Cadres noirs – Pierre Lemaître

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Calmann-Lévy – février 2010 – 352 pages

Livre de Poche – mars 2011 – 448 pages

Quatrième de couverture :
Alain Delambre est un cadre de cinquante-sept ans complètement usé par quatre années de chômage. Ancien DRH, il accepte des petits jobs qui le démoralisent. Au sentiment d’échec s’ajoute bientôt l’humiliation de se faire botter les fesses pour cinq cents euros par mois… Aussi quand un employeur, divine surprise, accepte enfin d’étudier sa candidature, Alain Delambre est prêt à tout, à emprunter de l’argent, à se disqualifier aux yeux de sa femme et de ses filles, et même à participer à l’ultime épreuve de recrutement : un jeu de rôle sous la forme d’une prise d’otages. Il s’engage corps et âme dans cette lutte pour retrouver sa dignité. S’il se rendait compte que les dés sont pipés, sa fureur serait sans limite. Et le jeu de rôle pourrait alors tourner au jeu de massacre…

Auteur : Pierre Lemaitre est l’auteur de Travail soigné (2006) prix du premier roman du festival de Cognac, Robe de marié (2008) prix du Meilleur polar francophone, Cadres noirs (2010) prix du Polar européen du Point, Alex (2010), Dagger international (2012), Sacrifices (2012) et Rosy & John (2013). Au revoir là-haut a reçu le prix France-Télévisions et le prix Goncourt 2013. Ses romans sont traduits en trente langues et plusieurs sont en cours d’adaptation au cinéma et au théâtre.

Mon avis : (lu en juillet 2018)
Voilà un roman noir qui tient le lecteur en haleine. Parfaitement écrit et construit.
Le monde de l’entreprise y est décrit sans concession avec une vraie férocité.
Alain Delambre, 57 ans, est un chômeur de longue durée. Ce cadre supérieur tente à tout prix de retrouver un emploi et il va accepter de participer à jeux de rôle pour tester d’autres employés et espérer un poste dans une grosse entreprise. Mais les dés sont pipés et Alain Delambre ne va pas se laisser faire…
Je n’en raconte pas plus car le lecteur doit découvrir par lui-même cette intrigue efficace avec ses trahisons, chantages, manipulations…
Une adaptation de ce roman policier en série de 6 x 52 minutes, est prévue prochainement sur Arte.  

Extrait : (début du livre)
Je n’ai jamais été un homme violent. Du plus loin que je remonte, je n’ai jamais voulu tuer personne. Des coups de colère par-ci par-là, oui, mais jamais de volonté de faire mal vraiment. De détruire. Alors là, forcément, je me surprends. La violence c’est comme l’alcool ou le sexe, ce n’est pas un phénomène, c’est un processus. On y entre sans presque s’en apercevoir, simplement parce qu’on est mûr pour ça, parce que ça arrive juste au bon moment. Je savais bien que j’étais en colère, mais jamais je n’aurais pensé que ça se transformerait en fureur froide. C’est ça qui me fait peur.
Et que ça se porte sur Mehmet, franchement…
Mehmet Pehlivan.
C’est un Turc.
Il est en France depuis dix ans, mais il a moins de vocabulaire qu’un enfant de dix ans. Il n’a que deux manières de s’exprimer : il gueule ou il fait la gueule. Et quand il gueule, il mélange du français et du turc. Personne ne comprend rien, mais tout le monde voit très bien pour qui il nous prend. Aux Messageries pharmaceutiques, où je travaille, Mehmet est « superviseur » et, selon une règle vaguement darwinienne, chaque fois qu’il monte en grade, il se met aussitôt à mépriser ses anciens collègues et à les considérer comme des sortes de lombrics. J’ai souvent rencontré ça dans ma carrière, et pas seulement avec des travailleurs migrants. Avec beaucoup de gens qui venaient du bas de l’échelle, en fait. Dès qu’ils montent, ils s’identifient à leurs patrons avec une force de conviction dont les patrons ne rêveraient même pas. C’est le syndrome de Stockholm appliqué au monde du travail. Attention : Mehmet ne se prend pas pour le patron. C’est presque mieux, il l’incarne. Il « est » le patron dès que le patron n’est pas là. Évidemment, ici, dans une entreprise qui doit employer deux cents salariés, il n’y a pas de patron à proprement parler, il n’y a que des chefs. Or Mehmet se sent trop important pour s’identifier à un simple chef. Lui, il s’identifie à une sorte d’abstraction, un concept supérieur qu’il appelle la Direction, ce qui est vide de contenu (les directeurs, ici, personne ne les connaît) mais lourd de sens : la Direction, autant dire le Chemin, la Voie. À sa façon, en montant l’échelle de la responsabilité, Mehmet se rapproche de Dieu.

Petit bac 2018Couleur (4)

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