante !

Extrait : (début du livre)
Marnie
Papa est mort. Je devrais avoir du chagrin, je n’en ai pas. J’irais bien jouer avec Jane, mais la main baguée de grand-mère Olivia m’emprisonne. Le vent, lui, me décoiffe, et des mèches rousses me rendent aussi aveugle que Jane. Je ne vois plus le trou béant dans lequel deux costauds de l’Île font descendre le cercueil d’où papa ne s’enfuira plus. Il n’aurait pas aimé être mort de son vivant. J’entends leurs efforts, ce lit en bois qui cogne sa nouvelle demeure sur laquelle nous allons lâcher une poignée de terre. Tout comme il y a un an, après la mort de grand-père Aristide. Ils sont enterrés l’un près de l’autre tels deux amis qu’ils n’étaient pas. C’est comme ça dans la famille. On ne pense jamais à haute voix, sauf au bord des falaises, là où le vent emporte tout. Je retiens mes mèches, ramasse de la terre rouge et la jette sur le bois vernis. Olivia retire vivement sa main. La bague m’a griffée, je saigne un peu. Les larmes glissent sous ses lunettes, ses rides les retiennent. Elle vient de perdre son fils qui n’aimait que les casinos, les voitures de sport et les jolies femmes. Je répète juste ce que j’ai entendu derrière les portes. Le vent se lève comme toujours sur cette Île, la terre tourbillonne au-dessus du cercueil. Olivia tremble. Je ne sais pas si c’est le chagrin ou le climat changeant de l’Île. Elle salue de la tête Géraud le médecin, et Côme le curé. Elle ne se risquera pas à les embrasser. Chez les Mortemer, on garde ses émotions pour soi. Elle vient d’attraper mes doigts, sans s’y accrocher cette fois, comme lors de nos promenades le long des falaises. On remonte lentement l’allée du cimetière, la maison des morts avec toutes ces tombes grisâtres où ont été ensevelis des hommes, des femmes et des enfants que je n’ai pas connus et pour lesquels je ne ressens absolument rien. Tout comme avec grand-père et papa. J’ai mes raisons. Olivia s’appuie sur mon épaule et fait peser son grand âge. En un an elle a perdu un mari et un fils. Je serais presque heureuse de rentrer à la maison si maman n’était pas si malade. On n’a pas besoin des hommes. Ils n’apportent que du malheur.

Olivia

La petite m’inquiète. Pas une larme pour pleurer son père. Elle n’est heureuse qu’au bord des falaises. Aucun d’entre nous ne s’y risquerait, car à certains endroits, la terre s’effrite et la chute serait inévitable. Le chemin qui bifurque après nos maisons longe ces hauts escarpements sur des centaines de mètres. S’y promener revient à laisser ses pensées vagabonder. C’est tout ce qu’il me reste aujourd’hui. Ces sentiers, et veiller sur Marnie qui n’a pas vraiment eu une enfance heureuse. Cette maison devient trop grande pour nous, mais je ne la quitterai que morte. Au moins nous sommes à l’abri, la fortune d’Aristide est aussi vertigineuse que ces à-pics. Marnie, plus tard, pourra rejoindre le Continent et partir vivre où bon lui semble. Elle découvrira l’Afrique et la Californie où j’ai vécu avec Aristide, il y a bien longtemps. Mais je suis sûre que cette tête de mule ne voudra pas voyager. Elle est comme moi, l’Île est notre ancre. J’y suis née, j’y disparaîtrai en famille avec nos vilains secrets. Prudence veillera sur Marnie, je n’en doute pas. Elle aussi aura sa part d’héritage. Prudence, qui nous protège et nous regarde sans rien dire avec ses yeux bavards. Je sais qu’elle n’aime pas vraiment Marnie, elle a toujours été mal à l’aise avec les enfants, à part Luc. Il faut dire que Marnie n’est pas une enfant facile. Elle désobéit souvent. Et je ne parle pas de ses fugues où elle disparaît plusieurs jours sans donner de nouvelles comme si nous n’étions rien pour elle. Cette Île regorge de granges désaffectées, où Marnie se terre en attendant que la colère se calme, que les vents s’apaisent, que son cœur cesse de battre aussi fort, que tous les démons qui mènent la danse s’épuisent enfin et la ramènent à Glass.

Déjà lu du même auteur :

au pays des kangourous Au pays des kangourous l_t_des_lucioles L’Été des lucioles

petit bac 2019
(2) Lieu

C’est lundi, que lisez-vous ? [57]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Camille

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne cette semaine ?

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Millénium saga – tome 3 – La fille qui ne lâchait jamais prise – Sylvain Runberg, Stieg Larsson et Ortega
Les Vestiges du jour – Kazuo Ishiguro
S’inventer une île – Alain Gillot

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Un gentleman à Moscou – Amor Towles (Prix Audiolib 2019)
Bienvenue au motel des Pins perdus – Katarina Bivald (Babelio – Denoël)

Que lirai-je les semaines prochaines ?
Le voyage de Marcel Grob – Philippe Collin et Sébastien Goethals (BD)
Sur la route des Invisibles : Femmes dans la rue – Claire Lajeunie

Bonnes lectures et bonne semaine !

 

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