Le jour où elle n’a pas fait Compostelle – Marko et Beka

9782818946831_1_75 Bamboo – août 2018 – 68 pages

Quatrième de couverture :
Une « feel-good » BD pleine d’optimisme. Antoine et Clémentine se retrouvent pour marcher dans les Pyrénées. « On va suivre un GR ? » demande Clémentine. « Plutôt des CM ! Des Chemins de Moutons ! » répond Antoine. Car prendre des routes balisées, suivre des sentiers battus, revient à être sous l’emprise des « aimanteurs », qui nous éloignent de notre propre chemin de vie, unique et singulier. À travers une balade au gré de leurs envies, Antoine veut révéler à Clémentine une dernière clé, qui va lui permettre d’ouvrir grand la porte sur le reste de sa vie…

Auteurs : BeKa, c’est en fait l’alchimie formée par Caroline Roque et Bertrand Escaich. Caroline prépare un doctorat en chimie quand Bertrand commence déjà à écrire ses premiers scénarios de bandes dessinées. Quand elle quitte ses molécules, Caroline écrit des nouvelles destinées à être adaptée à son autre passion : le cinéma. Lorsque l’une d’entre elles reçoit le prix des cinémas d’Art et d’Essai de Toulouse, la tentation de quitter la chimie pour l’écriture devient trop forte. Caroline et Bertrand vont dès lors cultiver à deux leur talent pour la vie et pour l’écriture. Bertrand entraîne Caroline du coté de la bande dessinée et ils créent ensemble plusieurs séries à succès, notamment les RUGBYMEN et STUDIO DANSE, qui dépassent le million d’exemplaires vendus. 
Marko contribue à la culture régionale basque en tant que dessinateur de presse pour Le Journal du Pays Basque. Il produit des BD aux titres incompréhensibles tels que Marratiudazu gutun bat ou Iltazazuko koblakariak. Sa rencontre avec Olier marque ses débuts dans la BD avec Agence Barbare, puis El’z’avintures ed’Biloute, une BD en ch’ti, suivie des Godillots.

Mon avis : (lu en novembre 2018)
Voici le 3ème tome de la série « le jour où… » dans lequel j’ai retrouvé avec plaisir Clémentine et Antoine, ils ont décidé de partir faire une randonnée dans les Pyrénées. Plutôt que d’emprunter les chemins de Compostelle ou un GR, Antoine propose de suivre les chemins de moutons pour être complètement libres. Cette marche est l’occasion de discuter autour des choix que l’on doit faire dans la vie et des personnes « aimanteurs » qui peuvent nous influencer et nous détourner de notre route…
J’ai trouvé malgré tout, ce point de vue autour des « aimanteurs » un peu radical et dérangeant… Une influence n’est pas toujours néfaste ou toxique, au contraire elle peut être enrichissante et positive ! 

Extrait : (début de la BD)

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Déjà lu des même auteurs :

81ZBpYBcrbL Le jour où le bus est reparti sans elle
71erZVudAIL Le jour où elle a pris son envol

Petit bac 2018Lieu (7)

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L’habitude des bêtes – Lise Tremblay

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Delcourt – août 2018 – 128 pages

Boréal – septembre 2017 – 168 pages

Quatrième de couverture :
« J’avais été heureux, comblé et odieux. Je le savais. En vieillissant, je m’en suis rendu compte, mais il était trop tard. Je n’avais pas su être bon. La bonté m’est venue après, je ne peux pas dire quand exactement. » C’est le jour sans doute où un vieil Indien lui a confié Dan, un chiot. Lorsque Benoît Lévesque est rentré à Montréal ce jour-là, il a fermé pour la vie son cabinet dentaire et les volets de son grand appartement. Ce n’est pas un endroit pour Dan, alors Benoît décide de s’installer pour de bon dans son chalet du Saguenay, au cœur du parc national. Il y mène une vie solitaire et tranquille, ponctuée par les visites de Rémi, un enfant du pays qui lui rend de menus services, et par la conversation de Mina, une vieille dame sage. Mais quand vient un nouvel automne, le fragile équilibre est rompu. Parce que Dan se fait vieux et qu’il est malade. Et parce qu’on a aperçu des loups sur le territoire des chasseurs, dans le parc. Leur présence menaçante réveille de vieilles querelles entre les clans, et la tension monte au village…Au-delà des rivalités, c’est à la nature, aux cycles de la vie et de la mort, et à leur propre destinée que devront faire face les personnages tellement humains de ce court roman au décor majestueux.

Auteur : Lise Tremblay est née à Chicoutimi. En 1999, son roman La Danse juive lui a valu le Prix du Gouverneur général. Elle a également obtenu le Grand Prix du livre de Montréal en 2003 pour son recueil de nouvelles La Héronnière (Leméac, Babel). Elle a fait paraître trois romans au Boréal : La Sœur de Judith (2007), Chemin Saint-Paul (2015) et L’Habitude des bêtes (2017).

Mon avis : (lu en octobre 2018)
Voilà un court roman qui nous plonge dans un lieu de nature exceptionnel, dans un petit village du Saguenay, au cœur du parc national. Le narrateur, Benoît, est un ancien dentiste, qui après une vie trépidante et égoïste, s’est posé au calme, après qu’un vieil Indien lui a confié un chiot, Dan. Aujourd’hui, Dan est vieux, sourd et malade. Le village est en émoi, quelques loups ont été aperçus à proximité des maisons… Certains pensent que c’est le cycle normal de la nature et que bientôt les loups s’en iront d’eux-mêmes, d’autres veulent piéger les loups, les détruire pour que la saison de la chasse soit meilleure… Le lecteur va découvrir le quotidien de cette localité en pleine nature, ses différents habitants, bien campés et attachants, des solitaires solidaires… Le rythme est lent, la lecture est dépaysante et vraiment agréable. Une très belle découverte !

Extrait : (début du livre)
Elle ne voulait pas avoir l’air d’une femme, ni d’une femme ni d’un homme. Tout ce qu’elle voulait, c’était être plate. Avec sa petite taille et ses cheveux courts, elle en était certaine, elle allait être plate et rien. Pour elle, rien, ça voulait dire sans sexe apparent. Ce n’était pas la première fois qu’elle me le disait. Je pouvais être des mois sans nouvelles et, tout d’un coup, je recevais une lettre. Elle avait une écriture d’enfant. Elle me disait à quel point elle désirait être rien. Cette fois-ci, elle avait trouvé une chirurgienne qui voulait l’opérer, lui enlever ce qu’elle avait en trop. Enfin, elle n’aurait plus de seins. La chirurgienne avait parlé avec la psychiatre et elles étaient d’accord.
Depuis quelques mois, elle avait entrepris des démarches officielles. J’ignorais comment Carole avait pu se débrouiller dans tout ce dédale de rendez-vous médicaux, de formulaires à remplir, mais elle y était parvenue. D’ici quelques semaines, elle ne serait rien. J’ai raccroché, soulagé. J’étais content pour elle. J’ai même décidé que j’irais à l’hôpital le jour de l’opération.
Je suis retourné dans la cuisine pour constater que Dan n’avait toujours pas mangé. Il avait passé l’après-midi couché sur le sofa. Depuis quelques jours, il avait moins d’entrain. Il ne me bousculait plus devant la porte comme il le faisait habituellement, si ça continuait, je devrais l’emmener chez la vétérinaire. Je l’ai appelé, j’ai mis mon manteau, et il est venu me rejoindre. J’avais besoin de marcher. J’ai pris le bord de chez Mina, ça me ferait longer le lac. La lumière était magnifique. Il ne me faut que quelques minutes près du lac pour que tout rentre dans l’ordre. Je ne pouvais plus grand-chose pour Carole, et lorsque j’aurais pu faire quelque chose, je ne l’avais pas fait. Il était trop tard. J’avais été un père odieux. Ma fille et mon ex-femme avaient vécu dans le luxe, mais je ne m’intéressais pas à elles. Je ne m’intéressais à rien d’autre qu’à travailler et à voler dans mon hydravion. Voler vers le nord, atterrir sur le lac, sortir le stock pour la fin de semaine et aller prendre un verre dans le chalet central de la pourvoirie que je fréquentais.

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Petit bac 2018Animal (7)

Je me souviens – Martin Michaud

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Kennes Editions – octobre 2017 – 688 pages

Les éditions Coup d’œil – mars 2017 – 648 pages

Les éditions Goélette – septembre 2012 – 636 pages

Quatrième de couverture :
À Montréal, juste avant Noël, un homme et une femme meurent le cou transpercé par ce qui semble être un instrument de torture sorti tout droit du Moyen Âge. Auparavant, ils ont entendu la voix de Lee  Harvey Oswald, l’assassin présumé du président Kennedy. Un sans-abri se jette du haut d’un édifice de la place d’Armes. Ayant séjourné à plusieurs reprises en psychiatrie, il prétendait avoir participé, avec le FLQ, à l’assassinat de Pierre Laporte. Sur le toit, avant de sauter, il laisse deux portefeuilles, ceux des victimes. La série de meurtres se poursuit, les cadavres s’empilent… De retour à la section des crimes majeurs, le sergent-détective Victor Lessard mène l’enquête avec, pour le meilleur et pour le pire,  la truculente Jacinthe Taillon. Je me souviens parle d’identité à bâtir, de mémoire à reconstituer et de soif d’honneur.

Auteur : « Le maitre du polar québecois ». Né en 1970, établi à Montréal depuis plus de vingt ans, Martin Michaud a longuement pratiqué le métier d’avocat d’affaires avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Reconnu par la critique comme le chef de file des écrivains de romans policiers québécois, il a obtenu un succès sans cesse grandissant avec ses sept thrillers, qui lui ont valu la reconnaissance du public et de nombreux prix littéraires. Il scénarise en outre d’après son oeuvre une série télé intitulée Victor Lessard qui connaît un succès retentissant au Québec.

Mon avis : (lu en octobre 2018)
C’est la troisième enquête de la série Victor Lessard. Victor est de retour après sa dernière enquête qui s’était mal terminée. Avec sa coéquipière haute en couleur, Jacinthe Taillon, il doit élucider le suicide d’un sans-abri et le meurtre particulièrement cruel d’une femme. Cette dernière a été torturée avec un étrange instrument inspiré de ceux utilisés à l’époque du Moyen Âge… Les enquêteurs découvrent des portefeuilles sur les lieux du suicide du sans-abri, en particulier celui de la femme mortellement torturée…
Plusieurs pistes se dessinent, des fausses, des bonnes… et alors que l’enquête progresse, d’autres meurtres ritualisés sont commis. Victor Lessard va devoir résoudre au plus vite son enquête…
L’intrigue, bien construite, est complexe et prenante à souhait. Le travail d’équipe Victor et Jacinthe est jouissif à observer par le lecteur qui a quelques informations d’avance sur la police… Voilà un roman policier réussi !
Martin Michaud a adapté, en série télévisée de 10 épisodes, diffusée au Québec, cette enquête en 2017.

Extrait : (début du livre)
Montréal
Plus tôt dans la journée, jeudi 15 décembre

Miss météo pencha la tête sur le côté en posant deux doigts contre son oreille, l’air morose. Puis, quand la voix dans son oreillette lui cracha qu’elle entrait en ondes, son regard s’illumina et elle se mit à déclamer sa prophétie avec assurance :
«Tempête de neige. Accumulation de trente centimètres. Poudrerie. Vents violents.»
La femme se leva et éteignit le téléviseur ; un sourire impétueux, presque sauvage, passa sur son visage raviné. Elle rinça le bol ayant contenu ses céréales dans l’évier, puis le déposa sur le comptoir.
Les cristaux liquides de la cuisinière indiquaient 6h.

Il n’y avait pas de meilleur moment pour faire une promenade que dans le blizzard du matin. Le temps se suspendait et, sous le dôme laiteux qui la purifiait de ses souillures, la ville reprenait son souffle.

La femme empruntait toujours le même trajet.
Emmitouflée dans un manteau de duvet, elle quitta l’immeuble qu’elle habitait, rue Sherbrooke, tout près du Musée des beaux-arts, et descendit Crescent. Là où, l’été, la nuit, une faune bling-bling et m’as-tu-vu se pressait à la sortie des bars, elle ne rencontra que son reflet dans les vitrines. Elle remonta ensuite de Maisonneuve et passa devant le club de danseuses nues Wanda’s.
Coin Peel, la femme traversa au feu de circulation en suivant, d’un regard amusé, les embardées d’une voiture qui patinait en essayant de tourner le coin.
La neige s’accumulait déjà sur les trottoirs, le vent hurlait dans ses oreilles, les flocons tourbillonnaient dans l’air.

Elle s’était arrêtée sur l’esplanade du 1981, avenue McGill College ; décorés de lumières, les arbres bordant l’artère luttaient contre les rafales.
Elle admirait la statue La foule illuminée, lorsqu’une main posée sur son épaule la fit sursauter. Survêtement de laine polaire, pantalon de treillis glissé dans des Doc Martens à quatorze œillets, multiples piercings, yeux fardés de noir, dreadlocks émergeant d’une tuque ornée d’une tête de mort, la jeune punk semblait tout droit sortie d’un concert des Sex Pistols.
Effrayée, la femme recula brusquement lorsque, les mains en porte-voix devant ses lèvres noires, l’ange des ténèbres s’approcha et lui dit à l’oreille:
– I didn’t shoot anybody, no sir!
Se demandant si elle avait bien entendu, la femme voulut faire répéter la vampire, mais avant qu’elle ne puisse réagir, celle-ci tourna les talons, enfourcha sa bicyclette et fut avalée par la tempête. La femme écarquilla les yeux, resta un moment immobile à scruter la rue, le corps ballotté par la bourrasque.

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Déjà lu du même auteur :

Il ne faut pas parler dans l'ascenseur Il ne faut pas parler dans l’ascenseur

La-chorale-du-diable La chorale du diable

C’est lundi, que lisez-vous ? [47]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Camille

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne cette semaine ?

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Kuessipan – Naomi Fontaine
La femme qui fuit – Anaïs Barbeau-Lavalette
Écorces vives – Alexandre Lénot

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Passage des ombres – Arnaldur Indridason (partenariat Audiolib)

Que lirai-je les semaines prochaines ?

Dancers – Jean-Philippe Blondel
Prendre refuge – Zeina Abirached et Mathias Enard (BD)
Dent d’ours – tome 6 – Silbervogel – Yann et Henriet (BD)
Le jour où elle n’a pas fait Compostelle – Marko et Beka (BD)
600 heures dans la vie extraordinaire d’Edward Stanton – Craig Lancaster

Bonnes lectures et bonne semaine

Écorces vives – Alexandre Lénot

Lu en partenariat avec Masse Critique Babelio

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Quatrième de couverture :
C’est une région de montagnes et de forêts, dans un massif qu’on dit Central mais que les routes nationales semblent éviter. Un homme venu de loin incendie la ferme dans laquelle il espérait un jour voir jouer ses enfants, puis il disparaît dans les bois. La rumeur trouble bientôt l’hiver : un rôdeur hante les lieux et mettrait en péril l’ordre ancien du pays. Les gens du coin passent de la circonspection à la franche hostilité, à l’exception d’une jeune femme nouvellement arrivée, qui le recueille. Mais personne n’est le bienvenu s’il n’est pas né ici. Écorces vives est construit sur une tension souterraine, un entrelacs de préjugés définitifs et de rancœurs séculaires. De ce roman noir – qui est aussi fable sociale, western rural, hommage aux âmes mélancoliques et révoltées – sourd une menace : il faut se méfier de la terre qui dort…

Auteur : Alexandre Lenot est né en 1976 Il vit à Paris et écrit également pour le cinéma, la radio et la télévision. Ecorces vives est son premier roman.

Mon avis : (lu en novembre 2018)
En choisissant de recevoir ce livre édité dans la collection actes noirs, je pensais découvrir un roman policier… L’histoire se situe dans le nord du Cantal, dans une nature sauvage, loin de tout. A travers un récit à plusieurs voix, le lecteur découvre des personnages cabossés : Éli brisé par le décès accidentel de sa compagne et venu incendier la ferme où ils voulaient s’installer pour fonder une famille. Louise a quitté la ville et est venue se réfugier dans la ferme isolée d’un vieux couple d’Américains, Andrew et Fiona. Laurentin est un ancien gendarme qui est venu finir sa carrière dans ce lieu tranquille et calme. Lison est une jeune veuve.
J’ai peiné à lire cette histoire où il se passe pas grand chose, l’ambiance de nature hostile est prenante et étouffante, il y a trop de non dits, de sous entendu… et je me suis ennuyée et lorsque je suis enfin arrivée au bout des 203 pages, la conclusion m’a laissé dans le flou… La rencontre est ratée !

Extrait : (début du livre)
Éli
Il aurait voulu avoir de la dynamite. Il n’avait que de l’alcool, dans lequel il tentait de se noyer tout entier. Il avait pris un bus, puis un train, puis un autre train, puis un car, puis il avait volé un vélo qui avait déraillé puis il avait marché. Il s’était éloigné sans même y penser, mû par le simple refus de l’immobilité. Il avait balancé son téléphone par la fenêtre, quelque part après Moulins. L’appareil venait de lui apprendre l’extinction, totale et définitive, du léopard d’Égypte. Il était venu dans le Nord du Cantal, sur ces terres que tout le monde s’évertuait à fuir depuis au moins trois ou quatre générations, et il était aussi seul qu’il avait souhaité l’être, enfoui au bout de la vallée, pris entre des massifs noirs qui ne laissaient pas passer grand-chose.
Seul avec ses épaules voûtées, sa barbe blanchissante, à l’heure de poser sa hache, de s’asseoir enfin. Seul accroupi dans la terre humide et les odeurs d’humus. Seul avec tout ce qu’il portait : la mémoire de ses combats, les douleurs de ses défaites, les cicatrices de leurs rêves. Ses rêves et les siens, à elle qui ne viendrait plus ici. Il avait le sentiment d’être le dernier de sa tribu, le dernier de son espèce, et que plus personne ne viendrait raviver ses feux. Siskiyou partie, personne ne lui dessinerait plus la carte du ciel-qui-tombe, personne ne lui chanterait plus l’or du matin et la pluie du soir, personne ne lui tiendrait plus les mains quand elles tremblent. Personne ne songerait à soigner sa voix brisée. Personne ne lui ferait de parade digne d’un soleil ou d’une comète. Personne ne descendrait jamais de lui, et personne ne l’appellerait vieux père au crépuscule de sa vie. Personne ne lui embrasserait les yeux au soir du grand sommeil et personne n’égrènerait ses poussières à sa mort.

 

La femme qui fuit – Anaïs Barbeau-Lavalette

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Éditions Marchand de feuilles – septembre 2015 – 378 pages

Livre de Poche – mars 2017 – 448 pages

Quatrième de couverture :
Elle s’appelait Suzanne Meloche. Était aux côtés de Borduas, Gauvreau et Riopelle quand ils signent le Refus global en 1948. Fonda une famille avec le peintre Marcel Barbeau. Abandonna très tôt ses deux enfants.
Afin de remonter le cours de la vie de sa grand-mère, qu’elle n’a pas connue, l’auteur a engagé une détective privée et écrit à partir des indices dégagés. À travers ce portrait de femme explosive, restée en marge de l’histoire, Anaïs Barbeau-Lavalette livre une réflexion sur la liberté, la filiation et la création d’une intensité rare et un texte en forme d’adresse, directe et sans fard, à celle qui blessa sa mère à jamais.
Anaïs Barbeau-Lavalette n’a pas connu la mère de sa mère. De sa vie, elle ne savait que très peu de choses. Cette femme s’appelait Suzanne. En 1948, elle est aux côtés de Borduas, Gauvreau et Riopelle quand ils signent le Refus Global. Avec Barbeau, elle fonde une famille. Mais très tôt, elle abandonne ses deux enfants. Pour toujours. Afin de remonter le cours de la vie de cette femme à la fois révoltée et révoltante, l’auteur a engagé une détective privée. Les petites et grandes découvertes n’allaient pas tarder.

Auteur : Anaïs Barbeau-Lavalette est une comédienne et réalisatrice québécoise. Elle est la fille de la cinéaste Manon Barbeau et du directeur photo Philippe Lavalette. 
Elle est détentrice d’un baccalauréat de l’Université de Montréal en Études Internationales et diplômé de l’Institut national de l’image et du son (INIS) en 2002.
Elle s’est fait connaître principalement par son film Le Ring sorti en salle en 2007, et par son rôle d’Isabelle dans l’émission jeunesse Le club des cents watts diffusée à Télé-Québec à la fin des années 1980.

Mon avis : (lu en août 2018)
Ce roman est en réalité une histoire vraie. L’histoire de la grand-mère de l’auteur. Elle s’appelait Suzanne Meloche, elle épousera le peintre Marcel Barbeau dont elle aura deux enfants. Pendant quelques années, ce sera une vie de bohème mais la simple vie de mère au foyer ennuie Suzanne. Elle veut être libre de penser, d’agir, de vivre intensément. Elle abandonne ses deux enfants et quitte Montréal pour Londres puis New-York. Suzanne est une artiste passionnée de liberté, poète, peintre, militante, amoureuse… Elle refuse les attaches…
Anaïs Barbeau-Lavalette n’a pas connu sa grand-mère. Cette dernière n’a jamais voulu renouer avec ses deux enfants. La mère d’Anaïs en a souffert.
Ce livre est intéressant historiquement sur le destin de cette femme originale et avant-gardiste. Mais Suzanne Meloche est aussi très égoïste de ne pas prendre en compte le sort de ses enfants. Pour cela, cette histoire est également émouvante et cruelle. J’ai mis du temps à lire ce livre, ayant peu d’empathie pour cette femme libre…

Extrait : (début du livre)
La première fois que tu m’as vue, j’avais une heure. Toi, un âge qui te donnait du courage.
Cinquante ans, peut-être.
C’était à l’hôpital Sainte-Justine. Ma mère venait de me mettre au monde. Je sais que j’étais déjà gourmande. Que  je buvais son lait comme je fais l’amour aujourd’hui. Comme si c’était la dernière fois.
Ma mère venait d’accoucher de moi. Sa fille, son premier enfant.
Je t’imagine qui entres. Le visage rond, comme le nôtre, tes yeux d’Indienne baignés de khôl.
Tu entres sans t’excuser d’être là. Le pas sûr. Même si ça fait vingt-sept ans que tu n’as pas vu ma mère.
Même s’il y a vingt-sept ans, tu t’es sauvée. La laissant là, en équilibre sur ses trois ans, le souvenir de tes jupes accroché au bout de ses doigts.
Tu t’avances d’un pas posé. Ma mère a les joues rouges. Elle est la plus belle du monde.
Comment as-tu pu t’en passer ?
Comment as-tu fait pour ne pas mourir à l’idée de rater ses comptines, ses menteries de petite fille, ses dents qui branlent, ses fautes d’orthographe, ses lacets attachés toute seule, puis ses vertiges amoureux, ses ongles vernis, puis rongés, ses premiers rhums and coke ?
Où est-ce que tu t’es cachée pour ne pas y penser ?
Là, il y a elle, il y a toi, et entre vous deux : moi. Tu ne peux plus lui faire mal parce que je suis là.
Est-ce que c’est elle qui me tend à toi, ou toi qui étires tes bras vides vers moi ?
Je me retrouve près de ton visage. Je bouche le trou béant de tes bras. Je plonge mon regard de naissante dans le tien.
Qui es-tu ?

Tu t’en vas. Encore.

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Petit bac 2018Déplacement (7)

Kuessipan – Naomi Fontaine

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Mémoire d’encrier – 2011 – 120 pages

Le Serpent à Plume – août 2015 – 112 pages

Mémoire d’encrier – mars 2018 – 118 pages

Quatrième de couverture :
Kuessipan est le récit des femmes indiennes. Autant de femmes, autant de courages, de luttes, autant d’espoirs. Dans la réserve innue de Uashat, les femmes sont mères à quinze ans et veuves à trente. Des hommes, il ne reste que les nouveau-nés qu’elles portent et les vieux qui se réunissent pour évoquer le passé. Alors ce sont elles qui se battent pour bâtir l’avenir de leur peuple, pour forger jour après jour leur culture, leur identité propre, indienne.
Premier roman, Kuessipan est une pure merveille, la révélation d’une auteure qui, à vingt-trois ans, fait une entrée fracassante dans la littérature américaine.

Auteur : Naomi Fontaine a 23 ans. Innue de Uashat, elle vit à Québec. Kuessipan, son premier roman, a reçu un excellent accueil.

Mon avis : (lu en novembre 2018)
Kuessipan est un mot innu signifiant « à toi » ou « à ton tour ».
Dans ce premier roman, Naomi Fontaine rend hommage à son peuple et lui donne une voix. Naomi décrit avec peu de mots, beaucoup de justesse et de poésie la vie au quotidien dans une réserve innue de Uashat. Elle nous livre les portraits de différents membres de sa communauté. Elle décrit la beauté des paysages, la réserve entourée de barrières réelles et invisibles, les grossesses des jeunes filles de 15 ans pressées d’avoir des enfants, les traditions toujours présentes, la misère avec l’alcoolisme et la consommation de drogue, certains hommes veulent rejoindre la grande ville, espérant une nouvelle vie, une vie meilleure, d’autres réfléchissent à un retour à une vie nomade. Elle raconte l’esprit communautaire, la force des femmes, les pêcheurs nostalgiques, les enfants qui grandissent, la culture indienne innue transmise par les anciens…
C’est à la fois instructif et bouleversant de découvrir les difficiles réalités de la réserve.
La lecture n’est pas toujours facile car si les chapitres sont courts, il n’y a pas de logique dans la continuité du livre. Cela peut évoquer la vraie complexité de vivre dans une réserve autochtone…

Extrait : (début du livre)
J’ai inventé des vies. L’homme au tambour ne m’a jamais parlé de lui. J’ai tissé d’après ses mains usées, d’après son dos courbé. Il marmonnait une langue vieille, éloignée. J’ai prétendu tout connaître de lui. L’homme que j’ai inventé, je l’aimais. Et ces autres vies, je les ai embellies. Je voulais voir la beauté, je voulais la faire. Dénaturer les choses – je ne veux pas nommer ces choses – pour n’en voir que le tison qui brûle encore dans le cœur des premiers habitants. La fierté est un symbole, la douleur est le prix que je ne veux pas payer. Et pourtant, j’ai inventé. J’ai créé un monde faux. Une réserve reconstruite où les enfants jouent dehors, où les mères font des enfants pour les aimer, où on fait survivre la langue. J’aurais aimé que les choses soient plus faciles à dire, à conter, à mettre en page, sans rien espérer, juste être comprise. Mais qui veut lire des mots comme drogue, inceste, alcool, solitude, suicide, chèque en bois, viol ? J’ai mal et je n’ai encore rien dit. Je n’ai parlé de personne. Je n’ose pas.

Le brouillard. En voiture, le manque de visibilité oblige les conducteurs à ralentir. Parfois les clignotants des voitures sont en fonction. C’est pour s’aider, pour mieux s’orienter. La chaussée est humide. On n’ose pas de dépassement. La nuit, on voit mieux en gardant juste les basses allumées. Ça ne dure pas. Quelques minutes, une heure.

Il dit : Le brouillard du matin indique une journée ensoleillée, celui du soir, un lendemain pluvieux.

Ils ont accusé le brouillard. La brume habituelle des soirs de mai. Le vent mouillé de la mer qui fait pousser les nuages gris sur la route qui relie Uashat et Mani-utenam. Ça devait être un brouillard épais, opaque, infranchissable. Ça devait être une nuit noire, obscure, sans lune. Les voitures devaient être absentes. Il devait être seul à garder la route, à s’orienter, à enfoncer l’air trempé. Les arbres, les poteaux devaient se cacher derrière cette épaisse grisaille. La peur, le manque d’expérience, la vitesse, la témérité, l’inconscience, comme voie de sortie.

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C’est lundi, que lisez-vous ? [46]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé maintenant par Camille

Qu’est-ce que j’ai mis en ligne cette semaine ?

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La vie comme une image – Jocelyne Saucier
Raif Badawi, rêver de liberté – Radio-Canada Estrie
Taqawan – Eric Plamondon
Le pensionnat – Michel Noël

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Écorces vives – Alexandre Lénot (Masse Critique Babelio)
Nos richesses – Kaouther Adimi (partenariat Audiolib)

Que lirai-je les semaines prochaines ?

Dancers – Jean-Philippe Blondel
Prendre refuge – Zeina Abirached et Mathias Enard (BD)
Dent d’ours – tome 6 – Silbervogel – Yann et Henriet (BD)
Le jour où elle n’a pas fait Compostelle – Marko et Beka (BD)
600 heures dans la vie extraordinaire d’Edward Stanton – Craig Lancaster
Passage des ombres – Arnaldur Indridason (partenariat Audiolib)

Bonnes lectures et bonne semaine

Résultat Concours : Film – Un homme pressé

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Bravo à ceux qui ont participé, ils sont gagnants  !

Les noms et adresses de chacun et chacune ont été transmis à Morgane de l’Agence Okarina.
Vous recevrez prochainement places de cinéma ou livre.

***

Les réponses aux questions :

1) Quel est l’auteur du livre dont le film est une adaptation ?
Christian Streiff

2) Quelle actrice joue le rôle de Jeanne  ?
Leïla Bekhti

3) Quel est le nom du réalisateur de ce film ?
Hervé Mimran

Le pensionnat – Michel Noël

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Dominique et compagnie – janvier 2018 – 260 pages

Michel Quintin – 1998 – (Dompter l’enfant sauvage – tome 2 : Le pensionnat)

Quatrième de couverture :
Voici une histoire tragique inscrite dans le passé de notre pays. Celle de Nipishish et de ses amis, qui sont transplantés contre leur gré dans un pensionnat indien. Pour le privilège d’apprendre à lire et à compter, les jeunes Amérindiens auront un prix horrible à payer…
Une aventure vécue, écrite dans une langue magnifique, qui restera gravée dans le cœur des lecteurs.

Auteur : Né au Québec, Michel Noël se définit lui-même comme étant « un québécois d’origine amérindienne », car il a vécu les 14 premières années de sa vie en milieu algonquin.
Après des études pédagogiques, il entame une licence en lettres et poursuit ses études en obtenant une maîtrise en Arts, puis un doctorat en 1983.
En plus d’être un universitaire, il est aussi un homme de terrain : il passe la majeure partie de son temps dans les réserves ou sur les territoires ancestraux. Compte tenu de son imposante production littéraire, Michel Noël prend le temps d’écrire. A son actif, plus de cinquante livres comprenant des albums et ouvrages pour enfants. Il a été récompensé par plusieurs prix dont celui du Gouverneur général du Canada en 1997, pour l’excellence de son œuvre et sa contribution à l’harmonisation des relations entre les peuples.
À ce sujet, il se dit un « conteur » comme l’étaient ses ancêtres. Excellent médiateur, il croit en son rôle de transmettre aux autres, particulièrement aux jeunes, toutes les connaissances, la sagesse et le savoir dont il a hérité de ses parents et grands-parents. Pour son implication, Michel Noël a été nommé Citoyen du monde par l’Association canadienne pour les Nations Unies. En 2002, il a reçu la médaille de reconnaissance du Sénat pour son apport à la promotion de la langue et de la culture française.

Illustration de la couverture : Réal Binette
Illustrations de l’intérieur : Jacques Néwashish

Mon avis : (lu en septembre 2018)
Une histoire vécue par plus de 150 000 jeunes autochtones qui met en lumière un épisode cruel de l’Histoire du Canada et des peuples autochtones.
L’auteur est « un québécois d’origine amérindienne », il nous raconte l’histoire de Nipishish et de ses amis, qui ont été forcés de quitter leur communauté pour aller dans un pensionnat indien tenu par des religieux. Par la voix de Nipishish, le lecteur découvre le quotidien de ces pensionnats surtout destinés à évangéliser et assimiler les jeunes indiens plutôt qu’à les instruire. Les enfants sont humiliés, maltraités et il leur est interdit de parler leur langue. Tout est fait pour qu’ils soient éloignés de leurs proches et qu’ils oublient leur culture…
Avant chaque début de chapitre, on retrouve une sagesse amérindienne, pleine de poésie, illustrée par Jacques Néwashish.
Le mot de l’auteur à la fin du livre est très instructive, il explique ses sources d’inspiration, en particulier le témoignage d’un de ses amis ayant fréquenté ce type de pensionnat. Il fait le constat désastreux de cette politique d’assimilation massive qui a encore aujourd’hui des conséquences désastreuses.
Un livre poignant et fort.

Extrait : (début du livre)
Mon grand-père s’appelle Wawaté. C’est ainsi que les Anishnabés nomment les aurores boréales. Ma grand-mère s’appelle Kokum. C’est le nom que nous donnons à la lune lorsqu’elle est ronde. Ma mère, que j’ai peu connue, porte un beau nom et un beau prénom. Elle s’appelle Flore St-Amour. Flore comme une fleur sauvage et Amour pour la plus belle création de l’humanité. Mon père s’appelle Shipu, ce qui signifie Grande Rivière. Et moi, il m’a baptisé Nipishish, Petite Rivière. Je suis le fils d’une  Grande Rivière et d’une Fleur Sauvage et le petit-fils des aurores boréales et de la pleine lune.

J’ai des doutes sur la sincérité de notre missionnaire, le révérend père Beauchêne. Je n’aime pas son odeur ; il pue la mousse humide et les champignons écrasés. C’est un rusé, ça se voit dans ses petits yeux vitreux de belette. Mon père ne l’aime pas non plus, mais il n’a pas le choix. Il lui faut le tolérer sans maugréer. Les Indiens n’ont pas le droit de parole. Comme s’ils n’existaient pas.

En forêt, nous avons des maîtres absolus et omniprésents : la CIP (Canadian International Paper, la plus grande entreprise forestière de la région), la HBC (Hudson’s Bay Compagny, magasin général et commerce de fourrures), la Police montée et le clergé. Ceux sont eux qui contrôlent tout, qui prennent toutes les décisions. Ils disent que cela vaut mieux puisque nous agissons comme des enfants et que, de toute façon, ils ne veulent que notre bien.

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