Rencontre avec Pierre Lemaitre

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Mardi 6 février, je suis allée à une rencontre avec Pierre Lemaitre à la Librairie Mille Pages de Vincennes. La rencontre était prévue à 19h30, mais les intempéries et surtout la neige sur l’Île de France a mis en retard Pierre Lemaitre. Pascal, le libraire, nous a donc fait patienter en nous lisant les premières pages de quelques uns des livres de l’auteur.
Pendant ce temps, Pierre Lemaitre envoyait, par sms, de ses nouvelles…
« Je glisse sur le périphérique à la vitesse que me permet mon arthrose. »
Lecture des premières pages de Trois jours et une vie.
Puis lecture des premières pages d’Alex
« Porte de Bagnolet, tout schuss »
« Porte de Montreuil, j’ai accroché une porte. »
Quelques pages d’Au revoir là-haut.
« Porte de Vincennes, j’ai perdu mon casque, j’ai les pieds gelés. J’ai perdu un ski, ce n’est pas grave, je continue à skier sur une jambe ! »
Enfin, Pascal nous lit les premières pages de Couleurs de l’incendie.
« Plus que 800 mètres, ma combinaison est déchirée… »
Il est 20h, Pierre Lemaitre arrive enfin ! Toute la salle applaudie !

Pascal : Je me réjouie du succès assez explosif que remporte le livre « Couleurs de l’incendie » dès sa sortie. C’est un mois de janvier pour une fiction française comme j’ai rarement vu. Cela souligne que tu as su réunir sous la même bannière des lecteurs d’horizon différents : des lecteurs de polar, des lecteurs de roman classique, des lecteurs d’essai intéressés par l’Histoire… Seul reproche, on le dévore en seulement trois jours !

Pierre : C’est très déprimant ! Je travaille 18 mois pour faire un truc que vous avalez en trois jours. La vrai réussite pour un auteur c’est que ce qu’on fait lentement se consomme vite.
Quand on écrit un roman on a au moins un but, c’est de faire comprendre une intrigue et pour cela on crée des émotions auprès du lecteur.
Faire plaisir au lecteur, pour moi, c’est toujours penser à lui pendant l’écriture.
L’écrivain n’invente rien, l’imagination n’existe pas, je grappille à droite et à gauche mes idées. Je n’invente rien, je réarrange des éléments du réel.
C’est pour cela qu’à la fin de mes livres, il y a toujours une liste des gens qui m’ont inspiré. Je les note au fur et à mesure de l’écriture, j’obtiens alors une longue liste assez hétéroclite…

Pascal : Tu fais également des clins d’œil au lecteur avec des touches d’humour « qui piquent »…

Pierre : J’ai la chance d’écrire, comme je suis et cela a plu aux gens. J’ai un certain sens du tragique et je suis jovial, jubilatoire.
Je suis, avant tout, un conteur. Mon métier, c’est de raconter des histoires et je veux le faire le mieux possible. Il faut chercher vers l’oralité les premiers grands conteurs.
J’aime l’oralité, c’est pourquoi je tiens à enregistrer moi-même la version audio de mes livres. J’ai toujours été un grand lecteur à voix haute.
J’aime faire des clins d’œil au lecteur, m’adresser directement au lecteur, le prendre à témoin.
J’aime bien rappeler au lecteur qu’il est dans une histoire, que tout ça c’est de la littérature, tout ça c’est du roman et qu’un roman ça donne à réfléchir.
Mais je n’avance pas masqué. Je ne dis pas au lecteur ce qu’il doit penser, je ne tire pas la morale des personnages. Je ne veux pas penser à la place du lecteur.

Pascal : Au revoir là-haut et Couleurs de l’incendie sont deux livres qui sont dans l’Histoire. A quoi sert l’Histoire ici ?

Pierre Lemaitre : Je considère que le roman historique ce n’est pas d’expliquer aujourd’hui par hier. C’est de porter un regard d’aujourd’hui sur hier (les années 30). Il y a toujours des résonances d’une période à une autre et je souligne les résonances qu’il peut y avoir entre aujourd’hui et hier.
La magie de la littérature c’est quelque chose qui doit être intellectuellement responsable et réfléchie mais c’est également la pulsion plaisir, de faire rire, d’intriguer, de créer des émotions. D’en créer d’abord à moi-même puisque j’écris comme je suis et après, ça marche, ça marche pas…

Pascal : Dans Couleurs de l’incendie, dans ce monde obstrué par les hommes, une femme.

Pierre Lemaitre : La question des femmes m’intéressait beaucoup lorsque j’ai décidé d’écriture sur ces années-là. Pourquoi j’ai pris Madeleine, c’est parce que c’était le seul personnage vivant des Péricourt. C’était un bon personnage car un personnage secondaire assez falot dans le premier livre, pas très belle, une femme assez banale et pour un romancier c’est de l’or. La marge de progression que vous avez sur ce personnage est énorme.
Ce qui m’intéressait beaucoup aussi c’est la situation des femmes dans les années 30. Elle offrait un contraste éminemment romanesque, elle héritait du premier pouvoir qu’est celui de l’argent à une période où une femme ne pouvait même pas signer un chèque. Les femmes sont en permanente tutelle, de leur père puis de leur mari. Madeleine est l’héritière d’une banque familiale. L’argent c’est le pouvoir et ce pouvoir est chipé par une femme. Dans le roman tous les hommes qui en veulent à Madeleine pour différentes raisons personnels s’unissent pour penser une seule chose : une femme au pouvoir ce n’est pas acceptable.
Dans les années 30, la situation des femmes est tragique, d’autant plus tragique qu’elle vient après la Première Guerre Mondiale. C’est l’un des éléments qui va faire réagir les femmes qui sont dans ce roman. Elles sont quatre, elles sont très différentes sur l’échiquier sociale. Il y a Madeleine, l’héritière de la banque, Léonce, une dame de compagnie, c’est proche d’un domestique, il va y avoir une nurse, donc une employée de maison et enfin une diva, c’est à dire une artiste. Elles ont quelque chose à dire sur leur rapport aux hommes. A travers ce livre et l’histoire de Madeleine, son déclassement et sa vengeance, je souligne les relations inégalitaire que subissent les femmes par rapport aux hommes. Au fond, chacune de ces femmes va se trouver dans une situation difficile par rapport aux hommes. Elles vont essayer de trouver une voie de sortie individuelle et chacun va la trouver à sa manière, l’une par la normalité, l’autre par l’extravagance et presque toutes n’ont finalement qu’un seul moyen de résistance, et c’est ça la cruauté de la situation, c’est le corps.

Question du public : Comment faites-vous pour vous documenter sur une époque ? En particulier, comment les gens se comportaient au quotidien et comment ils parlaient à l’époque ?

Pierre Lemaitre : C’est très très simple et tout le monde peut le vérifier et faire de même, je lis les journaux. On a une chance extraordinaire en France, nous avons la base de donnée Gallica, faite par la BNF, c’est libre d’accès et gratuit. On a numérisé les quotidiens et les magazines depuis plus d’un siècle. Pour la période historique sur laquelle je travaillais, 1927 à 1933, on doit avoir pour chaque jour au moins une dizaine de quotidiens.
Je passe donc mon temps à lire le journal et je trouve comment les gens parlent, comment ils s’habillent, quelles sont les insultes, quel est l’humour de l’époque… Et je m’imprègne de tout cela. Je regarde également un peu les films de l’INA. Mais surtout les journaux, c’est un observatoire formidable, il y a les pages politiques, les pages sportives. Par exemple, on est dans un période où l’aviation est importante, on n’arrête pas de battre des records de traversée, de rapidité, de distance. Je cherche un secteur industriel pour mon personnage, je pense à l’aviation qui est significative de l’époque, c’est dans l’air du temps.

Question du public : Comment êtes-vous passé du polar à la littérature ?

Pierre Lemaitre : Je ne l’ai pas fait exprès. C’est accidentel, à l’origine en 2010, j’ai envie d’écrire un polar historique. Alors j’imagine une histoire qui se passe à la fin de la Première Guerre Mondiale, c’est une période qui m’intéressait car j’avais des souvenirs de lectures de Dorgelès, de Genevoix. J’avais pas mal lu pendant mon adolescence, vers 17, 18 ans, les grands romanciers combattants, c’est à dire ces hommes qui ont fait la Guerre de 14 et qui sont devenus des romanciers. J’avais envie de parler de cette époque là et j’avais envie d’une histoire de vengeance qui se passait dans l’immédiate après-guerre. Et il se trouvait que mon histoire n’avait pas le code génétique d’un polar.
Et là je n’avais pas les ingrédients qui pouvaient faire un vrai polar avec une intrigue, un mystère, du suspense, des fausses pistes…
Et donc le choix était simple, soit je gardais mon histoire et je faisais autre chose qu’un polar, soit je voulais faire un polar et j’abandonnais mon histoire.
J’avais bien avancé, l’histoire me plaisait bien, les personnages me plaisaient et donc je me suis dit ce sera ce que ce sera. Et j’écris un roman et ça a donné Au revoir là-haut.
C’est parfois de difficile de définir, est-ce un roman noir ? Est-ce que c’est un roman policier ? Un roman picaresque ? un roman historique ?
Tous ceux qui écrivent des polar, on envie qu’on les prenne au sérieux et démontrer qu’ils sont de vrais romanciers. Je ne dis pas que inconsciemment, j’avais envie de prouver que je savais faire autre chose que des polars.

Question du public : Au début de la rencontre, on parlait littérature populaire. Est-ce que cela vous aurez plu d’écrire, comme les feuilletonistes, avec la contrainte de fournir de la page…

Pierre Lemaitre :  Je l’ai fait. Je l’ai fait de manière un peu moderne. On m’a proposé d’écrire un feuilleton pour smartphone. On a fait une statistique, on sait qu’en moyenne, les gens font six stations de métro avant un changement. On voudrait un feuilleton qui tienne six stations de métro, on a fait le calcul, c’est trois pages de smartphone. Voulez-vous écrire un feuilleton qui ferait chaque épisode trois pages de smartphone ? J’ai sauté sur l’occasion, c’était très marrant à faire. Et donc, on a fait un contrat, j’ai écrit une histoire et sans me vanter, personne ne l’a lu. (rires) Et cela n’a intéressé personne ! On m’a vendu le truc, mais tout le monde s’en fout. En fait c’était une opération où l’on donnait ça au gens qui s’abonnaient aux autobus. Et, c’était un fiasco total.
Et j’ai eu cette histoire sur les bras, elle était vachement bien et j’avais sué sang et eau pour réussir à faire une histoire et je me suis dit que c’était vraiment dommage personne ne l’a lu. Et arrive, je crois, le cinquantième anniversaire du Livre de Poche, et il me contacte pour faire un texte, et je leur propose mon feuilleton que personne n’a lu. Je le transforme en roman et c’est « Rosie et John ». J’en profite pour vous dire, que mes romans je les conçois un peu comme des feuilletons, c’est à dire, que cela fonctionne avec des rebondissements, des fausses pistes, l’intrigue qui est posée à la fin d’un chapitre donne envie de lire le suivant… Je tricote ça comme un feuilleton, simplement que c’est un feuilleton que vous lisez d’un seul tenant un petit peu comme on regarde les séries… Maintenant, on ne regarde plus les séries un épisode par semaine, mais une saison en quelques jours. C’est mode de consommation qu’on aime bien, on est dedans, et c’est addictif. J’essaye de faire de la même façon, c’est un peu comme si vous aviez une saison dans un même roman. Mais la technique feuilletonnante fait parti de mes outils privilégiés pour mener mes histoires.

Question du public : Votre avis sur les adaptations de vos romans.

Pierre Lemaitre : Je suis très très heureux de ce qu’a fait Albert. Je me suis posé une question : A quoi ça sert de faire une adaptation ? Au fond l’histoire existe, n’importe qui peut aller en librairie chercher le livre, découvrir l’histoire. A quoi ça sert de la passer au cinéma ? Donc moi, ma conviction, ça vaut le coût quand il y a une plus-value. Il faut qu’il y ait quelque chose qui se passe : un changement de point de vue, une manière différente de raconter la même histoire. Il ne faut pas que ce soit simplement la photocopie cinématographique de ce qu’il y a dans le livre. Donc j’ai choisi de confier à Albert, qui est un grand artiste, en lui disant, voilà, fait ce que tu veux mais ne ridiculise pas mes personnages. Après avoir fait les deux, trois premières versions ensemble, il est parti faire son film. Il m’appelait régulièrement, il me soumettait beaucoup ses idées, mais je les validais toutes y compris celles avec lesquelles j’étais moins d’accord, il fallait qu’il fasse son film, il fallait qu’il le fasse en liberté… Je pense qu’Albert a fait un film patrimonial, il a fait un film qui va rester dans le cinéma français, c’est un film qui va passer les générations. Et je suis très heureux d’être à l’origine de ça.
L’autre question, c’est à propos de Cadre noir. Je ne voulais pas faire de télévision, car j’y ai été très malheureux en tant que scénariste. On rencontre à la télévision une densité d’imbéciles au mètre carré beaucoup plus élevée que la moyenne. Et une moyenne d’imbéciles qui sont rarement cultivés. J’en avais assez d’avoir des trentenaires barbus qui venaient me dire comment je devais faire mon métier. Et puis Arte m’a fait venir et j’ai dit je ne veux pas faire de télé. Et ils ont insisté, ils ont insisté et mon agent m’a dit, « va quand même les écouter ». Je suis tombé en face d’un type, directeur de la fiction, qui m’a dit pourquoi vous ne voulez pas faire de télé, nous on voudrait faire une série avec Cadre noir, une série de 6 x 52 minutes, on voudrait que vous l’écriviez, pourquoi vous ne voulez pas le faire ? Parce que vous allez me cassez les…, parce que vous allez me donner votre avis toutes les cinq minutes, parce qu’il va falloir que je passe par vos cases, par vos catégories, par vos standards. Je n’ai pas envie de faire ça. Écouter, vous écrivez pour nous et j’irai voir le film en projection. Alors, j’ai eu l’impression que ce type respectait les artistes et je me suis dit que j’allais refaire une ultime tentative. Et je dois dire, ça été un bonheur complet, c’est une chaîne où les gens quand ils vous donnent carte blanche, ils vous donnent carte blanche. J’ai toujours eu le dernier mot, on discute, la plupart du temps, ils font des commentaires qui sont pertinents, judicieux. Il y a moins d’argent que dans d’autres chaînes mais carte blanche aux artistes, la confiance règne. J’ai écris les six épisodes en quatre mois, on entre en production dans quelques semaines. J’espère que cela sera une jolie série, elle est très caustique et c’est un vrai thriller. Cela m’a beaucoup plu de le faire et j’ai trouvé des interlocuteurs qui font vraiment bien leur travail auprès des artistes.

Question du public : Qu’est-ce qui vous donne l’idée d’une histoire ? Comment elle se construit ? Est-ce que vous avez déjà la trame très claire dans votre tête ou alors elle s’écrit au fur et à mesure ?

Pierre Lemaitre : Il y a vraiment deux cas de figures différents. Il y a des romans dans lesquels vous pouvez très clairement isoler la bonne idée. C’est le cas de mon roman Alex, là j’esquisse une structure : là ce serait bien que le lecteur s’identifie à mon personnage de manière positive, au premier tiers, se rendrait compte qu’il a mal placé sa confiance et qu’il doit la lui retirer parce que le personnage est négatif et après le deuxième tiers se retourner une nouvelle fois. Cette idée de double retournement. Après là, j’ai cherché le personnage qui pourrait le mieux coller à cette structure. Là c’est facile, on peut dater le moment, une structure, une idée, il y a des moments où ça vous vient et après vous n’avez plus qu’à ordonner à partir de cette idée qui fonctionne comme une sorte de noyau et vous ordonnez après ce qu’il y a autour.
Et puis il y a d’autres romans où c’est plus compliqué, où vous ne savez pas comment c’est né. Vous avez une idée, vous l’avez oubliée, elle est revenue sous forme différente, elle s’est enrichie, elle a été réactivée par quelque chose que vous avez vu, vous avez lu et vous ne savez pas de quelle manière ça s’est progressivement empilé et puis un moment, vous avez commencé à en faire un roman et vous n’en êtes pas rendu compte… Vous vous rendez compte que vous prenez des notes, vous sentez le truc qui monte… Et là, vous ne pouvez pas dater précisément le moment où vous avez eu la bonne idée.
Pour Au revoir là-haut, je sais ce qui s’est passé. J’avais lu un article d’Antoine Prost, un historien, qui racontait les années d’après-guerre et les difficultés des gens à se réinsérer et notamment cette folie des monuments aux morts, et qui pendant quelques années a été un véritable budget puisque toutes les villes voulaient acheter un momument. Je l’avais noté quelque part dans ma tête et je l’avais oublié. Je suis en province, et nous prenons une chambre dans un hôtel, et quand j’ouvre les volets le matin, et je tombe sur le monument au mort. Je me retourne et je dis à ma femme, les gars qui ont vendu ça, ils auraient vendu ça sur catalogue et se seraient tirés avec la caisse, j’en aurais fait un roman épatant… C’est donc la vue du monument au mort qui a réactivé la lecture de l’article d’Antoine Prost.
Je part avec quelque ingrédients. Je ne part pas si je ne les ai pas. Il faut que j’ai ma situation de départ, le thème, c’est à dire de quoi le roman va parler au delà de l’intrigue. Si une intrigue ne renvoi qu’à elle-même, cela fait un roman assez plat. Les bons livres sont généralement ceux qui à travers une intrigue qui nous intéresse à en plus un fond social ou politique ou moral qui donne de la profondeur de champ.
Ici ma situation de départ c’est la chute du petit Paul, le thème c’est la question des femmes dans les années 30, une intention, faire à travers ce roman une salutation au roman du XIXème siècle, en commençant par emprunter au père Dumas sa structure de Monte Christo, c’est à dire, première partie : la ruine,  deuxième partie : la revanche. Vous allez trouver également des clins d’œil à Zola, Stendhal, Hugo, Maupassant… Mais on n’est pas obligé de la savoir pour lire le livre.
Et puis, il faut que j’ai la fin, il faut que j’ai la structure, c’est à dire une espèce de colonne vertébrale des principaux événements du livre, qu’est-ce qui ce passe globalement. Il y a plein de trucs que je n’ai pas besoin de savoir parce que je vais les trouver en cours de route. Mais il faut quand même que j’ai les cinq six moments principaux, Madeleine va avoir trois hommes contre elle, y a trois manipulations, y a un moment de crise… Il faut que j’isole cette colonne vertébrale, à partir du moment où je pense qu’elle tient debout, j’habille le reste et je commence à écrire et c’est l’écriture qui habille le reste.

Question du public : A propos de l’adaptation en BD d’Au revoir là-haut.

Pierre Lemaitre : Lorsqu’un éditeur est venu me voir pour l’adaptation de mon roman en BD, j’ai dit OK, mais c’est moi qui écrit le scénario. Il me dit vous vous y connaissez. Non je ne connais rien du tout mais je suis très curieux d’apprendre. J’aime bien me colter à une difficulté narrative. Je suis un raconteur d’histoire et chaque média, le cinéma, la série télé, le film a sa grammaire, sa propre syntaxe narrative et c’est toujours intéressant de faire un petit détour dans des figures narratives qui sont pas les nôtres. Vous apprenez beaucoup de choses, j’ai appris beaucoup de choses là. En plus j’avais choisi un dessinateur qui est aussi un très bon scénariste, Christian Demetter, et c’est lui qui m’a initié à la bande dessinée, je me suis beaucoup amusé à faire ça. Je ne le referai pas, sauf s’il voulait bien faire la suite avec Couleurs de l’incendie, parce que c’est une aventure d’amitié. J’ai appris beaucoup de chose avec cette bande dessinée, c’est une grammaire très particulière, j’avais pas imaginé qu’on ne pas raconter n’importe comment parce que vous êtes tributaire d’une vignette, d’une vignette centrale, d’une vignette de fin de page, des pages droites, des pages gauches. C’est beaucoup plus compliqué qu’il n’y parait pour faire bien une BD. J’ai appris beaucoup de choses, du coup je remplis ma boîte à outils, d’outils narratifs qui après me servent. J’essaie de croiser un peu toutes ses expériences.

Question du public :  Quelles sont vos lectures ?

Pierre Lemaitre : La question que vous me posez sur l’écrivain d’aujourd’hui, ben, je lis peu. Je lis peu parce que je travaille tout le temps et que je ne suis pas un lecteur sincère. Je lis un roman mais je pense au mien, je ne joue pas le jeu, je ne suis pas un lecteur sympa, je n’accepte pas le pari, de le lire avec la naïveté, avec l’engagement. Je rentre dans son histoire, je sens que mon esprit est déjà ailleurs, je lis un mot et je me dis tiens ça je pourrais le réutiliser ailleurs. Je n’arrive pas à jouer le jeu, je ne suis pas un bon lecteur. Je lis d’abord pour ma documentation. Mais j’ai des éditeurs que j’aime beaucoup, par exemple j’ai une assez grande confiance dans les productions de Gallmeister. Cela correspond assez bien au genre de livres que j’aime. Parmi les auteurs français, il y a des gens que je suis régulièrement. Je suis systématiquement Jean Echenoz et aussi Virginie Despentes, je suis assez systématiquement, presque tout le temps, Emmanuel Carrère, je suis Jean Rolin, Yves Ravet. Ce sont des gens que j’aime beaucoup. Vous avez remarqué, ce sont souvent des livres assez courts. Je ne me lance pas, justement à cause de mon manque de sincérité, dans des romans trop importants. C’est déjà rare que j’arrive à garder de la naïveté pendant un roman il manquerait plus que ce soit trop long. Cela vient de moi, pas des livres. Je considère que Jean Echenoz est certainement le plus grand écrivain français de sa génération. Et puis il y a des gens que je déteste. (Rires)
Je suis en train d’écrire le dictionnaire amoureux du polar et j’ai fait une notice sur Yves Ravet parce qu’on sait pas si c’est du polar, pas du polar mais c’est tellement épatant que je suis dit que je vais faire rentrer au chausse-pied dans le bouquin uniquement pour le plaisir d’en parler.

Question du public : Quelques mots sur la suite de la Trilogie

Pierre Lemaitre : Je ne sais pas bien encore ce que ça sera. Vous savez quand vous m’interrogez, moi je vous dis là où en est le roman dans ma tête. Mais en fait, dans dix-huit mois lorsque je l’aurai terminé, il peut y avoir des écarts énormes parce qu’il y a pleins de choses qui changent, des choses qui marche pas, des choses qui vous intéressent davantage… C’est comme ça. La trilogie c’est trois décennies, les années 20 avec Au revoir là-haut, les années 30 avec Couleurs de l’incendie, ce sera donc les années 40 avec le 3ème volume qui n’a pas encore de titre. Donc la trilogie couvrira l’entre deux guerres, de la fin de la Première Guerre au début de la Seconde, donc il ne se passera pas pendant la guerre, mais pendant la Drôle de Guerre en juillet 1940 et trouvera son point d’orgue pendant l’Exode en 1940. C’est une période qui m’intéresse beaucoup sur le plan romanesque, il se passe des choses vraiment passionnantes et des choses que l’on ne sait pas toujours et c’est aussi l’occasion de prendre l’Histoire par un côté faible, par un biais un petit peu méconnu et j’en ai trouvé quelques uns.
Je sais qui sera le personnage principal, la petite Louise qui a dix ans dans Au revoir là-haut et qui a trente ans en 1940. C’est elle qui sera le personnage principal. L’idée dans la trilogie, c’est de prendre pour personnage principale d’un roman un personnage secondaire d’un roman précédent.
J’aime bien ce jeu parce qu’avec le lecteur c’est un clin d’œil permanent. C’est un roman que vous devriez avoir logiquement dans deux ans.
Les personnages ont un potentiel romanesque, de la même façon que les histoires ont un ADN, un code génétique, les personnages ont un potentiel, c’est pour cela que j’ai fait disparaître un personnage qui s’appelle Camille Verhœven après une trilogie policière, je ne l’ai pas utilisé parce que je pense que le personnage a usé son potentiel narratif, je peux toujours tirer sur le filon mais j’ai pas très envie de le faire parce que j’ai l’impression que ce qu’il avait envie de dire, il l’a dit et que ce serait pas amusant pour moi, ce serait pas amusant pour le lecteur et si je dois refaire du roman policier il faudra un nouvel enquêteur. J’aime beaucoup Rankin, mais je trouve qu’avec Rebus il va un peu loin. Je trouve que Wallander va un peu loin, je trouve que ce fil qui est tiré n’est pas toujours justifié sur le plan narratif. Je ne dis pas que je fais mieux, mais en tout cas pour pas m’ennuyer, un personnage doit avoir une fin… Comme une soirée avec des lecteurs !

Pascal : Et puis il faut se souvenir de ce qui arrive à l’écrivain de Misery de Stephen King lorsqu’il tue son héroïne… Il faut quand même faire attention…
Merci beaucoup d’être venu !

Il m’a fallu trois semaines pour retranscrire cette rencontre très sympathique et très intéressante !

 

 

 

 

 

 

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C’est lundi, que lisez-vous ? [14]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane

Qu’est-ce que j’ai lu la semaine dernière ?

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Bâtard – Max de Radiguès
Arrête avec tes mensonges – Philippe Besson
Noyé vif – Johann Guillaud-Bachet

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

La Vie secrète des arbres – Peter Wohlleben (Prix Audiolib 2018)
Underground Railroad – Colson Whitehead (Prix Audiolib 2018)

Que lirai-je les semaines prochaines ?

Condor – Caryl Férey (partenariat Folio)
La chorale du diable – Martin Michaud
Millénium saga – tome 2 – Sylvain Runberg, Stieg Larsson et Ortega
La mise à nu – Jean-Philippe Blondel

Bonnes lectures et bonne semaine

Noyé vif – Johann Guillaud-Bachet

Masse Critique Babelio
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9782702162941-001-T Calmann Levy – janvier 2018 – 194 pages

Quatrième de couverture :
Le soleil brille haut, la mer est calme. Six apprentis marins, quatre hommes et deux femmes, quittent le port de Sète dans une joyeuse anarchie encadrée par un moniteur de voile. Parmi eux, le narrateur, un homme sombre et secret, porte sur cette bande hétéroclite un regard doux-amer. Sous ses yeux qui en ont sans doute déjà trop vu se joue un concentré de comédie humaine.

C’est alors que se lève la plus effroyable des tempêtes.  Une déferlante emporte le moniteur. Ils sont maintenant six néophytes sur ce bateau, dont un blessé. Les secours contactés les rassurent : un patrouilleur va se dérouter vers eux. Mais  le canal d’urgence de la radio grésille à nouveau. Une voix très jeune supplie, en anglais : « S’il vous plaît, nous sommes nombreux, le bateau est cassé, il prend l’eau. »
Le dilemme surgit aussitôt : qui doit être secouru en  premier ? Six Français sur un voilier qui ne tiendra peut-être pas jusqu’au bout, ou un bateau de migrants ? Tandis que les éléments continuent à s’acharner sur eux, les six s’affrontent sur la marche à suivre et la valeur des vies à sauver.

Auteur : Johann Guillaud-Bachet vit et travaille dans une commune de l’Isère. Il est aussi comédien amateur. Noyé vif, son premier roman bouscule nos certitudes et fait voler en éclats nos idées reçues.

Mon avis : (lu en février 2018)
Six adultes sont venus faire un stage de voile en Méditerranée. Quatre hommes et deux femmes vont partir pendant quelques jours en haute mer avec Vince, leur moniteur. Ils viennent d’horizon différent. Alice est prof de fac en sociologie à Paris, Prune est responsable d’un magasin de sport à Montpellier, Fred dirige une boîte d’installation de cuisines à Lyon, Franck est dameur l’hiver en Savoie et sinon travaille sur des chantiers, Bertrand est notaire à Besançon. Le narrateur est assez mystérieux, c’est un immigré syrien, il se dévoilera un peu au fil de l’histoire, le lecteur ne saura même pas son prénom… On apprendra seulement que ce prénom est exotique.
Après avoir fait connaissance entre eux et préparé le ravitaillement et l’équipement du bateau, les voilà partis pour un huis clos de dix jours. Pas facile de vivre ensemble dans un espace exiguë, avec la promiscuité des autres, sans oublier la fatigue des quarts de veille… Au début du voyage, la mer est sage et lisse mais bientôt arrive la tempête et tous se sentent bien petits face aux éléments.
Le voilier va se trouver en difficulté et lorsque l’équipage contacte les secours, il se retrouve en concurrence avec un bateau de migrant…
Ce livre est l’occasion de réfléchir sur le comportement humain en groupe, dans des conditions difficiles. Lorsque l’on craint pour sa vie, est-on toujours à la hauteur de nos convictions ? L’instinct de survie est-il supérieur à l’empathie ? Voilà un roman complètement d’actualité à découvrir.

Extrait : (début du livre)
Je n’avais pas beaucoup dormi depuis plusieurs nuits et, lorsque j’arrivai sur le parking, à 10 h 15, je me demandai vraiment ce que je faisais là. Je n’avais qu’un quart d’heure de retard, ce qui, pour quelqu’un qui vient de faire près de quatre heures de route en écoutant Radio Trafic, est finalement très tolérable. C’est du moins mon point de vue. D’ailleurs, je n’étais pas le seul, car à peine avais-je garé ma caisse qu’un type venait ranger un gros 4 × 4 juste à côté de moi. Je le vis qui me surplombait dans son cockpit, il tapotait sur son iPhone et se recoiffait dans le rétroviseur. Un type classe, presque quarante ans, il avait la tête de sa voiture, et j’ai pensé qu’il devait se raser les poils pubiens. Je suis sorti et j’ai pris mes affaires à l’arrière. D’autres personnes arrivaient à pied. Au bout du parking, des marches conduisaient à un minuscule embarcadère. Une barque pourrie nous attendait pour nous faire traverser le canal et gagner la base nautique, de l’autre côté. Il faisait beau, c’était toujours ça, et ça sentait bon, meilleur que sur les derniers kilomètres. C’est ce qui me poussa à ne pas repartir, je n’avais aucune envie de renifler encore l’odeur de marée morte en repassant par le port.
Je me suis pointé à l’embarcadère en même temps que le type au 4 × 4. Il m’a salué gentiment, et j’ai fait de mon mieux. Il y avait aussi une fille, jeune, avec des gros seins et un air gentil. On est restés un moment sur le quai à regarder nos pieds et la barque qui traversait. Elle a fini par atteindre l’autre côté et la première marche du petit escalier de pierre qui menait sur la berge. Les passagers, sûrement d’autres stagiaires, sont descendus de la barque bringuebalante et ont hissé tant bien que mal leurs gros sacs de sport sur le muret du canal. Ils se faisaient charrier. Pour traverser, il fallait utiliser une longue pagaie et lutter contre le courant. Ça avait l’air amusant, mais j’ai tout de suite senti que c’était un espace de pouvoir, une sorte de bizutage. J’avais bien observé : le mec qui menait la barque proposait avec insistance à tous d’essayer. Et tous se plantaient invariablement. Il fallait alors redoubler d’ardeur pour remonter le courant. Le type faisait ça remarquablement bien, en débardeur, ce qui mettait en valeur ses muscles. J’avais aussi noté qu’il laissait les hommes se planter pour de bon, jusqu’à ce qu’ils lui demandent de reprendre la rame – ils s’asseyaient alors piteusement contre leur sac –, alors que pour les filles, il avait tendance à vite prendre le manche avec elles, histoire de leur montrer le mouvement. Tout cela avait été ritualisé et faisait visiblement beaucoup rire du côté de la base, à gauche de l’escalier de pierre, où un groupe de gaillards et de minettes bronzés et cool rangeaient des cordages sur la jetée en fumant des roulées. À côté, le groupe des types pâles et nerveux et des filles pâles et timides faisait peine à voir. Les habitués, et les touristes. Ceux qui savaient, et ceux qui débarquaient. Je n’appartenais pas à la bonne espèce.

Arrête avec tes mensonges – Philippe Besson

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Audiolib – juin 2017 – 4h45 – Lu par Antoine Leiris

Julliard – janvier 2017 – 198 pages

Quatrième de couverture :
Quand j’étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : « Arrête avec tes mensonges. » J’inventais si bien les histoires, paraît-il, qu’elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J’ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier.
Aujourd’hui, voilà que j’obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois. Dans ce livre.
Autant prévenir d’emblée : pas de règlement de comptes, pas de violence, pas de névrose familiale.
Mais un amour, quand même.
Un amour immense et tenu secret.
Qui a fini par me rattraper.

Auteur : Né en Charente, Philippe Besson a fait des études de droit et est diplômé de l’École supérieure de commerce de Rouen. C’est en 2001 qu’il publie son premier roman, En l’absence des hommes, qui reçoit le prix Emmanuel-Roblès. Dès lors, la plupart de ses livres est saluée par l’obtention d’un prix littéraire, une nomination, ou fait l’objet d’une adaptation cinématographique, comme Son frère, réalisé par Patrice Chéreau. Il est également, à la télévision, la radio et la presse écrite, un critique littéraire subtil et talentueux.

Lecteur : Ancien chroniqueur culturel à France Info et France Bleu, Antoine Leiris est journaliste. Il est l’auteur d’un premier livre très remarqué, Vous n’aurez pas ma haine, Grand Prix du livre audio France Culture – Lire dans le Noir en 2017, lu par André Dussollier.

Mon avis : (écouté en juin 2017 et réécouté partiellement en février 2018)
Barbezieux en Charente, c’est la rencontre improbable entre deux garçons dans un lycée de province. Thomas est fils de paysan destiné à reprendre la ferme familiale, Philippe, l’auteur du livre, est fils d’instituteur, il aime les livres et après son Bac, il poursuivra ses études à Bordeaux. Cet hiver 1984, ils tombent amoureux l’un de l’autre, une histoire clandestine et secrète, c’est la condition obligatoire pour pouvoir vivre cette passion réciproque. Même s’ils se côtoient au lycée, rien ne doit paraître sur leur complicité, sur leur élan amoureux… Thomas ne veut pas et ne peut pas avouer ce qu’il est, il craint trop les conséquences d’un tel aveux.
Dans ce roman l’auteur se dévoile enfin en racontant ce premier grand amour qui est certainement à l’origine de sa vocation d’écrivain et qui a inspiré son oeuvre. Il ose enfin raconter cette histoire autobiographique longtemps gardée secrète.
Un roman juste et poignant. Une lecture émouvante et sincère.
La lecture faite par Antoine Leiris est juste et très agréable.
L’entretien « bonus » avec Philippe Besson est également très intéressante.

Extrait : (début du livre)
Un jour, je peux dire quand exactement, je connais la date, avec précision, un jour je me trouve dans le hall d’un hôtel, dans une ville de province, un hall qui fait office de bar également, je suis assis dans un fauteuil, je discute avec une journaliste, entre nous une table basse, ronde, la journaliste m’interroge au sujet de mon roman, Se résoudre aux adieux, qui vient de sortir, elle me pose des questions sur la séparation, sur écrire des lettres, sur l’exil qui répare ou non, je réponds, je sais les réponses à ces questions-là, je réponds sans faire attention presque, les mots viennent facilement, machinalement, si bien que mon regard se promène sur les gens qui traversent le hall, les allées et venues, les arrivées et les départs, j’invente des vies à ces gens qui s’en vont, qui s’en viennent, je tâche d’imaginer d’où ils arrivent, où ils repartent, j’ai toujours aimé faire ça, inventer des vies à des inconnus à peine croisés, m’intéresser à des silhouettes, c’est presque une manie, il me semble que ça a commencé dès l’enfance, oui c’était là dans le plus jeune âge, maintenant je me souviens, cela inquiétait ma mère, elle disait : arrête avec tes mensonges, elle disait mensonges à la place d’histoires, ça m’est resté, donc des années après je continue, je forme des hypothèses tout en répondant aux questions, en parlant de la douleur des femmes quittées, ce sont deux choses que je sais dissocier, que je peux faire au même moment, quand j’aperçois un homme de dos, traînant derrière lui une valise à roulettes, un homme jeune se préparant à sortir de l’hôtel, la jeunesse elle émane de son allure, de sa tenue, et je suis aussitôt écrasé par cette image, parce que c’est une image impossible,une image qui ne peut pas exister, je pourrais me tromper bien sûr, après tout je ne vois pas le visage, je suis dans l’incapacité de le voir là où je suis assis, mais c’est comme si j’étais certain de ce visage, comme si je savais à quoi l’homme ressemble, et je le redis : c’est impossible, littéralement impossible, et pourtant je lance un prénom, Thomas, je le crie plutôt, Thomas, et la journaliste en face de moi en est effrayée, elle était penchée sur son carnet, occupée à griffonner des notes, à recopier mes paroles, et voilà qu’elle relève la tête, ses épaules se contractent, comme si j’avais crié sur elle, je devrais m’en excuser mais je ne le fais pas, happé par l’image en mouvement, et attendant que le prénom crié produise son effet, mais l’homme ne se retourne pas, il poursuit son chemin, je devrais en déduire que je me suis trompé, cette fois pour de bon, que tout n’a été que mirage, que le va-et-vient a provoqué ce mirage, cette illusion, mais non, je me lève, d’un bond, je pars à la poursuite du fuyant, je ne suis pas mû par le besoin de vérifier, car à cet instant-là je suis encore convaincu d’avoir raison, d’avoir raison contre la raison, contre l’évidence, je rattrape l’homme sur le trottoir, je pose ma main sur son épaule, il se retourne et.

Déjà lu du même auteur :

 La Trahison de Thomas Spencer

Bâtard – Max de Radiguès

Dans la sélection du Prix SNCF du Polar

9782203141414 Casterman – juin 2017 – 176 pages

Quatrième de couverture :
May et son fils Eugene tracent la route, le coffre de leur voiture rempli de sacs de billets de banque. Ils viennent juste de participer à un  » coup  » exceptionnel : 52 hold-ups simultanés à la même heure, dans la même ville. La police n’a rien pu faire !
Commence alors la cavale musclée d’un surprenant duo de braqueurs.

Auteur : Né en Belgique en 1982, Max de Radiguès est auteur de bande dessinée et éditeur à l’employé du Moi. Il écrit et dessine pour la jeunesse et les adultes. Ses livres chez Sarbacane, Frangins et 520km, lui valent plusieurs sélections et récompenses .
En septembre 2009, il était invité pour un an de résidence au prestigieux Center for Cartoon Studies, à White River Junction – Vermont, au côté notamment de James Sturm et Jason Lutes. Il a raconté son année de résidence dans son livre Pendant ce temps à White River Junction paru chez Six Pieds sous Terre qui faisait partie de la sélection officielle du festival international de la bande dessinée d’Angoulême 2012.
Il a depuis multiplié les résidences à Montréal et à Bordeaux entre autres.
En plus de ses livres, il multiplie les expériences par la publication en ligne et le fanzinat. Ses projets comme l’âge dur et Moose, paraissent en fanzines mensuels envoyés par la poste aux lecteurs avant de devenir des livres.

Mon avis : (lu en février 2018)
J’avais commencé cette BD lors de ma journée au Festival de BD d’Angoulême. C’était la dernière BD de la sélection Prix SNCF du Polar que je n’avais pas encore lu. 
Cet album rassemble les 16 épisodes du feuilleton auto édité par l’auteur en 2014 et 2015. Même si le dessin semble « gentil », cette BD est un vrai thriller ! 
May est en cavale avec son fils Eugène, ils viennent de participer à un coup exceptionnel : 52 braquages en simultanés. Ils ont comme bagages de lourds sacs remplis de billets.
Et la police à leurs trousses… mais pas seulement, certains gangsters ont voulu jouer solo… Le lecteur est embarqué dans un road-movie étonnant et original. Il y a de la tendresse, beaucoup de violence, des coups de théâtre. Un vrai page turner mêlant tour à tour tension et émotion. Nos deux héros, May et Eugène sont attachants et mystérieux…
Une belle réussite !

Extrait : (cliquer sur les planches pour les agrandir)

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Déjà lu du même auteur :

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C’est lundi, que lisez-vous ? [13]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane

Qu’est-ce que j’ai lu la semaine dernière ?

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La Guerre des Lulus, Tome 5 : 1918 : La ders des ders – Régis Hautière & Hardoc
Le Poids de la neige – Christian Guay-Poliquin

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

La Vie secrète des arbres – Peter Wohlleben (Prix Audiolib 2018)
Underground Railroad – Colson Whitehead (Prix Audiolib 2018)
Noyé vif – Johann Guillaud-Bachet (Masse Critique Babelio)

Que lirai-je les semaines prochaines ?

La chorale du diable – Martin Michaud
Bâtard – Max de Radiguès

Bonnes lectures et bonne semaine

Le Poids de la neige – Christian Guay-Poliquin

Lu en partenariat avec Babelio et les Éditions de l’Observatoire

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Éditions de l’Observatoire – janvier 2018 – 256 pages

Éditions La Peuplade – septembre 2016 – 312 pages (Québec)

Prix France Québec 2017

Quatrième de couverture :
À la suite d’un accident, un homme se retrouve piégé dans un village enseveli sous la neige et coupé du monde par une panne d’électricité. Il est confié à Matthias, un vieillard qui accepte de le soigner en échange de bois, de vivres et, surtout, d’une place dans le convoi qui partira pour la ville au printemps, seule échappatoire.
Dans la véranda d’une maison où se croisent les courants d’air et de rares visiteurs, les deux hommes se retrouvent prisonniers de l’hiver et de leur rude face-à-face.
Cernés par une nature hostile et sublime, soumis aux rumeurs et aux passions qui secouent le village, ils tissent des liens complexes, oscillant entre méfiance, nécessité et entraide.
Alors que les centimètres de neige s’accumulent, tiendront-ils le coup face aux menaces extérieures et aux écueils intimes ?

Auteur : Né au Québec, en 1982, Christian Guay-Poliquin est doctorant en études littéraires. Le Poids de la neige, grand succès au Québec, a été distingué par plusieurs prix prestigieux.

Mon avis : (lu en février 2018)
La neige étant annoncée sur le nord de la France, j’ai décidé de lire enfin le roman québécois « Le poids de la neige » de Christian Guay-Poliquin.
C’est l’hiver et dehors, tout est sous la neige, le narrateur est un jeune homme blessé, immobilisé dans une maison isolée, et jour après jour, il surveille la hauteur de neige. Le village le plus proche est coupé du monde, car il y a également une panne générale d’électricité. Le jeune homme n’est pas seul, il a été confié à un vieil homme Matthias, s’occupe de lui, il le nourrit et le soigne.
Les premiers temps nos deux naufragés ont la visite de gens du village pour apporter du ravitaillement, provisions et bois pour le chauffage, celle de l’infirmière pour soigner notre blessé… Mais au fil des jours, les visites se raréfient, les plus actifs du village sont partis et les deux compagnons se retrouvent prix au piège de l’hiver et sont livrés à eux-même.
C’est une histoire d’attente, l’atmosphère est tour à tour réconfortante, inquiétante ou oppressante.

J’ai beaucoup aimé cette histoire dépaysante et hors du temps. Il y a beaucoup de poésie dans les belles descriptions de la nature, de la neige, du vent, de l’hiver.
Merci Babelio et les Éditions de l’Observatoire pour cette belle découverte !

Extrait : (début du livre)
1. Le labyrinthe
Regarde. C’est un lieu plus vaste que toute vie humaine. Celui qui tente de fuir est condamné à revenir sur ses pas. Celui qui pense avancer en ligne droite trace de grands cercles concentriques. Ici, tout échappe à l’emprise des mains et du regard. Ici, l’oubli du monde extérieur est plus fort que toute mémoire. Regarde encore. Ce labyrinthe est sans issue. Il s’étend partout où se posent nos yeux. Regarde mieux. Aucun monstre, aucune bête affamée ne hante ces dédales. Mais on est pris au piège. Soit on attend que les jours et les nuits aient raison de nous. Soit on se fabrique des ailes et on s’évade par les airs.

TRENTE-HUIT

La neige règne sans partage. Elle domine le paysage, elle écrase les montagnes. Les arbres s’inclinent, ploient vers le sol, courbent l’échine. Il n’y a que les grandes épinettes qui refusent de plier. Elles encaissent, droites et noires. Elles marquent la fin du village, le début de la forêt.
Près de ma fenêtre, des oiseaux vont et viennent, se querellent et picorent. De temps à autre, l’un d’eux observe la tranquillité de la maison d’un œil inquiet.
Sur le cadre extérieur, une fine branche écorcée a été fixée à l’horizontale, en guise de baromètre. Si elle pointe vers le haut, le temps sera clair et sec; si elle pointe vers le bas, il va neiger. Pour l’instant le temps est incertain, la branche est en plein milieu de sa trajectoire.
Il doit être tard. Le ciel gris est opaque et sans aucune nuance. Le soleil pourrait être n’importe où. Quelques flocons virevoltent dans l’air en s’accrochant à chaque seconde. À une centaine de pas de la maison, dans l’éclaircie, Matthias enfonce une longue perche dans la neige. On dirait le mât d’un bateau. Mais sans voile ni drapeau.
Des gouttes d’eau perlent sur la corniche et rejoignent la pointe des glaçons. Quand le soleil sort, ils brillent comme des lames acérées. De temps à autre, l’un d’eux se décroche, tombe et s’enfonce dans la neige. Un coup de poignard dans l’immensité. Mais la neige est invincible. Bientôt, elle atteindra le bas de ma fenêtre. Puis le haut. Et je ne verrai plus rien.
C’est l’hiver. Les journées sont brèves et glaciales. La neige montre les dents. Les grands espaces se recroquevillent.

La Guerre des Lulus, Tome 5 : 1918 : La ders des ders – Régis Hautière & Hardoc

91Gr1Gv91rL Casterman – novembre 2017 – 64 pages

Quatrième de couverture :
1918. Alors que la Première Guerre mondiale fait rage, les Lulus tentent de survivre en zone occupée. Enrôlés malgré eux par une société secrète, les quatre orphelins sont contraints de se séparer. Cette séparation, la toute première depuis qu’ils se connaissent, pourrait être beaucoup plus longue qu’ils ne l’imaginent…

Auteurs : Depuis 2004, le scénariste d’origine bretonne Régis Hautière, pilier des éditions Paquet a signé une vingtaine d’albums en seulement cinq ans dont le Dernier Envol avec Romain Hugault. Il multiplie aujourd’hui les projets chez d’autres éditeurs comme Soleil, Kstr, Glénat, Delcourt ou Dargaud. Après des études supérieures de philosophie et d’histoire et un troisième cycle en ingénierie de la connaissance, Régis Hautière a travaillé une dizaine d’années pour le festival BD d’Amiens.
Diplômé en génie électro-technique et licencié en Arts Plastiques, Hardoc démarre précocement sa carrière comme illustrateur pour une émission jeunesse de France 2, à 15 ans. Il gagne l’Écureuil d’Or qui récompense le meilleur jeune espoir au festival BD d’Angoulême en 1996. Hardoc rencontre ensuite Régis Hautière dans une association bédéesque d’Amiens (!!) et ils décident de travailler ensemble sur la série Le Loup, l’Agneau et les Chiens de guerre (éd. Paquet). Il participe, en mars 2005, au collectif des Nouvelles de Jules Verne en bandes dessinées des éditions Petit à Petit. En 2009, il publie, toujours avec Régis au scénario, l’histoire des Lulus, Jeux de guerre, dans le collectif Cicatrices de guerre(s). Et c’est avec impatience que l’on attendait leurs aventures complètes chez Casterman, La Guerre des lulus est arrivée, en janvier 2013.

Mon avis : (lu en février 2018)
Voilà quelques mois que les Lulus ont quitté Luce et sa grand-mère. Leurs errances ont ramené nos quatre Lulus en France occupée, ils avaient évité les zones habitées, ils étaient arrivées au cœur d’une immense forêt ou trônait une demeure imposante. Les Lulus espéraient pouvoir s’y reposer quelques temps à l’abri de la guerre. Mais les voilà accueilli par le gardien des lieux avec un fusil ! Après un interrogatoire assez poussé pour savoir qui sont-ils, les « Gentils hommes » les libèrent sous condition. Les Lulus vont devoir se séparer. Les deux grands vont aller jouer les espions sur le front et donc être confrontés directement à la guerre pendant que les plus jeunes restent en gage au château…
J’apprécie toujours autant cette série originale sur l’époque de la Première Guerre Mondiale.
Le titre de cet album laissait à penser que la série s’achevait avec ce cinquième tome, or une suite où plutôt une série dérivée est annoncée avec  deux tomes de « Perspective Luigi » (nous en saurons plus pour la période entre le printemps 1916 et l’été 1917) et un tome également sur l’après-guerre des Lulus, à suivre…

Extrait : (cliquer sur les planches pour les agrandir)

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Déjà lu du même auteur :

la_guerre_des_lulus_1914 La Guerre des Lulus, Tome 1 : 1914 : La maison des enfants trouvés

la_guerre_des_lulus_1915 La Guerre des Lulus, Tome 2 : 1915 : Hans

la guerre des lulus_3 La Guerre des Lulus, Tome 3 : 1916 : Le tas de briques

114664162 La Guerre des Lulus, Tome 4 : 1917 : La déchirure

C’est lundi, que lisez-vous ? [12]

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C’est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane

Qu’est-ce que j’ai lu la semaine dernière ?

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Quelque part entre le bien et le mal – Christophe Molmy
Couleurs de l’incendie – Pierre Lemaitre

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Le Poids de la neige – Christian Guay-Poliquin
La Vie secrète des arbres – Peter Wohlleben (Prix Audiolib 2018)

Que lirai-je les semaines prochaines ?

Underground Railroad – Colson Whitehead (Prix Audiolib 2018)
Noyé vif – Johann Guillaud-Bachet (Masse Critique Babelio)
La chorale du diable – Martin Michaud

Bonnes lectures et bonne semaine

Couleurs de l’incendie – Pierre Lemaitre

81CwwZlg2xL Albin Michel – janvier 2018 – 544 pages

Quatrième de couverture :
Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement. Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe.

Auteur : De Travail soigné à Sacrifices, ses cinq romans noirs couronnés par de nombreux prix ont valu à Pierre Lemaitre un succès critique et public exceptionnel. Avec Au revoir là-haut, Prix Goncourt 2013, puis Trois jours et une vie, il continue une œuvre littéraire qui confirme un grand écrivain. Il maîtrise l’art de construire des intrigues tenues par d’invisibles fils et des retournements spectaculaires. 

Mon avis : (lu en janvier 2018)
Couleurs de l’incendie est le deuxième tome de la trilogie qui a commencé avec Au revoir là-haut. Ce n’est pas vraiment une suite mais plutôt un spin-off (un roman dérivé). Le personnage principal est Madeleine Péricourt. L’histoire commence en février 1927 alors que les obsèques de Marcel Péricourt sont sur le point d’être célébrées. Dès les premières pages, Paul, le fils de Madeleine âgé de sept ans, va être l’acteur principal d’un événement spectaculaire… Madeleine va se retrouver seule à la tête des affaires de son père, mais étant une femme, elle n’a même pas le droit de signer un chèque. Elle est doit faire confiance aux banquiers proche de son père. Malheureusement, ceux-ci vont profiter de sa naïveté et rapidement elle sera trahie et perdra toute sa fortune. Lorsqu’elle va comprendre comment et par qui elle a été bernée, elle n’aura plus qu’une idée, se venger…
J’ai adoré lire ce roman d’aventure. Le contexte historique est évoqué avec le krach boursier, la montée du fascisme, les débuts de l’aviation, l’évasion fiscale, la situation de la femme dans les années 30…
Il y a une galerie de personnages des plus originaux et variés comme Joubert, le fondé de pouvoir et directeur de la banque, Léonce, l’employée de maison proche de Madeleine,  oncle Charles, le frère de Monsieur Péricourt, Vlady, la nurse polonaise de Paul, Solange, la diva italienne…
L’intrigue se construit comme un suspens avec des histoires parallèles et des rebondissements qui surprennent le lecteur, difficile de lâcher le roman…
Un troisième épisode est prévu pour achever cette trilogie, j’en suis ravie !

Mardi dernier, j’ai eu la chance de participer à une rencontre avec Pierre Lemaitre, je prépare un petit compte-rendu pour bientôt…

Extrait : (début du livre)
Si les obsèques de Marcel Péricourt furent perturbées et s’achevèrent même de façon franchement chaotique, du moins commencèrent-elles à l’heure. Dès le début de la matinée, le boulevard de Courcelles était fermé à la circulation. Rassemblée dans la cour, la musique de la garde républicaine bruissait des essais feutrés des instruments, tandis que les automobiles déversaient sur le trottoir ambassadeurs, parlementaires, généraux, délégations étrangères qui se saluaient gravement. Des académiciens passaient sous le grand dais noir à crépines d’argent portant le chiffre du défunt qui couvrait le large perron et suivaient les discrètes consignes du maître de cérémonie chargé d’ordonner toute cette foule dans l’attente de la levée du corps. On reconnaissait beaucoup de visages. Des funérailles de cette importance, c’était comme un mariage ducal ou la présentation d’une collection de Lucien Lelong, le lieu où il fallait se montrer quand on avait un certain rang.
Bien que très ébranlée par la mort de son père, Madeleine était partout, efficace et retenue, donnant des instructions discrètes, attentive aux moindres détails. Et d’autant plus soucieuse que le président de la République avait fait savoir qu’il viendrait en personne se recueillir devant la dépouille de « son ami Péricourt ». À partir de là, tout était devenu difficile, le protocole républicain était exigeant comme dans une monarchie. La maison Péricourt, envahie de fonctionnaires de la sécurité et de responsables de l’étiquette, n’avait plus connu un instant de repos. Sans foule des ministres, des courtisans, des conseillers. Le chef de l’État était une sorte de navire de pêche suivi en permanence de nuées d’oiseaux qui se nourrissaient de son mouvement.
À l’heure prévue, Madeleine était en haut du perron, les mains gantées de noir sagement croisées devant elle.
La voiture arriva, la foule se tut, le président descendit, salua, monta les marches et pressa Madeleine un instant contre lui, sans un mot, les grands chagrins sont muets. Puis il fit un geste élégant et fataliste pour lui céder le passage vers la chapelle ardente.

Déjà lu du même auteur : 

 robe_de_mari__ Robe de marié  Alex_cd Alex  9782226249678g Au revoir là-haut

114535989 Trois jours et une vie 

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